Les forts de la plaine Akkar
Les forts de la plaine dAkkar : Bordj Maksour — Bordj Zara — Bordj Arab — Bordj Miar — La Tour de Tolké — Bordj Selaa — Bordj Mouheish — La Tour de Tabardja.Nous étudierons maintenant quelques Forts situés dans la Plaine dAkkar ou dans son voisinage. Plusieurs sont certainement lœuvre des Francs ; dautres sont trop ruinés pour en décider.
Citons Bordj Maksour, Bordj Zara, Bordj Arab, Bordj Miar entre Safitha et Yahmour, la tour de Toklé au Nord de Safitha.
Bordj Maksour (1), à 8 km à lOuest de Tell Kalakh est presque entièrement ruiné. On voit des traces de fossés.
Bordj Zara
Est à 4 km au Nord de Tell Kalakh. La tour est en assez bon état et conserve son escalier. Ce Bordj se trouve sur lemplacement dun temple antique dont le calcaire blanc a été utilisé pour les angles de la tour.
Bordj Arab
(ou Ain el Arab), est placé à la rencontre du Nahr el Kebir et de son affluent le Nahr el Khalife. On voit dans cette vallée une éminence appelée Tell Khalife (4). Ibn al-Furat écrit que Beibars, après avoir pris Chastel Blanc en février 1271 et avant dattaquer le Crac, sempara des fortins qui environnaient la grande forteresse ; parmi ceux-ci il enleva Tell Khalife. Les Francs appelaient cette contrée la Terre de Galife (5).
On reconnaît dans la tour très bien conservée de Bordj Arab, des fragments tels que des linteaux remployés dune construction byzantine, des sculptures dans des blocs de lave, où sont figurées des roses, une croix pattée gravée dans un disque ; des croix semblables se retrouvent dans léglise dAmioun (6), à lEst de Nephin, qui paraît dater de la fin du XIIe siècle.
Bordj Miar
(7) se trouve au Sud-Est de Qalat Yahmour.
La tour de Toklé
Au Nord de Chastel Blanc, poste en grande garde sur une croupe du Djebel Terlil a été dressée là sans doute pour surveiller le territoire des Assassins. Cest assurément une tour franque. Rey, y a relevé des marques de tâcherons analogues à celles de Saône et du Crac.
Tour de Toklé, marques de tacherons
Figure 1 - Sources : Tour de Toklé daprès Rey
Tour de Toklé
Figure 2 - Sources : Tour de Toklé daprès Rey
Figure 3 - Sources : Tour de Toklé daprès Rey
La tour de Toklé a 14 m x 12,80 m et celle de Bordj Arab, 14 m X 13,40 m. Remarquons en passant que le donjon de Qalat Yahmour a 15 m x 14 m et que la principale tour du Fort dAkkar a 13 m X 13 m.
Peut-être y a-t-il lieu de signaler ici dautres tours isolées qui se trouvaient sur le rivage et servaient sans doute de phares. Ainsi au Sud du Comté, la tour (8) dite Bordj Selaa « la tour du feu », au Nord de Batroun ; Bordj Mouheish tout près de Giblet au Sud ; et la tour de Tabardja un peu au Nord du Nahr al-Muamiltain (9). Van Berchem a étudié Bordj Mouheish (10) : « Cette tour, dit-il, sélève au bord dune falaise, à environ dix mètres au-dessus du niveau de la mer. Carrée et trapue et bâtie en moyen appareil, elle est conservée jusquà la hauteur des mâchicoulis, à environ 9 m du sol. Au pied de sa face Est souvre une porte basse dont le linteau est un bloc monolithe.
Tour de Bordj Mouheish
Figure 4 - Sources : Tour de Bordj Mouheish, daprès Van Berchem
Figure 5 - Sources : Tour de Bordj Mouheish, daprès Van Berchem Au-dessus est une fenêtre carrée flanquée de deux archères ; le linteau est soulagé par un arc de décharge dont les claveaux sont sculptés de chevrons à rosettes. Ce décor du XIIe siècle offre une analogie frappante avec celui de larchivolte de la face Est du baptistère de léglise de Djebeil. ... » Lintérieur comportait deux étages voûtés darêtes. « Tous ces caractères trahissent lépoque des Croisades.
Le Burj Muhech et la tour de Tabardja qui dominent le rivage sur deux promontoires et se voient lune de lautre, devaient faire partie dun cordon de postes destinés à garder la route, à surveiller la mer et à transmettre des signaux. » Le Guide Bleu signale que Bordj Mouheish est encore presque intact (11).
1. Lammens, Musée belge, IV, 1900, page 283.
2. Dussaud, Revue archéologique, 1897, tome I. Topographie Syrie, page 93; cité par Renan, Mission de Phénieie, page 126.
3. René Dussaud, Topographie Syrie, page 119.
Des postes fortifiés secondaires assuraient la liaison entre Chastel-Blanc et Tortose qui, tous deux, étaient aux mains des Templiers ; cétait Qalat Areimé, Qalat Mohash, Bordj Arab, Bordj Miar, Qalat Yahmour ou Chastel-Rubrum.
4. Carte du Cel P. Jacquot, LÉtat des Alaouites, 1929 et carte des environs de Safitha, page112. Sur le Tell Khalfié voir Clermont-Ganneau, Rec. darchéologie Orientale, tome II, page 179. — Van Berchem dans Journal asiatique, 1902, page 446.
5. En 1179 « Terra Galifa », Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 378. — Rôhricht, Rey., page 152, n° 572. En 1185 Raymond de Trois Clés échange cette terre en même temps que le Casal Aieslo avec lHôpital contre dautres Casaux. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 479. — Rôhricht, Reg., page 109, n° 642. Rey, Colonies franques, page 364.
6. Pierre Coupel, Trois petites églises du comté de Tripoli, dans Bulletin du Musée de Beyrouth, tome V, figure 12, Croix à Amioun et à Bordj Arab.
7. Van Berchem, page 97 « Tour en ruine sur une colline. » Bordj Miar figure sur la carte du Gel Jacquot, LÉtat des Alaouites, 1929.
7. Rey, Les monuments de larchitecture militaire des Croisés, 1871, pages 101-102, figure 29 coupe et plan.
8. Voir notre chapitre I, page 9.
9. René Dussaud, Topographie Syrie, page 62
Le long de la côte de Sarba qui conserve les restes dun grand temple, Djouni, doù provient un Jupiter héliopolitain actuellement au Louvre, sont des sites antiques, puis au-delà du pont romain de Maamiltein, Tabarja et Bawar, Bourj Mouheish et, plus à lEst, Fatqa ou Fetaqa.
10. Van Berchem, Voyage, page 104, figures 32-33, que nous reproduisons ici.
11. Guide Bleu de Syrie-Palestine (1929) page 37. Le Guide Bleu fait cette réserve que certaines de ces tours au bord de la mer peuvent être des constructions arabes ; ainsi non loin de là, Bordj Qadiset Helena nest que du XIVe siècle.
Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté dAntioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973
Tours et postes isolés
En France, les cols des montagnes, les passages des rivières et certains points stratégiques dune importance secondaire étaient souvent gardés par des tours isolées et à la défense desquelles pouvait suffire une garnison peu nombreuse.
Les diverses places de guerre possédées au moyen âge par les chrétiens dans le nord de la Syrie étaient reliées entre elles par de petits postes ou tours élevées d'après un plan uniforme ; un grand nombre subsiste encore aujourdhui, savoir : Bordj-ez-Zara, Bordj-Maksour, Aïn-el-Arab, Toklé, etc. etc.
Cest cette dernière que jai choisie comme type détude. Ces tours, qui représentent en petit toutes les dispositions dun donjon, sont invariablement carrées et se composent de deux étages voûtés, subdivisés eux-mêmes par des planchers, système dont javais déjà observé lemploi dans les casernements du château des Cerines, dans lîle de Chypre, et qui se comprend facilement par la coupe. On pénètre dans la salle basse par une porte à linteau avec arc de décharge. Au centre de cette salle est creusée une citerne. Pour aller chercher la porte qui donne dans les escaliers droits montant aux étages supérieurs, il fallait atteindre le niveau du plancher au moyen dune échelle; une voûte en berceau forme le premier étage et une voûte darête sans arêtiers supporte la plate-forme supérieure; un second plancher divisait ce second étage en deux pour réserver sous la plateforme un magasin à provisions. Un mâchicoulis commande la porte, le rez-de-chaussée pouvant au besoin servir décurie pour quelques chevaux.
Sur les pierres formant les murs de cet édifice, jai relevé les marques suivantes laissées par les tâcherons.
Tour de Toklé
Figure 1 - Sources : Tour de Toklé daprès Rey
Tour de Kermel
Tour de Kermel - Sources : Tour de Kermel daprès Rey
Une citerne encore intacte existe dans la base de la tour, qui paraît navoir eu quun étage consistant en une grande salle percée de six meurtrières; elle était voûtée en berceau, et dans lépaisseur de la muraille nord ou avait ménagé lescalier conduisant à la plate-forme qui couronnait autrefois lédifice.
A quelques pas se voient les arasements dun vaste bâtiment carré, flanqué de quatre tourelles rondes, et qui parait avoir été une espèce de caravansérail dépendant selon toute apparence du poste dont létude nous occupe en ce moment.
Kermel formait avec Zouïera et Es-Semoa lextrémité orientale des postes couvrant vers lEgypte la frontière du royaume latin.
Un grand réservoir, datant dune époque fort ancienne et qui est parvenu intact jusquà nos jours, conserve durant la saison des pluies leau qui coule des collines voisines. En lannée 1172, toute la cavalerie de larmée du roi Amalric campa sur ses bords durant plusieurs semaines (2).
1 Notitia dignitalum imperii orientalis, pages 91 et 92.
2. Guillaume de Tyr, livre I, XX, chapitre XXX.
Sources : Rey (Emmanuel Guillaume), Etude sur les monuments de larchitecture militaire des croisés en Syrie et dans lIle de Chypre. Paris, Imprimerie Nationale M. DCCC. LXXI.
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