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Le pape Urbain II
Né à Chatillon-sur-Marne vers 1042 - mort à Rome en 1099 ; Prêcheur de la Première Croisade, moine clunisien devient pape en 1088.Il réunit à Clermont-Ferrand un concile en 1095 et prêche la Première Croisade qui partira lannée suivante sous le commandement de lévêque du Puy, Adhémar de Monteil.
Lemplacement où se déroule ce grand rassemblement est celui de la place Delille (ancienne place du Champet). Cest, cependant, sur la place de la Victoire qua été érigée en 1895 la Fontaine dUrbain II par larchitecte Teillard et le sculpteur Gourgouillon, à loccasion du VIIIe centenaire de la Première Croisade.
Surmontant un imposant monument en lave de Volvic, le pape Urbain II indique de sa main droite la direction de la Terre Sainte.
Le prêche du pape Urbain II - Que vos coeurs sémeuvent
Que vos coeurs sémeuvent et que vos âmes sexcitent au courage par les faits de vos ancêtres, la vertu et la grandeur du roi Charlemagne et de son fils Louis, et de vos autres rois, qui ont détruit la domination des Turcs et étendu dans leur pays lempire de la sainte Église. Soyez touchés surtout en faveur du saint sépulcre de Jésus-Christ, notre sauveur, possédé par des peuples immondes, et des saints lieux quils déshonorent et souillent avec irrévérence de leurs impuretés. O très courageux chevaliers, postérité sortie de pères invincibles, ne dégénérez point, mais rappelez-vous les vertus de vos ancêtres; que si vous vous sentez retenus par le cher amour de vos enfants, de vos parents, de vos femmes, remettez-vous en mémoire ce que dit le Seigneur dans son Évangile : « Qui aime son père et sa mère plus que moi, nest pas digne de moi. Quiconque abandonnera pour mon nom sa maison, ou ses frères, ou ses soeurs, ou son père, ou sa mère, sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, en recevra le centuple, et aura pour héritage la vie éternelle. »Ne vous laissez retenir par aucun souci pour vos propriétés et les affaires de votre famille, car cette terre que vous habitez, renfermée entre les eaux de la mer et les hauteurs des montagnes, tient à létroit votre nombreuse population; elle nabonde pas en richesses, et fournit à peine à la nourriture de ceux qui la cultivent: de là vient que vous vous déchirez et dévorez à lenvi, que vous élevez des guerres, et que plusieurs périssent par de mutuelles blessures. Éteignez donc entre vous toute haine, que les querelles se taisent, que les guerres sapaisent, et que toute laigreur de vos dissensions sassoupisse. Prenez la route du saint sépulcre, arrachez ce pays des mains de ces peuples abominables, et soumettez-le à votre puissance. Dieu a donné à Israël en propriété cette terre dont lÉcriture dit « quil y coule du lait et du miel. »
Jérusalem en est le centre
Jérusalem en est le centre, son territoire, fertile par-dessus tous les autres, offre pour ainsi dire les délices dun autre paradis : le Rédempteur du genre humain la illustré par sa venue, honoré de sa résidence, consacré par sa Passion, racheté par sa mort, signalé par sa sépulture. Cette cité royale, située au milieu du monde, maintenant tenue captive par ses ennemis, est réduite en la servitude de nations ignorantes de la loi de Dieu ; elle vous demande donc et souhaite sa délivrance, et ne cesse de vous implorer pour que vous veniez à son secours. Cest de vous surtout quelle attend de laide, parce quainsi que nous vous lavons dit Dieu vous a accordé, par-dessus toutes les nations, linsigne gloire des armes: prenez donc cette route, en rémission de vos péchés, et partez assurés de la gloire impérissable qui vous attend dans le royaume des cieux.Dieu le veut !
Le pape Urbain ayant prononcé ce discours plein durbanité et plusieurs autres du même genre, unit en un même sentiment tous ceux qui se trouvaient présents, tellement quils sécrièrent tous: Dieu le veut ! Dieu le veut !Ce quayant entendu le vénérable pontife de Rome, il rendit grâces à Dieu, les yeux élevés au ciel, et, de la main demandant le silence, dit : Très chers frères, aujourdhui se manifeste en vous ce que le Seigneur a dit dans son Évangile : Lorsque deux ou trois seront assemblés en mon nom, je serai au milieu deux. Car si le Seigneur Dieu neût point été dans vos âmes, vous neussiez pas tous prononcé une même parole: et en effet, quoique cette parole soit partie dun grand nombre de bouches, elle na eu quun même principe ; cest pourquoi je dis que Dieu même la prononcée par vous, car cest lui qui lavait mise dans votre sein. Quelle soit donc dans les combats votre cri de guerre, car cette parole est issue de Dieu : lorsque vous vous élancerez avec une belliqueuse impétuosité contre vos ennemis, que dans larmée du Seigneur se fasse entendre généralement ce seul cri : Dieu le veut ! Dieu le veut ! Nous nordonnons ni ne conseillons ce voyage ni aux vieillards, ni aux faibles, ni à ceux qui ne sont pas propres aux armes ; que cette route ne soit point prise par les femmes sans leurs maris ou sans leurs frères, ou sans leurs garants légitimes, car de telles personnes sont un embarras plutôt quun secours, et deviennent plus à charge quutiles. Que les riches aident les pauvres, et emmènent avec eux, à leurs frais, des hommes propres à la guerre ; il nest permis ni aux prêtres ni aux clercs, quel que puisse être leur ordre, de partir sans le congé de leur évêque, car sils y allaient sans ce congé, le voyage leur serait inutile ; aucun laïc ne devra sagement se mettre en route, si ce nest avec la bénédiction de son pasteur ; quiconque aura donc volonté dentreprendre ce saint pèlerinage, en prendra lengagement envers Dieu, et se dévouera en sacrifice comme une hostie vivante, sainte et agréable à Dieu ; quil porte le signe de la croix du Seigneur sur son front ou sur sa poitrine ; que celui qui, en accomplissement de son voeu, voudra se mettre en marche, la place derrière lui entre ses épaules ; il accomplira par cette double action le précepte du Seigneur, qui a enseigné dans son Évangile : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, nest pas digne de moi. »
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Version de Robert le Moine
Hommes français, hommes dau-delà des montagnes, nations, ainsi quon le voit briller dans vos oeuvres, choisies et chéries de Dieu, et séparées des autres peuples de lunivers, tant par la situation de votre territoire que par la foi catholique et lhonneur que vous rendez à la sainte Église, cest à vous que nous adressons nos paroles, cest vers vous que se dirigent nos exhortations: nous voulons vous faire connaître quelle cause douloureuse nous a amené dans vos pays, comment nous y avons été attiré par vos besoins et ceux de tous les fidèles. Des confins de Jérusalem et de la ville de Constantinople nous sont parvenus de tristes récits: souvent déjà nos oreilles en avaient été frappées; des peuples du royaume des Persans, nation maudite, nation entièrement étrangère à Dieu, race qui na point confié son esprit au Seigneur, a envahi en ces contrées les terres des chrétiens, les a dévastées par le fer, le pillage, lincendie, a emmené une partie dentre eux captifs dans son pays, en a mis dautres misérablement à mort, a renversé de fond en comble les églises de Dieu, ou les a fait servir aux cérémonies de son culte; ces hommes renversent les autels après les avoir souillés de leurs impuretés; ils circoncisent les chrétiens, et font couler le sang des circoncis ou sur les autels, ou dans les vases baptismaux; ceux quils veulent faire périr dune mort honteuse, ils leur percent le nombril, en font sortir lextrémité des intestins, la lient à un pieu; puis, à coups de fouet, les obligent de courir autour jusquà ce que, leurs entrailles sortant de leur corps, ils tombent à terre, privés de vie. Dautres attachés à un poteau, sont percés de flèches; à quelques autres, ils font tendre le cou, et, se jetant sur eux, le glaive à la main, sexercent à le trancher dun seul coup. Que dirai-je de labominable pollution des femmes ? Il serait plus fâcheux den parler que de sen taire. Ils ont démembré lempire grec, et en ont soumis à leur domination un espace quon ne pourrait traverser en deux mois de voyage. À qui donc appartient-il de les punir et de leur arracher ce quils ont envahi, si ce nest à vous, à qui le Seigneur a accordé par-dessus toutes les autres nations linsigne gloire des armes, la grandeur de lâme, lagilité du corps et la force dabaisser la tête de ceux qui vous résistent ?Retour Temple Origine de la Milice