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L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
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Tactique des armées chrétiennes

Nul sujet plus rebattu en apparence. Nul plus mal connu, plus rempli d'erreurs en réalité.
Ce sujet a été cependant étudié, notamment par le Général Koehler (1), par Ch. Oman (2), par Delpech (3), mais, en dépit du mérite de leurs ouvrages, on ne saurait dire qu'ils ont abouti à des résultats inspirant confiance.
La seule étude vraiment pénétrante et séduisante est une dissertions de l'université de Marburg, remontant à 1887, et due à Otto Hermann (4). Ce travail étant demeuré inconnu en France, il n'est pas inutile d'analyser les conclusions de l'auteur, en dépit de leur étendue (5).
Une première remarque c'est qu'il n'est jamais question dans les récits de bataille de machines à lancer des projectiles, alors qu'il en est constamment parlé pour les sièges. Une seconde remarque c'est que seuls cavaliers et fantassins entrent en ligne de compte. On parle de milites, de pedites, non d'armigeri ou de scutarii Les écuyers ne sont donc pas armés.
1. Die Entwicklung des Kriegswesens und die Kriegsführung in der Ritterzeil von Mitte des XI ten Jahrhunderts bis zu dem Hussitenkrieg, t. III, 3e partie.
2. Art of war, p. 229-352.
3. La tactique au XIIIe siècle, t. II, p. 149-216.
4. Die Gejechtsjührung abendlandischer Heere im Orient in der Epoche des ersten Kreuzzuges.
5. P. 101-126.


La tactique des croisés est toujours l'offensive, ainsi au lac d'Antioche, sous Antioche, à Ascalon, à Ramla (en 1101, 1102, 1105), à Jaffa, à Sarmin, à Atharef, à Merdj-Sefer. A Dorylée, à Hab et peut être à Harrar elle est défensive parce que les Chrétiens sont attaqués en cours de route : en ce dernier cas la situation est critique et les pertes sont lourdes. Dans l'attaque, les Musulmans cherchent l'enveloppement les Chrétiens la percée, ainsi à Dorylée, à Antioche, à Reim, à Ascalon, à Ramla (en 1001), à Jaffa, à Ramla (1102 et 1105), à Hab. Lors de l'affaire du lac d'Antioche la configuration du terrain empêche l'enveloppement, et aussi à Merdj-Sefer : pas démarché de flanc des Croisés, sauf celle d'Adhémar à Dorylée. La cavalerie recherche une décision rapide. Aussi la durée de l'action est brève en règle générale ; seule la bataille de Merdj-Sefer dure de la 3e heure jusqu'au soir. Les engagements à la suite d'une surprise sont rares, les deux adversaires s'éclairant avec des patrouilles.

Conformément aux principes féodaux les combattants se rangent sous les ordres de leurs, seigneurs respectifs, roi, duc, comte, les trop petits seigneurs seuls étant groupés avec les plus grands. La nécessité de l'unité de commandement oblige à élire un chef suprême ; mais pour chaque bataille, le plan est établi préalablement par l'ensemble des princes. Pendant l'action le chef suprême assume le commandement de la réserve. Après le partage des territoires conquis le souverain de chaque principauté dirige naturellement son contingent. Pour le choix du directeur du combat on a égard à la science militaire, non moins qu'à la bravoure. La renommée de Bohémond comme tacticien explique que le choix se soit porté plusieurs fois sur lui en des moments difficiles, ainsi que sur Raimond de Toulouse, alors que Baudouin de Flandre, en dépit de sa vaillance, fut, par son incapacité, cause de revers.
Quant au nombre des divisions de l'armée, il varie : 5 à trois reprises, mais aussi 6 à quatre reprises, 7 une fois, 8 une fois, 9 deux fois. L'effectif moyen des divisions des cavaliers est de 116 au lac d'Antioche, 133 à Ascalon, 130 à Ramla (1105), 140 à Athareb, 77 à Hab, 43 à Ramla (1101), la faiblesse des deux derniers exemples étant exceptionnelle et due aux circonstances.
En ce qui concerne l'infanterie on trouve les chiffres de 900, 2.000, 3.000, 9.000 piétons, le premier exceptionnellement faible. Impossible de déterminer avec certitude l'effectif de chaque subdivision d'infanterie ou escouade.
Au moment d'engager l'action la règle est de diviser l'armée en trois corps. L'effectif de chaque corps demeure incertain ; il semble que chacun comprenne deux divisions (acies). Ils sont disposés en échelons, jamais en colonnes rangées directement l'une derrière l'autre. D'où trois dispositifs possibles :

A] 3 1 2
B] 1 2 3
C] 1 2 3
Voir le plan


Chacune a ses avantages, offensifs ou défensifs. On trouve des exemples de la première à Ascalon, Marsivan, à la première bataille de Ramla et elle semble la plus usitée. La deuxième apparaît à Antioche et à Sarmin, la troisième à Hazarth et à Athareb.
Dans toute la cavalerie joue le rôle prépondérant. Pour la formation et l'équipement elle présente peu de différence avec la cavalerie moderne. La formation en colonnes, en colonnes carrées, n'apparaît que dans les marches où l'on craint d'être assailli par l'ennemi : elle permet aux trois divisions de l'armée de résister à une attaque de quelque côté qu'elle se produise. A Ascalon et à Hab l'armée est partagée en 9 divisions, 3 en tête, 3 en queue, 3 au centre, comme réserve. Sur le passage de la disposition de repos à la disposition de combat dans la marche nous sommes mal informés. La division de l'armée en 6 divisions étant la plus usitée, on doit envisager le dispositif d'approche (Anmarsch) de la façon suivante :

133
I
2 --- 1

II
4 --- 3

III
6 --- 5
Voir le plan

Ce dispositif permet, comme dans la cavalerie moderne, de former rapidement une des trois figures ci-dessus. Si II et III se portent à droite et à gauche nous obtenons la formation de combat A.
Si II et III se portent du même côté, on a B.
Pour obtenir C II rejoint I, tandis que III demeure en place.

La profondeur de chaque ligne de cavalerie est certainement très faible. Avec de si petites armées le front de bataille ne dépasse pas un ou deux milles. Comme un mille, comporte environ 1.000 pas, dans le combat du lac d'Antioche on comptait 2 cavaliers pour 3 pas. La cavalerie s'ordonnait donc, selon toute vraisemblance, sur 2 rangs seulement, comme aujourd'hui (1887).

Nous savons peu de choses de l'infanterie. Certains auteurs la passent même sous silence dans leurs récits de batailles. Son rôle paraît jouer au début de l'action : elle tire des flèches, lance des traits de tout genre sur l'adversaire. Une partie cependant semble servir de soutien (Antioche, Ascalon, Athareb, Merdj-Sefer).
En 1099 un détachement de 20 cavaliers et 50 piétons se rendant de Jérusalem à Jaffa est attaqué par 600 ennemis. Son chef, Gaudemar, met les archers au front. Les tireurs ne pouvaient être en ordre mince, comme aujourd'hui, mais former une masse épaisse en avant de la cavalerie si peu nombreuse. Le tir de cette infanterie était peu précis : rien d'une grêle de flèches. Plus tard seulement apparaissent des archers montés, les Turcopoles.

Avant l'attaque la cavalerie allait au pas, en bon ordre. Puis, quand venait le moment de la charge, elle l'exécutait rapidement pour éviter les traits de l'ennemi en dispersant ses archers. Elle s'opérait en bon ordre, sur commandement. Exécutée en désordre elle aboutit à des revers.

Le cavalier est armé de la lance et de l'écu. Il est à remarquer que la lance est moins maniée comme arme de choc que comme arme de trait. Le terme technique usité dans les sources est vibrare lanceas, ce qui est significatif. Il en résulte que la charge ne s'exécutait pas comme plus tard, en ordre serré, mais en ordre assez lâche, affectant ainsi le caractère d'une charge de cavaliers voltigeurs. Suivait une série de combats par groupes, comme aujourd'hui, mais on ne peut admettre, comme on fait souvent, les combats singuliers.
Le premier corps s'en prenait à la plus forte division de l'ennemi. C'est, du moins, ce qu'on observe à Antioche, Sarmin, Ascalon.

Le deuxième devait soutenir l'attaque frontale de la première ; de sa disposition même il résulte qu'on agissait par les ailes. A la troisième, en réserve, revenait la décision, à moins d'être contenue sur place par une menace de mouvement tournant de l'ennemi.

Même en ce cas le succès lui revenait ; sous la direction du général en chef elle achevait la déroute d'un ennemi rompu, comme la réserve de nos jours. A Dorylée, en des circonstances exceptionnelles, le rôle de réserve se trouva assumé par l'armée du Nord apparue à l'arrière de l'autre.

C'était un honneur de frapper le premier coup. Aussi Robert de Flandre figure-t-il dans les trois dernières batailles au premier rang, alors que Bohémond, le meilleur capitaine, lorsqu'il commandait en chef se tenait dans le troisième corps.

Pour laisser le champ libre à la cavalerie, l'infanterie se plaçait aux ailes et en arrière ou laissait vides de grands intervalles. Quelque fois (à Antioche, Ramla en 1101, Jaffa Merdj-Sefer) elle s'établissait derrière la cavalerie. Sans doute tire-t-elle par-dessus les têtes des cavaliers qu'elle protégeait de dos et de flanc. Un seul exemple d'infanterie à la fois en tête et en queue, lors de la bataille d'Antioche. Mais, d'une façon générale, l'infanterie joue un rôle passif.

Cependant on remarque un progrès au cours de cette période dans ses capacités militaires. A Dorylée on lui laisse un rôle secondaire, à l'arrière. Au lac d'Antioche, en dépit de la faiblesse numérique de la cavalerie, on l'utilise seulement pour la protection du camp. En 1097 Raimond de Toulouse, avec la seule cavalerie, avait rejeté sur les ponts de la ville d'Antioche les assiégés tentant une sortie. Lorsque l'infanterie entra en jeu, elle se présenta en désordre, sans ses étendards, fut prise de panique, se cramponna aux rênes ou à la queue des chevaux, renversant les cavaliers ou les entraînant. Elle transforma un succès en déroute.

Par contre les nombreux combats livrés sous Antioche lui furent profitables. Dans la bataille décisive livrée sous cette ville sa conduite lui valut l'éloge des écrivains du temps. A partir de cette date nulle bataille régulière n'est engagée sans le soutien de l'infanterie. Les rencontres de 1102 attestent qu'elle a acquis initiative et vaillance. La défaite de Ramla en cette année est attribuée à l'absence d'infanterie. Cependant l'assertion de Delpech qui veut que, à partir de 1102, on ait affaire à une véritable « infanterie de ligne » sachant manœuvrer, se former en carré, inaugurant ainsi une tactique nouvelle, est insoutenable : au reste, la formation en carré en des circonstances appropriées n'est pas chose nouvelle. C'est seulement dans la dernière bataille de la période étudiée, celle de Merdj-Sefer, qu'on voit l'infanterie opposée à la cavalerie ennemie et avec un bon résultat.

D'une manière générale il y a un progrès indéniable dans l'art militaire. On conjugue la tactique d'attaque à la tactique linéaire, la pesée de la cavalerie à l'arme de trait de l'infanterie. Comme on se battait généralement en plaine, on s'habituait à des formations régulières, ce qu'une autre sorte de terrain ne permet pas. Même la nécessité, en ce dernier cas, de changer de méthode était profitable. Pendant trois ans les armes des Croisés ne se rouillèrent pas. Quant aux rois de Jérusalem ils quittèrent rarement la selle.

En trois ans, dans un pays hostile où ils livrèrent quatre grandes batailles, les Croisés ne remportèrent que des succès et cela avec une poignée de cavaliers. L'ennemi cependant n'était pas méprisable et les Chrétiens reconnaissaient aux Turcs prudence, vaillance, science militaire. Cependant la résistance des armées de Mésopotamie, de Syrie, d'Égypte faiblit devant un adversaire peu nombreux, placé dans les pires conditions. Il faut dans le succès des Chrétiens faire la part de leur fanatisme et de la nécessité où ils se trouvèrent placés de vaincre ou de périr.

Effectifs des armées de la première croisade mis en tableau.
Voir le tableau

Bataille : DORYLEE
Année : 1097
Cavalerie : ?
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 8
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?
Voir la bataille de Dorylée

Bataille : LAC D'ANTIOCHE
Année :
Effectif Cavalerie : 700
Infanterie : ?
Total : 700
Nombre des corps : 6
Effectif des corps de cavalerie : 120
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille : ANTIOCHE
Année : 1098
Cavalerie : (500-600)
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 8
Effectif des corps de cavalerie : (60-70)
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille : ASCALON
Année : 1099
Cavalerie : 1.200
Infanterie : 9.000
Total : 10.200
Nombre des corps : 9
Effectif des corps de cavalerie : 133
Moyenne : 1000
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : 1 : 7

Bataille : RAMLA
Année : 1101
Cavalerie : 260
Infanterie : 900
Total : 1.160
Nombre des corps : 6
Effectif des corps de cavalerie : 43
Moyenne : 150
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : 1 : 3. 1/2

Bataille : MARSIVAN
Année : 1101
Cavalerie : ?
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 5
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille RAMLA
Année : 1102
Cavalerie : 200
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : ?
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille JAFFA
Année : 1102
Cavalerie : 200
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : ?
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille : RAMLA
Année : 1105
Cavalerie : 700
Infanterie : 2.000
Total : 2.700
Nombre des corps : 5
Effectif des corps de cavalerie : 130
Moyenne : 400
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : 1 : 4

Bataille SARMIN
Année : 1115
Cavalerie : ?
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 5 (?)
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille ATHAREB
Année : 1119
Cavalerie : 700
Infanterie : 3.000
Total : 3.700
Nombre des corps : 5 (?)
Effectif des corps de cavalerie : 140
Moyenne : 600
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : 1 : 4

Bataille HAB
Année : 1119
Cavalerie : 700
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 9
Effectif des corps de cavalerie : 77
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille AZOTUS
Année : 1123
Cavalerie : ?
Infanterie : ?
Total :
Nombre des corps : 8.000
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Bataille HAZARTH
Année : 1125
Cavalerie : 1.100
Infanterie : 2.000
Total : 3.200
Nombre des corps : 13 (6 + 7)
Effectif des corps de cavalerie : (183)
Moyenne : (285)
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : 1 : 2

Bataille MERDJ-SEFER
Année : 1126
Cavalerie : ?
Infanterie : ?
Total : ?
Nombre des corps : 12 (6 + 6)
Effectif des corps de cavalerie : ?
Moyenne : ?
Rapport de la cavalerie à l'infanterie : ?

Si remarquable que soit le travail d'Otto Hermann, fondé sur l'étude soignée de quinze batailles, il appelle des réserves, au jugement de Hans Delbrück (1).
1. Geschichte der Kriegskunst, t. III, p. 418.

« Peu après la prise de Jérusalem les Croisés durent faire face à une armée égyptienne débarquée à Ascalon. Pour se garder d'une attaque soudaine pouvant se produire de tous côtés l'armée, composée de 9 colonnes (Haufen de Hermann), marchait en 3 colonnes juxtaposées. Hermann, comme Delpech, décrit ces colonnes comme des formations linéaires, mais, non seulement elles n'eussent pas été assez fortes pour une telle marche, mais les flancs eussent été beaucoup plus faibles que le front, chose visiblement à éviter. Aussi devons-nous les représenter sensiblement comme à Pillenreuth (1).
1. En l'année 1400 (ibid., page 289)

Comme l'armée, au dire de la meilleure source, comptait 1.200 cavaliers, chaque colonne était forte en moyenne de 133 hommes. Au moment du combat les colonnes (corps) d'arrière se déployèrent à côté des corps d'avant. Les Gesta rapportent que les princes se tinrent juxtaposés. Les Musulmans n'attendirent pas l'attaque et prirent la fuite. Hermann, qui dans la disposition de trois fois trois colonnes veut voir, non un simple ordre de marche, mais un dispositif de bataille, les range de manière que les trois corps ne se trouvent pas les uns derrière les autres, mais en échelons (en damier), le 2e en avant, le 1er à droite en arrière, le 3e à gauche en arrière. Il est possible qu'il en ait été ainsi ; mais il ne faut pas alors user du terme Treffen, mais parler de déploiement incomplet. »
Koehler, de son côté (p. 178) critique Hermann, mais lui-même n'est pas clair, par suite d'une faute de rédaction (note 6) : au début il est dit que les acies sont l'une derrière l'autre, à la fin qu'elles sont juxtaposées. D'après le même Koehler (III, iii, 339), l'ordre de bataille pour l'attaque et la méthode de combat n'a pu changer pendant les Croisades d'Orient à cause de l'infanterie.

« A côté de 1.200 cavaliers les Croisés auraient eu 9.000 fantassins, au dire de Raimond. Cette infanterie comprenait archers et piquiers. Elle se plaçait devant la cavalerie qui, pour l'attaque, passait au travers de l'infanterie. Comment la cavalerie pouvait-elle traverser une telle masse d'infanterie, c'est ce qu'on se représente difficilement, et on comprend assez mal avec cette disproportion entre les effectifs des deux armes que ce soit à la cavalerie que revienne la tâche de frapper le coup décisif. Le chiffre de 9.000 fantassins doit être erroné.

« Il est vrai que la lettre au pape des princes chefs de la croisade donne à l'armée chrétienne 5.000 cavaliers et 15.000 gens de pied, mais la même lettre attribue au Soudan de Babylone (le Khalife d'Égypte) 100.000 cavaliers et 400.000 gens de pied. On ne peut se représenter comment les Croisés, réduits à moins de 100 chevaux sous Antioche, auraient porté ensuite leur cavalerie à 5.000 chevaux. L'assertion ne saurait être considérée comme recevable et d'ailleurs, en ce qui concerne les évaluations, les documents officiels eux-mêmes n'offrent aucune garantie d'exactitude. Au reste, la lettre en question n'a pas le caractère d'une pièce officielle. L'auteur semble être le comte Raimond de Toulouse...
Le vocabulaire de Hermann est défectueux. « Il use des termes « cavalerie », « infanterie », « régiment », « escadron », « officiers », méconnaissant ainsi les conceptions militaires de l'époque, la différence fondamentale entre la guerre à l'époque féodale et les armées disciplinées des temps modernes. Il ne s'agit pas seulement d'une querelle de mots... mais d'une méconnaissance fondamentale du réel qui, à chaque phrase, influence, domine l'interprétation des sources. Artificielles toutes ces dispositions de corps, ces manœuvres que Hermann tire par hypothèse de la lecture des sources. Elles doivent être écartées purement et simplement.
Prenons une interprétation capitale, celle du « chevalier » C'est un « cavalier » pour Hermann. Erreur totale : malgré une analogie superficielle, le chevalier est tout autre chose. Il ne faut pas s'attacher à l'étude conjecturale de chaque bataille, mais envisager dans son évolution la descente de l'antique vers le moderne. »
Et l'auteur de conclure, avec un retour d'indulgence : « Mais si l'on supprime ces fausses images, concepts, hypothèses et conséquences de la recherche d'Hermann, il demeure encore un instrument profitable, utile. (1) » Et le maître déprendre une à une les descriptions de bataille de la première croisade et du royaume de Jérusalem entre 1096 et 1126 et d'en montrer brièvement le fort et le faible.
Le général Koehler, de son côté, a apporté ses critiques à l'étude d'Hermann, mais lui-même est tombé dans ses péchés habituels.
Que dire de Delpech ! Avec lui nous nageons dans l'océan de la fantaisie.
1. Encore Delbrück fait-il des réserves, ainsi sur la durée des combats, sur la prétendue supériorité numérique des Turcs. Quand il reprend le récit d'un certain nombre de batailles du temps des croisades, son exposé est volontairement succinct parce qu'il élimine autant que possible tout ce qui est incertain (p. 415-423). Sur l'infanterie, p. 423-424.
Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (Tactique des armées chrétiennes). Paris 1947. BNF

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