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L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
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La fin des États chrétiens de Syrie (1283-1291)



L'ambition même de Charles d'Anjou eut peut-être réussi à sauver la situation très compromise des établissements francs. A la date de 1276 Hugues III découragé s'était retiré à Chypre et l'année suivante l'héritière de la principauté d'Antioche lui cédait ses droits.
Charles s'acquit l'appui des Templiers et des Vénitiens et fit arborer sa bannière sur le château d'Acre, comme s'il était roi de Jérusalem. Maître de l'Achaïe, suzerain des ducs francs d'Athènes, Négrepont. etc., protecteur de la Cilicie arménienne et du comté de Tripoli, il semblait à la veille de dominer l'Orient. Les Vêpres Siciliennes (30 mars 1282) firent tout crouler en entraînant une guerre absorbante avec la couronne d'Aragon (1).

Cependant rien ne semblait perdu. Baybars était mort, empoisonné, dit-on, en 1277, et ses fils avaient été supplantés par le mamelouk Kelaoun proclamé sultan. L'atabeg de Damas refusa de le reconnaître et appela à l'aide. Une coalition se noua, comprenant, outre les Turcs de Damas, des Mongols, des Grecs, des Arméniens, des Géorgiens, des Francs. La bataille se livra sous Homs (Émèse). Elle fut sanglante et peu décisive (30 octobre 1281), plutôt défavorable aux Mongols (2).

Le représentant de Charles d'Anjou à Acre avait gardé la neutralité et il conclut une paix de dix ans avec Kelaoun (3 juin 1283) (3).

La Syrie franque était déj à fort diminuée : « le royaume, dit de Jérusalem, était réduit à Saint-Jean d'Acre avec 73 villages, à Sidon avec 15 villages, à Caïffa avec le Carmel et 7 villages et quelques châteaux, à la seigneurie de Beyrouth, au château de Margat, enfin au comté de Tripoli (4) »
Cependant les barons se faisaient des illusions : en août 1286 ceux d'Acre expulsaient le sénéchal du comte d'Anjou et couronnaient Henri II de Chypre roi de Jérusalem (5).
La même année Kelaoun, sans tenir compte du traité, s'emparait du château de Margat, la plus grande des forteresses de l'ordre des Hospitaliers.
L'an suivant il attaquait le comte de Tripoli, prenait Latakieh, puis la ville de Tripoli. Le pauvre roi Henri II concluait une nouvelle trêve de dix ans.
En 1290, sous un prétexte, Kelaoun rompait la paix et envahissait quand il mourut (10 novembre) (6).

Son fils Al-Ashraf-Khalil sut déjouer toute opposition et saisit le pouvoir. Musulman fanatique, il était décidé à extirper de Syrie ce qui restait d'établissements chrétiens. Résolu à frapper le coup décisif, il s'en prit tout de suite à la capitale franque, Saint-Jean d'Acre.

Cette ville était la plus riche et la plus forte de la côte syrienne. Voyageurs et chroniqueurs du temps, aussi bien arabes que latins, ne tarissent pas d'éloges sur sa prospérité (7), tout en condamnant la corruption des mœurs de ses habitants.
Son port, à l'Est et au Sud de la ville, offrait un abri excellent contre les vents d'Ouest et du Nord (8).
La ville était double ; la Cité et, au Nord de la Cité, le faubourg nommé Montmusart, ce dernier en partie détruit par un incendie en 1234.
Non seulement ces deux villes étaient séparées par un rempart, mais, en chacune d'elle, les divers quartiers étaient clos de portes ou de chaînes.
La Cité, était la plus importante des deux villes. Sur la rive occidentale du port étaient les établissements (fondouks) des marchands italiens (génois, pisans, vénitiens), les sièges des ordres militaires, Templiers, Hospitaliers, Teutoniques, le palais du patriarche de Jérusalem, le couvent des Dominicains. L'ensemble était entouré d'une double ligne de remparts, reconstruits après le tremblement de terre de 1199.

Saint-Jean d'Acre semblait imprenable, mais Al-Ashraf était résolu à la prendre (9). Il leva les deux armées d'Egypte et de Syrie, retira toute « l'artillerie » des places pour l'apporter au siège d'Acre (10). Parmi les catapultes il s'en trouvait une de dimensions prodigieuses.
Il amena aussi quantité d'ouvriers pour miner les tours. Enfin il réveilla chez les troupes l'ardeur religieuse, le dessein arrêté d'en finir avec les Chrétiens. Il aurait mis en ligne 120.000 hommes contre le 25.000 assurant la défense de la ville. Les supputations varient. Selon les uns la population valide de la ville aurait été de 30 à 40.000 personnes. Le nombre des hommes en état de combattre au début du siège aurait été de 14.000, dont 800 chevaliers et 13.000 gens de pied (11).
Selon une autre estimation la défense aurait été assurée par 2 à 3.000 chevaliers, 18.000 gens de pied, 2 à 3.000 écuyers, sergents (4), turcoples.
Amadi donne des chiffres plausibles : 700 chevaliers, 800 piétons, auxquels il ajoute 13.000 pèlerins (?) armés.
Quant aux forces du sultan elles varient de 120 à 600.000 hommes au gré de l'imagination des auteurs.
Un anonyme parle de 10 émirs commandant chacun 4.000 cavaliers et 2.000 fantassins.
Mas Latrie accepte les 60.000 cavaliers (!) et les 240.000 gens de pied (!) avancés par Sanudo (12), mais trouve « fabuleux » les 400.000 de l'Excidium Acconis. (13).

La ville (avec le faubourg), de forme triangulaire — les contemporains la comparent à un écu — avait environ 1200 mètres le long de la mer et, de la mer à la partie la plus avancée des remparts, la Tour neuve du roi Henri, environ 1.000 mètres.
La superficie totale, telle que je la calcule sur plan, pouvait être de 65 à 70 hectares.
Mais la partie habitée, en deçà des enceintes ne couvrait guère plus de 30 hectares pour la Cité et autant pour Montmusard.
Les ordres militaires, les églises, les communautés religieuses prenaient là-dessus beaucoup de terrain.
En évaluant à 20.000 la population totale on est plutôt au-dessus qu'au-dessous de la vraisemblance.
Mais, à cette époque, peu de villes en Europe, atteignaient ce total.
Acre, ville déchue, occupant un peu moins d'étendue que la Cité franque, soif une trentaine d'hectares, dont 26 à 27 habités, ne renfermait que 6.000 habitants quand Poujoulat la visita, en 1831 (14).

La défense, comme l'attaque, fut acharnée. Les habitants qu'on accusait d'être infectés de tous les vices, secondèrent vaillamment les chevaliers et les ordres militaires. L'investissement de la place avait commencé le 5 avril 1291.
Le 15 mai un ouvrage avancé de l'enceinte extérieure, la Tour du roi Henri II, miné, s'écroulait et les mamelouks commençaient à pénétrer.
L'assaut final eut lieu le vendredi 18 mai, à l'aube.
Le maître du Temple, Guillaume de Beaujeu, le maréchal de l'Hôpital, Mathieu de Clermont se défendirent héroïquement et périrent.
On put évacuer par mer, sur Chypre, quelques combattants et des blessés. Mais la masse de la population fut massacrée ou réduite en esclavage. Le château des Templiers, à l'extrémité Sud de la Cité, persista à se défendre.
Le sultan pour en finir, eut recours à une manœuvre traîtresse : il offrit aux Templiers une capitulation honorable. Ceux qui acceptèrent furent décapités. Les autres s'ensevelirent sous les décombres du château qui, miné, s'écroula.
L'analyste arabe Abou'l Mahassen, qui a retracé l'événement, le fait suivre des réflexions suivantes : « Quand le combat eut cessé, le sultan fit mettre à part les hommes qui avaient échappé au massacre et on les tua jusqu'au dernier : le nombre en était fort grand. Ce qu'il y eut de plus admirable c'est que Dieu, le Très haut, voulut que la ville fût prise un vendredi, à la troisième heure, au même instant où les chrétiens étaient entrés sous le sultan Saladin.
De plus les chrétiens, en s'en rendant maîtres, avaient promis la vie à la garnison et l'avaient ensuite massacrée. Dieu permit que, en cette occasion, le sultan reçût aussi les chrétiens à composition et les fît ensuite mourir.
Voilà comment Dieu les punit à la fin de leur manque de foi » (15).

Al-Ashraf s'acharna même sur les pierres. Il fit détruire la ville dont les monuments de l'époque franque ont disparu (16).
Le reste de la Syrie franque n'offrit pas de résistance sérieuse.
Tyr, réputée place imprenable, Sidon, se rendirent en juillet.
Beyrouth
Caïffa
Tortose
Château Pèlerin
Furent occupés en août (17).
Rien ne subsistait en Syrie de ces établissements francs qui, pendant près de deux siècles, y avaient vécu d'une existence singulièrement agitée et dramatique.
Seules l'île de Chypre et l'île de Rhodes (18) prolongèrent jusqu'au XVIe siècle (1570 et 1522) l'existence en Orient d'États « latins »

Vue d'ensemble et conclusion

Notes
1. Charles songeait surtout à reprendre Constantinople à Michel Paléologue. Son expédition, qualifiée croisade, devait partir en août 1283. Le traité d'alliance avec le pape et Venise du 3 juillet 1281, prévoyait 8.000 cavaliers (sic) et des gens de pied que Venise devait transporter sur 40 galères.
— Voir Bréhier, p. 243, utilisant Norder, op. cit., p. 623 et suivantes.
2. Bréhier, p. 243.
— Grousset, p. 700.
— Roehricht dans Archives de l'Orient latin, t. I.
3. Grousset, p. 702,
4. Bréhier, p. 244.
5. Mas-Latrie, t. I, p. 480.
— Grousset, p. 680, 728.
6. Grousset, p. 750. Sur les versions qui coururent sur la mort de Kélaoun, voir Reinaud, p. 538.
7. La ville franque ayant été détruite par le vainqueur, on est obligé de la reconstituer par l'examen de ses débris mal reconnaissables, confrontés avec les textes latins, français, arabes qui nous la décrivent au XIIIe siècle. Voir l'essai de Rey, dans les Mémoires de la société, des antiquaires de France, t. XXXIX, p. 115-145 et t. XLIX, p. 1-18, avec un plan de la ville moderne et reproduction d'une vue de la ville au XIIIe siècle (Bibliothèque du Vatican 1960 ; Bibliothèque Nat., ms. lat. 3939) et d'une autre vue prise de la mer, en 1686, par le capitaine Gravier d'Orcières, chargé par Louis XIV, de relever les rades et mouillages de la Méditerranée orientale (dessins conservés à la Bibliothèque Nat. GDD 226). Plan de reconstitution de la ville dans Grousset, p. 753. Quelle que fût la prospérité d'Acre au XIIIe siècle, elle ne put atteindre celle que lui attribue rétrospectivement le voyageur allemand Ludolf de Suchem qui visita ses ruines un siècle après sa destruction.
8. Il est décrit par Marino Sanudo qui résida à Acre en 1286.
— Cf. Rey, p. 132-133.
9. Sur le siège d'Acre le travail fondamental est celui de Roehricht, Die Eroberung Ahkas (dans les Forschungen fur deutsche Geschichte, t.XX).
— G. Schlumberger s'est inspiré des travaux de ce savant dans son émouvant chapitre Prise de Saint-Jean d'Acre..., fin de la domination franque en Syrie dans Byzance et croisades (1927), p. 207-279, avec illustrations.
10. Makrizi compte 92 machines dressées contre la ville, Abou'l Faradj va jusqu'à 300 (Reinaud, p. 570, note 2).
— Une source chrétienne, donne 666 parce que, ainsi que le remarque Schlumberger (p. 240), c'est le nombre mystérieux de l'Antéchrist.
11. Supputations acceptées par Rœhricht qui trouve que c'est peu.
12. Mas Latrie, opuscule cité, t. I, p, 288.
13. Ibid. Voire aussi G. S, Schlumberger, loc. ait., p 229-40.
14. Michaud et Poujoulat, Correspondance d'Orient, t. V, p 431.
15. Reproduit dans Reinaud, p. 571-572.
16. Cf. plus haut, p. 198, note 4.
17. Carte des dernières possessions franques en Syrie dans Grousset, p. 759.
18. Les Hospitaliers se transportèrent à Rhodes en 1310. Voir H. Peutz, Die Anfange des Hospitals auf Rhodes 1310-1355 (dans Sitzungsberichle de l'Académie de Munich, 1908).

Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (La fin des États chrétiens de Syrie (1283-1291). Paris 1947. BNF

Vue d'ensemble et conclusion

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