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L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
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La Croisade de l'empereur Henri VI (1197) (1)

Une Croisade politique avortée : Empereur, roi des Deux-Siciles (25 décembre 1194), le fils de Barberousse héritait des prétentions ambitieuses de son père à la domination du monde chrétien tout entier.
Du côté de la France et de l'Angleterre il ne pouvait rien tenter de sérieux, mais l'Orient offrait à ses desseins des possibilités d'expansion très attirantes. D'abord il s'en prit à l'Empire d'Orient, qui se disait toujours « romain. »
Henri commença à envoyer une note comminatoire à Isaac l'Ange, réclamant la souveraineté des territoires conquis sur les Normands d'Italie, ses ancêtres par sa mère. Il réclama aussi une indemnité pour les torts faits à son père pendant sa croisade. Isaac fut renversé et aveuglé par son frère Alexis III. Henri fiança alors Irène, fille d'Isaac, à son frère Philippe de Souabe, visée évidente sur Constantinople. Lui-même se croisa en Italie, à Bari, le 31 mai 1195.
Sa lettre au pape Célestin III renferme un renseignement à retenir : il s'engage à entretenir pendant une année 1.500 chevaliers et 1.500 sergents. Tout semblait favoriser ses projets sur l'Orient. En octobre il recevait en Saxe une ambassade d'Amaury, frère et successeur de Guy de Lusignan, lui demandant de lui conférer, moyennant hommage, le titre de roi pour l'île de Chypre. Le roi de Petite-Arménie (Cilicie) Léon II, lui offrait, de son côté, de le reconnaître comme suzerain.

De grands préparatifs s'organisèrent à partir de décembre. A Worms, 3 archevêques (Mayence, Brême, Prague), 9 évêques, 6 abbés, 5 ducs, et le comte palatin du Rhin, le landgrave de Thuringe, 20 comtes et quantité de chevaliers prirent la croix. L'enthousiasme dépassait celui qu'avait excité la prise de croix de Frédéric Barberousse.
L'entreprise devait s'opérer par mer. Le Sud de l'Italie, la Pouille, était le lieu de rendez-vous.
L'archevêque Conrad se mit en marche vers Noël 1196 avec les croisés du pays rhénan et de Franconie. Il s'embarqua en mars 1197 : ce premier convoi allemand était transporté sur 30 navires.
Le gros s'ébranla en mai 1197, composé de princes de l'Allemagne du Sud et d'Autriche et de quelques princes du Nord. Il arriva en Pouille en juillet. Un troisième contingent, sous les ordres du comte de Brunswick et de l'archevêque de Brême, préféra une autre voie.
Contournant France et Espagne, il était rendu à Messine en août 1197, transporté par 44 bateaux.
Le premier convoi fit voile pour Saint-Jean d'Acre avec mission de reprendre Jérusalem. Après le débarquement, l'archevêque de Mayence et archichancelier impérial, Conrad, alla conférer le sacre royal à Amaury, à Nicosie en Chypre et à Léon II, à Tarse, en Petite-Arménie (6 janvier 1198) (2). L'empereur se réservait la conquête de Constantinople.

D'autre part, le royaume de Jérusalem devenait libre par suite de la mort accidentelle du roi Henri de Champagne. Conrad maria sa veuve à Amaury de Chypre, protégé et vassal de Henri VI. Les croisés impériaux, commandés par le duc de Lorraine, prirent Sidon, repoussèrent le sultan Malek-al-Adil, reprirent Beyrouth (23 octobre).
Mais ils perdirent un temps précieux (fin novembre 1197 au 2 février 1198) en s'obstinant au siège d'une petite place, Tibnine (Toron). L'approche d'une armée de secours les obligea à lever le siège (3).

A ce moment une nouvelle accablante et inattendue vint jeter la consternation parmi eux : depuis le 28 septembre, l'empereur Henri VI n'était plus. En août 1197 il s'était rendu à Messine. Le but était Constantinople. Au moment où il était rejoint par les 44 navires amenant les contingents du comte palatin du Rhin et de l'archevêque de Brême, Henri VI tomba malade, le 6 août, d'une fièvre maligne, et expira le 28 septembre. Avec lui disparurent ses projets grandioses.

On peut se demander s'il lui eut été possible de les mettre à exécution au cas où il aurait survécu. Les forces dont il disposait, pour être sans doute plus élevées que celles de son père, huit ans auparavant (4), n'étaient pas très considérables. Nous n'avons aucune donnée sérieuse à ce sujet. La plupart des sources se bornent à dire qu'il avait rassemblé un grand nombre d'hommes (5), mais on e sait ce qu'elles entendent par-là, et elles-mêmes ne le savaient pas très bien. Un seul texte donne un chiffre élevé. Arnold de Lubeck prétend que l'empereur disposait en Pouille de 60.000 hommes et qu'il réduisit une révolte (6). Mais le chiffre 60, avec ses multiples, est conventionnel, pour dire « beaucoup » (7).
Les Annales de Marbach, par contre, avancent que, pour réduire les insurgés, au nombre de 30.000, Henri disposait de peu de monde, tant combattants que pèlerins. Éracle, continuateur de Guillaume de Tyr, avance un chiffre qui n'est pas absurde : « quatre mile chevaliers, et si ot moult de gens de pié » (8).

Un renseignement précieux, semble-t-il, émane de l'empereur lui-même. Dans sa lettre à Célestin III, il s'engage, on l'a vu, à entretenir pendant une année 1500 chevaliers et 1500 sergents.

Chaque chevalier recevra 30 onces d'or et autant d'onces de blé pour son entretien pour lui et deux serviteurs. Chaque sergent recevra 10 onces d'or et autant d'onces de blé (annona) (9).
Les sergents sont certainement montés et représentent la cavalerie légère. Les deux serviteurs de chaque chevalier (l'écuyer et le page) ne sont pas des combattants et leur présence n'augmente pas le total de 3.000 cavaliers.
L'écuyer est monté, ce qui suppose 4.500 chevaux, 6.000 si le page est monté également. On a supposé que ce n'était là que le noyau de l'armée des croisés. C'est une erreur certaine. Henri VI, prévoyant une longue campagne, d'une durée qu'il évalue à un an, comprend, comme fera Louis IX, la nécessité de solder les croisés, tout au moins les gens de cheval. Quant aux gens de pied il n'en parle pas. Il est sous-entendu probablement que leur entretien est à la charge des princes ecclésiastiques et laïques ou qu'ils suivent à leur frais en qualité de pèlerins, au besoin combattants.

Au reste, nul souverain allemand du Moyen Age, n'a été à même d'entretenir 1500 chevaliers et 1500 sergents à lui seul. En 1467, dans une grande levée projetée contre les Turcs, le contingent de l'« empereur romain » est de 300 hommes à cheval (plus 700 piétons) (10).

Le nombre des navires de transport est connu, mais non leur type. Or, selon le type, la capacité de transport du navire était fort différente. En 1203 on embarqua sur les uissiers les chevaux et les écuyers (non combattants), sur les nefs les cavaliers et les gens de pied. Il y avait aussi les galées, les busses etc. (11). La seule comparaison peut être possible est celle de la croisade de Louis IX de 1270 (12). Elle était prévue pour 10.000 hommes et 4.000 chevaux. Étant donné que chaque chevalier était accompagné d'un écuyer et d'un page (montés, mais non combattants)

cela donnerait seulement 1.333 chevaliers, 2.000 si le page n'est pas monté, soit, sur 10.000 hommes, 8.000 combattants, à raison de 2.000 cavaliers et de 6.000 piétons. En quittant Aigues-Mortes les croisés firent voile sur 55 navires génois, plus quantité de petits bateaux. Les forces de Henri VI n'ont pas dû être supérieures.

Toutefois on ne saurait dire que l'avortement de la croisade de Henri VI ait été sans résultat pour l'Allemagne. Bien au contraire il eut indirectement des conséquences fort inattendues, dont l'effet n'est pas épuisé de nos jours : il transporta l'activité des croisés sur un tout autre terrain, plus proche, plus fécond pour l'Allemagne, sur les rives de la Baltique.

« Avant 1143 un pèlerin allemand et sa femme avaient fondé à Jérusalem un hôpital et une église dédiés à la Vierge, destinés aux malades de nationalité allemande et desservis par les religieux qui suivaient la règle de saint Augustin. Les papes Célestin II, en 1143 et Adrien IV (1154-1159) approuvèrent cette œuvre qui fut bientôt enrichie par des donations. On voit, en 1186, le chef des Hospitaliers de Sainte-Marie-des-Allemands avancer 110 marcs au roi Guy de Lusignan. Ces Hospitaliers se transportèrent à Saint-Jean d'Acre où un nouvel hôpital fut fondé en 1190 par des bourgeois de Brême.
Enfin, en 1198, les « Frères de la maison allemande » furent organisés en ordre militaire sur le modèle des Hospitaliers et des Templiers. Leur règle fut approuvée par Innocent III en 1199 et ils adoptèrent pour se distinguer des autres ordres le manteau blanc à croix noire » (13).

Quand s'évanouit l'espoir de conserver à la chrétienté les Lieux Saints ces « Chevaliers Teutoniques » allèrent combattre l'infidèle sur une terre plus proche, dans le pays des Borusses, peuplade lithuanienne obstinément attachée au paganisme. Sans l'échec des Croisades d'Orient qui sait si la Prusse germanique eût jamais existé ?

Empire latin de Constantinople

Notes
1. Th. Toeche, Kaiser Heinrich VI (Leipzig, 1869) dans la Collection des Jahrbücher d. deutschen Geschichte.
— Y. Haller, Kaiser Heinrich VI dans Historische Zeitschrift, t. CXIII, 1914, p. 473-504.
— E. Traub, Der Kreuzzugs-plan Kaiser Heinrichs VI im Zusammenhang mit der Politik der Jahre 1195-97 (Jena, 1910).
— W. Leonhardt, Der Kreuzugsplan Kaiser Heinrichs VI (Leipzig, 1913).
— En français René Grousset, Histoire des croisades, t. III, p. 144 (ouvrages épuisés).
— Louis Bréhier, L'Eglise et l'Orient, les Croisades, p. 137-143.
2. Cf. Mas-Latrie, Histoire de Chypre, t. I, 146-148.
3. Bréhier, p. 141.
4. C'est ce qu'observe le chroniqueur anglo-normand Raoul de Coggeshall dans son Chronicon Anglicanum : « copiosus ille exercitus et longe numerosior quam pater ejus Frethericus secum prius adduxerat » (Mon. Germ.. Script., t. XXVII, p. 352).
5. Annales Altahenses, Ratisponenses (ibid., t. XVII, p. 385, p. 59).
6. Chronicon Slavorum dans Mon. Germ., éd. in-8 « in usum scholarum », p. 197. Toeckb (p. 462) admet ce chiffre.
7. Cf. Pour mieux dire c'est un chiffre mystique (cf. p, 199. noie 2 et 285, note 2)
8. Recueil des historiens des croisades, Historiens occidentaux, t. II, p. 210.
9. Heinrici VI Constitutiones : « mille quingentos milites et totidem sargantos in expensis nostris a marcio usque ad annum transmittere decrevimus et hoc manifeste spopondimus unicuique militi XXX uncias auri et tantum annonae quae ei cum duobus servientibus ad victum unius anni potest sufficere et sarganto X uncias auri et tantum annonae quae ei ad annum sufflcict daturi. »
— Mon. Germ., Leges, section IV, part. I, p. 514.
— Cf. Chronica regia Coloniensis (ibid., Scriptores, t. XVII, p. 803. Ces chiffres ont été parfois mal compris ou mal copiés.
— Les Annales Reinhardsbrunnenses parlent de 500 « pugnatores » et de 1.000 « loricati », c'est-à-dire de chevaliers (ibid., t. XXX, p. 565).
— Otto de Sankt-Blasien, dans sa continuation du Chronicon Friting., de 500 « chevaliers » (ibid., t. XX, p. 326).
— Cf. Leonhardt, p. 19.
10. Cf. t. II, chapitre XXVI.
11. Sur ces types il suffit de renvoyer à La Roncière, Histoire de la marine française, t. I, P- 244.
— Jal, Glossaire nautique et Archéologie navale.
12. Cf, chapitre V, p. 196.
13. Louis Bréhier, p. 142, d'après la thèse latine d'Ernest Lavisse, De Hermanno Salzenso, p. 4 et suivantes.

Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (La Croisade de l'empereur Henri VI). Paris 1947. BNF

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