Les Templiers   Art militaire   Les Croisades

L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
Informations
Chers visiteurs
Vous avez certainement constaté le point d'interrogation dans la barre d'adresse de votre navigateur.

Il y est écrit « Non sécurisé »

Vous pouvez naviguer sur le site sans aucune crainte. La sécurisation d'un site Internet est obligatoire dès lors qu'il y a des demandes de mots de passes ou des paiements en ligne.

Sur ce site il n'y a rien de tout ceci.

Retour

La Croisade de 1239

La croisade française de 1239 (1) mérite de nous arrêter un instant, non pour ses résultats, qui furent nuls ou désastreux, mais parce qu'elle offre un tableau révélateur de la psychologie de la noblesse française. Le premier enseignement qu'elle comporte c'est que le « Voyage d'outre-mer » était pour elle un désir spontané, on pourrait même dire passionné. Nul souverain ne l'imposa : Louis IX était encore trop jeune, Frédéric II lui était résolument hostile pour des motifs de politique personnelle et aussi d'intérêt général. L'initiateur et le chef de la nouvelle croisade fut Thibaud IV, comte de Champagne et, depuis peu (1234), roi de Navarre. Type du seigneur français de ce siècle : vaillant, léger, dépourvu de tout esprit politique. On sait qu'il tomba amoureux de la reine Blanche et la chanta en vers.
Se joignirent à lui Hugues IV, duc de Bourgogne, Pierre Mauclerc comte de Bretagne, les comtes Guigue V de Nevers, Guillaume II de Joigny, Henri VI de Grandpré, Louis Ier de Sancerre, Simon II et Baoul de Clermont, Richard de Beaumont, Raoul de Soissons, les seigneurs Amaury VI de Montfort, Robert de Boves, Mathieu de Montmorency, Guillaume de Senlis, Philippe de Nanteuil.
C'était, comme on a dit justement, la fleur de la chevalerie française. Il y faut joindre, bien qu'il fût encore « d'Empire », Henri, comte de Bar (dit plus tard Bar-le-Duc).
L'armée rassemblée par ces grands personnages s'éleva, paraît-il à 1.000 ou 1.500 chevaliers et, probablement, à un nombre triple ou quadruple de gens de pied. La modicité de ce contingent est, lui aussi, une révélation de l'impossibilité d'envoyer en Orient des forces suffisantes. L'empereur refusant le passage à travers l'Allemagne, on embarqua à Marseille et à Aigues-Mortes et l'on aborda sans encombre à Acre le 1er septembre 1239.
Les circonstances étaient des plus favorables pour des négociations fructueuses avec les princes musulmans. Le sultan d'Égypte Malek-al-Kâmil était mort l'année précédente et sa succession était disputée entre ses fils, ses frères, ses neveux. Et puis il y avait lieu de tabler sur l'hostilité constante de Damas contre le Caire (2).

Mais nos croisés étaient de pauvres esprits. Les Francs de Syrie, proposaient, les uns de continuer la politique des rois Amaury I et II en s'attaquant à l'Égypte, les autres de s'en prendre à Damas.
Et puis une nouvelle grave parvint dès l'arrivée des croisés, la mainmise d'un émir de Transjordanie sur Jérusalem démantelée, laissée sans défense par le représentant de Frédéric II, Filanghieri.
L'absence d'un roi, d'un chef, se fit ainsi tout de suite sentir. Finalement on trouva moyen de s'aliéner le sultan de Damas et aussi celui d'Égypte en s'emparant d'Ascalon dont le traité avec Frédéric II reconnaissait la possession à l'Islam. Les premiers exploits de cette croisade consistent en razzias.

Pierre Mauclerc, avec 200 chevaliers, enlève près de Jaffa une caravane convoyant à Damas de grands troupeaux ; encore faillit-il être victime de son imprudence : il dut la vie à Raoul de Soissons. Mais la catastrophe fut provoquée par le comte de Bar (3). Le sultan d'Égypte, Al-Adil II, avait envoyé une armée sous l'émir Roka-ad-Din, défendre Gaza. Sur de faux renseignements le comte de Bar crut pouvoir surprendre ce contingent évalué à un millier d'hommes seulement. Il se lança avec 500 chevaliers. Les maîtres des Ordres militaires, même Thibaud IV, tentèrent vainement de s'opposer à cette équipée. Henri de Bar, arrivé près de Gaza, s'arrêta dans un vallon sablonneux et reposa sa petite armée sans même songer à s'éclairer. L'émir fit occuper les issues de la dépression par des archers et des arbalétriers, puis fit sonner la charge.
Gautier de Brienne, comte de Jaffa, vit le danger et conseilla la retraite immédiate. Henri et Amaury de Montfort refusèrent. Incapable de faire manœuvrer leur cavalerie lourde au milieu des sables où les chevaux enfonçaient, le comte de Bar succomba avec 1200 chevaliers et gens de pied (4). En outre il y eut 600 prisonniers.
Seuls survécurent Gautier de Brienne et le duc de Bourgogne qui se dégagèrent à temps et allèrent apporter à Ascalon la nouvelle du désastre (13 novembre 1239). Malgré toutes les compétitions qui déchiraient les Ayyoubides, descendants de Saladin, offraient beau jeu à la diplomatie des Francs. Mais étaient-ils capables, du moins les Croisés d'Europe, de mener à bien une négociation ? Une révolution de palais qui mit sur le trône d'Égypte, en juin 1240, Al-Sâlih Ayoub inquiéta tellement Ismaïl, prince (mâlek) de Damas, qu'il conclut une alliance avec les Francs. Il leur rétrocéda le terrain conquis entre Sidon et Tibériade avec les forteresses de Beaufort et de Saphed, à la grande horreur des pieux Musulmans (5).

On envisagea même une attaque commune contre Le Caire. Mais entre Damas et le Caire les sentiments des Ordres militaires étaient partagés : les Templiers et les barons de Syrie préféraient l'alliance damasquine, les Hospitaliers, Thibaud et les Francs de France l'alliance égyptienne. Ce dernier parti l'emporta. On conclut une paix bâclée avec le sultan de « Babylone » (Le Caire), à Ascalon.
Fatigué, Thibaud IV crut avoir assez fait. Il eut la faculté d'aller prier à Jérusalem, puis il rembarqua pour la France à Acre avec le gros des croisés (septembre 1240). Seul demeura le duc de Bourgogne qui voulut achever la reconstruction d'Ascalon et ne rentra qu'un an plus tard (6).

Les résultats de cette croisade n'étaient pas tout à fait négligeables, mais il eût été facile d'obtenir beaucoup plus, presque sans coup férir, avec des chefs plus intelligents et plus constants.

Croisade de Richard de Cornwall

Notes
1. Sur cette croisade, Grousset, t. III, p. 372-396.
— Bréhier, p. 205-207.
2. Grousset, p. 373.
3. Id, p. 379.
4. Ce chiffre est donné par la continuation de la chronique de Guillaume de Tyr, dite Rothelin.
— Voir le recueil des Historiens des croisades, section Historiens occidentaux, t. II, p. 546.
5. Grousset, p. 386-388.
6. Cf. plus loin, p. 187.

Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (La Croisade de 1239). Paris 1947. BNF

Retour

Haut-page

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.