Les Templiers   Art militaire   Les Croisades

L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
Informations
Chers visiteurs
Vous avez certainement constaté le point d'interrogation dans la barre d'adresse de votre navigateur.

Il y est écrit « Non sécurisé »

Vous pouvez naviguer sur le site sans aucune crainte. La sécurisation d'un site Internet est obligatoire dès lors qu'il y a des demandes de mots de passes ou des paiements en ligne.

Sur ce site il n'y a rien de tout ceci.

Retour

La cinquième Croisade (1)

Rien de plus décousu, de plus confus que ce que l'on appelle la Cinquième croisade.
Ainsi qu'on a dit justement (2), « l'Empire latin absorbait une partie des forces de la chrétienté, loin de pouvoir fournir lui-même le moindre secours » Le successeur d'innocent III, Honorius III, comprit dès son avènement au trône pontifical la nécessité d'un nouvel effort en Orient. L'empereur Frédéric II se croisa (décembre 1216), mais obtint la permission, vu les difficultés intérieures de l'Allemagne, de différer son départ. La prédication de Jacques de Vitry en France ne suscita aucun enthousiasme. Au contraire, en Hongrie, en Autriche, en Norvège il y eut un grand élan de ferveur.
Dans ce dernier pays les croisés se divisèrent en deux corps, le premier alla se joindre au roi de Hongrie, André II, à Léopold d'Autriche, et aux seigneurs allemands et brabançons qui s'embarquèrent à Venise et à Spalato.
L'autre prit la voie de mer, ramassa en route des croisés frisons et rhénans, s'arrêta en Galice pour faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et, par le détroit de Gibraltar, rejoignit à Acre, en Syrie, en mai 1218, le premier contingent qui l'attendait depuis huit mois (3). L'ensemble des forces ainsi réunies se serait élevé à 2.000 chevaliers, 1.000 sergents à cheval, 20.000 à pied (4). C'était, si ces chiffres sont acceptables (5), une imposante armée, la plus forte qu'on eût jamais vue en Terre Sainte. Cependant elle n'aboutit à rien de sérieux. Elle ne put même enlever la forteresse du Mont Thabor.
Une expédition contre Damas fut arrêtée par la tempête et la famine. Le roi de Hongrie rentra par la Petite-Arménie (Cilicie) et l'Asie mineure.
Le jeune roi de Chypre, Hugues Ier mourut (6).
Tout ce que purent faire les Allemands sous Léopold d'Autriche et la partie des Hongrois fidèles à leur engagement, ainsi que le nouveau roi de Jérusalem, en résidence à Acre, Jean de Brienne, ce fut d'attendre des renforts (7).
Au printemps de 1218 on entre dans une nouvelle phase. La croisade prend une tout autre direction. Jean de Brienne se persuade et persuade les barons de Syrie, de Chypre, les ordres militaires que, avant de tenter de reprendre Jérusalem et, à plus forte raison, de renouveler une tentative sur Damas, il convient de mettre la main sur l'Égypte. On s'emparera d'un port, Damiette ou Alexandrie, puis on marchera sur « Babylone » (Le Caire).

Les difficultés que présenta le siège de Damiette étaient considérables. La ville était défendue par une triple enceinte. La navigation sur le Nil était rendue impossible par une tour au milieu du fleuve reliée à la rive par une chaîne de fer. Après trois mois d'efforts la tour fut prise par les croisés frisons. Quelques jours après mourut le sultan Malek-el-Adil (31 août 1218).
Le partage d'autorité entre ses deux fils, des complots contre les nouveaux sultans auraient permis de fructueuses négociations à des esprits politiques. Il n'en fut rien.
Au contraire, l'arrivée devant Damiette du légat Pélage, au printemps de 1219, devait avoir les plus funestes conséquences. Il se posa en chef de la Croisade et fit rejeter une proposition inespérée du sultan d'Égypte Malek-el-Kâmil : si les Francs abandonnaient le siège de Damiette et évacuaient l'Égypte, il rendrait Jérusalem, moins le Moab et l'Idumée, et la Palestine, moins la Transjordanie ; en outre il conclurait une trêve de trente années. Il fallut donc continuer le siège et l'on essuya des échecs réitérés. Cependant le sultan renouvela sa proposition. De nouveau Pélage la fit rejeter contre les avis du roi Jean de Brienne et de nombre de barons. Des renforts vinrent aux Croisés, de France et d'Angleterre. Enfin, après un siège interminable et épuisant, Damiette fut emportée (5 novembre 1219). Les Francs considérèrent la possession de la ville comme définitive. Ils la fortifièrent, y appelèrent des colons, y introduisirent leur droit et leurs coutumes (8).

Le cardinal Pélage eût voulu qu'on marchât le plus vite possible sur la capitale de l'Égypte. Sans doute, cette fois, avait-il raison. Mais il s'était fait détester et les barons lui opposèrent la force d'inertie. On resta à Damiette pendant près de deux ans (novembre 1219-septembre 1221). Pendant ce temps le légat acheva de se faire haïr, en raison de son orgueil et de son autoritarisme. Excédé, le roi Jean de Brienne quitta Damiette où son pouvoir était bafoué (fin mars 1221).
En mai arrivèrent à Damiette Louis, duc de Bavière, et Hermann de Salza, grand maître de l'Ordre Teutonique, avec 500 chevaliers (9). Pélage, rassuré par ce renfort, décida alors l'attaque, en dépit du refus du roi Jean de venir participer à une opération inconsidérée. Il finit cependant par s'y résigner. L'armée se composait de 1.000 chevaliers, 5.000 sergents montés, 20.000 fantassins.
Remontant la vallée du Nil, par la rive droite, elle se heurta, le 24 juillet, à l'armée du sultan et à sa flotte devant la nouvelle forteresse dite El-Mansourah (la Victorieuse) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansourah_(%C3%89gypte)). Le sultan renouvela pour la dernière fois ses propositions (10) ; une fois encore, le légat Pélage les repoussa. Mais la saison du débordement du Nil (juillet) était arrivée. Le sultan fit couper les digues, l'eau envahit tout, ne laissant aux Francs qu'un étroit passage. Ils se décidèrent alors à regagner Damiette. Trop tard, car ils étaient enveloppés de tous côtés et des renforts arrivaient aux Musulmans, même de Mésopotamie. Jean de Brienne offrit la restitution de Damiette contre la possibilité à son armée de se retirer saine et sauve. Al Kâmil, contre l'avis de ses frères, accepta (30 août) et traita même le roi de Jérusalem avec magnificence. La croisade, après un difficile, mais beau départ, finissait en partie nulle (11).

L'auteur responsable de l'échec était en grande partie l'empereur Frédéric II (12). C'est parce qu'ils l'attendaient sans cesse depuis des années, et vainement, que les Croisés avaient piétiné sur place, manquant l'occasion d'actions ou de négociations favorables. Mais Frédéric ne voyait dans la Croisade qu'un prétexte à satisfaire une ambition dévorante. Il ne se décida à en finir avec ses atermoiements que lorsqu'il entrevit la possibilité en épousant Isabelle, fille de Jean de Brienne, de s'assurer la couronne de Jérusalem.
Mais Isabelle était encore une enfant. Frédéric s'attarda encore deux ans. Enfin, en août 1227, il jura de partir avec 2.000 chevaliers, transportés sur 50 nefs et 100 autres bâtiments. Même après avoir épousé Isabelle, à Brindisi, le 9 novembre, il ne partit pas et arracha à la faiblesse du pape Honorius III un nouveau délai.
En même temps il signifiait à son beau-père qu'il se considérait désormais comme roi de Jérusalem. Embarqué enfin le 8 septembre 1227, il débarqua aussitôt sous prétexte de maladie. Le nouveau pape, Grégoire IX, exaspéré par cette longue comédie, lança contre l'empereur l'excommunication (29 septembre).
Le 18 juin de l'année suivante Frédéric II embarqua enfin à Brindisi. La faiblesse du contingent emmené (40 voiles transportant 600 chevaliers) était la preuve visible qu'il accomplissait moins un vœu de croisade qu'un voyage politique.
A Chypre il se posa en protecteur du jeune roi Henri, lui fit prêter hommage et le tint sous sa garde. Avant même d'arriver à Acre il entama des négociations avec le sultan d'Égypte Malek-el-Kâmil. La crainte qu'inspirait à celui-ci le sultan de Damas, facilita un accord avec le plus en vue des princes chrétiens.
Mais le sultan de Damas mourut subitement et Malek n'eut plus les mêmes raisons de traiter. D'autre part la situation de Frédéric était paradoxale. Il est excommunié. Le patriarche de Jérusalem, les Ordres militaires, les missionnaires franciscains et dominicains lui refusent l'obéissance. Les forces armées de l'empereur sont insuffisantes. Il parvient tout de même à son but à force d'habileté diplomatique (il avait mis dans son jeu l'émir Fakr-aldin et lui avait conféré la chevalerie) et conclut à Jaffa, le 18 février 1229, un traité inespéré. Par ce traité, valable pour dix ans, le sultan restituait Jérusalem, d'ailleurs démantelée, Bethléem, Nazareth, plus quelques localités en Galilée et Phénicie avec les routes menant à Acre (1).
Les Musulmans gardaient le libre exercice de leur culte, leur juridiction propre sous un cadi, la mosquée d'Ornar, les biens enlevés aux Ordres militaires. Ce traité, qui semblerait à des modernes, un chef-d'œuvre de politique et de bon sens, fut accueilli avec indignation de part et d'autre. Les Damasquins versèrent des larmes.
Les Chrétiens furent exaspérés. Le patriarche lança l'interdit sur Jérusalem délivrée et en défendit l'entrée aux pèlerins. Le 18 mars 1229 Frédéric se fit couronner roi de Jérusalem au Saint-Sépulcre.
La cérémonie fut purement militaire et laïque. Quand il rembarqua à Acre le 1er mai, l'empereur fut insulté par la populace et on fut obligé de le dégager pour lui éviter pis encore (2).

Croisade de 1239

Notes
1. Sur ce qu'on appelle la cinquième croisade voir Bréhier, p. 176-197.
Grousset, t. III, p. 196-242.
— Roehricht dans Forschungen zur deutschen Geschichte, p. XVI (1876), p. 139-156 et Histor. Taschenbuch (1876), t. V, 6, p. 61-98.
— Hoogeweg dans Mitteilungen de l'Institut autrichien, t. VIII (1887), p. 188-218 ; t. IX (1888), p. 249-288, 414-447.
— Sur les sources voir encore Aug. Molinier, t. III, p. 49-54.
2. Bréhier, p. 188.
3. Riant, Expéditions et pèlerinages des Scandinaves en Terre Sainte, p. 320 et suivantes.
4. Bréhier, p. 191.
5. Ils sont empruntés à Ernoul.
6. Grousset, t. III, p. 206.
— Mas-Latrie, Histoire de Chypre, t. I, p. 196.
7. Jean de Brienne avait été désigné par Philippe-Auguste. La cour des barons d'Acre s'en était remise à la décision du roi de France.
— Cf. Grousset, p. 191.
8. Louis Bréhier, p. 194.
— Grousset, p. 222.
9. Ces chevaliers représentaient la participation de l'empereur Frédéric II à la croisade.
10. A la seule nouvelle de l'approche des Francs le sultan d'Égypte avait fait évacuer la population du Caire, tant les croisés étaient redoutés.
11. Bréhier, p. 196-197.
— Grousset, p. 242-246.
12. Sur l'expédition de Frédéric II, qui ne fut pas une vraie croisade et qui ne présente pas d'intérêt pour l'art militaire, il suffit de renvoyer à Bréhier (p. 197-204), à Grousset (t. III, 271-325), avec carte de la réoccupation franque de 1225 à 1247, à Roehricht, Die Kreuzfahrt des Kaisers Friedrich II (Berlin, 1874) et aux historiens de l'empereur. Voir aussi G. Schlumberger dans Byzance et croisades (1927), p. 337-360.
13. Bréhier, p. 202.
— Grousset, p. 307-308. Frédéric limita à dessein le traité au royaume de Jérusalem proprement dit et laissa en dehors la double principauté d'Antioche et Tripoli. Les auteurs arabes le considèrent comme un incrédule, un faux chrétien.
— Cf. Grousset, p. 315-317.
14. Frédéric fit administrer son royaume de Jérusalem par le maréchal Richard Filanghieri. C'est lui qu'il chargea de s'emparer du royaume de Chypre. En 1230 il réunit, dans ce but, à Brindisi un corps expéditionnaire de 600 chevaliers, 100 sergents montés, 700 fantassins, transportés sur une flotte montée par 3.000 marins (Grousset, p. 331). Mais les Chypriotes ne voulaient pas être soumis à l'autorité impériale qui s'effondra trois ans plus tard (p. 344-347).
Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (La cinquième Croisade). Paris 1947. BNF

Croisade de 1239

Retour

Haut-page

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.