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L'Art militaire et les armées au moyen age, en Europe et dans le proche Orient
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La troisième Croisade (1188-1192) (1)

La perte de Jérusalem provoqua une profonde douleur en Occident. La papauté, en la personne de Grégoire VIII, puis de Clément III, prit l'initiative d'organiser une nouvelle croisade. Pour réussir il était indispensable d'apaiser les différends entre princes chrétiens. La papauté s'y employa activement et avec succès, dès le début de l'année 1187. Le souverain le plus en vue, l'empereur Frédéric Ier, en adopta l'idée avec enthousiasme et, à la diète qu'il tint à Mayence, le 27 mars 1188, les princes allemands s'engagèrent à faire trêve à leurs éternelles querelles.
1. Sur la troisième croisade, voir Grousset, t. III, p. 8-18 (trop succinct)

La Croisade allemande (1)

L'empereur, précédant les autres princes chrétiens, partit le premier, de Ratisbonne, le 11 mai 1188.
Si la traversée de la Hongrie s'opéra cette fois sans encombre, il n'en fut pas de même quand l'armée allemande pénétra dans les terres byzantines. L'empereur « romain » d'Orient, Isaac l'Ange, se trouvait alors en négociations avec Saladin. Ce dernier laissait entrevoir la possession des Lieux Saints comme prix d'une alliance commune contre l'émir seldjoukide de Konieh (Konya, anciennement nommée Iconium, est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom).
Le conflit entre Allemands et Grecs en vint au point que, du côté allemand, on songea à emporter Constantinople. Finalement les croisés allemands passèrent sur la côte asiatique en évitant la capitale, par le détroit de Gallipoli (21 au 25 mars 1190).
Dans la traversée de l'Asie mineure l'armée souffrit cruellement de la faim et de privations de tout genre. Au lieu d'entrer paisiblement à Konieh, comme avait fait Conrad III, Frédéric se heurta à une population hostile et il dut emporter la place. Puis l'armée allemande entra en Petite-Arménie (Cilicie) dont le roi, Léon II, lui fit un accueil favorable. Un accident fort imprévu annihila la croisade allemande : Frédéric Barberousse se noya en traversant un cours d'eau, le Selef (10 juin 1190).
Nul après lui n'eut assez d'autorité pour ranimer le moral du corps expéditionnaire et la majeure partie des croisés allemands abandonna la partie et rentra. La minorité, sous Frédéric de Souabe, poursuivit la route et parvint à gagner Antioche. Elle y fut victime d'une épidémie. Les survivants allèrent se joindre aux croisés de France et d'Angleterre occupés au siège de Saint-Jean d'Acre.

Arrêtons-nous à propos de cet échec sur un problème malaisé, celui des forces dont a disposé l'empereur allemand (2).
Une première observation (3) c'est qu'on ne trouve aucune estimation de ces forces dans les meilleures sources contemporaines, celles qui émanent de témoins oculaires ou de gens informés par les participants à la croisade, ainsi Ansbert, Tageno, l'Epistula de morte imperatoris Frederici : l'Historia peregrinorum Elles se contentent de dire : « quantité de chevaliers (milites multi), une multitude de gens », « beaucoup de princes et d'évêques » (4). Nous ne trouvons de chiffres que dans des textes postérieurs aux événements.
Arnold de Lubeck dit 50.000 chevaliers et 100.000 autres combattants, Magnus de Reichersbach 80.000 combattants et plus encore, la Continuation de Guillaume de Tyr 50.000 « hommes à cheval sans compter ceux à pied », la Chronique royale de Cologne 30.000 hommes dont 15.000 chevaliers (electi milites).
Les Annales de Stade vont jusqu'à 600.000 hommes. Les Annales de Venise parlent de 100.000, dont 40.000 chevaliers (milites) ; une autre source italienne de 30.000 chevaliers et 60.000 fantassins. Parmi les chroniques anglaises l'Itinerarium Ricardi donne des chiffres aussi élevés.
Naturellement les sources arabes ne restent pas en arrière : 100.000 hommes selon Abulféda, Abou'l Feda, chiffre doublé par Boha-ed-Din dans sa « Vie de Saladin »
Un groupe, représenté par les Gesta Frederici in expeditione sacra, Simon de Crémone, Jacopo d'Acqui, Salimbene, s'accorde sur le chiffre de 90.000 combattants. Ces deux derniers textes entrent dans le détail : 12.000 chevaliers sur 90.000 selon Salimbene. Jacopo ajoute même 20.000 gens de pied, dont 10.000 archers et 10.000 arbalétriers, plus un « vulgus innumerabile » Mais Salimbene écrit 70 ans, Jacopo 140 ans après l'événement. Ils se laissent aller aux fantaisies de leur imagination.
Chose invraisemblable, les historiens allemands qui se sont occupés de cette expédition (Kugler, Riezler, Fischer, Prutz, Raumer, Tceche, Giesebrecht, Zimmert) acceptent ces évaluations ou les réduisent un peu, à l'exception de Rœhricht qui ne se hasarda pas à donner de chiffres.

Une première observation qui eut dû les mettre en garde, c'est que Frédéric, instruit par la deuxième croisade, à laquelle il avait participé jeune aux côtés du roi Conrad, son oncle, ne voulut pas emmener de gens de pied (sauf des valets, des cuisiniers, etc.) et se contenta de cavaliers.

Ensuite ils ont négligé, ou mal utilisé, un moyen de contrôle, le nombre des navires prêtés par l'empereur d'Orient, Isaac l'Ange, pour faire passer le détroit de Gallipoli à l'armée allemande. Selon Anshert cette flotte de transport comptait 70 uissiers et 150 autres navires capables de loger des chevaux sans peine. Des textes s'échelonnant du XIIe à la fin du XIVe siècle s'accordent à dire que chaque uissier pouvait, en moyenne, transporter 40 chevaux. Rien qu'avec les uissiers on aurait pu transporter 2.800 chevaux.
Il est évident que les 150 « autres » ont une capacité de transport moindre. En admettant qu'elle fût de moitié, on aurait un nombre égal, ou à peu près, de chevaux transportés par les uissiers et les « autres », soit 5.600. Ce n'est pas tout : l'historien grec Niketas nous apprend qu'il y eut deux voyages pour le transfert des croisés d'une rive à l'autre du détroit de Gallipoli. On aurait alors, en doublant, 11.200 chevaux. Étant donné que sur trois cavaliers, il y a deux écuyers et un chevalier, on aboutirait à un total de 3.733 chevaliers et 7.466 écuyers, à une unité près (4). Mais la raison que donne Niketas de ce double transport, c'est que Frédéric Barberousse craignait que les « Romains », violant leurs engagements ne missent à mort les croisés allemands qui auraient pu rester en arrière (5). Alors la supposition que chacun des 150 bateaux autres que les uissiers transportassent 20 chevaux ne tient plus : dans chacun des deux passages les vaisseaux de transport peuvent être, à dessein, moins chargés, n'être pas au complet, observation qui supprime la déduction tendant à doubler le nombre des chevaux, par suite des cavaliers. Cependant Niketas, racontant le conflit germano-byzantin à Philppopoli, assigne aux Allemands un effectif de 5.000 cavaliers et l'expression dont il se sert montre qu'il entend parler de cavaliers bardés de fer, donc de chevaliers (6).
Surtout ce qui doit mettre en défiance contre des évaluations trop élevées, c'est le fait que Frédéric ne fut suivi que par une partie de l'Allemagne (7). Le Nord y participa d'une manière insignifiante. Parmi les évêques saxons trois seulement, ceux de Munster, Osnabruck, Meissen, plus l'évêque de Liège en Basse-Lorraine.

Comme laïques, deux comtes saxons de faible importance et le comte de Hollande. Les archevêques de Cologne, de Magdebourg, de Brême prirent la voie de mer. Ne purent participer à la croisade ni l'ex-duc de Saxe Henri le bon, ni le margrave de Brandebourg, ni le landgrave de Thuringe. Ce fut l'Allemagne du Sud, la Souabe, la Franconie, et un peu les pays rhénans qui constituèrent le corps expéditionnaire. Encore doit-on remarquer que la Bavière ne donna que deux évêques (Ratisbonne et Passau) et quatre comtes, enfin que le duc d'Autriche, et le prince vassal de Bohême, etc., ne furent pas en état de partir.

Lors de sa première expédition d'Italie, en 1154, l'empereur avait 1800 chevaliers, et il disposait des contingents des archevêques de Cologne et de Trêves, de ceux d'Henri le Lion et de quantité d'autres princes. Lors de la deuxième, en 1176, il disposa de 2.000 chevaliers (8). Comment admettre que pour une expédition lointaine il ait pu faire sortir d'Allemagne un nombre supérieur de chevaliers, étant donné que les levées qu'il put obtenir en 1189 furent beaucoup moins considérables qu'en 1154 et 1176 ?
Enfin il dut laisser des forces importantes à son fils Henri VI. Il en fut de même des princes et évêques qui suivaient l'empereur (9).

Si bien qu'on en vient à douter même du chiffre modéré de 3.000 chevaliers donné par une source anglaise contemporaine, le Libellas de expugnatione Terrae Sanctae (10).

Un dernier renseignement, et significatif, nous est fourni par l'Epistula de morte Friderici (11). Ce texte nous rapporte que, le 13 mai 1190, par suite de la mortalité des chevaux, il ne restait plus que 600 chevaliers montés, 500 environ le 27 mai, ce qui n'empêcha pas les Allemands d'emporter Konieh (Iconium). Ces chiffres sont dignes de confiance : il a été prouvé que l'Epistula a pour auteur un témoin oculaire, Gottfried, évêque de Wurzbourg, prélat guerrier qui se distingua dans cette croisade (12). Quelles qu'aient été les fatigues endurées et les pertes en chevaux subies au cours de la traversée de l'Asie Mineure, il paraît difficile d'admettre que la chevalerie allemande montée fut réduite en mai 1190 au dixième, au huitième, au sixième de son effectif de départ, deux ans auparavant. En supposant 2.000 chevaliers et le double d'écuyers on risque encore d'être plutôt au-dessus qu'au-dessous du possible (13).

Croisade franco-anglaise

Notes
1. Pour la croisade allemande, voir R. Roehricht, Geschichte des Koenigreichs Jérusalem (1898)
2. Ce problème est étudié avec sagacité par Hans Jahrn Die Heereszahlen in den Kreuzzugen (dissert, de Berlin, 2 février 1907). L'auteur ne traite que de la 3e et de la 4e croisade.
3. Faite par Jahn, p. 6.
4. Enumérés avec renvoi aux éditions par le même, p. 7-8.
4. Jahn arrive (p. 23) à un total plus élevé, 17.000 chevaux, parce qu'il suppose (P, 22-23) que les 150 bateaux sont du même type que les uissiers, alors qu'il est évident qu'ils portent une charge inférieure.
5. Explication qui n'a pas retenu l'attention de Jahn (p. 23).
6. Niketas, p. 534.
7. Là encore Jahn (p. 15-19) a vu juste.
8. Voir Hanow, Beitrage zur Kriegsgeschichte der Staufischen Zeit: Die Schlachten bei Carcano und Legnano (dissert, de Berlin, 1905).
— Cf. notre chap. XXVI.
9. Jahn, p. 17.
10. Publié avec la chronique de Raoul de Coggeshall par Stevenson dans la collection du Master of the rolls (Berum britann. scriptores) en 1875, p. 219. Sur ce texte, Molinier, t. III, p. 32, n° 2317.
— Aux 3.000 milites hauteur ajoute « 8 0.000 autres » Qu'entend-il par là ? Frédéric n'avait emmené comme infanterie que des serviteurs, ainsi qu'on vient de voir, p. 155, note 4.
11. Monumenta Germaniae, Scriptores, t. XX, p. 494-496.
12. Zimmert dans la Neues archiv fur altéré Geschichlskunde, t. XXVI.
13. Jahn (p. 24) accepte le chiffre de 3.000 chevaliers tout en remarquant que c'est beaucoup. Lui-même attire l'attention (p. 18-19) sur certains épisodes de la traversée de la péninsule Balkanique où l'on voit des décisions importantes amenées par des forces médiocres. Ainsi le duc Frédéric bat les Grecs avec 500 chevaliers dont les chevaux sont bardés de fer « milites loricati quorum etiam ferreos equi habebant amictus », selon l'Historia peregrinationis, p. 509.

Sources : Lot, Ferdinand. L'art militaire et les armées au Moyen-Age en Europe et dans le Proche Orient. Tome 1 (Troisième Croisade, Croisade allemande). Paris 1947. BNF

Croisade franco-anglaise

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