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Hugues de Payens
Il est dit dans cette historique qu'Hugues de Payens aurait fait parti de la première croisade, nous navons aucune preuve sur sa présence à Jérusalem en 1099.Le rédacteur de cette histoire de l'Ordre du Temple n'a pas eut toutes les informations qui ont été découvertes après 1789.
Mais ce fut dans lonzième siècle surtout, que ces voyages devinrent fréquents: on y mettait une partie de sa religion, et il semblait quon ne fût pas Chrétien, si lon nétait allé à Jérusalem (8). Malgré les fatigues et les dangers dune longue route, malgré les mauvais traitements des infidèles, il arrivait aux portes de cette ville des milliers de pèlerins de tout sexe et de toute nation , à qui il fallait, pour droit dentrée, chacun un écu dor, ou relier aux pieds des murs, exposés aux insultes des infidèles, et à une disette générale des choses nécessaires à la vie. La prise de Jérusalem par les premiers croisés, en 1099, apporta quelque remède à ces inconvénients ; mais elle nempêcha pas les naturels du pays, animés contre les Chrétiens, de sattrouper, de semparer des hauteurs, et de se retrancher le long des chemins, afin de tomber plus impunément sur des voyageurs étrangers, quils ne considéraient plus que comme ennemis jurés de Mahomet et de sa religion.
A la vue de ces insultes, et sur le récit de ces brigandages, quelques Chevaliers, émus de compassion, touchés dailleurs du désir dune vie plus parfaite, formèrent le dessein de se consacrer spécialement à la défense des voyageurs, à la sûreté des chemins, et à la garde du Saint Sépulcre: ils étaient neuf du nombre de ceux qui avoient suivi Godefroi de Bouillon. Le premier était Hugues des Payens, dune famille alliée à celle des Comtes de Champagne, et qui tir son nom dun endroit situé à deux ou trois lieues au-dessus de Troyes, sur la Seine (9). Le second, nommé Geoffroi de Saint-Omer, nétait ni Toulousain, ni de la famille de Saint Adhémar, ainsi quon l'assure dans le Dictionnaire Héraldique, mais de celle des Châtelains de Saint-Omer en Flandre, qui a fleuri jusqu'a 1617.
A ces deux premiers se joignirent sept autres Français, aussi recommandâmes par leur naissance que distingués par le courage et la valeur. Une chronique de Cîteaux nous a conservé les noms de quatre, qui sont: Rossal, Geoffroi Bisol, Payen de Montdidier, et Archambaud de Saint-Agnan. Une lettre du Roi Baudoin nous en fait connaître deux autres sous les noms dAndré et de Gondemare ; André était de la famille de Montbard, et oncle maternel de Saint Bernard (10). Le neuvième fut, selon toute apparence, Hugues 1er, septième Comte de Champagne, et fondateur de Clairvaux. Il se joignit aux autres en 1125, ce qui lui attira, de la part du Saint Abbé, une lettre, dans laquelle on le félicite dêtre devenu pauvre soldat, de Comte et de riche quil était. Cet Hugues mourut en Palestine, vers 1126 (11).
Ce fut en 1118, sous Baudoin II, troisième Roi de Jérusalem, que ces Gentilshommes exécutèrent le dessein quils avoient conçu en 1118 dembrasser un état où ils purent vivre en commun, suivant l'institut des Chanoines réguliers, sous la règle de Saint Augustin (12). Ils prononcèrent les trois vœux ordinaires entre les mains du Patriarche Gormond, et sengagèrent, par un quatrième, à la sûreté des chemins, et à défendre les pèlerins des embûches de ceux qui en voulaient à leur vie et à leurs dépouilles, ce qui a rendu cet Ordre originairement régulier et militaire, différent en cela de celui des Hospitalier que le B. Gérard, leur fondateur, navait destinés quà servir les étrangers pauvres ou malades dans les Hôpitaux, et qui ne prirent les armes que sous Raimond Dupui, à limitation de la Chevalerie du Temple 13). Celle-ci ne fut donc jamais fille de lHôpital, quoi quen disent les Historiens de Malte, daprès Brompton: un dentre eux se plaint de la négligence et du silence des écrivains orientaux sur les exploits de ses confrères jusqu'a 1130 , parce quen cette année le Pape Innocent II, dans une bulle , assure quon ne parlait dans toute lEurope que des services importants quils rendaient au Roi de Jérusalem contre les infidèles, ce qui suppose, ajoute-t-il, quil y avait déjà du tems quils étaient armés, et en conséquence il présume quils prirent les armes la même année que les Templiers 14).
Cette indiction me paraît peu juste ; voici ce que la bulle porte: Cest par eux que Dieu purge lEglise orientale de la corruption des Païens, et quil force les ennemis du nom Chrétien. (Mais comment ?) En ce que les membres de cette maison ne craignant pas dexposer leur vie pour le prochain, entretiennent, à leurs frais , des cavaliers et des chevaux destinés à défendre les fidèles des insultes des barbares, en les accompagnant, tant à leur retour quà leur arrivée (15). » Ces termes nannoncent assurément aucun exploit militaire, mais seulement que les Frères Hospitaliers, trente ans après leur fondation, avaient gens à leur solde, et faisaient par autrui ce que les Templiers faisaient par eux-mêmes dès leur institution, Si, avant 1130, l'histoire (comme on est obligé den convenir), ne dit rien de ces importants services rendus au Roi de Jérusalem dont parle lhistorien de Malte, où a-t-il trouvé que ses confrères commencèrent en 1118 à prendre les armes, et a forcer, en 1119 (16), les Turcs, en bataille rangée, à la suite de Baudoin, sous les ordres de Raimond Dupui. Il serait aisé de faire voir que Raimond Dupui, dans les premières années de sa supériorité, qui commença en 1118, ne songeait guère à rendre ses sujets militaires. Son principal objet fut de leur dresser des statuts concernant loffice divin et les trois vœux ordinaires seulement, et de leur donner des règles de conduite à observer, lorsquils seraient occupés à recueillir les aumônes; mais dans tous ces règlements il ny a pas un seul terme dont on puisse inférer que Raimond Dupui avait eu le dessein de métamorphoser ses confrères en guerriers: il ny prend même dautre qualité que celle de Gardien de lHôpital, et de Serviteur des Pauvres. Dans un monument de 1125 (17), où Hugues des Payens se donne la qualité de Maître du Temple , Raimond Dupui ny en prend aucune, si ce nest celle de Procureur de lHôpital de Jérusalem: cest donc à tort que lon accuse M. Fleuri de sêtre trompé en faisant lOrdre du Temple, le premier de tous les Ordres Militaires; car, quand celui de Saint-Jean aurait été approuvé quinze ans avant celui du Temple, et quand le premier aurait eu des habitations en France avant le second, il sensuivait seulement que les sujets de lHôpital sont plus anciens religieux que ceux du Temple ; mais on en conclurait fort mal quils sont plus anciens militaires. Ce nest donc pas lAbbé Fleuri, mais le Père Longueval lui-même qui se trompe, en confondant l'érection des Hospitaliers en Ordre Militaire avec leur institution première en Société dHospitaliers (18).
Ceux qui prétendent quHugues et ses compagnons firent profession de lordre de Saint Benoît entre les mains du Patriarche Etienne, et quils en reçurent lhabit blanc, avec une croix patriarcale par-dessus (19), nont pas consulté les histoires orientales: ils y auraient vu que durant les neuf premières années de leur engagement, ceux du Temple ne portèrent dautre habit que celui des clercs séculiers, sans aucune croix, ni simpie, ni double (20). Celle qui leur fut accordée en 1145 était simple, rouge, et semblable en tout, excepté la couleur, à celle des Hospitaliers, qui nétait pas à huit pointes, telle que se le sont imaginé labbé de Vertot et son graveur (21). Il est vrai que le Pape Honorius et le Patriarche Gormond conseillèrent à Hugues de prendre une règle particulière, et lui désigèrent la couleur de l'habit qui devait distinguer son institut ; mais le tout ne sexécuta quau concile de Troyes en 1118.
La fin de cette société naissante étant, comme on la dit, de délivrer les chrétiens occidentaux des mains de leurs ennemis, il nest pas douteux que lAuteur de tout bien nait inspiré à ces pieux gentilshommes le dessein dont ils étaient occupés: il nappartient quà Dieu de se former une société où lon se fait un devoir de sacrifier à lutilité du prochain, biens, talents, repos et la vie même. Dailleurs, quoi de plus utile aux Chrétiens orientaux quun Ordre militaire qui dans peu allait être en état de les défendre au-dehors par la force, et de les édifier au-dedans par une vie exemplaire ? Tel fut lobjet principal dHugues et de ses compagnons ; telle a été lorigine de cette Chevalerie qui, pendant cent quatre-vingt-quatre ans, a fait tant de bruit dans le monde, et qui a eu tant de part aux affaires doutre-mer.
Une preuve que la vaine gloire nentra pour rien dans leur projet, cest quils ne cherchaient ni à sagrandir ni à se multiplier. Jusqu'au moment que lOrdre fut approuvé, ils se bornèrent à leur nombre de neuf, vivant dans une édifiante simplicité, et consacrant au soulagement des étrangers les biens quils avoient apportés en commun, ou quils recevaient de la libéralité du Prince. Persuadés que la force, l'intrépidité, la patience dans les travaux, et le sang-froid dans les périls, ne sont que des vertus païennes, et que si elles ne sont liées à la religion, elles dégénèrent en fougue, en dureté, en sureur, ils se firent bientôt remarquer, et se distinguèrent des militaires séculiers la douceur, la modestie, la compassion, la sensibilité. Lamour fraternel, le premier mobile de leur conduite, ne les laissait jouir daucun repos: toujours inquiets sur les dangers et les insultes auxquels les pèlerins de lun et de lautre sexe étaient exposés, ils étaient sur pied jour et nuit pour leur servir descorte ; ils allaient les attendre sur le port, et ne les quittaient quaprès les avoir mis hors de danger, les prenant et les reconduisant jusquau-delà des défilés et des parssages les plus à craindre.
Sept à huit ans sécoulèrent dans ce louable exercice dhumanité, qui leur concilia lestime et la considération des Orientaux- Ceux-ci ne tardèrent pas à prévoir les grands avantages que lEglise orientale pourrait un jour retirer du zèle de ces pieux gentilshommes , sil leur prenait envie de se multiplier. Le Roi Baudouin leur en fît naître lidée, et leur en procura les moyens. Voyant quils navaient encore ni chapelle ni domicile fixe , il leur accorda, pour un temps, la permission de se loger dans le quartier méridional de son palais, contigu à ce quon appelait alors le Temple de Salomon (22), doù leur est venu le nom de Templiers, selon que tous les historiens en conviennent, excepté le P. Hardouin, qui, toujours singulier dans ses opinions, soutient que cest de lemplacement quils ont occupé à Paris, quils furent ainsi nommés (23).
A lexemple de Baudouin, chacun se fit un devoir dencourager cette nouvelle milice par ses libéralités et par mille autres marques dattachement. Les Chanoines réguliers du Saint Sépulcre leur cédèrent, à certaines conditions, une place attenante au Palais-Royal, où ils bâtirent dans la suite une église et des lieux réguliers. Le Roi, plus intéressé que personne à cultiver cette nouvelle plantation, envoya deux de ces Chevaliers à Saint Bernard, et les chargea dune lettre conçue en ces termes: « Baudouin, par la miséricorde de J. C., Roi de Jérusalem et Prince dAntioche, au vénérable Père Bernard, Abbé de Clairvaux, salut et déférence: Les Frères du Temple, que le Seigneur a daigné susciter, et quil conserve par une providence spéciale pour la défense de cette province, désirant obtenir du Saint-Siège la confirmation de leur institut, et une règle de conduite particulière, nous avons pris la résolution de vous envoyer les deux Chevaliers André et Gondemare, non moins connus par leurs exploits militaires, que par léclat de leur naissance, pour obtenir du Pape lapprobation de leur Ordre, et disposer Sa Sainteté à nous envoyer du secours et des subsides contre les ennemis de la foi, réunis dans le dessein de nous perdre et denvahir nos Etats ; et parce que nous connaissons de quel poids est votre médiation auprès de Dieu et de son Vicaire, de même quauprès des Princes de lEurope, nous avons cru agir avec prudence, en vous confiant les deux choses importantes dont la réussite ne peut que nous être très-agréable. Au reste, il convient que les statuts, que nous vous demandons, soient tellement réglés et dirigés, quon puisse les concilier avec le tumulte des armes et les exercices militaires, afin quils soient de nature à procurer lavantage des Princes chrétiens. Faites donc en sorte que nous ayons de vos jours le bonheur de voir cette affaire réunir, et adressez pour nous au ciel lencens de vos prières (24). »
Le Saint Abbé prit cette affaire à cœur, et négocia tellement auprès du Pape, de son Légat, et des Evêques de France, quil en obtint la convocation dun Concile à Troyes. Hugues et ses compagnons y furent invités. Baudouin, qui comptait beaucoup sur leur zèle et leur activité, leur conseilla de sembarquer, et les chargea de solliciter du secours auprès du Pape, des Princes occidentaux, et dinviter ces derniers au siège de Damas, quil méditait depuis quelque temps (25).
Tandis qu'Hugues se disposait à partir, son premier disciple, Geoffroi de Saint-Omer, libre possesseur dun riche patrimoine situé dans Ypres et aux environs, ayant conçu le dessein de sen défaire, et de labandonner en faveur du nouvel Ordre quil embrassait, chargea Hugues de notifier à ses héritiers la disposition que lui Geoffroi, venait de faire de tous ses fonds ; et pour quelle ne fût ni querellée ni suspectée, il lui confia son sceau, avec une lettre à Guillaume, Châtelain de Saint-Omer, son parent, par laquelle il lui enjoint de transférer tous ses héritages au nouvel Ordre quon allait approuver, et de changer en maison religieuse les bâtiments quil avait dans Ypres. Lhistoire dit que le Chevalier chargé de la commission fut dautant mieux reçu de lEvêque et du Châtelain, quils remarquèrent en lui de grandes qualités, beaucoup de vertu, dhabileté et dexpérience, ce qui ne contribua pas peu à les faire entrer dans les vues de Geoffroi. Charmés dêtre les premiers à contribuer au nouvel établissement, ils sadressèrent au Comte Thierri dAlsace, qui favorisa tellement la donation, que dans peu les bâtiments de Geoffroi furent changés en Eglise et en lieux réguliers. Dautres seigneurs de Flandres ne tardèrent pas à en faire autant ailleurs, tant lexemple des grands est puissant et fait dimpression (26).
Hugues, accompagné de cinq de ses compagnons, mit à la voile, et arriva heureusement sur les cotes dItalie. Après sêtre acquitté de ses commissions auprès du Pape, il lui présenta ses disciples, lentretint de leur zèle et des services quils étaient en état de rendre à lEglise dOrient, et lui demanda la confirmation du dessein quil avait den former un Ordre militaire. Honoré II, que Saint Bernard avait prévenu en leur faveur, les ayant reçus et écoutés avec bonté, approuva leur projet, et les renvoya en France aux Pères du Concile qui devait se tenir à leur occasion. Lassemblée souvrit le 13 janvier 1127, cest-à-dire, 1128, avant Pâques. Matthieu, Evêque dAlbane et Légat du Saint-Siège, y présida, affilié des Archevêques de Reims et de Sens. Dix autres Prélats sy trouvèrent ; savoir: Rankede de Chartres, Gosselin de Soissons, les Evêques de Paris, de Troyes, dOrléans, de Meaux, ceux dAuxerre, de Châlons, de Laon, de Beauvais, avec les Abbés de Cîteaux, de Pontigni, de Molême, et quelques autres, du nombre desquels était Saint Bernard. Nos gentilshommes, arrivés à Troyes, se présentèrent au Concile en habit clérical. Hugues, portant la parole au nom de tous, exposa de son mieux à l'assemblée la fin de son institut, et ce qui devait le distinguer des autres sociétés religieuses ; mais ce quil proposa ayant souffert quelque difficulté, on le renvoya, sur plusieurs articles, au jugement du Pape et du Patriarche, après avoir approuvé l'institut et leur avoir permis de porter le manteau blanc. Comme la règle de Saint Augustin, quils avaient adoptée le jour de leur engagement, nétait pas assez détaillée pour les instruire à fond sur les moyens d'allier, avec le tumulte des armes, les vertus paisibles de la Religion, le Concile décida quil leur en serait donné une particulière par écrit, laquelle, pour être plus fixe et plus durable, serait revêtue de lautorité du Saint-Siège et du Patriarche de Jérusalem. Je trouve dans quantité dHistoriens, et cest une tradition dans lOrdre de Cîteaux, que Saint Bernard eut commission de la dresser ; mais on doute avec fondement quil sen soit acquitté ; car celle qui paraît sous son nom dans la collection des Conciles et ailleurs (27), ne peut être quun extrait de la première, auquel on a joint quelques règlements de Chapitres généraux: on ny retrouve ni le style, ni lonction, ni la force quon remarque en général dans les écrits de Saint Bernard ; il y a même des expressions barbares, tout-à-fait étrangères à la pureté de son élocution (28). Dom Mabillon pense que celle qui nous reste na été, dressée que longtemps après le Concile de Troyes, et les preuves quil en donne sont tirées de la règle même. Il est ordonné quon ne recevra plus de sœurs (29). On y parle de certains faux-frères qui se faisaient passer pour Templiers sans en avoir fait les vœux (30). On y condamne, comme un abus très dangereux introduit contre lintention du Chapitre général, la conduite de quelques Chevaliers qui autorisent leurs écuyers à porter le manteau blanc. Cela suppose incontestablement un Ordre déjà répandu, et ne peut convenir au tems du Concile de Troyes, auquel Hugues navait encore que huit compagnons.
Cette remarque détruit lopinion des historiens littéraires de France, qui, fondés sur un texte obscur, prétendent que Saint Bernard se déchargea de la commission quil avait de donner une règle aux Templiers, sur un certain Jean de Saint-Michel ; mais lendroit quils apportent en preuve ne dit rien, sinon que le Saint Abbé ayant reçu des Evêques assemblés à Troyes, la qualité de Secrétaire du Concile , il sen déchargea sur ce Jean de Saint-Michel (ou plutôt Saint-Mihiel), qui en effet ne se donne dautre qualité que celle de scribe et non dauteur: Ego Joannes Michaëlensis, praesentis paginae, jussu Concilii ac venerabilis Abbatis Claraevallensis cui creditum ac debitum hoc erat, humilis scriba, divina gracia esse merui. Selon ces termes, Jean de Saint-Mihiel neut de Saint Bernard dautre commission que celle dont le Saint Abbé avait été lui-même chargé par le Concile: or, il est évident quil nen reçut que la qualité de scribe ; comment donc peut-on assurer que Jean ne fut pas Amplement Secrétaire, mais quil composa lui-même la règle du Temple ? Deux manuscrits, dit-on, portent quil lécrivit et la dressa par ordre du Concile et de Saint Bernard. Si ces deux manuscrits eussent eu dautres fondements que le texte que je viens de rapporter, on naurait par manqué den avertir ; mais quels que soient ces manuscrits anciens ou modernes, Anglais ou Français, ils ne peuvent en savoir plus que Jean lui-même, qui, se croyant déjà trop honoré de la qualité de scribe, ne se désigne auteur de la règle ni de loin ni de près (30A). On trouve dans la chronique de Jean Staïndelius et quelques autres, que ce fut le Légat du Pape qui, durant le Concile de Troyes, donna une règle aux Chevaliers. Parce que celle que nous avons est divisée en soixante-douze chapitres, comme celle de Saint Benoît, et quelle en conserve quelques expressions, le P. Hardouin, non content daccuser certains prétendus fripons davoir fait Jésus-Christ premier Grand-Maître des Templiers, demande encore fort sérieusement si cette règle dont il sagit, naurait pas été fabriquée pour donner quelque air dantiquité à celles des Moines dOccident (31); mais il faudrait quelque chose de plus que lautorité et les soupçons de cet écrivain pour nous décider sur les auteurs de cette pièce.
Au reste, mortification, silence, retraite, oraison, tout y est réglé avec assez de prudence: les premiers chapitres parlent de la distribution des offices divins ; ensuite on y distingue trois sortes de sujets: les Chevaliers, les Chapelains et les Servants (31A). Les Chapelains ne doivent retirer de la manse commune que le vivre et le vêtir ; aux Chevaliers il est permis davoir jusquà trois chevaux de monture, avec un écuyer, et pour concilier cet équipage avec la simplicité religieuse, il y est rigoureusement défendu de souffrir aucune dorure ni autre ornement superflu qui se ressente de la vanité du siècle.
Un autre statut porte quon ne mangera de la chair que trois jours de la semaine, et que dans les jours dabstinence, on pourra servir jusquà trois mets. Quant à lobligation daffilier à matines et aux heures du jour, il ny a aucune distinction entre les Chevaliers et les Chapelains. Les voyageurs seulement, et ceux qui ne peuvent se trouver au chœur, sont obligés de réciter, pour matines, treize fois l'oraison dominicale, neuf fois pour vêpres, et sept fois pour les autres heures. Les prières pour les morts sont fixées au nombre de cent « pater » pour chaque Confrère, lesquels il fallait avoir récités pour le septième jour du décès 32).
Je ne dis rien des défenses expresses de sortir et de recevoir des lettres sans permission, de tirer sur aucune bête, si ce nest sur des lions, de frapper les Servants qui sengageaient à servir « gratis », non plus que du soin des malades, de la simplicité dans les habits, de la lecture continuelle pendant les repas, de labstinence quadragésimale tous les vendredis, des peines décernées contre les « murmurateurs » et les médisants ni de plusieurs autres règlements capables de conduire à la perfection par la pratique des conseils évangéliques: mais un article que je ne crois pas devoir omettre, cest le soin du Législateur à prévoir, comme fautes de conséquence, et à défendre, comme contraires à la modestie, des marques damitié très-innocentes en elles-mêmes. Voici comment il sénonce au commencement du dernier chapitre: « Et idéo... nec matrem, nec sororem, nec amitam, nec ullam aliam feminam, aliquis Frater osculari praesumat. » Il est en outre ordonné par la règle, que tous les Chevaliers, pour marque de pureté, porteront lhabit blanc: Hugues et ses compagnons l'avaient reçu à Troyes des mains du Légat, selon quelques historiens.
Après avoir obtenu la confirmation de leur Ordre, ils prirent différentes routes, pour sacquitter, auprès des Souverains de la commission dont Baudoin les avait chargés. Partout ils sarrêtaient dans les villages et les bourgades, exposant aux peuples létat de l'Eglise dOrient, et la nécessité dune nouvelle croisade, exhortant un chacun à ne pas laisser imparfait un ouvrage qui avait eu de si heureux commencements. Durant le séjour quils firent en Europe, leur nombre saccrut considérablement ; une foule de gentilshommes des meilleures familles de France, dItalie, dEspagne, se joignirent à eux, et demandèrent dêtre agrégés à cette nouvelle milice. Hugues ayant parcouru une partie de la France, passa en Angleterre, doù il emmena bon nombre de Seigneurs qui sattachèrent à sa personne, entre-autres le frère du Comte dAnjou, nommé Foulques, qui fut couronné Roi de Jérusalem en 1131 33). Après avoir donné lhabit à la plupart de des Seigneurs, Hugues, reprit le chemin de la Palestine suivi de cette florissante recrue, La facilité qu'il avait eue denrôler, sur de légères apparences de bonne volonté, ne laissa pas de produis un grand bien, qui fut de délivrer le public de plusieurs petits tyrans qui lopprimaient impunément. Avant que de les engager, on commença par les obliger à la réparation de tous les dommages quils avaient causés aux Eglises et aux particuliers. Nous en avons un exemple dans Hugues dAmboise, qui ayant vexé les sujets de Marmoutier par ses sexassions, sans vouloir se rendre aux avertissements du Comte dAnjou, fut obligé par Hugues des Payens, son maître, de shumilier avant de partir, et de renoncer à ses prétentions (34).
Par ce que nous avons rapporté jusquici, daprès les Histoires originales, il est évident quavant 1118, les Templiers navaient encore en Occident aucune habitation, et quils nétaient pas alors en nombre suffisant pour assiéger ou défendre des villes ; cependant, on veut quen 1120, ils se soient chargés en Espagne de défendre Montréal contre les Maures, et quen 1122, ils aient affligé et pris la forteresse de Monçon (35). Lerreur vient de ce quon a confondu les Chevaliers du Temple avec ceux de Saint Sauveur, institués à Montréal par Alphonse VII, Roi de Castille, la même année que ceux dont il sagit. Toutefois, il est certain quavant de quitter lEurope, ils y acceptèrent des établissements, et quil fallut y laisser des sujets pour administrateurs, puisquen 1129 au plus tard, il y avait déjà des Templiers en Flandre: cela suit de ce que nous avons dit plus haut, et de ce quon pourrait prouver dailleurs (36). En Espagne, Raimond Bérenger III, Comte de Barcelone, connu par sa vertu et sa valeur, sengagea dans la nouvelle Chevalerie en 1130, et prononça Tes vœux cette année-là même entre les mains de Frère Hugues de Rigauld, dans leur maison de Barcelone, où il mourut quelques mois après (37).
Le Roi de Jérusalem, inquiet sur le succès de sa députation auprès des Princes occidentaux, fut agréablement surpris de revoir Hugues des Payens accompagné dune nombreuse noblesse qui, saugmentant tous les jours, soutenait merveilleusement le courage des Croisés ; mais ce qui leur causa le plus de joie, ce fut de voir cette jeunesse de la première distinction, contente dun ordinaire simple, réserver la magnificence pour lornement des autels, trouver, après les actes de régularité, assez de temps et de force pour vaquer aux exercices militaires, pour donner la chasse aux voleurs qui infestaient les chemins. A quelque heure du jour ou de la nuit quon les appelât, ils se trouvaient sous les armes, soit pour aller à la découverte, soit pour accompagner les voyageurs. Avant quils fussent en état de former seuls un corps respectable, ils sattroupaient avec les Hospitaliers sur les frontières du royaume, pour harceler les Turcomans, éclairer leurs démarches, éventer leurs projets: parce quils sétaient fait une loi de ne jamais reculer, déjà tout commençait à fuir devant eux; et lorsquil s'agissait de courir à lennemi, on ne les entendait pas, dit lhistoire, demander combien sont-ils ? Mais seulement où sont-ils (38) ?
Les étrangers qui avaient été témoins de leur zèle, et lobjet de leurs soins et de leurs libéralités, sen retournaient pénétrés de reconnaissance, et ne pouvaient, de retour dans leur pays, se louer de raconter le genre de vie de ces nouveaux Religieux, et les services quils en avaient reçus. De-là ces aumônes fréquentes, ces donations magnifiques qui leur arrivaient de tous côtés: il ne se faisait aucune disposition testamentaire où ils neussent bonne part ; il ne mourait presque point de Seigneur qui ne leur donnât au moins son cheval et ses armures, ou qui nordonnât à quelquun de ses fils de senrôler parmi eux.
La libéralité alla si loin, quAlphonse I, Roi dAragon et de Navarre, se voyant sans espérance de postérité, déclara, par un testament solennel, en 1131, les Templiers, les Chanoines du Saint Sépulcre et les Hospitaliers, ses successeurs aux couronnes de Navarre et dAragon, et cela, parce quil ne connaissait personne plus en état de conserver et de continuer ses conquêtes sur les Maures. Si son intention fut de procurer par là le bien de la Religion et la tranquillité de ses Etats, je ne vois pas que cette disposition ait été aussi bizarre et aussi peu sensée quon la prétendu (39): du moins elle ne parut pas telle à la plupart des grands du royaume qui y souscrivirent, ni à ce Prince, qui eut soin de la renouveler en 1133, quelques jours avant sa mort, avec les plus terribles imprécations contre ceux qui sy opposeraient; ce qui nempêcha cependant pas les Navarrais et les Aragonais de se choisir dautres Souverains.
En un mot, cet Ordre, né dans la première ferveur des Croisades, et réunissant en lui les deux qualités les plus agréables alors au peuple, la dévotion et la valeur, à force dexercer lune et lautre dans lexpédition la plus vulgairement applaudie, parvint rapidement au plus haut degré de puissance ; et de ces vastes possessions que les Chevaliers acquirent à la faveur de la piété des fidèles, ils fondèrent partout, en Orient, en Occident, grand nombre de Maisons, qui, étant comme des filles de celle de Jérusalem, servaient à recueillir les pèlerins qui se dévouaient au voyage de la Terre-Sainte. Cétaient des asiles assurés, où la noblesse du premier comme du sécond ordre (40) allait se mettre à couvert de la contagion du siècle. On vit sou vent des Seigneurs dun âge avancé, et dégagés des liens du mariage, préférer cet Ordre a celui des Hospitaliers, et y faire profession pour se disposer à la mort (41). De là on envoyait tous les ans, dans la Palestine, de nouveaux secours tant en hommes quen argent (42). Lhospitalité y était scrupuleusement observée on y donnait tous les jours aux pauvres la desserte du réfectoire: laumône y était dautant moins négligée, que, par un décret général, il était ordonné de la faire dans tout lOrdre trois fois la semaine, et pour, cela on avait soin de distribuer aux aumôniers le dixième de tous les pains qui se cuisaient (43).
Ces Maisons étaient, ou prieurales, ou simples Commanderies ; celles-ci nétaient que des administrations confiées à quelques Chevaliers ou Servants, qui avaient pour aumônier un Prêtre de lOrdre, chargé de leur instaurions et de leur administrer les sacrements dans une chapelle indépendante. Les Maisons prieurales ou préceptoriales étaient plus considérables et bien plus nombreuses en Chevaliers, Servants et Chapelains ; on y recevait des Novices ; on y faisait exactement loffice du jour et de la nuit; les Clercs y étaient fournis à un ancien Prêtre quelquefois appelle Prieur, et tout ce Clergé, à un Chevalier que lon nommait Précepteur ou Maître, qui présidait au Chapitre, veillait à la régularité, imposait des pénitences tant pour les grandes que pour les petites fautes, et renvoyait aux Prêtres pour labsolution.
Les Chapelains étaient chargés des cures de lOrdre: ils nétaient obligés à aucunes preuves de noblesse; ils avaient leurs pouvoirs immédiatement du Saint-Siège (44), et au cas quils fussent nobles, ils pouvaient devenir Précepteurs, au lieu quun Servant ne devenait jamais Chevalier ni Supérieur.
Les sujets de lOrdre, envoyés dans les Provinces par le Pape, de même que les Supérieurs, avaient droit de recevoir des portulans, à condition de les conduire devant lOrdinaire pour être examinés sur les motifs de leur vocation. La plupart de ceux que lon admettait ainsi, sembarquaient pour lOrient, afin dy accomplir leur temps de probation, dont le terme dépendait là, comme ailleurs, du Précepteur et de son Conseil (45). A Cluny, les Novices devaient être éprouvés au moins pendant un mois.
Dans peu on compta dans la maison chef dordre plus de trois cents Chevaliers (46), avec un nombre de Servants dautant plus considérable, quon nexigeait deux aucune preuve de noblesse (47). On ne souffrait à ceux-ci dautres habillements que dune seule couleur, laquelle devait être noire ou tannée (48); et comme la plupart ne sengageaient que pour un temps, on leur faisait prêter serment pour sassurer de leur parole et de leur fidélité. Il y avait de deux sortes de Servant ; les Servants darmes, et les Servants doffice: ceux-ci néraient occupés quà lintérieur de la maison ; les premiers, que l'on nommait « Armigeri », avaient pour fonctions dêtre assidus auprès des Chevaliers, de leur rendre certains services, sur tout à larmée. Ils tenaient le cheval de bataille jusquà ce quil fallût le monter pour combattre ; ils gardaient et liaient les prisonniers ; ils portaient les armes du maître jusquà ce quil sen serve et ils étaient à pied ou à cheval, selon que les Chevaliers allaient eux-mêmes. Hugues, les voyant saugmenter tous les jours, ne tarda pas à les faire marcher en corps, et bientôt il saperçut quil en pourrait tirer les mêmes services que de ses sujets de la première classe.
Par ce qui nous reste des usages et de la règle de ces Religieux, on voit bien quil était défendu à tout autre quaux Chevaliers de porter lhabit blanc ; mais on ne trouve pas quelle en fut la forme. Si les figurés que nous a données le P. Héliot sont exactes, ils portaient à la maison une longue robe sans ceinture, et par dessus une chape ou un manteau auquel était attaché un capuce, ce qui, à la couleur près, parait assez conforme à lancien habillement des Hospitaliers. Dans la figure que Dugdale nous a donnée de leur habit militaire (49), on remarque dabord le haubert, cest-à-dire un tissu de mailles de fer doubles qui couvre les habits intérieurs et tout le corps, les bras même jusquaux poignets, et les jambes jusquaux talons: sur le haubert on voit la cotte darmes qui tenait lieu de paludament des anciens capitaines Romains ; elle ressemble à une dalmatique sans manches, et descend jusquaux genoux ; aux talons du Chevalier on remarque les éperons à large molette ; par-dessus la cotte darmes on distingue le baudrier, auquel est attaché un de ces sabres longs et pesants, que Joinville appelle épée dAllemagne, et dont on prétend que Godefroy de Bouillon et lEmpereur Conrad fendaient un cavalier cuirassé depuis le sommet de la tête jusquà la ceinture (50). On voit que cette armure navait rien que de commun avec celle des autres militaires; mais ce qui distinguait le Templier davec la milice séculière, cétaient des cheveux coupés fort courts, et un long manteau blanc avec la croix de lOrdre. Cest ainsi quest représenté Jean de Dreux sur la tombe de Marie de Bourbon, sa mère, dans l'Eglise de Saint Yved de Braine, avec cette inscription en lettres dor: F, Jean li Templiers fuis au Comte Jean de Dreux (51).
La discipline militaire, surtout en Palestine, ne sobservait pas avec moins de rigueur que la régularité claustrale: pour la moindre lâcheté dans le combat, pour le moindre murmure, un Chevalier se voyait sur-le-champ dépouillé de son baudrier ou de son manteau, et condamné à manger à terre pendant plusieurs jours, en présence dune nombreuse communauté, sans avoir même la liberté de chasser les animaux domestiques qui seraient venus rôder autour de lui (52). A la guerre, et dans les cérémonies publiques, surtout lorsquon portait le bois de la vraie Croix, les Chevaliers du Temple avaient le pas sut ceux de lHôpital, ceux-ci marchant à gauche, et les premiers à droite (53). Sur leur étendard, que les Historiens nomment le « bauséant » ils portaient parti dargent et de sable, avec ces paroles: « Non nobis Domine, non nabis, Sed nomini tuo da gloriam ». Dans la suite on y ajouta une croix de gueule brochant sur le tout. Les jours de marche ne devaient pas être pour ces escadrons religieux des jours de dissipation, puisquils ne se mettaient guère en campagne quaprès avoir assisté ou participé aux saints Mystères (54). Précédés du « bauséant », ils savançaient en silence et sans tumulte, quelquefois même en récitant les prières ordonnées par la règle à ceux qui nassistaient pas au chœur. Afin dêtre plus agiles à se tirer dun mauvais pas, faire des marches forcées et à poursuivre les fuyards, ils sétudiaient à être montés à lavantage et armés à la légère, évitant de se charger de tout ce qui pouvait excéder le cheval et embarras les le cavalier. Ils sentirent bientôt linconvénient de cette armure complète de fer dont les Chevaliers se couvraient ordinairement, et qui les rendait à la vérité invulnérables, mais non pas invincibles, puisquétant une fois terrassée, il ne leur était pas aisé de se relever. Cest par cet endroit, je veux dire par cette agilité, quun poète du douzième siècle distingue les Templiers davec la milice séculière (55).
Pour symbole de cette obligation quils sétaient imposée de courir sus aux infidèles de toutes leurs forces, ils firent graver sur leur sceau un cheval de bataille monté par deux Chevaliers, la pique en main et le casque en tête, avec cette inscription: « Sigillum militum Christi » le sceau des soldats de J. C (56). Aucun des croisés ne sarrogea ce titre avec plus de fondement que ces braves champions, puisque, au jugement du Cardinal de Vitri, ils étaient des lions à la guerre, et des agneaux à la maison; Religieux graves et modestes au chœur, actifs et tout de feu les armes à la main ; terribles aux infidèles, et pleins dhumanité envers les Chrétiens (57). Par cette conduite, ils méritèrent dêtre donnés pour modèles aux autres guerriers (58) ; et parce quils avaient plus de confiance dans le bras du Tout-Puissant que dans leur propre courage, le Ciel sembla souvent se mettre de leur parti, et combattre en leur faveur. On ne peut pas dire que cet éloge, par Jacques de Vitri, ne convienne quaux Templiers des premiers temps, puisque cest en 1230, cest-à-dire plus de cent ans après leur institution, que cet historien écrivait.
Baudouin II, qui les avait vus naître, fut souvent témoin de leur attachement à son service: ils laccompagnèrent dans ses dernières expéditions, et ce Prince mourut dans lespérance quun jour cette Chevalerie serait un des plus forts appuis de son royaume. De son temps on commença à se servir de leur conseil comme de leur épée, à ne rien entreprendre dimportant sans les avoir consultés, et ils eurent dans la suite tant de part aux affaires doutre-mer, que l'histoire des Croisades nest, à la bien considérer, que l'histoire des Chevalier» du Temple et de lHôpital.
A peine sept ou huit ans sétaient écoulés depuis la confirmation de lOrdre, quon le vit sétendre prodigieusement en Espagne surtout et en France (59). Les donations quon leur fit, nétaient pas de terrains incultes et à défricher, comme ceux que recevaient les disciples de Saint Norbert et de Saint Bernard, cétaient des châteaux, des fiefs, des forts, des bourgades avec leurs appartenances. Nous rapporterons ici et ailleurs ce qui en est venu à-notre connaissance.
En 1130, Raimond Bérenger III, Comte de Barcelone, en sengageant à lOrdre, lui donna, du consentement de son fils, un château très-fort et toute la garnison et le peuple qui y était renfermé, avec tous ses droits, usages et dépendances, le tout à charge de défendre ses limites contre les incursions des Sarrasins. Cette place est appelée « Granena » dans lacte de donation (60).
Si nous en croyons lHistoire de l'Eglise de Gandersheim, lEmpereur Lothaire changea en Eglise et Couvent militaire un château de son do marne particulier, nommé Supplingebourg, où il appella de ces nouveaux Chevaliers vers 1131.
En 1131, le Roi dAragon leur confia le gouvernement dune colonie de Chrétiens quil venait de conduire dans la forteresse de Mallon ou Malien, doù il avait chassé les Maures. Cette donation fut changée dans la suite avec les Hospitaliers contre le bourg de Novillos (61).
En 1133, Lotherre, Seigneur de Baudiment en Champagne, leur fit donation de tout ce quil possédait en ce lieu, et de tout ce quil avait du fief du Sénéchal André, son parent, depuis Chant-de-Merle jusquà Baudiment (62).
En 1134, nos Chevaliers sétant présentés pour recueillir ce qui leur advenait de la succession dAlphonse, on leur répondît que le testament ne pouvant avoir lieu pour le tout, on ne laisserait dy respecter les intentions du testateur, et de le rendre avantageux aux légataires autant quil serait possible ; mais ce ne fut quaprès une négociation de plusieurs années, que laffaire se termina aux conditions, que nous rapporterons ailleurs.
En 1135, Pierre, Evêque de Nice, les combla de ses libéralités, et leur fit de très-grands avantages dans sa ville et aux environs. On voit encore, dans le territoire de Nice, des débris et des restes de voûtes dans un lieu nommé la Fontaine du Temple, et l'on tient pour assuré que cet endroit tire son nom dun ancien monastère de ces Chevaliers, et dune Eglise que l'on nommait Sainte-Marie du Temple (63).
Cette même année, le 3 janvier 1135, Saint Oldegaire, Evêque de Barcelone, qui avait porté Raimond III à se faire Templier, engagea Raimond IV, son fils, à sattacher à cet Ordre, comme, à un corps dont il pourrait tirer de grands secours contre les Maures.
Raimond, en conséquence, leur fit bâtir un courent pour dix Religieux au moins, quil demanda à Hugues, et non, comme dit Bollandus, à Robert le Bourguignon, qui nétait pas encore à la tête des Chevaliers. Le Comte leur donna, le troisième de décembre, entre les mains dArnauld Bedos et d'Hugues de Rigauld, le Mas de Barberan, château éloigné de Tortose de trois ou quatre lieues. Deux ans auparavant, Hermengaud, Comte dUrgel, avait déjà cédé à lOrdre toutes Tes prétentions sur cette place, voisine des infidèles.
Le 5 avril 1135, Saint Oldegaire fit une constitution en faveur de ceux qui, renonçant au monde et à leur patrimoine, se consacreraient dans cette milice à la défense et à la propagation de la foi, menaçant des censures les plus terribles tous ceux qui oseraient les molester. Lacte est signé par le Prélat, et ensuite par le Comte, qui, dès-lors, sengagea à leur donner tous les ans une certaine somme, et à sa mort tout son appareil militaire. Tels furent les commencements du Temple en Aragon et en Catalogne (64).
En 1136, Roger III, comte de Foix, signala sa piété par la fondation dune maison prieurale, près de Pamiers, dans un endroit nommé la Nogarède, quil abandonna aux Chevaliers en franc-alleu, du consentement de Ximene son épouse, et quil voulut quon appelât déformais la Villedieu, distinguée dune autre Villedieu appartenant aussi à lOrdre, entre le Tarn et la Garonne. Les Frères Arnauld de Bedos et Raimond de Gaure reçurent, au nom de tout le Corps, cette donation, qui fut faite entre les mains dAmelius, Evêque de Toulouse. Cest la plus ancienne maison du Temple que nous trouvions fondée dans le Languedoc (65), sans en excepter même celle de Montpellier, dont Gariel rapporte, sans fondement, la fondation à lan 1118 (66).
Cest encore à ce temps-ci quil faut rapporter l'origine du Temple de la Rochelle. Guillaume X, Duc dAquitaine, mort en 1137, en fut, à ce quon croit, le fondateur. Ce quil y a de certain, cest que Louis le Jeune, Roi de France, son épouse Eléonore, Richard, Roi dAngleterre, fils dEléonore, et Othon, petit-fils de cette Reine, doivent être considérés comme principaux bienfaiteurs de cette maison. Le domaine de Bernay, dépendant du Temple de la Rochelle, fut aliéné en 1570 pour la somme de 2500 livres (67).
En Allemagne les Templiers ne furent fondés, comme on la dit, que vers 1131 ; et si lon trouve dans Bruschius quen 1080, cest-à-dire, 38 ans avant leur institution, ils cédèrent une église aux Chanoines réguliers de Saint Hyppolite en Autriche, cest une faute trop palpable pour en imposer à personne (68).
Nous pouvons aussi compter le bienheureux Guigue, cinquième Prieur de la grande Chartreuse, au nombre de ceux qui honorèrent le nouvel institut de leur approbation: il demande à Hugues, dans une de ses lettres, que nayant pas eu le bonheur de le voir, ni à son passage, ni à son retour du Concile de Troyes, il lui soit permis de sen, dédommager en sentretenant avec lui par lettres, et en conversant, non sur la manière de combattre les Infidèles, mais les ennemis du salut, qui ne sont pas moins à craindre. Cette lettre, qui fut envoyée par deux différentes personnes, renferme une instruction très-solide sur les devoirs de cette nouvelle milice, considérée comme société religieuse (69).
Saint Bernard contribua plus que tout autre à son agrandissement; il en considéra les premiers membres comme ses élevés, et il nest pas douteux, dit lAnnaliste de Cîteaux, quil ne leur ait rendu des services très-importants auprès des Souverains , non-seulement en Espagne, mais encore en France, en Italie, en Flandre, et dans les autres pays du monde chrétien (70). Il les recommanda souvent aux Princes: Orientaux, aux Patriarches de Jérusalem et dAntioche ; il était en relation avec ceux de la Palestine, surtout avec Hugues et André de Montbard: ce fut à leur sollicitation quil composa son traité de la nouvelle milice, quil dédia à Hugues qui en était le chef. Ce quil y a de remarquable, cest la haute idée quil sétait formée de ces Chevaliers. Louvrage est divisé en treize chapitres, dont le premier contient léloge de ce nouveau genre de vie, « où lon sait, dit-il, allier lexercice des armes spirituelles avec celui des armes matérielles, où lon apprend à combattre avec les armes de la foi, autant quavec la lance et lépée. Allez donc, intrépides et vaillants soldats de J. C, continue le Saint Abbé, marchez en assurance ; et animés de cette force que le Ciel vous inspire, dissipez, mettez en fuite les ennemis de la Croix, certains que ni la vie ni la mort ne pourront vous séparer de lamour de J. C. Ne perdez jamais de vue cet oracle: soit que nous vivions soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur. Quelle gloire pour vous de ne sortir jamais du combat que couverts de lauriers ! Mais quel plus grand bonheur de gagner sur le champ de bataille une couronne immortelle ! Si des biens infinis sont accordés à ceux qui meurent tranquillement au Seigneur, que ne doivent pas attendre ceux qui versent leur sang pour lui ? Quavez-vous à craindre de la vie ou de la mort, si J. C. est le principe de votre vie, et la mort la cause de votre bonheur ? O lheureux et fortuné genre de vie dans lequel on peut attendre la mort sans crainte, la désirer avec joie, et la recevoir avec assurance ! »
Le second chapitre de cet opuscule est une critique de la vanité et du faste de la Chevalerie séculière: il est surprenant que des écrivains, gens desprit dailleurs, aient cru que Saint Bernard, en voulait aux Templiers, et quon se soit servi de cet endroit pour prouver que le dérèglement sétait glissé parmi eux presque aussitôt quils avaient paru. Saisir le faux pour le vrai, le douteux pour le certain, sera toujours le sort de ceux qui ne lisent quavec un esprit préoccupé (71).
Dans son troisième chapitre, le Saint Abbé montre que létat de ces nouveaux Chevaliers est dautant plus assuré, que celui des séculiers, dont il vient de condamner le luxe est rempli de périls et doccasions de chûtes ; il prouve quil est permis aux Chrétiens de porter les armes, et les exhorte à les tourner surtout contre les infidèles.
Le quatrième chapitre est une espèce de tableau vivant de la conduite de ces Religieux militaires.
« Ils vivent, continue le Saint Abbé, dans une société agréable, mais frugale, sans femme, sans enfants, et sans avoir rien en propre, pas même leur volonté. Ils ne sont jamais oisifs ni répandus au-dehors ; et quand ils ne sont pas en campagne à la poursuite des infidèles, ou ils raccommodent leurs armes et les harnois de leurs chevaux, ou ils sont occupés à de pieux exercices par les ordres du chef. Une parole indolente, un ris immodéré, le moindre murmure, ne demeurent jamais impunis. Ils détestent les échecs et les jeux de hasard ; ils ne se permettent ni la chasse ni les visites inutiles; ils rejettent avec horreur les spectacles, les bouffons, les discours et les chansons trop libres; ils se baignent rarement ; ils sont pour lordinaire négligés, couverts de poussière ; ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil, le regard fier et sévère ; à l'approche du combat, ils sarment de foi au-dedans et de fer au-dehors, sans ornement sur leurs habits ni sur les harnois de leurs chevaux. Leurs armes sont leur unique parure ; ils sen servent avec courage dans les plus grands périls, sans craindre ni le nombre ni la force des barbares: toute leur confiance est dans le Dieu des armées, et en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine, ou une mort sainte et honorable (72). »
Il ny a rien de trop flatté dans ce portrait: tout ce que Saint Bernard y a rassemblé se trouve conforme à ce que nous lisons dans une quantité de chroniques et dans plusieurs contemporains (73). La suite de cette exhortation renferme des avis salutaires aux Templiers, et des règles de conduite quil serait trop long danalyser. Cette pièce est de 1135 au plus tard: parce que le Saint Abbé ny fait aucune mention de la règle dont il avait été chargé, on a cru avoir quelque fondement de douter sil en avait jamais donné dautre que celle-ci.
Il faut avouer que dans la suite des temps les Templiers furent obligés de rabattre beaucoup de la sévérité de cette discipline, mais il faut convenir aussi que ce déchet fut compensé par dautres avantages. Dès que lOrdre fut en état de prendre des troupes à sa solde, il fallut placer quantité de sujets en différents postes, ou il aurait été indécent quils soccupasses à raccommoder leurs équipages: il convenait que lofficier fût distingué du soldat par quelque endroit ; quil fût moins sédentaire quauparavant, plus répandu au dehors, soit pour exercer sa troupe, soit pour vaquer aux autres devoirs de sa charge. J'avoue que cétait quitter Rachel pour Lia, et Marie pour Marthe ; que cétait sarmer de deux glaives à la fois ; que, dans cet usage des armes spirituelles et matérielles, il était difficile que le religieux ne disparût, pour faire place au militaire, mais, après tout, cette alternative était lesprit de lOrdre, le but et lintention du fondateur, qui trouvait par-là moyen de se rendre utile et nécessaire au public.
On pourrait ajouter au portrait que Saint Bernard nous a laissé des Templiers de son tems, quils faisaient maigre en campagne, les jours quils y étaient obligés à la maison ; quils couchaient sur la dure ; quils ne portaient point de linge ; que cependant, en considération des grandes chaleurs de lOrient, on leur accordait chaque été, par grâce, une seule chemise de toile (74).
LOrdre nétant parvenu que par degrés à cette forme de gouvernement que nous y remarquerons dans la suite, il sera plus à propos de traiter ailleurs de ses hauts officiers et de leurs fonctions, dautant quils ne furent désignés dabord, dans la règle, que sous le terme équivoque de Procureurs. La première faute que lon reproche à cette Chevalerie, est davoir décliné la juridiction du Patriarche, son protecteur, et de sêtre soustraite à son obéissance. Mais, sagit-il dexaminer quand et comment la chose est arrivée, on ne trouve que fausseté, contrariion, et sentiments hasardés. Lun prétend que cest sous Gelafe II, en 1119, et ose apporter en preuve un texte de Matthieu Paris qui ne se trouve plus (75), et qui est contraire au sentiment de l'Historien Anglais ; car il dit en termes formels, après Guillaume de Tyr, que les Templiers persistèrent longtemps dans leur louable dessein (76). Un autre veut que ce soit sous Calixte II, dans un Concile tenu à Reims cette même année 1119, ce qui nest pas moins destitué de fondement (77). Personne na rapporté plus au long l'Histoire de ce Concile quOrderic Vital: quon prenne la peine de le consulter (78), je suis bien trompé si on y voit un seul mot de ce que Volsius y a trouvé, à moins quon ny prenne lEvêque de Mâcon pour le Patriarche de Jérusalem, et pour Templiers les Clunisiens, qui défendaient là leurs exemptions. Il serait fort étrange qu'Hugues et ses premiers disciples, quelques mois après avoir prononcé leurs vœux, eussent dédaigné de reconnaitre l'autorité de celui qui les avait reçus si favorablement, et quils eussent mendié des privilèges qui leur étaient très inutiles alors. Il est plus naturel de penser que le Saint-Siège les leur accorda, du moins en partie, par la bulle de confirmation en 1128, ainsi quon pourrait linférer des paroles de Ferdinand Ugheili (79).
Ce fut vers 1136 qu'Hugues-des-Payens, qualifié de premier Maître du Temple, passa à une meilleure vie, regretté de tout ce quil y avait de Chrétiens zélés dans la Palestine, de ses Chevaliers surtout, qui furent témoins, pendant dix-huit ans, de sa tendre piété, de fort zèle et de sa charité envers les pauvres et les pèlerins. Le Comte de Pagan le met au nombre de ses ancêtres. Hugues avait été marié, et Thiébaud, un de ses fils, fut fait Abbé de Sainte-Colombe à Sens en 1139 (80). Cest ce Thiébaud qui a écrit et enseigné que l'Extrême-onction ne pouvait pas plus se réitérer que le Baptême, et qui est réfuté par Pierre le Vénérable, dans une lettre que cet Abbé de Cluny lui adressa (81). Hugues eut en mourant la consolation de voir ses élevés universellement aimés des grands et du peuple, et devenus aussi chers à toute la chrétienté, quils étaient redoutables aux Infidèles.
Sources: Histoire Critique et Apologétique de lOrdre des Chevaliers du Temple de Jérusalem, dits Templiers.
Par feu le R.P.M.J. Chanoine Régulier de lOrdre de Prémontré, Docteur en Théologie, Prieur de lAbbaye dEtival (72). Edité chez Guillot, Librairie de Monsieur, Frère du Roi, rue Saint-Jacques. Paris. M DCC. LXXXIX.
Notes
8 — Fleuri, Hist. Ecclés. liv., 61.9 — Chroniques Cistercienne apud Miraum, de origin Equestrium. Quelques autres, mais moins fondés font Hugues originaire de la Maison de Pagan, en Languedoc, laquelle porte dazur à quatre barres dargent, deux lions passants de sable lun sur lautre brochants sur le tour.
10 — Regula, constitut. Et privilegia Ordin. Cisterc., page 477 ; necnon Manrique, tome. I, page 375. Cisterciens Annalium.
11 — Chronicon Alberici ad annum 1125. Baugier, tome I, page 129 de ses mémoires.
12 — Jacob de Vitriaco, Histoire Jerol, c. 64.
13 — Jacob de Vitriaco, Hist. Jerol. Pradieti enim Hospitales Fratres, ad imitationem Fratrum Militia Templi, armis materialibus etentes, Milities cim Servientibus in suo Collegio, receperunt.
Item, Epitom bellorum Sacrorum, apud H. Canisium, tom 5 page 431.
Aussi touve-t-on des chronistes, tels que Uldaric Onsorg, Chroniques Bavaria, page 360, qui ne place le commencement des Hospitaliers quen 1128, parce quils ne les considèrent que comme Militaires.
14 — Histoire de Malte, in-4, page 61 et 62.
15 — Histoire de Malte tome 1, page 586.
16 — Histoire de Malte, in-4, tome I, page 64.
17 — Rerum Italicarum Scriptores, tome 12, culumn. 276.
18 — Histoire de lEglise Gallicane, tome 8, page 497.
19 — André Favyn, Théatre dhonneur et de Chevalerie, tome 2, livre 9, page 1627.
Item, Mennenius, page 76.
20 — Jacob. Vitiacus, ad ann. 1128. Item, Epitome bellorum Sacrorum, loco citato.
21 — Hitoire de Malte, page 48, Bosio lui-même convient que la croix moderne est fort différente de lancienne. Voyez Aeta Sanetorum, 28 Maii ; et un ancien sceau des Hospitaliers, rapporté par Paulus M. Paciaudius, page 312.
22 — Jacobus Vitriacus, Historia Jerosolimit.
23 — Joh. Harduini, Societatis Jesus, Operavaria, page 641.
24 — Regula constit et privilegia ordinis Cesterc. page 477.
25 — Hieron. Rubeus, Historia Ravennatum, lib. 6, ad annum 1307.
26 — De Morinis, lib, 9, page 150.
27 — Collectio Conciliorum, ad annum 1128. Corps universel de Diplomatique, t, I, page 68. Aub. Miraus de Origine Ordinum Equest. André Favyn, tome 2, page 1626.
28 — Garrulare pour Inclamare, Furellus pour Vagina, Mal pour Malle, Largita pour Latitudo, Velufum pour Tegmen lineum, etc.
29 — Admonitio in opusculum sexeum Saint Bernardi, tome 2, page 541.
30 — Chapitres de la règle 21 et 56.
30A — Histoire litéraire de France, tome II, pages 67 et 68.
31 — Animadversiones in librum tertium Odarum Horatii, pages 348. Vide ejusdem Opera varia, page 641.
31A — M. Moshcim, dans ses institutions sur lHistoire Ecclésiastique, page 389, assure trop hardiment que lOrdre du Temple nétait composé que de Chevaliers, et nom de Prêtres.
32 — Selon Guillaume Dupeyrat, Histoire Ecclésiastique de la cour, page 609, à bon droit les Chevaliers de Malte se sont obligés, par leurs Statuts, de dire chacun cent cinquante fois le chapelet par jour, au lieu des heures canoniales, et lauteur veut que cela soit marqué dans le livre manuscrit contenant la règle de ces Messieurs.
33 — Henricus Huntindoniensis Historiarum, lib. 7, page 384. Item, Roger de Hoveden, page 479.
34 — Annales Benedietini, tome 6, page 166.
35 — Mariana, tome 3, page 39. Tome 2, lid 10, cap. 10. Item, Chronicon Barcinon, in Marcâ Hispan, page 754.
36 — Histoire de la Maison de Gand, page 74 des preuves du livre 2.
37 — Histoire générale du Languedoc, I, 17, page 407.
38 — J. Vitriacus, Histoire Jerosol. I, 64.
39 — Annales dEspagne, tome I, page 41.
40 — Jacob Vitriacus, loc citation tome I.
41 — Histoire de la Maison de Gand, page 310. Histoire de la Maison de Dreux, page 86.
42 — Robertus Alcissiodorensi in Chronico manuscrito ad annum 1131.
43 — Regula Templariorum, chapitre 15.
44 — Tome 2, Concilior, Mag. Britannia, page 383.
45 — Regula Temploriorum, chapitre 56 et 64.
46 — Jacob, Vitriacus, loco citato.
47 — Cangii Glossarium verbo Servientes.
48 — Regula Temploriorum, chapitre 20.
49 — Monasticum Anglicanum, page 517.
50 — Gesta Dei per Francos, page 912.
51 — Histoire de la Maison de Dreux, page 86 et 276. Item, tome 2 des monuments de la Monarchie Française, page 185.
52 — Jacob Vitriacus, Hist. Jerosol, c. 65.
53 — Jacob Vitriacus, Templarii à dextris, Hospitalarii à sinistris.
54 — Regula Templariorum, chapitre 1.
55 — Martenne, verterum Scriptorum Collectio, tome 6, page 3.
56 — Perard, sur lHistoire de Bourgogne, page 263.
57 — Vitriacus et Petrus Venerab., lib. 6, epist. 26.
58 — Pene Soli inter homines legitima geruns bella, inquit Joh. Sarisberiens. In Policratico, lib. 7, cap 11.
59 — Robertus de Monte, apud Baron, ad annum, 1131.
60 — Martenne, veterum Scriptorum Collectio, col. 705.
61 — Hispania illuserta, tome 3, page 42.
62 — Histoire de la Maison de Dreux, page 233.
63 — Gallia Christiana nova, tome 3, column. 1279. Petri Goffredi urbis Notitia, in tome 9, Italia Antiquitatum, part. 6 cap, II, col, 29.
64 — Bollandus, tome 3, 6. Mart. page 492.
65 — Histoire générale du Languedoc, livre 17, page 427.
66 — Gallia Christiana nova, tome 6, column. 727.
67 — Histoire de la Rochelle, tome 2, page 501 et tome I, page 636.
68 — Raim. Duellii Miscell., tome I, page 313.
69 — Saint Bernard, vol 2, col, 1052, edition Mabilloniana. Item, Histoire littéraire de France, tome II, page 644.
70 — Annales Cisterciennes, tome I, page 187. Sancti Bernardi epist. 175 à 289, apud Manrique, necnon 288 et 392.
71 — Sancti Antoninus, titulo 15, cap. 20. Item, Nic, Gurtleri Historia Templarior. s. 108. Hospinianus, de origine Monach., I, 5, page 338. Item, Centuriarores Magdeburgenses.
72 — D. Bernard, exhortatio ad Milities Templi.
73 — Jacob Vitriacus. Johan. Sarysberiensis. Petrus Venerabilis, epistola 26.
74 — Regula Templariorum, chapitre 64, 69, 70.
5 — Gurtleri Hist. Templariorum, loco citato. Balaus in Gelasium II.
76 — Matthaus Parisius, ad annum 1118.
77 — Volsius in Memorabilibus. Item, Hospinianus, de origine Monachatus, lib. s, page 338.
78 — Eccles. Hist. I. 12, page 857, ad an. 1119.
79 — Italia Sacra, tome I, col, 253. Matthaus Albanensis sub Honorio II, in Galliis legatione sunetus, in Trecensi Concilio Militare Templariorum institutum favorabilibus diplomatibus indultis confirmatie.
80 — Chronicon Senonense, apud Dom. Martenne, Thes. anecdot., tome 3, cilumna 1452. Roscelino successit Theobaldus de Pahens, filius Hugonis, primi Magistri Templi Jerusalem.
81 — Lib. 5, epistola 7.
Sources: Histoire Critique et Apologétique de lOrdre des Chevaliers du Temple de Jérusalem, dits Templiers.
Par feu le R.P.M.J. Chanoine Régulier de lOrdre de Prémontré, Docteur en Théologie, Prieur de lAbbaye dEtival (72). Edité chez Guillot, Librairie de Monsieur, Frère du Roi, rue Saint-Jacques. Paris. M DCC. LXXXIX.
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