Le Krak de Montréal ou de Shaubak
Avec des guides arabes, récemment convertis au christianisme, BaudouinIer exécuta ensuite une promenade militaire dans les montagnes du pays de Juda. Il prit pour base de ses opérations de ce côté Hébron (al-KhalîI) que les Francs appelaient Saint-Abraham parce quon y localisait la sépulture de ce patriarche.Krak de Montréal ou de Shaubak
Krak de Montréal ou de Shaubak - Sources Mytrips
Foucher de Chartres, qui accompagnait lexpédition, affirme bien que Baudouin poussa au sud jusquau Val Moyse ou Wâdî Mûsâ, en pleine Arabie Pétrée, quil fit même lascension du Jebal Hârûn (Mont Hôr) où se trouvait le monastère de Saint-Aaron. En réalité ce ne fut que quinze ans plus tard que Baudouin Ier, comprenant limportance stratégique de la région, y construisit le Krak de Montréal ou de Shaubak (Albert dAix, page 523; Foucher de Chartres, page 381.)
Cest par Hébron et Bethléem, que Baudouin rentra à Jérusalem le 21 décembre 1100 (2).
Cette promenade militaire, qui avait grandement diminué linsécurité des routes, acheva détablir lautorité de Baudouin. A son retour à Jérusalem le patriarche Daimbert se réconcilia avec lui. Réconciliation, des deux côtés, plus apparente que réelle, mais qui témoigne de lopportunisme de Baudouin. Noublions pas en effet que Daimbert, avant de se rendre en Palestine, était archevêque de Pise, chef moral de la célèbre commune italienne, et que cétait pour avoir conduit au secours des Croisés lescadre pisane quil avait obtenu le siège patriarcal de Jérusalem. Or la marine pisane jouait un rôle de tout premier ordre dans la Méditerranée et son appui pouvait être indispensable aux Croisés pour tenir en respect la marine fâtimide, toujours maîtresse de Beyrouth, de Tyr, dAcre et dAscalon. Ces considérations durent lemporter chez Baudouin sur la tentation de se venger sur-le-champ de Daimbert en le remplaçant dès ce moment par Arnoul Malecorne. Daimbert, de son côté, se résigna à sacrer Baudouin roi de Jérusalem. La cérémonie eut lieu dans léglise de la Vierge, à Bethléem, le jour de Noël 1100. En posant sur la tête de lancien comte dÉdesse cette couronne royale que Godefroi de Bouillon navait jamais portée, le patriarche sanctionnait de ses propres mains léchec de toutes ses ambitions.
Krak de Montréal ou de Shaubak
Krak de Montréal ou de Shaubak - Sources Mytrips
Sources : René Grousset. Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - Tome I : lAnarchie musulmane et la monarchie franque. — Paris, librairie Plon, 1934.
La seigneurie dOutre-Jourdain sous le règne de Foulque.
Payen le Bouteiller et la construction du Krak de Moab.
Enfin il y a lieu de signaler, sous le règne de Foulque dAnjou, la construction en 1142, au pays de Moab, en Transjordanie, du second Krak ou Pierre du désert.
On se rappelle que la Terre dOutre-Jourdain avait été constituée en fief par le roi Baudouin Ier qui, après y avoir fondé en 1115 le Krak de Montréal ou Krak dIdumée, aujourdhui Shaubak, lavait, vers 1118, inféodée à Romain du Puy. Romain et son fils Raoul, ayant été inculpés de trahison, furent dépossédés par le roi et la Terre dOutre-Jourdain donnée à Payen le Bouteiller (ainsi nommé pour sa fonction à la Cour) « La date à laquelle la seigneurie dOutre-Jourdain fut enlevée à Romain du Puy pour être donnée à Payen le Bouteiller est sujette à discussion. Dune part Payen nous est présenté comme ayant souscrit dès 1128 en tant que seigneur de Montréal un acte de Guillaume de Bures, ce qui impliquerait que sa nomination à la seigneurie dOutre-Jourdain remonte au règne de Baudouin II (cf. Rey, Les seigneurs de Mont-Réal et de la Terre dOutre-Jourdain, in Revue de lOrient latin, 1896, I, p. 19). Dautre part Guillaume de Tyr (t. I, p. 627) cite Romain du Puy avec encore son titre de seigneur dOutre-Jourdain (dominus regionii illius quoe est trans Jordanem) à propos de la révolte de Hugue du Puiset contre le roi Foulque en 1132, révolte à laquelle il semble avoir plus ou moins participé, ce qui constituait sa « trahison » envers la couronne et expliquerait sa déposition. »
En 1142 Payen construisit, pour défendre son fief contre les razzias venues du nord-est et de lest la nouvelle forteresse de la Pierre du desert — Petra Deserti — ou Krak de Moab, — en arabe al-Kerak — destinée à devenir beaucoup plus importante que le Krak de Montréal lui-même. « Cist ferma un chastel en la Marche de la Seconde Arabe (Arabia Secunda), cui (= auquel) il mist non Le Crach, qui mout estoit forz de siège et bien fermez de mur. Gele cité ot puis non la Pierre du Désert » (Guillaume de Tyr, pages 692-693.)
Le Krak de Moab, dont la masse puissante dominait tout le pays de ce nom, à lest de la rive sud-orientale de la Mer Morte, depuis la vallée du Seil al-Mûjib jusquà celle du Seil al-Qurâhî et du Wâdtî al-hesâ, remplaça comme résidence des seigneurs dOutre-Jourdain le Krak de Montréal, réduit au rôle de forteresse secondaire. Le Krak de Moab devint aussi la résidence de lévêque latin de Rabba, lancien Rabbat Moab. Limportance du site, remarquablement discernée par Payen le Bouteiller, provenait de ce quil commandait aux pistes de caravanes allant dÉgypte en Syrie. Avant les croisades ces caravanes traversaient normalement la Judée. La conquête de la Judée par les Francs les avait obligées à un long et très pénible détour au sud et à lest de la Mer Morte, à travers le sillon dIdumée et le plateau de Moab. Et voici que la fondation du Krak de Moab après celle du Krak dIdumée rendait ce détour inutile, les obligeait à passer sous le regard des créneaux francs.
Sources : René Grousset. Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - Tome II : Monarchie franque et Monarchie Musulmane, LEquilibre. — Paris, librairie Plon, 1934.
Karak de Moab
Le nom primitif dAréopolis, Rabbat-Moab, la capitale de Moab, sest conservé pour ainsi dire intact jusquà nos jours, puisque les ruines de cette ville sappellent toujours er-Rabba, sans quil soit resté trace, dans la mémoire des habitants du pays, du nom relativement moderne Aréopolis.A lépoque des croisades, Karak devint un lieu très-important comme poste avancé de la chrétienté en Arabie. Voici ce que raconte Foucher de Chartres (ch. XLIII) : « En 1115, le roi alla en Arabie et y éleva un château sur un certain monticule quil reconnut être placé, de toute antiquité, dans une forte situation, non loin de la mer Rouge, à trois jours de chemin environ de cette mer, et à quatre de Jérusalem. Baudouin mit dans ce château une bonne garnison, destinée à dominer sur toute la contrée dalentour, pour lavantage des chrétiens, et il ordonna quil sappellerait Mont-Réal, par honneur pour lui-même, qui avait construit ce fort en peu de temps, à laide de peu de monde et avec une grande audace. »
Un peu plus loin (ch. XLIV) nous lisons encore: « En 1116, le roi alla visiter le château et poussa jusquà la mer Rouge, pour reconnaître un pays quil navait pas encore vu, et pour chercher si, par hasard, il ny trouverait pas quelques-unes des choses dont nous manquions. »
Guillaume de Tyr raconte les mêmes faits à lannée 1115 (tome I, ch. 26). Cet historien nous apprend quen 1172 Selah-ed-Din assiégea vainement Mont-Réal (lib. 20, ch. 27). Quelques années après (en 1183), lémir recommença le siége de Karak et sen rendit maître (tome I, 22, ch. 28). « Grant talent avoit, dit-il, que il aseist une cité qui fu anciennement appelée la Pierre del Désert, mes len la desine ore le Crac... » Renaut de Chastillon etoit alors sire du Krak de Mont-Réal, « il estoit sire de cele terre de par léritage se fame. » Chacun sait que Renaud de Chastillon, tombé entre les mains de Selah-ed-Din, fut mis à mort sous les yeux de ce prince, qui ne voulut pas user envers lui de sa générosité habituelle, et qui vengea, par son supplice, le pillage dune caravane musulmane que le sire de Krak avait arrêtée et dévalisée quelque temps auparavant.
Une position militaire aussi importante que celle de Karak avait dû être utilisée dès lantiquité la plus reculée, et il est très-probable que la moderne Karak est bâtie sur lemplacement de la ville forte de Moab, qui, dans lÉcriture sainte, porte les noms de Kir-moab, et de Kir-heraset ou Kir-heras.
Sources : Voyage autour de la mer Morte et dans les terres bibliques Par Louis Félicien de Saulcy. Paris 1853
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