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Monuments des Croisés par M. Rey

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    Fortification de la ville de Tortose

    Château de Tortose
    Château de Tortose

    L'enceinte de Tortose reproduit en plus grand la forme du château. C'est un quart de cercle appuyé à la mer et d'un rayon moyen de 350 mètres environ (plan XX). Elle consiste en une muraille de 2 mètres 50 d'épaisseur, construite en gros blocs taillés à bossage. Munie d'un fossé large et profond creusé dans le roc vif et rempli par la mer, elle se trouvait complètement à l'abri des travaux du mineur. Les saillants sont barlongs, mais leur relief sur la courtine est faible et les flanquements en sont de peu de valeur, comparés à ceux du château. Cependant, tout imparfaite qu'elle était, cette défense pouvait être considérée comme très-sérieuse au XIIe siècle, quand la sape formait le moyen d'attaque le plus redoutable de l'assiégeant, d'autant plus qu'à l'époque où furent élevés les murs de Tortose, on avait déjà généralement adopté l'usage d'établir en arrière de la courtine des plates-formes terrassées, destinées à servir d'aire pour l'établissement des grands engins, tels que pierrières, trébuchets ou mangonneaux, dont le tir parabolique lançait à une distance considérable des projectiles de pierre du poids de 100 à 150 kilogrammes (1).

    Au nord, le rempart se voit encore sur toute sa longueur et présente trois grands saillants. Bien que dérasé sur une partie de sa hauteur, il a conservé une élévation de plusieurs mètres au-dessus du sol. Son mode de construction était identique à celui du château, et il devait être couronné par un chemin de ronde muni d'un parapet crénelé semblable à ceux de cette forteresse.

    Vers l'est, la muraille n'existe plus que sur la moitié environ de son développement primitif, et, sur la plus grande partie des faces sud et sud-est, son tracé est seulement indiqué par le fossé, qui, bien qu'aux trois quarts comblé, est toujours reconnaissable.

    Cette enceinte paraît n'avoir été percée que de deux portes : l'une, restée presque intacte, est dans la face nord, tout près du château; et l'autre, dont on voyait quelques traces il y a peu d'années, s'ouvrait au sud vers Tripoli.

    Durant tout le moyen âge et jusqu'à l'invention de l'artillerie à feu, les portes étaient considérées comme les points vulnérables d'une place; aussi n'en laissait-on que le nombre strictement nécessaire.
    Celle qui se voit encore ici est assez bien conservée pour que l'on y retrouve facilement les divers détails de ses défenses et de son mode de clôture. Un pont en charpente qu'on pouvait enlever facilement en cas de siège, et dont on voit encore les encastrements, était jeté sur le fossé. A droite et à gauche, cette porte est protégée par deux grandes meurtrières ; elle est large de 3 mètres et était fermée comme celle de la forteresse par des vantaux ferrés et une herse (figure 53 et 54). Elle était également défendue par un mâchicoulis. L'étage supérieur de cet ouvrage, où étaient placés les treuils de la herse, est aujourd'hui fort endommagé. On peut cependant reconnaître qu'il était ouvert à la gorge. On y accédait par le chemin de ronde du rempart; ce qui, joint à la disposition des défenses et à l'installation qui paraît avoir été donnée ici aux manoeuvres des herses, devait lui donner une assez grande analogie avec la porte Saint-Lazare d'Avignon, élevée vers le milieu du XIVe siècle, et dont ce système de porte fut peut-être le prototype.

    Fortification de Tortose

    Fortification de Tortose
    Tortose, Figure 53 - Sources : Defense des villes. M. Rey

    On ne saurait dire si la ville fut en communication directe avec le château, et cependant il est probable que ce dernier possédait quelque poterne dans la partie de sa première enceinte disparue sous les maisons de la bourgade moderne de Tortose.

    Fortification de Tortose

    Fortification de Tortose
    Tortose, Figure 54 - Sources : Defense des villes. M. Rey

    Cette issue devait permettre, en cas de besoin, aux habitants de la ville et aux défenseurs du rempart de chercher un refuge dans la forteresse.
    Au point où le rempart vient aboutir à la mer, une grosse tour carrée, munie de talus de maçonnerie à sa base, formait l'angle de la ville. Bien que ses débris soient fort mutilés, il est facile d'y reconnaître les ruines d'un ouvrage analogue à celui dont on voit les restes au nord de la porte de Jérusalem, à Ascalon. Malheureusement ici encore nous devons déplorer la destruction récente d'un étage de cette tour que les siècles n'avaient pas entamé et qui fut démoli par les Egyptiens en 1840, pour réparer un petit fort qui s'élève près de là dans l'île de Rouad.
    Viollet-le-Duc, Architecture militaire, et Dictionnaire d'architecture, pages 224 et suivantes.
    Sources : Rey (Emmanuel Guillaume), Etude sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans l'Ile de Chypre. Paris, Imprimerie Nationale M. DCCC. LXXI.

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