CHAPITRE III.
Laffaire des Templiers — Avant-propos
Dans la Marche, les Templiers possédaient plus de cent maisons, plus ou moins fortifiées. Ils y étaient très puissants, parce que, nous dit Nouillac dans, son (Le Limousin et la Marche, page 54) au XIIe siècle les Chevaliers Marchois qui sétaient enrôlés nombreux pour les croisades étaient devenus presque tous Templiers. Nous ne connaissons pas de documents qui permettent détablir une liste précise et complète des Commanderies et de leurs dépendances dans la Marche. Il a fallu chercher dans les écrits de Duval, Tardieu, Langlade, Lecler et Valadeau, des renseignements épars, pas toujours précis et sur lesquels il convient encore de faire des réserves. Car des cent châteaux manoirs ou maisons il ne reste même pas des ruines, « etiam ruinae périéré » même les ruines ont disparu. Ce qui complique encore cest quà la dissolution de lOrdre du Temple, ses biens ont été dévolus aux Hospitaliers. Il est donc probable quune partie des Commanderies qui sont données comme Commanderies de lOrdre de Saint-Jean appartenaient précédemment aux Templiers.Ainsi, pour Bourganeuf, Duval écrit : « Le prieuré de Bourganeuf doit sa fondation aux Templiers. » A sa suite, Léopold Nièpce, Tardieu, Langlade et Valadeau ont répété la même chose. Par contre, le chanoine Parinet, sappuyant, dit-il, sur des preuves négatives, conteste cette affirmation et dit quil na trouvé dans les archives limousines aucun document établissant la présence des Templiers dans Bourganeuf et ses dépendances. Il est possible quil nexiste plus de documents mais est-ce une preuve quil ny en ait pas eu ?
Au moment dimprimer, il mest apporté un article paru dans les Annales de la Société du Puy en Velay (1) à propos de lorigine dune statue miraculeuse de la Chapelle du Puy à Bourganeuf. Cet article éclaire dun jour nouveau, cette question.
1. Annales de la Société du Puy, Tome XXIII, page 161 et suivantes. « semen impiorum péribit. »
Je résume cet article. Il y avait au Puy deux statues miraculeuses de la Vierge. Or un sire Roger de Montgenier seigneur de cette contrée, était pendant les premières croisades, tombé prisonnier entre les mains des infidèles sous les murs de Ptolémaïs. Il resta dans les fers jusquau jour où Engerand de Beaumanoir put obtenir sa délivrance en léchangeant contre un favori du Soudan qui était son prisonnier.
En reconnaissance de ce bienfait Raoul fit présent dune des deux statues de la Vierge du Puy aux Templiers de Bourganeuf qui était une des principales Commanderies de lOrdre du Temple. La forteresse de cette commanderie était entourée de murailles et les habitants ny avaient pas libre accès et ne pouvaient honorer cette Vierge. Aussi le Chapitre fit élever une chapelle dans la forêt qui joignait le Château et y entretint un prêtre au frais du Temple pour célébrer la messe chaque jour devant la miraculeuse Sainte. Cette église porta le nom de Notre-Dame du Puy en souvenir de lorigine de sa statue. Elle fut détruite par lusure du temps et reconstruite en 1746.
Lorsque Philippe le Bel et Clément V eurent aboli lOrdre des Templiers les Hospitaliers senrichirent dune partie de ses dépouilles et la Commanderie de Bourganeuf devint alors le chef-lieu de la Langue dAuvergne.
Les Templiers nont pas fondé Bourganeuf.
Ils devaient avoir des biens près de Bourganeuf. Mais Bourganeuf à bel et bien été fondé par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Ainsi donc Duval et les autres avaient TORT de dire que Bourganeuf avait été fondé par les Templiers et il paraît peu vraisemblable quil ny ait pas eu de demeures de Templiers dans toute cette région de Bourganeuf.
Liste probable des commanderies de Templiers et leurs dépendances dans La Marche
1°. — Commanderie de Chamberaud.— En 1282, Gilbert de Malemort évêque de Limoges passe un accord avec les chevaliers du Temple, le 26 juin, aux termes duquel Chamberaud devra verser à Fransèches 12 deniers et 2 livres de cire pour le cierge pascal.
Elle avait pour annexes : Fransèches, La Pouge, Lépinas, Montbut village de la commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois où une chapelle et un moulin appartiennent aux Templiers.
2°. — Commanderie de Charrières, commune de Saint-Moreil.
Elle avait pour annexes : Morterolle.
Le 23 Juin 1252, à la suite dun accord entre lévêque de Limoges et les Templiers Charrière devait verser à léglise de Saint-Moreil 18 setiers de seigle ainsi que cela se pratiquait autrefois.
3°. — Commanderie de Féniers.
Elle avait pour annexes : Faux-la-Montagne (léglise est une ancienne chapelle du Temple), Gentioux qui appartenait aux Templiers passa ensuite aux Hospitaliers de Charrières, Commue de Saint-Maureil.
4°. — Commanderie de la Forêt du Temple.
— Domus fratrum de Temple en 1185 (cartulaire dAubepierre). Le commandeur y possédait une maison, une grange, des terres, une forêt, un étang et un moulin.
Elle avait pour annexes : La Celette, Nouziers, Le Temple commune du Bourg-dHem, Le Temple commune de Villard, Viviers, commune de Tercillat.
5°. — Commanderie de Maisonnisses.
— Il y a une statue en pierre de Templier.
Elle avait pour annexes : Peyrabout, Pétillat commune de Peyrabout, Savennes.
6°. — Commanderie de Paulhac.
— Elle avait pour annexes : Fleurat, Fursac il y avait un moulin du Temple. En 1245 Guillaume du Masgelier, damoiseau du village de Montigout, partant pour la croisade, donna à léglise de Fursac son mas et ses hommes. Saint-Priest-la-Plaine, Saint-Priest-la-Feuille.
7°. — Commanderie de Blaudeix.
— Soubrand-Chabot, évêque de Limoges (1172-1198) donna léglise de Rimondeix aux Chevaliers du Temple. Mais, à la dissolution des Templiers, Blaudeix revint en partage à lOrdre de Malte. Il y a dans cette commune un ruisseau appelé ruisseau du Temple.
Elle avait pour annexes : Rimondeix.
8°. — Commanderie de Sainte-Anne commune de Croze près Le Maslaurent.
— Elle avait pour annexes : Boucheresse commune de Clairavaux, Montel Guillaume, Montel du Temple, Malleret près La Courtine, Naberon, Salesse, Lioux-les-Monges, Saint-Merd-la-Breuille.
Tels sont les renseignements que jai pu trouver concernant lOrdre des Templiers dans la Marche. Ils ont été extraits pour la plupart du Dictionnaire de la Creuse de labbé Lecler.
CHAPITRE IV
Premières attaques contre les Templiers
Premières attaques contre les Templiers Saint-Louis voulant venger les échecs des croisés en Palestine entreprit la huitième croisade (1270) mais au lieu de se rendre en terre sainte à la tête de ses troupes il eut le tort de sarrêter à Tunis pour combattre les Sarrazins. Pendant ce temps toutes les villes de Palestine retombaient entre les mains des infidèles et les armées des croisés avaient fondu, décimées par les armes et surtout par la peste.Cétait la fin des croisades et cétait aussi le commencement de la fin des Templiers. On en venait à sapercevoir que toutes les croisades navaient rien résolu, quon avait sacrifié beaucoup de monde et quelles avaient coûté très cher. On sapercevait aussi que les motifs pour lesquels on avait institué lOrdre nexistaient plus, que lOrdre navait plus dutilité puisque la conquête des lieux saints avait échoué, et la garde des chemins qui y conduisaient nexistait plus.
Comme tous les autres ordres militaires celui du Temple eut à souffrir, dans son prestige, des désastres subis par les chrétiens en orient. On les accusa même, suprême injure, davoir pactisé avec les infidèles ; ce qui arriva en effet quand ils sallièrent avec Cazan qui, après leur victoire sur les Egyptiens, les abandonna à leur sort. Aussi on allait faire des Templiers les boucs émissaires responsables de tous ces désastres militaires. Philippe le Bel, toujours à court dargent accusait le Temple davoir ruiné les finances publiques et de sêtre enrichi aux dépens de la nation. Il accusait les milliers de commanderies qui possédaient domaines fermes et granges, et qui navaient souvent à leur tête que des sergents grossiers et incultes, de pressurer le peuple.
Les Templiers, en effet, orgueilleux, riches, oisifs ne suscitaient que haine et jalousie.
Les paysans détestaient les Templiers parce quils possédaient la plus grande partie du domaine foncier ; les citadins parce quils donnaient asile aux malandrins qui les avaient volés, ainsi quaux mauvais débiteurs, les civils parce que les Templiers étaient militaires, les religieux parce quils étaient plus laïcs que religieux et quils avaient des privilèges queux navaient pas, les nobles parce quils leur avaient enlevé une partie de leurs prérogatives, les politiques parce quils étaient un Etat dans lEtat, et tous parce quils détenaient une partie de la fortune publique et privée, et surtout parce quils avaient perdu la guerre contre lIslam.
Essai de fusion des deux ordres militaires
Déjà, en 1274, Saint-Louis, Grégoire X et le concile œcuménique de Lyon avaient reconnu la nécessité de réformer les ordres militaires en proposant la fusion des Templiers et des Hospitaliers, mais les choses étaient restées en létat. Nicolas IV et Boniface VIII étudièrent aussi cette mesure sans y donner suite. En 1306 Jacques de Molay Grand Maître de lOrdre des Templiers, répondait dans un mémoire adressé au pape que cette fusion aurait plus dinconvénients que davantages.Philippe IV Le Bel contre les papes Boniface VIII et Benoit XI
Un antagonisme allait naître entre Philippe le Bel et Boniface VIII. Ce pape avait créé un évêché à Pamiers aux dépens de lévêque de Toulouse Pierre de la Chapelle-Tailleferre originaire de la Marche. Il avait nommé à ce poste Bernard de Saisset originaire du Languedoc qui naimait pas Philippe ni les Français et qui était, de plus, en très mauvais termes avec lévêque de Toulouse. Saisset lut dénoncé à Paris comme ayant tenu des propos injurieux contre le roi. Il aurait dit : le roi fabrique de la fausse monnaie et de plus il est batard. Cen fut assez pour que le roi le fasse arrêter à Pamiers et transférer à Senlis.Apprenant cela, le Pape répondit, le 5 décembre 1301, en ordonnant sèchement au roi de délivrer lévêque, en ajoutant dans sa bulle Salvator mundi « Le vicaire du Christ peut révoquer, suspendre, modifier les statuts, privilèges, concessions émanées du Saint-Siège, sans que la plénitude de son autorité puisse jamais être entravée par quelque disposition que ce soit »
Puis dans la bulle Cléricis laïcos le pape fait défense aux prélats de France de rien accorder au roi à titre de décimes et de subsides sans lautorisation du pape. Dans la bulle Ausculta fili, Boniface déclare que Dieu la institué « au-dessus des rois et des royaumes pour édifier, planter, arracher et détruire. Le roi ne doit pas se laisser persuader quil na pas de supérieur et quil nest pas soumis au chef de la hiérarchie ecclésiastique, car penser ainsi ce serait dun fou »
Puis il annonça quil allait réunir, au 1er novembre 1302, à Rome, un comité où siégeraient tous les représentants de léglise gallicane.
Réponse de Philippe le Bel
Philippe nest pas un timoré. Il renverse tous les obstacles ou les contourne. Rien ne leffraye ni ne larrête, ni les menaces ni les interdits. Avec son armée de légistes : Pierre Flotte, Plasians et Nogaret il prévient les événements et détourne les catastrophes. Quand il a fixé son but il latteint par tous les moyens. Cest un homme froid, égoïste avec cruauté, mais il a parfois des accès de bonté. Cest un roi énergique, jaloux de son autorité et il le montre.En réponse aux bulles de Boniface il ne tarde pas à répondre aussi sèchement, ainsi quon peut le lire dans un registre du trésor des chartres: « Philippe par la grâce de Dieu, roi de France à Boniface qui se dit Pape peu ou point du salut !
Que ta très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le temporel ; que la collation des bénéfices et des prébendes vacantes nous appartient par le droit de notre couronne, et que les fruits de leurs revenus sont à nous et que nous sommes résolus de maintenir dans leur possession ceux que nous y avons mis. Ceux qui croient autrement sont des fous et des insensés »
Ce nétait pas seulement une épreuve de force qui commençait entre Philippe et Boniface. Cétait déjà la lutte entre la royauté Capétienne et la papauté, entre lempire et le sacerdoce.
Cétait déjà lautorité laïque qui déniait à lautorité ecclésiastique tout pouvoir temporel et voulait la confiner dans le pouvoir spirituel. Enfin, comme la dit un historien, cétait la fin prochaine du moyen-âge et la venue des temps modernes.
Les états généraux de 1302
Le pape avait convoqué les évêques français à Rome pour le 1er novembre 1302. Le roi prit les devants et convoqua les états généraux pour le 1er avril 1302, afin de faire appuyer sa politique. La noblesse et le commun dirent quils étaient prêts à se battre pour le roi. Le Clergé se montra plus réticent mais finit par se ranger à la thèse royale.Les envoyés des barons, du clergé et du commun de France apportèrent la réponse du roi et des états généraux le 24 juin, 1302 au pape qui se trouvait à Agnani. Boniface fulmina contre le clergé français et fit honte aux prélats de leur lâcheté, et dans un discours virulent et ironique il fustigea la France « ce royaume désolé entre tous ceux de la terre. Nos prédécesseurs ont déjà déposé trois rois de France ; les Français ont cela dans leurs archives et nous dans les nôtres. Nous aurons le chagrin de déposer ce roi sil ne vient pas à résipiscence. »
Boniface crut avoir la victoire dautant plus que Philippe venait de recevoir un coup terrible à la bataille de Courtrai (11 juillet 1302) où les Flamands avaient cruellement humilié lorgueil du roi de France. Philippe, en proie à toutes sortes dennuis, se résigna à négocier. Il manifesta le désir de se réconcilier, mais il ne trouva pas de cardinaux pour sy employer. De plus, le synode du 11 novembre eut lieu à Rome et beaucoup de prélats français y assistèrent malgré la défense du roi. Cest à ce synode que Boniface publia sa fameuse bulle « Unam sanctam » la plus absolue proclamation théocratique qui ait été formulée au moyen-âge. On y relève que : « lEglise catholique na quun corps et quune tête. Son chef cest le christ et le vicaire du christ cest le successeur de Pierre. Il y a deux glaives : le spirituel et le temporel. Lun et lautre appartiennent à lEglise. Le glaive spirituel est dans la main du pape, le glaive temporel est dans la main des rois, mais les rois ne peuvent sen servir que pour lEglise et selon la volonté du pape. Donc si le pouvoir temporel dévie, cest au pouvoir spirituel de le juger. Mais la réciproque nest pas vraie. »
« Nous disons et déclarons quêtre soumis au pontife romain est pour toute créature une condition de salut. »
Philippe comprit, à ce moment, que tout compromis était impossible avec Boniface et que, par conséquent, il fallait engager la lutte. Il nomma comme ministre de la justice Guillaume Nogaret, qui avait lui aussi à se venger de Boniface. Ce Nogaret, fils dAlbigeois, soumit au roi un plan qui consistait à enlever Boniface, à le ramener en France, et à le déposer de son siège pontifical comme hérétique et suppôt de lenfer.
Il partit pour Agnani où se trouvait le pape et il se présenta dans lappartement du pape avec une bande de mercenaires. En le voyant le pape lui lança cette apostrophe : « fils de patarin ! »
Cette flétrissure dalbigeois cathare ne seffacera jamais de la mémoire de Nogaret.
Cependant Nogaret ne put exécuter son plan car le pape fut délivré par 400 cavaliers romains qui lemmenèrent à Rome.
Mais ces évènements avaient troublé lesprit et la raison de Boniface qui mourut peu après le 11 Octobre.
« Ce quil y a dextraordinaire dans lépisode dAgnani, a dit Renan, ce nest nullement que le pape ait été surpris, cest que cette surprise ait amené des résultats durables, cest que la papauté ait été abattue sous ce coup, cest quelle ait fait amende honorable au roi sacrilège. Cela ne sest vu quune fois et cest par là que la victoire de Philippe le Bel, sur la papauté a été dans lhistoire un fait absolument isolé. »
Benoit XI, successeur de Boniface VIII
Benoit XI succéda à Boniface mais pour peu de temps (1303-1304). Il eut juste le temps de se réconcilier avec Philippe qui dailleurs se présenta à lui, non en quémandeur humilié, mais en grand triomphateur. Benoit leva toutes les censures et excommunications prononcées contre le roi par Boniface, sans que le roi ait eu à le demander. Le 13 Mai, il donna une absolution générale mais il en excepta nommément Nogaret quil cita à comparaître devant le Saint-Siège.Nogaret se garda bien dobtempérer ; il se mit en sureté en France. Dailleurs, ainsi quil la dit, un miracle se produisit, auquel il nétait peut-être pas étranger. Ce miracle sopéra par le moyen dun jeune homme habillé en religieuse qui se présenta comme sœur tourière des sœurs de Sainte-Pétronille. Il offrit au pape des figues fraiches de la part de son abbesse, quoiquil se méfiât des empoisonneurs le pape en mangea, parce que labbesse était sa dévote préférée, et il mourut.
Le Plan de Philippe le Bel
Après la mort de Benoit XI, Philippe le Bel qui avait trop souffert des deux papes précédents dont lhostilité à son égard avait été si grande et lui avait créé tant de difficultés élabora, avec la complicité de Nogaret, un double plan :1° Obtenir un pape docile et à sa merci
2° Détruire avec lappui du pape lOrdre des Templiers trop riches et trop puissants.
On verra avec quelle habileté et quelle obstination il va y parvenir.
Election dun nouveau pape
La vacance du Saint Siège dura cette fois près dun an, du 7 Juillet 1304 au 5 Juin 1305. Ce fut durant ces onze mois une bataille acharnée dans le sacré collège entre les partis des Français et les Bonifaciens. Cest pendant cet interrègne que Nogaret déploya toute son habileté pour obtenir un pape qui soit tout dévoué au roi Philippe le Bel. Il amadouait les uns par des promesses, il impressionnait les autres en proclamant que si le pape futur était choisi parmi les Bonifaciens, il en appellerait à un concile général pour faire enfin justice de la mémoire de Boniface et de sa séquelle. Ses diatribes étaient dune violence extrême et jetaient le trouble et la crainte parmi ceux qui étaient hostiles aux Français. Pendant ce temps, Philippe, de son côté, ne restait pas inactif. Bref, si lon en croît Villani, chroniqueur florentin (1276-1348) chroniqueur de cette époque, voici comment se serait préparée lélection du pape.Les cardiaux sétaient réunis en conclave à Pérouse. Les cardinaux français et anti-français étaient en nombre à peu près égal et narrivaient pas à se départager pour le choix dun pape.
Les jours passaient ; les choses trainaient en longueur à tel point que les Perugins auraient décidé de les affamer pour les obliger à en finir. De guerre lasse, les partisans et les adversaires de Boniface décidèrent quune liste de trois personnes papables et étrangères à lItalie serait désignée par les Bonifaciens, et celle de ces trois personnes qui serait choisie par les anti-bonifaciens serait élue pape à lunanimité. Parmi les trois personnes désignées figurait Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, qui était considéré (comme Bonifacien, ami dEdouard dAngleterre et hostile à Philippe le Bel. Celui-ci ne perdit pas de temps.
Il convoqua Bertrand. Lentrevue aurait eu lieu dans une forêt près de Saint-Jean dAngely. Le roi dit à Bertrand : Archevêque je peux te faire pape si je veux, cest pourquoi je viens à toi. Si tu me promets de me faire six grâces que je te demanderai, je tassurerai de cette dignité ; et voici qui te prouve que jen ai le pouvoir. Alors il montra les lettres des deux délégations. Le gascon voyant que le roi avait en effet le pouvoir de le faire élire pape, se serait jeté aux pieds du roi en disant : Je vois que tu veux me rendre le bien pour le mal. Commande et jobéis.
Le roi le releva, le baisa sur la bouche et lui dit : Voilà les six grâces que je te demande :
1° Tu me réconcilies avec lEglise
2° Tu me rends la communion à moi et à tous les miens
3° Tu maccordes les décimes du Clergé
4° Tu détruiras et annuleras la mémoire de Boniface
5° Tu rendras la dignité au cardinal messer Jacobo et a messer Piero de la Colona, et avec eux tu feras cardinaux certains de mes amis. Quant à la sixième grâce et promesse nous en reparlerons en temps et lieu.
Bertrand acquiesça, le roi promit et Bertrand fut nommé pape.
Cette narration de Villani est peut-être bien un peu romancée, mais le fond de lhistoire est vrai. Il est certain quil y eut des tractations entre le roi et Bertrand de Got et une réconciliation.
Dailleurs la suite démontre bien que ce nouveau pape sétait mis à lentière discrétion du roi de France. La condamnation de Boniface par la bulle Gloria virtutem du 27 Avril 1311 en est bien la preuve. Cette bulle ordonnait deffacer des registres de léglise de Rome, les excommunications et sentences lancées par Boniface VIII et Benoît XI depuis la toussaint 1300 contre le roi, le royaume et les partisans du roi.
Couronnement du pape Clément V
Le nouveau pape ayant pris le nom de Clément V, déclara quil voulait être couronné à Lyon. Ce couronnement commençait la captivité de lEglise. Lhistorien J. Michelet a pu écrire sur la mort de Benoit XI : « La mort scandaleusement prompte de Benoit XI fit tomber lEglise dans la main de Philippe le Bel. Elle le mit à même de faire un pape, de tirer la papauté de Rome, de lamener en France pour, dans cette geôle, le faire travailler à son profit, lui dicter des bulles, exploiter linfaillibilité, constituer le Saint-Esprit comme scribe et percepteur pour la Maison France. »Philippe le Bel contre les Templiers
Philippe avait accompli la première partie de son plan. Il avait obtenu un pape à sa dévotion. Il allait pouvoir maintenant, avec laide plus ou moins avouée, ou plus ou moins consentante du nouveau pape, sattaquer à la deuxième partie de son plan : détruire lOrdre des Templiers. Il allait employer les mêmes méthodes que celles qui lui avaient si bien réussi. Pour cela, il pouvait compter sur son ministre Nogaret, homme habile, rusé, desprit inventif et sans scrupules.Dailleurs, un Ordre de soldats grossiers comme les Templiers navait pu se transformer en république riche en terres, en privilèges, enrichie par le commerce des métaux précieux et par son crédit sur les papes, les rois et les princes sans se corrompre, sans exciter lenvie et la malveillance. Aussi lOrdre avait des ennemis dans toutes les classes de la société.
Pour arriver au résultat cherché, il fallait dabord ruiner la réputation des Templiers dans lesprit du public, il fallait révéler lavarice, lavidité, lorgueil, les vices, les mystères et les mauvaises mœurs des Templiers. Puis, réunir un certain nombre de faits vrais ou faux et enfin porter ces accusations devant le public et devant le pape puisque, juridiquement, les Templiers ne relevaient que du Saint-Siège. Tout cela pour en arriver au but définitif mais quon navouait pas : sapproprier la fortune immense des Templiers.
Les griefs : Avidité
Le cardinal Vitry a dit des Templiers : Chacun de vous fait profession de ne rien posséder en particulier, mais en commun vous voulez tout avoir. On disait pour expliquer leurs richesses quils spéculaient sur les grains pour affamer le peuple, quils promettaient à ceux qui voulaient entrer dans lOrdre de les enrichir par tous les moyens même illicites. Leur opulence les rendait orgueilleux et odieux à tous ceux quils avaient obligés, ainsi quau peuple qui vivait misérablement tout en travaillant beaucoup alors que les Templiers vivaient bien et ne travaillaient pas. On craignait que leur puissance, comme guerriers et comme financiers, leur permette de fonder en occident des républiques cléricales à limage de celles des chevaliers teutoniques en Allemagne, ou des Jésuites au Paraguay.Leur orgueil
Leur orgueil indisposait tout le monde et cependant on ne manquait pas de leur rappeler quils avaient laissé retomber entre les mains des infidèles toutes les forteresses chrétiennes de Palestine. Saint-Jean-dAcre, la dernière, était tombée en 1291. On accusait les Templiers et aussi les Hospitaliers dêtre responsables de tous ces revers. On disait quils étaient dus à leurs querelles intestines et on les accusait même davoir pactisé avec les Sarrasins.Leurs vices
LOrdre contenait dans ses rangs beaucoup de frères de moralité douteuse. On disait « boire comme un Templier ; jurer comme un Templier » En Allemagne, on appelait « tempelhaus » les maisons mal famées. On prétendait que des scènes dorgie se passaient dans le Temple. Un Templier bourguignon aurait dit : Cela ne tire pas à conséquence de renier Jésus ; on le renie cent fois par jour pour une puce dans mon pays. On disait aussi que des doctrines diaboliques sétaient introduites dans lOrdre au cours de leur contact avec lIslam.Les mystères
Toutes les affaires des Templiers étaient conduites dans le plus grand secret. La règle nétait connue que par de rares dignitaires. Un grand dignitaire aurait dit : Dieu, le Diable et nous, sommes les seuls à connaître les secrets de la règle de lOrdre. Le précepteur de lAuvergne, à qui on demandait pourquoi son Ordre sétait toujours entouré dun si profond secret répondit : par sottise. Or, le bon sens populaire croira que celui qui se cache a quelque chose à cacher.La façon dont se passait la réception dans lOrdre était empruntée aux mystères, rites bizarres dont léglise antique ne craignait pas dentourer les choses saintes. Quand un nouveau chevalier se présentait pour être admis dans lOrdre, tout le Chapitre sassemblait. Toutes les portes du Temple étaient soigneusement fermées. Chaque dignitaire prenait la place que lui valait son rang en grand costume dapparat. La cérémonie avait lieu la nuit, à la lueur des flambeaux. Le récipiendaire attendait à la porte de léglise. Le président du Chapitre envoyait deux frères qui demandaient trois fois au chevalier sil voulait être admis dans la milice du Temple. Il devait répondre trois fois affirmativement. Alors on lintroduisait dans léglise. Il se mettait à genoux et sollicitait par trois fois le pain, leau et son admission au sein de lOrdre.
LInitiation
La cérémonie de linitiation allait commencer. Le chef du Chapitre disait alors : Vous allez prendre de grands engagements. Il vous faudra veiller quand vous aurez sommeil, marcher quand vous voudrez vous reposer, souffrir de la faim et de la soif quand vous voudrez manger et boire, aller dans un pays quand il vous plairait daller dans un autre ; en somme obéir aveuglément aux ordres qui vous seront donnés. Puis il lui demandait sil était chevalier, sil était célibataire, sain de corps et sil navait pas de dettes. Quand il avait répondu à ces questions, le récipiendaire devait se présenter comme un pêcheur mauvais chrétien et renégat. Il devait renier le Christ à lexemple de Saint-Pierre et cracher trois fois sur la croix afin que lOrdre puisse racheter ce renégat, le relever, le réhabiliter. Linitiation était terminé, limpétrant recevait le manteau de lOrdre et prononçait les trois vœux de pauvreté, de chasteté et dobéissance.Cette cérémonie inconcevable était bien faite pour impressionner les gens grossiers, mais on a peine à croire que des Chevaliers naient pu en sentir tout le ridicule. Cependant tous les historiens se sont accordés pour croire à la véracité de cette cérémonie et nul na prouvé quelle fût une calomnie. Dailleurs, pour le Temple, ce nétait quun Symbole. On faisait subir au récipiendaire les dernières limites de la dégradation morale pour lui en donner ensuite une absolution totale.
Mais le peuple nadmettait pas ce symbole. Il prenait les choses à la lettre. Pour lui, les Templiers étaient des renégats, des impies qui blasphémaient le nom de Dieu et crachaient sur la croix. De plus, les bruits les plus étranges couraient sur ladoration dune idole par les Templiers. Selon les uns cétait une tête à trois faces, selon dautres un crâne humain ou un chat noir. De tous les griefs portés contre les Templiers, cest bien ces derniers qui étaient laccusation la plus terrible et celle qui a eu le plus de poids dans le jugement public et pour la condamnation des Templiers.
CHAPITRE V
Le Procès des Templiers
On ne sait à quelle date naquit à la cour de France le projet de détruire lOrdre des Templiers. Rien ne laissait présager le guet-apens doctobre 1307. Au contraire, Philippe le Bel récompensa les Templiers de lappui quils lui avaient prêté contre Boniface en 1303 et 1304. Bien plus, une émeute ayant éclaté à Paris en 1306 le roi sétait réfugié au Temple pour y chercher protection. La sédition avait duré très peu, mais suffisamment pour que le roi ait pu se rendre compte de toutes les richesses qui y étaient accumulées.A partir de 1304, des tractations secrètes avaient eu lieu entre la cour de France et la curie, mais elles nont pas laissé de traces. Le pape avait eu connaissance des bruits qui circulaient concernant lavarice, les vices, les mœurs et la traîtrise des Templiers qui se comportaient plutôt en grands seigneurs quen moines qui avaient fait vœu de pauvreté, de chasteté et de charité. La foule parlait surtout de vices affreux et didolâtrie.
Au printemps de 1307, Philippe pressait le pape de lui accorder une entrevue. Justement, Jacques Molay venait darriver en France avec 60 Chevaliers, appelés par Clément V qui désirait être informé de ce qui se passait en Palestine. On disait que le Grand Maître abandonnait la Terre Sainte et venait se fixer en France, quil apportait avec lui sur douze mules qui pliaient sous le poids, un monstrueux trésor de cent cinquante mille florins dor et en argent la charge de dix mulets en tournois dargent.
Le cœur de Philippe dut tressaillir daise et de convoitise en voyant arriver ce riche équipage de 60 cavaliers, montés sur de fougueux chevaux arabes, vêtus richement, portant des armes damasquinées à la manière orientale. De nombreux esclaves noirs suivaient le front ceint du turban de Mahomet. Cette brillante arrivée suscita des commentaires sans fin.
Le Guet-apens de 1307
Le pape Clément se rappelait son entrevue avec le roi près de Saint-Jean dAngely, et se doutait bien de ce quon désirait de lui.Il était hésitant et tergiversait. Le roi lui avait fait dire : « Sur les six grâces que je vous avais demandées, cinq ont été accordées, il sagit de tenir vos promesses pour la sixième » La sixième cétait évidemment la suppression de lOrdre des Templiers. Mais le secret avait été bien gardé aussi bien du côté du roi que de celui du pape. Clément chercha à gagner du temps.
Il invoqua des excuses misérables : « Jai la migraine, je suis malade, les saignées mont affaibli » Enfin lentrevue eut lieu à Poitiers. Tout ce que le roi put obtenir du pape cest la promesse douvrir une enquête.
Philippe était fatigué dattendre ; il avait besoin dagir. Sachant quil avait avec lui le peuple, les dominicains qui lavaient élevé, toutes les congrégations, les prêtres ainsi que lInquisition, tous jaloux de la place prise par les Templiers ; sachant quil serait soutenu, Philipe prépara, avec ses conseillers, dans le plus grand secret, au château de Maubuisson, des actes foudroyants contre les Templiers.
Le 29 septembre 1307, il confia à Nogaret, son garde des sceaux, le soin darrêter, en France, tous les Templiers, le 13 octobre 1307. Les chevaliers du Temple étaient sans défiance.
Molay venait dobtenir de nouveaux privilèges, et la veille de son arrestation il était à côté du roi à lenterrement de la Comtesse de Valois. Le secret avait donc été bien gardé, même les troupes qui devaient prendre position aux abords de leur objectif ignoraient tout. Leur ordre de mission ne devait être ouvert quà laube de ce vendredi fatidique. Aussi très peu de Templiers échappèrent à ce coup de filet gigantesque.
Le masque est tombé. Jacques Molay est arrêté à Paris avec 140 Templiers. Dans toutes les provinces de France, à la même heure toutes les commanderies sont envahies. Tous leurs trésors et leurs biens sont confisqués. La sainte inquisition allait entrer en fonction dans son vilain travail avec tous ses instruments de torture. Lopération avait été parfaitement organisée et bien exécutée.
Manifeste royal contre les Templiers
Pour justifier devant lopinion les mesures prises contre les Templiers un véritable monument fut dressé par Nogaret.Il débute ainsi : « Une chose amère, une chose déplorable, une chose terrible à penser, terrible à entendre, détestable, exécrable, abominable, inhumaine, avait déjà retenti à nos oreilles, non sans nous faire frémir dune violente horreur » Il continuent longtemps sur ce ton. Il accuse les Templiers davoir malgré les vœux quils avaient prononcés, de renier le Christ, de se livrer à dignobles désordres, etc., etc. Il dit que le pape a été consulté par le roi qui en a délibéré avec ses prélats et avec ses barons. Cest pourquoi il a cédé aux supplications du grand Inquisiteur de Paris le frère Guillaume, qui a fait spontanément appel au bras séculier pour lui livrer les Templiers.
Lassentiment (supposé) du pape et linitiative (suggérée) de lInquisiteur étaient destinés à légitimer en droit larrestation arbitraire, la confiscation des biens et les autres mesures à venir.
Ainsi tout se transformait en œuvre pieuse et Nogaret concluait : La colère de Dieu, au nom du roi, sabattra sur ces incrédules, car Dieu nous a élevés à léminence royale pour la défense de la foi et de la liberté de lEglise.
Instructions secrètes
Ce discours empathique fut lu en province le 15 octobre.Mais la circulaire était accompagnée dinstructions confidentielles du roi à ses agents : Les commissions administreront les biens des Templiers dont ils dresseront un inventaire. Ils garderont les prisonniers. Ils les interrogeront avant de les livrer aux commissaires inquisiteurs pour en obtenir la vérité.
Les instructions furent suivies à la lettre. A Paris, 140 prisonniers furent rassemblés dans une salle basse de leur forteresse, devant les moines assistés des conseillers du roi parmi lesquels il y avait des délégués du Pape : Hugues de la Celle le cardinal de la Chapelle-Taillefert (1), deux creusois qui jouèrent un rôle important dans le procès des Templiers ainsi que deux autres légats.
1. Pierre de la Chapelle Taillefer avait acquis la réputation dun juriste éminent et dun négociateur habile. Aussi Clément V et Philippe IV le tenaient en grande estime. Il avait été élevé à la dignité de cardinal prêtre de Saint-Vital le 15 Décembre 1305 par le Pape lors de son séjour à Lyon.
Daprès Baluze le Cardinal Pierre de la Chapelle obtint du roi en 1311 la récompense de ses services pendant le procès des Templiers. Le roi lui octroyait la permission de fonder dans ses terres patrimoniales à la Chapelle-Taillefer une église collégiale et dy construire un cloître entouré de murailles, et dacheter des fiefs et autres revenus. Il en usa largement car il laissa à sa mort en 1312 (cest-à-dire moins dun an après cette permission) outre son chapitre de grands biens en Périgord, en Angoumois, en Poitou, en Limousin, et dans la Marche. La ville dIssoudun lui versait annuellement 8.000 livres. Il mourut à Avignon mais fut enseveli dans le chœur du chapitre de son église de la Chapelle-Taillefer. On lui éleva un mausolée en cuivre, richement émaillé par un membre de la famille Pénicaud de Limoges. On peut en lire la description par Beaumesnil dans le tome 3 page 68 des Mémoires de la Société des Sciences Naturelles et Archéologiques de la Creuse.
Les compte-rendu notariés nenregistrent que les dépositions ; ils sont muets sur les tortures, mais il est hors de doute quil y en eut. Dieu seul sait à quelles tortures furent mis les chevaliers pour arracher des fautes peut-être imaginaires et qui dépassent lentendement. Ils subirent les supplices de leau, de la corde et du feu. On leur arrachait les dents, on leur brûlait les pieds, on leur suspendait des poids aux testicules.
Jacques de Saci vit mourir vingt-cinq frères de la question.
A côté de ces tortures atroces il y eut des choses ignobles. Un chevalier avoua que le grand maître, lors de son initiation lui avait donné un baiser sur la bouche, et quen retour il lavait obligé à lui rendre ce baiser sur le nombril et au bas du dos.
La meilleure preuve de lintensité des supplices cest lunanimité des aveux arrachés par les inquisiteurs, aveux dailleurs rétractés quand ils se trouvèrent plus tard devant des juges quils croyaient impartiaux. Il ny eut que de rares Templiers qui restèrent muets malgré les tortures. « Nihil dixit » relate le compte-rendu.
Les trois grands chefs de lOrdre : Jacques Molay Grandi Maître, Hugues Pairaud Grand Visiteur de France et Geoffroy de Charnay précepteur de Normandie qui pourtant étaient des hommes braves ayant fait leurs preuves en Palestine avouèrent comme de simples chevaliers. Ils avouèrent avoir renié le Christ et craché sur la croix. On reste confondu que des hommes de cette trempe aient pu reconnaître de semblables faits. Quels crimes les subalternes nauraient-ils pas inventés pour faire cesser les tortures, comme ce Guillaume de Gi qui raconta quels rapports ignobles il avait eus avec le Grand Maître.
Le même chose se passa en province. Les aveux étaient obtenus à force de géhenne. Les torturés avouèrent tout ce que désiraient leurs bourreaux « dixerunt voluntatem torquencium »
En attendant, Philippe le Bel sétait emparé de leurs trésors et sétait installé dans leur palais. Le pape Clément V, très offensé, fut furieux en apprenant ce coup de main du 13 octobre accompli sous son nom et sans sa permission. Il écrivit à Philippe pour se plaindre. Ce dernier comprit quil valait mieux négocier avec le saint siège. Il essaya de donner des apaisements au pape, il exposa de nouveau tous ses griefs. Le pape se dit ébranlé mais non convaincu. Un peu plus tard, au début de 1308, tout est changé : le pape se dit incrédule et blâme la conduite des inquisiteurs et des évêques. Mais était-il si incrédule ? Il pensait certainement que sil y avait des coupables parmi les Templiers, tous ne létaient pas. Il voulait bien abolir lOrdre, mais user de clémence envers les Templiers. Il voulait surtout jeter un voile pudique sur ce scandale dont les éclaboussures ne manqueraient pas datteindre lEglise.
Nogaret vit le danger. Il se livra à de violentes attaques contre Clément V, laccusant de vouloir sauver les Templiers malgré leurs turpitudes, malgré leurs actes contre la religion, ajoutant que le roi était le vrai défenseur de lEglise.
Le pape vit bien quon allait renouveler contre lui les mêmes procédés que ceux employés contre Boniface et quil ne serait pas le plus fort. Il obtint du roi une nouvelle entrevue.
De son côté, Philippe noubliait pas que le pape avait seul la haute Juridiction contre lOrdre. On allait arriver à un compromis dans lequel le pape neut pas une conduite très digne.
Il fut convenu que les Templiers qui étaient dans les prisons du roi seraient rendus au pape, mais que celui-ci les remettrait aussitôt entre les mains des officiers royaux au nom de lEglise romaine. Les biens des Templiers seraient administrés conjointement par des commissaires rétribués par le roi, le pape et les évêques diocésains. De plus on distingua deux sortes de crimes dhérésie : crimes de lOrdre en tant que collectivité religieuse et crimes particuliers des Individus Templiers. Un concile fut convoqué à Vienne (Isère). Le grand Maître et les hauts dignitaires étaient réservés au jugement du pape.
Les Templiers devant les enquêteurs
Tous les archevêques et évêques de la Chrétienté reçurent ordre de poursuivre les Templiers. Ainsi en France, en Suède, au Danemark, en Allemagne, en Pologne, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Sardaigne, en Sicile, en Corse, dans les îles de Majorque et de Chypre, à Constantinople, il ne restait plus un seul lieu dasile pour les Templiers. Partout ils étaient entre les mains de linquisition.Le 9 Août 1309 la commission pontificale, réunie en assemblée à labbaye de Sainte-Geneviève, fit connaître quelle était constituée et prête à recueillir les témoignages de tous.
Le 26 novembre comparut le grand Maître Jacques de Molay.
Sa conduite fut piteuse. Devant les attaques de Nogaret il montra de la lâcheté. A la demande : Etes-vous prêt à défendre lOrdre il répondit : Oui je suis prêt à le défendre de toutes mes forces ; mais prisonnier du pape et du roi je suis dans une position difficile. Prenez garde lui répondit-on : Rappelez-vous les aveux que vous avez déjà faits. Nous sommes prêts à vous accorder un délai pour répondre si vous voulez réfléchir davantage. Voyant quil hésitait on lui donna lecture de ses aveux qui avaient été enregistrés et transmis à la Cour de Rome. Puis on ajouta : Souvenez-vous que lEglise romaine livre les obstinés au bras séculier. Alors Molay demanda un délai de douze jours. Les commissaires enchantés lui accordèrent un délai encore plus long, espérant que les gens du roi sauraient bien lamener à leurs fins.
Le délai écoulé, Molay reparut devant la Commission. Il déclara : Jai entendu dire que le seigneur pape ma réservé moi et quelques dignitaires à sa justice. Dans létat où je suis je préfère aller en présence du pape, quand il lui plaira et je souhaite que ce soit le plus tôt possible.
La défence des Templiers
De tous les points de France arrivèrent des Templiers quon sortait de prison pour les présenter à la commission papale. La plupart déclarèrent quils venaient défendre lOrdre.Ainsi le frère Ponsard de Gisi, dans un élan de confiance, déclara que pour lui et dautres frères, les aveux leur avaient été arrachés par la torture. On lui avait lié les mains derrière le dos tellement serrées que le sang jaillissait sous les ongles. Il fut abandonné ainsi pendant une heure dans une basse fosse attaché avec une longe. Il ajoute que si on lui faisait subir encore les mêmes tortures il nierait tout ce quil affirmait en ce moment et répondrait tout ce quon voudrait quil réponde.
Bertrand de Saint-Paul dit : Je nai jamais avoué les crimes imputés à lOrdre, ce sont des calomnies.
Bernard de Vado en montrant ses pieds dit : Voyez mes pieds, on ma si longtemps tenu devant un feu si ardent, que la chair de mes talons a été brûlée et que deux os se sont détachés et manquent à mes pieds.
Des centaines de Templiers se dirent prêts à défendre lOrdre dune façon encore plus virile. La plupart se contentèrent de déclarer : Je défends lOrdre je ny ai jamais vu faire de mal.
Dautres écrivirent des mémoires contenant des arguments de la plus grande puérilité. Les 546 Templiers internés à Paris chez Guillaume de la Huche, au Temple, au Palais du Comte de Savoie, à labbaye de Sainte-Geneviève, à labbaye Sainte-Magloire furent interrogés par les notaires en mars 1309 et tous affirmèrent linnocence de lOrdre.
Nouveau guet-apens, mai 1310
Les affaires des Templiers paraissaient donc sarranger. Si la bonne foi des accusés était évidente celle des accusateurs ne létait pas moins. Mais les fanatiques sont de mauvais juges : on la constaté de tous temps. Prétendre que cest Philippe le Bel qui ordonna tous ces supplices pour semparer des richesses des Templiers cest déplacer les responsabilités. Les tortures sont lœuvre des inquisiteurs, et le pape ny fut pas étranger puisque, par lettre, il avait ordonné, en Angleterre, dobtenir rapidement la vérité par le moyen des tortures.LOrdre avait donc trouvé des défenseurs. Nogaret et ses complices jugèrent quil était temps dintervenir. Ils profitèrent de de ce que les deux procès : celui contre lOrdre et celui contre les personnes se poursuivaient parallèlement et que les juges du procès contre les personnes leurs étaient dévoués pour effrayer les témoins du procès contre lOrdre. Le jugement des personnes appartenait en vertu des lettres du pape au concile provincial présidé par larchevêque de Sens qui était le frère dun des principaux ministres du roi. Ce tribunal dinquisition avait le droit de condamner sans entendre les accusés et de faire exécuter le jugement dans les vingt-quatre heures. Larchevêque agit sans retard, et le 12 mai cinquante-quatre Templiers qui après avoir fait des aveux les avaient rétractés, furent condamnés comme relaps, empilés dans des charrettes et brûlés, entre le bois de Vincennes et le moulin à vent de Paris.
Le 13 mai, lendemain de ce massacre le frère Aimeri de Villiers le Duc, Templier depuis 28 ans écoutait lacte daccusation le concernant, pâle et terrifié. Il interrompit cette lecture :
Jai avoué quelques articles à cause des tortures que mont fait endurer Guillaume de Marcilly, Hugues de la Celle et Pierre de la Chapelle Taillefer tout ce que jai dit est faux. Hier jai vu cinquante-quatre de mes frères dans les fourgons conduits au bûcher. Je sens que je ne pourrai pas résister au feu. Javouerai tout, je le sens. Javouerai même que jai tué Dieu.
Cen était fait, on ne pouvait plus se faire dillusion sur la liberté de défense. Les enquêteurs ne reprirent leurs opérations quaprès six mois dinterruption, et pour la forme, lenquête fut close. On lexpédia en deux exemplaires pour le concile de Vienne ; elle remplissait 219 feuillets.
Le concile de Vienne
Guillaume le Maire, évêque dAngers, convoqué au conseil œcuménique de Vienne rédigea par écrit son avis en ces termes : Il y a deux opinions au sujet des Templiers. Les uns veulent détruire lOrdre sans tarder à cause du scandale quil a suscité dans la chrétienté et à cause des deux mille témoins qui ont attesté ces erreurs. Les autres disent quil faut permettre à lOrdre de présenter sa défense. Je crois que notre seigneur le pape usant de sa toute-puissance doit supprimer « ex Officio » un Ordre qui a mis le nom chrétien en mauvaise odeur auprès des incrédules, et qui a fait chanceler des fidèles dans la stabilité de leur foi.On connaît les accusations portées contre les Templiers. On sait que les officiers du roi avaient perquisitionné dans tous les temples dans le but de trouver des objectifs compromettants : exemplaires secrets de la règle, Idoles païennes, livres hérétiques etc. mais quils navaient rien trouvé de semblable. Lenquête navait rapporté que des témoignages oraux. Le pape avait ordonné des enquêtes dans tous les pays hors de France.
Il avait même écrit en Angleterre dobtenir des aveux au besoin par la torture. Mais partout, sauf en France, le résultat avait été favorable aux Templiers. On disait même que seulement en France on avait obtenu des aveux.
Dissolution de lOrdre du Temple
Linvraisemblance de certaines charges, la férocité des procédés denquête devaient bien troubler la conscience des Juges.Mais le bâillon fut mis sur la bouche des défenseurs au concile de Vienne réuni pour les entendre. Clément V désirait en finir au plus vite. Après le rapport dAlberico Rosate il coupa court en disant : Si lOrdre ne peut être détruit per viam Justiciae, quil le soit per viam expédientiae, pour que notre cher fils le Roi de France ne soit pas scandalisé.
Lhistoire du concile de Vienne est assez mal connue. On peut être sûr que Philippe intriguait pour en finir au plus vite.
De son côté, le pape navait pas avec lui les trois cents pères qui étaient assemblés. Sil était assuré du côté des Français, il nen était pas de même des Allemands, des Italiens, et de ceux de Sicile, dAragon et de Castille qui avaient presque tous acquitté les Templiers dans leurs assemblées diocésaines. Philippe eut une nouvelle entrevue avec le pape. Il dut céder quelque peu sur Boniface pour obtenir de Clément V la liquidation des Templiers. Il sacrifia un peu sur laccessoire et sur son amour propre pour obtenir lessentiel, le plus important pour lui : le trésor des Templiers.
Le 22 Mars Clément V, réunit un grand nombre de Prélats en consistoire secret. Il annonça quil cassait et annulait lOrdre du Temple en se réservant la disposition de leurs personnes et de leurs biens.
Le partage des dépouilles
Le 3 Avril 1312, à la seconde session du Concile, il publia la suppression de lOrdre des Templiers, par sa bulle Vox in excelso, en présence du roi Philippe le Bel, de ses trois fils et de son frère Charles qui étaient accompagnés de toute une armée.Alors les Templiers se dispersèrent : les uns entrèrent dans des couvents ; dautres prirent femme et métier manuel.
Une fois la suppression publiée il ne restait plus quà se partager les dépouilles. Ce ne fut pas long. On prétend que les Hospitaliers, les rivaux des Templiers, payèrent très cher la faveur dhériter des biens des Templiers. Mais Philippe conservait les trésors et les meubles quil avait fait saisir dans toute la France et il perçut jusquà sa mort les revenus des domaines des Templiers.
Mort des grands dignitaires
Il restait à régler le sort des prisonniers dont le pape sétait réservé le soin de les juger : Jacques de Molay Grand Maître, le commandeur dAquitaine, Hugues de Péralda (Peyrando, Peyraud), le grand visiteur de France Guy le Prieur de Normandie, et le Prieur dAuvergne. De ceux-ci le pape ne savait que faire. Dans une bulle du 11 Janvier 1313, il chargea courageusement lévêque dAIbi et les cardinaux de Saint-Eusebe et Saint-Paques de le suppléer, leur confiant le pouvoir dabsoudre ou de condamner et dinfliger une peine proportionnelle aux délits commis. Il nétait pas question douvrir un nouveau débat mais de juger sur pièces.Les commissaires du pape se présentèrent dans la prison où étaient enfermés Molay et ses Compagnons. On les emmena sur le parvis de Notre-Dame, on les fit monter sur une estrade et là, en présence du peuple accouru en foule on lut la sentence, les condamnant à la prison perpétuelle. Le légat du pape demanda à Molay de reconnaître publiquement la confession quil avait faite à Poitiers. Mais Molay dans un sursaut de courage se dressa est cria dune voix forte et vibrante :
« Il est bien juste que dans un terrible jour, et à la fin de ma vie je découvre toute liniquité du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare à la face du ciel et de la terre, et javoue quà ma honte éternelle, jai commis le plus grande crime, mais ce na été quen avouant ceux quon impute avec tant de noirceur à notre ordre. Jatteste, et la vérité moblige dattester quil est innocent, et, je nai fait la déclaration contraire que pour suspendre les douleurs excessives de la torture et pour fléchir ceux qui me la faisaient subir. Je sais tous les supplices quon, la infligé à tous mes chevaliers qui ont eu le courage de révoquer une telle confession. Mais laffreux spectacle quon me présente nest pas capable de me faire confirmer un premier mensonge par un second. A une condition infâme je renonce de bon cœur à la vie »
On fit taire Molay et on appela Guy, prieur de Normandie. Il tint le même langage que son grand Maître et protesta hautement de linnocence de lOrdre. Les deux autres dignitaires effrayés des menaces proférées par la foule ne les imitèrent pas, ils persistèrent dans leurs aveux et confirmèrent les crimes de lOrdre.
Ils retournèrent donc en prison.
Quant à Molay et à son compagnon, ils furent remis entre les mains du prévôt de Paris pour les garder jusquau lendemain pour quil soit délibéré sur leur cas.
En apprenant ce qui sétait passé, le roi entra dans une violente colère. Il nattendit pas une nouvelle délibération. Il assembla son conseil. Le même soir, un bûcher fut dressé dans lîle qui aujourdhui est enjambée par le pont neuf. Le peuple de Paris fut convoqué pour assister à cette exécution. On vit arriver Jacques Molay et son compagnon. Ils montèrent dun pas ferme sur léchafaud, sagenouillèrent pour prier. Le bourreau alluma les feux et ils moururent courageusement.
Le chroniqueur Geoffroy de Paris a décrit ces derniers moments : Le Grand Maître se mit en chemise. Comme il avait de largent sur lui, il voulut le donner aux pauvres quil voyait à ses pieds. Que Dieu ait pitié de son âme ! Mais il ne trouva nulle âme qui len voulut ouir en rien. Ainsi le tenoient en chien.
Quand le bourreau lui lia les mains derrière le dos il dit : Seigneur, au moins laissez-moi joindre les mains pour prier Dieu !
Il proclama de nouveau dune voix ferme linnocence et la pureté de lOrdre et demanda dêtre tourné la face à lEglise Notre-Dame. Et si doucement la mort le prit que chacun sen émerveilla.
Geoffroy de Charnay dit à son tour : Seigneur, sans doute de mon Maître suivrai la route ; comme martyr occis lavez.
Lorsque tout fut consommé, le chroniqueur conclut philosophiquement : Ne sais qui dit vérité ou qui ment ! Vienne en ce quen doit advenir.
Conclusion
Ainsi finit laffaire des Templiers. LOrdre avait été supprimé par ordre du pape, mais non condamné par un Concile. Il avait été condamné non sur les accusations principales portées contre lui, mais parce quil navait plus laudience de la chrétienté, du pape ni du roi.Il est certain quaprès deux siècles dexistence, les chevaliers du Temple ne pratiquaient plus leurs vertus premières. Que restait-il de leur pauvreté, de leur chasteté, de leur désintéressement et de leur esprit chevaleresque ? Mais aussi est-ce que les accusations grossières et linvraisemblance de certaines charges étaient suffisantes pour que lInquisition se livre à tant dexécutions sommaires. LInquisition sest montré la plus acharnée et la plus terrible pour obtenir par la torture des aveux afin de condamner les Templiers.
Dans cette affaire, le pape sest montré dune grande faiblesse de caractère. Il est vrai quil avait commis une faute capitale en acceptant, pour devenir pape, les six conditions imposées par Philippe le Bel. Il avait, de ce fait, abdiqué par avance, entre les mains du roi toute son autorité de chef de lEglise. Il aurait pu du moins, ne pas ordonner aux Inquisiteurs dinfliger la torture aux Templiers. Rien ne ly obligeait.
Quant à Philippe le Bel, il est certain quil voulait obtenir du pape la suppression de lOrdre parce quil redoutait sa puissance et convoitait ses richesses dont il avait grand besoin. Cependant, voulut-il aussi la torture des Templiers ? On peut en douter quand on sait quen libérant dautres prisonniers de lInquisition il disait : La prison est faite pour séquestrer les coupables mais non pour les torturer.
En vérité, il faut bien le dire, les Templiers se sont montrés les premiers artisans de leurs malheurs. Par leur superbe et leur orgueil ils se sont rendus coupables de se mettre tout le monde à dos, depuis le peuple en passant par les corps constitués, le clergé, les congrégations, les évêques, jusquau pape et au roi. Ils ont ainsi attiré la foudre sur leur tête. Il fallait les châtier et supprimer leur ordre. Nest-il pas vrai que quand on veut abattre son chien on dit quil a la rage ? Doit-on rappeler à ce sujet, que plus tard, un évêque français, vendu aux Anglais, inventa bien, pour faire condamner Jeanne dArc, de laccuser elle aussi de Sodomie, dimpudicité, de reniement de la croix et didolâtrie !
Cette fin des Templiers, ces arrestations en masse, ces aveux arrachés par la torture, ces liquidations de personnes nont-elles pas été la préfiguration des temps modernes où lon a vu aussi les arrestations en masse, les aveux spontanés arrachés par une torture plus raffinée que celle de lInquisition et enfin la liquidation des prisonniers par les chambres à gaz.
On prétendit quen montant sur léchafaud Molay avait donné rendez-vous au pape, à Philippe le Bel et à Nogaret devant Dieu.
Or il se trouva que Clément V mourut un mois après lexécution de Molay, Nogaret trois mois après et Philippe six mois plus tard (1).
1. Les malheurs domestiques et la mort sans postérité des fils de Philippe le Bel nont pas manqué de rappeler cette parole de lEcriture : « Semen impiorum péribit »
Le peuple ne manqua pas de voir dans ces coïncidences fortuites le châtiment de Dieu. On disait que Dieu les avait convoqués devant son tribunal pour les juger.
Jules Michelet a écrit ces quelques lignes qui vont terminer cette affaire des Templiers :
« Ce quil y a de tragique ici, cest que lEglise est tuée par lEglise. » Le Temple est poursuivi par les Inquisiteurs et aboli par le pape. Les dépositions les plus graves contre les Templiers sont celles des prêtres. Nul ne doute que le pouvoir dabsoudre quusurpaient les chefs de lOrdre, ne leur ait fait, des ecclésiastiques, dirréconciliables ennemis. Quelle que fut sur les hommes dalors limpression de ce grand suicide de lEglise, les inconsolables tristesses de Dante le disent assez : « Tout ce quon avait cru et révéré : Papauté, Chevalerie, Croisades, tout semblait finir »
« Le Moyen-Age est déjà une seconde antiquité quil faut, avec Dante, chercher chez les morts »
Sources: C. LABORDE. Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, pages 128 à 174, tome XXXIII, premier fascicule. Guéret 1957.
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