Fondation de la Milice du Temple   Fondation de la Milice du Temple   Fondation de la Milice du Temple

Création de la Milice des pauvres chevaliers du Temple de Salomon

Les origines de la Milice du Temple

Devise de l'Ordre du Temple

C'est en Terre-Sainte, que Hugues de Payns chevalier croisé, frappé des dangers sans nombre, auxquels était exposée la foule des pèlerins en venant à Jérusalem, eut la pensée de fonder une association religieuse et militaire, destinée à protéger les croisés sans défense contre les incursions des maraudeurs arabes.

En 1118, Hugues ayant obtenu l'assentiment du patriarche de Jérusalem, et du roi de cette même ville, Baudouin II, réussit à grouper autour de lui huit chevaliers, parmi lesquels Geoffroi de Saint-Omer et. Payens de Montdidier.

Hugues de Payns, Musée de Versailles

Cette association n'eût tout d'abord qu'un caractère absolument privé. Sans règle spéciale, sans aucun signe distinctif, l'Ordre naissant n'aurait fait aucune recrue, durant les dix premières années. Il est à peine besoin d'ajouter que ces neuf chevaliers De pouvaient suffire à protéger les pèlerins qui débarquaient sans cesse à Jaffa ou à Saint-Jean-D'Acre.

Esplanade du Temple de Salomon Jérusalem

Le roi de Jérusalem avait cependant jugé cette généreuse entreprise si nécessaire, qu'il leur avait accordé pour demeure une partie de son propre palais, le Temple Salomon ; c'est ainsi que ces chevaliers furent amenés à prendre le nom de chevaliers du Temple Salomon.

Dès le début, ce premier noyau du Temple se serait astreint à une vie moitié religieuse et moitié militaire. Avec les trois voeux ordinaires de la vie monastique « humilité, pauvreté, chasteté » Hugues et ses compagnons s'attachèrent à vivre, en se conformant à la règle de Saint Augustin, du moins jusqu'au concile de Troyes (1128) qui fait époque dans l'histoire de l'Ordre.

Malheureusement pour eux, Baudouin II fut fait prisonnier par les Turcs en 1123. Ce ne fut qu'après sa délivrance qu'il put s'occuper efficacement de la cause du Temple, et qu'il chercha à obtenir l'approbation du pape pour un Ordre si utile et si nécessaire.

Le Roi chargea donc deux chevaliers, d'aller plaider cette cause auprès du Souverain Pontife, et de solliciter l'appui du grand abbé de Clairvaux, qu'on jugeait digne entre tous de composer une règle pour les chevaliers du Temple. C'était en 1127. Les négociations aboutirent, car quelque temps après, le pape Honorius II ayant envoyé en France, en qualité de légat, Mathieu cardinal évêque d'Albano, afin de réunir un synode pour régler un différend survenu entre Louis VI et Etienne évêque de Paris, il fut procédé en même temps à l'institution des Templiers.

Saint Bernard fut convoqué à ce synode ainsi que Hugues de Payns, qui venait de rentrer en France accompagné de Payen de Montdidier. Le concile s'ouvrit à Troyes le 13 Janvier 1128.

Le prologue de la règle du Temple, nous apprend qu'Hugues raconta en ce synode, les humbles débuts de son oeuvre, l'urgence d'une milice capable de protéger les croisés, et qu'on délibéra ensuite dans cette assemblée sur la constitution à donner à un pareil Ordre.

On chargea l'abbé de Clairvaux et un clerc du nom de Jean Michel de rédiger séance tenante une règle, qui fut lue et approuvée par les membres du concile.

La règle du Temple est donc cistercienne, elle a du moins, de grandes analogies avec la règle de Cîteaux ; il ne pouvait en être autrement puisqu'elle fut inspirée par saint Bernard.

Honorius reconnaissant l'Ordre du Temple

A cette date de 1128 les Templiers n'étaient encore que neuf, ils n'avaient aucune possession en France, mais les donations pieuses ou aumônes à leur adresse, ne vont pas tarder à affluer: De toute part, nobles et vilains s'efforcent de venir en aide à ces pieux chevaliers ; on leur donne des champs, des bois, des manoirs, et bientôt les pauvres chevaliers du Temple auront l'embarras des richesses. Il faut croire même que la charité publique ne connut plus de bornes, puisque Louis VII, jugea bon de limiter quelque peu ces donations. En 1139 ce roi permit à tous ses sujets de faire aux Templiers telles donations qu'ils voudraient, à l'exception, cependant, des villes et châteaux-forts, et à la réserve de ses droits. Quelques années plus tard, le pape Célestin II accorda certains privilèges à ceux qui subviendraient aux besoins de l'Ordre (1144) (Bulle de Célestin, datée du 9 janvier 1144 ). Beaucoup de nobles, en même temps qu'ils se faisaient Templiers, durent apporter à l'Ordre, tout ou partie de leurs biens; il fallut même laisser en Occident quelques-uns des nouveaux frères, pour faire valoir ces biens, veiller à la perception des revenus, recruter des chevaliers.

Les maisons ou commanderies prirent ainsi naissance, elles abritèrent plusieurs frères chevaliers et on mit à leur tête un précepteur ou commandeur. En outre de ces frères, chaque maison dut donner asile à des gens à gages, tels que laboureurs, pâtres, vignerons, etc.

L'Ordre à l'origine n'était accessible qu'aux chevaliers, mais en raison de son extension rapide et du trop grand nombre de domestiques qu'il aurait fallu gager, on jugea profitable d'admettre comme frères sergents du Temple, (fratres servientes) des personnes de toutes conditions, soit bourgeois, soit vilains. C'est ce que nous lisons dans le procès des Templiers ; un notaire apostolique, Antoine Syci (alias, Sici), déposa en effet, qu'il avait eu un entretien avec des Templiers, il y avait bien longtemps, alors qu'il leur servait de clerc (les clercs ne faisaient pas partie de l'Ordre du Temple) et de notaire, en Palestine. Il avait donc appris par eux, qu'au début, on ne recevait dans l'Ordre que des chevaliers ou des nobles. Leur, écuyers et les sergents étaient alors gagés, et ne faisaient pas partie de l'Ordre; et cela avait duré longtemps. Mais par suite des nombreuses aumônes qui furent faites au Temple, de ses acquisitions, l'Ordre ne pouvant suffire à gager tous les mercenaires nécessaires, on avait admis dans le Temple des sergents de conditions diverses.

Plus tard même ces frères sergents devinrent précepteurs des maisons du Temple (dans le diocèse de d'Amiens et de Noyons; un grand nombre de précepteurs de sont que Frères sergents) ; mais il paraît que les frères chevaliers les eurent toujours en souverain mépris. C'est du moins ce qu'affirme, un frère sergent du Temple.

Quant à l'époque où ces mercenaires auraient été admis dans la grande famille du Temple en qualité de frère servant ce doit être au XIIIe siècle. Car dans une charte datée de l'an 1194, relative à la maison du Temple d'Aimont (Aimont: Somme, arrondissement Abbeville, canton de Crécy, commune de Conteville), nous trouvons, cités après les frères chevaliers du Temple, des sergents de cette commanderie, dont les noms ne sont pas encore précédés du mot « frater. » Nous supposons donc, qu'à la fin du XIIe siècle les sergents du Temple ne faisaient pas réellement partie de l'Ordre et qu'ils étaient salariés ; tandis qu'au XIIIe siècle et dès le commencement, puisqu'il en est question dans la règle du Temple, les sergents seront de véritables religieux de l'Ordre, capables même d'être précepteurs des maisons. Nous pensons même que les chevaliers furent fort heureux de se décharger du soin des commanderies sur les sergents, et de se consacrer davantage à leur véritable mission, la défense des Lieux saints. Il y aura cependant toujours une distinction entre les chevaliers et les sergents, la couleur de la robe blanche pour les premiers et brune pour les seconds (Guillaume de Tyr). Seule la croix d'étoffe rouge cousue sur l'habit, sera commune à tous; chevaliers et sergents étant également prêts à verser leur sang pour Jésus-Christ.

Nous avons parlé des frères chevaliers et des frères sergents du Temple, mais il y avait aussi, les prêtres du Temple. Il en est question plusieurs fois dans la Règle.

La présence de ces chapelains permet de supposer que les maisons du Temple furent pourvues de chapelles, dès l'origine, et cependant il n'en est pas fait mention dans la Règle du Temple.

Il faut croire cependant que les droits des frères du Temple, n'étaient pas encore universellement reconnus, au milieu du douzième siècle ; car une bulle du 18 Juin 1163, émanée du pape Alexandre III, et adressée à Bertrand, grand maître du Temple, confirmant les droits des Templiers, leur reconnaissait le pouvoir d'admettre comme-frères de l'Ordre, des prêtres. En outre le pape accordait aux Templiers, le droit de construire des oratoires dans les diverses maisons du Temple, et d'ensevelir leurs défunts dans ces chapelles. La bulle nous apprend, que pour entrer dans l'Ordre, les prêtres devaient, comme les autres frères du Temple, faire une année de noviciat, avant d'être reçus à profession et faire voeu de vie régulière et d'obéissance aux chefs de l'Ordre.

Moins de dix ans plus tard, le même pape confirmait (1172) cette première bulle, par une autre absolument identique, adressée cette fois au grand maître Eudes ou Odon.

Faut-il en conclure qu'avant cette date, les Templiers n'avaient eu que des chapelles portatives, comme il en est fait mention dans la règle du Temple, et que les maisons déjà nombreuses qui pouvaient exister en France ou à l'étranger étaient dépourvues d'oratoires ? Nous ne saurions nous prononcer.

Pour nous résumer il n'y a pas de maison ou commanderies du Temple antérieures à l'année 1128, les plus anciennes ayant été fondées entre les années 1128 et 1140 (Il faut rappeler que les premiers chevaliers du Temple tels que Hugues de Payns, Payen de Montdidier, Geoffroi de Saint-Omer, donnèrent tout ou partie de leurs biens à l'Ordre;).

Pendant tout le XIIe siècle l'Ordre n'a ouvert ses portes qu'aux nobles, ou aux prêtres comme chapelains ; les non-nobles n'y ayant été admis qu'au XIIIe siècle et par nécessité.
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Le roi Baudouin en 1117 par Guillaume de Tyr
En cette même année (1117), après que le Roi fut guéri de cette maladie, il se remit à s'inquiéter fortement de la cité de Sur (Tyr), que les Sarrasins possédaient, toute seule, sur la côte. Ils y mettaient une importante garnison, si bien qu'ils pouvaient chevaucher à travers la terre des Chrétiens, y faire de grands pillages, et de grands dommages à nos gens. Même par mer, il y venaient de grandes flottes, et des galères armées, qui maîtrisaient si bien toute la côte, que les nefs des pèlerins ou des marchands craignaient d'y passer. Pour cette raison, les cités des Chrétiens étaient moins garnies de gens et autres choses, et la vie y était plus chère. Le Roi réfléchissait, jour et nuit, aux moyens de conquérir cette ville.

Comme on le trouve en lisant l'histoire d'Alexandre, il y a un très beau lieu, entre Tyr et Acre, où sourd une fontaine. Il n'est pas à plus de cinq milles de Tyr, et est situé sur la mer. Quand Alexandre fut en ce pays, et assiégea la cité de Tyr, il fortifia en ce lieu un château très fort, et l'appela de son nom Alexandre. Le roi Baudouin construisit, en ce même endroit, une très bonne forteresse, pour serrer de près ceux de Tyr, et les empêcher de chevaucher à travers le pays. Alors ceux de cette forteresse pouvaient souvent courir devant la ville pour y prendre le bétail, et tout ce qu'ils trouvaient hors les murs.

On appelle ce château Scandalion: je ne vois aucune raison à ce nom, si ce n'est qu'en langue arabe Alexandre est appelé Scandar. Ce château, qui en notre langue s'appelait Alexandre, se nommait donc Scandarion en arabe. Le peuple, qui déforme le nom des choses, au lieu de R mit L, si bien qu'on l'appelle maintenant Scandalion.

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Le Roi Baudouin, passa en Egypte et y mourut

Roi de Jérusalem: Boudouin II du Bourg

En l'an 1118, le Roi pensa que la terre d'Egypte lui avait fait maints grands ennuis. Il eut donc grand désir de s'en venger. Il emmena beaucoup de gens avec lui, puis descendit en Egypte. En arrivant, il y prit une cité fort ancienne, nommée Faramâ (Peluse ou la Boueuse). Il partagea entre ses chevaliers tout le butin qu'il y fit.

Cette cité est située sur le rivage de la mer, à peu de distance de la bouche du Nil, qu'on nomme Carabès, sur laquelle se trouve l'ancienne ville de Tanis. C'est là que Moïse fit plusieurs miracles, devant le roi Pharaon. Aussitôt que la ville fut prise, le Roi alla voir la bouche du Nil. Il s'émerveilla très fortement de cette eau, et la regarda volontiers, parce que l'on dit que ce bras vient d'un des quatre fleuves du Paradis. En cette eau, il fit ensuite pêcher des poissons. Ils y sont en abondance, et ils en mangèrent beaucoup.

Quand le Roi se leva de table, il ressentit une grande douleur en son corps ; et la plaie qu'il avait eue, il y a longtemps, se mit à le faire souffrir de nouveau, très durement. Il eut grande peur de la mort ; et il commanda que l'on cria à travers l'armée que tous devaient se préparer rapidement pour le retour. La maladie l'oppressa tant qu'il ne put chevaucher. On lui fit une litière pour le porter plus doucement. Ils cheminèrent ainsi pendant plusieurs jours, de sorte qu'ils traversèrent une partie des déserts qui sont entre l'Egypte et la Syrie. Ils arrivèrent à une cité fort ancienne, nommée Laris (Al Arich), située sur la côte. Sa maladie s'y aggrava tant qu'il ne put aller plus avant, mais y mourut.

Tous les gens de son armée en eurent grande douleur. Les pleurs et les cris s'élevèrent de partout, si bien qu'on ne pouvait entendre autre chose. Ils ne s'attardèrent pas là. Ils arrangèrent hâtivement le corps, comme l'on doit le faire pour ensevelir un corps de roi, puis ils l'emportèrent à Jérusalem.
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Comment il fut enterré près de son frère, le jour de Pâques fleuries

Eglise du Saint-Sepulcre

Ils entrèrent dans la ville le jour de Pâques fleuries de l'an 1118, au moment où les processions de la cité arrivent par le vallon de Josaphat. Il fut porté en cette procession, au grand deuil de ceux de la ville, jusqu'à l'église du Sépulcre. Il fut enterré, avec beaucoup d'honneurs, sous le Mont Calvaire, à l'endroit qu'on appelle Golgotha, près du duc Godefroy, son frère.

C'est ainsi que mourut le Roi, l'an de l'Incarnation de Nôtre-Seigneur mille cent dix huit (1118), en la dix-huitième année de son règne.

Comment Baudouin du Bourg, comte d'Edesse, vint à Jérusalem, alors qu'on enterrait le Roi, son cousin.

Xercès fut un puissant roi d'Asie. Il avait une grande querelle avec le royaume de Grèce. Il manda, un jour, tous ses barons. Quand ils furent tous assemblés, il parla en premier et leur dit: « Beaux seigneurs, je vous ai fait venir ici pour faire, seulement, semblant de prendre vos conseils sur la façon dont je me conduirai envers les Grecs, qui m'ont fait maints torts, et savoir si je les guerroierai ou non. Mais je vous dis bien que je ne vous demanderai nullement conseil. Sachez qu'il est sûr que je leur ferai la guerre. Il vous appartient, sans plus, d'obéir à mes ordres, et non de me conseiller. » Il entreprit sa guerre, où il fut maintes fois malheureux.

Je vous ai dit cet exemple, pour vous montrer que le roi Baudouin, dont je vous ai conté l'histoire, n'avait pas cette habitude. Jamais il n'entreprit quelque chose concernant les affaires du royaume sans prendre conseil des Barons, s'il pouvait les avoir ; ou des Bacheliers et autres chevaliers, s'il n'avait personne d'autre. Plusieurs fois, il prit même le conseil de sa propre domesticité, quand il ne pouvait faire mieux. C'est pourquoi, il réussit en tant d'affaires, et qu'il agrandit beaucoup son royaume.

En effet, il convient qu'un si « haut homme », comme est le roi, prenne toujours conseil dans ses grandes besognes. Mais il convient aussi qu'il sache reconnaître, parmi ses conseillers, ceux qui sont les plus sages et les plus loyaux, et qu'il les croie avant les autres. Il y a des « hauts hommes » qui ont amitié et confiance en des gens, où ne se trouvent ni intelligence ni loyauté, si bien que leurs affaires tournent à mal.

Comme je vous l'ai dit, le roi Baudouin, qui avait été roi après son frère (Godefroy), quitta ce monde. Quand il s'en vint prendre possession du royaume, il bailla « la comté d'Edesse (Rohez) », qu'il avait possédée, à un sien cousin, nommé Baudouin du Bourg. Celui-ci la tint dix huit ans avec intelligence et énergie.

Peinture de Jerusalem

Quand il vit que son pays était bien en paix, il lui vint l'envie d'aller en pèlerinage à Jérusalem. Il désirait visiter les saints lieux, et voir son cousin et son seigneur (le roi Baudouin), qui lui avait fait tant de bien et d'honneur. Il garnit ses forteresses, et y laissa de bonnes gardes pour chevaucher à travers sa terre. Puis, ayant pris de quoi fournir à ses dépenses, il se mit en route, honorablement accompagné, en homme sage et prévoyant qu'il était.

Quand il fut bien éloigné de son pays, un messager lui vint. Il lui apportait la nouvelle, et elle était vraie, que le roi, son seigneur, était mort en revenant d'Egypte. [Le comte en fut très contrarié et extrêmement étonné. Il hésita un moment sur ce qu'il ferait. Mais après], quand il eut réfléchi, il décida d'achever son pèlerinage, et se hâta de venir à Jérusalem.

Le jour de Pâques fleuries, où le peuple s'assemble dans la sainte cité pour voir la noble procession que l'on y fait en souvenir de l'entrée de Nôtre-Seigneur dans Jérusalem ce jour là, il advint que le comte d'Edesse (Rohez) entra, d'un côté, dans la ville, tandis que, de l'autre côté, on apportait la bière du roi mort. Si bien que lui et tous les chevaliers qui l'accompagnaient suivirent le cortège funèbre, et assistèrent à la mise en terre du corps de leur seigneur.
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De quel lignage était le comte Baudouin d'Edesse

Vestiges de la ville Edesse

Avant de vous parler de l'élection du Roi, je vous parlerai de ce comte Baudouin d'Edesse. Il était surnommé « Aiguillon. » Il était bon chrétien et pieux. Il aimait beaucoup le Seigneur-Dieu, et évitait le péché. Il était un chevalier très bon et ayant fait ses preuves en maintes besognes. Il était natif de France, de l'archevêché de Reims, fils du comte Hugues de Rethel et de la comtesse Mélisande, qui fut une très bonne dame. Elle avait tant de soeurs qu'elle eut quantité de neveux et de nièces.

Quand on se croisa en France, ce Baudouin quitta son père, encore vivant, et se mit en route avec le duc Godefroy, son cousin. Son père était déjà d'un grand âge. Les deux frères et les deux soeurs de ce Baudouin restèrent avec Hugues, leur père. Lui, qui était l'aîné, s'en alla. L'un de ses frères, nommé Gervèse, était clerc. Par la suite, il fut élu archevêque en l'église de Reims. L'autre se nommait Manessier.

De ses deux soeurs, l'une portait le nom de Mahaut. Le châtelain de Vitry la prit pour femme. L'autre fut appelée Odiere. Elle épousa un homme noble et puissant, nommé Héribrand de Herce. Ils eurent un fils Manessier de Herce, qui fut, plus tard, connétable en la terre de Syrie, au temps de la reine Mélisende.

Quand le père de ce comte Baudouin mourut, son fils Manessier hérita de la comté (de Rethel), parce que l'aîné Baudouin était outre-mer, [et n'avait nul désir d'en revenir]. Mais ce Manessier lui-même mourut, à son tour, sans héritier. Lors, Gervèse, son frère, qui était l'archevêque élu de Reims, s'en vint en la comté de Rethel, qui était son héritage, et abandonna son archevêché et la prêtrise. Il prit femme, contre le voeu de chasteté qu'il avait fait, et contre le commandement de la Sainte Eglise. Il vécut tant avec sa femme qu'il en eut une fille, qu'il maria à un haut homme de Normandie.

Quand ce Gervèse fut mort, le fils de sa soeur Mahaut, qui avait épousé le châtelain de Vitry, hérita de la comté de Rethel, et la garda. Il se nommait Itier. Mais maintenant, je ne vous parlerai plus d'eux.
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Comment Baudouin le second fut élu roi de Jérusalem
Comme je vous l'ai dit plus haut, le roi Baudouin fut enterré avec beaucoup d'honneurs. Le lendemain, les évêques, les archevêques, et les barons, qui étaient présents à Jérusalem, ainsi que le patriarche Arnoul, s'assemblèrent pour décider ce qu'ils feraient de la terre et du royaume, où il n'y avait plus de roi. Parmi les autres barons, se trouvait Josselin de Courtenay, seigneur de Tabarie (Tibériade). C'était un homme parlant fort bien, sage, et énergique dans l'action.

Au début, ces seigneurs, qui s'étaient assemblés, ne furent pas d'accord. En effet, une partie d'entre eux disaient que le royaume avait été donné et octroyé au duc Godefroy et, après lui, à ses héritiers. De même qu'il était échu du Duc à son frère le roi Baudouin qui venait de mourir, pour la même raison, il devait maintenant échoir au troisième frère, Eustache, qui était comte de Boulogne. C'est pourquoi, ils étaient d'accord à ce qu'on fasse garder la terre du mieux que l'on pourrait, et qu'on envoie aussitôt quérir le comte Eustache de la part des Barons. Ses frères s'étaient si bien conduits pour garder le royaume, qu'ils n'avaient pas mérité que leurs héritiers en fussent privés.

Les autres n'étaient pas de cet avis. Ils disaient que les affaires et la situation du pays étaient en tel état, à cause des Turcs si puissants et dont les cités les entouraient de tous côtés, que, si l'on tardait à prendre une décision, le péril pourrait devenir si grand dans le royaume de Nôtre-Seigneur, que la chrétienté du pays serait perdue. Si l'on attendait le comte Eustache, qui n'arriverait pas avant quelque temps (il était reparti en France), alors les Turcs pourraient avoir tellement envahi le royaume, qu'il ne saurait plus où trouver asile, quand il arriverait. Les Barons étaient donc ainsi en désaccord.

Josselin, qui était très aimé et écouté, avait attendu, en homme sage, le moment favorable pour parler. D'autre part, il savait que le patriarche Arnoul approuvait ce qu'il voulait dire. Il leur parla ainsi: « Beaux seigneurs, chacun est tenu de dire ce qu'il pense être la meilleure solution pour porter aide à cette sainte terre, où Nôtre-Seigneur Jésus-Christ voulut naître et mourir pour nous sauver. Je veux donc me libérer en disant ce qui me semble le meilleur dans le péril où je vois le pays. Je ne suis guère d'accord à ce qu'on attende que le roi s'en vienne de France ; car celui qui perd son bien en attendant, attend bien sottement. »

Portrait de Baudouin du Bourg

Parmi vous, vous avez ici le comte Baudouin d'Edesse (Rohez), qui est venu en ce pays par hasard, ne sachant rien de la mort du Roi. Il semble que Nôtre-Seigneur vous l'a envoyé par miracle, pour vos besoins. Vous pouvez bien penser que je ne le dis pas pour l'amour de lui, qui m'a fait beaucoup d'ennui et de honte. Je le fais pour secourir le royaume, et libérer ma conscience et ma loyauté devant Dieu. Mais je le connais bien. Je puis vous témoigner que c'est un homme sage et de grande intelligence. Il craint et aime Nôtre-Seigneur ; il fait droit en justice ; il est énergique, prévoyant, et vigilant, quand il est en guerre. C'est un chevalier bon et sûr. D'aucun pays, il n'en pourrait venir de meilleur pour supporter une telle charge. Il était cousin aux deux seigneurs qui ont tenu ce royaume. Je ne veux donc pas qu'ils en soient dépossédés, puisqu'il reste en leur lignage. Si l'un de cette parenté trépasse, on prend le plus proche, et on en prend un qui l'est moins, si le besoin, qui est très grand, y oblige. Vous en ferez ce qui vous plaira, maintenant que je me suis libéré, en disant mon avis.]"

Là, il y en avait beaucoup qui croyaient sûrement que Josselin, qu'ils tenaient pour un homme sage, n'avait parlé que par loyauté. On avait su à travers le pays comment le comte Baudouin l'avait mis en prison, dépouillé de sa terre, et chassé de son pays. Il en fut mieux cru du conseil qu'il donnait.

Il se peut aussi que Josselin eut quelque idée et supposition que si le comte Baudouin avait le royaume par son aide à lui qui était son cousin, il lui donnerait la comté d'Edesse (Rohez), qui était une chose très importante.

Le patriarche Arnoul approuva les paroles de Josselin. Il se mit à les soutenir et à les défendre. Comme tous deux étaient du même avis, le reste fut facilement convaincu ; si bien que tous, d'une seule voix, élurent roi le comte Baudouin. Peu après, le jour de Pâques, il fut oint et sacré. Il reçut la couronne dans l'église du Sépulcre, où Nôtre-Seigneur ressuscita de la mort à la vie, ce même jour.

Il se peut bien qu'en cette action l'intention du Patriarche et de Josselin ne fut pas très pure, au regard de Dieu. Toutefois, Nôtre-Seigneur la tourna en bien, car ce roi fut un homme de guerre juste et pitoyable, énergique et généreux, de sorte qu'il en advint de grands biens pour le pays, en son temps.

Il parut cependant que cette affaire ne se fit pas selon la justice. En effet, Eustache, l'héritier légitime, y perdit ses droits. Il est vrai qu'aussitôt que le Roi fut mort (je ne sais si ce fut par sa volonté, ou par décision des Barons), de bons messagers se mirent en route. Ils s'en vinrent en France, et allèrent quérir le comte Eustache à Boulogne, pour qu'il reçoive le royaume de Jérusalem.

Il s'en excusa beaucoup. [Il disait qu'il ne serait pas utile en la terre d'outre-mer, car il ne la connaissait pas comme ses deux frères, qui y avaient été longuement avant d'avoir le royaume. D'autre part, il lui était très pénible d'abandonner son grand héritage (la Comté de Boulogne), tout privé de protection. Les messagers lui répondirent bel et bien. Ils lui dirent, entre autres raisons, que s'il faisait défaut, en ce besoin, à la Terre Sainte, Notre Seigneur, à qui elle appartenait, lui en saurait mauvais gré. Le monde, d'un côté et de l'autre de la mer, l'accuserait de lâcheté, et le lui tournerait en grand déshonneur. Eustache, qui était un homme vaillant et pieux, et digne frère des deux prud'hommes qui étaient morts, accéda à leurs requêtes, et accepta de partir pour Jérusalem].

Il arrangea convenablement ses affaires, et se mit en route. Il arriva jusqu'en Pouilles. Là, par des messagers sûrs, il apprit que son cousin Baudouin du Bourg avait été couronné roi à Jérusalem. Quand ceux qui étaient venus le chercher, et qui l'accompagnaient, entendirent cette nouvelle, ils lui dirent de ne pas abandonner de se rendre outre-mer, à cause de cela ! Ce qui avait été fait dernièrement ne durerait pas ! Aussitôt que les Barons le verraient, ils se tourneraient vers lui, comme vers leur légitime seigneur !

Il leur répondit qu'il n'agirait pas ainsi ; et qu'il ne voulait pas troubler le royaume, que Nôtre-Seigneur Jésus-Christ avait conquis de son sang. Par convoitise de se faire roi, il ne voulait surtout pas guerroyer en cette terre, pour la défense de laquelle ses deux frères étaient morts saintement. Il recommanda donc les messagers à Dieu. [Il leur fit de beaux dons en les quittant], puis s'en retourna en son pays, tandis qu'ils s'en allèrent outre-mer.
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Le roi Baudouin II
Ce nouveau roi de Jérusalem avait bien l'allure d'un haut « homme. » Il était grand de corps. Il avait le visage beau et clair, les cheveux bonds ; mais il n'en avait plus beaucoup, et ils étaient mêlés de cheveux blancs. Sa barbe n'était pas épaisse, mais longue jusqu'à la poitrine, selon la coutume qui avait cours alors en ce pays. Il avait le teint coloré, selon son âge. Il se tenait fort bien à cheval. Il était habile aux armes qui lui plaisaient bien, et auxquelles il était exercé plus que tout autre. Il fut sensé et réfléchi en ses affaires, et chanceux dans les besognes de la guerre. Il donnait volontiers et généreusement l'aumône. Il était longuement en oraisons, et s'agenouillait si souvent qu'il avait, aux mains et aux genoux, un durillon qu'on appelle calus. Toutes les fois qu'il lui en était besoin, il était l'homme le moins paresseux que l'on vit jamais, de son âge.

Couronnement de Baudouin II

Quand il eut été couronné, il réfléchit à ce qu'il pourrait faire pour sauvegarder la comté d'Edesse (Rohez), qu'il avait laissée quelque peu sans protection. A la fin, il trouva comme tel son cousin Josselin de Courtenay. Il l'appela, et lui dit qu'il voulait réparer la honte et l'outrage qu'il lui avait fait. Il lui donnait donc la comté d'Edesse, à lui et à son héritier, parce qu'il avait espérance qu'elle serait mieux gardée par lui, qui connaissait cette terre, que par nul autre. Il l'en investit en lui remettant sa bannière, et reçut son hommage. Alors, il envoya quérir sa femme, ses filles, et sa domesticité. Le comte Josselin, qui était allé faire la saisine de sa terre, les lui envoya sous bonne escorte, si bien qu'elles arrivèrent au Roi en peu de temps et sans encombre.

Sa femme se nommait Morphie. Elle était la fille d'un « haut homme » arménien qui s'appelait Gabriel, dont je vous ai parlé plusieurs fois. Alors qu'il était comte (d'Edesse), il la prit, avec les grands biens que son père lui donna en la mariant. Il en avait trois filles, Mélisande, Alix, Odierne. La quatrième, qui se nommait Yvette, naquit quand il était roi.

Comme je vous l'ai dit, il fut sacré et couronné l'an de l'Incarnation de Nôtre-Seigneur mille cent dix huit (2 avril 1118), au mois d'avril, le second jour de ce mois. Lors étaient: pape à Rome, Gélaise le second (Gélase) ; premier patriarche latin à Antioche, Bernard ; et quatrième patriarche latin à Jérusalem, Arnoul.
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La mort d'Alexis, et du consentement de son fils Jean
En ce même temps, mourut l'empereur de Constantinople, Alexis, le grand ennemi de tout le peuple des Latins. [Il leur avait fait maintes fois de grands torts et de grands dommages]. Après lui, son fils Jean tint l'empire. Il fut beaucoup plus débonnaire envers nos gens, que ne l'avait été son père. Cependant, en plusieurs choses, il fit tort aux Latins, dans la terre d'Orient, comme vous l'apprendrez par la suite.

Alexis

En cette même année (1118), mourut le pape Pascal, seize ans après son élection. Après lui, vint Gelaise (Gelase II), qui s'appelait Jean, de Gaëte, et était chancelier de Rome. Alors mourut aussi Aalis (Adélaïde), la comtesse de Sicile, dont vous avez su que le roi Baudouin l'avait eue pour femme. Mais comme elle ne fut pas légitimement épousée, elle s'en alla ensuite.
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Les Turcs et les Chrétiens assemblèrent leurs gens pour combattre

Chavaliers Musulmans

En l'été de cette même année, le prince d'Egypte qui régnait alors, assembla autant de gens à cheval et à pied qu'il put en avoir à travers toute la contrée qui était en son pouvoir. Il équipa une grande flotte qu'il garnit de gens et d'armes, pour naviguer le long de la côte ; et il fit aller sa grande armée, par terre, pour entrer dans le royaume de Syrie. En effet, il pensait qu'il était facile d'anéantir, en un seul jour, un si petit peuple, comme étaient nos gens, ou tout au moins de les chasser hors du pays, pour toujours. Il traversa les déserts qui se trouvent entre l'Egypte et la Syrie. Il avait un très grand nombre de gens à cheval. Quant aux gens à pied, ils ne pouvaient être comptés, tant il y en avait. Chacun d'eux portait un arc et des flèches, ou sinon, il avait en mains un javelot à lancer.

Peu de temps après, Dodequin (Tughtekin), le roi de Damas, apprit que les Egyptiens étaient venus en très grande force. Il assembla tous ses gens et s'en alla de sa cité, par un chemin caché, par crainte que nos gens ne viennent lui courir sus. Il arriva au fleuve Jourdain, et le traversa. Dès lors, il se mit avec cette multitude qui était venue d'Egypte, et campa devant Escalone, où l'armée s'était logée. Leur nombre et leur force en furent d'autant accrus. Quelques nefs arrivèrent à Escalone. Les autres s'en allèrent, toutes voiles hissées, jusqu'à Tyr, où il y avait une importante garnison, et où le port était bon et sûr. Là, ceux qui commandaient la flotte attendirent les ordres de leur seigneur.

Chavaliers chrétiens

Le roi de Jérusalem (Baudouin II) qui avait été bien renseigné sur leur venue, bien avant qu'ils fussent tous là, avait envoyé quérir hâtivement des chevaliers dans la terre d'Antioche, et dans celle de Tripoli. Il avait rassemblé autant de gens qu'il put en avoir dans son royaume. Quand ils furent tous ensemble, ils se mirent en marche pour aller à l'encontre de cette grande armée de Turcs. Ils chevauchèrent jusqu'aux plaines des Philistins, et traversèrent le lieu nommé jadis Azoth (Ashod), une de cinq cités de la Philistée. Ils s'approchèrent tant des Turcs, qu'ils pouvaient se voir les uns les autres. Ils se logèrent près d'eu.

Nos gens, qui étaient peu au regard des autres, n'osaient les attaquer, car ils redoutaient leur grand nombre. Les Turcs, qui étaient plus nombreux, avaient maintes fois entendu dire que personne n'avait autant de valeur aux armes, que les chevaliers de France. C'est pourquoi, ils craignaient de les attaquer. Ils se redoutaient tant les uns les autres, qu'ils restèrent ainsi trois mois. Eux, qui étaient de mortels ennemis, se voyaient tous les jours sans se faire aucun mal. A la fin, le roi d'Egypte prit conseil. Il leur sembla à tous, qu'il valait mieux qu'ils s'en retournent en leur pays, sains et saufs, sans dommage de leurs biens, plutôt que de risquer d'être morts ou pris, au hasard d'une bataille. Ils se mirent donc en route, et retournèrent en Egypte.

Quand nos gens virent qu'ils partaient, ils en furent très heureux. Lorsque les chevaliers surent que les Turcs s'étaient éloignés, ils prirent congé du Roi, et s'en retournèrent vers leurs terres, en grande joie.

En cette même saison, mourut Arnoul, le patriarche de Jérusalem. Il avait été un homme recherchant le mal ; et sa vie n'avait pas été telle que son rang et sa dignité le requéraient. Après lui, fut élu un très saint homme, de grande piété, qui recherchait l'amour de Nôtre-Seigneur. Il se nommait Gormont. Il était né en France, dans l'évêché d'Amiens, au château de Piquigny. Ses mérites et ses prières obtinrent que Jésus-Christ fit de grands biens au royaume de Syrie.
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Les Origines de l'Ordre du Temple en l'année 1118 ou 1119
Comme Dieu envoie ses grâces où il lui plaît, des chevaliers prud'hommes, qui se trouvaient en terre d'outre-mer, eurent le désir et l'intention d'y rester, pour toujours, au service de Nôtre-Seigneur, et de vivre en communauté comme des chanoines réguliers. Ils firent voeu d'obéissance et de chasteté en la main du Patriarche Gormont, et renoncèrent à toute propriété personnelle. Ceux qui s'occupèrent le plus de cette affaire, en s'y engageant eux-mêmes, et qui encouragèrent les autres à le faire, furent deux chevaliers. L'un se nommait Hugues de Payens [près de Troyes] ; l'autre était Giefroi ou Godefroi de Saint-Omer.

Parce qu'ils n'avaient pas d'église, ni de maison sûre, où ils puissent vivre entre eux, le Roi leur octroya, pour la durée qui leur plairait, un logement dans les maisons qui faisaient partie du Palais royal, près du Temple de Nôtre-Seigneur. Les chanoines du Temple leur baillèrent, moyennant un cens, une place qu'ils possédaient près du Palais. Ils pourraient ainsi améliorer leur installation, et construire les bâtiments nécessaires aux gens de religion. Le Roi et les autres barons, le Patriarche et les autres prélats des églises, leur donnèrent des rentes pour leur nourriture et leurs vêtements. Les uns firent ces dons pour toujours ; les autres pour un temps limité.

En pardon de leurs péchés, la première chose qu'on leur demanda, et enjoignit, fut de garder, des voleurs et des larrons qui avaient l'habitude d'y faire de grands maux, les chemins par où passaient les pèlerins. Le Patriarche et les autres évêques leur imposèrent cette pénitence. Ils restèrent ainsi neuf ans en habits laïques, car ils s'habillaient avec ce que leur donnaient, pour Dieu, les chevaliers et autres bonnes gens.

La neuvième année, un concile fut convoqué en France, près de Troyes (en 1128). Là, s'assemblèrent l'archevêque de Reims, l'archevêque de Sens, et tous leurs évêques. L'évêque d'Albano y fut lui-même, en tant que légat du Pape, ainsi que les abbés de Cîteaux et de Clairvaux, et maints autres gens de religion. Là, furent établis l'ordre et la règle qu'on leur donna pour vivre comme des religieux. Il fut ordonné, par l'autorité du pape Honorius et du patriarche de Jérusalem que leur habit serait blanc.

Comme je vous l'ai dit, cet ordre avait déjà duré neuf ans, et il n'y avait encore que neuf frères qui vivaient chaque jour des aumônes d'autrui. Dès lors, commença à croître le nombre des religieux, et on leur donna rentes et propriétés. Au temps du pape Eugène (Eugène III — 1145-1153), il leur fut ordonné de coudre, sur leurs capes et leurs manteaux, une croix de drap rouge, pour se faire reconnaître entre les autres gens. Ainsi firent les chevaliers et les frères mineurs, qu'on nomme sergents.

Par la suite, leurs possessions augmentèrent tant, comme vous pouvez le voir, que l'ordre du Temple est devenu puissant. Parce qu'ils furent logés, au début, près du Temple, ils sont encore appelés les frères de la chevalerie du Temple. Avec peine, pourrait-on trouver, d'un côté ou de l'autre de la mer, une terre de chrétiens où cet ordre n'ait aujourd'hui ni maisons, ni frères, ni grandes rentes. Au commencement, ils se conduisirent sagement, avec beaucoup d'humilité, comme des gens qui avaient quitté le monde pour Dieu. Mais ensuite, quand affluèrent les richesses, [il sembla qu'ils avaient oublié leurs premières intentions, et ils montèrent en grand orgueil, si bien que] pour commencer, ils s'émancipèrent du Patriarche de Jérusalem. Ils obtinrent du pape que celui-ci n'eut aucun pouvoir sur eux, alors qu'au début, c'est lui qui les avait établis et fondés avec les biens mêmes de son église.

Ils se mirent à prendre, aux autres religieux et aux églises qui leur avaient donné tant de belles aumônes, les dîmes, les prémices, et autres rentes qu'elles avaient possédées jusqu'alors. Ils nuisirent à leurs voisins, et leur firent des procès de maintes façons, comme ils font encore.

Le concile de Troyes


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