Saint-Bernard et les Templiers   Saint Bernard de Clairvaux   Saint-Bernard et les Templiers

Saint-Bernard et les Templiers, rédaction de la Louange de la nouvelle milice

BERNARD DE CLAIRVAUX (SAINT) (1090-1153)
Bernard est né à Fontaine-lès-Dijon (à quelques kilomètres au nord de Dijon). Si son père est un chevalier de rang modeste, sa mère, Aleth de Montbard, est d'une lignée prestigieuse, tournée tant vers la Bourgogne que vers la Champagne. Troisième de sept enfants, il subit profondément dans son enfance l'influence de sa mère qu'il perd à l'âge de seize ou dix-sept ans. Destiné à être clerc, il reçoit une formation littéraire solide chez les chanoines séculiers de Châtillon-sur-Seine.

Vers l'âge de vingt ans, il décide d'entrer au monastère de Cîteaux, fondé en 1098 par Robert de Molesme au sud de Dijon et où se pratiquait l'ascèse monastique la plus rude, dans un strict retour à la Règle bénédictine, loin des agitations du monde. Il convainc ses frères et ses proches de se « convertir » avec lui. En avril 1112 (ou en mai 1113), Bernard arrive à Cîteaux avec trente compagnons. En juin 1115, il est envoyé fonder en Champagne, avec douze moines, l'abbaye de Clairvaux dans le Val d'Absinthe, au bord de l'Aube, non loin de Troyes. Attaché viscéralement à sa communauté, Bernard reste toute sa vie abbé de Clairvaux, refusant toute autre dignité dans l'Église. Pendant quinze ans, Bernard se consacre au développement de Clairvaux. A sa mort, l'ordre de Cîteaux compte 345 couvents, dont 167 dépendent de Clairvaux même.

Grâce à son charisme et à son prestige personnel, comme à son pouvoir de conviction et à son habileté rhétorique, plutôt qu'à l'importance de la charge qu'il exerce, il élargit son champ d'action : il arbitre des conflits entre seigneurs, s'oppose à l'intrusion de princes laïques (y compris le roi de France) dans les affaires de l'Église. Il soutient les premiers Templiers. Son rayonnement s'amplifie lors du schisme dit d'Anaclet. Contre ce dernier, Bernard choisit Innocent II qu'il juge être un meilleur pape. Pendant huit ans, de 1130 à 1138, l'abbé lutte pour l'imposer : il y parviendra, au prix d'incessants voyages et de multiples interventions. Ayant gagné en prestige et en autorité, Bernard se porte alors sur tous les fronts. Là où il pressent une faille dans l'Église, il se voit contraint d'intervenir : « Aucune des affaires de Dieu ne m'est étrangère », affirme-t-il (Lettre 20). Il en souffre : « Je suis la chimère de mon siècle, ni clerc, ni laïc. J'ai déjà abandonné la vie du moine, mais j'en porte encore l'habit... » (Lettre 250).

Il est soutenu par une énergie indéfectible, malgré une santé fragile, et par un caractère passionné, parfois véhément et autoritaire. Mais, passant des causes aux êtres, il sait être tendre : il recommande la douceur à la comtesse de Blois, qui l'interroge sur l'éducation de son fils. Il ne cesse d'intervenir à l'occasion de vacances et d'élections épiscopales pour appuyer le candidat qu'il considère comme ayant le meilleur niveau moral ; on compte 17 interventions de ce type dont nombre furent houleuses, comme à Langres (1137-1138), à York (1140-1147). Il n'hésite pas à donner des conseils aux prélats, les encourageant à remplir leurs obligations et critiquant le luxe de leur train de vie. L'essor des écoles urbaines où la logique est appliquée aux vérités révélées l'inquiète : quand il s'adresse aux étudiants parisiens en 1140, c'est pour les détourner de leurs études vers Clairvaux. Peu après, il fait condamner par Rome Abélard et son disciple Arnaud de Brescia. Ses tentatives ne sont pas toutes couronnées de succès : découvrant les progrès de l'hérésie manichéenne, il se rend en Languedoc, en 1145 : c'est un échec ; en 1148, il tente en vain d'obtenir la condamnation du théologien Gilbert de La Porrée. Bernard se rallie au projet d'une nouvelle croisade, occasion pour lui de pardon des péchés : il la prêche le 31 mars 1146 à Vézelay. Dans la vallée du Rhin, un moine déchaîne le peuple contre les communautés juives. Bernard se rend sur place et met fin aux massacres : pour lui, le peuple juif est porteur de l'humanité de Jésus. La déroute de la croisade (qu'il n'accompagne pas) l'affecte. Il se retire à Clairvaux et se consacre à l'écriture et à la mise en forme de ses oeuvres. Au printemps 1153, il part, malade, à Metz pour y rétablir la paix. Il meurt dans son abbaye le 20 août 1153, à l'âge de 63 ans. Canonisé en 1174, il sera proclamé docteur de l'Église en 1830.

 

Un Homme d'exception
Cet homme « tout-puissant malgré lui et condamné à gouverner l'Europe » (J. Michelet) est avant tout un moine porteur de farouches exigences. Luther l'en louera. Bernard veut revenir aux sources du monachisme, dans une quête incessante de pureté et de rigueur. D'où la volonté de libérer les couvents de son ordre du monde laïque et de les faire accéder à l'indépendance matérielle. D'où ce dépouillement novateur qui prévaut dans l'art cistercien, comme en témoigne la réussite architecturale des monastères. Bernard est aussi un théologien mystique d'importance. Ses écrits (lettres, parfois en forme de traités, sermons) découlent directement de son activité d'abbé et de pasteur ; en dehors des lettres dont les destinataires sont divers, Bernard écrit pour des moines.

Nourrie de culture biblique, patristique et classique, son oeuvre est parfois déroutante, et exige une lecture attentive. L'importance de l'Écriture se voit particulièrement dans ses sermons, destinés à commenter un texte biblique précis, comme en témoigne le magnifique ensemble des Sermons sur le Cantique des cantiques. Le style de Bernard est puissant et original (il sera d'ailleurs souvent copié), grâce à un mélange de spontanéité, de lyrisme et de réminiscences littéraires. La théologie mystique de Bernard s'applique d'abord au moine. La vie monastique a pour fin l'union à Dieu et l'extase ; et ce, par un parcours progressif passant par deux grandes étapes : la méditation ou considération, dans la recherche graduelle de la vérité (purification, examen de soi, lutte contre les péchés) ; puis la contemplation qui suppose le recueillement, la pureté, la prière et la possession de toutes les vertus. Dans cette quête s'imposent les thèmes de la connaissance de soi, en un véritable « socratisme chrétien » (Etienne Gilson), et de la responsabilité de l'homme dans ses actions. La doctrine de l'image et de la ressemblance est primordiale : Dieu a fait l'homme à son image et à sa ressemblance (Gn 1, 26), mais le péché, même si l'image reste la même, a installé l'homme dans une « région de dissemblance » ; la ressemblance peut toutefois être restaurée partiellement par l'homme — grâce à l'action du Christ — et le sera totalement au paradis. Si l'union de Dieu avec l'homme nécessite un intermédiaire, Jésus, et l'appui de l'Esprit-Saint, elle se fait dans l'amour de Dieu [« La raison d'aimer Dieu, c'est Dieu. La mesure de l'aimer, c'est de l'aimer sans mesure » (De diligendo Deo, I, 1)]. Si la Vierge occupe dans l'oeuvre de Bernard une place restreinte (le saint s'opposera même à l'institution à Lyon d'une fête en l'honneur de sa conception), elle est évoquée avec ferveur, comme en témoignera l'iconographie — notamment par le thème de la lactation.

Les siècles qui ont suivi la mort du saint ont retenu de lui le docteur mystique et le théologien de l'union à Dieu. Les réformateurs du XVIe siècle ont loué le moine rigoureux et ses critiques de la papauté. Au XVIIIe siècle, la veine mystique fut prolongée par une iconographie douceâtre sur le « Docteur melliflue » et le dévot de la Vierge ; d'autre part, les philosophes des Lumières le tinrent pour un fanatique lançant les hommes au massacre sur les routes de la croisade. Le XIXe siècle donna au personnage un aspect encore plus négatif : on retint l'ennemi de la raison, le bourreau d'Abélard. « Que fut donc l'oeuvre de saint Bernard ?
L'opposition d'un homme de génie aux courants qui entraînaient son siècle », écrit sévèrement en 1901 A. Luchaire dans l'Histoire de France de Lavisse. Si des travaux récents insistent encore sur le conservatisme de Bernard (« Patron de causes déjà perdues, écrit Jacques Le Goff en 1964, il a été le grand interprète spirituel de la féodalité »), son action et son oeuvre apparaissent comme de plus en plus complexes et exigent encore toute l'attention des historiens.
Sources : Jean-François Genest — Dictionnaire encyclopédique du Moyen-âge — Editions du Cerf — Paris, 1997.

 

La vie
Templiers.netNé au château de Fontaine, près de Dijon, d'une famille de la noblesse, Bernard devient moine dans l'abbaye cistercienne de Cîteaux en 1113, petit village au sud de Dijon. Il fonde en 1115 l'abbaye de Clairvaux, au nord de Dijon, dans l'Aube, et en est le premier abbé. Sous sa direction, l'abbaye de Clairvaux se développe considérablement et devient l'abbaye la plus éminente de l'ordre cistercien, essaimant elle-même rapidement en cent soixante monastères. La rumeur selon laquelle Bernard accomplirait de nombreux miracles et ses sermons éloquents attirent de nombreux pèlerins. Sa personnalité et sa spiritualité influencent considérablement l'Occident chrétien. Il intervient dans les affaires publiques et conseille les princes, les évêques et les papes. Il aurait rédigé la règle de l'ordre des Templiers et, en 1128, il obtient des responsables ecclésiastiques la reconnaissance officielle de l'ordre. Dans la lutte pour la papauté entre le pape Innocent II et l'antipape Anaclet II, Bernard tranche, au concile d'Étampes en 1131, en faveur d'Innocent II. En 1146, à la demande du pape Eugène III, son disciple, Bernard commence à prêcher pour la deuxième croisade. Son sermon, prononcé à Vézelay, déchaîne l'enthousiasme en France. Il parcourt la Lorraine, les Flandres, la Rhénanie et participe activement à la formation des armées dans le nord de la France, dans les Flandres et en Allemagne. Louis VII, roi de France, est convaincu et se joint à la croisade. L'échec de la croisade est une grande déception pour Bernard. Il meurt à l'abbaye de Clairvaux le 20 août 1153. Il a été canonisé en 1174 et nommé docteur de l'Église en 1830. Sa fête est le 20 août dans l'Église catholique.

 

Oeuvre spirituelle
Bernard a été un opposant résolu des hérésies et de la théologie rationaliste, et notamment de celle du philosophe et théologien français Pierre Abélard, dont il a obtenu la condamnation au concile de Sens en 1140. Il a soutenu des polémiques contre l'ordre de Cluny.

Il a écrit un grand nombre de sermons, de lettres et d'hymnes dont certains sont encore chantés dans les églises catholiques et protestantes. Bernard a écrit sur la vérité, la liberté, la volonté et la grâce. Il a combattu les théologies qui, selon lui, abusaient de la méthode spéculative.

Les degrés de la vérité sont, pour lui, l'humilité, la charité et la contemplation qu'il faut considérer respectivement comme vérité sévère, vérité miséricordieuse et vérité pure. Le premier degré est l'oeuvre du Fils, le deuxième celle de l'Esprit et le troisième est l'oeuvre du Père. Bernard distinguait trois libertés: le libre arbitre (liberté à l'égard de la nécessité) qui est l'image de Dieu en l'homme; la liberté de conseil (liberté à l'égard du péché) et la liberté de bon plaisir (liberté à l'égard de la misère) qui sont en l'homme la ressemblance à Dieu. Il considérait le monde comme énigme et manifestation visible du Dieu invisible. Il voulait que l'homme tende vers la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Parmi ses oeuvres importantes, on trouve De Diligendo Deo (De l'amour de Dieu, en 1126), un appel à aimer Dieu parce qu'il est Dieu, et De Consideratione (Considérations à Eugène III, en 1149).

 

Abbaye de Clairvaux
Templiers.net Clairvaux, monastère cistercien situé près de Bar-sur-Aube (Aube). En 1112, Saint Bernard, avec une vingtaine de compagnons, entra à Cîteaux, monastère créé en 1098 par Robert de Molesme. En 1115, il fonda Clairvaux.

A l'image des premières abbayes cisterciennes, et selon les prescriptions de l'ordre, l'église abbatiale de Clairvaux n'était qu'un modeste édifice dépourvu de tout décor. Mais, devant le succès rapide et l'accroissement des premières communautés cisterciennes, il fallut réédifier les bâtiments, devenus trop petits, dans des matériaux plus durables.

A Clairvaux, après une période d'hésitation, Saint Bernard autorisa l'ouverture d'un vaste chantier. Les bâtiments monastiques et plus particulièrement l'église furent reconstruits en pierre. La nouvelle abbatiale romane, entièrement voûtée, mesurait plus de 100 m de long.

Son édification débuta à partir de 1135. Le choeur et le chevet étaient achevés en 1145, lors de la première dédicace. Mais la nef était encore en chantier en 1158, alors qu'on s'occupait déjà d'agrandir le chevet en style gothique. L'ensemble des travaux était terminé lors de la seconde dédicace en 1174.

 

L'abbaye de Clairvaux
Templiers.net Troisième fille de Cîteaux, fondée le 25 juin 1115 par Bernard de Fontaines, alors âgé de 25 ans, sur des terres appartenant à sa famille et situées au diocèse de Langres, la communauté de Clairvaux connut un essor extrêmement rapide. Au modeste « monasterium » vêtus, dont la chapelle carrée fut conservée jusqu'à la Révolution française, succéda dès 1133-1135, malgré les réticences de saint Bernard, une grande abbaye située quelques centaines de mètres plus à l'est. L'église construite à cette occasion comprenait probablement un chevet plat ; il fut remplacé peu après la mort de saint Bernard (1153) par un vaste choeur à déambulatoire et chapelles rayonnantes.

A cette date, la lignée de Clairvaux était déjà la plus importante de l'ordre cistercien : environ 175 maisons, dont 90 en France et une cinquantaine dans les îles Britanniques, sur un total de 345 à 350. L'essor continua dans la seconde moitié du siècle, surtout à l'étranger. Jusqu'au XIIIe siècle, le recrutement fut largement international (Flandre, Angleterre). Clairvaux fournit d'ailleurs à l'Église des évêques et des cardinaux.

La première communauté avait vécu dans une stricte pauvreté, mais l'abondance des donations, l'exploitation rationnelle des ressources (troupeaux, moulins, forges, bois), enfin une politique délibérée d'achats, et même l'acquisition de serfs, l'entraînèrent dans la voie de la richesse. La crise économique et démographique du XIVe siècle ainsi que les guerres portèrent ensuite un coup sensible à cette prospérité.

Cette politique de prestige et de puissance ne doit pas faire oublier que Clairvaux fut aussi un foyer de vie spirituelle et intellectuelle, comme en témoigne sa bibliothèque, l'une des plus importantes de la Chrétienté. Dès le XIIe siècle, l'abbaye s'était constituée un précieux fonds de textes patristiques (environ 300 volumes), parmi lesquels, fait rarissime pour l'époque, l'intégralité des oeuvres de saint Augustin. Plus tard, sous l'impulsion de l'abbé Etienne de Lexington (1242-1255), Clairvaux joua un rôle décisif dans l'ouverture de l'ordre cistercien à la culture universitaire (fondation du collège Saint-Bernard à Paris en 1245). Le monumental catalogue de la bibliothèque, rédigé en 1472 à l'entrée en fonctions de l'abbé Pierre de Virey, offre un reflet très précis de ces richesses intellectuelles. Aujourd'hui encore, avec plus de 1 400 manuscrits subsistants, conservés pour la plupart à Troyes, le fonds de Clairvaux est le plus abondant de tous les fonds médiévaux français.
Sources : Jean-François Genest — Dictionnaire encyclopédique du Moyen-âge — Editions du Cerf — Paris, 1997.

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