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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

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Le Crac des Chevaliers → Suite

 

Les conditions de l'existence dans les châteaux-forts

Les constructions sans but défensif existant dans les forteresses
Dans le choix de l'emplacement d'une forteresse n'intervenait pas seulement la question stratégique. On cherchait pour les grandes forteresses un lieu dont le voisinage fût fertile et pût fournir des ressources abondantes et variées. Les chroniqueurs et les voyageurs parlent maintes fois des terrains de culture qui environnaient les châteaux et servaient aux garnisons ; ils s'étendent parfois sur la description du territoire avoisinant, sur la beauté du paysage, sur les amples moissons, les riches pâturages où paissaient de nombreux troupeaux, les plantations d'arbres fruitiers et de légumes qui assuraient à la troupe une large subsistance (1). Il fallait aussi qu'il y eût de l'eau en abondance tant à l'intérieur de la place que dans sa proximité immédiate.

A lire les chroniqueurs on croit retrouver les préceptes énumérés au temps de Justinien par l'auteur anonyme du Traité de la Tactique pour le choix de l'emplacement d'une forteresse et ses recommandations pour qu'on s'assure un approvisionnement facile de tout ce qui est indispensable à la vie (2).

Ces règles évidemment s'imposent d'elles-mêmes, mais il ne serait pas surprenant que les ingénieurs des Croisés aient consulté des Traités analogues.

Bâtiments d'exploitation.
Pour vivre commodément dans leurs forteresses et pour supporter éventuellement de longs sièges, les Croisés avaient aménagé dans leurs enceintes tout ce qui était nécessaire aux besoins quotidiens de l'existence.

On voyait de grandes écuries non seulement pour la cavalerie de guerre, mais aussi pour le bétail sur pied qu'on entretenait. Des granges recevaient la moisson, de vastes magasins contenaient d'importantes réserves de vivres, des celliers conservaient l'huile et le vin et des provisions abondantes de grains étaient renfermées dans des silos.

On voyait dans ces châteaux des pressoirs, des fours (3), des moulins de différentes sortes (4) : moulins à vent, à bras et mus par des animaux. Au Crac des Chevaliers un moulin à vent se dressait sur une tour de la première enceinte. Dans le voisinage on voyait des moulins à eau ; un certain nombre étaient destinés à broyer les cannes à sucre dont les Francs faisaient une grande consommation.
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L'approvisionnement de l'eau
Dans ces régions où parfois plusieurs mois consécutifs se passent sans pluie, la question de l'eau fut toujours un grand sujet de préoccupation pour les Francs. Dans les récits de leurs expéditions ils règlent leurs étapes sur les points d'eau qui sont repérés dans leurs itinéraires. Avant eux, dans ce même pays, les Romains et les Byzantins avaient eu le même souci. Dans ses explorations en avion, le R. P. Poidebard a constaté que sur tout le limes romain, depuis Damas jusqu'au Tigre, on trouve un poste muni d'eau (puits ou citerne) environ tous les trente milles, distance convenable pour la résistance à la soif des chameaux et des chevaux.

Outre les puits on rencontre de grands réservoirs maçonnés rectangulaires qui servaient à baigner et à abreuver les troupes et leurs montures et aussi à arroser les plantations. Il semble que de tout temps les habitants de ces régions ont eu le souci de recueillir l'eau dans de vastes bassins pendant la saison des pluies.

On appelle en arabe ces bassins des birké dont on a fait en latin berquilia ou braquilia (5), en français berchile, termes qui se rencontrent souvent dans les documents de l'époque des Croisades.

Les Francs utilisèrent certains de ces réservoirs qui furent établis bien avant eux : ainsi au sud de la Palestine le réservoir de Carmel près duquel campa, en 1173, le roi Amaury (5), en campagne contre Saladin qui menaçait Kérak. Dans leurs forteresses, les Croisés apportèrent le plus grand soin à recueillir les eaux de pluie. Sur les terrasses de leurs tours l'écoulement de l'eau était préparé, des chéneaux, des canalisations de poterie (6) amenaient l'eau dans des citernes. Ces citernes étaient parfois très vastes et voûtées en berceau comme à Subeibe et à Saône ; dans ce dernier château on voit deux citernes voûtées dont l'une a 36 mètres de long et 16 mètres de haut (7). Le donjon, ouvrage destiné à la résistance suprême, était en général pourvu d'une citerne, ainsi les donjons de Giblet et de Safitha. Les tours isolées telles que Toklé, les ouvrages maritimes tels que le château de mer de Sagette et la tour de Maraclée avaient naturellement leur citerne.

Parfois un puits se trouvait à l'intérieur du château. Ainsi, en déblayant le Crac, nous avons retrouvé un puits profond. Il en était de même à Chastel-Pèlerin. Le R. P. Savignac vient de retrouver dans l'enceinte du château de Montréal (Transjordanie) un profond souterrain conduisant par un escalier tournant muni de 365 marches à deux piscines, creusées dans le roc, alimentées par une source abondante (8).

A côté de ces puits, de ces citernes qui fournissaient de l'eau potable à la garnison, se trouvaient les vastes berquils à ciel ouvert qui permettaient aux occupants de se baigner et aussi de baigner et d'abreuver leurs animaux. On voit au Crac des Chevaliers au front sud, entre les deux enceintes, un immense berquil maçonné constamment rempli d'eau ; il a 72 mètres de long sur 8 à 16 mètres de large. Outre son usage normal il constituait un excellent élément de défense pour ce front de la seconde enceinte.

Mais en général, ce berquil se trouve en dehors de la forteresse. Il aurait occupé à l'intérieur trop de place et les Francs cherchaient avec raison à réduire le plus possible la superficie de leur enceinte. Ce réservoir carré ou rectangulaire se trouve parfois contigu aux murailles et au pied d'un ouvrage important ; il récoltait l'eau de pluie tombant sur sa terrasse. C'est ce qu'on voit à Akkar (10), à Beaufort, à Kérak de Moab.

Dans d'autres châteaux le berquil se voit à quelques mètres de l'enceinte : ainsi à Margat et à Subeibe. Au Toron (Tibnin), on voit au pied du château un vaste bassin naturel toujours rempli d'eau.

Certains de ces berquils servaient aussi à irriguer des jardins potagers ; le texte décrivant la construction de Saphet nous l'apprend (11). Dans ses recherches sur les constructions militaires des Romains entre Damas et Palmyre, le R. P. Poidebard a retrouvé, à côté de certains castella, des enceintes de culture, aménagées pour être irriguées pendant la saison des pluies ; l'eau ainsi renfermée était évacuée au moyen de vannes, lorsque la terre saturée pouvait fournir une production intensive ; ainsi en est-il à Qasr el Heir (époque romaine et byzantine) entre Qaryatein et Palmyre (12).

Nous avons retrouvé à l'intérieur de la ville de Kérak de Moab deux enceintes formées de petits murs en contrebas du terrain avoisinant et qui paraissent avoir eu anciennement la même destination ; les indigènes les utilisent encore pour y faire pousser des légumes (13).

Les Croisés construisirent aussi des aqueducs pour amener dans leurs châteaux l'eau d'une éminence voisine. Ainsi on voit à l'extérieur du Crac des Chevaliers un aqueduc qui contribue à alimenter d'eau le grand berquil du sud (PI. XXXIV) ; à Baghras, un aqueduc, haut de 18 mètres, amenait à l'intérieur du château les eaux de la montagne du côté de l'ouest.

Nous citerons un dernier détail curieux sur les approvisionnements d'eau dans les châteaux francs : au château de Saône, un grand fossé que les Croisés ont taillé dans le roc isole la forteresse qui se dresse sur un éperon. Les cavaliers arrivant à proximité du château par ce grand couloir pouvaient y attacher leurs chevaux qui y trouvaient l'ombre et la fraîcheur. Dans la muraille rocheuse sont creusées à la hauteur du poitrail des chevaux des cavités en forme d'auge et on voit descendant le long de la paroi pour aboutir à ces cavités de longues rainures qui devaient y amener l'eau suintant du rocher (14).

Grâce à toutes les précautions prises pour assurer leur subsistance certains châteaux de Terre-Sainte purent supporter un siège fort long. Ainsi Beaufort résista toute une année (15). Kérak et Montréal soutinrent des sièges plus longs encore (16).
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Logements, grand-salle, chapelle, mesures d'hygiènes
Nous avons signalé dans les châteaux des grandes villes du littoral, des appartements somptueux. On ne devait pas en trouver de semblables dans les châteaux de frontière en contact fréquent avec les armées musulmanes et pour la plupart occupés par des Ordres religieux qui menaient une vie grave et recueillie. Mais l'appartement du châtelain pouvait cependant être orné avec une certaine recherche : ainsi au Crac des Chevaliers, dans la tour au haut de laquelle devait flotter l'étendard de l'Hôpital, se trouve le « Logis du Maître » avec son entrée particulière. On y voit une salle ronde ornée d'élégantes sculptures ; une grande baie en arc brisé, percée dans une joue de la tour et encadrée d'une frise de petites fleurs éclaire largement cette pièce (PI. XCVI). A Margat on voit aussi une belle salle ornée de chapiteaux de marbre finement sculptés ; de sa fenêtre qui ouvre sur la mer on jouit d'une vue incomparable.

Dans d'autres parties de ces châteaux, surtout aux tympans des fenêtres et des portes, des fleurons, des rinceaux de feuillage viennent égayer l'austérité de cette sévère architecture guerrière.

Mesures d'hygiène. Certaines précautions d'hygiène et de propreté étaient prises dans ces châteaux ; le logis du Crac dont nous venons de parler avait ses privés, et nous avons retrouvé, dans un endroit retiré à l'extrémité d'une salle basse, douze latrines destinées à la garnison ; un égout passait sous ces latrines. Grand'Salle. Nous avons déjà signalé la Grand'Salle de la Maison de l'Hôpital à Saint-Jean d'Acre. Comme nos châteaux féodaux, comme Coucy avec sa salle des Preux et sa salle des Preuses, comme Pierrefonds, Montargis, Castelnau-de-Bretenoux, les Châteaux de Terre-Sainte avaient leur Grand'Salle, lieu destiné aux fêtes, aux banquets, parfois aux conseils de guerre.

La Grand'Salle du château des Templiers à Tortose (XIIIe siècle) avait une ampleur magnifique. Elle était divisée en deux nefs par une épine de colonnes et se composait de six travées voûtées d'ogives ; appuyée au nord contre le rempart de la deuxième enceinte, elle était éclairée au sud par deux rangées de fenêtres. Elle mesurait 44 mètres de long sur 15 de large (17).

La Grand'Salle du Crac des Chevaliers (vers 1260), moins considérable, est intacte (PL CXB et C et CXI). Elle a les dispositions d'une salle capitulaire d'un monastère cistercien avec ses portes et ses baies ouvrant largement sur une galerie.

Cette galerie, où les chevaliers se tenaient à l'abri du soleil pendant les heures chaudes de la journée, ouvrait de l'autre côté sur la cour du château par des portes et des baies analogues à celles des galeries de nos cloîtres ; ces baies étaient ornées d'un élégant fenestrage de pierre finement sculptée (PL L et LIV).

On trouve aussi des vestiges d'une Grand'Salle voûtée d'ogives à Margat (Hospitaliers), à Chastel-Blanc (Templiers), à Chastel-Pèlerin (Templiers). De la salle de Chastel-Pèlerin il ne reste qu'un pan de mur avec des nervures d'ogives reposant sur des consoles ornées de têtes colossales (18) rappelant les belles figures de la cathédrale et de

Chapelle. Les châteaux conservés par les barons n'avaient que des chapelles de petite dimension. A Saône, on trouve dans la basse-cour une toute petite chapelle byzantine (20); il ne semble pas que les seigneurs de Saône en aient construit d'autre. La chapelle de Kérak de Moab est en partie conservée. M. de Saulcy avait signalé au milieu du siècle dernier qu'elle avait dû être couverte de fresques dont il avâit retrouvé des vestiges (21). Nous en avons vu la trace très effacée.

Il reste peu de chose de la chapelle du château des comtes de Tripoli (22) : le château de Subeibe semble aussi avoir eu une chapelle.

Les chapelles des châteaux des Templiers et des Hospitaliers étaient plus importantes ; trois d'entre elles sont parfaitement conservées. Ce sont celles du Crac des Chevaliers (23), de Margat (24), et de Chastel-Blanc (Safitha) (25), toutes trois de style roman et construites, les deux premières, à la fin du XIIe siècle, la troisième à la même époque ou peut-être dans les premières années du XIIIe siècle. Cette dernière est particulièrement intéressante : c'est une église fortifiée qui constitue la salle basse du donjon rectangulaire de Chastel-Blanc. Cette salle basse est éclairée par des archères. Au-dessous, s'ouvre une citerne creusée dans le roc. La salle haute est partagée en deux nefs par une épine de piliers et défendue par douze archères. La terrasse supérieure est crénelée. Ce type d'église-donjon se retrouve dans le Midi de la France à la même époque (26).

Le château des Templiers à Tortose avait aussi sa chapelle (27). Chastel-Pèlerin qui appartenait au même Ordre avait une fort belle église de plan décagone dont malheureusement il ne reste plus que les fondations (28).

Ces chapelles des Ordres militaires pouvaient être peintes, comme l'église construite par les Hospitaliers près de Jérusalem à Qariet el Enab (aujourd'hui Abou Gosh). Ces peintures du XIIe siècle de style byzantin avec inscriptions latines dont il reste encore des vestiges importants, couvraient les trois absides et une partie du reste de l'église (29).

Mais, en général, les chapelles des forteresses devaient être ornées d'une décoration essentiellement militaire : c'est saint Bernard qui nous l'apprend en décrivant l'église des Templiers à Jérusalem (30). On sait comment le fondateur de Citeaux s'élevait contre le luxe exagéré et inutile de certaines églises monastiques de France ; aussi prend-il comme exemple les églises des Templiers dont il vante l'ornementation sobre, uniquement obtenue à l'aide de lances, d'écus, et de harnais de guerre. Lorsque Joinville vint chercher au Crac des Chevaliers l'écu de son oncle Geoffroy de Joinville mort dans ce château vers 1203, c'est évidemment dans la chapelle qu'était suspendue cette arme du glorieux Croisé (31).

Il faut donc nous représenter ces églises des Croisés avec leurs murs couverts d'étendards, de panoplies et de trophées de victoires.
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Les prisons
Les Francs comme les Musulmans devaient avoir constamment des captifs dans leurs forteresses ; ils les gardaient longtemps pour tirer de fortes rançons des seigneurs prisonniers. Ils devaient employer les autres comme manœuvres. Les traitements que subissaient ces prisonniers devaient varier beaucoup selon le rang social qu'ils occupaient. Certains princes francs gardèrent un excellent souvenir de leur captivité ; ils restaient après leur libération en relations amicales avec les émirs qui les avaient retenus prisonniers. Saladin captif dans sa jeunesse à Kérak faisait jouer la petite princesse franque d'Outre-Jourdain et l'ayant retrouvée longtemps après, il lui témoigna les plus grands égards.

Les prisons se trouvaient parfois dans des salles souterraines et obscures et donnant sur un fossé extérieur. Telle était la prison de Saône (32) où l'on accède par une anfractuosité percée dans la muraille rocheuse du fossé à 6 mètres environ du fond de ce fossé.

Ousama signale aussi une prison souterraine dans un château franc de Palestine à Beit Djibrin (le Bethgibelin des Croisés) (33). Enfin Wilbrand d'Oldenbourg parle des prisonniers qu'il vit dans les fossés du château de Barut (34).
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Les communications entre forteresses : Signaux à feu ; Pigeons voyageurs.
La plupart des châteaux se trouvaient sur des points culminants d'où l'on embrassait un vaste horizon. Du Crac des Chevaliers on aperçoit Chastel-Blanc et la montagne où se dresse Akkar apparaît dans le lointain. De Subeibe on voit la crête où s'élève Beaufort.

De grands feux allumés la nuit au sommet d'une tour pouvaient permettre de faire des signaux à grande distance. C'est ainsi qu'en 1183 la forteresse de Kérak, qui se trouve par delà la Mer Morte à 80 kilomètres à vol d'oiseau de Jérusalem, put avertir qu'elle était assiégée et fut avisée par un feu allumé à la citadelle de la Ville-Sainte en haut de la Tour de David que le roi lui envoyait une armée de secours (35).

Les Arabes faisaient de même : quand, en 1164, Nour ed-din eut enlevé Harrenc aux Francs, il fit allumer deux signaux à feu qui brûlaient toute la nuit pour guider les prisonniers musulmans évadés des territoires des Francs (36).

Les armées franques empruntèrent aux armées arabes l'emploi des pigeons voyageurs pour envoyer des messages à une place investie. Wilbrand. d'Oldenbourg (37) rapporte qu'en 1109 Tripoli étant investie par les Francs, les assiégés avaient demandé le secours du sultan ; celui-ci ayant équipé une grande armée leur envoya un pigeon porteur d'une lettre les engageant à tenir bon. Les Francs s'en emparèrent et remplacèrent cette lettre par une autre, soi-disant du sultan, qui ne leur laissait pas d'espoir. Les Musulmans ouvrirent alors leurs portes. A la prise d'Edesse, en 1144, l'avant-garde de Zengui s'étant rendu compte que la ville offrait peu de résistance, lui envoya des pigeons pour presser son arrivée (38). Ibn al Athir (39) nous apprend qu'en 1171 Nour ed-din installa dans toutes ses villes entre Damas et le Caire des postes aux pigeons pour être renseigné rapidement sur les mouvements des troupes franques. En 1190, les Musulmans assiégés dans Acre par les armées chrétiennes communiquaient avec leurs compatriotes par des pigeons (40). Dans cette même ville reprise par les Croisés se trouvait un édifice appelé le « Colombier de l'Hôpital » où il est bien vraisemblable que les Hospitaliers faisaient élever des pigeons voyageurs.

Pendant que Beibars assiégeait, en 1271, le château de Montfort, il tua d'une flèche un pigeon qui portait une lettre envoyée par un espion franc aux assiégés (41).
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Conclusion du chapitre V
Nous avons essayé d'exposer les conditions de la vie des Francs dans leurs châteaux et ce qui avait motivé leur construction, tout le soin apporté à leur entretien.

Un récit particulièrement vivant nous présente tout cela avec la précision que peut donner un chroniqueur contemporain, témoin des faits qu'il rapporte. Il nous fait assister au choix de l'emplacement d'un château, à l'élaboration du projet de sa construction, à sa réalisation ; il nous montre toute l'activité qui gravitait autour d'une de ces vastes forteresses des Croisés. Nul texte ne nous fait mieux comprendre l'importance que pouvait avoir un château-fort pour assurer la sécurité de la grande colonie franque de Terre-Sainte.

C'est le récit de la reconstruction sur un sommet de la Galilée du château de Saphet (42), entreprise réalisée sur les instances d'un pèlerin du XIIIe siècle, Benoit d'Alignan, évêque de Marseille (43). Ce château avait été construit par le roi Foulques d'Anjou entre 1138 et 1140 et détruit par les Musulmans en 1220.

Nous sommes en 1240. Benoît d'Alignan arrivé en Terre-Sainte s'était rendu compte de l'extrême importance de reconstruire le château de Saphet « pour fermer les portes de Damas. » L'entreprise était très coûteuse, mais l'évêque de Marseille ne se découragea pas. Il alla trouver à Saint-Jean d'Acre le grand-maître du Temple, Armand de Périgord, et lui déclara qu'il fallait à tout prix entreprendre de construire un nouveau château à Saphet, qu'il avait parcouru la région lui-même, et que les craintes éprouvées par les Musulmans qui avaient eu vent de ce projet étaient significatives. Le grand-maître, malade, répondit qu'il n'avait pas d'argent. « Restez dans votre lit, lui dit alors Benoît d'Alignan, mais dites à vos frères que vous désirez que la construction soit faite, et j'ai la certitude que vous agirez plus de votre lit que toute une armée. »
Le grand-maître réunit alors le Conseil, et l'évêque plaida sa cause et termina par ces paroles : « Je n'ai pas d'argent à vous offrir pour cette œuvre, mais je vous offre ma personne. Je prêcherai aux pèlerins et je les entraînerai avec moi à la construction du château. »
Le grand-maître lui dit alors en riant : « Vous avez dans le cœur assez de ressources pour réussir cette entreprise. »
A quoi Benoît d'Alignan répondit : « Ayez-en autant dans le vôtre et que Dieu soit avec vous. »

L'opération décidée, ce fut une grande joie dans la Maison du Temple, dans la ville d'Acre et parmi les populations de Terre-Sainte. Et aussitôt une troupe de chevaliers, de sergents et d'archers fut levée pour protéger les travailleurs, de nombreuses bêtes de somme furent amenées pour transporter les armes, les outils, les matériaux et les vivres ; l'on réunit l'argent nécessaire aux travaux et les greniers et les celliers s'ouvrirent pour fournir les vivres destinés à ceux qui participeraient à cette grande entreprise.

Lorsque les ouvriers se trouvèrent à pied d'œuvre, l'évêque fit solennellement la cérémonie de la pose de la première pierre et sur cette pierre il plaça une coupe d'argent dorée pleine de pièces de monnaie destinées aux frais de la construction. Cette cérémonie eut lieu le 11 décembre 1240.

Vingt ans après, Benoît d'Alignan, qui était retourné à Marseille, revint en Terre-Sainte et se rendit à Saphet. Et il contempla avec admiration la magnifique forteresse qu'avaient élevée les Templiers. Ce château se dresse entre Acre et Damas, au milieu de la Galilée, sur un sommet environné de collines et bordé de pentes abruptes qui le rendent à peu près inexpugnable. Du côté de Damas, il a pour ainsi dire pour fossé le Jourdain et le lac de Tibériade.

A côté de ces défenses naturelles, il y en a d'autres dues au génie des hommes. Les fossés qui environnent la forteresse ont sept cannes (44) de profondeur et six cannes de large. Les murs ont vingt cannes de haut (45), dix de large (46) et trois cent soixante-quinze cannes de tour (46). Elle est pourvue d'ouvrages avancés et de souterrains voûtés où les servants à l'abri peuvent manœuvrer de grandes balistes.

Ses tours crénelées sont au nombre de sept ; elles ont douze cannes de haut, dix de large et deux cannes d'épaisseur à leur sommet.

L'ouvrage est puissamment défendu par de nombreuses machines de guerre de types différents et par une importante garnison ; il est largement approvisionné de tout ce qui est nécessaire à une place de guerre.

Les frais de la construction furent considérables : si l'on veut relever les dépenses que fit à ce sujet l'Ordre du Temple on constate que pour le début de l'entreprise, il consacra à l'œuvre, dans le cours de deux ans et demi, onze cent mille besans sarrazinois (47), sans compter les propres revenus du château et les offrandes qui furent faites ; chacune des années suivantes le Temple dépensa environ quarante mille besans sarrazinois. Dans les frais de chaque jour, il faut compter la nourriture de plus de 1.700 personnes, et de 2.200 en temps de guerre. Pour la garde normale du château, il est nécessaire d'avoir cinquante chevaliers, trente frères servants et cinquante Turcoples avec leurs chevaux et leurs armes, trois cents servants de balistes, huit cent vingt hommes pour les travaux d'entretien de la forteresse et autres offices, et quatre cents esclaves.

Le climat de la contrée où se trouve Saphet est salubre et la température y est clémente. La terre y est d'une grande fertilité, le château est entouré de champs de vignes, de vergers remplis de figuiers, de grenadiers, d'amandiers et d'oliviers. Dieu a donné à ce lieu sa bénédiction en lui apportant la rosée du ciel et la fécondité du sol, le froment, le vin, l'huile, les légumes et les fruits en abondance. On y recueille le lait et le miel, et de beaux pâturages permettent d'engraisser d'importants troupeaux. Des forêts, des arbres nombreux procurent le bois suffisant pour alimenter les fours à chaux et pour faire la cuisine ; d'excellentes carrières toutes voisines sont fort utiles aux travaux de construction, des ruisseaux coulent alentour et de grands bassins ont été créés pour baigner les animaux et irriguer les plantations ; ces bassins se voient non seulement hors du château, mais aussi à l'intérieur même de son enceinte.

Il s'y trouve des sources et plusieurs vastes citernes. Hors du château sont installés douze moulins à eau, et à l'intérieur il y a plusieurs moulins à vent et d'autres mus par des animaux. On y compte aussi plusieurs fours.

Un des plus grands avantages du château de Saphet vient de ce qu'un petit nombre d'hommes suffit pour le défendre, qu'il peut abriter une grande multitude à l'intérieur de ses remparts, et qu'il faut un nombre considérable de troupes pour l'assiéger.

Tout le territoire musulman entre le Jourdain et Damas est aujourd'hui abandonné et inculte par suite de la crainte qu'inspire aux Sarrasins le voisinage de cette forteresse.

Sous le château qui la protège une grande ville s'est installée avec un marché et plus de 260 casaux sont exploités dans les environs et dix mille hommes y travaillent paisiblement.

Grâce à Saphet les chemins de la Galilée ne sont plus attaqués et les pèlerins peuvent sans danger visiter les Lieux-Saints tels que Capharnaüm, Bethsaïde, Magdala, Nazareth, le Mont-Thabor et Cana de Galilée.

Ainsi ce texte résume admirablement toutes les raisons qui ont décidé les Francs à élever ces grandes forteresses. Les chevaliers sont là qui défendent l'entrée du territoire ; dans la plaine, protégés par le puissant château fort, les paysans et les pasteurs peuvent, à loisir, cultiver leurs champs et faire paître leurs troupeaux. Enfin le but initial des Croisades est ici réalisé : les Lieux-Saints se trouvent protégés et les routes de pèlerinages sont sûres.

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Sources : Paul Deschamps
Les Château Croisés en Terre Sainte - Le Crac des Chevaliers. Librairie Orientaliste Paul Geuthner Paris 1934
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Notes — conditions de l'existence dans les châteaux-forts
1. Wilbrand d'Oldenbourg, décrivant Margat, signale que les champs échelonnés sur les pentes de l'éminence qu'il domine fournissaient à eux seuls chaque année cinq cents chariots de gerbes (J.-C.-M. Laurent, Peregrinatores...., p. 170).

2. Traité de la Tactique, éditions Köchly et Rüstow, Griechische-Kriegsschiftsteller, t. II, 2 Abt., Leipzig, 1865. Voyez Ch. Diehl, l'Afrique byzantine, 1896, p. 148.

3. Nous avons retrouvé un grand four au Crac des Chevaliers, un four également à Kérak de Moab et deux à Margat. (Sur le four du Crac, voyez plus loin).

4. Dans une salle de Saône nous avons retrouvé plusieurs meules de moulins.

5. Voyez Clermont-Gamneau, Les Berquilia des Croisés et la Birké arabe dans Etudes d'archéologie orientale, tome II (Biblotèque de l'Ecoles des Hautes-Etudes, fascicule 113, 1897, pages 111-118) ; et Les Berquils ou réservoirs des Croisés, dans Recueil d'archéologie orientale, tome III (1885), pages 141-142.
— Paul Deschamps, L'architecture militaire des Croisés en Syrie. L'approvisionnement de l'eau, dans Revue de l'art, tome LXII, décembre 1932, page 163 et suivantes. Phots.

6. Guillaume de Tyr, I. XX, c. 28... « Hunc ergo locum [Carmelum] sibi prudenter delegit, propter aquarum commoditatem : erat enim ibi vetus et ingentis magnitudinis piscina quae ad usum universi exercitus aquarum ministrabat copias. »
— Voyez F.-M. Abel, Une croisière autour de la Mer Morte, page 102 et figure 25, Photo.

7. Ces canalisations de poterie se voient encore au Crac des Chevaliers où l'on compte neuf citernes.

8. Photos dans R. Dussaud, P. Deschamps, H. Seyrig, ouvrage cité, planche 126 ; et Gazette des Beaux-Arts, article cité, décembre 1930, page 354, figure 21.

9. Revue biblique, 1932, Ier octobre, p. 597.

10. R Dussaud, P. Deschamps, H. Seyrig, ouvrage cité, planche 147. La tour principale d'Akkar est assise sur le rocher où l'on voit une rainure qui contenait les tuyaux de poterie amenant l'eau dans le berquil.

11. « Magna braquilia ad aquanda animalia et ad plantaria irriganda non solum extra castrum, sed etiam infra. »

12. R. P. Poidebard, La trace de Rome dans le désert de Syrie. Le Limes de Trajan à la conquête arabe. - Paris, Geuthner, 1934, page 187 et suivantes

13. Revue de l'Arts, article cité, photos page 170.

14. Gazette des Beaux-Arts, article cité, décembre 1930, photos page 361.

15. Röhricht, G. K. J., p. 485-487.

16. L'estoire de Eracles, XXIII, c. 54 ; XXIV, c. 2 ; Historiens occidentaux des Croisades, II, p. 81 et 104.
— Voyez Röhricht, G. K. J., p. 483.

17. Enlart, Les Monuments des Croisés..., II, p. 427 à 430 et Album, planches 175-183, relevé de R. Jusserand.

18. Enlart, II, p. 96 et Album, planches 27 et 29.

19. Figure dans Louise Pillion, Les sculpteurs français du XIIIe siècle, Paris, Plon, 1911, planche XXIV.

20. Gazette des Beaux-Arts, article cité, décembre 1930, photo page 329.

21. Enlart, II, pp. 314-315.

22. Ibid., p. 432.

23. Ibid., p. 97 et suiv.

24. Ibid., pp. 442-443.
— R. Dussaud, P. Deschamps, H. Seyrig, La Syrie antique et médiévale illustrations, Plan 154 (portail de la Chapelle).

25. Ibidem, pages 90-93.

26. Enlart, ibidem, p. 92-93 et Raymond Rey, Les vieilles églises fortifiées du Midi de la France, 1926, page 105-110 et 166, et pl. VI à VIII.

27. Ibidem, p. 427.

28. Ibidem, pages 93-96.

29. Enlart, II, 323-324.

30. « Est vero Templum Jerosolymis, in qua pariter habitant [Milites Christi] antiquo et famosissimo illi Salomonis impar quidem structura, sed non inferius gloria... Ornatur tamen hujus quoque facies Templi, sed armis, non gemmis ; et pro antiquis coronis aureis, circum pendentibus clypeis paries operitur, pro candelabris, thuribulis atque urceolis domus undique frenis, sellis ac lanceis communitur... » S. Bernard : De laude novae militiae ad milites Tentpli... c. v, éditions 1690, tome I, col. 548 (voyez aussi éditions Gaume, t. II (1839), col. 1261 ; Migne, Patrol. lat., t. CLXXXII, col. 927).
— Victor Mortet et Paul Deschamps, Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture..., XIIe et XIIIe siècles, tome II, 1929, n° XI, p. 42.
— Sur le traité De Laude novae militiae, voyez l'abbé Vacandard, Vie de St-Bernard, t. I, 1895, chapitre VIII : Bernard et les Templiers, page 245 et suivantes.
— Citons aussi ce passage du chroniqueur Mathieu de Paris relatant un banquet qui eut lieu au Temple de Paris en 1254, offert par Henri III, roi d'Angleterre : « Epulabantur autem in majori regia Templi ubi videlicet pendent clipei quotquot possunt circumquaque in quatuor parietibus, secundum consuetudinem ultramarinam, inter quos apparuit clipeus Ricardi regis Anglie. » (Mathieu de Paris, Chronica majora, éditions Luard, V, p. 480.) Il ne s'agit pas ici, il est vrai, de l'église, mais sans doute d'une grand'salle du Palais du Temple.

31. Voyez plus loin, chapitre premier, page 125 et 139.

32. Cf. Paul Deschamps, le Château de Saône, dans Gazette des Beaux-Arts, décembre 1930, Pages 363-364.

33. H. Derenbourg, Anthologie de textes arabes inédits, par Ousama et sur Ousama (1893).
G. Schlumberger, Récits de Byzance et des Croisades, 2e série, 1922, p. 115.

34. Wilbrand d'Oldenbourg, édit. J. C. M. Laurent, Leipzig, 1864, p. 166 : « Ex ima enim parte munitur mari et alte rupis precipicio, ex alia autem parte ambitur quadam fossa murata et adeo profunda, ut in ea plures captivos tanquam in alto carcere videremus detrusos. »

35. Ernoul, éditions Mas-Latrie (Paris, 1871), chapitre IX, pages 104-105 [a. 1183, fin novembre]. « .....Encore... li princes Renaut... faisoit il cascune nuit faire fu desour une des tours du castiel, pour che que on le conneutst en Jherusalem, et pour haster le secours... Et ore est coustume en le tierre d'Outremer que quant il sevent que Sarrasins doivent entrer en le tiere d'aucune part, cil qui premiers le set, si fait fu. Et quant li autre viles le voient, si fait cascuns fu ; dont voit on les fus par toute la tiere ; dont sevent il bien que Sarrasins doivent entrer en le tiere, si se garnist cascuns. Quiant li rois de Jherusalem oï le mesage qui fu venus del Crac, si manda par toute le tiere as barons et as chevaliers et as serjans qu'il venissent à lui... Le nuit devant che il venissent en Jherusalem pour aler secourre le Crac, fist li roi faire grant fu sour le tour Davi, pour che que il le veissent au Crac et sevissent qu'il avoient secours. »

36. Van Berchem, Voyage, p. 234 et n. 1.

37. Edit. J.-C.-M. Laurent, p. 168.

38. J.-B. Chabot, Un épisode de l'histoire des Croisades, dans Mélanges offerts à M. G. Schlumberger, I, 1924, p. 172.

39. Historiens orientaux des Croisades, II, 289.
Schlumberger, Campagnes du roi Amaury 1er, P. 305-306.

40. Abû-Chamah, Le livre des deux jardins, Historiens orientaux des Croisades, IV, 441.

41. Ibn Furat, dans Michaud, Bibliothèque des Croisades, t. IV, par Reinaud, p. 527. Cf. Röhricht, G. K. J., p. 959.
— Voir aussi Röhricht, Etudes sur les derniers temps du royaume de Jérusalem, dans Archives de l'Orient latin, tome II (1884), page 401.
La Chanson de Jérusalem, œuvre de la fin du XIIe siècle (Bibliotèque Nationale, ms. fr. 12.558, f° 152 verso et 153), contient un curieux passage au sujet des pigeons voyageurs :
Lors du siège de Jérusalem par les Crioisés en 1099, le « roi Cornumarant », chef des Musulmans assiégés, emploie sur les conseils de son oncle Lucabel des pigeons pour communiquer avec les Musulmans de Damas :
« Faites faire vos briés et vos cartres escrire
Bien avons .C. colons tos afaitiés a tire
Les briés lor penderons as cols as fils de sire
Si mandons a Damas c'on nos amaint l'empire
A Sur a Tabarie...
Cascuns de nos colons ait la teste plumee
çou est senefiance la vile est apressee
A cascun colon soit li cartre al col noee
Et par devant la gorge en la plume botee
Que François n'esperçoivent la pute gent dervee
Pus les lairons voler tos d'une randonnée
Cascuns ira tel liu et fera arestee
Par coi ceste parole sera avant contee
Et, si sort ens escrit se la carte est trovee
C'on reface autre faire en plume envelopee
Li colons le raport en vol de randonee... »

Les chevaliers regardent les pigeons s'envoler, et un Turc qu'ils ont converti, Garsiiens, leur dit :
« Garsiiens s'escria, franc chevalier vallant
Ce sont la li mesage a la gent mescreant.
Cascuns de ces coulons a brief au col pendant. »

Les chevaliers Croisés les tuent tous, sauf trois que Godefroy et Robert de Flandre atteignent à l'aide de leurs faucons.

Ce texte intéressant nous a été signalé par Mme Pierre Verlet, Archiviste-Paléographe; nous l'en remercions vivement.
Voyez aussi sur l'emploi des pigeons par les Musulmans, Anouar Hatem, Les Poèmes épiques des Croisades, Paris, Geuthner, 1932, p. 264 et p. 359-360.

42. Bibliotheque Nationale, ms. lat. 5510, fol. 93 à 98 v°. (Ms. du XIVe siècle). [Benedicti, episc. Massiliensis] De constructions castri Saphet, publications par Baluze, Miscellanea, t. VI, Paris, 1713, 8°, pp. 360-367 ; et Lucques 1761, in-fol., t. I, p. 228. Publié en partie par Victor Mortet et Paul Deschamps, Recueil de textes relatifs à l'Histoire de l'architecture... XIIe-XIIIe siècles, tome II, Paris, A. Picard, 1929, n° CXXIV, p. 261-264. Cette relation est attribuée avec beaucoup de vraisemblance à Benoît d'Alignan lui-même qui a pu écrire sous une forme impersonnelle les souvenirs de ses voyages en Terre-Sainte.
Cf. Hist. litt. de la France, t. XXI, 1838, p. 84-91.
— Sur Saphet, voir Guérin, Description... de la Palestine, 3e partie, Galilée, t. II, Paris 1880, p. 419-426.

43. Benoît d'Alignan fut évêque de Marseille de 1229 à 1267.

44. La canne est une mesure de longueur équivalant à la toise ; c'est une mesure provençale équivalant à près de 2 mètres (1 m. 956).

45. Ceci ferait près de 40 mètres. Il doit y avoir là une erreur de copiste, car nous voyons plus loin que les tours, qui sont toujours plus hautes que les murailles, n'avaient que 24 mètres environ de hauteur.

45. Il ne s'agit pas là, bien entendu, de l'épaisseur des murailles. On peut supposer que le chroniqueur a interverti les chiffres : il faudrait donc lire dix cannes de haut, et vingt de large, c'est-à-dire l'étendue d'une courtine entre deux tours.

46. Ceci représente une superficie d'environ 4 hectares, sensiblement supérieure à celle du Crac des Chevaliers.

47. Les besans dits « Sarrazinois », frappés par l'atelier monétaire d'Acre, représentaient une valeur intrinsèque de 8 francs 50 à 8 francs 80 ; la dépense indiquée ici aurait donc atteint environ 9 millions et demi de francs (au cours de 1930).

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