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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

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Paul Deschamps, Royaume de Jérusalem → Suite

 

Chapitre VII
La défense de Saïda, La Cave de Tyron, Belhacem, Le château de Terre à Saïda, Le château de Mer à Saïda

— La défense de Saïda
— La Cave de Tyron
— Le fort de Belhacem
— Le château de Terre à Saïda
— Le château de Mer à Saïda
Conclusion

— Saïda, Sidon le château de la Mer, par Jean Mesqui.

La défense de Saïda - LA CAVE DE TYRON

Carte des environs de La Cave de Tyron
Fig. 21 - Carte dressée par Paul Deschamps - Carte des environs de La Cave de Tyron

La Cave de Tyron
La Cave de Tyron - Sources: Maxime Goepp

Parmi les ouvrages militaires, nombreux et variés, construits par les Croisés aux pays du Levant, il en est quelques-uns d'un type très particulier : ce sont les grottes-forteresses. Face aux Chrétiens les Musulmans en avaient aussi, et l'occupation de ces postes donna lieu à bien des combats.

J'ai étudié plus haut la grotte-forteresse d'el Habis Djaldak qui, creusée dans le mur vertical d'une falaise, domine le Yarmouk au sud-est du Lac de Tibériade.
Pour l'établissement de ces postes, les Croisés choisissaient toujours des positions élevées, d'où l'on découvrait un vaste horizon, placées à la frontière, ou encore dans le territoire, sans limites précises, qui séparait les domaines chrétiens des domaines musulmans.
Ces grottes étaient à peu près inaccessibles, percées au flanc d'une montagne formant une muraille verticale. On ne les atteignait que par un sentier étroit longeant cette muraille au-dessus du précipice et où les hommes ne pouvaient passer qu'un à un.
C'étaient avant tout des postes d'observation dont les sentinelles pouvaient aviser les populations de l'intérieur de l'approche de l'ennemi encore fort éloigné ; et la garnison sortant à l'improviste pouvait prendre à revers cet ennemi, ou encore opérer des reconnaissances ou des razzias sur le territoire de l'adversaire. Ces postes étaient faciles à défendre, puisqu'un seul homme suffisait à en interdire l'accès, et pour investir un fort de ce genre, il fallait une troupe nombreuse qui ne pouvait le surveiller que de loin, du fond de la vallée et du sommet de la montagne.

Ces grottes, composées de plusieurs étages avec plusieurs chambres, étaient vastes. Elles étaient alimentées d'eau par une source et étaient munies de citernes. De grands silos renfermaient d'abondantes provisions de vivres.
L'aménagement de ces singulières forteresses ne coûtait presque rien, puisqu'elles ne comportaient pas de véritables constructions. Il ne s'agissait guère que d'installations intérieures.

Tout, à fait semblable à la grotte-forteresse d'el Habis, la Cave de Tyron située au flanc du Djebel Niha, dans la chaîne du Liban, défendait l'entrée de la baronnie de Sagette, c'est-à-dire Saïda. Je suis parvenu à en fixer exactement la position.

M. Rey l'avait indiquée dans son ouvrage sur les Colonies franques en Syrie (1) : « La Cave de Tyron paraît devoir être identifiée avec le Qal'al en Niha, que les habitants des environs désignent encore de nos jours sous le nom de Tyrûn en Niha. »

Si les chroniqueurs occidentaux appellent cette grotte-forteresse CAVEA DE TYRUM, la CAVE DE TYRON, les chroniqueurs musulmans la désignent sous le nom de SHAQIF TIRUN.
Or, les informations que j'avais recueillies lors de mon voyage en 1936 ne me fournissaient que le nom de grotte de Niha dans le Djebel Niha.
Bien qu'il y eût toutes raisons de croire que cette grotte était bien celle qu'avaient occupée les Croisés, il fallait tenter de savoir si le nom de Tirûn était encore connu, et en outre explorer la grotte.
C'est le Commandant Bigeard, commandant le premier Bataillon de Chasseurs du Liban, à Merdjayoun, dans le Liban-Sud, qui voulut bien s'en charger après mon retour en France.
Il se munit pour cette escalade difficile de plusieurs guides, d'échelles et de cordes, et obtint d'un habitant du voisinage la confirmation que je cherchais : ce Libanais désigna la grotte sous le nom de Tirûn Niha.
Il s'agissait donc bien du Shaqif Tirûn des Musulmans, de la Cave de Tyron des Croisés.
La position choisie pour ce poste, l'analogie de cette installation avec la grotte des Croisés d'el Habis ne permettaient plus aucun doute.

Comme l'a dit M. Dussaud dans sa Topographie de la Syrie (2), la voie de pénétration qui mettait le plus rapidement en relation Saïda avec Damas allait droit vers l'est à Djezzin, aujourd'hui localité de 3.000 habitants, et qui au temps des Croisades était le casal de Gezin et l'un des principaux fiefs de la baronnie de Sagette.

Au-delà de Djezzin, la route s'inclinait vers le sud, contournait les deux sommets à l'est de Taoumat, qu'on appelait les « Fourches de Sagette », puis remontait vers Meshghara et gagnait ensuite la vallée de la Béqa.
De Djezzin une autre route, perpendiculaire à celle-ci monte vers le nord, longe le flanc occidental du Djebel Niha, élément du Liban, se dirige vers Beit-ed-din, et de là, gagne la grande route de Baalbeck à Beyrouth. Cette route au nord de Djezzin, qui ouvrait l'accès de tout le territoire chrétien entre Saïda et Beyrouth devait être soigneusement surveillée.
La Cave de Tyron jouait ce rôle.

A 7 kilomètres au nord de Djezzin, creusée dans le mur vertical de la montagne à 1100 mètres d'altitude, à 300 mètres au-dessus de la route, elle permettait d'avertir les garnisons du littoral de l'arrivée de tout ennemi qui eût voulu passer par le casal de Gezin, évidemment solidement fortifié, et aussi d'attaquer une troupe qui eût voulu suivre la route passant au-dessous d'elle.
Enfin elle dominait le confluent du Nahr el Barouk et de l'Ouadi Djezzin qui, en se réunissant, forment le Nahr el Aouali, lequel va se jeter dans la Méditerranée à 4 kilomètres au nord de Saïda.
Il faut remarquer que la grotte de Tyron était tournée vers l'intérieur du pays chrétien.

Il est donc possible que ce poste de guet ne fut pas occupé de façon permanente, mais seulement en cas d'hostilités et qu'on envoyait des combattants s'y installer lors de la rupture d'une trêve.

Avant de décrire les aménagements de la Cave de Tyron, j'indiquerai les événements historiques la concernant dont le souvenir nous a été conservé.

Les Francs ne la possédèrent qu'assez tard, puisqu'en 1133 elle était occupée par un sheikh druse ou nosaïri, Dahhâk ibn Jandal al Tamimi, qui était maître de la région avoisinante et qui entretenait de bonnes relations avec les Chrétiens.

En décembre 1132, un redoutable ennemi des Francs, Shams al Mulûk Ismâ'il, atabek de Damas, fils de Bûri et petit-fils de Togtekin, attaque les Francs et s'empare de Banyas et de la forteresse voisine de Subeibe qu'ils devaient bientôt réoccuper. L'année suivante, il prend Hama aux Zengides, puis il enlève à Dahhâk ibn Jandal, Shaqif Tirûn, le 24 novembre 1133 (1).

Les Francs qui n'avaient rien à craindre de Dahhâk ibn Jandal trouvèrent, au contraire, redoutable le voisinage immédiat de l'atabek de Damas, et ripostèrent par une expédition dans le Hauran, l'année suivante, en septembre 1134. Tout en leur résistant de ce côté. Ismaïl les paralysa en envoyant des troupes ravager la région de Tibériade et obligea ainsi les Francs à se retirer.
Nous avons la certitude qu'en 1165 une garnison franque occupait la Cave de Tyron.

En 1164, Nour ed Din avait enlevé aux Francs la grande place forte de Harrenc (Harim) dépendant de la Principauté d'Antioche au-delà de l'Oronte, ainsi que la cité de Banyas aux sources du Jourdain.
L'année suivante, son lieutenant Shirkûh devait étendre la conquête musulmane en enlevant aux Francs la Cave de Tyron.
Guillaume de Tyr (2) nous assure que cette position inexpugnable fut livrée à Shirkûh par la trahison de ses gardiens, que ceux-ci se réfugièrent en territoire musulman, sauf leur chef qui, ayant été arrêté par les Francs, fut conduit à Saïda où il fut pendu.

La même année, Shirkûh enlevait aux Templiers une autre grotte-forteresse située au-delà du Jourdain. Douze des Templiers commis à la garde de ce poste furent arrêtés et pendus par ordre du roi Amaury.

Nous avons encore un écho de la Cave de Tyron au temps de Saladin, en 1182 (3). A cette date, il écrivait au Calife de Bagdad : « J'ai acquis la certitude que les gens de Mossoul se sont liés avec les Francs par un pacte. Ils se sont engagés à leur livrer des places frontières comme Shaqif Tirûn, Banyas et Habis Djaldak. »

Mais les Francs devaient réoccuper la Cave de Tyron, clef de la terre de Saïda. En 1250, dans le traité conclu entre le sultan et saint Louis pour sa remise en liberté et celle de ses compagnons d'armes pris au désastre de Mansourah, il fut convenu que les chrétiens conserveraient en Terre-Sainte : Jaffa, Arsouf, Césarée, Chastel-Pèlerin, Cayphas, Le Caymont, Nazareth, Saphet, Beaufort, Tyr, Saïda, et la Cave de Tyron (4).

En 1257, le Seigneur de Sagette donnait la Cave de Tyron à l'Ordre Teutonique (5).
Les Teutoniques ne durent pas garder longtemps cette position, car il semble que dès 1260 les Musulmans les en avaient chassés (6).

Longtemps après les Croisades, la grotte de Tyron devait être encore utilisée.

Un émir syrien qui gouvernait la région du Shouf, Qorqmas, fils de Fakhraddin I, vassal de l'empire ottoman, ayant été rendu responsable du pillage du convoi qui accompagnait à Stamboul la caisse de l'impôt en 1585, dut aller se réfugier dans cette grotte. Il y mourut peu après.

Son fils Fakhraddin II eut une vie mouvementée et héroïque. Ennemi juré des Ottomans qui avaient causé la mort de son père et de son grand-père, il s'acharna pendant toute son existence à rendre au Liban son indépendance.

Soumis en apparence à la domination de la Porte, payant régulièrement les tributs qu'il lui devait, il combattit en Syrie un certain nombre de chefs de clans redoutables.

Il étendit peu à peu son autorité sur tout le Liban. Il releva Saïda et Beyrouth déchues, occupa Saphet, Banyas, puis au-delà du Jourdain, la grande place d'Adjloun.

Il monta une armée de 40.000 hommes composée de Sokmans, soldats de métier, et de combattants chrétiens et druses recrutés sur ses domaines. Il pourvut de garnisons, de vivres et de munitions de guerre ses principales forteresses, trois anciennes positions des Croisés : Subeibe près de Banyas, Shaqif Arnoun, c'est-à-dire Beaufort et Shaqif Tirûn.

Il conclut avec les Florentins une alliance sans avoir demandé l'autorisation de Stamboul et ce traité le rendit suspect au gouverneur de Damas qui le dénonça au Gouvernement de la Porte.

Menacé par une armée venue d'Anatolie et par une escadre turque, abandonné par une partie de ses troupes, l'émir libanais embarquait en 1613 sur un navire français qui le conduisait en Italie, où il trouvait un accueil sympathique à la cour des Médicis.

Cinq ans plus tard, il réapparaissait en Syrie. Il reconstitua une armée, mit des garnisons dans ses anciennes forteresses et dans d'autres encore, notamment à Margat.

En peu de temps il reconquit tout son pouvoir, parvint à faire reconnaître son autorité par le Divan de Stamboul et sous sa sage administration la Syrie vint à jouir d'une prospérité et d'un bien-être qu'elle ignorait depuis longtemps.

Il entretenait d'excellents rapports avec les puissances européennes, en particulier avec la France et favorisait le commerce avec l'Occident. En 1621, le Français Deshayes de Courmenin disait que « Facardin était le premier et le plus considérable de tous les princes de l'Empire Ottoman. »
Sa puissance était devenue si grande qu'elle alarma l'énergique sultan Mourad IV qui décida de l'anéantir.

Attaqué en 1635 par une armée turque considérable, commandée par Ahmed Pacha, gouverneur de Damas, Fakhraddin fut vaincu, perdit une à une toutes ses forteresses et fut enfin contraint de chercher un refuge dans cette même grotte de Tirûn où était mort son père.

En vain il y fut assiégé. Pour venir à bout de sa résistance, les Turcs empoisonnèrent la source qui alimentait la grotte. Une nuit, Fakhraddin réussit à s'échapper et trouva un nouveau refuge dans une grotte près de Djezzin. C'est là qu'il fut enfin capturé ; conduit à Stamboul, il y fut mis à mort.
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DESCRIPTION DE LA CAVE DE TYRON
Grâce à l'Aviation Militaire du Levant, puis au Commandant Bigeard, j'ai pu obtenir une abondante documentation. Le Commandant Bigeard alla, le 20 décembre 1936, explorer la Cave de Tyron en compagnie du Docteur Berti, de Djezzin, et de plusieurs guides.

Le sentier qui conduit à la grotte part de la route de Djezzin à Beit-ed-din ; il grimpe très rapidement, traverse un grand ravin, puis serpente au flanc du Djebel Niha à plus des deux tiers de sa hauteur. Après une heure trois quarts de montée, le Commandant et ses compagnons ayant suivi une longue corniche très étroite, approchèrent de l'entrée de la forteresse.

On rencontre un sol dallé, un mur de soutien en pierres de taille, une construction maçonnée (pierres équarries, mortier de chaux), où se trouve une canalisation d'eau en terre-cuite d'environ 15 centimètres de diamètre. A une vingtaine de pas plus loin, se trouve une citerne trapézoïdale, longue de 6 mètres sur 2 mètres 60 dans sa plus grande largeur, profonde d'un mètre. Sa paroi interne est en partie couverte d'un crépissage de mortier rose.

On atteint ensuite un passage très difficile qui s'étend sur près de dix mètres. Il faut le franchir sur les mains et les genoux puisqu'il n'y a qu'un mètre de hauteur. La largeur du passage n'est que d'un mètre et la paroi verticale domine le précipice de 300 mètres, Le rocher a été taillé à pic, Ce passage franchi, on aborde une pente assez spacieuse à surface très glissante et dont l'extrême bord a été creusé de marches.

Près de là est un bassin de 5 mètres sur 1 mètre 50 en plan incliné dans le sens de la longueur et atteignant à son extrémité 2 mètres de profondeur.

On aperçoit à 4 mètres au-dessus du sol une rainure haute de 0 mètre 30, profonde d'autant, et sensiblement horizontale, et au-dessus de cette rainure sont creusées à l'équidistance d'un mètre des alvéoles carrées.

Au niveau et au-dessus des logements dont il sera parlé plus loin, on trouve deux séries parallèles d'alvéoles identiques. Ces alvéoles étaient évidemment destinées à recevoir l'extrémité de poutres pour un plancher et une couverture.

On remarque un arc brisé taillé dans le roc, à peine creusé de quelques centimètres et, tout à côté, une vaste excavation avec une grande niche à voûte arrondie, haute de deux mètres, profonde de 0 mètre 45, sans doute le fond d'une chambre qui se serait effondrée. On arrive à l'extrémité du rocher. A cet endroit la corniche forme un admirable belvédère, d'où l'on découvre un panorama grandiose : vers le sud, la montagne abrupte et la vallée profonde vers Djezzin ; vers le nord-ouest le point de rencontre du Nahr Barouk et de l'ouadi Djezzin qui forment le Nahr el Aouali. Dominant de quelques mètres ce belvédère sont creusés trois logements. Il faut remarquer que ces habitations étaient à l'abri de toute menace par le haut, car le rocher surplombe largement non seulement les entrées, mais même la corniche qui forme le chemin d'accès. Un agresseur sur le faîte de la montagne ne pouvait donc apercevoir les logements, ni lancer, ni faire rouler de projectiles sur les grottes ni sur les constructions de bois aujourd'hui disparues qui les précédaient. Ces constructions de bois pouvaient servir de promenoir en avant des entrées des logements et, en même temps de hourds permettant de faire tomber des projectiles sur le sentier d'accès. On arrivait au promenoir par un escalier de bois ou une échelle.

A grand'peine, à l'aide d'échelles et de cordes, le Commandant Bigeard et ses compagnons parvinrent à atteindre le premier logement ouvert à quatre mètres au-dessus de la corniche et encadré de pierres de taille. Six marches y donnent accès. On arrive à un palier de 2 mètre 25 de long sur 2 mètres 70 de large. Sur ce palier s'ouvre une chambre dont la porte a 0 mètre 65 de large et 1 mètre 40 de haut. Elle est de plan trapézoïdal (mur du fond : 4 mètres 20 ; mur de droite : 2 mètres ; mur de gauche : 4 mètres 30. La hauteur du plafond va de 2 mètres 50 vers l'entrée à 1 mètre 85 au fond).

De cette chambre, sur la droite, on gagne une autre pièce longue de 5 mètres, large de 2 mètres 50, haute de 2 mètres 20. Deux niches de 0 mètre 30 x 0 mètre 30, profondes de 0 mètre 20 y sont ménagées. On voit dans ces chambres deux inscriptions arabes (7).

Toute cette partie de la grotte-forteresse, escalier, palier, chambres, est entièrement creusée dans le roc. Le travail est régulier, finement exécuté. Parois et sol sont taillés avec le tailloir à dents qu'on employait au temps des Croisades.

Les observateurs gagnèrent ensuite le 2e logement. Un des guides se hissa jusqu'à l'entrée en s'accrochant aux aspérités du roc et, à l'aide d'une corde, y fit monter ses compagnons Ce logement a 3 mètres 20 x 2 mètres 30 ; la hauteur est de 2 mètres. Sur toute la longueur de deux murs est une étagère profonde de 0 mètre 35, haute de 0 mètre 25. Une rangée de trois trous ronds de 0 mètre 08 de profondeur et de 0 mètre 06 de diamètre, espacés de 0 mètre 30, est creusée dans l'angle gauche. Par leur position à 0 mètre 60 du sol, il semble que ces trous servaient à maintenir l'armature d'une plate-forme en bois à usage de lit. En haut et à gauche, une petite niche enfumée.

La porte s'ouvrait comme une trappe de bas en haut ainsi que le prouvent les rainures et remplacement des gonds taillés dans le rocher. Trois trous creusés dans le bas devaient servir à maintenir les verrous.

A une dizaine de mètres plus loin se trouve le troisième logement encadré de pierres de taille, ouvrant à 9 mètres 50 au-dessus de la corniche. Les explorateurs ne purent y pénétrer.

Outre ces trois logements, il faut encore signaler une grotte naturelle aménagée formant une chambre de 8 mètres x 3 mètres, des cellules moins importantes et une grande citerne en partie éboulée.

Des aménagements importants avaient été faits pour que la petite garnison qui occupait cette grotte eût des réserves de vivres et un approvisionnement d'eau.

Le Commandant Bigeard a retrouvé six vastes silos en forme d'amphores que fermaient des couvercles de pierre. Tous ces silos ont des proportions analogues : ils sont profonds de plus de six mètres et ont au moins cinq mètres de diamètre. Ils sont entièrement crépis d'une sorte de stuc. Ces silos devaient renfermer du grain, des viandes séchées et autres provisions de vivres.

Quant à l'eau, les Croisés l'avaient amenée dans la grotte en captant une source située à un kilomètre de là, dans un vallon sur le plateau de Niha, à 1.500 mètres au sud du village de Niha. Les habitants la dénomment Aïn Halcoum. C'est cette source qu'empoisonnèrent les Turcs quand ils voulurent s'emparer de l'émir Fakhraddin.
L'eau jaillit avec force ; le débit est évalué à 30 litres-minute.

J'ai signalé plus haut, près de la grotte, l'orifice d'un tuyau de poterie. Le Commandant Bigeard a retrouvé dans un champ entre la source et la grotte, des débris de poterie analogues comme cuisson et couleur à ce tuyau. C'est sans doute un reste de la canalisation de terre cuite qui menait l'eau jusqu'à la Cave de Tyron.

Il y a de singulières analogies entre les dispositions de la Cave de Tyron et la grotte d'el Habis aménagée elle aussi par les Croisés.
Là aussi une source alimentait la grotte ; là aussi, il y avait des réservoirs d'eau pourvus d'un crépi. On trouve dans la paroi les mêmes alvéoles carrées où s'appuyaient des poutres qui devaient soutenir des constructions placées en encorbellement au-dessus du vide. A el Habis, comme à la Cave de Tyron, on voit un arc brisé, et, de plus, à el Habis, une croix gravée dans le rocher est encadrée par cet arc. Et il semble que dans ces deux grottes nous sommes en présence d'un reste d'un petit oratoire.

Ici, comme à el Habis, l'ensemble de l'ouvrage a été fortement détérioré. Le Commandant Bigeard a constaté, comme M. Horsfield l'a observé à el Habis, qu'une partie de la façade de la grotte s'est effondrée et qu'en certains endroits, c'est le mur intérieur d'une salle ou d'une citerne qui apparaît à ciel ouvert, ces ouvrages étant coupés du haut en bas par la chute de la paroi extérieure.

Tel était ce vertigineux fortin de la Cave de Tyron, excellent poste de guet surveillant l'entrée du territoire de Saïda et qui avec une poignée d'hommes pouvait défier toute une armée (8).
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LE FORT DE BELHACEM


Fig 22 — Château de Belhacem. — croquis de Plan par P. Coupel.

J'ai dit que la Cave de Tyron dominait le confluent de deux rivières, formant en se réunissant le Nahr el Aouali qui va se jeter dans la mer, à 4 kilomètres au nord de Saïda.
Une seconde défense protégeait la vallée où coule ce fleuve, c'est le petit château de BELHACEM (9) (Qal'at Abi el Hasan), que j'ai visité en 1936.

Guillaume de Tyr nous parle de ce château à propos de la mort du célèbre patriarche de Jérusalem, Gormond de Picquigny, renommé par sa sainteté aussi bien que par sa vaillance, car ce fut un prélat guerrier qui, en 1124, avait dirigé avec Guillaume de Bures, régent du royaume de Jérusalem, le siège de Tyr, grâce à quoi la grande cité maritime disputée pendant un quart de siècle tomba enfin aux mains des Croisés.

Quatre ans après, en 1128, nous trouvons Gormond de Picquigny se portant au secours du fort de Belhacem assiégé par une troupe musulmane (10). C'est devant cette place qu'il tomba gravement malade ; il fut transporté à Saïda où il mourut peu après.

La position de ce château est extrêmement pittoresque. Il se dresse à 80 mètres de hauteur au sommet d'une éminence formant un ovale allongé du sud au nord, d'environ 120 mètres de longueur. Une boucle du fleuve l'enserre.

Bien que la plus grande partie de ce fort en très mauvais état soit arabe ou turque, on y trouve la trace évidente de la main-d'œuvre franque.

Les constructions s'étagent sur trois paliers. On y parvient par le sud en passant entre les deux extrémités de la boucle que forme le cours d'eau et l'on gravit de larges dalles rocheuses.

Château de Belhacem
Château de Belhacem, image Paul Deschamps

On arrive ainsi à une plate-forme que soutient une petite construction, puis ayant encore monté, on atteint un ouvrage rectangulaire dans lequel est percée la porte d'entrée. Cette porte s'encadre dans un mur à bossages grossiers tout à fait analogue aux ouvrages francs du XIIe siècle.
L'arc légèrement brisé qui surmonte la porte est muni de claveaux ornés de bossages taillés avec soin.

Ces mêmes appareils du mur et de la porte se retrouvent à la poterne ouvrant sur le fossé du château de Saône que j'attribue aux environs de 1120 et aux portes d'entrée (B et C) du château de Beaufort, datant du XIIe siècle, que j'ai fait dégager il y a trois ans.

Ce travail franc de Belhacem pourrait dater de l'époque de Gormond de Picquigny. On franchit directement la tour rectangulaire où s'ouvre cette entrée par une autre porte en face de celle-ci, et l'on suit un chemin bordé d'un mur percé d'archères.

On atteint ensuite un troisième palier qu'occupe l'ouvrage le plus important mais où je n'ai pas trouvé de vestiges de l'époque franque. En arrière de cet ouvrage se trouve un puits profond.

Château de Belhacem
Château de Belhacem - Sources Maxime Goepp

Entouré d'un cirque de montagnes plus élevées dans un site sauvage et solitaire, le fort de Belhacem était parfaitement dissimulé et pouvait permettre à sa garnison de tomber à l'improviste sur une troupe qui aurait tenté de suivre l'étroite vallée du Nahr el Aouali.

Ainsi l'accès le plus direct de Damas à Saïda était défendu par trois positions : le casal de GEZIN qui était évidemment fortifié, la grotte-forteresse de la CAVE DE TYRON et le petit château de BELHACEM. Il faut encore citer au sud de Saïda la petite ville de SAREPTA (11) (Sarfend) qui était siège d'un évêché dépendant de l'archevêché de Saïda. Un fort la dominait sur une légère éminence au bord de la mer.
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SAGETTE (SAIDA)

Saïda, château de mer
Saïda, château de mer (Sidon ou Sagette). Photographe: Deschamps, Paul

Nous résumerons ici les principaux événements militaires concernant Saïda :
En 1106, Baudoin Ie l'assiégea avec le concours d'une flotte de sept mille Croisés anglais, flamands et danois qui venait d'aborder à Jaffa (11). Les Sidoniens au prix d'une forte rançon obtinrent que le siège fût levé.

En 1108, nouveau siège de la ville par Baudoin, aidé d'une flotte de Pisans, Génois, Vénitiens et Amalfitains (12). La ville se racheta encore une fois.

En 1110, Baudoin vit arriver des Croisés norvégiens commandés par leur roi Sigurd. Après avoir fait leurs dévotions au Saint-Sépulcre les pèlerins s'offrirent au roi de Jérusalem pour combattre les Sarrasins et celui-ci leur demanda de l'aider à prendre Saïda (13). En même temps une escadre vénitienne avec le doge Ordelafo Falier abordait en Palestine. Les vaisseaux de Norvège et de Venise s'unirent pour bloquer le port, empêchant la flotte égyptienne de Tyr de secourir les défenseurs de Saïda. En même temps, Baudoin et son armée attaquaient par terre la grande cité phénicienne (19 octobre 1110). Elle ouvrit ses portes le 4 décembre.

Le sire de Césaire, Eustache Garnier, reçut Saïda en fief. Moins d'un mois après la bataille de Hattin, Saïda ouvrait sans résistance ses portes à Saladin (29 juillet 1187). Pendant la 3e croisade, Saladin, craignant de voir la ville tomber aux mains des chrétiens, la fit démanteler et évacuer (14).

Une armée de Croisés allemands y passant en 1197, la trouva complètement dévastée (14).

Saïda, château de mer
Saïda, château de mer (Sidon ou Sagette) Vue générale - Photographe: Deschamps, Paul

En 1227, les Croisés de la sixième Croisade qui se trouvaient à Acre attendant l'arrivée de l'empereur Frédéric II, voulurent faire œuvre utile en travaillant par la construction de forteresses à la défense de la Terre Sainte. Pendant que les Allemands allaient construire Montfort (appelé aussi Frans Chastiau), des Français, des Anglais et des Espagnols songèrent à relever la citadelle et l'enceinte de Saïda. Mais cette entreprise ayant paru trop importante, ils se décidèrent à élever un fort sur un îlot à l'entrée du port. Ce fut le Château de Mer (Qal'at el Bahr) formé de deux tours réunies par une muraille. La construction dura depuis la Saint Martin jusqu'à la mi-carême (11 novovembre 1227 mars 1228) (15).

Le Château de Mer devait servir plusieurs fois de refuge aux habitants de Saïda assiégée.
C'est Saint Louis qui reconstruisit la citadelle et l'enceinte de la ville.

Simon de Moncéliart, maître des arbalétriers du roi, entreprit la construction en juin 1253. Mais à peine avait-il commencé, que les Musulmans attaquaient Saïda. Simon de Moncéliart et un petit nombre de chrétiens purent s'enfermer dans le Château de Mer, trop étroit pour servir de refuge à toute la population de Saïda. Deux mille personnes furent massacrées dans la ville sans défense, d'où l'armée musulmane emporta un butin considérable à Damas (16).

Le roi alors quitta Jaffa dont il venait d'achever la fortification et se mit en route vers Saïda (29 juin 1253). Arrivé à Tyr, il envoya un corps d'armée dont Joinville faisait partie, pour aller attaquer Bélinas. Quant à lui il continua à suivre la route du rivage avec le reste de l'armée. La ville de Saïda était pleine des cadavres des chrétiens récemment massacrés. Le roi donna l'ordre de les inhumer et, indifférent à la puanteur de ce charnier, il portait lui-même les corps en terre. Aussitôt après, il entreprit la fortification de la ville (17).

Saïda, château de mer
Saïda, château de mer (Sidon ou Sagette) Photographe: 39e brigade aérienne du Levant, Deschamps, Paul

On a vu plus haut (18) comment Julien de Sagette et de Beaufort commit en 1260 la faute grave d'aller razzier le territoire de Merdjayoun, occupé alors par les troupes mongoles du chrétien Kitbuqa et tua son neveu. La riposte de Kitbuqa fut immédiate et il se lança contre Saïda avec sa cavalerie. Julien et ses chevaliers firent front à cette attaque et permirent à une partie de la population de se réfugier dans le « Château de terre » où il alla aussi s'enfermer le dernier. D'autres habitants de Saïda se sauvèrent dans le château de mer. Les Mongols incendièrent la ville et démolirent l'enceinte.

En 1278, au cours d'un grave conflit entre l'Ordre du Temple, alors maître de la cité de Saïda, et Bohémond VII d'Antioche, comte de Tripoli, celui-ci vint attaquer Saïda avec quinze galères. Sa troupe aborda au château de mer et y fit prisonniers des Templiers (19).

La chute de la grande cité latine d'Acre le 18 mai 1291, marque la fin de l'occupation franque en Syrie. Les chevaliers du Temple comme ceux de l'Hôpital y combattirent en héros. Les dernières places chrétiennes furent occupées dans l'espace de trois mois.

Les Templiers songèrent à résister à Saïda où quelques-uns des leurs échappés à la tuerre d'Acre s'étaient retirés avec le commandeur Thibaut Gaudin qui y avait transporté le trésor de l'Ordre. C'est là qu'il fut élu grand maître en remplacement de Guillaume de Beaujeu, tombé glorieusement dans l'assaut final du 18 mai.

Lorsque le sultan victorieux, al Ashraf Khalil, envoya ses mameluks commandés par l'émir al Shuja'i à l'attaque de Saïda, les Templiers et les habitants s'étaient enfermés dans le château de mer. De là, des navires emmenèrent la plupart des assiégés en Chypre d'où l'on comptait envoyer des troupes de secours. Un certain nombre de combattants demeurèrent dans la forteresse.

Pour les attaquer, l'émir entreprit la construction d'une chaussée reliant le rivage à l'île. Une nuit, désespérant de voir arriver les secours qu'on lui avait promis, la garnison s'embarqua à son tour et fit voile vers l'île de Chypre.
Le 14 juillet, les Musulmans pénétrèrent dans le château de mer abandonné et détruisirent ses défenses.
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LE CHATEAU DE TERRE

Saïda. Le château de Terre
Château Saint-Louis à Saïda - Auteur : Louis Vignes, 1860

Le château de terre (20) qu'on appelle encore château de Saint Louis à cause du long séjour qu'y fit le roi de France, présente peu d'intérêt du fait de son délabrement et des restaurations nombreuses en mauvais appareil de petite dimension qu'il a subies. Ces restaurations sont sans doute l'œuvre de l'émir Fakliraddin au XVIIe siècle.
Cependant, Rey considérait que les bases de la construction étaient des restes de l'œuvre des Francs et M. Coupel qui a dressé récemment un plan de ces ruines, pense aussi que l'enceinte actuelle s'élève sur des fondations franques, bien qu'il n'ait vu que peu de traces certaines de l'œuvre des Croisés. Cette citadelle occupe l'emplacement de l'acropole de la Sidon antique. Couronnant une butte en partie artificielle elle domine au sud toute la ville.

Saïda. Le château de Terre
Fig. 23 - Saïda. Le château de Terre. Etat en 1939. Plan M. Coupel

Le plan de l'enceinte forme un arc de cercle, la corde étant du côté de la ville et l'arc étant dirigé vers le sud. Au milieu de l'arc s'avance la face arrondie du Donjon, ouvrage massif de 17 mètres x 14 mètres. Les murs latéraux ont environ 1 mètre 50 d'épaisseur ; celui de la face arrondie dépasse 2 mètres, c'est un mur plein, sans archères ni ouvertures. Les murs nord et est sont chacun défendus par 4 archères.

On pénètre dans le Donjon en gravissant plusieurs marches menant à une porte basse percée dans le mur ouest. Les voûtes d'arêtes de la salle retombent sur deux piliers carrés en maçonnerie. Cette salle n'est pas une œuvre franque. Au-dessus est une terrasse fermée par des murailles en grande partie détruites. Des archères défendaient cette terrasse.

Sur le flanc est de l'enceinte se trouve un saillant rectangulaire. Un autre saillant lui correspondait à l'ouest. Il en reste un vestige où M. Coupel a remarqué une marque de tâcheron franque. M. Dunand vient de retrouver en avant de ce saillant de l'ouest un haut talus maçonné que bordait un fossé. Ce talus se raccordait au mur d'enceinte de la ville, lequel descendait jusqu'à la mer qui n'est éloignée du Donjon que d'environ deux cents mètres. A chaque extrémité de l'arc se trouve une tour dont le front de défense est arrondi. Au milieu du front nord, face à la ville, a dû exister un grand saillant de forme irrégulière commandant l'entrée de la citadelle. Cette entrée consiste en un long couloir voûté dont la construction est en partie une œuvre franque.
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LE CHATEAU DE MER

Fort de la rade à Saïda
Fort de la rade à Saïda - Auteur Louis Vignes, 1860

Rey dans son ouvrage sur l'architecture militaire des Croisés paru en 1871, a étudié le château de mer de Saïda, et en a donné un plan. Nous résumerons cette étude en y ajoutant les observations faites au début de cette année par M. Pierre Coupel qui a dressé de la ruine un plan rapide.

Rappelons que de novembre 1227 à mars 1228 des Croisés français, anglais et espagnols construisirent ce château sur un rocher isolé dans la mer, à 80 mètres environ du rivage. Ce château se composait d'une grosse tour (D) et d'une moyenne (B), réunies par un mur dont Rey n'a plus retrouvé de traces. Les abords de la construction furent revêtus sur tout le pourtour d'une escarpe de maçonnerie.

Saïda. Le château de Mer
Fig. 24 - Saïda. Le château de Mer. Etat en 1939, par P. Coupel.

Au sud-ouest en G, le rocher a été taillé et a reçu un enrochement de béton de manière à former un quai de 4 mètres de large dallé de longues pierres.

Les Croisés firent aussi « une chaussée » au départ de laquelle étaient une porte et une tour.
Cette porte et cette tour (21) se trouvaient sur le massif a qui formait le début de la chaussée des Croisés, c'est-à-dire du Pont de quatre arches reposant sur trois piles munies de becs sur la face est. Ce pont avait 35 mètres de long. La partie du Pont entre le massif a et le rivage était une construction moderne.

Il y a quelques années encore on arrivait par le Pont jusqu'au château de mer (22). Mais une tempête démolit cette construction en février 1936, et des trois piles des Croisés il ne reste plus que celle qui est la plus proche du château.

Ainsi les Croisés n'ont pas construit leur Pont jusqu'au rivage. Rey a supposé que, sur les 42 mètres séparant le massif a du rivage, se trouvait une passerelle de charpente qu'on pouvait facilement couper en cas d'attaque. Nous rappellerons que lorsque en 1291, l'émir al Shuja'i voulut prendre le château de mer, il entreprit la construction d'une chaussée partant du rivage. La forteresse était donc alors isolée dans la mer.

Revenons à la forteresse : La tour principale D à l'ouest est arrondie sur sa face sud, face à la ville de Saïda. Elle est flanquée au nord d'un ouvrage carré C. Des archères les défendaient sur la mer. La base de la tour D est certainement franque. M. Coupel y a retrouvé à l'angle nord-est, des marques de tâcheron :

Saïda, marques de tacherons
Saïda, marques de tacherons

L'une d'elles semble être la reproduction d'un pic avec taillant droit. La partie supérieure de ces ouvrages est arabe.

La tour moyenne B est franque. C'est un ouvrage rectangulaire de 21 mètres x 17 mètres Sur sa face extérieure sud on voit alignées sur 4 rangées des colonnes de granit formant boutisses. C'est là une caractéristique de la construction musulmane qu'on retrouve très fréquemment dans les châteaux élevés par les architectes musulmans à l'époque des Croisades. Les Occidentaux leur ont donc emprunté ce procédé dont on peut signaler d'autres cas dans des forteresses franques, celles d'Ascalon, de Césarée, de Tyr, aux tours des ports de Giblet, de Lattaquié, et de Djeblé. Rey signale deux citernes dans cet ouvrage.

En avant de B au nord, est l'ouvrage E où l'on pénétrait par une poterne avec passage de herse. En avant de E, en F, était une construction munie d'une citerne.
Entre D et B, se trouvait le mur que signalent les chroniques franques mais dont il ne reste aucune trace.
M. Coupel vient de retrouver occupant tout le front nord de l'îlot, entre C et F, les vestiges d'une salle (I), longue d'environ 50 mètres.
Cette salle paraît avoir été divisée en 6 travées.


Fig. 25 - Assise de pierres maintenues par des queues d'aronde.

Sur le mur qui la fermait au sud étaient appliqués 5 pilastres posés sur une base en stylobate de 1 mètre 20 de hauteur. Une console ornée d'un personnage à mi-corps, a été découverte en cet endroit en 1935. Camille Enlart a publié en 1926 les reproductions d'une console et de chapiteaux ornés de feuillage retrouvés dans les ruines du château de mer (23). Cette console se trouve au Musée national de Beyrouth. C'est une œuvre française du temps de Saint Louis. La salle a donc dû être ajoutée au cours des travaux entrepris par le roi à Saïda. M. Coupel a constaté qu'il n'y avait plus trace du saillant arrondi A que signalait Rey au front est de l'îlot. Il y avait remarqué un curieux procédé de construction employé « pour augmenter l'adhérence des pierres : elles étaient d'assez grand appareil et reliées entre elles par des queues d'aronde probablement en bois. »
Il a observé aussi des assises de pierre réunies par des queues d'aronde sur le quai G au sud-ouest.
Or M. Coupel a retrouvé ce même procédé dans le mur m, au sud-ouest, et en a fait une photographie. Rey a aussi signalé que le quai G était couvert d'un dallage de longues pierres reliées entre elles par des crampons de fer scellés avec du plomb. M. Coupel a remarqué dans les débris des récents éboulis du pont, des agrafes de fer. Les Croisés ont employé ailleurs ce procédé de scellement des pierres à l'aide, de fer et de plomb notamment à la Tour de David à Jérusalem, au château de Beyrouth et au fort maritime de Maraclée.
Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes — Saïda, Sidon
1. Ibn al Qalanisi, éditions Gibb, p. 224.
— Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, Historiens orientaux des Croisades, I, p. 401.
— Aboulféda, Historiens orientaux des Croisades, I, page 21.
— Voyez René Grousset, Histoire des Croisades, tome II, page 21.

2. Guillaume de Tyr, XIX, c. II, Historiens occidentaux des Croisades, I, 901-902 : « Eadem tempestate, Siraconus... municipium quoddam nostrum, in territorio Sidoniensi situm, speluncam videlicet inexpugnabilem, quae vulgo dicitur Cavca de Tyrurn, corruptis, ut dicitur, pretio custodibus, subitis et improvisis occupat machinationibus ... »
— Voyez René Grousset, tome II, page 476-477.
— Il est peut-être question de la cave de Tyron dans un texte, sans doute postérieur à 1229, retrouvé récemment par M. André Vernet. « Super Tyrum tres cavas munitissimas cum montanis. » On verra plus loin que la Cave de Tyron se compose de trois logements.

3. Livre des deux Jardins, Historiens orientaux des Croisades, t. IV, page 225.
— Voyez René Grousset, tome II, Page 715.

4. Matthieu Paris, Chronique, éditions Luard, t. VI, page 196 : « ... Canan Turoriis quam Saraceni occupaverunt quando rex fuit Damiatae. »
— Rôhricht, Regesta regni Hierosolymitani, 1893, page 314, n° 1191.

5. Strehlke, Tabulae ordinis Teutonici ; Berlin, 1879, n° 110, p. 89-90. Saïda, 14 janvier 1257 : « Je, Julien seignor de Saiete et de Beaufort, faz a savoir a toz ceaus qui sunt et qui a venir sunt que je doing et octroi et conferme a frère Anne, honorable maistre de l'Hospital de Nostre-Dame des Alemans en Jérusalem et as frères de cele meisme maison, qui sunt et serunt, en aumône perpétuel quitement et franchement por l'arme de moi et de mon père et de ma mère et de mes ancestres et por le bon service que le devant dit maistre et les frères m'ont fait, une forteresse, la quele est apelée Cave de Tyron, et totes ses raisons que je, et mes heirs avons et avoir devons en cele desus dite cave...
Ce fut fait en Saïète en l'an de l'Incarnation nostre Seignior Jesu Crist MCC et LVI au quatorsime jor del mois de jenvier. »

6. Maqrizi, Histoire des sultans mamlouks, traduction Quatremère, Paris, 1837, tome I A, p. 236 : An 662 (1264) : « Un autre corps pénétra dans le Sahel pour attaquer les Francs, s'avança jusqu'aux portes d'Akka et commença à relever la ville (?) de Shaqif Tirûn qui était en ruine depuis l'année 658 (1260). Dès que les travaux de construction furent terminés, on fit transporter dans cette place un arsenal et des vivres. »

7. Elles sont aux noms du combattant Mohamed el Fardi et du seigneur Mohamed Amine Mokless.

8. Dans sa remarquable étude sur les Souterrains-rejuges de la France (Paris, 1923) M. Adrien Blanchet signale en France un certain nombre de Grottes creusées à flanc de coteau et aménagées pour la défense. Elles présentent des dispositions analogues à celles des Grottes-forteresses de Syrie. On y trouve des silos pour la conservation des vivres. (Voir pages 122-127, notamment les Grottes de la Roche-Beaucourt et de Saint-Pardoux la Rivière (Dordogne) et page 290 la Grotte de Rochebrune (Dordogne). M. l'abbé Plat nous a signalé des Grottes fortifiées dans les falaises de craie du Vendômois, notamment le Château-Lurette sur la côte de Cherchenoix et les Roches l'Evêque (Canton de Montoire, Loir-et-Cher). Voyez R. de Saint-Venant, Dictionnaire du Vendômois, t. III, p. 203 et suivantes.
— Abbé Plat, Les grottes-forteresses du Vendômois, dans Journal des Débats, 11 août 1936.
— Mlle Trocmé, La chapelle rupestre Saint-Gervais des Roches, dans Bulletin, de la Société archéologique du Vendômois, nouvelle série, t. II, 1938.
— M. Paul Gélis nous a aussi fait connaître les Grottes fortifiées de Freunsbourg et d'Ochsenstein (Bas-Rhin). On trouve là comme à la Cave de Tyron et à el Habis des rangées d'alvéoles destinées à loger les poutres de constructions de bois placées en encorbellement en avant des Grottes.

9. Guillaume de Tyr, XIII, c. 25 ; p. 594.

10. S. Paoli, Codice diplomalico, 1733, I, p. 466.
— Belhacem est mentionné dans un texte du XIIIe siècle : « In episcopatu Syndoniensi castrum quod Belforte dicitur et cavam Beleassem ... »

— Victor Guérin, Galilée, tome II, page 478-481.
— E. G. Rey, Colonies franques Belhacem, page 511.

11. Albert d'Aix, X, c. I-5, Historiens occidentaux des Croisades, IV, p. 631-633.

12. Albert d'Aix, p. 654-655.
— Ibn al Qalanisi, p. 87.

13. Albert d'Aix, p. 677.
— Guillaume de Tyr, p. 476.
— Ibn al Athir, I, p. 276.
— Ibn al Qalanisi, p. 107.
— Voyez Riant, Expédition et pèlerinages des Scandinaves en Terre Sainte, p. 190 et suivantes.
— René Grousset, I, p. 255-257.

14. Abu Chama, Deux Jardins, Historiens orientaux des Croisades, IV, p. 462 : « Par l'ordre du sultan on démantela Tibériade ; on ruina Jaffa, Arsouf et Césarée ; on détruisit les murs de Saïda et de Djebaïl, et les habitants de ces deux villes furent transportés à Beyrouth. »

15. Arnold de Lubeck, Chronica Slavorum, éditions Pertz, p. 200-201 : « Venientes itaque ad Sydonem, sine habitatore et rebus eam invenerunt. Videres illic domos lapideas et cedrinas, diversis ornatibus cultas, quas inhabitare gloria, destruere vero erat miseria. Quanti illic erant, qui de lignis cedrinis aut equos stabulabant aut ex eis cibaria decoquebant ? Destructa igitur Sydone, ad Sareptam Sydoniorum iter convcrtunt. »

16. Ernoul, p. 459 : « li pèlerin ... prisent conseil qu'il iraient fermer un chastel à Saiete et il i alerent. Et quant il vinrent là, consaus lor aporta qu'il ne le fremaissent mie [là où il avoit esté], car trop i aroit à faire et si ne serait mie moult deffensable encontre Sarrasins ; ains feraient . I . castel en une illete qui est devant le cité et feraient caucie de le tiere desci là. Et que se li castials i estoit fais, il ne douteraient nul assaut c'on lor peuist faire, ne par mer ne par tiere. Tot cil de l'ost s'i acorderent et séjornèrent illeuc et fremèrent le castiel tout l'ivier, et fisent le caucie ; et al cief de le cauchie, fisent [une porte et] une tour moult deffensable. »
L'Hstoire de Eracles, Historiens occidentaux des Croisades, II, p. 365 : « ... li pelerin qui estoient a Acre ... ne vostrent mie être oyzos, si orent conseil et se acorderent a ce que il irent à Saete fermer la cité et le chastel ... Quant il furent la venus, si lor fu avis que trop y avoit grant labor a emprendre de fermer la vile et le chastel. Il virent une isle devant le port en la mer, si conurent que la poeent il faire meillor ovre et plus segure et en po de tens. Lors mirent la main à laborer et firent . II . tors, l'une grant et l'autre meene, et un pan de mur entre les . II . torz ; si mistrent à ce faire des la Saint Martin que il vindrent la très que en mi quaresme. »
— Voir aussi pages 371-372.
— Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, Historiens orientaux des Croisades, II1, p. 171.
— Maqrizi, dans Revue de l'Orient latin, 1902, page 520.

16. Joinville, chapitre 551-553.
17. Joinville, chapitre 582 : « Nous trouvâmes que li roys ses cors avoit fait enfouir les crestiens que li Sarrazin avoient occis, aussi comme il est desus dit ; et il meismes ses cors portoit les cors pourris et touz puans pour mettre en terre es fosses, que jà ne se estoupast, et li autre se estoupoient. Il fist venir ouvriers de toutes pars et se remist à fermer la citéi de haus murs et de grans tours. »
— Voir aussi Guillaume de Nangis, Vie de Saint Louis, dans Recueil des Historiens de la France, tome XX, page 387.
18. Chapitre VI, p. 194.
19. Gestes des Chiprois, p. 784.
— R. Grousset, III, page 689.

20. Sur l'iconographie de Saïda voir Enlart, Monuments des Croisés .... volume II, (1927), page 337.
— Le Paul Orose de la Bibliothèque Nationale, manuscrits français 64, illustré au XVe siècle, représenterait au fol. 85 v° une vue de Saïda.
— En 1685, Gravier d'Orcières a levé un plan d'ensemble de la ville (Bibliothèque Nationale, fonds géographique, F. F. 4695, fol. 16). Il a aussi dessiné une vue perspective de Saïda (B. N., fonds géographique, Atlas, G. D. D. 226) que j'ai publiée dans Le Crac des Chevaliers.

21. Il existe aux Archives du dépôt des Cartes de la Marine un dessin du XVIIIe siècle où cette tour figure encore.

22. Voyez les photos que nous avons publiées en 1934 dans notre précédent ouvrage [Le Crac des Chevaliers, Album, PI. XVI et dessin du XVIIe siècle, PIanche XIII).

23. Camille Enlart, Les Monuments des Croisés ..., plan 33 et 147, et volume II, page 338.

Saïda, Images de : Saïda photographe Louis Vigne.


Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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CONCLUSION
Pendant toute la durée de la grande Colonie d'Orient, les souverains francs ont fait preuve, sauf en des périodes de fléchissement dû à la minorité ou à la maladie de l'un d'eux, d'une étonnante continuité de vues.

Et si l'on met en parallèle l'histoire politique du royaume de Jérusalem et l'histoire de ses forteresses, on observe que celle-ci s'adapte à celle-là dans un parfait équilibre. Ainsi sur le vaste échiquier de la Palestine où la partie dura deux siècles, chaque avance des Croisés amène l'établissement de forts en grande-garde, mais aussi chaque recul provoque la création de nouveaux postes de défense.

Chaque construction militaire est justifiée par un but déterminé : protection des ports contre les flottes égyptiennes ; à l'est, dans la montagne ou au voisinage d'un pont, garde d'un point de frontière particulièrement vulnérable ; surveillance d'une contrée fertile où, grâce au château-fort, le pasteur pourra mener ses troupeaux et l'agriculteur pourra cultiver en paix ; tours-refuges pour les moines et les religieuses ; gîtes d'étape et postes de liaison ; enfin, ce qu'on ne voit pas dans le nord, où seuls les points stratégiques sont gardés, on trouve en Palestine une quantité de forts de plaine destinés à assurer la sécurité des routes et spécialement celles de pèlerinages. Dans la première moitié du XIIe siècle, c'est la période d'expansion où les Francs gagnent sans cesse des territoires. Après, il faudra se défendre et lutter âprement pour reprendre le terrain perdu.

D'abord c'est une colonie qu'il faut créer. Le roi pose des bases. Il fortifie Jérusalem et Hébron qui garde le sud de la Judée, le port de Jaffa qui assurera le contact avec l'Occident, Ramleh qui garde la route de Jérusalem.

En Galilée, son lieutenant prend Tibériade et le Bessan au voisinage du Jourdain. Ainsi en moins d'un an la frontière naturelle du royaume est atteinte. Plus tard on la débordera.

Le Bessan à l'extrémité de la Plaine d'Esdrelon fermera à l'ennemi l'accès de cette large vallée transversale. En arrière, au cœur de la plaine, se dressera le château de la Fève.

Les Ports de Caïffa et d'Acre occupés, le château de Saphet, dressé sur un sommet isolé, s'opposera à Damas et défendra la grande route qui de ces ports va franchir le Jourdain au Gué de Jacob.

Plus au nord, le Toron puis Scandelion seront construits à la fois pour servir de bases d'opérations contre Tyr et pour s'opposer aux incursions de sa garnison musulmane en territoire chrétien.

Tyr conquise, le domaine chrétien s'étend à l'est du Toron et les Francs construiront le château de Subeibe (1129) au flanc de l'Hermon au voisinage de la frontière proche de Damas.
Beaufort (1139), sur le dernier contrefort méridional du Liban, gardera le grand passage de la Béqa et défendra le territoire de Saïda.

Auparavant, sous le premier règne, les Francs ont franchi le lac de Tibériade, le Jourdain et la Mer Morte et atteint la Mer Rouge. Ils ont planté, comme autant de sentinelles, des forteresses dans la Terre de Suète et la Terre oultre le Jourdain.

Le roi Foulque (1131-1143), descendant d'une dynastie de princes angevins, grands bâtisseurs de forteresses, construira de nombreux châteaux en Terre Sainte. Ascalon tenait toujours et sa garnison égyptienne organisait de fréquents rezzous en Judée. Il l'entoura d'une ceinture de forts pour empêcher ces attaques et faire de ces postes des bases d'opérations contre cette cité.

Il créa un type de châteaux constitués par un donjon rectangulaire enfermé dans une enceinte flanquée de tours carrées. Ainsi seront Bethgibelin, Ibelin, Blanche-Garde, ainsi que Belvoir qui gardera sur le Jourdain le pont de la Judaire.

Amaury Ier, en vue de ses campagnes d'Egypte, construit le Darum à la frontière sud de son royaume. Subeibe étant tombé en 1164, Baudoin IV relève, pour garder de ce côté sa frontière, le Château-neuf (1178).

Vient en 1187 le désastre de Hattin, après quoi les armées musulmanes déferlent sur la Palestine. Tyr, grâce à ses puissantes murailles, repousse les assauts de Saladin et sauve ainsi le royaume d'un désastre irréparable.

Au cours de la 3e Croisade, Richard Cœur de Lion relève Jaffa et Ascalon, mais il démolit le Darum qui aurait pu, s'il était tombé aux mains des Musulmans, être employé contre les Francs.
En 1197 Beyrouth se relève de ses ruines.
En 1211 les Musulmans dressent un puissant château sur le Thabor. Les Francs ripostent par la construction de Chastel Pèlerin qui amène le sultan Malek el Adel à démolir sa nouvelle forteresse.

Successivement dans la première moitié du XIIIe siècle arrivent d'Occident plusieurs armées de Croisés. Quand ils n'avaient plus d'ennemi à combattre, ils décidaient d'aider la Colonie latine en fortifiant son territoire. Ainsi en 1218 ils renforcent Césarée et construisent Chastel Pèlerin. En 1227 les Allemands élèvent Montfort. En 1227 des Français et des Anglais bâtissent le château de Mer de Saïda. En 1240, à la suite de la rétrocession, obtenue par Thibaut de Champagne, de la plus grande partie du royaume de Jérusalem, Hugues IV de Bourgogne relève les défenses d'Ascalon, le connétable Eude de Montbéliard restaure Tibériade et Jean II d'Ibelin fortifie Arsouf. En même temps les Templiers entreprennent la reconstruction, au cœur de la Galilée, du formidable château de Saphet, qui fut le chef-d'œuvre de l'art militaire du XIIIe siècle en Orient.
Puis de 1250 à 1254, ce sont les grands travaux dirigés par Saint Louis dans les villes du littoral.

* * *

La pose de la première pierre d'un château-fort donnait lieu à une cérémonie solennelle analogue à celle de la pose de la première pierre d'une église. En 1218, Gautier d'Avesnes entreprit la construction de Chastel Pèlerin : « ... Gautier d'Avesnes et li autre pelerin qui estoient à Acre orent conseil et par acord alèrent fermer le chastel de Césaire et Chasteau Pèlerin. Et cestui nom li mist Gautier d'Avesnes qui dist que il seroit son parrein et mist sur la première pierre mil besans Sarrasinas a oez dou labor. »
1. L'Estoire de Eracles, XXXI, c. 13, Historiens occidentaux des Croisades, II, p. 325.

Le 11 décembre 1240, un pèlerin, l'évêque de Marseille, Benoît d'Alignan, qui avait décidé le grand maître du Temple à relever le château de Saphet, présida à l'inauguration des travaux et posa sur la première pierre une coupe d'argent doré pleine de pièces de monnaie destinées aux frais de la construction.

Les Croisés combattants, les habitants des villes qu'on mettait en état de défense participaient aux travaux de fortification. Pour de telles œuvres, le clergé accordait des indulgences et les travailleurs, sûrs d'obtenir le pardon de leurs fautes, mettaient une vive ardeur à leur besogne.

Saint Louis travailla comme un manœuvre aux fortifications d'Acre, de Césarée et de Jaffa. Ambroise (2) nous raconte de façon assez plaisante que, lorsque Richard Cœur de Lion releva les murs d'Ascalon en 1192, les ouvriers d'emprunt qui se livraient pour la première fois à des travaux de ce genre travaillaient mieux que des maçons de profession : « les bons chevaliers, les écuyers, les sergents se passaient les pierres de main en main ; tous travaillaient sans relâche et il y venait tant de clercs et de laïques qu'en peu de temps ils avançaient beaucoup l'ouvrage. Plus tard pour le continuer on envoya chercher des maçons ; il fallut beaucoup de temps pour terminer. » On utilisait aussi les prisonniers de guerre; ainsi, en 1240, mille captifs musulmans travaillaient à la construction de Sajrhet.
2. Ambroise, L'Estoire de la guerre sainte, éditions G. Paris, vers 8009-8022.

* * *

Notons dans les fortifications du royaume des constructions d'un type particulier comme le château de l'île de Graye et le château de mer de Saïda. Tyr, lorsque l'on faisait envahir son fossé par l'eau de la mer, devenait une grande forteresse insulaire.

Notons aussi ces étranges postes de défense que furent les grottes-forteresses d'el Habis et de la Cave de Tyron. Nous avons signalé la puissance des ouvrages francs et le soin apporté à rendre certaines constructions d'une extraordinaire solidité : les pierres recouvertes d'une chape de plomb et les crampons de fer qui unissaient les pierres, comme on fit à la Tour de David à Jérusalem, à Beyrouth (3) et au château de Saïda. Un procédé employé fréquemment par les Musulmans (4) se retrouve dans les forteresses franques : c'est celui qui consistait à faire traverser les murailles par des colonnes antiques disposées comme des poutres transversales. On en tirait vn parti décoratif en faisant saillir leurs extrémités sur le nu .de la muraille où elles s'ordonnaient sur plusieurs rangées et à distances égales. Ainsi fit-on à Ascalon, au château de mer de Saïda, à Tyr et à Césarée où, selon Maqrizi, c'est Saint Louis qui les fit poser (5).
3. Wilbrand d'Oldenbourg, éditions J. C. M. Laurent, p. 166 : « Hanc fossam prospiciunt duo muri fortes, in quibus eriguntur turres validissime, cum quarum juncturis lapides magni ferreis vinculis et duris amplexibus internectuntur. »
4. Van Berchem, Voyage ... p. 105-107, cite Le Caire, Jérusalem, Bosra, Damas, Salamiyé, Sheizar, Alep.
5. Lorsque Beibars, en 1265, prit Césarée : « les habitants se réfugient dans la citadelle que le roi saint Louis avait rendue extrêmement forte en introduisant dans la maçonnerie des murs d'énormes colonnes de granit placées dans le sens de leur longueur, de sorte qu'on ne pouvait compter sur le succès d'un travail de mine.. Röhricht, Etude sur les derniers temps du royaume de Jérusalem, dans Archives de l'Orient latin, tome Il, page 378.


* * *

Il reste encore d'importants vestiges des forteresses franques de la première moitié du XIIe siècle. Bien que remaniés par les Musulmans, les grands châteaux de montagne, Subeibe, Beaufort, Kérak, gardent en grande partie l'aspect que leur ont donné les constructeurs francs.

Mais les monuments du XIIIe siècle ont laissé peu de traces. On ne pourrait citer que le château de mer de Saïda, une salle mutilée à Beaufort, une salle voûtée d'ogives et quelques pans de murs à Chastel Pèlerin.

Mais rien ne nous est parvenu du grand château de Saphet, avec ses sept grandes tours, rien des puissants remparts de Tyr, non plus que ceux de Jaffa que vingt-quatre tours flanquaient, rien non plus du Toron. On aurait du mal à restituer à Saint-Jean d'Acre l'ensemble imposant de ses fortifications et l'emplacement de ses beaux Palais comme la Maison de l'Ordre de l'Hôpital où, selon Amadi, se trouvait une salle longue de près de trois cents mètres.

Rien n'est resté non plus du château de Beyrouth que Wilbrand d'Oldenbourg admirait au début du XIIIe siècle et dont il décrivait alors la magnifique décoration intérieure où artistes grecs et syriens avaient travaillé à côté des ouvriers venus de France. Certaines forteresses furent détruites systématiquement au temps des Croisades comme le Chastellet dont Saladin rasa les ouvrages « ainsi qu'on efface les lettres d'un parchemin » Mais quand on parcourt les sites de ces châteaux d'Orient qui portent encore des noms français, on ne peut oublier que des gens de chez nous s'y sont succédé pendant deux siècles et y ont composé, en des gestes héroïques, la plus glorieuse des épopées.
Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes spéciales
La CAVE DE TYRON
Grotte-forteresse appartenant au seigneur de Sagette, et donnée par lui aux Teutoniques en 1257, et qui parait devoir être identifiée avec le Kalaat-en-Nihâ, que les habitants des environs désignent encore, de nos jours, sous le nom de Tyroun-en-Nihâ.
Sources: E. G. Rey, les colonies Franques de Syrie aux XIIe et XIIIe siècle, page 513. Paris 1883.
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Conquête, par Nur al-Din, de Shaqif Tirun et de Muneitira.
Si Nur al-Din, satisfait de la double conquête de Harim et de Panéas, paraissait disposé au repos, son lieutenant Shirkuh, supportait mal l'inaction. Dès 1165, il vint ravager les cantons libanais dépendant de la seigneurie de Sidon et y assiégea le château appelé par les Francs la Cave de Tyron, le Shaqif Tirun des historiens arabes, qui, d'après Rey, devrait être cherché près de l'actuel Qal'at al-Niha, à 7 kilomètres au nord de Jezzin, à 23 kilomètres à l'est de Sidon, en plein Liban (1).

Guillaume de Tyr accuse les défenseurs de s'être laissé acheter « car il li baillièrent tantost le chastel. Bien sembla que il le feissent par traïson, por ce que, sitost com il issirent d'iluec, tuit s'en alèrent devers les Turs, fors seulement le chevetaine ; de demora guères après ce, que il ne fu menez à Saiete (Sidon) et penduz (2). »

Du reste Ibn al Athir nous montre pour la même époque ou un peu après (1166) Nur al-Din conquérant lui-même le château de Muneitira, le Moinestre des Francs ; c'était un petit château du comté de Tripoli, qui gardait un des cols du Liban sur la route de Byblos (ou de Juné ou de Ghazir) à Ba'albek, et, de ce fait, une position stratégique des plus importantes (3). « Pour cette conquête, Nur al-Din ne convoqua pas son armée, mais il se dirigea à marches forcées sur le château sans que les Francs se défiassent de rien. Il apparut à l'improviste devant la forteresse, l'attaqua avec vigueur et s'en empara. Il massacra ou fit prisonniers les habitants et recueillit un butin considérable. Les Francs n'auraient jamais imaginé qu'il viendrait avec si peu de gens. Ils commençaient à peine à réunir leurs troupes qu'il avait déjà pris la place (4). »
v Enfin, au témoignage de Guillaume de Tyr, Shirkuh alla assiéger en Transjordanie une grotte-forteresse des Templiers (5). A cette nouvelle, le roi Amaury partit en hâte pour la délivrer. « Li Rois assembla genz assez por le secorre Jà s'estoit logiez outre le flun à (= avec) tout son ost, mès iluec lui vindient noveles que li Templier qui li chastel avoient en leur garde l'avoient jà rendu aus Turs. » L'annonce de cette lâcheté plongea Amaury dans une colère terrible : « Quant li Rois l'oï dire, trop en fu corociez et doulereus, si neis que il en estoit einsi come touz hors du sens. Tant fist cerchier que il trova douze des Templiers qui ce chastel avoient rendu ; tantost (aussitôt) les fist pendre. » Cette exécution rapide paraît avoir arrêté l'espèce de défaitisme qui commençait à se manifester en Syrie (il66) (6).
1. Rey, Colonies franques de Syrie, page 513. Le site de Qal'at Niha est actuellement représenté par une grotte de trois chambres creusée dans une falaise et où on n'accède que par un sentier escarpé. Au dix-septième siècle, l'émir Fakhr al-Din, traqué par les Turcs, y aurait soutenu un siège de deux mois.
2. Guillaume de Tyr, pages 901-902.
3. Rey, page 368 ; Dussaud, page 73 et 397.
4. Bin Al-Athir, Kamil al-tewarikh, pages 545-546 ; Atabegs, pages 235-236.
5. Peut-être, pense le P. Abel, faut-il localiser cette position à al-Raqim al-Kahf, grotte-forteresse située entre Amman et le Krak de Moab et mentionnée par Usama (Vie d'Ousama, II, p. 230).
6. Guillaume de Tyr, page 902.

Sources: René Grousset, Histoire des Croisades, tome II pages 476 et 477.
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La fortification des Croisés au temps de Saint Louis au Proche-Orient.

Sidon, vue de la courtine sud-est
Fig. 34 - Sidon, vue de la courtine sud-est et de la tour flanquante, appartenant à la dernière campagne, avec les archères à étriers en brèche.

Le château de la Mer a été publié par le baron Rey, puis par Paul Deschamps (34) ; mais l'article le plus important est celui de Haroutune Kalayan publié après les dégagements considérables du château par l'administration libanaise, et après la remarquable anastylose pratiquée sur l'enceinte extérieure du site dans les années 1970 (35).

Comme la plupart des forteresses de la région, le château de la Mer de Saïda est la résultante de campagnes successives très rapprochées. H. Kalayan avait mis en évidence le noyau de cette forteresse, construite par des croisés français, anglais et espagnols entre le 11 novembre 1227 et le 2 mars 1228, formée de deux tours (A, B) réunies par une muraille : ces Croisés choisirent d'implanter cette nouvelle fortification sur l'île contrôlant le port, faute de pouvoir fortifier la ville trop étendue (36).

Sidon, plan du château au rez-de-chaussée
Fig. 33 - Sidon, plan du château au rez-de-chaussée (dessin Jean Mesqui d'après Kalayan).

Une seconde étape de la fortification modifia profondément le site originel. Celui-ci fut transformé en une place pourvue de deux portes : l'une regardait la terre ferme et le quai dont ont été retrouvées les substructions, alors que l'autre était une porte de mer, accessible par bateau. Des deux tours originelles, l'une (A) fut absorbée dans une construction massive polygonale pourvue d'une excroissance en forme de tour semi-circulaire, alors que l'autre (B) était rasée pour laisser la place à la porte de terre.

Quant à la porte de mer, elle était flanquée par une tour trapézoïdale C ouverte à la gorge pour l'essentiel, à quatre campagnes de construction attribuables aux années 1228-1291. La première campagne, celle de la fortification spontanée des chevaliers croisés, n'a laissé que des éléments en plan qui ne permettent guère de la caractériser architecturalement.

La seconde campagne, avec les deux portes pourvues de herse, l'une vers la terre, l'autre vers la mer, n'est pas sans rappeler les programmes d'architecture royale développés en territoire métropolitain, basés sur le concept « philippien » du double accès au secteur maître de la forteresse. Il n'est pas impossible de cette seconde campagne ait été menée après les événements sanglants de la razzia de 1253, et que l'on puisse y voir l'effet du souci royal de fortifier tous les sites côtiers.

Cependant, on ne peut manquer de demeurer circonspect sur cette attribution : Joinville, dans ses écrits, ne mentionne jamais que la fortification de l'enceinte urbaine par Saint Louis, et, bien que ceci ne puisse être considéré comme preuve, ne met jamais en scène le roi dans le château de la Mer, évoquant plutôt le camp royal qui aurait pu n'être qu'un établissement provisoire.

Quant à la troisième campagne, celle de la construction d'une grande salle à deux niveaux, connectée à une chapelle bâtie en flanquement de la porte, il semble qu'elle a été attribuée à tort à Saint Louis — on ne prête qu'aux riches (37); on peut penser au contraire qu'elle a été bâtie pour répondre aux besoins des Templiers, qui furent mis en possession du château après l'expédition suicidaire de Julien de Sagette contre les troupes mongoles de Kitbuqa, en 1260. Les éléments architecturaux subsistants, mis au jour par H. Kalayan, qu'il s'agisse d'éléments d'ogives, ou de chapiteaux, montrent clairement que cette restructuration du site intervint au milieu du XIIIe siècle, à la décennie près ; ils appartiennent à une campagne de réoccupation du site fondée sur des critères de stabilité qui n'eussent guère convenus à un roi en perpétuel mouvement, toujours soucieux de respecter le partage des pouvoirs.

Enfin, la quatrième phase, celle de la fortification ultime, ne peut être que la conséquence du grave conflit qui opposa en 1278 les Templiers à Bohémond VII d'Antioche, comte de Tripoli, dont les quinze galères vinrent aborder au château de Mer, y faisant prisonniers des chevaliers. La refortification du site, consistant en la construction d'une enceinte protégeant les accès — et supprimant l'accès direct côté mer, dut être une conséquence directe de cette action.

Que peut-on retenir de ce site pour ce qui concerne les caractères de l'architecture franque au XIIIe siècle ? Certes, l'on ne peut tirer aucune conclusion de la première forteresse, édifiée par des chevaliers en peine d'activité, laissés à eux-mêmes en attendant l'intervention de l'Empereur, roi de Jérusalem, qui menait ses propres négociations peu transparentes avec le sultan. La seconde phase offre, pour seuls caractères architecturaux, ses deux portes à herse.

L'architecture déployée en troisième phase est plus intéressante : la sculpture déployée dans la grande salle, conservée seulement à son niveau bas, et dans la chapelle, sont les témoins d'un art gothique parfaitement conforme aux usages métropolitains au milieu du XIIIe siècle. De plus, l'ajout d'une extension de la porte de Mer pourvue d'une herse transformait cette porte en un ouvrage à deux herses et sas intermédiaire bien conforme aux usages prévalant dans la fortification métropolitaine à cette époque 38.

Il est intéressant de constater que les maîtres d'œuvre, tout en utilisant ce vocabulaire d'architecture intérieure, eurent recours extérieurement à des modes de parement très orientaux, alternant les bossages rustiques et les fûts de colonnes antiques récupérés et placés en boutisse.

La dernière phase, certainement datée des années 1278-1291, constitue un magnifique exemple de la fortification templière tardive. Les appareils à bossage sont ici d'une parfaite stérétotomie, tant en intégrant des fûts de colonne antiques en boutisse ; de belles archères à niche, pourvues de fentes à étrier en bêche allongée, perçaient de façon régulière cette enceinte. La porte de l'enceinte, vers la terre, était ornée de claveaux sculptés représentant un chevalier et un lion.

La tour maîtresse dans le programme
Le cas de Sidon est encore bien différent (fig. 12, 33 et 35). La construction primitive, lancée en 1227-1228, vit la réalisation de deux tours rectangulaires ; lors d'une phase ultérieure, l'une des tours fut détruite pour laisser place à une enceinte, alors que l'autre était intégrée dans un massif trapézoïdal pourvu d'une excroissance semi-circulaire. Il est probable que l'on peut voir dans le changement de parti l'effet de la campagne de reconstruction menée sous Saint Louis après la catastrophique razzia musulmane de 1253 ; pour autant, l'architecture visible de cette tour à partir de son premier étage est entièrement attribuable à des reconstructions postérieures, musulmanes, voire ottomanes, de telle sorte qu'on doit rester prudent sur l'attribution définitive.
- Sidon (château de mer), avec la tour maîtresse semi-circulaire accolée à un massif trapézoïdal, peut-être attribuable à Saint Louis en 1253 (fig. 12).

vue du Château de Mer depuis le quai
Fig. 12 - Sagette-Sidon-Saïda, vue du Château de Mer depuis le quai. A gauche, la « tour maîtresse » avec sa saillie semi-circulaire. A droite, l'enceinte tardive des Templiers.



Edifices résidentiels, chapelles - Grandes salles et résidences
Le château de mer de Sidon offre, lui aussi, une grande salle qu'on peut attribuer aux Templiers, comme la précédente : elle prenait place sur un rez-de-chaussée voûté d'ogives, dont quelques travées demeurent, la salle noble ayant malheureusement disparu, en même temps que la chapelle sur laquelle on va revenir (fig. 15 et 35).

Sidon, vue de l'ensemble résidentiel, depuis la tour maîtresse
Fig. 15 - Sidon, vue de l'ensemble résidentiel, depuis la tour maîtresse.

Fig. 15 - Sidon, vue de l'ensemble résidentiel, depuis la tour maîtresse. De gauche à droite, la voûte du niveau inférieur de la grande salle, puis le passage de la porte, la salle voûtée qui supportait la chapelle, et la salle voûtée surmontée par une mosquée ottomane.

Les chapelles
A Sidon, la chapelle, monumentale, est identifiable au-dessus des tours C et D, flanquant la porte regardant la mer. Il n'en demeure que les bases des murs, ainsi que de certains piliers engagés avec leurs bases et leurs faisceaux de colonnes : elle était formée par deux travées voûtées d'ogives aux chapiteaux du milieu du XIIIe siècle qu'on peut raisonnablement attribuer à la réoccupation templière du site après 1260, et non à la courte période de présence de Saint Louis à Sidon. Quoi qu'il en soit, cette chapelle était manifestement conçue, dans son programme, pour être connectée à la grande salle, deux passages pratiqués au-dessus de la voûte du passage d'entrée les reliant (fig. 15 et 18).


Fig. 18 - Sidon, chapiteaux du château de la Mer, dessinés par Camille Enlart.



Les portes et leurs défenses

Sidon, plan du château au rez-de-chaussée
Fig. 33 - Sidon, plan du château au rez-de-chaussée (dessin Jean Mesqui d'après H. Kalayan).

A Sidon, la porte principale (porte de Mer), est le fruit d'une accumulation de défenses qui résultent de l'histoire constructive du château ; dans son état final, cette porte, située entre deux saillies rectangulaires, présentait des défenses constituées par la succession d'un assommoir, d'une première herse, d'un second assommoir, puis d'une seconde herse, et sans doute de deux paires de vantaux au revers. Mais on ne saurait évidemment en faire un paradigme, cette « sur-fortification » résultant de l'histoire (fig. 33).

Sidon plan du château de Mer au premier étage
Fig. 35 - Sidon plan du château de Mer au premier étage (dessin Jean Mesqui d'après H. Kalayan).

34. Rey 1871, « Sajette. Château maritime », p. 153-159.
Deschamps 1939, « Sagette (Saïda) », p. 224-233.
Voir aussi Müller-Wiener 1971, p. 71-72.

35. H. Kalayan 1973, « The Sea Castle of Sidon », Bulletin du Musée de Beyrouth, t. XXVI, 1973, p. 81-90

36. « Lors mirent la main à laborer et firent II tors, l'une grant et l'autre meene, et un pan de mur entre les II tors... », cité par Deschamps 1939, page 225.

37. Eydoux 1982, p. 204-205.
38. Mesqui 1981.

Sources: Jean Mesqui, La fortification des Croisés au temps de Saint Louis au Proche-Orient.

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