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Paul Deschamps, Royaume de Jérusalem → Suite

 

LE CHATEAU DE SUBEIBE PRES DE BANYAS

Le Château de Subeibe près de Banyas
Le Château de Subeibe près de Banyas - Sources: David 55 King

château de Subeibe
Fig_12 Localisation du château de Subeibe

L'antique ville de Panéas, plus tard Césarée de Philippe, est appelée au moyen âge Banyas par les Arabes et Bélinas par les Francs. Arrosée par les sources du Jourdain, elle s'élevait sur la grande route de Damas à Tyr. Maintes fois, au début du XIIe siècle, elle servit de base d'opérations aux Damasquins, et en particulier à l'atabek Togtekin, pour attaquer la Galilée franque et secourir Tyr assiégée.

A moins d'une heure de marche à l'est se dresse sur une éminence au versant sud-ouest du massif de l'Hermon, une forteresse, Subeibe (1). Du sommet de celle-ci l'on jouit d'une vue très étendue : à l'ouest on aperçoit le large tapis vert de la Merdj' Ayoun, la « Plaine des sources » que les Croisés appelaient le Val Germain, dans le lointain apparaissent au nord-ouest le château de Beaufort, au sud-ouest le Châteauneuf (Hounin) en direction des plateaux de Galilée, au sud le lac de Houlé. On devine à l'horizon le lac de Tibériade.

Tout près de la frontière franco-musulmane qui, sur la route de Damas, était fixée à Beit-Djenn, le château de Subeibe défendait le territoire franc de Tyr contre la grande cité de Damas. Ainsi, à partir de 1129 où les Francs s'y installèrent, il eut le rôle de surveillance confié antérieurement au château du Toron construit par les Francs en 1105, situé beaucoup plus à l'ouest, à mi-chemin entre Bélinas et la mer, alors que le domaine chrétien était moins étendu.

La cité de Bélinas était assez importante puisque les Francs en firent le siège d'un évêché, dépendant du Patriarcat de Jérusalem. L'histoire de cette ville et du château de Subeibe se confondent : dans certains textes, Subeibe porte le nom de château de Banyas, parfois aussi Banyas est appelée la ville de Subeibe (2).

C'est en 1129 que commence l'histoire de Subeibe. Quelques années auparavant (1126 ?), un chef ismaëlien, Bahrâm d'Asterabad, avait obtenu à Damas pour sa secte schismatique, la protection de l'atabek Togtekin. Il se mit à prêcher sa doctrine à Damas et y fit des prosélytes. Puis il obtint de s'installer à Banyas (3) et il y reçut un grand nombre de membres de sa secte.

Après la mort de Togtekin (12 février 1128), son fils Buri, le nouvel atabek de Damas, protégea à son tour les Ismaéliens auxquels son vizir, Tâhir al Mazdaghani, était tout acquis. La puissance des Ismaéliens grandit encore sous leur nouveau chef qui avait succédé à Bahrâm, Ismail al Ajemi, « le Persan. » Le vizir de Damas proposa alors une alliance aux Francs ; il leur offrit de leur ouvrir les portes de Damas à condition qu'ils donneraient en échange à lui et aux Ismaéliens, la ville de Tyr. Le pacte fut conclu. Mais Buri ayant découvert le complot, l'étouffa rapidement. Il fit mettre à mort son vizir et massacrer tous les Ismaéliens qui se trouvaient dans Damas (début septembre 1129) (4).

Ismail vit la partie perdue et comprenant qu'il ne pourrait résister dans Banyas à la colère des Damasquins, il demanda le secours des Francs et chercha un refuge au milieu d'eux. Baudoin II, comme ses successeurs et, au siècle suivant, le roi de France saint Louis, accueillit favorablement l'offre d'alliance des Ismaéliens ou Haschichins que nos chroniques appellent les Assassins. Ces sectaires fanatiques, ennemis des doctrines sunnites, n'hésitaient pas à aller, par deux ou trois, sur l'ordre de leur Maître, assassiner quelqu'un des principaux chefs musulmans.
Dédaignant la mort certaine au-devant de laquelle ils allaient, de tels fous mystiques pouvaient être pour les Francs de précieux auxliaires.
Ismail al Ajemi remit au roi Baudoin II la place de Bélinas (5). Il mourut peu après, en décembre 1129. On voit ensuite les Assassins s'installer en Syrie, dans le Djebel Ansarieh, évidemment avec l'agrément des Francs puisque le territoire montagneux qu'ils occupèrent, faisait coin dans le domaine latin.

La position de Bélinas était particulièrement utile aux Francs, puisqu'elle pouvait constituer un excellent point de concentration pour aller attaquer Damas et commandait la route de Tyr. Le roi confia aussitôt la Place de Bélinas à la garde d'un de ses chevaliers, Renier Brus (6). Les Francs devaient la perdre trois ans plus tard, en 1132. C'est, dans ce laps de trois années, qu'ils construisirent le château de Subeibe.

En l'année 1132, les Francs, selon les chroniqueurs arabes, se seraient emparés des marchandises de commerçants damasquins qui faisaient des affaires en terre chrétienne à Beyrouth. Le nouvel atabek de Damas, Shams al Muluk Ismail, fils de Buri qui venait de mourir, réclama en vain la restitution des biens confisqués. Aussi résolut-il d'aller attaquer Bélinas. Il apparut devant la ville en décembre 1132. Renier Brus se trouvait alors à Jaffa auprès du roi Foulque. La garnison essaya de résister (8). Mais après deux jours d'attaques vigoureuses, les troupes damasquines ayant comblé le fossé et pratiqué une brèche dans le mur d'enceinte, envahirent la ville et y firent un grand massacre et de nombreux prisonniers (9).

Cependant un certain nombre de combattants francs avaient pu se réfugier dans la citadelle (Subeibe) et il fallut entreprendre un nouveau siège. Dès la nouvelle de l'attaque de Bélinas, l'armée royale s'était préparée à lui porter secours, mais la citadelle capitula avant que ce renfort pût arriver.

L'atabek fit une rentrée triomphale à Damas avec un troupeau de captifs, tandis que ses guerriers brandissaient au bout de leurs lances des têtes de soldats francs.
Parmi les prisonniers faits à Bélinas se trouvait la femme de Renier Brus.

Deux ans plus tard (octobre 1134) (10), les Damasquins ayant demandé une trêve, le roi de Jérusalem exigea la restitution des prisonniers de Bélinas. Ainsi la femme de Renier Brus fut rendue à la liberté. Mais ses vainqueurs ne l'avaient pas respectée. D'accord avec son mari, elle s'enferma dans un couvent de Jérusalem (11).

Depuis de longues années les Croisés avaient un terrible adversaire en la personne de l'atabek de Mossoul et d'Alep, Imad al din Zengi, le Sanguins de nos chroniques, dont le fils, Nour ed din, devait lui aussi être un ennemi acharné de la Croix. Zengi, quelques années auparavant, avait fait subir aux Francs de graves échecs : il avait enlevé à la Principauté d'Antioche plusieurs places au-delà de l'Oronte (1135), Puis au Comté de Tripoli la forteresse de Montferrand (1137). Son ambition sans bornes l'avait poussé à s'attaquer à son propre souverain le Calife de Bagdad et il avait essayé à plusieurs reprises de s'emparer de l'Etat de Damas. Il avait occupé successivement Hama, Homs et Baalbeck, et pour mettre plus facilement la main sur Damas il avait obtenu la soumission du gouverneur damasquin de Bélinas, Ibrahim ibn Turgutli (1137) (12).

Mais, fidèles à leur atabek, de la dynastie bouride, les Damasquins avaient opposé à Zengi une résistance énergique sous le commandement d'un capitaine de valeur, le mameluk Muin al din Anar (ou Unur). Les attaques de Zengi se faisant de plus en plus pressantes, Muin al din Anar, que le traducteur de Guillaume de Tyr appelle « Aynarz, conestables et garde du roiaume de Damas » demanda aux Francs leur concours pour combattre Zengi. Il envoya au roi Foulque un ambassadeur qui avait déjà été en rapports avec les seigneurs latins et dont le caractère chevaleresque, très semblable à l'esprit de la noblesse franque, était fait pour leur plaire. C'était Ousama qui, dans son Autobiographie, nous a laissé le plus vivant témoignage des relations courtoises et amicales qu'entretenaient alors sur cette terre d'Orient les chevaliers francs et les émirs syriens.
Le roi Foulque, voyant grandir la puissance de Zengi, comprit aussitôt qu'il était nécessaire pour la sécurité de l'Etat chrétien, de l'empêcher de s'emparer de Damas et de garantir par conséquent l'indépendance de cette grande cité musulmane.

Ayant réuni son conseil et obtenu l'approbation des barons du Royaume, Foulque fit bon accueil aux offres d'Anar qui proposait d'abord de l'aider à reconquérir Bélinas et qui prenait à sa charge tous les frais de l'armée franque dans sa campagne contre Zengi.
Le roi se mit donc en route après avoir convié les troupes d'Antioche et de Tripoli à le rejoindre au siège de Bélinas. Ayant concentré les troupes du royaume à Tibériade il monta vers le nord pour faire sa jonction avec l'armée d'Anar à Nu'aran au sud-est du lac de Houlé. Zengi effrayé par cette coalition s'éloigna de la région de Damas qu'il menaçait, renonçant à secourir Bélinas.

Pendant ce temps le prince d'Antioche arrivait à l'appel du roi, rencontrait le gouverneur de Bélinas, Ibrahim ibn Turguth, qui, ne sachant pas sa ville menacée, était allé faire une razzia sur le territoire de Tyr. La troupe musulmane fut vaincue et Ibrahim fut tué.

Le siège de Bélinas conduit par le roi Foulque et par Muin al din Anar, dura tout un mois (13). Un accord parfait régnait entre les alliés (14). Les troupes de Muin al din Anar bloquaient la ville du côté de l'est (15). Le roi Foulque et l'armée chrétienne surveillaient le côté de l'ouest. Ces deux armées étaient pourvues d'un important matériel de siège. Mais malgré leurs assauts répétés et le jeu incessant de leurs machines, les défenseurs résistaient avec acharnement. On se décida à construire une grande tour de bois, un « chastel de fust », d'où l'on pourrait dominer les tours de l'enceinte et accabler de projectiles l'intérieur de la place.

La forêt de Bélinas ne fournissant pas de bois de suffisante grosseur, Muin al din Anar envoya chercher à Damas d'énormes poutres. Des charpentiers eurent vite fait de bâtir ce haut château de bois qu'on dressa contre l'enceinte et d'où l'on dominait toute la ville. De la plateforme de cette construction de charpente, des mangonneaux lançaient de lourdes pierres dans la ville, tandis que des archers envoyaient des volées de traits sur tout défenseur qui apparaissait.

Les contingents d'Antioche et de Tripoli étaient arrivés en renfort et le légat du Pape, Aubry de Beauvais, évêque d'Ostie, avait rejoint l'armée et exhortait de sa parole enflammée les assiégeants à donner l'assaut final.

Les habitants de Bélinas avaient longtemps espéré le secours de Zengi. Mais celui-ci n'osant se mesurer contre ces forces importantes s'était retiré à Baalbeck. Muin al din Anar entama alors des pourparlers avec la garnison de Bélinas pour éviter le massacre qui suivrait l'envahissement de la ville. Il offrit une capitulation honorable par laquelle tous les habitants pourraient se retirer sains et saufs en emportant leurs biens. L'accord étant conclu, Anar en fit part au roi et à ses barons et leur demanda leur agrément. Les Francs acceptèrent et louèrent leur allié de son habileté ainsi que de la loyauté dont il avait fait preuve envers eux. La population musulmane ayant évacué la ville vers le 20 juin 1140, celle-ci fut restituée à son ancien seigneur, Renier Brus ( 16).

Comme l'observe justement René Grousset (17) à propos du siège de Bélinas, c'est à ce moment surtout, grâce aux anecdotes d'Ousama, qu'on remarque les bonnes relations qui, après un voisinage de quarante années, s'étaient établies entre Francs et Syriens musulmans. Ousama (18) nous raconte notamment que, peu après cette réoccupation de Bélinas par les Francs, Renier Brus causa un préjudice à des Damasquins en capturant des troupeaux de moutons qui pâturaient dans la forêt de Banyas. Les brebis mal soignées avaient perdu leurs agneaux.
Ousama vint de Damas réclamer justice au roi Foulque et demander des dommages-intérêts. Foulque nomma une commission d'enquête et celle-ci donna tort au seigneur de Bélinas qui dut payer quatre cents dinars d'indemnité.

Le silence se fait ensuite pendant huit années sur Bélinas. Il en est à nouveau question à propos de la deuxième Croisade. On sait que cette Croisade avait été provoquée par la chute de la capitale d'un des quatre Etats chrétiens d'Orient, Edesse, enlevée par Zengi en 1144. C'était surtout dans le nord de la colonie franque que les Croisés venus d'Europe ayant à leur tête l'empereur d'Allemagne, Conrad III, et le roi de France, Louis VII, auraient dû aller combattre. Ils auraient pu rétablir le comté d'Edesse, découronné de son chef-lieu et fort menacé, et aider aussi le prince d'Antioche à reprendre les places qu'il avait perdues au-delà de l'Oronte.

A l'arrivée de Louis VII en Syrie, au début de 1148, Zengi était mort depuis un an et demi, mais il avait dans Nour ed din, son fils et son successeur comme atabek d'Alep, un émule hardi qui devait se montrer un ennemi acharné des Francs. C'est lui qu'il aurait fallu attaquer et les chefs de la Croisade eussent été bien inspirés en suivant l'avis du prince d'Antioche qui venait leur demander leur aide pour combattre Nour ed din et lui enlever Alep. La colonie franque toute entière eût largement profité de cette conquête ainsi que d'une victoire sur son principal adversaire.

Malheureusement l'autorité royale subissait alors un de ces fléchissements momentanés dont on voit d'autres exemples dans l'histoire de la colonie latine et ces fléchissements lui furent toujours très préjudiciables. Le royaume était alors sous la régence de Mélissende, mère du jeune roi Baudoin III, femme dénuée de jugement qui ne suivit pas la politique avisée du roi Foulque.
Elle et son conseil cherchèrent donc à utiliser la grande Croisade européenne au profit du seul Etat de Jérusalem au lieu de la faire contribuer au rétablissement du domaine franc diminué par les conquêtes de Zengi (19).

C'est ainsi que Louis VII fut attiré à Jérusalem. Il y retrouva l'empereur d'Allemagne et, peu après, un grand conseil, qui réunissait les chefs de la Croisade et les barons du royaume de Jérusalem, se tint à Acre (24 juin 1148). Cette assemblée décida que la Croisade se porterait contre Damas. Faute grave, qu'avaient combattue certains barons de Palestine ; elle allait jeter les Francs contre le vieux gouverneur de Damas, Anar, qui avait été le loyal allié du roi Foulque. Celui-ci avait fort bien compris que le maintien de l'indépendance de l'Etat de Damas lui permettait de maintenir l'équilibre des forces chrétiennes contre les forces musulmanes et de tenir tête à l'ambition grandissante de Zengi. Or cette politique, il eût été indispensable de la maintenir, car si Zengi était mort, son pouvoir était passé aux mains de ses deux fils, tous deux fort énergiques : Saïf ed din, atabek de Mossoul et Nour ed din, atabek d'Alep.

Les armées chrétiennes ayant encerclé Damas, le vieux général Anar agit avec une extrême habileté. Il entama des pourparlers avec les fils de Zengi pour leur demander secours, mais il évita de s'engager à fond vis-à-vis d'eux et de leur promettre de leur livrer Damas. En même temps il envoya des messagers aux Francs et il spécula adroitement sur les rivalités qui existaient entre les Croisés d'Europe et les Francs de Palestine. Devant les Occidentaux il brandit la menace des armées de l'atabek de Mossoul qui accouraient au secours de Damas et auquel il était tout prêt à ouvrir ses portes. Aux Francs d'Orient, ses alliés de la veille, il montra qu'ils étaient pris entre deux feux : les Francs arrivés d'Outre-Mer ne se contenteraient pas de la prise de Damas et ils les dépouilleraient eux-mêmes de leurs domaines ; d'autre part s'ils le forçaient à remettre Damas aux mains de Saïf ed din, celui-ci serait alors assez, puissant pour enlever Jérusalem à la Chrétienté et ruiner le royaume latin. Il leur conseillait donc de détourner l'empereur d'Allemagne de continuer le siège de Damas et en échange il leur livrerait la forteresse de Bélinas (20).

Séduits par ces propositions, les Francs d'Orient s'efforcèrent de faire cesser les hostilités. D'ailleurs le siège de Damas s'avérait difficile ; des dissensions se produisaient parmi les assiégeants et de puissants renforts arrivaient aux Damasquins.
Découragés, Conrad III et Louis VII quittèrent leurs positions le 28 juin 1148. La deuxième croisade avait échoué.

Cependant, Muin al din Anar tenait parole et remettait aux Francs la forteresse de Bélinas. Tel est le récit des chroniqueurs orientaux, Ibn al Athir et Aboulféda. Aucun texte ne nous parle d'une reprise de Bélinas par les Musulmans, entre 1140 et 1148. On remarquera qu'il est question ici de la forteresse de Bélinas, c'est-à-dire de Subeibe, et non pas de la ville elle-même. On peut donc supposer qu'Anar, lorsqu'il s'était vu menacé par les Francs, s'était emparé de Subeibe, sans avoir pu mettre la main sur la ville même de Bélinas. Subeibe en son pouvoir lui permettait de couper les derrières de l'armée franque assiégeant Damas.

Les Francs d'Orient reconnurent combien jadis avait été sage l'attitude du roi Foulque vis-à-vis de Damas. Le vieux vizir Anar étant mort en 1149, ils firent avec l'atabek de Damas, Modjir ed din Abaq, une alliance offensive et défensive contre Nour ed din qui renouvelait ses attaques contre Damas.

En décembre 1151, une bande de Turcomans, probablement à la solde de Nour ed din, font une razzia près de Bélinas. Le seigneur de cette ville (Renier Brus ou son gendre Onfroi II de Toron) fait une sortie, mais il subit un échec. L'atabek de Damas, irrité de cette attaque contre ses alliés, envoie des troupes contre les Turcomans et les oblige à restituer leurs prises (21).

En 1153, Baudoin III achevait la conquête du littoral palestinien, entreprise un demi-siècle plus tôt : il s'emparait enfin du grand port d'Ascalon, maintes fois assiégé par ses prédécesseurs, mais âprement défendu par sa garnison égyptienne et toujours secouru à temps par une flotte venue d'Egypte. Ce siège commencé à la fin de janvier, dura sept mois.

Au mois de mai, Nour ed din dont les Ascalonitains avaient imploré le secours, voulut assiéger Bélinas, tant pour leur venir en aide en faisant diversion que pour profiter à son avantage de ce que le royaume latin, ayant massé toutes ses forces contre la grande cité maritime, était dépourvu de défenseurs. Nour ed din, pour attaquer Bélinas, avait obtenu le concours de son ennemi, l'atabek de Damas, Modjir ed din. Mais celui-ci était toujours favorable aux Francs qui avaient jusqu'alors garanti l'indépendance de Damas contre l'ambition de Nour ed din et, avant lui, de son père Zengi. Les deux troupes musulmanes apparurent le 16 mai devant Bélinas, mais la discorde se mit bientôt parmi elles ; Damasquins de Modjir ed din et Alépins de Nour ed din en vinrent même à se battre, et se retirèrent. Quelques jours après, ils revenaient sur leurs pas pour attaquer la ville, puis se séparaient à nouveau, Nour ed din se dirigeant vers Homs, tandis que Modjir ed din rentrait à Damas le 6 juin (22).

Les Francs ne furent plus alors inquiétés dans la poursuite du siège d'Ascalon, qui leur ouvrit enfin ses portes le 19 août 1153. A ce moment, le royaume de Jérusalem proprement dit arrivait au faîte de sa puissance. Ascalon prise après avoir tenu tête aux Francs pendant plus d'un demi-siècle, les Latins étaient souverains de tout le littoral palestinien et syrien. D'autre part Damas était, depuis la mort de l'énergique vizir Anar (1149), sous la seule autorité du prince bouride, Modjir ed din, personnage incapable et dissolu. Les Francs en profitèrent et établirent un véritable protectorat sur Damas, qu'ils obligèrent à leur payer un tribut annuel. Leurs agents se rendaient dans la ville pour toucher cet impôt chez les habitants. Ils faisaient aussi une sorte de recensement des esclaves chrétiens qu'employaient des maîtres musulmans, et sans se soucier de l'avis de ces derniers, ils offraient à ces esclaves soit de rester à Damas, soit de retourner en terre latine (23).

Malheureusement cet état de choses ne devait pas durer. Nour ed din qui cherchait depuis longtemps à s'emparer de Damas, trouva moyen de circonvenir et de tromper le faible atabek Modjir ed din, puis un jour il apparut avec une armée devant Damas où il s'était assuré des appuis et il prit facilement le pouvoir (25 avril 1154). Maître de Damas et d'Alep, les deux principales villes musulmanes de Syrie en face des états francs, Nour ed din allait reprendre avec avantage la lutte contre ceux-ci. Il s'attaqua d'abord à Bélinas qui gardait la frontière franque de Galilée et était la place chrétienne la plus voisine de Damas.

Les Francs eux-mêmes lui en donnèrent l'occasion : A la fin de 1156, une trêve d'une année avait été conclue entre eux et Nour ed din. En février 1157, un grand nombre de pasteurs, transhumant d'immenses troupeaux, les menèrent, avec l'agrément des autorités franques, dans les immenses pâturages arrosés par les sources du Jourdain, qui s'étendent au pied de l'Hermon au voisinage de Bélinas.

Le jeune roi Baudoin III, mal conseillé, commit alors une lourde faute. Il était accablé de dettes et on vint lui dire qu'il avait à portée de la main un butin considérable ; il suffisait de l'enlever à des ennemis sans défense. Oubliant sa parole et méprisant le traité conclu, Baudoin accourut avec une troupe armée, massacra les nomades et emmena leurs magnifiques chevaux et tout leur bétail (24). Cette violation de la trêve devait amener une riposte vigoureuse de la part de Nour ed din (25).

Onfroi de Toron, connétable du royaume et seigneur de Bélinas, comprit aussitôt le danger. Ne se sentant pas en mesure de défendre, seul sa possession, il fit ce que d'autres avaient fait avant lui pour la protection de châteaux de frontière, tel le comte de Tripoli qui, en 1142, avait confié la garde du Crac aux chevaliers de l'Hôpital. Il offrit à ceux-ci, la moitié des revenus de sa cité (26), à charge de leur part de lui fournir des combattants, des armes et des vivres.

Une troupe d'Hospitaliers au nombre de sept cents cavaliers, escortés de sergents du Temple, de fantassins et aussi de paysans musulmans du Djebel Arnela, se mit donc en route vers Bélinas avec des chameaux, du bétail destiné à ravitailler la place, des armes et des bagages. Mais alors qu'elle allait atteindre la ville, elle fut attaquée par les Musulmans commandés par un frère de Nour ed din, Nosret ed din, qui, averti de sa venue, était accouru à sa rencontre et avait pris ses dispositions de combat (26 avril 1157). La bataille dut avoir lieu sous les murs même de Bélinas, car Abû Chama nous dit que la garnison de la ville fit une sortie.
La victoire des Musulmans fuf complète (27) : « Peu de Francs réussirent à s'échapper ; presque tous furent tués, blessés ou capturés. Une quantité innombrable de chevaux, d'armes, de richesses, de prisonniers et de têtes coupées resta aux mains des Musulmans (28). » Nosret ed din fit une entrée triomphale à Damas avec ses prises. Il envoya un certain nombre de captifs à Baalbeck à son frère qui les fit décapiter.

Guillaume de Tyr nous apprend qu'à la suite de cette défaite, les Hospitaliers redoutant un nouvel échec, renoncèrent à leur convention avec Onfroi de Toron et lui restituèrent la ville de Bélinas (29).

Vous pouvez lire le travail de M. Graboïs Aryeh - La cité de Baniyas et le château de Subeibeh pendant les croisades. - Baniyas et le château de Subeibeh

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PREMIER SIEGE DE BELINAS en 1157
A ce moment, Nour ed din venait de recevoir à Baalbeck un précieux renfort ; c'était une troupe de Turcomans commandée par l'émir curde Asad ed din Shirkuh, qui devait quelques années plus tard, se mesurer en Egypte contre les armées du roi Amaury. Nour ed din décida donc d'entreprendre un siège en règle de la place de Bélinas et à cet effet, il se rendit à Damas pour y chercher ses machines de guerre et lancer au milieu des habitants de Damas l'appel à la guerre sainte.

De nombreux volontaires s'enrôlèrent et l'atabck sortit le 11 mai de Damas avec son armée, marchant directement sur Bélinas, tandis que Shirkuh allait camper dans le voisinage de Hounin pour barrer la route à l'armée royale au cas où elle viendrait au secours de la place assiégée. Imprudemment, une petite troupe de Francs, composée d'une centaine de chevaliers et de leurs gens, se jeta sur l'armée de Shirkuh qui, très supérieure en nombre, l'écrasa. La nouvelle de cette victoire musulmane fut apportée à Damas par un pigeon le 18 mai (30).

Cependant Nour ed din avait pris ses positions de siège et ses mangonneaux martelaient jour et nuit les murailles. Ce siège ne dura que quelques jours ; la garnison était peu nombreuse, mais elle avait à sa tête deux chefs énergiques, le connétable Onfroi de Toron et son fils (Onfroi III) qui donnaient l'exemple et entretenaient l'ardeur des défenseurs. Un jour, ceux-ci tentèrent une sortie pendant que les troupes musulmanes donnaient l'assaut. Ils furent repoussés, rentrèrent en hâte et voulurent refermer la porte, mais une foule de soldats musulmans pénétrèrent avec eux, firent un grand massacre d'habitants et restèrent maîtres de la ville. Cependant les deux Onfroi et une partie des combattants francs purent se réfugier dans le château (31), tandis que Nour ed din faisait incendier les maisons de Bélinas et démolir ses tours et ses murailles. L'atabek apprenant que le roi de Jérusalem accourait avec son armée au secours des assiégés, renonça à s'emparer du château et leva le camp. L'armée de Shirkuh battit aussi en retraite (mi-juin 1157).

Baudoin III voulut aussitôt restaurer Bélinas que les Musulmans avaient démolie méthodiquement. Il fit venir un grand nombre d'ouvriers (32) qui rétablirent l'enceinte, et creusèrent les fossés qu'on avait comblés, tandis que les habitants relevaient leurs maisons. Puis laissant là une solide garnison et une abondante provision de vivres, Baudoin se dirigea vers Tibériade avec la chevalerie du royaume.

Nour ed din avait fait surveiller la marche du roi de Jérusalem et ayant appris qu'il campait à la Saline (33) à mi-chemin entre Bélinas et Tibériade, l'atabek décida de l'attaquer. Il alla se poster au sud du lac, au Gué de Jacob (34), attendant les Francs qui passeraient par là. En effet le lendemain, les Francs arrivés à l'étape étaient descendus de cheval quand ils virent soudain apparaître tout autour d'eux les étendards de Nour ed din (35) (19 juin 1157). Ils firent cependant une magnifique résistance. Ayant sauté en selle, ils parvinrent à se former en quatre corps. L'ennemi leur envoya une grêle de flèches qui ; mit le désordre dans leurs rangs, puis les attaqua à la lance. Presque tous les Francs furent tués ou faits prisonniers. Selon Abû Chama, dix seulement échappèrent. Les principaux barons de Palestine tombèrent ce jour-là aux mains de l'ennemi. Guillaume de Tyr nous donne les noms de Hugues d'Ibelin, Jean Gormanz ou Gothmann, Rohard de Jaffe et son frère Balian, le grand maître du Temple Bertrand de Blancafort et le maréchal du royaume Eude de Saint-Amand.

Quelques jours après, l'armée musulmane faisait une entrée triomphale à Damas avec ses captifs et, en haut des lances, les têtes coupées des Francs qui étaient tombés sur le champ de bataille. On avait voulu que la foule constatât nettement que des hauts barons avaient été pris : chaque seigneur d'un fief du royaume et chaque gouverneur de forteresse s'avançait à cheval, revêtu de sa cotte de mailles, heaume en tête et tenant son étendard. Les cavaliers passaient à deux sur un chameau et tenant un étendard, auquel pendaient des peaux de crâne ; les fantassins marchaient liés de cordes, par trois ou quatre.

Pendant un certain temps on fut, tant chez les Musulmans que dans les villes chrétiennes, dans l'ignorance du sort du roi. On crut qu'il était resté parmi les morts (36). En réalité il avait échappé au désastre et s'était réfugié dans le château de Saphet. Il n'en sortit que lorsqu'il eut la certitude que l'ennemi avait quitté le territoire chrétien. Il se rendit alors à Acre où l'angoisse était grande et où il fut accueilli avec enthousiasme tant était forte l'institution monarchique et la croyance que le sort du royaume dépendait de son chef.
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DEUXIEME SIEGE DE BELINAS 1157 (APRES LE 19 JUIN)
Le roi vaincu, Nour ed din avait beau jeu, semblait-il, de s'emparer de Bélinas. Il s'y porta sans retard avec une importante artillerie, et un nouveau siège, aussi violent que le premier, commença (37). Onfroi de Toron n'était pas là et il avait confié la garde de sa cité à un de ses cousins, Guy de Scandelion qui se comporta en courageux chevalier. Il fallut abandonner la ville et se réfugier dans le château de Subeibe.

Baudoin III apprenant cette nouvelle attaque contre Bélinas, se prépara à aller la secourir. Privé de sa noblesse palestinienne, il demanda l'aide de la chevalerie d'Antioche et de Tripoli. Le Prince d'Antioche, Renaud de Châtillon, et le comte de Tripoli, Raymond III, le rejoignirent avec leurs troupes près du Châteauneuf (Hounin) au lieu-dit Noire-Garde (38).

Nour ed din comprit qu'il ne pouvait tenir tête aux importantes forces chrétiennes qui venaient de se réunir et prudemment il leva le siège et rentra à Damas.

Ainsi, par deux fois en quelques semaines, le roi de Jérusalem, malgré une grande défaite, avait sauvé Bélinas. Ce second siège dut se passer à la fin de juin et dans les premiers jours de juillet.

* * *

Bélinas allait être tranquille pendant quelques années.

La fin de 1157 et l'année 1158, furent favorables aux Francs contre Nour ed din. Baudoin III réussit à réunir les forces des trois Etats latins et aussi celles du Prince chrétien de Petite-Arménie, Thoros II, grâce à quoi il fit d'heureuses chevauchées, reprit aux Musulmans la place forte de Harrenc (Harim) au-delà de l'Oronte et remporta une grande victoire sur Nour ed din à Butaha, à l'est du lac de Tibériade (juillet 1158).

Un rapprochement avait eu lieu avec l'Empire de Byzance : Manuel Comnène avait donné sa nièce Théodora en mariage au roi de Jérusalem. Nour ed din avait donc été obligé de se tenir sur ses gardes. Au printemps 1159, les armées franque et grecque réunies avaient même menacé Alep ; mais l'atabek les avait éloignées en délivrant de nombreux prisonniers chrétiens. Ensuite il lui avait fallu aller combattre en Asie-Mineure contre le sultan Seljoukide de Qonia, Qilij Arslan II.

En février 1162, Baudoin III mourait, et Nour ed din qui aurait pu à ce moment se jeter sur l'Etat chrétien privé de souverain, avait eu la magnanimité de s'en abstenir (39).

Le successeur de Baudoin, Amaury I, songea à conquérir l'Egypte qui était alors livrée à l'anarchie. L'occasion était propice et le projet pouvait sembler réalisable maintenant que les Francs étaient maîtres du port d'Ascalon pris aux Egyptiens dix ans auparavant (1153). Les Francs firent une première campagne en Egypte en 1163.

Nour ed din profita de ce que les Etats Francs étaient privés d'une grande partie de leurs troupes, pour envahir le comté de Tripoli et assiéger l'une des principales forteresses chrétiennes, le Crac des Chevaliers. Mais alors que son armée campait dans la plaine de la Boquée au pied du château, elle fut surprise par un fort parti de Croisés qui la tailla en pièces (1163). L'année suivante, Nour ed din prit une sanglante revanche en battant et faisant prisonniers le prince d'Antioche, Bohémond III et le comte de Tripoli, Raymond III, le 10 août 1164, près de Harrenc. Le surlendemain il s'emparait de Harrenc.
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PRISE DE BELINAS (18 octobre 1164)
— A ce moment, le roi Amaury dirigeait une nouvelle campagne en Egypte, et le royaume était à peu près vide de combattants. Nour ed din en profita pour envahir la Galilée ; il eut l'adresse de faire croire qu'il allait attaquer Tibériade, dont on renforça en hâte la garnison. Aussitôt l'atabek alla attaquer Bélinas qu'il avait déjà assiégée trois fois. Elle n'avait qu'un très petit nombre d'hommes d'armes ; son seigneur Onfroi II de Toron et son évêque étaient en Egypte avec le roi. Un chevalier nommé Gautier de Quesnoy, commandait la Place.

Elle résista d'abord vigoureusement et les troupes de l'atabek, soutenues par une puissante artillerie, durent livrer plusieurs assauts. Au cours de l'un d'eux, le frère de l'atabek, l'émir Nosret ed din, eut un œil percé d'une flèche. Nour ed din lui dit pour le réconforter : « Si tu voyais quelle récompense t'est destinée dans l'autre monde, tu désirerais perdre ton autre œil. » La Place capitula, selon Guillaume de Tyr, le 18 octobre.

Le roi Amaury qui faisait une nouvelle campagne en Egypte et assiégeait Shirkuh dans Bilbeis, s'était hâté de traiter en recevant la nouvelle de l'attaque de Bélinas. Il leva le siège de Bilbeis à la fin d'octobre et rentra aussitôt dans son royaume. La résistance des Francs de Bélinas n'avait que peu duré. Guillaume de Tyr laisse planer sur Gautier de Quesnoy le soupçon de trahison. On raconta en effet que celui-ci ainsi qu'un chanoine de Bélinas, nommé Roger, avaient cédé cette Place à l'atabek contre une somme d'argent et que le roi rentrant d'Egypte, tous deux avaient pris la fuite. Guillaume de Tyr ajoute qu'on ne sut jamais la vérité là-dessus.

* * *

La perte de Bélinas fut considérée comme une catastrophe dans le royaume de Jérusalem. Des lettres du roi Amaury et du grand maître du Temple au roi de France et du Pape Alexandre III à l'archevêque de Reims, témoignent de l'émotion que provoqua cet événement (40).

Maître de Bélinas, Nour ed din s'en fit aussitôt une arme contre le domaine franc. Il la munit d'une importante garnison, d'un matériel de guerre et d'approvisionnements (41). Les Francs ne devaient plus jamais récccuper cette position si importante pour la défense de la Galilée.

Jean, le dernier évêque de Bélinas, devait quelques années plus tard aller en ambassade en France. Le roi Amaury maintenait le contact avec l'Occident et spécialement avec la cour de France. En 1163, au retour de sa première campagne d'Egypte, il avait écrit au roi Louis VII pour lui rendre compte des succès de cette campagne et l'inviter à lever une croisade pour conquérir ce pays : « Si votre vertu magnifique tient à nous porter secours, disait-il, l'Egypte pourra être facilement marquée du signe de la croix (42). »

En 1169, la situation des Francs en Orient était précaire et le royaume de Palestine était gravement menacé. La puissance de leur ennemi Nour ed din, atabek d'Alep puis de Damas, avait grandi grâce à l'action en Egypte de ses deux lieutenants, Shirkuh et le neveu de celui-ci, Saladin. Shirkuh, après plusieurs campagnes, était parvenu à vaincre le vizir Shawer soutenu par les Francs, l'avait fait mettre à mort et s'était fait nommer à sa place (janvier 1169). Deux mois plus tard, Shirkuh mourait et Saladin le remplaçait au Caire comme vizir. Ainsi Nour ed din et son lieutenant tenaient le pouvoir en Egypte et pouvaient disposer des flottes de Damiette et d'Alexandrie pour attaquer les ports francs de Palestine et de Syrie.

Amaury comprit tout le danger qui menaçait les Etats chrétiens d'Orient et il fit décider par son conseil d'envoyer aux principaux princes d'Occidcnt, à l'empereur d'Allemagne, aux rois de France, d'Angleterre et de Sicile, à des grands seigneurs tels que les comtes de Flandre, de Champagne et de Blois, des ambassadeurs « des meilleurs prélas du païs qui bien seussent mostrer aus princes bons crestiens la mesèse et le péril de la Sainte Terre, et leur requeissent, de par Nostre Seigneur que secorre le venissent en son héritage... (43) »

On avait d'abord choisi le patriarche de Jérusalem, l'archevêque de Césarée et l'évêque d'Acre, mais ceux-ci, le lendemain de leur départ, subirent une effroyable tempête et leur navire regagna la côte à grand peine. Les prélats refusèrent de reprendre la mer.

C'est donc Ferry, archevêque de Tyr, et Jean, évêque de Bélinas, qui furent envoyés en ambassade (44). Ils arrivèrent en septembre 1169 à la cour de Louis VII et lui apportèrent les clefs d'une des portes de Jérusalem. Le roi, qui avait, vingt-et-un ans auparavant combattu en Terre-Sainte, pleura en apprenant le péril qui menaçait la ville sainte. Mais le royaume de France était lui-même gravement menacé à ce moment par Henri Plantagenêt, roi d'Angleterre et il n'était pas possible alors de monter une grande expédition outre-mer. L'évêque de Bélinas mourut peu de temps après son arrivée à Paris, le 12 octobre 1169. C'est là qu'il fut enterré, en l'église Saint-Victor, « à senestre, si com l'en entre vers le cuer. »

L'archevêque de Tyr resta deux ans en Occident, parcourant les cours souveraines, tentant à lui seul de ranimer l'enthousiasme qui avait jadis soulevé l'Europe à plusieurs reprises.

Mais ses efforts furent vains : la chrétienté d'Occident oubliait ses coreligionnaires qui tenaient l'Islam en respect à l'autre bout de la Méditerranée. Ferry de Tyr rentra désoler en Syrie, n'apportant « ne secours ne espérance (45).  »

Au printemps 1174, le roi de Jérusalem Amaury, allait tenter de reprendre Bélinas. Ce fut la dernière campagne de ce roi si batailleur qui était allé cinq fois combattre en Egypte. Pendant quinze jours il assiégea la Place à grand renfort de mangonneaux. Mais la garnison damasquine opposait une vigoureuse résistance. L'émir Ibn al Muqaddain vint de Damas à son secours avec une forte armée. Arrivé près du camp des Francs, il offrit de traiter et un accord fut conclu à la suite de quoi le roi et ses troupes rentrèrent à Jérusalem (46). Amaury; avait contracté à ce siège une dysenterie dont il devait mourir peu après, le 11 juillet 1174.

Pendant le siège de Beaufort par Saladin, le seigneur de ce château, Renaud de Sagette fut retenu quelque temps prisonnier à Subeibe (août 1189) (47).

On verra plus loin qu'en 1253, un contingent de l'armée de Saint Louis, dont Joinville faisait partie, s'empara de Bélinas et combattit sous les murs de Subeibe (48).

Après Nour ed din, Bélinas et Subeibe appartinrent à Saladin. Celui-ci les attribua avec Damas à son fils Malek el Afdal.

En 1196, l'oncle de celui-ci, Malek el Adel, frère de Saladin, le dépouillait de Damas et en même temps de Bélinas. Cette dernière Place passa à son fils Malek el Aziz Othman en 608 (1211-1212).

Pendant la 5e Croisade (1217-1221) conduite en Egypte par Jean de Brienne, le prince de Damas, al Moaddham, voyant que son frère, le sultan d'Egypte Malek el Kamel allait succomber devant l'armée croisée, et prévoyant qu'ensuite la Palestine serait envahie, se décida à démanteler ses principales forteresses telles que Tibnin (le Toron), Subeibe et Saphet. En mars 1219, il démantela même Jérusalem, soit qu'il voulût que les Chrétiens victorieux ne trouvassent plus qu'un pays privé de fortifications, soit qu'il pensât attirer ainsi l'armée croisée en Palestine pour en débarrasser l'Egypte.

Après la prise de Damiette (5 novembre 1219), le sultan d'Egypte offrit aux Croisés de leur rendre Jérusalem et les places du Toron, de Saphet, de Beaufort et de Bélinas contre la reddition de Damiette. L'obstination du Légat du Pape, le cardinal Pélasge, fit échouer cette proposition si avantageuse pour l'Etat latin d'Orient (49).

Une inscription datée de 623 de l'hégire (1226) et portant mention d'une construction effectuée à Banyas au temps d'Othman est conservée dans cette ville (50). Deux autres inscriptions datées de 625 (1227-1228) et de 627 (1229-1230) se trouvent dans le château de Subeibe et signalent des travaux faits par ordre de ce même Othman (51). La première est gravée sur le saillant I au sud, la seconde rappelle la construction du saillant II sur le front ouest ; celle-ci conserve le nom de l'architecte, un Persan, originaire de Hamadhan, nommé Abou Bekr ibn Nasr Allah ibn Abi Suraqa ( ? ) el Azizi.

Othman mourut en 630 (1232-1233) et légua Banyas à son fils Malek es Sahir qui mourut la même année. Le frère de ce dernier, Malek es Saïd, lui succéda et posséda Banyas avec plusieurs interruptions de 630 à 658 (1260) date de sa mort (52).
Comme son frère, Malek es Saïd fit faire des travaux à Subeibe. Une inscription gravée à l'intérieur de l'enceinte, près de la citerne, située à l'angle sud-ouest de la Basse-Cour en garde le souvenir. Cette inscription porte la date de 637 (1239-1240).

Enfin il faut signaler, gisant à terre à l'intérieur de l'enceinte près du front ouest (saillant II), les restes d'une inscription gigantesque portant le nom de Beibars. Maqrizi nous apprend d'ailleurs que Beibars fit des restaurations à la forteresse de Subeibe (53).

Subeibe devint une des prisons d'Etat de l'empire mamelouk.
C'est au temps de Malek es Saïd qu'un corps de l'armée de Saint Louis vint combattre sous les murs de Subeibe.

Ayant achevé de fortifier Jaffa, le roi voulut donner une solide enceinte à Saïda. Il envoya son maître des arbalétriers, Simon de Moncéliart, diriger les travaux, mais à peine étaient-ils commencés que l'armée de Damas arriva à l'improviste, massacra deux mille chrétiens et mit la ville à sac (juin 1253) (54). Les Musulmans se retirèrent ensuite, les uns rentrant à Damas avec des prisonniers et un butin considérable, les autres allant se poster à Bélinas.

A cette nouvelle, Saint Louis quitta Jaffa avec son armée pour se rendre à Saïda. Arrivé à Arsouf (55) il réunit son conseil de guerre et le consulta sur l'utilité d'aller attaquer Bélinas. Le conseil fut d'avis que cette expédition était nécessaire, mais il eut grand peine à obtenir du roi qu'il n'y prît pas part. Le roi continua donc, avec une partie de l'armée, sa route au bord de la mer, tandis qu'à Tyr un corps de troupe s'engagea de nuit dans l'intérieur et marcha sur Bélinas où il arriva à la pointe du jour. L'armée se divisa, pour attaquer la ville, en quatre corps : la « bataille du roi », que commandaient le comte d'Eu et le connétable de France, Gilles de Traseignies, et dont Joinville et Geoffroy de Sergines faisaient partie, devait se poster entre la ville et le château de Subeibe, tandis que le corps des barons de Syrie, commandé par Philippe de Montfort, seigneur de Tyr et de Toron, entrerait dans la ville par la gauche ; les Hospitaliers devaient attaquer sur la droite ; les Templiers enfin pénétreraient dans la ville par la route que l'armée venait de prendre.

Joinville nous raconte en détail la part qu'il prit à ce combat et décrit le paysage en quelques mots précis : les sources du Jourdain près de la ville, le château de Subeibe sur une éminence à la distance d'une demi-lieue, et entre les deux un terrain montant, mouvementé, difficile aux chevaux, parsemé de gros quartiers de roche.
Il resta à son poste toute la journée et fut constamment en péril.
L'attaque sur la ville réussit et les Croisés mirent en fuite les Musulmans qui battirent en retraite vers Subeibe.

Les chevaliers allemands qui faisaient partie du corps du roi, courageux mais indociles, se lancèrent à leur poursuite malgré les appels de Joinville qui leur défendait de bouger.
Les ennemis se retournèrent tout à coup sur les Allemands, et grimpés sur les rochers, assommèrent les cavaliers à coups de massue.

Les Allemands reculant en désordre, jetèrent le trouble chez les fantassins du roi qui se seraient débandés si Joinville ne les avait retenus. Et comme ceux-ci lui disaient qu'avec son cheval il pourrait toujours s'échapper tandis qu'eux seraient massacrés par les Sarrasins, Joinville pour leur donner l'exemple, renvoya son cheval en arrière et tint ferme au milieu d'eux. Au cours de cette contre-offensive de l'ennemi, un de ses chevaliers, Jean de Bussy, tomba mort à ses pieds, la gorge transpercée d'une flèche.

Le gros de l'armée se retirant après la prise de la ville, Joinville restait donc isolé avec les chevaliers allemands et les fantassins du roi, et attendait sans faiblir l'ordre de se retirer. Heureusement, Olivier de Termes, ayant appris qu'il était menacé et sur le point d'être encerclé, le rejoignit et, voyant qu'il était impossible à cette troupe tant la côte était raide, de revenir par le chemin pris le matin, il conseilla à Joinville de simuler un mouvement tournant en direction de la route de Damas comme si on voulait prendre l'ennemi à revers ; une fois que la troupe serait dans la plaine, elle échapperait rapidement.
La manœuvre réussit et les compagnons de Joinville, débarrassés de l'ennemi, allèrent mettre le feu à des tas de blé battu, répandus dans les champs.

Joinville ajoute avec une certaine amertume que quand il parvint au camp des Croisés, il le trouva dressé et les combattants bien à l'aise, débarrassés de leur armement.
Le lendemain, le corps d'expédition rejoignit le roi à Saïda.
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DESCRIPTION DU CHATEAU DE SUBEIBE

Subeibe, plan château
Subeibe, plan château - Sources: Graboïs Aryeh

Le château est situé à une petite heure de marche à l'est de Banyas. La plaine qui les sépare est plantée de maigres oliviers, et, comme le disait Joinville, encombrée de gros quartiers de roche. L'éminence que couronne la forteresse est située au sud du massif de l'Hermon, et en est séparée sur son front nord par une gorge profondément encaissée (56).

Le château s'étend en longueur sur un étroit promontoire montant de l'ouest au nord-est et c'est à l'extrémité nord-est que se dresse te Donjon, dominant de haut le reste de la Place. La superficie, comme celle de Margat, dépasse 3 hectares. La longueur est de 440 mètres. Le front nord-est, au pied du Donjon, a 72 mètres. Il est séparé par une profonde coupure d'une éminence voisine. Le front ouest a 160 mètres. Etranglée en son milieu, la Place n'a là que 62 mètres de large.

Au nord, les pentes qui descendent vers un profond ravin sont abruptes et la forteresse, munie de défenses moins importantes, était inaccessible sur ce front.

Comme à Margat, hors de l'enceinte à une petite distance du Donjon, est creusé un large bassin rectangulaire.
Toute la forteresse est dans un état de ruine extrêmement avancée due sans doute en partie aux tremblements de terre.

Il reste des vestiges importants des murs et des tours carrées de l'enceinte de Bélinas, restaurée en 1157 par le roi de Jérusalem, Baudoin III : cette construction est faite d'un moyen appareil de pierres non taillées, mais, aux angles des tours, les pierres sont taillées à bossages. Ainsi, de chaque côté de l'arête, on voit une rangée verticale de pierres à bossages.
C'est le même appareil qu'on va trouver aux parties franques du château de Subeibe, construit par les Croisés entre 1129 et 1132.
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LE FRONT SUD

Château de Subeibe
Le frond Sud, à l'extrême droite la Tour ronde 16 à la pointe Est de l'enceinte

— Au front sud par lequel on arrive, les saillants carrés et les tours rondes, celles-ci au nombre de quatre, alternent. A première vue, la construction de ces ouvrages semble assez homogène.

On sait que Subeibe fut abandonné définitivement par les Francs en 1164. Or jusqu'à cette époque, ceux-ci n'ont construit en Terre Sainte que des ouvrages carrés (57).

J'avais donc été déconcerté par la présence de ces tours rondes. Mais un examen attentif de l'appareil m'a prouvé de façon certaine qu'elles avaient été construites par les Musulmans.

Le château franc de Subeibe a donc subi de la part des architectes arabes des transformations considérables qui ne s'appliquent pas seulement aux tours rondes. Plusieurs inscriptions arabes, les unes encore en place, les autres gisant sur le sol, sont un témoignage de ces importantes réfections.

Les tours rondes ont un appareil taillé à bossages assez réguliers, tandis que les saillants carrés n'ont qu'un encadrement de pierres à bossages, le reste étant fait de pierres non taillées. Remarquons aussi, que certaines pierres de la tour 7, au lieu d'avoir un simple bossage carré, ont un bossage double dont la partie la plus saillante forme un cercle ou un triangle.
C'est un ornement qui ne figure jamais sur un bossage franc. Deux des tours rondes, 7 et 16, les plus importantes, ont ce large talus arrondi qu'on retrouve aux tours arabes du Crac (6, 12, 13), et au grand ouvrage arabe (tour 6) à l'angle sud-ouest du château de Beaufort.

0,50 Front Sud 0,50 Front Sud 0,50 Front Sud
0,80 0,90 0,50
Fig. 13. — Décor sur des pierres de la tour 7.


Elles conservent des consoles de bretèches taillées en biseau tout à fait semblables à celles qu'on voit à la fortification arabe du temple de Baalbeck. Enfin j'ai retrouvé sur ces tours, plusieurs exemplaires de cette marque arabe consistant en un cercle pointillé ; que j'ai observé aux ouvrages arabes du Crac des Chevaliers (58).

Front Sud


On voit aussi sur ces ouvrages arabes de Subeibe, notamment à la tour 5, que les archères sont munies sur un côté d'une saillie de pierre, qui devait être destinée à protéger la main de l'archer. Je n'ai jamais vu cette saillie à des archères franques tandis que je l'ai retrouvée aux ouvrages arabes de Kérak de Moab (59).

Deux poternes mutilées ouvrent dans des saillants carrés (3 et 8) de ce Front. Celle du saillant 3 est très ruinée et a peut-être été modifiée par les Musulmans. On trouve sur le sol à l'extérieur, les débris d'une inscription arabe. Cette poterne devait être l'entrée du château, car, bien qu'elle conduise à la Basse-Cour, elle est à proximité du Donjon. On y arrive par un escalier soutenu par deux arches. On trouve à la porte en arc brisé la rainure d'une herse de 0.225.

Après la poterne, deux salles se succèdent. Leurs voûtes d'arêtes sont effondrées. Ces deux salles avaient chacune une porte sur la Basse-Cour. En franchissant la première, on trouvait aussitôt à droite une porte donnant accès à la courtine 3-2. Mais si l'on continuait, on longeait un mur formant une défense en avant du donjon et enfermant une cour qu'un fossé séparait du Donjon.

A l'extrémité de ce mur, aujourd'hui démoli, on tournait à angle droit vers l'est pour atteindre l'entrée du Donjon qui se trouve près du front nord en arrière du saillant 14. Un mur sépare le Donjon de ce saillant.

L'autre poterne, un peu mieux conservée, ouvre dans le flanc du saillant 8. Elle desservait la Basse-Cour. On y accède par quelques marches. Cette poterne s'encadre dans un arc brisé que traverse la rainure d'une herse large elle aussi de 0.225. En arrière, on voit les entailles pratiquées pour recevoir les vantaux d'une porte et le logement d'une barre. La voûte de la salle est effondrée ; dans l'épaisseur du mur sur la Basse-Cour est ménagé un escalier qui mène à la terrasse de l'ouvrage.
Des archères, probablement au nombre de 7, ouvrant dans des niches de 2 m. 50 de profondeur, défendaient la courtine unissant ce saillant à la tour 7.

Les saillants 8, 6, 4, 3, 1 et les courtines, sont l'œuvre des Francs. Cependant certaines parties d'entre elles ont été renouvelées par les Musulmans. Au-dessus des archères défendant les courtines se trouvait un chemin de ronde communiquant avec les terrasses des saillants. La partie haute du saillant 4 a été remontée par les Musulmans. La courtine qui va de la tour 2 au saillant 1 est arabe : elle a les bossages réguliers, qu'on voit aux tours rondes. Au flanc ouest du saillant 1 se voient aussi des bossages réguliers et une inscription arabe (60).

La tour Tour 7Château de Subeibe
Subeibe, tours 8, 7, 6
, demi-circulaire, a une belle salle dont la voûte retombe sur un pilier central. Six archères ouvrant sous des niches en arc brisé la défendent. Au mur plat de sa face arrière sur la Basse-Cour, s'accolent des deux côtés de la porte deux escaliers qui mènent à la terrasse de la tour. Des bretèches dont les consoles subsistent défendaient cette terrasse.

Le grand saillant carré 9, muni d'un talus, qui se trouve à l'angle sud-ouest de la Basse-Cour a été considérablement amplifié. Il y avait là originairement un saillant de moins grandes dimensions qui a été doublé sur ses trois faces de défense. En effet, lorsqu'on y entre par deux portes au nord et à l'est, on se trouve dans une salle défendue par 8 archères. Cinq d'entre elles ont été élargies pour pénétrer dans de petites salles ouvrant sur 13 archères. Dans les deux petites salles du sud sont percés les orifices (diamètre 1,65) de deux escaliers à vis qui descendent à un étage inférieur, défendu lui aussi, par une série d'archères ; cet étage inférieur n'occupe que la partie additionnée, et ne pénètre pas sous le noyau central.

Ce renforcement du saillant 9 paraît bien être l'œuvre des Musulmans, bien que les bossages qui forment son appareil soient moins soignés que ceux des tours rondes. En tout cas, toutes les pierres sont à bossages tandis que dans les autres saillants carrés, l'essentiel de l'appareil est fait de moellons non taillés. Nous avons remarqué à la face ouest de cet ouvrage que les archères étaient bordées d'un renflement et nous avons vu que ceci était une caractéristique de l'œuvre musulmane. En outre les archères sont ici jumelées, ce qui se retrouve dans d'autres constructions arabes : ainsi au Crac des Chevaliers et à Beaufort.

Dans la Basse-Cour, en arrière du saillant 9 se trouve une vaste citerne (61) voûtée, semblable aux deux citernes de Saône. On y descend par un escalier. Près de cette citerne se trouve une inscription arabe (62).
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LE FRONT OUEST.
— Il était bordé d'un fossé. D'après la photographie d'avion verticale, il semble qu'un ouvrage avancé s'élevait de l'autre côté du fossé.
C'est par une brèche entre le saillant 9 et le saillant 10 qu'on entre aujourd'hui dans la forteresse. Ce front est extrêmement mutilé. Il est défendu par trois saillants carrés (9, 10, 11). On y voit la trace de restaurations successives.

Le saillant 11 est particulièrement intéressant. Comme le saillant 9, cet ouvrage paraît avoir été agrandi par les Arabes. Il a dû être restauré deux fois par eux. La seconde restauration serait due à Beibars qui, comme nous l'apprend Maqrizi, fit faire des travaux à Subeibe. D'ailleurs on y voit deux inscriptions : l'une à la face sud sur le mur de l'ouvrage primitif, elle est au nom d'Othman et porte la date de 627 (1229-1230). L'autre se trouvait sur la face arrière et gît maintenant sur le sol ; elle porte le nom de Beibars. Elle est sculptée en relief sur d'énormes blocs de calcaire gris. Une partie des restaurations de cet ouvrage porte un gigantesque appareil à bossages très soignés, beaucoup plus grand que celui des tours rondes et qui doit indiquer ici l'œuvre de Beibars.

Dans le mur de l'ouvrage primitif au sud s'ouvre une porte en arc brisé ; dans cet arc est ménagée la rainure d'une herse de 0.225, donc tout à fait semblable à celles des deux poternes du front sud. Nous sommes donc là en présence d'un ouvrage franc (63). A gauche, dans la construction rajoutée par les Musulmans, s'ouvre l'accès d'un grand escalier voûté d'un berceau brisé qui descend vers le nord puis tourne à angle droit vers l'est. Ce couloir souterrain est bouché au bout d'une trentaine de mètres. Il devait conduire à une poterne qui fournissait une issue secrète et permettait de dévaler les pentes vers le ravin.

Nous n'avons guère d'observations à faire sur le front nord qui n'avait pas besoin de fortifications importantes puisqu'il était fort bien défendu par la nature.
Le saillant 12 qui était franc a été remonté par les Musulmans.
Le saillant 13 est franc à l'extérieur (on voit à l'ouest une archère franque bouchée) mais sa salle est arabe. Entre ces deux ouvrages sont les traces de quatre archères et une petite poterne.

Au milieu de la Basse-Cour, en arrière du saillant 13, M. van Berchem a cru retrouver les fondations d'une chapelle. Nous n'avons observé en cet endroit aucune trace nous permettant de confirmer cette hypothèse.
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LE FRONT EST
— Au front est, sous le Donjon, se trouve une Grande Salle effondrée et la tour 16. Il semble que cette Grande Salle se composait de trois travées doubles voûtées d'arêtes, séparées par des doubleaux qui s'appuyaient sur des consoles. Deux piliers centraux recevaient les retombées des voûtes.
Cette salle était défendue par 6 archères. Une petite porte conduisait au ravin par un couloir voûté.
Le mur extérieur à bossages fait penser que cette salle est une reprise de construction arabe sur des fondations franques.
La courtine 15-16 est défendue par 5 archères. Quatre d'entre elles sont inclinées en direction de la tour 16 comme pour défendre la poterne qui ouvre dans cette tour près de la courtine.

La tour 16 est un bel ouvrage arabe de 19 mètres de diamètre. Planté au pied du Donjon à l'extrême pointe de la forteresse à l'est il dominait la profonde coupure qui la sépare des hauteurs voisines. On voit à l'extérieur à terre, une inscription arabe dont les caractères sont sculptés en relief.

La salle, octogone, est munie de cinq niches ouvrant sur cinq archères, et de trois portes, une ouvrant à l'extérieur, une menant à la courtine 16-15, une menant à la courtine 16-1.
Cet ouvrage est en grande partie effondré. Il reste quelques consoles des bretèches qui défendaient la terrasse.
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LE DONJON
— Bien qu'il soit très ruiné et qu'il ait été remanié par les Musulmans, on peut en restituer les dispositions primitives. Il forme un grand rectangle enfermé dans une Chemise flanquée de six saillants carrés ou rectangulaires, quatre aux angles et deux au milieu des deux plus longues faces, le rectangle formé par cette Chemise n'étant pas régulier. Des salles réunissent ces saillants.
L'espace qui sépare le Donjon de la Chemise n'est que de 2 mètres au sud et à l'est ; il atteint près de 4 mètres au nord et 10 mètres à l'ouest.

Entre le Donjon et la courtine réunissant les deux saillants de l'ouest, se trouvait une citerne voûtée, dont la voûte est effondrée. Ces deux saillants qui font face à la Cour sont beaucoup plus importants que les autres et sont encore bien conservés.

L'accès au Donjon se trouve au-delà d'un bâtiment qui flanque son angle nord-ouest. On voit là la base d'une porte précédée d'une chambre de garde défendue par une archère.

La porte était en arc brisé et était sans doute munie d'une herse, comme les poternes dont nous avons parlé.
Un escalier monte vers l'est, puis tournant à droite, vient aboutir à une deuxième et à une troisième porte entre le saillant de l'angle nord-ouest et celui du milieu du front nord du Donjon.

Les deux saillants de l'ouest face à la Cour en sont séparés par un fossé. Ils se dressent sur de hauts taluls. Leur appareil est celui que nous avons vu aux autres ouvrages francs de Subeibe : des moellons non taillés encadrés aux arêtes d'angle par des pierres à bossages. Une fenêtre est percée dans chacun de ces saillants. Le mur qui les réunit est défendu par quatre archères.

Dans les salles qui réunissent les saillants, on voit au nord des vestiges d'enduit de stuc ornant les murs et la voûte ; au sud nous avons trouvé les vestiges de six colonnettes ornées de chapiteaux à feuille d'eau.

Sur la terrasse du Donjon dont il ne reste que la base des murs, nous avons retrouvé aussi quelques traces d'un élégant décor de stuc formé de palmettes. Toute cette décoration assurément musulmane, paraît dater de la seconde moitié du XIIe siècle, du temps de Nour ed din ou de Saladin.

Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes — CHATEAU DE SUBEIBE PRES DE BANYAS
1. Appelé dans les chroniques franques Subeibe, la Sebebe ou l'Assebeibe. Aujourd'hui, ce château porte le nom de Qal'at Nemrod.

2. Clermont-Ganneau, dans Recueil d'archéologie orientale, tome I, page 241-242, d'après la « Description de l'empire des Mamlouks », ms. arabe de la Bibliothèque Nationale, anciens fonds n° 695, fol. 93 : « Quant à la ville de Subeibe, connue aussi sous le nom de Baniâs, elle possède une puissance forteresse. »

3. Ibn al Athir, I, page 367 et 789.
— Ibn al Qalanisi, page 180.
— Aboulféda, I, page 17.
— Nodjoum, III, page 487.
— Mirat az Zaman, III, page 567.
— Voyez René Grousset, I, p- 658-661.

4. 6.000 selon Ibn al Athir ; 20.000 selon le Mirât az Zaman. Voyez aussi Ibn al Qalanisi, page 192-194.
— Voyez René Grousset, I, page 660.

5. Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, I, page 384-385.
— Guillaume de Tyr, XIV, c. 19, page 634.
— Aboulféda, I, page 18.


6. Ou encore Bruis ou li Bruns.
— Voyez Du Cange, Rey, Familles d'Ontremer, page 244.

La chose est confirmée par un texte arabe, la Géographie historique d'Ibn Shaddad Halabi qui écrivait vers 1280, en se servant de travaux antérieurs. Il y est dit que le château de Subeibe fut construit par les Francs entre 524 et 527 de l'Hégire (7).
7. Ms. arabe de Leyde, 1466, page 217. Nous devons cet intéressant renseignement à l'obligeance de M. Claude Cahen.

8. Ibn al Qalanisi, page 216-217.
— Ibn al Athir, I, pages 396-397 et 792.
— Kamal ad din, III, page 696.
— Mirat az Zaman, III, page 569.
— Aboulféda, I, page 20.
— Nodjoum, III, page 502.
— Guillaume de Tyr, XIV, c. 17 et 19 ; pages 631 et 634.
— Voyez R. Grousset, II, page 20.

9. Ier de Safer (II déc.) selon Ibn al Qalanisi ; 10 de Safer (21 déc.) selon le Mirat, az Zaman.

10. Ibn al Qalanisi, pages 216-217.
— Ibn al Athir, I, page 402.

11. Guillaume de Tyr, page 634. Elle y mourut peu après. Renier Brus épousa alors Agnès, nièce du connétable Guillaume de Bures.

Les Francs devaient rentrer en possession de Bélinas en 1140, grâce aux rivalités des Musulmans entre eux.

12. Aboulféda, I, page 23.
— Ibn al Athir, I, page 424.

13. Il commença le 1e mai selon Guillaume de Tyr, un peu plus tard selon Ibn al Qalanisi (page 261), qui nous dit qu'il dura tout le mois de shawal, commençant le 20 mai.

14. Sur ce siège de Bélinas, voir : Guillaume de Tyr, XV, c. 7, 9, 10, 11 ; Historiens occidentaux des Croisades, I, pages 668-675.
— Ibn al Qalanisi, pages 260-261.
— Ibn al Athir, I, page 436.
— Kamal ad din, Chroniques d'Alep ; Historiens orientaux des Croisades, III, page 682.
— Aboulféda, I, page 23.

15. Guillaume de Tyr nous dit qu'Anar plaça son camp à l'est, entre la ville et la forêt de Bélinas, en un lieu dit Cohagar.

16. Le prélat qui fut alors nommé évêque de Bélinas, fut Adam, archidiacre d'Acre.

17. René Grousset, tome II, pages 138-142.

18. Derenbourg, Vie d'Ousama, I, pages 185-186. Atobiographie d'Ousama, Revue de l'Orient latin, 1894, tome III-IV, page 393.
— Ph. Hitti, Memoirs of Usamah, New-York, 1929.

19. Voyez René Grousset, II, pages 251-252.

20. Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, I, p. 469 et 540.
— Ibn al Athir, Histoire des Atabeks de Mossoul, II, p. 161.
— Aboulféda, I, p. 28.

21. Ibn al Qalanisi, p. 311. — Abû Chama, Deux Jardins, III, p. 74-75.

22. Guillaume de Tyr, XVII, c. 26, p. 802-803.
— Ibn al Qalanisi, p. 316.
— Abu Chama, Deux Jardins, III, p. 77.
— Abû Chama, dans Reinaud, Bibliothèque des Croisades, t. IV, p. 102.

23. Ibn al Athir, Histoire des atabeks de Mossoul, II, p. 189 et Kamel Altewaryk, I, p. 496.
— Voyez René Grousset, tome II, pages 361-363.

24. Guillaume de Tyr, p. 836.
— Ibn al Qalanisi, p. 328.
— Abu Chama, Deux Jardins, IV, p. 84.

25. Robert de Torigny, Chronique, dans Mon. Garni., Scriptores, VI, p. 506 : « Ruptis indutiis, que erant inter Balduinum regem Jérusalem et Loradi filium, Sanguin, regem Halapie, propter predam Saracenorum, quam rex Balduinus inconsulte ceperat, pagani obsederunt civitatem Abilinam (Bélinas). »

26. Guillaume de Tyr, XVIII, c. 12 ; p. 837.

27. Guillaume de Tyr, ibid.
— Abû Chama, Deux Jardins, IV, p. 84-85.
— Ibn al Qalanisi, P- 33°-332-

28. Abû-Chama.

29. « Fratres, similium casuum formidantes dispendia, a pactis resilientes prius placitis, urbem, cum suis tam oneribus quam emolumentis, domino constabulario resignaverunt. » Guillaume de Tyr donnant ce détail aussitôt avant de parler du siège de Bélinas mené le mois suivant par Nour ed din, ceci paraît en contradiction avec un acte de Baudoin III, daté du 4 octobre 1157, confirmant le partage par moitié entre Onfroi de Toron et l'Hôpital : « medietatem Castelli Paneadensis et medietatem Castelli novi. » (S. Paoli, Codice diplomatico (1733), I, p. 36, n° 34 ; Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, n° 258, tome 1, pages 195-196. — Röhricht, Ragesta regni Hier., p. 83-84, n° 325).
La contradiction entre les deux textes n'est peut-être qu'apparente : il se peut que les Hospitaliers qui ne tenaient que des châteaux de frontières, aient renoncé à participer à la défense de la ville de Bélinas avec tous les frais que cette charge comportait, mais qu'ils aient consenti à concourir à la garde et à l'entretien du château de Bélinas, c'est à dire Subeibe.

30. Ibn al Qalanisi, p. 334-335.
— Abû Chama, Deux Jardins, p. 87.

31. Il semble bien qu'il s'agit ici non du château de Subeibe, mais d'une petite citadelle, d'un donjon qui aurait existé dans la ville même de Bélinas ; en effet Guillaume de Tyr écrit (p. 838-839) : « Erat autem in parte civitatis praesidium, munitum admodum armis, viris, et pro temporis articulo, victualibus : in quo poterat esse civibus secundum, capta urbe, refugium. » Et le traducteur : « dedanz la ville avoit un chief de chastel fort et buen assiz... La novele vint au roi que la citez de Bélinas estoit perdue toute fors le donjon et que Noradins avoit asis le connestable dedanz le petit chastel qui ne se porroit mie longuement tenir... »

32. Guillaume de Tyr, XVIII, c. 13, p. 840 : « Convocatis enim ex urbibus finitimis et de regno universo caementariis, et quicumque architecturae aliquam habere videbantur experientiam, instantia diligenti, turres ac moenia reparant, renovant antemuralia ... quae omnia Noradinus ... funditus dejecerat studiose... » Ibidem, Traducteur de Guillaume de Tyr : « Charpentiers et maçons envoia querre par toutes les villes d'iluec, et fist les murs refere, les fossez curer et aparfondir. » Les tours et les murailles ruinées qu'on voit encore à Banyas sont les restes de cette œuvre de Baudoin III.

33. Mallaha, à la pointe nord-ouest du lac de Houlé.

34. Djisr Benat Yakoub.

35. Guillaume de Tyr, p. 841-842.
— Ibn al Qalanisi, p. 336.
— Abû Chama, Deux Jardins, p. 89.
— Voyez René Grousset, tome II, p. 374-375.

36. Guillaume de Tyr, p. 843.
— Ibn al Qalanisi, p. 336.

37. Guillaume de Tyr, XVIII, c. 15, p. 843-844 ; traduteur : « Saietes voloient plus espessement que grelle. »
38. Rey (Colonies franques, page 492) propose d'identifier ce lieu avec Aïn Belatha, dans la vallée du Bahr-Hulé.

39. Traduteur de Guillaume de Tyr, p. 880 : « Noradin ... respondi que ce ne feroit il en nule manière (d'attaquer le royaume) car toutes genz dévoient avoir grant pitié des Crestiens qui ploroient leur seigneur ... car nus si bons princes n'estoit remés en terre. »

40. Receuil des Historiens de la France, t. XV, p. 813-814, n° 123 et 125 ; XVI, p. 79-80, n° 243-244.
— Bongars, Gesta Dei per Francos, I, p. 1178-1180.
— Jaffé-Loewenfeld, n° 11105.
— Röhricht, Regesta, p. 106-107, n° 407 et 411.

41. Ibn al Athir, Histoire des alabeks de Mossoul, II, p. 234, raconte cette anecdote : « Lors de la prise de Bélinas, le fils de Muin al din Anar qui avait livré cette place aux Francs, se tenait debout derrière Nour ed din, et celui-ci retourna la tête et lui dit : « Cette conquête est une cause de joie pour tout le monde ; mais pour toi, la joie doit être deux fois plus forte. » L'autre demanda pourquoi, il lui répondit : « Aujourd'hui, Dieu a rafraîchi la peau de ton père en le tirant du feu de la gehcnne. » On se souvient qu'en 1148, Anar avait livré aux Francs la forteresse de Bélinas pour prix de l'abandon du siège de Damas, ce qui avait amené la fin de la 2e Croisade.

Autre anecdote d'Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, page 541, à propos de la prise de Bélinas : « Lorsque Nour ed din quitta Panéas pour retourner à Damas, il avait au doigt un anneau dont le chaton était un rubis magnifique, qu'on appelait (la montagne) (el djebel) à cause de sa grosseur et de sa beauté. Ce joyau tomba de sa main dans la forêt de Panéas, qui est composée d'un grand nombre d'arbres fort touffus. Nour ed din ne s'aperçut de cette perte que lorsqu'il était déjà loin. Il envoya à la recherche du bijou plusieurs de ses compagnons ... ils retrouvèrent l'anneau. Un poète syrien, Ibn Mouir, je crois, a composé un poème pour louer Nour ed din à propos de cette expédition ; il y mentionne le rubis (la montagne). »

42. Bongars, Gesta Dei per Francos, Hanovre, 1619, I, p. 1182, epistole n° 23.
— Voy. Schlumberger, Campagnes du roi Amaury Ier, p. 42.
— Voyez René Grousset, II, page 449.

43. Guillaume de Tyr, p. 959-961.

44. Lettres d'Amaury, patriarche de Jérusalem, à l'archevêque de Reims (mai 1169), Röhricht, Regesta, p. 121-122, n° 463 et 464.
— Voir aussi Ibn al Athir, Histoire des atabeks de Mossoul, p. 258-259.
— Voyez René Grousset, II, p. 540-541.

45. Guillaume de Tyr, p. 960-961.

46. Guillaume de Tyr, XX, c. 31, p. 1000-1001.
— Ibn al Athir, Kamel Allewaryk, p. 610-611.
— Pour plus de détails, voyez Grousset, tome II, page 606.

47. Voir plus loin, Beaufort.

48. Voir plus loin.

49. Jacques de Vitry, Lettre de mars 1220, publication par Röhricht dans Zeitschrift für Kirchengesch., t. XVI, lettre VI, p. 73.
— L'Estoire de Eracles, p. 342.

50. Gildemeister, Zeitschrift des deutschen Palaestina Vereins, vol. X, p. 188.
— Clermont-Ganneau, Journal asiatique, 8e série, t. X, p. 496.
— Van Berchem, Le château de Baniâs et ses inscriptions, dans Journal asiatique, nov.-déc. 1888, 8e série, t. XIII.
Voir aussi Clermont-Ganneau, Rec. d'archéologie orientale, vol. I, p. 241 et suivantes.

51. Ibn Shaddad Halabi dit nettement qu'Othman reconstruisit Subeibe en 625 (Clermont-Ganneau, Rec. d'archéologie orientale, t. I, p. 253-261).

52. Aboulféda, Historiens orientaux des Croisades, I, p. 129,143-144.
— Maqrizi, editions Blochet, dans Revues de l'Orient latin, tome XI, page 145 : « [ann. 645] les lieutenants du sultan as Saleh Nodjm ed din Aiyoub prennent possession de la citadelle de Subaiba qui appartenait à Malek es Saïd »
— Ibidem, page 237, au temps de la sultane Shadjar ad Dorr : « [ann. 648] Al Malek es Saïd fit main basse sur tout l'argent qui se trouvait à Gaza. Il s'en alla ensuite à la citadelle de Soubaiba et s'en empara. »

53. Maqrizi, Histoire des sultans mamlouks, editions Quatremère, I, p. 141.

54. Voyez plus loin.

55. Joinville, chapitre 569-581. Chapitre 575 : « Li chastiaus qui siet desus la citei a non Subeibe, et siet bien demi-lieue haut es montaignes de Liban ; et li tertres qui monte ou chastel est peuplez de grosses roches aussi grosses come huges. »
Sur la marche contre Bélinas, voir aussi Guillaume de Nangis, dans Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 387.

56. Max van Berchem lui donne le nom de Ouadi Khachabé. Cette dénomination n'est plus usitée aujourd'hui. Le ravin porte le nom de Ouadi Assel (ravin du miel).

57. Sauf peut-être une tour demi-circulaire du château de Tripoli.

58. Le Crac des Chevaliers, p. 247. On remarque aussi sur les tours rondes 2 et 7 de Subeibe la marque arabe « J » qui se retrouve au Crac.
Front sud


59. Voir plus haut.

60. Rappelant la construction d'un ouvrage au temps d'Othman, en 625 = 1227-1228.
Pour les inscriptions arabes de Subeibe, voir ci-dessus Historique, et Max van Berchem, Le château de Banias et ses inscriptions, dans Journal asiatique, nov.-déc. 1888.
— Van Berchem en signale quatre, deux au nom d'Othman de 625 (1227-1228) et 627 (1229-1230), une au nom de Malek es Saïd, de 637 (1239-1240), une au nom de Beibars. Nous avons retrouvé trois autres fragments d'inscriptions arabes : un près de l'escalier menant à la poterne du saillant 3, un près de l'entrée de la grande salle 15, un à l'extérieur près de la tour 16. Le temps nous a fait défaut pour les photographier.

61. On trouve encore trois citernes à Subeibe : l'une se trouve dans le saillant 4, l'autre entre le noyau central du donjon et les deux saillants faisant front sur la Cour. Victor Guérin en signale une sous la Grande Salle 15. (Galilée, II, p. 326).

62. Au nom de Malek es Saïd, en 637 (1239-40).

63. Il ne semble pas en effet que les Musulmans aient employé la herse dans la défense de leurs entrées.

Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes spéciales
KALA'T BANIAS
Les murs d'enceinte sont très épais et flanqués de nombreuses tours; bâtis intérieurement en blocage, ils sont revêtus à l'extérieur de beaux blocs, les uns complètement aplanis, les autres relevés en bossage, mais la plupart de dimension moyenne seulement, sauf vers l'extrémité occidentale, où ils sont beaucoup plus considérables. Courtines et tours s'élèvent sur le roc et sont construites en talus. Les tours sont, les unes demi-circulaires, les autres carrées. Quelques-unes sont assez bien conservées et les voûtes en sont ogivales. D'autres sont à moitié ou aux trois quarts écroulées. L'ogive se montre également dans les voûtes de plusieurs grands magasins souterrains et d'un certain nombre de citernes, parmi lesquelles il en est une très vaste, où l'on descend par un escalier.

A l'extrémité occidentale de l'enceinte on remarque les restes de trois grandes tours carrées, construites avec des blocs énormes et parfaitement taillés. Sur l'un de ces magnifiques blocs, actuellement gisant à terre, on distingue une belle inscription arabe en caractères coufiques, ce qui porte naturellement à penser que l'on a là devant les yeux une restauration musulmane faite avec des matériaux antiques de la plus grande beauté, et comme taille et comme dimensions. II est difficile, en effet, d'admettre qu'une semblable construction avec de pareilles pierres ne date que de l'époque musulmane. L'une de ces tours renferme un souterrain en partie creusé dans le roc et en partie bâti. A en croire mon guide, il s'étendrait jusqu'à la source de Banias et mettait autrefois cette forteresse en communication avec la ville de Panéas. Cette opinion, comme beaucoup d'autres de cette nature, qui plaît singulièrement à l'imagination arabe, ne repose, ainsi que je l'ai déjà dit, sur aucun fondement sérieux. Quoi qu'il en soit, après avoir descendu seulement une trentaine de marches, je suis arrêté tout à coup par des éboulements qui m'empêchent de pousser plus avant.
Toute la partie centrale de l'enceinte est bouleversée de fond en comble. On y observe les débris d'une mosquée et quelques fûts de colonnes.

Quant à la partie orientale de cette même enceinte, elle formait, sur le point culminant du plateau de la montagne et au-dessus de la forteresse proprement dite, dont la séparait un fossé creusé dans le roc, une seconde forteresse supérieure, plus inexpugnable encore que la première. Flanquée elle-même de grosses tours, les unes carrées, les autres demi-circulaires, elle surplombait au nord et à Test les profondeurs effrayantes de l'Oued Khachabeh. Il est actuellement très difficile de la parcourir, hérissée qu'elle est d'épaisses broussailles et d'un fourré de chênes verts et de térébinthes qui ont pris racine au milieu de l'amas de ruines quelle présente. Néanmoins, quelques portions notables de murs et de tours sont encore debout.
Ce donjon se terminait à l'est par une grande salle qui mesurait 30 pas de long sur 10 de large, et dont la voûte détruite reposait sur plusieurs arcades ogivales qui existent encore en partie. Une vaste citerne règne sous cette salle.

Un problème se pose ici de lui-même. Quelle date faut-il assigner à cette puissante citadelle, qui a dû coûter des sommes et des travaux si considérables? Les inscriptions arabes que l'on aperçoit en plusieurs endroits et dont quelques-unes portent la date de l'année 6 a 5 de l'hégire, qui correspond à l'année 1227 de notre ère, semblent autoriser à conclure que l'on est là en présence de constructions purement musulmanes; en outre, les voûtes sont presque partout ogivales, ce qui paraît accuser un travail postérieur à l'époque byzantine. Mais, d'un autre côté, comment supposer que les anciens, à l'époque de la plus grande splendeur de cette contrée, aient négligé un point militaire aussi important que celui-là, sur la route conduisant de Tyr à Damas ? Comment attribuer ensuite aux Musulmans la taille de ces immenses blocs, avec lesquels avaient été bâties quelques parties de cette forteresse et notamment les trois grandes tours carrées de l'ouest ? N'est-il pas plus rationnel d'admettre que, lorsqu'ils s'emparèrent de ce château fort, ils profitèrent, pour exécuter leurs nouvelles constructions ou réparer celles qui existaient déjà, des nombreux et beaux matériaux qu'ils trouvaient surplace ? Les inscriptions arabes, comme je m'en suis plusieurs fois convaincu en Palestine, sont souvent mensongères, en affirmant que tel sultan ou tel prince a élevé une mosquée, un caravansérail ou une forteresse, qu'il n'a tout au plus fait que réparer. Ainsi, par exemple, comme je l'ai montré ailleurs la fondation de la grande mosquée de Ramleh est attribuée, d'après une inscription arabe placée au-dessus de la porte d'entrée, au sultan Ketbogha, l'an 697 de l'hégire (1298 de J. C.). Or, c'est là une allégation contre laquelle protestent la forme même de ce monument et le caractère de son architecture. On est, en effet, d'une manière incontestable, en présence d'une église chrétienne parfaitement conservée, et non point d'un édifice bâti sur le plan d'une mosquée. Seulement, à l'époque marquée par l'inscription, cette église, consacrée primitivement à saint Jean Baptiste et transformée ensuite en mosquée, a pu subir quelques réparations et modifications.
Pour en revenir à notre forteresse, elle est actuellement désignée sous le nom de Kala't Banias. Dans les auteurs arabes elle est citée sous la dénomination de Kala't es-Soubeibeh. L'historien Joinville l'appelle Subeibe :
Li chastiaus, dit-il, qui siet desus la citée a non Subeibe, et siet bien demie lieue haut es montaignes du Liban, et li tertres qui monte ou chastel est peuplez de grosses roches aussi grosses comme huges.

Les Croisés, qui s'en étaient rendus maîtres en 1130, en même temps que de Panéas, la perdirent ensuite ainsi que cette ville, et essayèrent vainement de la reprendre en 1253. Elle est toujours restée depuis entre les mains des Musulmans. Aujourd'hui elle tombe en ruine de toutes parts, et je ne l'ai plus trouvée habitée que par quelques Druses, qui y vivent avec leurs troupeaux.

Porte fortifiée de Banias - Image Bonfils Félix.
Sources: Victor Guerin, Description de la Palestine, Galilée, II, (1880), page 324.
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38. — NOIRE-GARDE (1) lieu voisin du Château-Neuf (Hounin), et d'où l'on apercevait Belinas. C'est là que vint camper, en 1157, le roi Baudoin III quand il vint secourir cette ville assiégée par Nour-ed-din. Ce lieu paraît être la source nommée Ain Belatha dans la vallée du Bahr-el-Houleh (lac Samakhonite).
1. Guillaume de Tyr, livre I, tome XVIII, chapitre 13.
Sources: Rey Géographie historique de la Syrie au temps des Croisades, page 492
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BANIAS ou BELINAS, ville épiscopale située sur la rive pauche du Jourdain, entre ce fleuve et le Djebel-esch-Scheik, dans le site de l'antique Cesarea Philippi. Au sommet d'une colline au nord est de la ville, on voit encore des restes considérables de la forteresse désignée par les historiens des Croisades sous le nom de Subeibe.
L'entrée de la ville était défendue, par une maîtresse tour dont M. Guérin a retrouvé plusieurs assises en place.
Cette enceinte forme un carré irrégulier et était flanquée de tours barre longues. Sur deux de ses faces la dépression des fossés est encore très reconnaissable.
J'ai déjà dit que le château de Subeibe était possédé par les seigneurs du Toron.
La forteresse de Subeibe est flanquée de tours, les unes arrondies, les autres barre longues. Cette citadelle possédait de vastes citernes, analogues à celles que nous avons observées à Sahioun.
Cette forteresse est formée de deux parties. Une baille inférieure et un réduit situé à l'est sur le point culminant de la montagne. Un profond fossé taillé dans le roc séparait ce réduit de la baille. On y reconnaît encore les ruines d'une grande salle de 30 mètres de long.
Sources: Rey Géographie historique de la Syrie au temps des Croisades, page 473
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HARRENC (1), château donnant son nom à l'un des fiefs de la principauté d'Antioche. Cette forteresse et le village qu'elle domine existent encore et portent le nom de Harem. Les historiens orientaux désignent parfois cette place sous le nom de Hareg.
1. Familles d'Outre-Mer, page 337.
Sources: Rey Géographie historique de la Syrie au temps des Croisades, page 341
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BIBLIOGRAPHIE
Kitchener, dans Survey of Western Palestine, Memoirs, vol. I, Galilée, (1881), page 125-128, avec 1 plan et 2 phots.
Max van Berchem, Le château de Banyas et ses inscriptions, dans Journal asiatique, nov. - déc. 1888, tome XIII, 8e série, Paris, 1889.
Bühl, Banyas, dans Encyclopédie de l'Islam, I, 664.
Clermont-Ganneau, Recueil d'archéologie orientale, I, 1888, Inscription arabe de Banias, page 241-252.
— Les seigneurs de Banias et de Soubeibé, page 253-261.
Rey, Les familles d'Outremer, de du Cange (Collections, des Documents inédits, 1879), page 244 à 247 : Les seigneurs de Bélinas.


Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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