Les Templiers   L'Orient-Latin   Les Croisades

Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

Menu Orient-Latin

 

Paul Deschamps, Le Comté de Tripoli → Suite

 

Les territoires au delà de l'Oronte
Dans sa remarquable Histoire des Croisades si minutieusement approfondie, René Grousset a raconté la longue lutte des Francs pour conquérir des places sur les rives de l'Oronte et bien au-delà vers l'Est. A plusieurs reprises ils y réussirent puis reperdirent les positions conquises. Et il a clairement montré que ces événements étaient en fonction des forces en présence. De part et d'autre, chez les Francs comme chez les Sarrasins, il y eut des périodes de fléchissement dans leurs gouvernements dont l'adversaire profitait aussitôt pour se mettre en route. Si les Francs recevaient sur leur territoire une armée d'Occident, ils joignaient leurs troupes à celle-ci pour entrer en campagne et ils agissaient de même quand ils apprenaient quelque rivalité entre Princes musulmans.
Il n'est pas utile ici de reprendre le détail de ces campagnes. Notre but sera de suivre les itinéraires des armées en marche, de tenter de situer sur le terrain tels postes fortifiés sur lesquels on peut encore hésiter, d'en décrire les vestiges qui subsistent, et de les intégrer dans l'Histoire de la Principauté.
Ce sont de fréquentes attaques de forteresses, tantôt prises tantôt perdues, des entrées en campagne et des rencontres souvent au même lieu, et cette répétition de sièges de part et d'autres, de victoires et de défaites dans les plaines ou les défilés de montagnes, paraîtrait fastidieuse si on n'éclairait pas les événements en situant — comme les pièces d'un échiquier — les châteaux-forts et les champs de bataille dans leur cadre géographique.
Nous étudierons donc ces territoires depuis, au Nord, la latitude de la boucle de l'Oronte, à l'Est d'Antioche au Pont de Fer (Djisr el Hadid) jusqu'au Sud, au coude de l'Oronte vers Sheïzar, non loin de Hama.

* * *

Nous diviserons cette étude en trois secteurs :
I. A 18 km au Nord-Est d'Antioche et à l'extrémité de la boucle que forme l'Oronte se trouve le Pont de Fer ; ce pont était solidement fortifié et c'est par là le plus souvent que passèrent les troupes d'Antioche pour entreprendre leurs campagnes contre les Musulmans. Le Pont de Fer, que franchissait la route d'Antioche à Alep se trouve exactement en ligne droite à une distance de 72 km d'Alep.
Dès 1100 Bohémond avait occupé des positions entre l'Oronte et Alep et la grande cité musulmane paraît avoir été désormais un objet constant de convoitise pour les Francs qui furent plusieurs fois sur le point de s'en emparer. Sur l'étendue qui sépare l'Oronte du voisinage d'Alep se dressent des massifs montagneux entrecoupés par des dépressions, des défilés, des vallées et des plaines. Tous les passages étaient gardés par des ouvrages fortifiés qui servaient de défense en cas d'invasion, de base de départ en cas d'offensive. A l'Est de la courbe de l'Oronte s'élèvent deux chaînes de montagnes parallèles en direction Nord-Sud : du côté de l'Oronte le Djebel Ala, à l'Est le Djebel Barisha. Dans la plaine au pied des contreforts Nord-Ouest du Djebel Ala, la grande Place forte de HARRENC (Harim) défendait l'accès du Pont de Fer.
Sur le versant Nord-Est du massif était la petite place fortifiée d'EMMA ou IMMA (Imm), aujourd'hui Yeni Shéhir. A 4 km au Nord d'Imma se trouvait la Place forte d'ARTESIE (Artah, aujourd'hui Reyhaniyé) qui elle aussi défendait le Pont de Fer. Tout près d'Artah à l'Est se trouve TIZIN qui avait des remparts. C'est dans la plaine de Tizin que Tancrède battit l'armée du Malik d'Alep Ridwan, le 20 avril 1105 (1). Au Nord-Est du Djebel Barisha s'étendait la Plaine d'Halaqa qui était défendue sur les hauteurs par les forts Francs de Qal'at SARMEDA et de TELL AQIBRIN. Cette plaine est fermée au Nord par l'éminence du Djebel Baraka (2) et là elle était défendue par le fort de TELL ADÉ.

Templiers.net
Localisation d'Artah- Sources : René Dussaud

Dans cette plaine se rencontrent plusieurs champs de ruines paléochrétiennes, notamment celles de Dana. Deux routes venant de l'Ouest pénétraient par des défilés dans la plaine d'Halaqa et se réunissaient au milieu de celle-ci. L'une, au Sud, venait de Harim ; l'autre au Nord où subsistent les éléments d'une voie romaine, venait d'Arlah et de Imm, atteignait QASR EL BENAT (latin Castrum Puellarum), position que Tancrède occupa en 1098. A 7 km au flanc Sud des montagnes enfermant la plaine, elle conduisait à la place forte d'ATHAREB que les Francs appelaient CEREP (aujourd'hui Terib). Cette position se trouvait à un grand carrefour de routes allant vers Antioche, vers Alep et vers la plaine du Roudj. Cerep, à 28 km d'Alep, fut longtemps la forteresse la plus avancée de la Principauté.

C'est tout près que commence le district fertile du Djazr qui s'étend du Nord au Sud jusqu'à SERMIN, là où s'abaissent les derniers contreforts du Djebel Bani Oulaim (autrefois Djebel Soummaq) (3). René Dussaud (4) cite dans le Djazr : Tell Nawaz au S.-O. d'Athareb, SARDONE (Zerdana), Maarral Masrin, Fu'a et Sermin.
Comme Cerep, les forteresses de Sardone et de Sermin étaient placées en grand-garde en face du territoire d'Alep. De Cerep et de Sardone des routes conduisaient vers le défilé d'Ermenaz.

* * *

II. Revenons maintenant vers l'Oronte.
La partie méridionale du Djebel Ala et du Djebel Barisha était traversée par le défilé d'Ermenaz, noté sur les cartes Hermiz Bougazi. Une route descendant de Harim conduisait à ce défilé qui commençait à SALQIN, à 6 km de l'Oronte ; il passait par Ermenaz (5) et débouchait non loin de la pointe septentrionale du Roudj, près de Teltoum que nous proposons d'identifier avec TOTOMOTA (carte de Harim 1/50.000e) (6). De là, la route menait à la petite ville de MAARRAT MASRIN qui avait un important marché formant un centre d'approvisionnement de la Principauté. Enfin, elle gagnait Sardone.

D'Ouest en Est, à la latitude de Salqin jusqu'à celle de Darkoush, l'Oronte est bordé de collines modérées, puis à une distance d'environ 5 km un système montagneux se dessine du Nord au Sud. C'est le Djebel Dovili. DARKOUSH est une petite ville très pittoresque dominant le fleuve qui coule là dans une gorge si profonde qu'on utilise, comme à Hama, de grandes norias pour arroser les jardins. Ici un pont franchit l'Oronte. Il était gardé par une forteresse franque qui a été démolie au profit des constructions de la localité.
Après Darkoush, sur une douzaine de kilomètres, on ne rencontre au-dessus du fleuve que les pentes abruptes du Djebel Oustani, prolongation du Djebel Dovili, qui s'élevant vers l'Est au-dessus de la partie orientale du Roudj atteignent des hauteurs de 700 m.

Le Roudj. — Au Sud, la montagne s'incline du sommet du Djebel Aannabiyale (404 m) jusqu'à Balmis (7) (231 m). C'est le début du Roudj.
C'est d'ici que cette grande plaine qui embrasse à l'Ouest, au Sud et à l'Est le Djebel Oustani (8), tire son nom de Roudj, la contrée appelée Rugia par les textes Francs. RUGIA désigne aussi une position stratégique très importante où les Princes Francs se donnèrent plusieurs fois rendez-vous et qui fut le point de départ d'opérations guerrières. Elle est parfois désignée du nom de RUBEA. Il y avait là, près de l'Oronte, une forteresse : OPPIDUM RUGIAE, RUGIA, CHASTEL DE RUGE (et non Chastel Ruge) dont l'emplacement est discuté. A peu de distance et proche aussi de l'Oronte se trouvait la ville de RUSSA dont la position est aussi imprécise.
Ces deux localisations demandent un développement étendu ; nous avons donc préféré l'exposer plus loin en annexe au présent chapitre (9).

Dans cette plaine fertile du Roudj, le grand Pont de l'Oronte, Djisr esh Shoghr, aussi important que le Pont situé à la hauteur d'Antioche Djisr el Hadid, était le passage principal du moyen Oronte. Sur la rive droite les Francs l'avaient protégé par deux forteresses : celle d'ARCICAN (10) (sur les cartes Arzarhane, Aïn el Isan), à 3 km N.-E. du pont, et celle de RUGIA.
Dans le voisinage, des actes du Cartulaire des Hospitaliers mentionnent les lieux suivants, en signalant bien entendu qu'ils se trouvent dans le Roudj ; en 1186 (11) : Rogiam cum guastinis et..., casale Relmesyn (ailleurs Besmesyn) = Mechmechane au Nord d'Arcican, casale Besselemon = Bechlamoun, à l'Est de Djisr esh Shoghr ; casale Luzin = Aïn Laouzine (12), à l'Ouest de Bechlamoun ; caveam Belmys (13) 4 km à l'Est de Bechlamoun.

Le Roudj méridional contourne le massif du Djebel Oustani et fait une poche qui, de l'Oronte au pied des collines du Djebel Zawiyé, à Chaghourite, occupe une largeur de 9 km. Au milieu de la plaine — entre l'Oronte et Chaghourite — se dresse le Tell Qastoun que couronnait le Château Franc de QASTOUN (14). Le Roudj oriental monte vers le Nord encadré, à l'Ouest par le Djebel Oustani, à l'Est par la longue chaîne du Djebel Zawiyé (appelé autrefois Djebel Soummaq), qui se prolonge au Nord par le Djebel Béni Oulaïm.

Ce Roudj oriental s'étend beaucoup plus au Nord que le Roudj occidental. On y rencontre à l'Ouest un petit Tell (267 m) détaché du Djebel Oustani, nommé Farmith (Kafer Meit) figurant dans un acte de 1168 déjà cité (15).
Le Tell de Farmith domine le Nahr Qaouaq qui traverse le Roudj du Sud au Nord et va se perdre dans une dépression plus profonde et marécageuse, d'une dizaine de kilomètres de long appelée El Belaa (carte au 50.000e Jisr ech Chorhour). Puis c'est de nouveau la plaine fertile du Roudj qui est, à son extrémité, divisée par les hauteurs du Djebel Ala en deux bandes étroites, larges chacune d'environ 2 km, l'une à l'Est jusqu'à Teltoum (TOTOMOTA), l'autre à l'Ouest, à peu de distance d'Ermenaz.
Si de Telloum, on parcourt en direction du Sud le Djebel Boni Oulaïm et le Djebel Zawiyé on rencontre le CASTELLUM LACOBA cité dans le même texte de 1168 ; nous le situons à Laqbé à 450 m d'altitude (16), à l'Ouest d'Idlib (carte 50.000e, Idlib). Plus au Sud est l'importante place de HAB (ou Hap : Bordj Hab) à 608 m d'altitude, surveillant un carrefour de routes qui conduisaient à l'Ouest à travers le Roudj, à l'Est vers Idlib et vers Riha. Hab servait d'étape aux troupes franques marchant contre celles d'Alep.

Idlib, altitude 446 m, ville assez importante mais qui ne paraît pas avoir joué un grand rôle au moyen âge, est entourée de forêts ; au Sud, le massif boisé s'élève à Faïloun à 512 m. A l'Est ces hauteurs du Djebel Bani Oulaïm s'inclinent vers le plateau de Danith d'une étendue de 12 km Nord-Sud et 7 km Ouest-Est ; d'une hauteur de 390 m il est dominé par le Tell Danilh, 422 m. Ce plateau de Danith est bordé au Nord et à l'Ouest par la route d'Alep à Idlib, Riha et Djisr esh Shoghr, jusqu'à Lattaquié. De cette position on pouvait surveiller non seulement les accès vers Alep, mais aussi vers Antioche et vers le Roudj. C'était un point de rencontre stratégique important : au moins quatre fois les armées franques et musulmanes s'y affrontèrent ou s'y observèrent (1115, 1119, 1120, 1147).
A l'Est était la forteresse de SERMIN (393 m), qu'un chemin reliait à Idlib en passant par Danith. Nous avons vu plus haut que Sermin était la position méridionale du riche territoire du Djazr, cette vaste région aux collines modérées qui s'étend au Nord jusqu'aux environs de CEREP.
Au Sud d'Idlib est la ville de Riha (Eriha) 577 m, jadis plus importante qu'Idlib, dans le Djebel Bani Oulaïin, région prospère.

Au Sud de Riha était la ville franque de CAFERLATHA (731 m). C'est dans cette région qu'il faut chercher le château de BASARFOUT ou BERSSAPHUT.
Basarfout fut pris par les Francs le 29 mars 1104 (17). Dans cette même campagne ils échouèrent devant Caferlatha et se replièrent vers Basarfout.
Rey (page 332) plaçait Basarfout dans le canton des Bani Oulaïm, mais Dussaud (page 199) l'a situé dans le Djebel Seman et Grousset (tome II, page 209) l'a suivi. Claude Cahen (page 159, n. 30) a apporté la preuve que Basarfout était bien dans le Djebel Bani Oulaïm dont il cite les principales localités : Riha, Caferlatha, Danith, Hab, Basarfout. En octobre 1147 Nour ed din prend Hab et Basarfout, puis, peu après, Caferlatha (18). Nous proposons de situer BASARFOUT à 2 km au Sud de Caferlatha à Bzabour (19) écrit aussi Bezabor (789 m) (carte au 50.000e : Idlib).

Kamal ad din (20) nous apprend que des Turcomans surprirent en 1126 des Francs vers Maarrat en Noman et qu'ils firent prisonnier Geoffroy Blanc, seigneur de Basarfout. Or Maarrat en Noman est dans le voisinage.
On peut encore ajouter un autre argument à l'aide de l'acte déjà cité de janvier 1168 par lequel Bohémond III (21) cède à l'Hôpital des domaines dépendant d'Apamée : Berssaphut..., castellum de Lacoba... Totomota. Ainsi nous aurions trois localités au Nord d'Apamée dont elles dépendaient.

* * *

II. Nous abordons maintenant le troisième secteur des territoires d'outre Oronte.
Dominant le Roudj méridional se trouvait, sur le bord occidental du Djebel Zawiyé, le château de NÉPA (Inab, Anab) d'où, à l'Ouest des routes menaient par le Roudj à Djisr esh Shoghr et à Ermenaz ; à l'Est une route conduisait à Maarrat en Noman. Enfin une route Nord-Sud suivait le Roudj, puis la vaste étendue du Ghâb bordant l'Oronte et gagnait Apamée. Au milieu de la plaine à l'extrémité Sud du Roudj, se dressait, sur un Tell isolé, le château Franc de QASTOUN, déjà cité plus haut. Près de ce fort passait une route reliant l'Oronte au Djebel Zawiyé.
C'est un peu au Sud, que le Roudj change de nom pour s'appeler le Ghâb, aujourd'hui vaste étendue marécageuse et insalubre qui s'étale le long de l'Oronte sur une vingtaine de kilomètres jusqu'à la hauteur d'Apamée. Mais dans l'antiquité et encore au temps des croisades cette région était fertile. A l'Est de Qastoun la ville d'AL BARA, métropole byzantine, a laissé un vaste champ de ruines, vestiges de monuments paléochrétiens (22). Dans le cours du XIIe siècle elle ne joua pas un grand rôle, mais au temps de la première croisade elle avait encore une certaine importance car, lorsque Raymond de Saint Gilles s'en empara en septembre 1098, il en fit une cité épiscopale.

Au Sud-Est d'Al Bara était la ville importante de MARRA ou LA MARRE aujourd'hui Maarrat en Noman. Les Francs la prirent le 11 décembre 1098. Elle était munie d'une citadelle et d'une enceinte. Ses approches étaient défendues à l'Ouest par le Fort de KAFAR ROUMA, à l'Est par celui de TALAMINIA (23) (aujourd'hui Tell Mannas) occupé le 17 juillet 1098. Enfin CAFERTAB qui fut, en janvier 1099, une étape de la première croisade en route vers Jérusalem. CAFERTAB (latin Capharda) = Kafertab, occupée en 1100, fut le siège d'un évêché.

Avant l'arrivée des Croisés elle était déjà munie de défenses. Les Francs utilisant une enceinte et un fossé préexistants, transformèrent une mosquée en donjon (24). Aprement disputée elle subit plusieurs sièges. On connaît des seigneurs de Cafertab (25). Cette forteresse protégeait à l'Est la puissante place d'APAMÉE. Celle-ci fut conquise le 14 septembre 1106 par Tancrède. De la grande métropole gréco-romaine il ne restait au XIIe siècle que des ruines dans la ville basse. Dès avant les croisades, seule la citadelle (aujourd'hui Qal'at el Moudiq) était habitée. Elle se dresse sur un haut rocher muni d'un talus maçonné. L'enceinte du moyen âge forme un polygone irrégulier ; elle est renforcée de saillants carrés à faibles flanquements. Van Berchem (26) n'y a trouvé aucune trace de l'œuvre des Francs : «  Dans son état actuel, dit-il, la forteresse n'est ni antique, ni byzantine, ni latine. Tout trahit ici la main-d'œuvre arabe.  » On y voit des inscriptions aux noms de deux sultans d'Alep : Al Zahir Ghazi en 1205-1206 et Al Zahir Yusuf en 1256.
Les Francs appelaient Apamée : FÉMIA, FÉMIE, transposition du nom arabe : Afamya, Famya. Ils la perdirent en 1149. «  Le site, dit Van Berchem, est grandiose et mélancolique : au Sud et à l'Est le regard se perd dans une plaine fertile, un peu ondulée que borde le lointain profil des monts de Hama ; au Nord-Ouest il s'enfonce dans la vallée de l'Oronte jusque vers Jisr el Chugr ; à l'Ouest il se repose, au-delà de ce fleuve, sur la ligne uniforme du Jebel el Nusairiyé.  »
A l'Ouest de la forteresse un barrage tendu en travers d'un affluent de l'Oronte et muni d'écluses formait un véritable lac, très poissonneux. Ce lac, qui n'est plus aujourd'hui qu'un marais, est signalé dans l'acte de donation éventuelle à l'Hôpital établi en 1168 par le Prince d'Antioche, acte dont nous avons déjà parlé (27) : Femiam cum lacu et pertinenliis suis... «  Le voisinage d'Apamée devait être alors assez peuplé ; ainsi dans le même acte, suivant immédiatement le passage ci-dessus, on signale ... LOGIS cum pertinentiis ejus et BOCHABES...  » Bochebeis est le château d'Abou Qobeis qui se trouve de l'autre côté de l'Oronte. Quant à Logis nous proposons de le situer à el Aouaj au Sud d'Apamée (carte au 50.000e Rhab sud) (28). Nous pensons qu'on peut reconnaître, à l'Est d'el Aouaj, la grotte-vigie de ZALIN enlevée à des Arabes en 1108 par un audacieux soldat de Tancrède. Nous l'identifions avec Hayaline, (carte au 50.000e Rhab sud).

Enfin, au Sud, au coude de l'Oronte, à 16 km à l'Ouest de Sheïzar près d'un pont se trouve le fort de TELL IBN MACHER (aujourd'hui Acharné) dont Tancrède commença la construction en mai 1111. Nous en avons reconnu les fondations.
Il faut remarquer qu'au début de cette même année 1111 ce Prince avait occupé de l'autre côté du fleuve le château de QAL'AT BENI ISRAËL ou BIKISRAÏL, le CASTELLUM VETULAE ou château de la Vieille des Francs (29), position stratégique importante. Une route traversait le Djebel Bahra devant ce Fort et conduisait d'Apamée aux Ports de Djebelé et de Lattaquié. Ainsi Tancrède établissait par Tell ibn Macher et Qal'at Beni Israël une liaison entre sa lointaine Place Forte d'Apamée et la côte.

>>> Suite >>>
Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.

Top

Notes - Les territoires au delà de l'Oronte
1. René Grousset, tome I, page 420. Claude Cahen, pages 134-135.
2. Le Djebel Baraka fait partie du système montagneux du Djebel Laïloun qui dans sa partie septentrionale porte le nom de Djebel Seman. Cette chaîne s'étend au Nord jusqu'au nord de Bassuel (Basoula), dont le château Franc commandait un passage du Nahr Afrin, et, un peu plus en amont, était la position franque de Corsehel (Qorsahil).
3. Du terme soummaq signifiant l'abondance.
4. René Dussaud, page 213.
5. A la fin du siège d'Antioche par les Croisés (fin mai-début juin 1098) Yaghi Siyan, le gouverneur musulman de la grande cité, voyant que toute défense était inutile prit la fuite et, épuisé, tomba de cheval près d'Ermenaz qui est à environ 30 km d'Antioche. Des bûcherons arméniens le reconnurent et lui tranchèrent la tête qu'ils apportèrent aux vainqueurs à Antioche. Ibn al-Athir, Kamel.., Historiens orientaux des croisades, tome I, page 193. — Ibn al-Oalanisi, édition Gibb, page 44. — Raoul de Caen, Historiens occidentaux des croisades, tome III, c. 68, dit que Yaghi Siyan fut tué à Rubea. S'il s'agit de Rubea, ou Rogia, près de Maarrat en Noman, la distance est de 90 km. Ce qui est beaucoup trop éloigné, d'autant plus que l'Anonyme de la lre croisade, éd., Bréhier, page 108-109, assure que l'émir fut tué non loin d'Antioche. Il faut donc adopter l'indication des textes arabes ; il se peut cependant que Raoul de Caen n'ait pas fait d'erreur et qu'il y ait eu un Rubea au voisinage d'Ermenaz.
6. Totomola cité avec d'autres lieux dépendant d'Apamée (Femie) donnés en janvier 1168 par le Prince d'Antioche à l'Hôpital. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, n° 391, page 266-268 : «  ...aliasque dominationes quas habet Femia, Berssaphul, castellum de Lacoba, Totomola...  » On pourrait penser aussi à Touhoum au N.-E. d'Idlib (carte d'Idlib, 1/50.000e).
7. Ne pas confondre Balmis avec la cavea Belmys plus au Sud dont il sera question plus loin.
8. Observons que Oustani signifie «  qui occupe le milieu  », et justement la chaîne du Djebel Oustani occupe le milieu de la Plaine du Houdj.
9. Voir plus loin, «  Le problème de Rugia (Chastel de Ruge) et de Russa  ».
10. Guillaume de Tyr, livre I. XIV c. 5, page 612. On l'écrit aussi Arcicant.
11. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, 1er février 1186, n° 783, page 491-6. — Rohricht, Reg., pages 171-172, n° 649.
12. Et non Tellouza, à l'Est d'Al Bara, proposée par Dussaud.
13. Cavea Belmys désigne peut-être une de ces grottes-forteresses creusées au flanc d'une falaise d'où l'on découvrait un vaste horizon et qui servait de poste de guet, telles que la cavea de Roob, la cave de Tyron, etc...
14. Qastoun fut pris aux Francs momentanément par Il Ghazy en juin 1119. Kamal ad-din Historiens Orientaux des croisades tome III, page 615-617. Voir Dussaud, page 169, n. 6. — Une photo d'avion (figure planche XC) montre très bien les fondations de ce fort.
15. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem janvier 1168, tome I, n° 391, page 266-268 «  medietatem Rogiae... et Arcicant... Farmith...  » Arcicant sur le versant opposé, se trouve à 9 km à vol d'oiseau de Farmith. — Rôhricht, Reg,, page 111-112, n° 428.
16. Même acte que ci-dessus, janvier 1168 « ... aliasque dominationes quas habet Femia, Berssaphut, castellum de Lacoba, Totomota... » Dussaud, page 142 et 145, le plaçait à Loqbé, à environ 80 km au Sud-Ouest, de l'autre côté de l'Oronte, au Sud d'Abou Qobeis.
17. Kamal ad-din, Historiens Orientaux des croisades, tome III, page 591-2. Voir Cahen, page 236.
18. Ibn al-Athir, Historiens Orientaux des croisades tome I, 810. Voir Cahen, page 380.
19. Basarfout se trouvait ainsi dans une position analogue au grand château de Subeibe ; placé dans la montagne à l'Est de Tyr, il protégeait la ville toute proche de Banyas aux sources du Jourdain. Même observation pour le château de Montferrand (Barin) protégeant la ville de Rafanée.
20. Kamal ad-din, page 652. Voir Cahen, page 302.
21. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, n° 391, page 266-268.
22. Btirsa, Midjeleya, Khirbet Hass, Baouda, Serdjilla etc. Voir Van Berchem, page 55 et suivantes. — Dussaud, page 180-181 et 210. — Joseph Mattern, Villes mortes de Haute Syrie, 2e édit., Beyrouth, 1944.
23. En 1111 un chevalier du nom de Pons est seigneur de Talaminia.
24. Claude Cahen, page 163.
25. Baufred, Bonable I (1114-1118), Basile ?. Comme ailleurs, après la perte de la Place, ils gardent leur titre : Arnaud, 1154, Bonable II, 1166-1169, Guillaume. Voir Cahen, page 545 -> Baufred de Kafartâb -> Bonable I, 1114-1118. -> Basile ?
(Arnaud de Kafartâb, 1154.) -> Bonable II, 1166-1169. -> Guillaume, duc..
26. Van Berchem, page 188-194.
27. Cartulaire général des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem tome I, n° 391, page 266-268.
28. Nous croyons cette localisation préférable à celle proposée par Claude Cahen, page 164, n. 14, à Houweis qui est au Nord d'Apamée, car la nôtre suit l'ordre géographique de l'acte : «  Femia, Logis, Bochabes  » voir Dussaud, page 145, n. 2.
29. Voir Le Djebel Ansarieh et le Territoire des Assassins.

Paul Deschamps — Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III — La Défense du comté de Tripoli et la principauté d'Antioche. Editions Paul Geuthner Paris 1977.

Top

Claude Cahen — Caferlatha et Basarfout
L'activité offensive des Francs d'Antioche en fut naturellement encore surexcitée ; les Grecs étant écartés, ils se retournèrent contre Alep. Celle-ci était de plus en plus faible; sans doute Djanâh ad-daula, après avoir été battu par Raymond de Saint-Gilles, près de Tripoli, avait été «  assassiné  » à Homç, peut-être à l'instigation de Rodwân (milieu de 1103), mais la tranquillité de Rodwân n'en fût pas accrue, car les habitants de Homç se donnèrent à Doqâq. Au lendemain de la libération de Bohémond, les Francs firent un raid sur Mouslimiya, au nord d'Alep, pour appuyer des demandes de tribut destinées à récupérer le montant de sa rançon. Peu après, en mars 1104, ils enlevaient Basarfoût et n'échouaient devant Kafarlâtâ que par la résistance purement locale des Banoû'Olaïm. — Retour au texte
Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.

Top

Claude Cahen — Caferlatha et Basarfout
Les Francs étaient donc parvenus encore à maintenir leur suprématie. Et la nouvelle campagne qu'entreprit en 1126 Boursouqî, à la suite d'un appel de Chams al-Khawâçç de Rafâniya, le manifesta d'autant plus qu'elle fut contemporaine d'une attaque navale des Egyptiens sur les côtes syro-palestiniennes. Après avoir essayé de neutraliser Joscelin, qui venait de razzier le Khâboûr, par un partage de la région comprise entre 'Azâz et Alep, Boursouqî était allé assiéger Athârib, cependant que des Turcomans capturaient, dans le Djabal Banî 'Olaïm, le seigneur de Basarfoût, Geffroy Blanc, et qu'un corps de l'armée de Mossoul parvenait à enlever Sarmeda. Mais alors, de nouveau, Baudouin arriva, rejoint par Joscelin en dépit d'un récent accord entre lui et Boursouqî. Las de ces guerres épuisantes, il désirait négocier, mais lorsqu'il vit la facilité avec laquelle Boursouqî, rendu circonspect par son échec de l'année précédente, renonçait au siège de Kafartâb, il accrût ses prétentions et exigea la possession intégrale des districts jusqu'ici partagés. En vain, Boursouqî essaya alors d'une manifestation de force du côté de Sarmîn et Fou' a : les places, bien gardées, résistèrent et l'armée turque, que Baudouin surveillait de Ma'arra Miçrîn, ne pouvait pas piller à son aise. Finalement, sans qu'un accord eût été conclu, Boursouq@? retourna à Mossoul. — Retour au texte
Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Top

Top

Claude Cahen — mosquée transformée en donjon
Selon les moments, la principale localité surveillant la première route a été l'une ou l'autre de deux petites places voisines, Asfoûna et Kafartâb (latin Capharda). Cette dernière est à quelques kilomètres au nord-ouest de la moderne Khân Chaïkhoûn (9); la seconde, que maint récit d'opérations militaires du XIe siècle attestent avoir été proche de Kafartâb (10), doit conserver le nom antique d'Achkhânî, qui occupait le site de Khân Chaïkhoûn même, encore remarquable par son énorme tell; elle était ruinée au XIIIe siècle. Les Francs l'avaient remplacée par Kafartâb, où ils avaient ajouté à une enceinte et à un fossé préexistants une forteresse faite d'une mosquée transformée; l'approvisionnement en eau y était cependant très déficient. — Retour au texte
Sources : Claude Cahen, La Syrie du Nord à l'Epoque des Croisades et la Principauté Franque d'Antioche. Editeur Librairie Orientaliste Paul Geuthner. Paris 1940.
Orient Latin visité 783926 fois

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.