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Les Croisades, les possessions des Ordres Militaires en Orient

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Paul Deschamps, Royaume de Jérusalem → Suite

 

Chapitre IV
— LE CHATEAU DU TORON, LA DEFENSE DES TERRITOIRES DE TYR, D'ACRE ET DE LA GALILEE

— Le Château du Toron
— La défense des territoires de Tyr
— D'Acre et de la Galilée

LE CHATEAU DU TORON
Le château du TORON (Tibnin), à 22 kilomètres à l'est de Tyr, fut une des principales forteresses de Palestine et les seigneurs de Toron jouèrent un rôle considérable dans l'histoire du royaume de Jérusalem.

Château de TORON (Tibnin)
Château du Toron ou Tibnin

De la construction des Croisés (1), il ne reste rien pour ainsi dire : seulement à l'ouest en avant de l'enceinte actuelle, un pan de mur à bossages grossiers.

La ruine qu'on voit aujourd'hui est d'une époque postérieure au moyen âge ; l'enceinte est flanquée d'ouvrages carrés et demi-circulaires. C'est l'œuvre de Daher el Omar, émir syrien du XVIIe siècle qui, voulant se rendre indépendant, s'était révolté contre l'empire ottoman.

Château de TORON (Tibnin)
Château de TORON Tibnin

J'ai visité deux fois le Toron, dont le site répond bien au vieux nom français qu'on lui a donné : Toron signifie éminence isolée. Il se dresse à l'entrée de la plaine de Tyr sur un sommet, à 870 mètres d'altitude. De là on aperçoit le château de Beaufort.

A part la muraille dont j'ai parlé, son enceinte en petit appareil n'a rien conservé de l'œuvre des Croisés. On n'y voit même pas de pierres remployées. Bien que le Toron ne puisse faire l'objet d'une étude architecturale, j'ai cru devoir en évoquer le souvenir et en résumer l'histoire, cette place ayant eu une grande importance stratégique au temps des Croisades.

Ce château fut construit, sans doute en 1105, par Hugues de Saint-Orner, successeur de Tancrède, comme Prince de Galilée. Il en fit une base d'opération tant pour arrêter les incursions de la garnison musulmane de Tyr que pour menacer ce port dont il projetait de s'emparer.
A peine venait-il d'achever cet ouvrage, que le Prince de Galilée périt dans un combat. Les Francs ne purent se rendre maîtres de Tyr que longtemps après, en 1124. Pour surveiller plus étroitement cette grande cité maritime, le roi Baudoin Ie devait construire en 1116, au bord de la mer au sud de Tyr, une autre forteresse, le château de SCANDELION (Iskanderoun) (2).

Bien qu'après la mort d'Hugues de Saint-Omer, la seigneurie du Toron relevât directement du royaume et fût indépendante de la Princée de Galilée, il y eut tant de relations entre les événements auxquels ce château participa et ceux qui concernèrent la Princée que j'ai dû, en retraçant l'histoire du Toron, parler des principales forteresses qui défendaient cette contrée ainsi que le territoire d'Acre et de Tyr.

La Princée de Galilée (3) qui devait disparaître à la suite du triomphe de Saladin en 1187, fut l'une des quatre grandes baronnies du royaume. Ses limites sont mal déterminées. Il semble qu'elle était bordée au nord par une ligne partant de Telel au sud du lac de Houlé, suivant le Ouadi Aouba, passant au nord du Djebel Djermaq, à la hauteur de Kafr Birim, pour aboutir à Bokehel (Bouqeia).
C'était en somme la frontière de l'antique Galilée, telle que l'a indiquée M. Dussaud (4). De Bokehel une ligne passant vers les villages de Zekkanin (Saknine) et Capharmanda (Kafr Menda), séparant la Princée du territoire d'Acre, menait jusqu'à la chaîne du Carmel. La Princée occupait au sud la large plaine d'Esdrelon avec la ville du GRAND GERIN (Djenin).

La seigneurie du Bessan (Beisan), bordait la Princée près du Jourdain. Rappelons qu'à l'est, la Princée s'étendait, au-delà du Jourdain et du Lac de Tibériade, sur la Terre de Suète (5).

Les principales forteresses qui défendaient le territoire galiléen étaient les suivantes : La route de Damas à Tyr étaient jalonnée de quatre châteaux. A l'extrémité du massif de l'Hermon, se dressait le grand château de SUBEIBE, au-dessus de la ville fortifiée de BELINAS (Banyas), aux sources du Jourdain. La route passait ensuite au pied du Djebel Houuin (900 mètres) sous le CHATEAUNEUF (Hounin) (6), elle gagnait le village de Mecïa (Meis) et rencontrait dans le massif du Djebel Amela (800 m.), une troisième forteresse, le TORON (Tibnin). Au nord du Toron se trouvait le fort de MARON (Qalat Maroun) (7).
L'approche de Tyr (8) au nord-est était encore défendue par LA TOR DE L'HOSPITAL (9).
Du Toron, un chemin se dirigeait vers Acre.
Plus au sud, deux grands passages permettaient de franchir le Jourdain. Le premier, entre le lac de Houlé et le lac de Tibériade, se trouvait au Gué de Jacob (10). Par là passait la principale route de Damas à Acre. Elle était défendue par le puissant château de SAPHET planté à 12 kilomètres du Jourdain, sur une éminence à 838 m. d'altitude. Il fut construit sans doute dès l'année 1102, par les Francs (11).

La route de SAPHET à Acre, suit une dépression qui, passant au sud du Djebel Djermaq (1.200 m.), sépare les montagnes de Haute-Galilée de celles de Basse-Galilée. Le petit fort de MABLIE (Qasr Meblieh) (11) surveillait cette route, à 15 kilomètres d'Acre (12).

En 1178, les Templiers ne trouvant pas suffisante la défense de SAPHET, voulurent la renforcer d'une forteresse plus avancée pour laquelle ils firent de grands frais. Ce fut LE CHASTELLET (Qasr el Athra) (13) à 500 mètres d'altitude, au-dessus du Gué de Jacob. Saladin le détruisit quelques mois plus tard.

En arrière de Saphet, se trouvait au nord d'Acre, le petit château de MANUET (14) (el Menaouat), le château de MONTFORT (OU, STARKENBERG ou FRANS CHASTIAU = Qal'at Qoureïn), occupé par les chevaliers de l'Ordre Teutonique en 1228 (15).

Non loin, vers le sud, se trouvaient le JUDYN (16) (Qal'at Djeddin), et le CHATEAU DU ROI (17) (Meilia) tous deux à l'Ordre Teutonique.
Le second passage du Jourdain se trouvait en Basse-Galilée au sud du Lac de Tibériade. C'était le Pont de la Judaire (Djisr el Madjami).

Plan du château de Belvoir
Fig. 10. — Plan du château de Belvoir, d'après Survey of Western Palestine, Memoirs, vol. II, Samaria, page 117.

Il était défendu par le château de BELVOIR (18) qui, sur un promontoire des monts de Galilée à 297 mètres d'altitude au-dessus de la vallée du Jourdain, surveillait la route descendant du nord au sud de Tibériade vers Beisan, ainsi que la bifurcation traversant le Jourdain au Pont de la Judaire. Ce château fut vendu aux Hospitaliers qui augmentèrent ses défenses (19).

Du Bessan (Beisan), des routes traversaient la Basse-Galilée et la Plaine d'Esdrelon en direction des Ports d'Acre et de Caïffa.

A l'est de Nazareth, entre cette ville et le Mont Thabor, se trouvait le château de BURIE (Dabouriyé) ou BURES (nom d'une grande famille franque) ; au sud de Nazareth le château de LA FEVE (el Foulé) (20), sur une émincnce dominant la plaine d'Esdrelon ; entre la Fève et Belvoir, le fort de FORBELET (21) (historiens arabes Afrabala ou Kefrabala = ET-TAIYIBA) à environ 8 k. au nord-est de la source appelée Fontaine de Tubanie ('Ain Tuba'un).

Sur la route de Nazareth à Acre était la petite ville de SEPHORIE (22) (Safiriyé) avec un fort défendu par les Templiers. Tout près de là se trouvaient les Fontaines de Sêphorie dont il est fréquemment question dans les chroniques des Croisades, car maintes fois les troupes royales s'y concentrèrent pour barrer la route aux Musulmans envahissant la Galilée (23).
Sur la même route, à l'est, était le château de SAFFRAN (Shafa 'Amr) aux Templiers.

A l'ouest de Saffran, se trouve la source du Nahr Naamân (l'ancien Belus) qui va se jeter dans la mer à 1 kilomètre au sud d'Acre. A cette source, les Templiers et les Hospitaliers exploitaient les moulins de RECORDANE au pied du Tell Kerdané. Victor Guérin (24) a trouvé près de cette source, une tour à deux étages, pourvue d'archères. Au-dessus de la porte d'entrée se trouvaient les restes d'un mâchicoulis. Sur les pierres de l'ouvrage on voit gravées des croix.

Au sud-ouest de Nazareth, défendant la route qui, de Caïffa, suivait au sud la plaine d'Esdrelon, se trouvait, à l'extrémité de la chaîne du Carmel, le château de CAYMONT (Tell Qeimoun) (25).

* * *

Dans sa marche le long du littoral en mai 1099, l'armée de la première Croisade n'avait pris ni Saïda, ni Tyr, ni Acre, ni Caïffa, ni Césarée, ni Arsouf. Du voisinage de ce port, elle avait pénétré dans l'intérieur en direction de Jérusalem.

Les Croisés avaient occupé Ramleh, Lydda et Bethléem. Le 7 juin ils investissaient Jérusalem qui, après des combats épiques, tombait le 15 juillet. Pendant le siège, le Port de Jaffa avait été attaqué et pris pour assurer le ravitaillement des assiégeants.

Godefroy de Bouillon, maître de la Ville Sainte, avait vu les chefs de l'armée le quitter presque tous pour retourner en Occident.
Pourtant la Palestine restait à conquérir. Quelques rudes batailleurs, parmi lesquels Tancrède, qui allait devenir le principal lieutenant de Godefroy, restèrent à ses côtés.
Tancrède devait l'aider puissamment à faire cette conquête. Le 25 juillet 1099, il avait pris Naplouse. Puis, Godefroy lui avait donné d'avance la « Princée » de Galilée dont il lui laissait la charge de s'emparer. C'est à la tête de quatre-vingts cavaliers que Tancrède, avec une audace sans pareille, étendit la domination chrétienne sur cette vaste contrée.
Il prit TABARIE (TIBERIADE) et LE BESSAN (BEISAN) et les enferma dans une enceinte, pendant que Godefroy enlevait Hébron (Saint-Abraham) et la fortifiait.

Jérusalem et quelques places de Palestine étaient conquises, mais le nouvel état chrétien en formation devait assurer au plus vite ses communications avec l'Occident. Le but essentiel de la Croisade était de rendre à la Chrétienté le libre accès des Lieux-Saints. Il fallait donc avoir la maîtrise de la mer. Aussi Godefroy de Bouillon, dès janvier 1100, s'employa avec l'aide des marins pisans, qui avaient contribué au succès de la Croisade, à solidement fortifier le port de Jaffa.

En même temps, Godefroy et Tancrède faisaient une chevauchée d'exploration au-delà du lac de Tibériade dans le Sawad, la « Terre de Suète. » Peu après la mort de Godefroy de Bouillon (18 juillet 1100), Tancrède s'emparait d'un second port, Caïffa, à la fin d'août. Ainsi la Princée de Galilée pouvait avoir son débouché vers la mer.

Tancrède avait tenté de prendre le pouvoir laissé libre par la mort de Godefroy de Bouillon, mais les barons de Palestine s'étaient prononcés en faveur du frère de Godefroy, Baudoin, et celui-ci était arrivé à franc étrier de son lointain comté d'Edesse.

Peu après le couronnement du premier roi de Jérusalem à Bethléem, (Noël 1100), Tancrède gavait été, en mars 1101, appelé par les Francs d'Antioche, pour prendre le gouvernement de la Principauté.
Ayant accepté cette offre, il avait quitté la Palestine en rendant Tibériade et la Galilée et le Port de Cayphas (Caïffa) au nouveau souverain. Celui-ci remit Cayphas à un fidèle compagnon de Godefroy, Geldemar Carpenel et donna la Princée de Galilée avec sa capitale Tibériade à Hugues de Saint-Orner (ou de Fauquenberge) (26).
N'ayant ni Acre, ni Caïffa, le nouveau prince de Galilée chercha à obtenir un autre port et c'est sur Tyr qu'il décida de porter son effort.

Dans les années qui suivirent, Baudoin Ie fortifia son établissement en Palestine par de nouvelles conquêtes : en 1101 il s'emparait des ports d'Arsouf et de Césarée et fortifiait Ramleh ; en 1104, il prenait le grand port d'Acre. Pendant ce temps son vassal, Hugues de Saint-Omer (27), cherchait à étendre sa domination en Galilée et au nord de cette région.

C'est lui très probablement qui construisit en 1102 sur une éminence abrupte, le château de SAPHET (27), commandant à petite distance du Jourdain, le cœur de la Galilée et l'accès du grand port d'Acre (28).

Reprenant la tentative de Tancrède en Terre de Suète, il construisait en 1105, à l'est du lac de Tibériade près d'Al, un château auquel est resté le nom de QASR BERDAOUIL (le Fort de Baudoin). Cette forteresse devait être prise et rasée par Togtekin très peu de temps après sa construction (29).

En même temps, semble-t-il, Hugues construisait, à mi-chemin entre Banyas et Tyr, le château du TORON, à la fois pour se défendre contre les incursions de la garnison de Tyr qui ravageait sans cesse la Galilée et pour en faire une base d'opération contre ce port dont il voulait s'emparer. Guillaume de Tyr expose clairement ces raisons. Voici le texte de son traducteur (30) : « Hardiement se recontenoit Hue de Saint Orner en la seue terre... Il guerreoit mout efforcieement les ennemis Nostre Seingneur qui demeuroient à Sur et granz maux fesoient à noz genz quant il en avoient le pooir ; mès cil Hues fesoit souvent chevauchiées jusque devant leur vile... Mès ce li estoit mout grief chose et mout périlleuse, quar de Tabariè jusque à Sur à près de trante milles entre deus, cil ne trouvoit forteresce ne recet nul..., dont cil de Sur l'aloient porsuivant, et tozjorz le tenoient en regart jusque à la scue cité. Por ce se porpensa Hues qui estoit sages hom et de grant cuer, et regarda sus les montengnes qui sont près de Sur à dis milles un tertre fort que l'en souloit apeler Tybelin. lluec ferma un chastel mout hastivement, si li mit non le Toron et bien le garni. Cil mont siet entre la mer et le mont de Libane, ausint comme el mileu, autant i a de Sur comme de l'autre cité que l'en apele Belinas. Cist leus est mout planteis de bones terres gaengnables, de vignes et d'arbres portanz fruit ; bon air i a mout et sein. Por cele fermeté commença il plus à grever la cité de Sur et grant bien fist cil chastiaux à celui qui le fonda. Si fet il jusque au jor d'ui à la cité de Sur et à tout le resgne de Jérusalem, quar de la grant planté qu'il ont de viandes par sa terre et par sa forteresce leur donna grant scurté. »

Non seulement le Toron menaçait Tyr qui devait résister aux attaques des Francs jusqu'en 1124, mais il commandait aussi la route de Damas à Tyr (31) ainsi qu'un chemin de Damas à Acre (32).

Le Prince de Galilée devait bientôt trouver la mort dans un combat. En 1106 (33), Hugues de Saint-Omer ayant fait avec deux cents cavaliers et quatre cents fantassins, une expédition au-delà du Jourdain en Terre de Suète, en revenait avec un important butin par la route de Banyas. Ce butin était si considérable, nous dit Albert d'Aix, qu'il aurait pu suffire à couvrir les frais du siège de Saïda alors en cours et où Hugues allait rejoindre le roi Baudouin. Mais il fut attaqué près de Banyas par l'atabek de Damas, Togtekin. Une bataille acharnée eut lieu au cours de laquelle Hugues, chargeant pour la troisième fois, eut le corps traversé par une flèche. Son corps ramené par ses compagnons, fut enterré à Nazareth (34).

Peu de temps après la mort d'Hugues de Saint-Omer, le gouverneur de Tyr, Izz al Mulk, faisait une démonstration contre le Toron. Il en pilla les faubourgs et massacra leurs habitants. Le roi Baudoin qui se trouvait à Tibériade se lança à sa rencontre (35).

C'est à cette époque sans doute qu'Onfroi 1e du nom (36), fut mis en possession du château du Toron. Ses descendants devaient garder longtemps le titre de seigneurs de Toron et tenir un haut rang dans la noblesse palestinienne (37). Il mourut vers 1136.
Son fils Onfroi II, fut l'un des plus preux chevaliers de son temps.

On l'appelait le bon chevalier. Les chroniques arabes — comme les chroniques franques — vantent sa droiture et sa vaillance. Il devint connétable du royaume en 1152. Selon Jacques de Vitry, Saladin se serait fait armer par lui chevalier à la manière franque (38).

Il prit part à toutes les grandes expéditions militaires qui eurent lieu de son temps.
En 1137, Onfroi « chevalier noviaus » se trouve à la frontière du comté de Tripoli, bloqué avec le roi Foulque dans la citadelle de Montferrand assiégée par Zengi.
En 1150, au moment de la chute des dernières places du comté d'Edesse, il commande l'arrière garde de l'armée du roi qui est accouru au secours des populations franques de cette région pour protéger leur exode vers Antioche.
En 1153, il participe à la prise d'Ascalon.
En 1157, il défend contre les assauts de Nour ed din, la ville de Banyas, qui était dans son domaine, car il avait épousé la fille du seigneur de cette cité, Renier Brus (39).
Puis il prend part aux campagnes d'Egypte avec le roi Amaury et, pendant une de ses absences, Nour ed din s'empare de Banyas et de Subeibe (1164) que les Francs ne purent jamais reprendre.
En 1167, il rejoint Amaury au siège d'Alexandrie. Nour ed din profite de ce que les forces du royaume sont occupées en Egypte pour faire des expéditions victorieuses en Syrie et en Palestine. Il attaque l'un des châteaux d'Onfroi, HOUNIN ; la garnison de ce fort se sentant incapable de le défendre, y met le feu et se retire. Nour ed din, l'occupe et en achève la démolition (juillet-août 1167) (40).
En 1170, Onfroi délivre Kérak de Moab assiégée par Nour ed din (41).
En 1174, le roi Amaury avait fait un grand effort pour reprendre Banyas. Tombé malade au cours du siège, il était mort peu après.

Le territoire de Tyr et la Galilée privés de la défense de la forteresse de Subeibe se trouvaient exposés à la menace de Saladin. Le château de Saphet défendait bien la principale route de Damas à Acre, mais nous ignorons quelle était sa puissance défensive (42). Toujours est-il que les Templiers, malgré la résistance du roi Baudoin IV, engagé par une trêve avec Saladin, le forcèrent à construire au nord-est de Saphet, une nouvelle forteresse au bord du Jourdain, immédiatement au-dessus du Gué de Jacob, commandant ainsi la voie qui, de Damas par Qouneïtra, passait le fleuve en direction d'Acre par Saphet ou Tibériade.

Ce fut le CHASTELLET (43) (Qasr el Athra), que Baudoin et les chevaliers du Temple commencèrent en octobre-novembre 1178. Cette construction d'un château à une journée de marche de Damas, comme le remarque Maqrizi (44), fut cause d'une grande inquiétude pour Saladin et son entourage. Ses officiers lui firent observer que la nouvelle forteresse commanderait les points faibles de la frontière musulmane et rendrait le passage du Jourdain très difficile (45). Six mois après, la construction était terminée. Elle était d'une puissance extraordinaire.

Le chroniqueur Abu Chaîna donne des détails qu'il faut recueillir précieusement, car on n'en rencontre pas souvent d'analogues : « L'épaisseur de la muraille dépassait dix coudées ; elle était construite en pierres de taille énormes dont chacune avait près de sept coudées ; le nombre de ces pierres dépassait 20.000 et chaque pierre mise en place et scellée dans la bâtisse ne revenait pas à moins de quatre dinars. »
Les Templiers mirent dans la Place une forte garnison qui atteignait près de mille combattants, un important matériel de guerre et de grandes provisions de vivres (46).

En même temps, plus au nord, Onfroi de Toron, privé du château de Subeibe, si utile à la défense du royaume, décidait de reconstruire à HOUNIN, en avant du Toron et à mi-distance entre ce château et Banyas, la forteresse que Nour ed din avait démolie en 1167. Relevée en 1178, elle allait prendre sous le nom de CHATEAUNEUF (47) le rôle de poste de frontière qu'avait rempli Subeibe de 1129 à 1164.

Chateauneuf
Sources image: Sami Kleit

Dominant à 900 mètres d'altitude, sur un sommet du Djebel Hounin la plaine de la Merdj 'Ayoun (la plaine des sources) avec les vallées du Nahr Bareigk et du Nahr el Hasbani, commandant la route de Tyr, ainsi que celle allant du nord au sud de Merdjayoun à Saphet et à Tibériade, le Châteauneuf, d'où l'on aperçoit à l'est Subeibe et au sud le lac de Houlé, devait tenir tête à Damas et fermer l'accès de la Haute-Galilée.

Le fondateur du Toron, Hugues de Saint-Omer était mort dans un combat près de Banyas alors qu'il venait d'achever de « fermer » sa forteresse. C'est dans la forêt de Banyas qu'allait aussi tomber le glorieux connétable Onfroi alors qu'il venait de fermer le Châteauneuf.

Le 10 avril 1179, le roi opérait avec Onfroi, une razzia dans cette contrée, quand ils furent surpris par les troupes de Ferrukh-Shah, neveu de Saladin. Les Francs dispersés se défendirent vaillamment. Onfroi se sacrifia pour protéger la retraite de Baudoin. Reculant pas à pas, il fut criblé de flèches par les Musulmans qui tirèrent sur lui « comme sur une cible. » Il reçut une flèche en plein visage, deux autres dans la jambe et trois blessures au flanc. Ramené par ses compagnons au Châteauneuf, il y mourut le 22 avril et fut enterré dans l'église Notre-Dame du Toron (48).
Citons ce bel éloge d'un historien musulman : « Il est impossible: de donner une idée de ce qu'était Onfroi. On se servait de son nom comme synonyme de bravoure et de prudence dans la guerre » (49).

Quelques semaines plus tard, Saladin étant entré à nouveau en territoire chrétien, Baudoin IV rassembla ses troupes en toute hâte et vint concentrer ses forces au Toron où il tint un conseil de guerre. De là il se dirigea vers la Merdj 'ayoun où il rencontra l'armée ennemie. Le combat fut à l'avantage du sultan (10 juin 1179) (50).

Saladin avait offert en vain au roi Baudoin, 100.000 dinars s'il démolissait le Chastellet (51). Le roi ayant refusé, il était allé le 27 mai assiéger cette forteresse, mais ses défenseurs résistèrent vigoureusement et mirent en fuite son armée. Il devait revenir au mois d'août avec des forces considérables. Ses sapeurs creusèrent une mine sous une tour et y mirent le feu. La tour s'effondra avec fracas au milieu des flammes et d'un immense nuage de fumée. Le gouverneur de la place se précipita dans le brasier. Un grand nombre de Francs périrent dans l'incendie ou furent massacrés. On fit sept cents prisonniers (24-29 août 1179) (51).

Saladin détruisit la forteresse de fond en comble. « Il la rasa comme on efface les lettres d'un parchemin (52). »

Avant de parler de la prise du Toron par Saladin en 1187, il nous faut rapporter la relation d'un voyageur musulman qui est un des plus anciens témoignages de l'esprit colonisateur de la France, esprit de bienveillance et de générosité qu'on remarque partout où nos pionniers sont allés développer notre empire d'outre-mer et y porter notre civilisation.

En l'année 1184, où Ibn Djobeïr venu d'Espagne voyageait en Palestine et passait par le Toron, le territoire de ce château était directement sous la main de Baudoin IV le Lépreux, l'une des plus belles figures de ces rois-chevaliers qui portèrent le mieux en Orient la renommée de justice et de droiture qu'acquit notre nation parmi les Orientaux (53).
« Entre Tibnin et Tyr, écrit Ibn Djobeïr (54), nous vîmes de nombreux villages, tous habités par les Musulmans, qui vivent dans un grand bien-être sous les Francs. Les conditions qui leur sont faites sont l'abandon de la moitié de la récolte et le paiement d'un impôt... Mais les Musulmans sont maîtres de leurs habitations et s'administrent comme ils l'entendent. C'est la condition dans tout le territoire occupé par les Francs sur tout le littoral de Syrie. La plupart des Musulmans ont le cœur abreuvé par la tentation de s'y fixer en voyant l'état de leurs frères dans les régions gouvernées par des Musulmans où la situation est le contraire du bien-être. Un des malheurs qui affligent les Musulmans, c'est qu'ils ont toujours à se plaindre sous leur propre gouvernement des injustices de leurs chefs et qu'ils n'ont qu'à se louer de la conduite des Francs en la justice de qui on peut se fier. »

Après sa grande victoire de Hattin, Saladin poursuivit sa marche triomphale à travers la Galilée. Le lendemain il prenait Tibériade et cinq jours après, Acre se rendait. Tibériade, Nazareth, Naplouse, les ports de Césarée, de Caïffa et de Jaffa, étaient occupés par ses lieutenants. Il détruisit le château de la Fève (55). Son neveu, Taqi al din Omar, assiégeait le Toron, mais la garnison lui opposa une si vive résistance qu'il dut appeler Saladin à l'aide. Celui-ci obtint enfin, après de rudes assauts, la capitulation de la garnison qui dut payer rançon, abandonner son matériel de guerre et tout ce qui se trouvait dans la forteresse, mais elle obtint la liberté, et fut reconduite à Tyr par une escorte du sultan ( 26 juillet 1187) (56).

Trois jours après, la cité de Saïda ouvrait ses portes à Saladin. Mais trois grands châteaux résistaient encore en Galilée : Châteauneuf, Saphet et Belvoir. Les forteresses de Transjordanie se refusaient aussi à ouvrir leurs portes. Quand en 1188, Saladin monta vers le nord à la conquête de la Syrie, c'est à son frère Malek el Adel qu'il confia le soin de surveiller la Palestine et d'en achever l'occupation. C'est au Toron (57) que Malek el Adel établit son quartier général ; de là il dirigeait les attaques menées par les émirs placés sous ses ordres.
Le Châteauneuf avait capitulé le 26 décembre 1187.

A Saphet, les chevaliers du Temple, à Belvoir ceux de l'Hôpital se maintinrent pendant plus d'un an malgré les efforts des troupes musulmanes.

Le 2 janvier 1188, la garnison de Belvoir fit une sortie et battit près de Forbelet l'armée musulmane qui investissait la place ; son commandant, Saif al din Malimud fut tué (58).

Saphet capitula entre le 30 novembre et le 6 décembre 1188. Quelques jours plus tard, le 5 janvier 1189, les Hospitaliers de Belvoir, épuisés par la famine ouvraient leurs portes. Les deux garnisons, dont Saladin avaient admiré la ténacité et le courage purent se retirer librement à Tyr (59).

Tyr, en effet, avait résisté aux assauts de Saladin grâce à la magnifique résistance de Conrad de Montferrat. Peu de temps après la bataille de Hattin, Conrad arrivait à Tyr et relevait le courage des habitants qui s'apprêtaient déjà à capituler. Aussitôt il entreprit d'améliorer les défenses de la Place. Lorsqu'après la prise de Jérusalem (2 octobre), Saladin se présenta devant la ville, ces travaux étaient terminés. Le sultan l'attaqua vainement jusqu'à la fin de décembre. Dans la nuit du Ier au 2 janvier 1188, il leva le siège. Cette opulente, cité n'est plus qu'un village avec un petit port de pêche.

Les chroniqueurs des Croisades (60) s'extasient sur sa richesse, son activité commerciale, le large trafic de son port, le charme de ses jardins, la puissance extraordinaire de ses fortifications.

On sait que dans l'Antiquité, Tyr était une île. Alexandre le Grand l'unit au continent par une chaussée. Les Croisés barrèrent l'isthme ainsi constitué par un solide rempart.

Aboul Faradj dépeint précisément l'aspect de Tyr en disant : « qu'elle présentait l'image d'une main dans la mer rattachée au continent par un poignet qu'entourent les flots. » Le Kamel Altewaryk emploie la même comparaison.

Tyr avait deux ports, l'un au nord, le port actuel, appelé le port sidonien, celui qui fut utilisé au moyen âge, l'autre au sud, le port antique ensablé, qui était beaucoup plus vaste. On sait que récemment le R. P. Poidebard a étudié ce port antique et, par des reconnaissances aériennes et des photographies sous-marines, a reconstitué son avant-port ; il a retrouvé des fondations de main d'homme établies sous l'eau pour dresser les murailles d'une digue gigantesque qui protégeait cette rade (61).

Du côté de la mer une double muraille flanquée de tours défendait la cité des Croisés. Le Port sidonien ouvrait vers l'est entre deux jetées aux extrémités desquelles se dressaient deux tours ; entre celles-ci on tendait une chaîne quand on voulait interdire l'accès du port (62).

Du côté du continent, un triple rempart allant d'un rivage à l'autre fermait la ville. Ce rempart était flanqué de douze tours très rapprochées (63).

Une seule entrée permettait de pénétrer dans la ville. Elle donnait accès à un couloir en chicane et muni de défenses variées. Il fallait franchir trois ou quatre poternes (64).
Un grand fossé était creusé en avant du rempart. En cas d'attaque de la ville on pouvait le faire remplir par la mer (65).

Les défenses barrant l'isthme étaient dominées par la citadelle : c'était un gros donjon carre enferme dans une enceinte flanquée de tours aux angles. Olivier le Scholastique écrivait en 1219 que Jean de Brienne, devenu roi de Jérusalem en 1210, venait de construire cette citadelle (66).
En 1202 un tremblement de terre avait ruiné la ville et nécessité sans doute d'importants travaux.

Au milieu du siècle dernier on voyait encore des restes des tours et des murailles des Croisés. Ces constructions étaient en grand appareil à bossages semblable à celui qu'on voit encore aux murailles de Chastel Pèlerin et de Tortose qui datent elles aussi du début du XIIIe siècle.

* * *

Les Francs devaient rentrer en possession du Toron, puis de Saphet et de Belvoir.
Pendant la croisade allemande due à l'initiative de l'empereur Henri VI, la chevalerie allemande assiégea du 28 novembre 1197 au 2 février 1198 le Toron. Le siège fut rude, la garnison musulmane opposant une farouche résistance. A la fin, les assiégeants se lassèrent et regagnèrent Tyr (66).

En 1218, pendant le siège de Damiette, le prince de Damas, Malek al Moaddham, pressentant le triomphe des Croisés qui s'empareraient ensuite de ses forteresses de Palestine, fit démolir les fortifications de plusieurs d'entre elles, notamment le Toron : « il alla lui-même à Tibnin et détruisit de fond en comble cette place qui était la clef du pays (67). » Après la prise de Damiette (5 novembre 1219), le sultan d'Egypte devait offrir aux Croisés, s'ils lui rendaient cette cité, de leur restituer le Toron, de reconstruire à ses frais ses murailles et de faire de même pour Saphet, Beaufort, Banyas et Jérusalem (68). Cette proposition si avantageuse fut repoussée.
Pourtant, dix ans plus tard, le Toron allait être rendu aux Chrétiens.

Le 18 février 1229, l'empereur Frédéric II concluait avec le sultan Malek al Kamel, un traité de paix (69) par lequel le royaume latin rentrait en possession de Jérusalem et de Bethléem, de Césarée et de Jaffa, ainsi que d'autres places telles que Ramleh et Lydda, qui bordaient la grande route des Pèlerins de Jaffa à Jérusalem. En Galilée, les Francs récupéraient le territoire de Nazareth et, plus au nord, les châteaux du Toron et de Montfort (70) et la partie du territoire de Saïda qu'occupaient les Musulmans.

Deux mois après, en avril, Frédéric II remettait le Toron à l'héritière de cette seigneurie, Alix d'Arménie, fille d'Onfroi III. La petite fille d'Alix, Marie, épousa en 1240, Philippe de Montfort qui devait jouer un rôle prépondérant dans les affaires du royaume. C'est lui qui tint tête au maréchal Filanghieri, chargé de soutenir à Tyr la politique de l'empereur Frédéric II et il finit, avec Bahan III d'Ibelin, seigneur de Barut, par chasser en 1243 les impériaux de Tyr où il s'installa alors en maître. Ainsi unissait-il le grand port de Tyr au château du Toron, construit un siècle et demi auparavant pour prendre la cité maritime et garder ensuite le territoire fertile qui les séparait.

Plan château de Montfort
Fig. 11. — Plan château de Montfort, d'après Rey, Architecture militaire des Croisés ..., Plan XV.

Les textes ne nous disent pas si Philippe de Montfort reconstruisit le Toron, mais cela est bien vraisemblable, car seigneur de Tyr et de et de tout le territoire de Haute-Galilée, il devait avoir d'abondants revenus et de plus, la forteresse du Toron était utile à la défense de sa seigneurie.

C'est à cette même époque (1240), que les Francs, par un traité avec l'émir de Damas al Salih Ismail, rentrèrent en possession des châteaux de Beaufort et de Saphet et des territoires environnants (71). Peu après les Templiers reconstruisirent Le Saphet que Malek al Moaddham avait démantelé en 1218. Ils en firent une des plus belles forteresses que les Croisés aient construites au XIIIe siècle, aussi puissante que le Crac des Chevaliers, Margat et Chastel Pèlerin. Nous avons retracé dans le volume précédent (72) cette magnifique entreprise due à l'insistance d'un pèlerin, l'évêque de Marseille, Benoit d'Alignait. Nous n'y reviendrons pas.

La pose de la première pierre eut lieu le 11 décembre 1240. La construction devait demander deux ans et demi environ. L'enceinte défendue par sept grosses tours rondes, occupait une superficie de 4 hectares. J'ai visité Saphet en 1936 (73). Je n'ai plus trouvé qu'un tertre couvert de ruines informes au milieu desquelles ont poussé des sapins. On reconnaît des vestiges de tours dont le parement a été arraché, les pierres ayant servi à la construction de la petite ville de Safed. Il est impossible de vérifier l'exactitude des dimensions des ouvrages données avec de grands détails dans la relation de la construction.

Voici un curieux détail rapporté par Ibn Fûrat au sujet de la construction de Saphet. Les Templiers avaient amené, pour les travaux, mille captifs musulmans. Ceux-ci voyant que les Francs étaient moins de deux cents, résolurent de se révolter et de les massacrer et firent informer de leur projet l'émir de Damas. Celui-ci, fidèle ami des Francs, les avertit du complot. Tous les captifs furent mis à mort (74).

Puis nous arrivons au désastre avec les campagnes victorieuses de Beibars, qui devait donner le premier coup de hache dans les possessions franques de Terre-Sainte. En 1266, il opère en Galilée, s'attaque à Acre qui repousse ses assauts. Peu après il enlève Saphet et le Toron (75).

L'attaque de la grande forteresse des Templiers de Saphet nous est contée avec maints détails ; les chroniques arabes et franques se complètent fort bien (76). Beibars commença le siège le 7 juillet et le combat se poursuivit avec acharnement sans aucun succès pour les Musulmans. De nouveaux assauts furent tentés les 13 et 19 juillet. L'armée assiégeante subit de lourdes pertes. On avait pris l'ouvrage avancé qui défendait l'entrée, et pratiqué des brèches dans plusieurs tours, mais les assiégeants avaient perdu tant de monde qu'ils commençaient à se débander. Beibars dut faire arrêter quarante émirs. Voyant qu'il ne pourrait prendre Saphet de vive force il employa la ruse. Il fit crier aux Syriens chrétiens que s'ils rendaient la place ils auraient la vie sauve. La disgorde se mit parmi les défenseurs. Enfin, les Templiers envoyèrent au sultan un interprète, un Syrien, Léon le Casalier, qui était au service du Temple depuis trente ans et avait l'administration des casaux dépendant de Saphet. Beibars obtint de Lui par de larges promesses, qu'il trahirait. Le sultan décida que l'émir Kermoun qui lui ressemblait le remplacerait pour assurer par serment qu'il laisserait les Francs aussi bien que les Syriens, sortir sains et saufs de la place. Lorsque les parlementaires des Francs se présentèrent — c'était Léon le Casalier et un chevalier de l'Hôpital — Kermoun, revêtu des ornements du sultan et assis sur le trône royal, fit solennellement le serment convenu pour obtenir la capitulation. L'Hospitalier crut se trouver en présence de Beibars. Lorsque les défenseurs eurent rendu Saphet (le 25 juillet 1266, selon la chronique de Saint-Martial) les Musulmans se jetèrent sur eux et les firent prisonniers.

Beibars n'épargna que les femmes et les enfants. Il prétexta que certains Francs avaient, contrairement à ce qui était convenu, caché sous leurs vêtements des armes et de l'argent. Les captifs furent conduits sur une colline à une demi-lieue de Saphet et furent décapités. Pendant ce massacre de toute la garnison de Saphet, deux frères mineurs prêchaient la parole de Dieu et exhortaient tous ces chrétiens à bien mourir (77).

Selon une chronique arabe, deux mille hommes furent ainsi exterminés. Selon la chronique de Saint-Martial de Limoges, on mit à mort cent cinquante Templiers, sept cent soixante-sept combattants et quatre frères mineurs.

Les deux parlementaires seuls furent épargnés. Léon le Casalier qui avait trahi, se fit musulman. Quant au chevalier de l'Hôpital, Beibars lui laissa la vie pour qu'il allât témoigner à Acre de sa cruauté dont il voulait faire un sujet d'effroi en terre chrétienne. Il se réfugia dans la maison de son Ordre. Les Templiers d'Acre réclamèrent qu'il leur fût livré disant qu'il était cause de la perte de leur forteresse et de la mort de leurs frères. La discorde faillit se mettre entre les deux Ordres à son sujet. Ce chevalier fut tué peu après dans une sortie de la garnison d'Acre contre les Musulmans. Deux ans plus tard (1268), Beaufort devait succomber. Le Crac des Chevaliers subissait le même sort en 1271.

Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes — Toron, Territoires de Tyr, d'Acre et de Galilée
1. Survey of Western Palestine, Mémoire, I, Galilée, (188), pages 133-135. Plan. A la page 134 figure le dessin de l'arc d'une porte à bossages située au sud de la forteresse. Je n'ai rien trouvé de semblable et ce dessin ressemble singulièrement à celui de l'arc de la Porte C de Beaufort que j'ai déblayée en 1936. Il doit donc y avoir une erreur de la part de l'éditeur du Survey.

2. Guillaume de Tyr, XI, c. 30, Historiens occidentaux des Croisades, I, page 507 : « Eodem anno postquam rex de praedicta convaluit aegritudine ... inter Ptolomaidum (Acre) et Tyrum castrum aedificat ... Est autem locus fontibus irriguus, vis quinque miliaribus a Tyro distans, in littore maris constituais. Hoc autem ea reaedificavit intentione, ut Tyrensibus esset pro stimulo, et unde eis frequentes irrogarentur injuriac. Hunc locum hodie appeilatione corrupta populares appellant Scandalium. » — Foucher de Chartres, Historiens occidentaux des Croisades, III, page 435.
— M. Albanese, Attaché au Service des Antiquités de Syrie, a bien voulu me signaler à petite distance au nord d'Iskanderun (Alexandrette prend le nom d'Iskenderun), au bord de la mer, les vestiges d'une chapelle et les traces d'enceintes, qui seraient ce qui reste du château de Scandelion.

3. Sur les Princes de Galilée, voir René Grousset, tome II, pages 837-850.

4. Dussaud, Topographie, page 18.

5. Rey, Colonies Franques, page 433.

6. Survey of Western Palestine, Memoirs, vol. I, Galilée (1881), pages 123-125 ; Plan.

7. Rey, Colonies Franques, page 489.
— Dussaud, Topographie, page 30.

8. Sur les défenses de Tyr, voir plus loin.

9. Bordj Rahib = Bordj el Ashbetar.
— Rey, Colonies franques, page 500.
— Dussaud, topographie, page 33.

10. Aujourd'hui se trouve là le Djisr Benat Yakoub (Pont des filles de Jacob) qui n'existait pas au moyen âge.

11. Plusieurs auteurs arabes s'accordent pour attribuer sa construction aux Francs en l'an 495 de l'hégire (octobre 1101-octobre 1102). Ainsi Ibn Shaddad Halabi, Géographie historique, manuscrit arabe de Leyde, n° 1466, page 220 (communication de M. Claude Cahen) : « çafad où avant les Francs il n'y avait qu'une tour ; les Francs en firent une forteresse en 495 »
De même Ibn Fûrat, traduction Jourdain, B. N. manuscrit arabe, 1596, page 12. Voir van Berchem, Journal asiatique, 1902, tome I, page 414, et Gaudefroy-Demombynes, La Syrie à l'époque des Mamelouks, page 119.
Des écrivains modernes, suivant sans doute Victor Guérin {Galilée, tome II, page 422 ; voir aussi les références dans Grousset, tome II, page 138, note I), attribuent, en s'appuyant sur Jacques de Vitry et Marino Sanuto, la construction de Saphet au roi Foulque vers 1138-1140. Mais van Berchem conteste à juste titre ces assertions ; Guérin a mal interprété les passages des deux chroniqueurs parlant de Saphet. Il faut s'en tenir à l'indication d'Ibn Shaddad Halabi. Il est d'ailleurs tout naturel de penser qu'Hugues de Saint-Omer, qui fit tant pour assurer la défense de la Galilée, ait fortifié une position stratégique si importante.
— Sur Saphet, voir article de Kramers dans Encyclopédie de l'Islam : Safad.
— Burchard de Mont Sion, éd. J. C. M. Laurent, p. 34 : « Castrum et eivitas Sephet, pulchriu, et firmius, mco judïcio, omnibus castris que vidi, situm in monte altissimo. »

11. Voyez Guérin, Galilée, tome I, ppage 443.

12. Sur les défenses d'Acre, voir notre précédent ouvrage, Le Crac des Chevaliers.

13. Qasr el Athra, « ancienne forteresse qui couronne une colline longue de 250 pas sur 72 de largeur moyenne. Celle-ci commmande à l'est et au sud le Jourdain qui coule à ses pieds de ces deux côtés... Une tour flanquait chacun des angles de ce rectangle et, au centre de chacune des faces, une porte avait été ménagée, regardant l'un des quatre points cardinaux. » Voyez Guérin, Galilée, tome I, page 341.

14. Voyez Guérin, Galilée, tome II, pages 37-38.

15. Strehlke, Tabulae ordinis Teutonici, n° 63, pages 51-53.

16. LE JUDYN OU LE GEDIN. Voir Guérin, Galilée, tome II, page 24-26. Il était déjà ruiné au temps de Burchard de Mont Sion (1283) ; éditions Laurent, page 34 « Ab Accon ad quatuor leucas est castellum Judin dictum, in montanis Saron, quod fuit domus Theutonice, sed modo est destructum. »

17. CASTRU. M REGIUM OU- CASTELLUM REGIS. — Röhricht, Regesta, page 89, n° 341 : castellum regium Mhalia, 28 janvier 1160.
— Cédé à l'Ordre Teutonique en 1220.
— Strehlke, Tabulae ordinis Teutonici, n° 33, page 43.
— Voyez Guérin, Galilée, tome II, page 60-61 : « restes d'une ancienne forteresse flanquée de quatre tours carrées ; il en subsiste encore des parties considérables, qui nous montrent qu'elle avait été bâtie en blocs réguliers, les uns complètement aplanis et de moyenne dimension, les autres plus grands et relevés en bossages ; ceux-ci avaient été réservés pour les angles. »
— Burchard de Mont Sion, page 34 : « ... Castellum Regium in valle, quondam domus ejusdem (Ordre Teutonique), habundans omnibus bonis et fructibus qui eciam in terra illa rari sunt nisi ibi. »
Ce château parait être celui qui est appelé castellum novum dans le Theoderici Libellus de locis sanctis, chapitre XL, (editions Tobler, 1865, pages 90-91) ; ce castellum novum est cité aussi en 1182 et 1183 (Röhricht, Regesta Regni Hierosolymitani, 1893), n° 614 et 625, et en 1179 et 1188, sous le nom de Castellum novum régis (ibidem, n° 587 et 674).

18. Jaques de Vitry, Historiens orientalis, Tome I, page 49, editions Bongars, page 1074.
— Burchard de Mont Sion, éditions Laurent, page 48.
— Theodorici libellas, editions Tobler, page 98.
— Les Francs l'appelaient auparavant COQUET, du nom arabe que porte le site : Kokab el Hawa, « l'Etoile du Vent. » Sur ce château, voyez R. P. Abel, dans Revue Biblique, juillet 1912, pages 405-409, photo page 406. Le front est domine la vallée à pic ; les trois autres fronts sont bordés de fossés taillés dans le roc, larges d'une vingtaine de mètres. La forteresse forme un rectangle de 160 m. X 120 m., flanqué aux angles de tours carrées. Un saillant percé d'une porte se trouve au milieu de chaque front. Ces ouvrages ont des talus à leur base.
— Voir aussi V. Guérin, Galilée, tome I, page 129 et suivantes.
— Rey, Colonies franques Belvoir, page 437.
— Survey of Western Palestine, Memoirs, II, Samaria, p. 117-119, Plan.
— T. E. Lawrence, Crusader Castles, 1936, fig. 47, page 40.

19. En 1168, Gautier de Tibériade, Prince de Galilée, confirme la vente qui a été faite à l'Hôpital par Yvon Velos, du « castrum de COQUET quod vulgariter Belvear nuncupatur »
— Röhricht, Regesta pages 116-117, n° 448.
— Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, n° 398, pages 271-272.

20. CASTRUM FABAE. Ernoul, page 98, 102, 143 : « Un castel c'on apielle La Fève. »
— Burehard de Mont Sion, editions J. C. M. Laurent, Peregrinatores ... page 49.
— V. Guérin, Galilée, tome I, pages 110-112 : « Quatre portes, chacune à l'un des points cardinaux, donnaient accès dans cette enceinte rectangulaire. Des fossés larges et profonds l'entouraient »
— Cette forteresse fut prise et détruite par Saladin en 1187.
— C'est dans ces ruines qu'était installée une partie de l'armée turque, le 16 avril 1799, quand Kléber l'attaqua. Bonaparte, puis Murât, vinrent à son secours. Ce fut la bataille du Mont-Thabor.

21. F. M. Abel, dans Journal of the Palestine Oriental Society, vol. XVII, 1937, pages 31-44, carte.

22. Après sa victoire de Hattîn, Saladin, se rendant à l'attaque d'Acre, laissa un corps de troupes pour prendre Séphorie.
— Burehard de Mont Sion, page 46 : « Sephora oppidum et castrum desuper valde pulchrum »
— V. Guérin, Galilée, I, page 376.

23. Guillaume de Tyr le dit nettement à propos de la venue du roi Amaury I aux Fontaines de Séphorie dans l'été 1171 : « (Amalricus) audiens quod Noradînus in finibus Paneadensibus (Banyas) cum exercitu copioso resideret, timens ne in regnum irruptiones inde moliretur..., in Galileam descendit et, convocatis regni principibus, juxta fontem illum celeborrimum, qui inter Nazareth et Sephora est, castrametatus est ; ut quasi in centro regni constitutus, commodius inde ad quaslibet regni partes, si vocaret necessitas, se transferret. Illuc enim tam ipse, quam sui praedecessores, convocare exercitus eodem intuitu consueverant. » (L. XX, c. 27).
— Jacques de Vitry (Hist. orientalis, éditions Bongars, page 1077), dit de même : « fons Sephoritanus ... in quo loco forte reges Hierusalem frequenter propter aquarum et herbarum commoditatem solent exercitus suos congregare. »
— Baudoin IV convoqua aussi son armée aux Fontaines de Séphorie en juillet 1182 et en août 1183.
— A la veille de la désastreuse bataille de Hattin (4 juillet 1187) l'armée du roi Guy de Lusignan y campait et le comte Raymond de Tripoli insista vainement pour qu'on attendit en ce lieu l'attaque des troupes de Saladin.
— En avril 1799, Kléber allant rejoindre Junot dans les environs de Nazareth dressa son camp près de ces sources.

24. V. Guérin, Galilée, I, pages 427-428.

25. Burehard de Mont Sion, éditions J. C. M. Laurent, page 49 : « Castellum montis Cayn, Caymon dictum in pede extremi montis Carmeli. »

26. Sur ce Hugues-de-Saint-Omer, voyez René Grousset, tome II, pages 840-842.

27. Voyez plus haut.

28. Ricoldus de Monte Crucis considère Saphet comme la clef de la Galilée ; éditions J. C. M. Laurent, Peregrinatores .... page 106 : « Castrum Saphet, clavis tocius Galilée. »

29. Voir plus haut.
30. Guillaume de Tyr, livre XI, c. 5, Historiens occidentaux des Croisades, tome I, page 459.
— Voir aussi sur la construction du Toron, Jacques de Vitry, Historia orientalis, éditions Bongars, page 1072.
— Annales de Terre Sainte, dans Archives de l'Orient latin, tome II, 2e partie, page 430.
31. Plus tard deux forteresses franques à l'est du Toron devaient surveiller la route de Damas : CHATEAUNEUF (Hounin) et SUBEIBE près de Banyas.
32. Ibn Djobeïr qui parcourut la Palestine en 1184 indique qu'il y avait deux routes pour les caravanes allant de Damas à Acre : la bonne route passait par le territoire de Tibériade. L'autre, plus difficile mais plus directe, passait par le Toron ; c'était plutôt un chemin muletier. Tradutions Schiaparelli, Rome, 1906, page 306 : « Le carovane que vanno et vengono da Damasco passano per il territorio di Tibériade perche la strada è piana ; quelle di muli passano per Tibnin (le Toron), essendo questa via aspra ma dirctta. »

33. Albert d'Aix, tome X, c. 5 ; Historiens occidentaux des Croisades, tome IV, pages 633-634.
— Foucher de Chartres, chapitre 36 ; Historiens occidentaux des Croisades, tome III, page 416.
— Guillaume de Tyr, livre XI, c. 5, pages 459-460.

34. Son successeur comme Prince de Galilée fut Gervais de Bazoches. Mais celui-ci ne devait pas garder longtemps la Principauté. Attaqué en 1108 à Tibériade par Togtekin avec une armée de 4.000 hommes, il les chargea à la tête de 80 chevaliers et 200 fantassins. Emmené en captivité, il fut mis à mort à Damas.
— Sur Gervais de Bazoches, voir René Grousset, tome II, pages 843-846.

35. Ibn al Qalanisi, page 75.
— Mirât az Zaman, page 530.

36. Onfroi 1e n'apparaît qu'une fois, en 1115, parmi les témoins (Omfredus de Torum) d'une charte de Baudoin 1e en faveur de l'abbaye de Josaphat (Delaborde, Chartes de Zerre Sainte provenant de l'abbaye de Josaphat, dans Bibliothèque des Ecrivains français d'Athènes et de Rome, 1880, fascicule XIX, n° 5).

37. Voir Du Cange, Rey, Familles d'Outremer, pages 468-476.

38. Historia orientalis, éditions Bongars, page 1152 : « Processu temporis cum jara actas robustior offirium militare deposceret [Salahadinus], ad Enfridum de Turone, illustrem Palaestinae principem, paludandus accessit ; et Francorum ritu militiae cingulum ab ipso suscepit. »

39. Voir chapitre les écrits sur Subeibe ... A la fin de sa vie, vers 1177, Onfroi épousa Philippa, seour du Prince d'Antioche, Bohémond III.

40. Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, page 551.
— Voir rené Grousset, tome II, page 499.

41. Voir plus haut les textes sur Kérak.

42. Nous savons seulement que l'armée de Baudoin III ayant été écrasée par Nour ed din, près du Gué de Jacob, le 19 juin 1157, le roi put s'échapper avec quelques compagnons et alla se cacher dans le château de Saphet (Guillaume de Tyr, page 843.)
— Voir sur ce combat : René Grousset, tome II, pages 374-377.

43. Guillaume de Tyr, pages 1049-1050.
— Ernoul, pages 52-53 : « ....vinrent li Templier en le tiere de Jherusalem au roi, et disent qu'il voloient fremer .I. castiel en tiere de Sarrasins, en .I. liu c'on apiele le Gué Jacob, près d'une ève. ... Dont dist li rois as Templiers que castiel ne pooient il fremer en nulle tiere en trives. Dont disent li Templier qu'il ne voloient mie qu'il le fremast, ains le fremeroient ; mais tan proiièrent le roi qu'il i alast avec eus, entre lui et ses chevaliers séjourner, tant qu'il l'eussent fait, pour garder que li Sarrasin ne meffesissent noient, li rois amassa ses os et ala aveuc les Templiers pour le castiel fremer. ... Et là furent li Templier et le gardèrent ; et li rois s'en repaira en Jherusalem. »
Des actes du roi du 17 novembre 1178 et du avril 1179 sont datés « Apud Vadum Jacob » (Röhricht, Regesta..., pages 149-150, n° 562, et page 154, n° 577). Sur ce château voir aussi Abu Chama, Deux Jardins, page 194-206.
— Ibn al Athir, Kamel Altewaryk, tome I, pages 635-636.
— Aboulféda, tome I, page 49.

44. Revue de l'Orient latin, tome VIII, 1900-1901, page 530.

45. Abu Chama, Deux Jardins, pages 194, 197, 206-207.

46. Deux Jardins, page 207 : 80 chevaliers et leurs écuyers, 15 chefs commandant chacun une section de 50 hommes, des maçons, des forgerons, des charpentiers, des fourbisseurs et fabricants d'armes. L'arsenal renfermait 1.000 cotes de mailles.

47. Voir Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, page 537-540. J'ai visité Hounin en 1936. De la route on aperçoit, s'étendant sur un promontoire, le village et à sa gauche, le château isolé par deux échancrures constituant deux fossés, aux parois verticales, taillés dans le roc. L'enceinte du château formait un grand rectangle avec des saillants barlongs. On trouve des vestiges de l'œuvre d'Onfroi dans quelques pans de murs à bossages grossiers.
— Voyez Survey of Western Palestine ; Memoirs, I, Galilée (1881), pages 123-125.

Onfroi IV de Toron remit en 1180 le CHATEAUNEUF au roi Baudoin IV et, deux ans plus tard, celui-ci le donna à son oncle Joscelin III de Courtenay (Voir plus loin). Le voyageur Ibn Djobcïr, qui passa par Hounin en 1184, note que dans le territoire séparant Banyas de Hounin, les récoltes sont partagées en parts égales entre Francs et Musulmans et que leurs troupeaux y paissent côte à côte sans qu'il y ait de conflit ou d'injustice commise (traduction Schiaparelli, page 296).

48. Guillaume de Tyr, page 1053.

49. Ibn al Athir, I, page 635.
— Voir aussi Maqrizi, dans Revue de l'Orient latin, tome VIII, 1900-1901, page 530.
— Sur la famille du Toron, voir Du Cange, Rey, Familles d'Outremer, page 468 et suivantes.
— Rey, Les Seigneurs de Montréal dans Revevue de l'Orient latin, 1896, page 22-24.
— Notes de Mas-Latrie, Bibliothèque Nationale, Nouvelles acquisitions français ms. 6795.
— R. Grousset, tome II, page 896, tableau généale des Maisons de Toron et de Montréal.
Le fils du connétable, Onfroi III, chevalier « preus et bardiz » comme lui-même, mourut avant lui, vers 1172. Il avait épousé vers 1163 Etiennette de Milly, princesse de la Terre oultre le Jourdain. De ce mariage naquirent deux enfants : Isabelle qui épousa en 1181 Roupen III, Prince de Petite-Arménie (le mariage eut lieu vraisemblablement au château de Kérak), et Onfroi IV, qui épousa à Kérak, le 22 novembre 1183, Isabelle, seconde fille du roi Amaury Ier et sœur du roi Baudoin IV. Onfroi IV, personnage médiocre et sans énergie, ne valait ni son père ni sou grand-père (Voir Grousset, tome II, page 691). Elégant et gracieux, d'une grande beauté, le chroniqueur Beha ed din en fait la remarque (Historiens orientaux des Croisades, III, pages 256-257), il était en outre fort cultivé, parlait couramment l'arabe et servit maintes fois de parlementaire et d'interprète à Richard Cœur de Lion, dans ses négociations avec Saladin. En 1186, à la mort de Baudoin V, les Barons du royaume étaient partagés pour l'élection du nouveau roi. On tenta d'opposer à Guy de Lusignan, Onfroi, qui était beau-frère de Baudoin IV. Effrayé du rôle qu'on voulait lui faire jouer il se déroba (Grousset, tome II, pages 770-771). Il fut fait prisonnier à la bataille de Hattin (4 juillet 1187) et resta en captivité jusqu'en 1189 après la reddition de Kérak et de Montréal. En 1190, la reine Sibylle étant morte, son mari, Guy de Lusignan, perdit ses droits à la couronne selon la coutume du royaume de Jérusalem. D'ailleurs, les barons francs ne voulaient plus du vaincu de Hattin. La couronne revenait donc à la sœur cadette de Sibylle, Isabelle, femme d'Onfroi IV. Mais les barons jugèrent que ce jeune homme pusillanime ne pourrait défendre ce qui restait du royaume après les triomphes de Saladin qui, depuis la journée de Hattin, avait considérablement étendu sa conquête. Un homme avait épargné à la chrétienté de Terre Sainte un désastre définitif : c'était le marquis Conrad de Montferrat, en prenant héroïquement la défense de Tyr qu'il avait sauvé. On obligea Isabelle à divorcer et à épouser Conrad, ce qui fut fait le 24 novembre 1190.
Onfroi IV mourut en 1198. Selon Guillaume de Tyr, qui est bien informé puisqu'il dit avoir lui-même rédigé l'acte, Onfroi aurait, en 1180, cédé contre certains avantages tout son patrimoine au roi Baudoin IV, savoir le Toron, Châteauneuf et Belinas ou tout au moins ses droits sur cette ville, perdue en 1164 : « Commutavit praeterea patrimonium suum ... Toronum videlicet, et Castellum Novum et Paneadem cum pertinenciis suis, cum domino rege certis conditionibus, quarum tenor in archivés regiis, nobis dictantibus, per offidum nostrum, continetur introductus. » (Livre XXII, chapitre 5, pages 1068-1069).
On voit peu après Baudoin IV donner une partie de ce territoire, Châteauneuf et le Maron, à son oncle Joscelin III de Courtenay ; l'acte de donation est daté du 24 février 1182.
La sœur d'Onfroi IV, Isabelle, eut, de son mariage avec Roupen III, une fille, Alix d'Arménie, qui épousa en 1194, Raymond, fils du Prince Bohémond III d'Antiocbe. Devenue héritière des droits de sa famille sur le Toron, aussi bien que sur la Terre oultre le Jourdain puisqu'elle était la petite-fille d'Etiennette de Milly, elle rentra en possession du Toron en avril 1229, grâce à l'empereur Frédéric II qui en avait obtenu la restitution par les Musulmans, comme on le verra plus loin.
De son mariage, Alix eut un fils, Raymond-Roupen, qui fut prince d'Antioche de 1216 à 1220. Celui-ci épousa Helvis de Lusignan. Ils eurent une fille, Marie, mariée en 1240 à Philippe de Montfort qui devint ainsi seigneur du Toron.

50. Guillaume de Tyr, Livre I, page 1054.
Voir R. Grousset, tome II, page 672 et suivantes.

51. Maqrizi, Revue de l'Orient latin, tome VIII, 1900-1901, pages 533.

52. Guillaume de Tyr, page 1059.
— Ernoul, page 54.
— Ibn al Athir, tome I, page 637.
— Abu Chama, Deux Jardins, pages 204-208.
— Maqrizi, Revue de l'Orient latin, tome VIII, 1900-1901, page 532-533 (Prise du château de Bah el Ahzan = Le Chastellet): « Les Musulmans prirent aux Francs cent mille pièces de fer en fait d'armes et une quantité considérable de vivres et d'autres objets ; ils firent environ 700 prisonniers. Ferruk shah fit raser la forteresse et obstruer les puits qui s'y trouvaient. » Maqrizi ajoute plus loin, (page 533) que la forteresse renfermait 1,000 prisonniers musulmans.

52. Abu Chama, Deux Jardins, page 207.

53. Voyez l'éloge de Baudoin IV par Grousset, tome II, pages 609-611.

54. Historiens orientaux des Croisades, tome III, page 448, et traduction Schiaparelli, pages 297-298. Ibn Djobeïr ajoute qu'au Toron se trouvait un poste de douane où l'on prélevait un droit sur les caravanes musulmanes.

55. Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 527, n° 847.

56. Abu Chama, Deux Jardins, Historiens orientaux des Croisades, IV, pages 306-307.
— Ibn al Athir, I, page 690.
— Abuulféda, ibid., page 57.
— Beha ed din, Vie du sultan Youssof, III, page 99.
— Anonyme Rhénan, Historiens occidentaux des Croisades, IV, page 520.

57. Abu Chama, Deux Jardins, page 381.

58. Beha ed din, Vie du sultan Youssof, Historiens orientaux des Croisades, III, page 104.
— Abu Chama, Deux Jardins, pages 344-345.
— Voir Delaville le Roulx, Les Hospitaliers en Terre Sainte, pages 99-100.
— René Grousset, tome II, page 824.

59. Beha ed din, Via du sultan Youssoj, p. 106-107.
— Ibn al Athir, page 717.
— Voir aussi Delaville le Roulx, Cartulaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, tome I, page 527, n° 847.

60. Guillaume de Tyr, XIII, c. 5, p. 562.
— Thendorici libellas, éditions Tobler, page 111.
— Ibn Djobeïr (1184) Historiens orientaux des Croisades, III, pages 451-454 : « C'est une ville tellement bien fortifiée qu'on en parle proverbialement. »
— Phocas (1185). Historiens Grecs des Croisades, I, pages 532-533.
— Wilbrand d'Oldenbourg (1212) éditions J. C. M. Laurent, pages 164-165 : « Haec est civiias bons et fortis, maximum chrîstianorum solarium quia inter omnes seculi civitates ipsa, ut creditur, vero nomine fortissima nuneupatur. »
— Jacques de Vitry, Historiens occidentaux des Croisades, éditions Bongars, pages 1071-1072.
— Burehard de Mont Sion (1283), éditions J. C. M. Laurent, page 25.
— Voir aussi Aboul Faradj, éditions Salhani, pages 384-385.
— Michel le Syrien, Chronique syriaque, éditions J. B. Chabot, 1900, III, page 404.
— Kamel Altewaryk, Historiens orientaux des Croisades, I, page 707.
— Sur Tyr et sa topographie, voir : Vue de Tyr dessinée par Gravier d'Orcières en 1685, Bibliothèque Nationale,fonds géographique, Atlas, G. D.D., 226, folio 13.
— J. de Bertou, Essai sur la topographie de Tyr, 1843, et Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1e série, IX, IIe partie, 1884, pages 275-309.
— Poulain de Bossay, Recherches sur Tyr et Palaetyr, dans Récit de voyages et de mémoires de la Société de géographie, tome VII, 1864, pages 455-591 et Bulletin de la Société de Géographie, 1862, V° série, tome III, page 5, Plan.
— Renan, Mission de Phénicîe, 1864-1874. Planche LXIX.
— Rey, Architecture militaire des Croisés, 1871, page 167, et Colonies franques, 1883, pages 500-508.
— Voyez Guérin, Description de la Palestine, Galilée, II, 1880, page 180-185.
— Survey of Western Palestine, Memoirs, III, Galilée, Plan page 424.
— R. Dussaud, Topographie de la Syrie 1927, page 18-37.
— Enlart. Les Monuments des Croisés dans le royaume de Jérusalem, Architecture religieuse et civile, tome II, 1928, page 352-374.
— A. Poidebard, Un grand port disparu : Tyr. Recherches aériennes et sous-marines de 1934 à 1936 (1939). Texte et Album avec plans et photos.
— Voir une photo d'avion du port de Tyr Paul Deschamps.

61. Wilbrand d'Oldenbourg, page 164, fait allusion à une longue ligne de récifs qui protégeaient le port : « ex una enim parte munitur muro bono et mari, in quo latentes scopuli longe sub aquis protenti insultum navium ex muro defendunt ... » Mais les récifs dont il parle sont sans doute ceux d'une digue en avant du port du nord analogue à celle qui garantissait la rade du sud.

62. Guillaume de Tyr, page 562 : « a parte vero septentrionali portus eivitatis interior, inter turres getninas habet ostium ... »
— Voir aussi L'Estoire de Eracles, XXIV, c. 3, Historiens occidentaux des Croisades, II, page 108.
— Ibn Djobeïr, page 452 : « ... la porte qui donne accès dans le port est flanquée de deux tours fortifiées. On tend une forte chaîne entre les deux tours et alors toute sortie et toute entrée deviennent impossibles par mer. »
— Theodorici libellas, page III : « binae in altum prominent turres ingenti saxorum mole compactae catenam maximam de ferro fabricatam pro janua continentes intrandi et excundi facultatem sicut clausa adimit, ita reserata concidit. »

63. Guillaume de Tyr : « Ab oriente vero unde est per terras accessus, muro clausa triplici, cum turribus mirae altitudinis densis admodum et prope se contingentibus. »
— Burehard de Mont Sion : « Cincta est triplici muro, forti et alto, et xxv pedes spisso. Qui eciam muri muniti sunt turribus XII fortissimis, quibus in omnibus mundi partibus me vidisse non recolo melioies. Hiis eciam turribus continuatur arx civitatis sive castrum munitissimum et in rupe in corde maris situm, munitum eciam turribus et palaciis fortissimis. Quam expugnare non debet merito totus mundus. »
— Wilbrand d'Oldenbourg prétend même qu'il y avait cinq remparts, page 164 : « ex alia parte defenditur fossa bona murata et quinque muris turritis et validtssimis, in quibus disposite et transposite sunt quinque porte, que introitum civitatis adeo intricant et observant, ut qui cas introeunt, in domo Dedali errare et laborare videantur. »

64. Ibn Djobeïr : « On n'arrive [à la porte de la ville] qu'après avoir passé par trois ou quatre poternes, toutes entourées de solides remparts. »

65. Guillaume de Tyr : « Praeterea et vallum late patens, per quod facile ejus cives possent mare introducere in alterutrum. »
— Le Kamel Altewaryk, page 707, attribue à Conrad de Montferrat la création de ce procédé de défense : « il fit recreuser le fossé qu'il conduisit de la mer à la mer, de sorte que Tyr devint comme un îlot inaccessible situé au milieu des eaux. » A la vérité il existait déjà, puisque Guillaume de Tyr qui écrivait plusieurs années avant 1187 en parle déjà.

66. Historia regum Terre Sancte, chapitre 25, éditions Hoogeweg, dans Bibliothek des litterarischen Vereins CCII, 1894, page 103 : « ... rex Johannes modernis temporibus castrum construxit egregium quatuor turribus altis valde munitum ac palatio regali decenter ornatum. »

66. L'Estoire de Eracles ; Historiens occidentaux des Croisades, II, page 227.
— Arnold de Lubeck, Chronica Slavorum, I. V, c. 28, editions G. H. Pertz, (1868), page 204 et suivantes.
— Collier de Perles, Historiens orientaux des Croisades, II, pages 87-88.
— Voir Bréhier, L'Eglise et l'Orient au moyen âge : Les Croisades, 5e editions (Paris, 1928), page 141.
— René Grousset, tome III, pages 159-162.

67. Abu Chama, Deux Jardins, page 171.
— Même remarque dans l'Estoire de Eracles, page 339 : « ... il fist abatre toz les murs de la cité de Jérusalem et abati ausi II chastiaus, le Toron et Safet. »

68. L'Estoire de Eracles, page 342.
— Jacques de Vitry, Lettre VI de mars 1220, publications par Röhricht dans Zeitschrift für Kirchengesch., tome XVI, page 74.

69. Par ce traité, Jérusalem, Césarée, Jaffa, Saïda et Montfort pouvaient être fortifiés. Pour la réoccupation de la Galilée par les Croisés, de 1229 à 1266, nous renvoyons à l'excellente carte de Réoccupation franque de 1227 à 1247Réoccupation franque de 1227 à 1247
René Grousset: Réoccupation franque de 1227 à 1247
, tome III, page 324.

Les principaux textes relatifs au traité de Frédéric II ont été publiés dans les Monumenta Germaniae historica, Legum Sectio IV, Constitutiones, tome II, (1896), pages 160-168.
— Voir Röhricht, Regesta, .... page 262, n° 997 et page 263, n°5 1001 et 1002.

70. Les chevaliers teutoniques travaillaient depuis quelque temps à la construction de Montfort qui devint la principale forteresse de l'Ordre. Lettre du grand maître de l'Ordre au Pape entre le 7 et le 17 mars 1229, lui faisant part du traité (Mon. Germ. hist., Constit. tome II, pages 161-162) : « Licet etiam nobis per pactum reedificare Jérusalem ... et Montfort castrum novum nostrum quod in montanis hoc anno firmare cepimus. »
— Même avis dans la lettre de Frédéric II au Pape, le 17 mars 1229 (ibid., pages 162-166).
— En 1230 (Strehlke, Tabulae ordinis Theutonici, pages 56-57, n° 72) le Pape Grégoire IV invite tous les chrétiens à aider l'Ordre aux frais qu'entraîne la construction de Montfort. Sur ce château dont il reste des vestiges importants, voir Rey, Archithèqueture militaire des Croisés, page 143-151 et Plan XV.
— V. Guérin, ... Galilée II, page 51-58.
— Survey of Western Palestine, Memoirs, vol. I, Galilée, (1881), pages 186-190, Plan.

71. Ibn Chaddad Halabi, Barq, ms. page 221.
— Ibn Fûrat, traduction Jourdain, page 12.
— L'Estoire de Eracles, page 418.
— Gestes des Chiprois, page 727.
— René Grousset, III, pages 386-389.

72. Le Crac des Chevaliers, Introduction, pages 100-103.
— Victor Guérin, Description ... de la Palestine, 3e partie, Galilée, t. II, Paris, 1880, pages 419-426.
— Texte dans Baluze, Miscellanea, t. VI, Paris, 1713, in 8°, pages 360-367.
— Voir plan du site de Saphet dans Survey of Western Palestine, Menions, vol. I, Galilée, page 249.

73. La forteresse, à 818 mètres d'altitude, était de forme ovale ; elle avait deux enceintes séparées par un profond fossé taillé dans le roc. Le revêtement des murs était en grand appareil à bossages. Selon Victor Guérin qui visita Saphet en 1875, le centre de la Place était occupé par un donjon circulaire de 34 mètres de diamètre dont le bas était disposé en talus avec une galerie voûtée, comme aux tours de la 2e enceinte du Crac des Chevaliers. Mais Rey (Colonies franques, page 445) dit qu'en 1863 on voyait sur le terre-plein central un donjon carré et une autre construction semblant être un grand logis. Si l'on accepte l'assertion de Guérin, Saphet aurait eu la plus grosse tour ronde du moyen âge puisque le donjon de Margat arrondi sur sa face a 21 mètres de large et le donjon de Coucy 31 mètres de diamètre.

74. Ibn Fûrat, traduction Jourdain, page 12.
— Reinaud, Extraits des chroniques arabes, dans Michaud, Bibliothèque des Croisades, t. IV, 1829, page 444.
— René Grousset, III, page 419.

75. Reinaud, ibid., page 497-498.
— René Grousset, III, page 630.

76. Aboulféda, I, page 151.
— Ibn Fûrat, traduction Jourdain, page 12 et suivantes.
— Ibn Abd Allahim et contin. d'Elmacin d'après Reinaud, pages 497-498.
— Maqrizi, traduction Quatremère, tome I B, pages 29-30.
— Gestes des Chiprois, § 347, pages 764-765.
— Esioire de Eracles, Historiens occidentaux des Croisades, II, page 455.
— Majus Chronicon Lemovicense, dans Rec. des Hist. de la France, t. XXI, pages 773-774, et dans Baluze, Miscellanea, t. I, 1761, in folio, page 231.
— Cf. Röhricht, Derniers temps du royaume de Jérusalem, page 383.
— R. Grousset, III, page 626-628.

77. Gestes des Chiprois, Historiens des Croisades, Documents arméniens, tome II, pages 764-765 : « si les fist tous prendre et mener loins de Safet demi-liue sur un toron, et là les fist morir, les teste ; tallées. Et depuis fist faire ... serne d'un mur entour yaus ; et encore perent cors plusors fois, et Crestiens et Sarazins aucuns le virent ; et II frères menors furent aveuc yaus, quy les tindrent fermes en la foy pour lor prescher qui lor fu grant profit à l'arme. »
La chronique de Limoges ajoute que la tête coupée d'un frère mineur acheva le Salve Regina qu'il chantait.
Plus loin, l'auteur de cette chronique dit que la perte de Saphet fut la raison qui décida Saint Louis l'année suivante à faire un nouveau vœu de Croisade.

Les Châteaux des Croisés en Terre-Sainte, volume II, La défense du Royaume de Jérusalem. Paris Librairie Orientaliste Paul Geuthner 1939.

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Notes Spéciales
5. Rey, Colonies Franques, Page 433
La princée de Galilée et la terre à l'est du Jourdain

Cette seigneurie fut une des quatre grandes baronnies du domaine royal. Ses limites, qui ne sont pas très nettement déterminées par les auteurs contemporains, semblent avoir été, vers le nord, la vallée de l'Ouad Aouba; vers l'ouest, une ligne passant par le sommet des crêtes du mont Jermak, s'infléchit au sud-ouest, vers Kison, en suivant les collines basses qui se voient à l'ouest des villages de Zekkanïn, de Kefer Menda et de Bedar; au sud, elle était bornée par la chaîne du Carmel jusqu'à Djennin, nommé alors le Grand-Gérin, et, de ce point au Jourdain, par une ligne venant rejoindre le fleuve un peu au nord de Bessan et qui paraît avoir été le Ouady Oscheh.

La domination latine s'établit également d'une manière très sérieuse (1) à l'est et au nord-est du lac de Tibériade. Pendant le douzième siècle, les Francs y possédèrent la contrée nommée alors la terre de Suete, Suhete ou Sueka, qui semble avoir formé au moins un des fiefs de la princée de Galilée, puisque nous trouvons dans le Code diplomatique de Paoli (2) et dans le Cartidaire du Saint- Sépulcre (3) plusieurs actes dans lesquels, entre les années 1165 et 1170, paraît comme témoin un personnage nommé Guillaume de Sueta ou Sueka (4).

Dès l'année 1110, nous trouvons cité dans Paoli le don fait aux hospitaliers d'un casal situé en la terre de Soethe (5).
1. Assises de Jérusalem, tome I, page 422.
2. Code diplomatique de Paoli, tome I, n° 41, page 42.
3. Cartulaire du Saint-Sépulcre, n° 123-124, pages 227-228.
4. Code diplomatique de Paoli, tome I, page 2.
5. Le village moderne de Suhita, entre Belinas el Beit-Djenn, parait bien devoir être idinlifié avec la localité du moyen âge qui nous occupe.


Ibn Djobaïr (1), voyageur musulman, qui traversa cette contrée en 1184, nous apprend que la route de Damas à Tibériade atteignait, alors, la frontière du royaume latin entre Beit-Djenn et Belinas, à un lieu dit le chêne de la Balance. Cet endroit était situé à peu près à égale distance de ces deux villes.

On sait que les écrivains arabes des douzième et treizième siècles désignent sous le nom de Souad ou Saouad de Damas toute la région s'étendant au sud de cette ville jusqu'au Belka (2); et Naoua, aujourd'hui Neve, est citée par Aboulfeda comme se trouvant dans cette province.

Or, la terre de Suete est désignée par plusieurs autres historiens arabes sous le nom de Savada ou Soad (3), c'est-à-dire la Contrée noire, nom qui convient parfaitement à l'aspect et à la nature essentiellement basaltique de toute cette région.

Voici donc parfaitement établie l'identification de la terre de Suite ou de Suhete avec le Djolan, contrée s'étendant à l'est du lac de Tibériade et du cours supérieur du Jourdain.

Si, maintenant, nous recherchons ce que les historiens, « tant arabes qu'occidentaux », nous apprennent sur la domination latine dans cette région, nous trouvons dès l'année 1105, le récit de l'invasion du Saouad par les Francs, qui élevèrent une forteresse nommée Aal (4) entre ces cantons et el Bathanieh (le Hauran). Ce chcâteau fut bientôt détruit par Thogtekin, mais deux conventions survenues entre ce prince et le roi Baudoin Ie, l'une en 1109 (5) et l'autre en 1111 (6), abandonnèrent aux Latins les revenus de la moitié du Saouad et du Djebel Aouf.
1. Historiens arabes des Croisades, tome III, page 446.
2. Historiens arabes des Croisades, tome I page 766.
3. VILKEN. Comment. Bell. sacr. ex Aboulfeda, pages 128-20S.
4. Historiens arabes des Croisades, tome III, page 529.
5. Historiens arabes des Croisades, tome III, page 491.
6. Historiens arabes des Croisades, tome III, page 541.


De nouvelles expéditions des Francs dans le Hauran, notamment en 1113 et 1119 (1), où, à la suite du combat Bouser (Bouser et Hariri), ils pénétrèrent dans le Ledja et prirent la ville d'Adraha; d'autres, en 1125 et en 1129, affermirent leur domination sur la contrée de Suete.

En 1150, on voit figurer, parmi les donations faites à l'abbaye de Notre Dame de Josaphat de Jérusalem, les casaux de Saint-Georges de Chaman et de Zebezeb, situés dans la terre de Suhete, à l'est du lac de Tibériade (2). Le site du premier semble devoir être retrouvé dans un village ruiné qui se voit près des Aïoun Schaman, sur la route de Safed à Kuneïtrah, entre le village de Naouaran et le Tell Abou-Khanzir.

D'après les Assises de Jérusalem, la principauté de Galilée devait quarante chevaliers pour les terres qu'elle possédait à l'est du Jourdain et du lac Tabarie.
Plusieurs de ces chevaliers peuvent fort bien n'avoir eu que des fiefs de soudée.

Guillaume de Tyr relate, en 1182, la reprise, par les Francs, d'un château s'élevant dans la terre de Suhete, non loin de Tabarie, à seize milles au delà du Jourdain et dont la possession rendait les Latins maîtres de tout le pays environnant (3). Cette forteresse dont, malheureusement, nous ignorons le nom, semble être la même qui avait été vainement assiégée par Nour-ed-din en 1158.

Pour la contrée située à l'est de la partie moyenne du cours du Jourdain, la domination franque se borna peut-être d'abord aux tributs annuels que le roi Baudoin Ie levait dès l'année 1118 sur la montagne du Djebel Adjloun et les environs de Szalt.

Saphet, le château de la Fève, le Chastellet, Forbelet aux Templiers, et Belvoir aux Hospitaliers, étaient les principales forteresses de cette seigneurie, dont Tibériade était la ville principale.
1. Historiens arabes des Croisades, tome III, page 361.
2. Delaborde, Chartes de Terre-Sainte, pages 28-63-69.
3. Guillaume de Tyr, tome I, page 1090.


Le Lyon, nom porté au moyen âge par l'antique Mejiddo de la Bible, ainsi que le Grand-Gérin, aujourd'hui Djennïn, Palmer, Casal-Robert, nommé en arabe Kefer-Kanna, en étaient les bourgades administrées par des vicomtes.
Nazareth était le siège de l'archevêché dont relevait l'évêque de Tabarie, ainsi que les abbés du Mont-Thabor et de Palmérium.
Sources : E. Rey. Les Colonies franques de Syrie au XIIe et XIIIe siècle. Picard, Paris 1883.

7. Rey, Colonies Franques, page 489.
Le Maron, qui donnait son nom au fief, Quabriquem, Belide, Cades, Lahare, Mees et les deux Mogeras.

Ce fut en 1180 que Omphroy IV de Toron céda par échange, au roi Baudoin IV, le Maron et les autres fiefs qu'il possédait, comme le Château Neuf et Belinas.

Nous savons que le 24 février 1182 ce prince donna au comte Joscelin, son oncle, le Maron et le Château-Neuf, en échange de la terre de Saint-Elie et de plusieurs casaux. Puis, il lui confirma de nouveau cette donation le 21 octobre 1186.

Par suite du mariage d'Agnès, fille du comte Joscelin, les divers fiefs de ce dernier passèrent dans la famille de l'Amandelée, et nous voyons, le 7 juillet 1244, Jacques de l'Amandelée céder la moitié du Maron à l'Ordre Teutonique.

MARON (le); le second fief nommé le Maron paraît se retrouver dans un petit château du moyen âge nommé aujourd'hui Kalaat Maroun et dans le casal du même nom; ce fief relevait de Tyr et ses dépendances confinaient aux casaux d'Andrequisse ou Andrecife, aujourd'hui Deir Kifta, de Niha, qui porte encore le même nom, et enfin de Torciase.

Ce casal fut donné, en juillet 1269, à l'Hôpital Saint-Jean, par Philippe de Montfort, seigneur de Tyr.
Selon toutes probabilités, c'est de ce fief qu'était seigneur Renier de Maron, chevalier mentionné par Guillaume de Tyr en 1179 (l).
1. Guillaume de Tyr, tome I, page 374.

MARON (2), casal possédé par Gui de Scandelion et qui se retrouve dans le village du même nom.

9. Bordj Rahib = Bordj el Ashbetar.
TOR (la) DE L'OSPITAL, casal des Hospitaliers de Saint-Jean, situé près de Tyr. Ce village est nommé aujourd'hui El Bordj ; c'est le même que nous trouvons désigné par les historiens arabes du quinzième siècle, sous le nom de Bordj el Asbetar.
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10. — Construction de la forteresse de Safed
A Panéas correspondait plus au sud le château de Saphet ou Safed. Cette forteresse, élevée soit dès 1102, soit par le roi Foulque vers 1140, au sommet d'une montagne de 838 mètres, circonscrite par deux ravins, commandait toute la Haute-Galilée (1). De là, l'œil du guetteur franc plongeait à l'ouest jusqu'aux croupes du Carmel, à l'est, jusqu'à la chaîne du Jaulân et du Haurân dominée par le mont Qulaib. Ce fut la position maîtresse des Francs entre Saint-Jean d'Acre et le Jourdain, face au gué du Jisr Banât Ya'qub, sur la grande route d'Acre à Damas. Nous verrons, après le désastre de Hattin, Safed résister longtemps à tous les efforts de Saladin, et, plus tard, après 1240, la forteresse, reconstruite par les Templiers, rester un des derniers bastions de l'occupation franque.
Il suffit du reste de jeter un coup d'œil sur une carte pour rendre hommage à la sagacité des chefs francs. Par Panéas et Safed, la frontière orientale de la Galilée était couverte depuis le lac de Tibériade jusqu'au massif de l'Hermon.
1. La date de 1140 (environ) est donnée d'après Sanuto par Guérin (Galilée, tome II, page 422); Derenbourg (Yâquit, 79); Roehricht (G. K. J., 224) et Kramers (Safad, Encyclopédie de l'Islam, S, 53); Van Berchem (J. A, 1902, I, 414) et Gaudefroy-Demombynes (Syrie, 119), citant Beliâ 'al-Din et Wasiti, penchent pour 1102.
Sources: René Grousset, Histoire des Croisades, tome II, page 138
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4. Topographie, René Dussaud page 18 et suivantes
Une pauvre bourgade autour d'un port à moitié ensablé, telle est cette Tyr, jadis une île, dont Ezéchiel a décrit l'hégémonie et l'opulence, cette cité qui fonda des colonies jusqu'à Gadès (Cadix) et même un empire africain autour de Carthage : « Tyros, quondam insula praealto mari DCC passibus divisa, nunc vero Alexandri oppugnantis operibus continens ; olim partu clara, urbibus genitis Lepti, Utica et illa aemula terrarumque orbis avida Carthagine, etiam Gadibus extra orbem conditis : nunc omnis ejus nobilitas conchglio atque purpura constat. Circuitus XVIIII est, intra Palaetyro inclusa ; oppidum ipsum XXII stadia optinet ».
Le nom de la ville, Sour « rocher », est bien sémitique et caractérise le site ; il est notamment attesté par les tablettes d'el-Amarna.

Nous n'avons pas à reprendre ici les problèmes de topographie que soulève l'ancienne Tyr. La question a été étudiée notamment par Poulain de Bossay et Renan. Une bonne critique des diverses opinions a été présentée par Guérin et ses conclusions sont confirmées par les recherches récentes de Mme D. le Lasseur et de M. Pupil. Ainsi sont établis les résultats auxquels avait abouti l'auteur de la Mission de Phénicie.

Il est assez difficile actuellement de fixer sur le terrain l'emplacement exact de Palaetyr. Cette ville était constituée par les agglomérations de la côte en face de l'île. Renan ne veut pas qu'elle se soit étendue jusqu'à Ras el-'Ain ; il est cependant difficile d'admettre que l'existence d'une eau aussi abondante n'ait pas attiré à elle une agglomération. Aussi pensons-nous que V. Guérin a correctement interprété le passage de Seylax en reconnaissant dans le cours d'eau de Ras el-'Ain le fleuve qui traversait Palaetyr.

Tell Ma'shouq, le tell du « bien-aimé », paraît conserver la tradition d'un ancien culte phénicien. Renan remarque que le maintien de cette tradition dans le culte musulman (Nebi Ma'shouq) ne s'explique que si le culte païen s'est maintenu très tardivement, sans avoir été supplanté par une église.

En dehors de la route menant à Sidon et dont nous parlerons à propos de cette dernière ville, une route côtière très importante partait d''Akko (Acre), traversait Akzib, puis contournait le Ras en-Naqoura, bien décrit comme « une voie étroite, à pic sur la mer, d'une difficulté proverbiale et où les chameaux ne peuvent passer que un à un. » Yaqout attribue l'établissement de ce passage à Alexandre le Grand et Renan incline à y placer la Scala Tyriorum plutôt qu'au Ras el-Abyad. Ses raisons sont assez frappantes, étant donné que le terme de Scala Tyriorum est fourni par un auteur juif pour qui le Ras en-Naqoura marquait l'entrée en territoire tyrien. Une autre solution consiste à englober sous le vocable les deux promontoires.

Redescendant le Ras en-Naqoura, la route longe Oumm el-'Awamid (voir ci-dessus Hamon), passe au pied de Tell Irmid (ou Ermès) et de Tell ed-Daba, pour atteindre les ruines d'Iskanderoune ou Alexandroscène, la Scanderium ou Scandelium des auteurs occidentaux du moyen âge.

La route franchit le Ras el-Abyad, le promontorium Album de Pline, pour d'autres encore la Scala Tyriorum. La position est défendue par le Qal'at Shema où Renan ne veut voir qu'une construction très tardive. On laisse à droite Biyoud es-Seid qui répond à la position de l'antique Sindè et plus loin, dans les terres, le bourg d'Ezziyé qui pourrait répondre à l'Eshazi d'une tablette d'el Amarna. Près de Deir Qanoun les ruines appelées Khirbet et-Tayibé ont fourni le trône en pierre dédié à Astarté, aujourd'hui au Louvre.

On atteint Ras el-'Ain que nous avons reconnu être dominé par l'ancienne Oushou, puis laissant à droite Tell Reshidiyé, on gagne Tyr par un chemin monotone dans le sable.

Tyr était en relation avec Safed par deux routes communes jusqu'à Qana qu'on atteint par Qabr Hiram(ou Qabr Hairan) et Hanawé. A partir de Qana, la première route prend par Sedakin ou Siddiqin, Ya'ter, Dibl (3), le Wadi Roumeish et Roumeish, Kefr Bir' im et Soufsaf. Etc.
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— 7. Maron, René Dussaud, Topographie, page 30.
Maron district de Tyr, est le Qal'at Maroun au nord de Deir Kifa. Moronum, de la région de Toron (Tibnin), n'est pas comme le propose Röhricht le Meron du Talmud, voisin de Safed, mais bien Maroun au sud de Tibnin, au voisinage de Bint Oumm Djoubeil, appelé encore Maroun el-Ras.
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BELVOIR ou COQUET
Belvoir (1), village et forteresse appartenant à l'Hôpital, aujourd'hui Kaukab-el-Haoua.
Cette localité avait, antérieurement, formé un fief relevant du prince de Galilée, qui fut vendu en 1168 à l'Hôpital par Yvon Velos, son dernier possesseur.
Ce château est carré, mesurant 160 mètres sur 120 ; il est flanqué aux angles et sur ses faces de tours barrelongues.
De trois côtés il est muni de fossés taillés dans le roc et sur le quatrième ses murs couronnent l'escarpement de la montagne. Au milieu de l'enceinte s'élèvent les restes d'un édifice qui fut, selon toute apparence, un donjon formant réduit.
1. Codice diplomatico tome I, n° 46, page 47.
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— 26. Hugues de Saint-Omer (ou Hugues de Fauquenberge).
La mort de Godefroi de Bouillon et l'avènement de Baudouin 1e, son ennemi, obligèrent, on l'a vu, Tancrède à renoncer à la princée de Galilée. A sa place, Baudouin 1e inféoda le pays à Hugues de Fauquenberge (début de mars 1101). Il y a lieu toutefois de remarquer qu'il en détacha le fief de Caïffa qu'il donna à un autre de ses fidèles, Geldemar Carpenel. Caïffa forma depuis une petite seigneurie indépendante de la princée de Galilée.

Hugues de Fauquenberge (près de Thérouanne) était le fils de Gérard, prévôt de Saint-Omer, et de Mélisende de Picquigny (de la famille des vidames d'Amiens). Aussi est-il appelé le plus souvent Hugues de Saint-Omer. Vassal fidèle du roi Baudouin 1e, il le sauva après la défaite de Yazur en accourant à son aide de Tibériade à Jaffa avec la chevalerie galiléenne (21 mai 1102).

Hugues de Saint-Omer s'était, semble-t-il, fixé comme objectif au nord-ouest la conquête de Tyr, alors encore fâtimide, à l'est la soumission définitive du Sawâd. Guillaume de Tyr nous dit, en ce qui concerne Tyr, qu'il ne cessait de diriger des razzias contre le territoire de Tyr, mais, comme de Tyr à Tibériade il y a en ligne droite une soixantaine de kilomètres à travers les défilés du Jebel Jumla et du Jebel Safed, et qu'au retour de chacune de ces expéditions le chef franc risquait chaque fois de se faire rejoindre et accabler par les troupes musulmanes, il construisit vers 1104, au centre du Jebel Jumla, à 22 kilomètres au sud-est de Tyr, sur l'emplacement de l'actuel Tibnin, la forteresse de Toron qui, sur sa butte de 870 mètres, lui assurait le contrôle de l'hinterland Tyrien. Guillaume de Tyr, qui connaissait bien le pays, nous vante la salubrité de l'air sur ces premiers contreforts du Liban, la fertilité du canton en vignes et en fruits. Par la construction du Toron, Tyr subissait un blocus terrestre à peu près permanent. A l'est, Hugues de Saint-Omer chercha à asseoir définitivement la domination franque au Sawâd en y construisant, en 1105-1106, à une dizaine de kilomètres de la rive orientale du lac de Tibériade, à 'Al, une forteresse qui commandait la route de Khisfîn et livrait le Jaulân aux incursions franques. Les ruines de cette forteresse, situées au nord du village actuel de 'Al, portent encore le nom significatif de Qasr Bardawîl. « Le Château de Baudouin. » « Ce château, écrit Ibn al-Qalânist, était considéré comme inexpugnable. Mais, poursuit l'auteur damasquin, l'atabeg de Damas, Tughtekin, résolut d'abattre la forteresse avant qu'elle fût entièrement terminée. Il dirigea contre les Francs une attaque soudaine, bénéficia de la surprise, et les massacra jusqu'au dernier. S'étant ensuite emparé de la forteresse, avec tout ce que les Francs y avaient accumulé de matériel, d'animaux et d'armes, il rentra en triomphe à Damas avec son butin et ses prisonniers (24 décembre 1105).

Les chroniqueurs occidentaux ne mentionnent pas la perte de 'Al, mais ils nous parlent du rôle que joua Hugues de Saint- Omer au moment du premier siège de Sidon par le roi Baudouin 1e. Baudouin avait profité de l'arrivée à Jaffa d'une flotte de pèlerins flamands (notamment d'Anvers), anglais et danois, arrivés sans doute lors du « passage » de mars 1106, pour aller assiéger Sidon, ville alors encore égyptienne. Mais, comme les Francs ne possédaient pas non plus Tyr, le ravitaillement de l'armée assiégeante était difficile. Invité par Baudouin à concourir au siège, Hugues partit avec 200 cavaliers et 400 fantassins dans « la terre du Grossus Rusticus que l'on appelle le Suet », c'est-à-dire au Sawâd (et au Jaulân), « terre riche en moissons, et y enleva assez de grain et de bétail pour suffire au siège de Sidon. » Il ramenait ce butin du Sawâd à Sidon par la route du haut-Jourdain et de Baniyas, lorsque, près de cette ville, la cavalerie turque de Damas, alertée, et à laquelle s'étaient associés les Arabes de la région, rejoignit son convoi dans les défilés, sabra les fantassins qui l'escortaient et reprit tout le butin. Hugues et ses chevaliers qui cheminaient en contre-bas, accoururent pour secourir leur infanterie et recouvrer le convoi. Deux fois repoussé avec pertes, Hugues revint une troisième fois à la charge et il venait de reprendre l'avantage, quand il reçut une flèche en pleine poitrine et expira entre les bras des siens. Cependant ses chevaliers purent ramener son cadavre en terre franque, à Nazareth. On sait qu'à la suite de cette perte, le roi Baudouin 1e découragé, renonça à poursuivre le siège de Sidon et accepta le tribut que les Sidoniens offrirent pour se racheter.

La question qui se pose maintenant est de savoir si le récit d'Ibn al Qalânisî et celui d'Albert d'Aix n'ont pas trait au même événement. Il y a, il est vrai, l'écart chronologique, le chroniqueur damasquin plaçant la victoire de Tughtekîn et la chute de 'Al en décembre 1105, et Albert d'Aix la défaite et la mort de Hugues vers le printemps de l'année 1106. Toutefois il y a lieu de considérer que la compilation du Mirât al-Zémân qui copie Qalânisî, place son récit en février-mars 1106, ce qui nous rapproche singulièrement des dates suggérées par Albert d'Aix. Par ailleurs Ibn al-Althir (nous laissons de côté sa chronologie, elle est quelque peu fantaisiste pour cette époque) spécifie que le combat livré par Tughtekin et à la suite duquel celui-ci conquit 'Al fut livré contre « un des principaux comtes francs », et que le roi Baudouin, opérant à ce moment vers la côte d'Acre, avait songé à venir appuyer ce comte dont il trouvait le raid trop exposé. De ces recoupements, il semble bien résulter, comme nous l'avons déjà suggéré, qu'il s'agit d'une seule et même campagne. Hugues de Saint-Omer, de retour de son expédition de pillage au Sawâd et au Jaulân, est surpris et tué près de Baniyas par Tughlekin qui va ensuite sans obstacle s'emparer du château de 'Al, c'est-à-dire de Qasr Bardawîl.
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— 34. Gervais de Bazoches
Hugues de Saint-Omer avait un frère, Gérard, qui, comme lui, vivait en Terre Sainte. La princée de Galilée aurait dû lui revenir. Malheureusement, déjà gravement malade, il mourut en apprenant la catastrophe dans laquelle Hugues avait trouvé la mort (1).
Le roi Baudouin 1e, en levant alors le siège de Sidon, accourut à Tibériade pour régler les affaires de la princée de Galilée et la mettre en état de défense contre quelque coup de main damasquin. Il l'inféoda sur-le-champ à un chevalier sois sonnais, Gervais de Bazoches (2). Au début, raconte Guibert de Notent, Gervais se conduisit envers Baudouin 1e comme un vassal indocile. Baudouin, irrité de son insolence et qui n'admettait guère plaisanterie sur ce sujet, lui ordonna de comparaître pour rendre son fief. Gervais se mettait en marche avec quelques compagnons — deux chevaliers et deux écuyers — lorsque survint un rezzou damasquin. Avec ses quatre compagnons, Gervais, poussant son cri de guerre, se précipita sur les agresseurs avec une telle fougue que ceux-ci — il s'agissait sans doute d'une attaque de nuit — croyant avoir affaire à tout un escadron, prirent la fuite. Après un tel exploit, quand le sire de Tibériade vint se jeter aux pieds du roi Baudouin, on devine qu'il obtint sans peine son pardon (3).
1. Albert d'Aix, pages 634-635.
2. Nous avions voulu respecter la vieille orthographe « Basoches » de Du Cange (De GANGE, Familles d'Outre-mer, éditions REY, page 444 ; manuscrit de De Cange de la Bibliothèque du Musée Guimet. page 270). Mais il s'agit du château de Bazoches, entre Fismes et Braisnes.
3. Guibert de Nogent, Gesta Dei per Francos, pages 258-259.


Cependant la princée de Galilée se trouvait aux prises avec une guerre sur deux fronts : à l'est, du côté du Sawâd et du Jaulân contre les Turcs de Damas, à l'ouest, du côté du Toron (Tibnîn) contre la garnison fatimide de Tyr. Sous la rubrique de l'année de l'hégire 500 (entre le 2 septembre 1106 et le 21 août 1107) Ibn al-Qalânisî nous dit que, les ravages des Francs — lisez de Gervais de Bazoches — au Sawâd, au Haurân et au Jebel 'Awuf ('A|lûn) augmentant chaque jour, les populations arabes de ces districts réclamèrent l'intervention de l'atabeg de Damas Tughtekin. Celui-ci rassembla l'armée damasquine renforcée de bandes de Turcomans et vint camper dans la zone contestée, en plein Sawâd. Le gouverneur fâtimide de Tyr, l'émir 'Izz al-Mulk, venait précisément de diriger une expédition contre la forteresse franque de Tibnîn (le Toron); il avait pillé les faubourgs et massacré tous les habitants qui ne s'étaient pas réfugiés dans la citadelle même. Quand cette nouvelle était parvenue au roi Baudouin Ier qui se trouvait alors à Tibériade, auprès de Gervais de Bazoches, il était aussitôt parti pour Tibnîn afin de repousser les Tyriens. C'est justement ce qu'attendait Tughtekîn : il profita de l'éloignement des forces franques pour venir assiéger et emporter un château franc de la région de Tibériade. Après avoir massacré les quelques chevaliers francs qui s'y trouvaient, il recula à la lisière du Jaulân et du 'Ajlûn jusqu'à la plaine de Meddân, au nord-ouest de Der'ât (1). Les Francs vinrent l'y relancer, mais il se retira encore plus loin, vers le district de Ezra'a dans la Lejâ. Les éclaireurs des deux armées se livrèrent à des escarmouches, et on s'attendait à une bataille rangée quand les Francs reprirent le chemin de Tibériade (2).

Telle est la version de l'historien damasquin. Albert d'Aix nous fournit pour la même époque un récit quelque peu différent, quoique concordant dans les grandes lignes. Après la Noël de 1106, vers le 1er janvier 1107, le roi Baudouin Ier qui se trouvait à Acre, apprend que l'atabeg de Damas a réuni une armée pour venir assiéger Tibériade et chasser Gervais de Bazoches. Ramassant aussitôt ce qu'il put trouvé de gens — 140 chevaliers environ — il accourt à Tibériade au secours de Gervais. Galopant lui-même en avant-garde avec quinze pages, il arrive en vue du camp turc et peut évaluer la force de l'ennemi : 3 000 chevaux. Mais Voici qu'à peine la petite troupe franque a-t-elle dessellé que, le soir même, se présentent au roi cinq émirs turcs qui se disent envoyés par l'armée de Damas pour conclure une trêve. Habilement Baudouin Ier, à la manière arabe, les combles de cadeaux et, une fois rentrés au camp damasquin, ils achèvent de disposer les esprits à la paix en vantant sa générosité et sa puissance. Sur quoi les Turcs dans la nuit même lèvent le camp et rentrent à Damas. En une semaine le péril avait été conjuré : le 6 janvier 1107 Baudouin Ier était déjà de retour à Bethléem (3).
1. Cf. la carte VIII du P. ABEL, Géographie de la Palestine, tome I.
2. Ibn Al-Qalanisi, pages 74-75
3. Albert d'Aix, pages 642-643.


Ce n'était en réalité que partie remise. En 4108, « peu avant les Rogations », c'est-à-dire peu avant le 11 mai, l'atabeg Tughtekin avec 2000 cavaliers vint de Damas envahir la région de Tibériade. Il sut, par une marche de nuit, dissimuler son approche; ayant caché le gros de ses troupes en embuscade, il envoya un détachement de cavalerie légère de 300 hommes pour attirer les Francs hors de leurs places fortes. Le piège réussit. Quittant l'abri de Tibériade, Gervais de Bazoches courut à la rencontre des maraudeurs avec seulement 80 cavaliers et 200 fantassins. Le rideau turc, en se dérobant, le conduisit dans la montagne, droit à la gorge où Tughtekin était caché. Encerclée de toutes parts, criblée de flèches, toute retraite coupée, la petite troupe franque se défendit héroïquement. Gervais et ses 80 chevaliers cherchèrent par une charge désespérée à briser le cercle ennemi à travers, nous dit Albert d'Aix, une basse plaine marécageuse, ce qui nous fait supposer que l'action pourrait se situer soit vers le Gué de Jacob, soit vers Sémakh. Mais le terrain était trop glissant pour la lourde chevalerie franque. Tous les Francs furent tués, sauf deux écuyers qui vinrent apporter la nouvelle du désastre à Tibériade, et Gervais de Bazoches qui fut conduit en captivité à Damas (1).

Tughtekîn, ayant capturé le seigneur de Tibériade, pensait bien, pour sa rançon, se faire céder toute la Galilée. Au témoignage d'Albert d'Aix, ses envoyés vinrent trouver Baudouin 1e à Acre, en demandant, pour la libération du prisonnier, Acre, Caïfia et Tibériade, faute de quoi Gervais serait mis à mort. On connaît la dure, magnifique et royale réponse de Baudouin 1e, — la raison d'Etat faite homme —, réponse digne d'un Philippe le Bel : « Si vous m'aviez demandé pour la rançon de Gervais tout l'or et tout l'argent de mon royaume, plus de 100000 basants, je vous les aurais donnés. Mais les places que vous me demandez, même s'il s'agissait de la vie de mon propre frère et de toute ma famille, même si vous aviez capturé toute la noblesse du royaume, ces villes, je ne vous les rendrais jamais! (2). »
1. Albert d'Aix, p. 656-657, concordant avec Ibn Al-Qalanisi, page 86.
2. « Si aucun vel argentum vel aliqua pretiosa pro redemptione et salute Gervasii quæreretis, supra centum milia bisanliorum a nobis assequi proculdubio possetis. Sed civitates quas requiretis, si fratrem meum uterinum totamque parentelam meam, omnesque primores Christianæ plebis in vinculis tenereiis, nunquam civitates bas pro aliqua salute vitæ illorum redderemus, nedum pro solo homine : quem si occideretis, nequequam virtus nostra propter hoc immunita erit ; sed quandoque ut vicem mortis illius vobis rependamus non est impossibile apud Deum et Dominum nostrum. » (Albert d'Aix, p. 657-658). Confirmé par ibn al-AIthir.


Par cette réponse renouvelée des Romains de la République, le roi de Jérusalem avait, en laissant délibérément périr le prince de Galilée, sauvé et prolongé de quelque quatre-vingts ans l'existence de la principauté.

D'après Guibert de Nogent comme d'après Ibn al-Althir, Tughtekîn offrit à Gervais une dernière chance de salut : l'apostasie. Comme le prisonnier refusait, on le lia à un poteau et on le cribla de flèches. Ibn al-Althir nous dit même que Tughekin l'abattit de sa main. D'après Albert d'Aix, la peau de son crâne, avec ses cheveux blancs, fut montée en porte-étendard par un des émirs turcs. D'après Guibert de Nogent, Tughekin se fit, toujours à la manière hunnique et tou kioue, une coupe de son crâne. A côté de cette barbarie turco-mongole, notons le salut de l'épée du chroniqueur arabo-damasquin Ibn al Qalanisi à ce « Gervais, célèbre pour sa chevalerie et son héroïsme, un homme de la trempe du roi Baudouin. »
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— 40. HOUNIN
Dans une nouvelle campagne, Nûr al-Dîn vint attaquer la frontière nord-est du royaume de Jérusalem, défendue, depuis la chute de Panéas, par la forteresse de Hûnîn. A son approche les Francs évacuèrent la forteresse après l'avoir incendiée. Nûr al-Dîn y arriva le lendemain et acheva de démolir les murailles (juillet-aout 1167). Il songeait à aller ensuite attaquer Beyrouth, mais, des dissentiments s'étant produits parmi les siens, il dut licencier son armée. Sa diversion n'avait en somme abouti qu'à des résultats insignifiants puisque Sâfîthâ et Hûnîn devaient être reconstruits presque aussitôt par les Francs (1). Le roi Amaury n'en jugea pas moins avec raison qu'une nouvelle attaque était toujours possible en Palestine. Aussi dut-il être heureux de mettre fin à l'expédition d'Egypte en concluant une paix victorieuse.
La forteresse de Hûnîn fut reconstruite dès 1179 par le connétable Onfroi II de Toron. C'est le Chastel-neuf des chroniqueurs (REY, Colonies frasques, page 478).
— Sâfîthâ, le Chastel Blanc, fut de même reconstruit et puissamment fortifié par les Templiers qui en reçurent la garde (REY, Colonies franques, pages 135-136. Et du même REY, Etudes sur l'architecture militaire des Croisés, pages 101-102.)
Sources: René Grousset, tome II, page 499


— 40. Le CHATEAU-NEUF
Le château-neuf, était une forteresse qui commandait la vallée du Nahar Hasbany (haut Jourdain), bâtie par Omfroy III, de Toron, connétable du royaume, de Jérusalem en 1179; elle n'eut jamais, bien que formant fief, de seigneurs particuliers. Ce fief fit partie des possessions des seigneurs de Toron, et fut remis, en 1182, par Omfroy IV au roi Baudoin IV, qui donna ce château, ainsi que le Maron, au comte Joscelin.
Ce château, dont les ruines se retrouvent dans le site de Hounin, avait des dépendances considérables dans la vallée du Haut-Jourdain, au nord du lac de Houleh. Le nom d'Hounin est celui sous lequel nous le trouvons désigné dans les historiens arabes des Croisades. Sources: Rey, Les colonies franques de Syrie au temps des Croisades, page 478.
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La surprise du Gué de Jacob. Second siège de Panéas par Nûr al Dîn.
Baudouin III avait donc forcé Nûr al-Dîn à lever le siège de la citadelle de Panéas et restauré cette importante place forte. Malheureusement, croyant les ennemis en retraite jusqu'à Damas, il négligea de s'éclairer. Il avait laissé, comme le dit Guillaume de Tyr, ses fantassins à Panéas pour défendre la ville reconstruite ; suivi de sa seule chevalerie, il rentra en Galilée ; à peine y fut-il de retour qu'il congédia — si grande était sa confiance — une partie de ses barons, notamment Philippe de Milly, seigneur de Naplouse. Nous pouvons conclure par cet exemple qu'il se sépara de même des autres barons de la Galilée et de la Samarie, ne gardant avec lui que ceux de Judée.

Nûr al-Din qui, durant la réoccupation de Panéas par le roi n'avait pas dû reculer plus loin que l'Hermon, fut averti de la dispersion de l'armée franque. Baudouin III qui ne se méfiait de rien campait avec une poignée de chevaliers à Mallâha, à la pointe nord-ouest du lac de Hûlé. Prenant avec lui de forts escadrons de Turcs et d'Arabes, l'atabeg se lança sur ses traces, et alla se poster en embuscade au sud du lac, au « Gué de Jacob », l'actuel Jisr Banât Ya'qûb, point près duquel les Francs à l'étape suivante, devaient passer. Les buissons de laurier-rose, de zaqqûm, de papyrus et de roseaux qui ombragent les bords du Jourdain à la sortie du lac de Hûlé, formaient un rideau propice pour cette embuscade. De fait, le lendemain, dès l'aube, Baudouin III, longeant la rive occidentale du lac, descendit-en suivant la route traditionnelle des caravanes, de Mallâha vers le Gué de Jacob.

La surprise fut complète. « Quant il fu ajorné, nostre crestien se mistrent à la voie. Rien ne savoient de l'aguet qu'en leur avoit mis au devant; tout déduisant s'en vindrent cele part. Li Tur saillirent de leur embuschement et se férirent entre les nos, si que cil n'en sorent onques mot, jusqu'il les virent entr'eus. Lors se repentirent de leur folie, mais ce fut à tart (= trop tard). Aus armes et aus destriers corurent cil qui porent; mais li Tur, qui ne finoient d'ocire, les orent si esparpeillez et desconfiz, ainçois qu'il se poissent assembler por défendre » (1).
1. Guillaume de Tyr, page 841.

Le texte d'Ibn al-Qalânisî atteste cependant que malgré leur surprise Baudouin III et ses chevaliers se défendirent bien : « Les Francs, voyant les étendards musulmans qui les entouraient de tous côtés, s'armèrent en toute hâte et montèrent à cheval ; ils se divisèrent en quatre corps et chargèrent les musulmans. A ce moment le malik Nûr al-Din mit pied à terre; ses vaillants compagnons en firent autant, lancèrent contre l'ennemi une nuée de flèches et se servirent si bien de leurs lances qu'ils lui firent lâcher pied. Allâh décida de la victoire en faveur des musulmans qui tuèrent ou firent prisonniers les cavaliers ennemis » (19 juin 1157) (2).
2. Ibn Al-Qalanisi, page 336. Deux Jardins, page 89.

En réalité la majeure partie des barons et des chevaliers échappèrent à la mort parce que, se voyant dans l'impossibilité de résister, ils finirent par se rendre à Nûr al-Dîn. La fleur de la chevalerie franque fut ainsi faite prisonnière. Guillaume de Tyr cite notamment parmi les captifs Hugues d'Ibelin, le maréchal Eudes de Saint-Amand, Jean Guthman, Rohart de Jaffa, son frère Balian, et Bertrand de Blancafort, grand-maître du Temple (3). Tous furent envoyés à Damas où Ibn al-Qalânisî nous décrit leur arrivée au milieu du délire de la foule : « Les prisonniers et les têtes coupées arrivèrent à Damas le lundi (24 juin). Chaque chameau portait deux de leurs guerriers avec un étendard déployé et encore souillé de peaux de crânes et de cheveux. Chaque seigneur captif ou gouverneur de forteresses ou de districts s'avançait à cheval, couvert de sa cotte de mailles, heaume en tête et un étendard à la main! Quant aux fantassins, ils étaient liés de cordes par groupes de trois ou quatre. Les habitants de la ville, vieillards, jeunes gens, femmes et enfants, sortirent en foule pour jouir du spectacle dont Allah gratifiait le monde musulman » (4).
3. Guillaume de Tyr, page 842.
4. Ibn Al-Qalanisi, page 337. Deux Jardins, page 90.


Il est intéressant de signaler que Guillaume de Tyr voit dans l'embuscade du Gué de Jacob où les Francs furent surpris par Nûr al-Dîn, la juste vengeance du guet-apens de la forêt de Panéas où les pâtres turcomans avaient été surpris par les Francs : « A cele foiz rendi bien Nostre Sire au Roi et à sa gent ce qu'il avoient fet aus Turquemanz et à ceus d'Arabe, quant en traïson ocistrent et desrobèrent ceus qu'il avoient aseurez par le serment. » Paroles remarquables qui attestent, en même temps que l'objectivité du chroniqueur franc, la notion, qui commençait à se faire jour, d'un droit des gens englobant Chrétienté et Islam et dont les violations excitaient la réprobation d'un archevêque franc aussi bien que d'un raïs damas-quin (5).
5. Guillaume de Tyr, page 843. Cf. Ibn Al-Qalanisi, 331-332.

Fort heureusement Baudouin III avait pu s'échapper. Bien que poursuivi par la cavalerie turque, il avait réussi à gagner les hauteurs du Jebel Safed et, de là, la forteresse même de Safed où il avait trouvé asile. Pendant quelques jours on le crut mort ou pris. « La novele corut par la terre, moût doloreuse de cele desconfiture. Du Roi ne savoit l'en que dire certeinnement, car li un disoient qu'il avoit esté ocis en la bataille, li autre cuidoient qu'il en eust été menez liez entre les prisons. Trop en estoit li pueples en grant angoisse, plus de lui seul que de touz les autres » (6). En réalité, Baudouin III miraculeusement sauvé avec une poignée de compagnons attendit sagement pour sortir de la forteresse de Safed, que les Turcs eussent repassé le Jourdain. Il courut alors à Saint-Jean d'Acre où son retour excita la joie universelle. « Dedenz la cité d'Acre s'en vint soudeinement. Quant les genz le virent, si grant joie en orent et loèrent Nostre Seigneur, car il furent tuit réconforté des autres mescheances. »
6. De même Ibn Al-Qalanisi, 336.

De fait, comme le dit l'Estoire d'Eracles, « grant bonté Dieu fist à son pueple quant li Rois eschapa, car se il eust esté morz ou pris, avec les autres, li roiaumes de Surie fust perduz » (7). Le roi sauvé, le royaume l'était aussi. La monarchie restant debout, il n'était pire désastre qui ne fût, à la longue, réparable.
7. Guillaume de Tyr, page 843.

Nûr al-Dîn, exploitant sa victoire, était venu assiéger de nouveau Panéas, bien persuadé cette fois qu'il réussirait sans difficulté à emporter la place et la citadelle. La chevalerie franque dispersée, le roi en fuite, d'où aurait pu venir le secours? « Il drécièrent leur engins qui gitoient aus murs et aus tors grosses roches par que il desfroissoient tout ; saietes (= flèches) voloient plus espessement que grelle. » De nouveau les assiégés évacuèrent la ville basse pour se réfugier dans la citadelle. Le connétable Onfroi de Toron, seigneur de Panéas, se trouvait absent, ayant quitté la ville après le départ du roi. Mais il avait confié la garde de la ville à son parent, Guy de Scandelion (1), sur lequel l'Eracles porte ce jugement nuancé que « chevaliers estoit fiers et esprovez en mainz leus, mais petit avoit de loiauté et pou doutoit (= craignait) Nostre Seigneur. » Sans doute Guillaume de Tyr a-t-il quelque raison de blâmer ainsi sa conduite privée. En la circonstance, Guy de Scandelion se comporta valeureusement. « Icist, por acomplir le comandement (de) son seigneur et por croistre son los de chevalerie, se contenoit bien et hardiement; les autres amonestoit, et de parole et d'œvre, qu'il ne s'esmaiassent pas, car il seraient par tans secoru sanz faille, et (que) qui bien se contendroit à ce besoing grant enneur i auroit touz les jorz de sa vie. » Ainsi animés, les défenseurs de la citadelle résistèrent à tous les assauts des Turcs et le secours promis arriva.
René Grousset: Histoire des Croisades, tome II, pages 374-377.
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44. — CHASTELLET : Huitième année du règne du sultan al-Malik-an-Nasir-Salah-ad-Din-Yousouf en Egypte.
Dans les premiers jours du mois de Rabi second de l'an 574, un détachement de Francs attaqua la ville de Hamah ; les Musulmans marchèrent immédiatement contre eux ils firent prisonnier leur chef et une partie de ses soldats, qu'ils envoyèrent à Damas au sultan; Salah-ad-Dîn leur fit couper la tête.

Cette même année, le sultan envoya son frère Shams-ad-Daulah-Tourânshâh combattre Ibn-al-Mokaddam à Ba'albek, à la tête d'une armée considérable. Ce prince assiégea la ville durant un certain temps ; le sultan vint lui-même faire le siège de Ba'albek jusqu'au commencement de l'hiver. La paix fut alors signée et Salah-ad-Din prit possession de la ville qu'il donna à son frère Shams-ad-Daulah-Tourânshâh au mois de Shavval.

Les Francs utilisèrent le temps pendant lequel le sultan était occupé contre Ibn-al-Mokaddam à bâtir une forteresse au gué de la Bait-al-Ahzan (1) qui est la Bait-Ya'koub (sur lui soit le salut!). Entre cette place et Damas il y a environ un jour de chemin, et une demi-journée jusqu'à Tibériade. Le sultan s'en revint à Damas et un ambassadeur envoyé par la cour de Baghdâd (2) arriva auprès de lui; Salah-ad-Din partit en campagne avec cet officier, arriva devant la forteresse, se saisit des Francs qui se trouvaient dans ses environs et rentra à Damas. — On reçut à plusieurs reprises des nouvelles apprenant que les Francs se réunissaient pour faire une expédition contre les Musulmans. Cela détermina le sultan à envoyer l'émir Izz-ad-Din-Farrukhshâh contre eux. Ce général leur livra une bataille dans laquelle périrent plusieurs de leurs chefs et bien d'autres ; parmi leurs chefs se trouvaient Honfroi (3), et le prince de Nazareth les Francs prirent la fuite et laissèrent beaucoup de prisonniers aux mains des Musulmans. Salah-ad-Din partit de Damas et se rendit à Kisva (4) pour renforcer 'Izz-ad-Dîn ; il y trouva les prisonniers et leurs chefs ; cette victoire le réjouit beaucoup et il s'en retourna à Damas.
1. Yakout se borne à dire dans le Mo'djam-al-bouldân (tome I, p. 775) que c'est une petite ville entre Damas et la côte de la Méditerranée (Sahel). La leçon fournie par le manuscrit du Soulouk bana... husnan 'alâ mohasanat Bart-al-Ahzan roa-houwa Bait-Ya'koûb, devrait s'interpréter littéralement par « ils bâtirent une forteresse pour rendre inexpugnable Bait-al-Ahzan », mais la comparaison du texte de Makrizi avec celui d'Ibn-el-Athir (Historiens orientaux, tome I, p. 686) qui porte Makhâdat-al-Ahzân ne permet guère d'adopter ce sens. Ce gué est le fameux gué de Jacob, gué Jacob, que Guillaume de Tyr nomme Vadum Jacob.
2. Littéralement par le « Divan auguste », autrement dit par le khalife abbasside.
3. Ce prince est Humfroy II, dit le Jeune, qui fut créé connétable de Jérusalem (constabularius regius) par le roi Baudouin III, vers 1118, lors de ses
4. Kisva est la première station des caravanes qui se rendent de Damas en Egypte; le hafith Abou-'l-Kasim rapporte que cette ville fut ainsi nommée parce que les Ghassanides massacrèrent dans cet endroit les ambassadeurs que leur avait envoyés l'empereur grec et qu'ils se partagèrent leurs vêtements (kisva). Voyez Yakout, Mo'djam-al-bouldan, tome IV, page 675.


Cette même année, le prince, roi des Francs à Antioche, alla faire une expédition contre Shaizar (5) et le comte, souverain de Tarâbolos, battit les Turcomans, grâce à sa ruse. — Shams-ad-Daulah, se rendit en Egypte avec une partie de l'armée, à cause de la disette qui régnait en Syrie, le vingt-sixième jour du mois de Dhoù'l-ka'da ; et le sultan alla attaquer la citadelle de Bait-al-Ahzân il revint de cette expédition avec du butin et des prisonniers et il envoya des colonnes faire des incursions dans le pays des Francs.

Cette même année, Bahâ-ad-Din-Karâkoush, mamlouk de Takiad-Din, et Ibrahim, le silâhdar, remportèrent des victoires dans le Maghreb et s'emparèrent de plusieurs citadelles.

5. Hadjn-Khahfa dit, dans le Djihan-numa, que le grenadier était très cultivé dans les environs de Shaizar.
Sources: Revue de l'Orient Latin, tome VIII, page 530 — Bnf
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47 — Châteauneuf
C'est au pied de ce cône que Banias est bâtie sur une terrasse naturelle découpée et arrosée par des filets d'eau qui tombent en cascades. Vers le nord s'étend le ouadi et-Teîm, étroit et encaissé, peuplé de nombreux villages, et dominé par les hauts sommets du Liban; puis c'est l'antique forteresse de Bedfort et presqu'à nos pieds les restes imposants de l'ancien « Castellum Novum », planté comme un nid d'aigle, observatoire merveilleux pour surveiller tout le pays environnant. Hounin, pauvre village bédouin, élève ses misérables masures contre les murailles démantelées du vieux château ; un fossé entièrement creusé dans le roc vif entoure ces ruines où l'on retrouve de curieux spécimens de constructions de toutes les époques : phéniciennes, romaines, sarrasines et des Croisades. L'espace qu'occupait le « Castellum Novum » est immense et rien n'est curieux comme de visiter ces gigantesques salles, ces murs d'une épaisseur étonnante, qui font rêver lorsqu'on songe à ce qu'il a fallu d'énergie persévérante pour mener à bien de sem blables travaux (1)
1. A l'époque des Croisades, le Castellum Novum fit partie des possessions des seigneurs de Toron et fut remis en 1185 par Omfroi IV au roi Baudouin IV, qui donna ce château ainsi que le Maron à Josselin III, dernier comte d'Edesse. (G. Rey.)
La Palestine: le Bon Ludovic de Vaux ; ouvrage illustré par M. P. Chardin et M. C. Mauss, Paris 1883 - Bnf
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53. Eloge de Baudoin IV
Première baillage du comte Raymond III de Tripoli
Baudouin IV, l'enfant lépreux. Sa valeur, son héroïsme, sa sainteté.

On se rappelle qu'Amaury Ier avait dû, à son avènement, répudier pour cause de parenté sa femme, Agnès de Courtenay dont il avait deux enfants, Baudouin et Sibylle. Il avait épousé depuis la princesse byzantine Marie Comnène qui lui donna une autre fille, Isabelle, mais point de fils. Il résultait de cette situation que le jeune Baudouin, bien que né d'un mariage cassé par l'autorité ecclésiastique, restait l'héritier légitime de la couronne. Amaury aimait d'ailleurs particulièrement cet enfant qu'il avait gardé auprès de lui, tandis que Sibylle était élevée au couvent de Saint-Lazare de Béthanie, auprès de sa grand-tante la mère-abbesse Yvette.

A la mort d'Amaury Ier, le jeune Baudouin, quatrième du nom, fut donc sans difficulté reconnu roi et sacré dans les trois jours au Saint-Sépulcre. La veuve d'Amaury, la princesse byzantine Marie Comnène, qui ne pouvait avoir aucune part aux affaires puisqu'elle n'était pas la mère du nouveau roi, reçut en douaire la vicomté de Naplouse ; elle devait trois ans plus tard (1177) se remarier avec Balian II d'Ibelin (1).
1. Guillaume de Tyr, pages 1004, 1005, 1035.

Baudouin IV n'avait que treize ans. C'était un adolescent charmant et remarquablement doué. « En s'enfance estoit-il moût biaus, vistes (prompt) et aperz (ouvert) et chevauchoit très bien, mieuz que n'avoient fet si ancesseur. » Doué d'une grande vivacité d'esprit, bien que bégayant légèrement comme son père, et d'une excellente mémoire — « jamès n'obliast un courrouz (une insulte) et, plus à enviz encore, les bontez que l'en li fesoit » —, il fut le plus cultivé des princes de sa famille. Dès l'âge de neuf ans, son père lui avait donné comme précepteur le grand historien des Croisades, Guillaume de Tyr. « Cil i mist tel peine et si grant entente com l'en doit métré en fil de roi, tant que il profitoit moût en aprendre...; de très bonne remembrance estoit, letres savoit assez, estoires retenoit et contoit moût volentiers (2). »
2. Guillaume de Tyr, page 1004.

Dans le portrait ému que nous trace de lui Guillaume de Tyr on sent percer une profonde tristesse, car cet enfant si beau, si sage et déjà si savant était atteint d'un mal horrible qui se révéla bientôt : la lèpre qui lui valut son surnom de « Baudouin le mesel », ou le lépreux. Guillaume de Tyr nous raconte comment il s'aperçut du malheur, un jour que le jeune prince jouait avec d'autres enfants, fils des barons de Jérusalem : « Un jor, traduit l'Eracles, avint que il se jooient ensemble, tant qu'il se comencièrent à esgratigner les mains et les bras au jeu. Li autre enfant crioient quant l'en les bleçoit; Baudoins n'en disoit mot. Ceste chose avint par pluseurs foiz, tant que ses mestres (= son maître) li arcediacres Guillaumes s'en prist garde. Premièrement cuida (= pensa) que li enfès le féist de proesce, que il ne se deignast mie plaindre de ce que l'en le bleçast ; lors en parla à lui et li demanda porquoi il soffroit que l'en li feist mal et n'en fesoit autre chière (= pas plus de cas). Il respondi qu'il ne le bleçoient pas et qu'il ne sentoit nul mal de l'esgratineure. Lors regarda son mestre son braz et sa main et aperceut bien que il li estoit endormiz. Lors ala au Roi son père et li dist. Li Rois i fist venir ses mires (= médecins) qui assez i mistrent emplastres et oignemenz ; poisons (= drogues) li donèrent et autres médecines, mès rien ne li valurent, car il estoit au comencement de la maladie qu'il ot puis (= depuis) et qui moût se descovri quant il comença à venir en aage d'ome, de que les genz du roiaume avoient grant duel (= deuil), quant il le regardoient (3). »
3. Guillaume de Tyr, page 1005.

Le règne du malheureux jeune homme de 1174 à 1185 — avènement à treize ans, décès à vingt-quatre — ne devait donc être qu'une longue agonie. Mais une agonie à cheval, face à l'ennemi, toute raidie dans le sentiment de la dignité royale, du devoir chrétien et des responsabilités de la couronne en ces heures tragiques où au drame du roi répondait le drame du royaume. Et quand le mal empirera, quand le Lépreux ne pourra plus monter en selle, il se fera encore porter en litière sur le champ de bataille, et l'apparition de ce moribond sur cette civière fera reculer Saladin. Non moins clairvoyant au conseil, si les barons avaient toujours écouté sa précoce sagesse, bien des catastrophes eussent été évitées. Mais, en raison de son état, il fut trop souvent obligé, même parvenu à l'âge d'homme, de remettre le pouvoir entre leurs mains, ou plutôt d'assister à leurs querelles sans réussir à leur imposer son royal arbitrage. Les institutions monarchiques qui avaient jusque-là assuré l'unité et la continuité de l'Etat franc se trouvèrent ainsi brusquement remises en question. A la place de l'autorité royale et de son action salvatrice, on vit renaître l'anarchie féodale, l'insubordination des grands barons et des Ordres militaires, poursuivant chacun leur politique propre, suivant leurs intérêts particuliers. Ce fut la fin de l'Etat franc comme personne morale, précédant de peu d'années sa disparition comme entité territoriale.
Sources René Grousset, Histoire des Croisades, tome II, page 609-611
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73. — Rey, colonies franques, page 445. LE SAPHET.
Forteresse possédée par les Templiers. La ville moderne de Safed, bâtie sur trois collines groupées autour du château, se divise en cinq quartiers entremêlés de jardins.
La citadelle est de forme à peu près ovale. Elle mesure quatre cents mètres de long, sur quatre-vingt-quinze de large.
Ses murs, hauts encore de dix mètres environ, forment une double enceinte que sépare un fossé taillé dans le roc vif. Les pierres de revêtement sont de très grand appareil et taillées à bossages.
En 1863, on voyait sur le terre-plein central de cette forteresse les restes de deux édifices considérables ; le premier était un donjon carré et l'autre semble avoir été un grand logis.
Un premier château, élevé vers 1140, par les Croisés, fut détruit, en 1189, par Salah ed-din. Saphet ayant été rendu aux Templiers en 1240, ils relevèrent la forteresse dont nous voyons aujourd'hui les restes.
Les chroniques arabes parlent d'un puits très profond qui alimentait d'eau la garnison.
En dehors de la ville actuelle se voient encore les restes de deux ouvrages avancés du château. Ils étaient également construits en blocs énormes taillés à bossages. Mais, comme celles du château, ces ruines, chaque jour dépecées par les habitants, qui en ont fait de véritables carrières, auront bientôt disparu.
En 1870, MM. Mieulet et Derrien trouvèrent encore une tour barrelonguere connaissable, formant l'un des flanquements de l'ouvrage situé vers le sud, en avant de la citadelle, de l'autre côté du col, couvert de jardins, où passe la route de Safed à Tibériade.
Le Sultan Malek-ed-Daher-Bybars enleva Saphet aux Templiers en 1266 et massacra les défenseurs de la place, au mépris de la capitulation.
Nous savons, par Baluze, que 260 casaux relevaient du Saphet.
Sources : E. Rey. Les Colonies franques de Syrie au XIIe et XIIIe siècle. Picard, Paris 1883.
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