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Bernard de Tramelay
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Juin 1151-16 août 1153.

L'an 1149, Brenard de Tramelay ou Dramelay, Dramelai qu'on écrit aussi Dramelet, château de la baronnie d'Arinthod, au comté de Bourgogne, dans la partie qui est aujourd'hui du diocèse de Saint Claude, fils de Humbert, sire de Tramelay, nommé dans un acte de l'an 1131, passé avec Guérie de Coligni (Histoire de Coligny), fut substitué vers la fin de l'an 1149, au Grand-Maître des Barres. Son premier soin fut de rebâtir et fortifier la ville de Gaza, d'où les Templiers firent des courses sur les Sarrasins, et incommodèrent beaucoup, entre autres la ville d'Ascalon (Nangis).

L'an 1150, il marche à la tête de ses chevaliers, sous les ordres du roi Baudouin, pour s'opposer aux progrès de Noradin. S'étant présentés devant le château de Harenc, ils sont obligés de se retirer après quelques jours d'attaque.

L'an 1152, les chevaliers des deux ordres, Secondés par les habitants de Jérusalem, repoussent les Musulmans qui s'étaient avances jusqu'au mont des Olives.

L'an 1153, ils se rendent au siège d'Ascalon entrepris par Baudouin III, roi de Jérusalem. La place était serrée depuis 6 mois du côté de la terre, lorsque la ville fut ravitaillée par mer et reçut un secours d'Egyptiens, aussi nombreux que l'armée qui l'assiégeait.
Le roi ne se rebuta point. Profitant de l'avis des Templiers, il fit approcher de la place une grosse tour de bois ; mais pendant la nuit du 14 août les assiégés jetèrent dans l'espace qui la séparait des murs une grande quantité de matières combustibles qu'ils allumèrent. Heureusement le vent poussa les flammes contre les murs qu'elles calcinèrent et firent tomber.
Le grand maître averti de la brèche que cette chute avait faite, y vole avec 40 de ses chevaliers, entre dans la place, met en fuite par sa présence inattendue, la garnison et les habitants qui se hâtent de gagner la mer. Mais bientôt s'étant aperçus que cette poignée d'hommes n'était point suivie du gros de l'armée, ils reviennent sur eux les chargent et les massacrent tous.
Puis ayant réparé la brèche en diligence, ils leur coupent à chacun la tête pour l'envoyer au soudan, et suspendent leurs cadavres aux murs, à la vue des assiégeants. Guillaume de Tyr (L. XVII, N.21-27), impute ce funeste succès à l'avarice du grand maître qui, voulant que son Ordre, seul dit-il, recueillit les dépouilles de cette opulente ville, se tint sur la brèche pour empêcher le reste de l'armée d'entrer, tandis que sa troupe s'occupait a piller. Mais Guillaume de Tyr, outre qu'il était fort mal disposé envers les chevaliers de Palestine, comme toute son histoire le témoigne, ne parle ici que d'après des oui-dire: « fama est, dit-il ». Les oui-dire ont plus d'une fois trompé cet historien d'ailleurs très estimable ; et l'on sait, comme le remarque le P. Pagi, qu'il mérite beaucoup moins de confiance sur les événements qui l'ont précédé que sur ceux qui sont arrivés de son temps.
De Cange, sur celui qui nous occupe, fait une faute, en disant que le grand maître Bernard de Tramelay y survécut plusieurs années.
Anselme de Gemblours, auteur contemporain, qui ne racontait de la Palestine que ce qu'il en avait appris de témoins oculaires, comme il l'atteste lui-même, dit formellement que le Grand-Maître fut tué dans Ascalon avec tous les chevaliers qui l'avaient accompagné: « Primus proepositus et Dux illius exercitûs qui fraternoe societatis professione Templo militant... cum omni turba suorum obtruncatnr » (Chronologie, ad an 1153).

Ce revers au reste ne fit que retarder de quelques jours la prise d'Ascalon, qui fut emportée par un nouvel assaut te 19 du même mois d'août (Pagi).
Sources: L'Art de Vérifier les Dates des Faits Historiques. Tome Cinquième, Paris - 1818. Par David Bailie Warden, Saint-Allais (Nicolas Viton), Maur François Dantine, Charles Clémencet, Ursin Durand, François.

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Durant le magistère de Bernard de Tramelay
Le nouveau Grand-Maître, déjà connu par son expérience, et qui semblait né pour le commandement, se montra d'abord tel que les conjonctures et la nécessité le demandaient. Son coup d'essai fut d'arrêter les progrès de Noradin et du Sultan d'Icône, et de les mettre, pour un temps, hors d'état de nuire. Après avoir été durant la campagne de 1151, aux prises avec ces deux Généraux, sous les yeux et la conduite du Roi, il se retira à Naplouse avec le gros de l'armée, pour la remettre de ses fatigues. Baudoin, qui s'était rendu à Tripoli pour traiter des affaires du Royaume avec le Comte Raimond, eut le chagrin d'y voir ce Seigneur, avec deux ou trois autres, poignardé à la porte de la ville par les Bathéniens, fameux assassins dont nous aurons lieu de parler plus d'une fois.

Pendant l'absence du Roi et du Grand-Maître, on pensa perdre la Ville Sainte: deux frères surnommés les Jarroquins, Satrapes et descendants du Calife à qui on avait enlevé Jérusalem, croyant avoir trouvé le moment de rentrer dans leurs possessions, pressés d'ailleurs par les reproches de lâcheté dont ils étaient continuellement assaillis, ayant levé un corps de troupes assez considérable s'avancèrent à grandes journées vers les bords du Jourdain, et vinrent camper sur le mont-Olivet, dans le dessein de surprendre la ville, après qu'ils auraient pris quelques rafraîchissements. Dès qu'ils parurent, la frayeur s'empara des esprits, d'autant qu'on se voyait sans défense et sans garnison. Les Chevaliers cependant, qui étaient restés dans les maisons du Temple et de l'Hôpital, revenus de leur consternation, et se souvenant d'avoir déjà une fois sauvé la ville pendant l'absence du Roi, coururent aux armes, et suivis de la bourgeoisie, marchèrent à l'ennemi par des chemins détournés et durant la nuit, afin de l'attaquer au moment que la fatigue du voyage le tiendrait enseveli dans un profond sommeil. Ils donnèrent si à propos sur les Jarroquins à la faveur des ténèbres, que ceux ci, n'ayant pas eu le temps de se reconnaître, furent contraints de s'enfuir en désordre par des routes inconnues. On les poursuivit sans relâche à travers les rochers, où s'étant embarrassés avec leurs chevaux et leurs bagages, on acheva de les dissiper, en précipitant dans les fondrières ceux qui avaient échappé au premier choc. Près de cinq mille furent tués, précipités ou noyés en repassant le Jourdain. Un succès si peu attendu releva l'espérance des Chevaliers, et fit naître au Roi le dessein de se venger des Ascalonites, dont on avait depuis quelque temps, beaucoup à souffrir. Baudoin, qui d'abord n'avait en vue que de les mortifier, en ravageant leurs vergers et en pillant leurs maisons de plaisance, voyant que personne ne se mettait en devoir de lui résister, proposa à son conseil et aux Chevaliers d'entreprendre le siège d'Ascalon. Tous y consentirent avec joie, comme à une résolution inspirée du ciel, et s'engagèrent par serment à ne pas abandonner la place qu'elle ne se fût rendue. On n'épargna, pour cette entreprise, ni travaux ni dépenses, et l'on contraignit grand nombre de pèlerins à quitter le bourdon, pour prendre la lance et l'épée.

La figure d'Ascalon était un demi-cercle dont l'arc s'étendait vers l'orient, et dont le diamètre était baigné, à l'occident, par les eaux de la Méditerranée. Parce qu'aucun des Princes Chrétiens, depuis qu'ils étaient en possession de la Palestine, n'avait osé l'attaquer, elle se considérait comme seule capable de soutenir et de rendre inutiles toutes leurs forces réunies. Les Infidèles! dont elle était un des principaux boulevards, n'avaient rien omis de ce qui pouvait la faire respecter. Ses maisons étaient couvertes de voûtes au lieu de toits ; elle était puissamment fortifiée de terrasses, de fossés profonds, d'avant-murs et de tours, dont le nombre était de cent cinquante.

Gérard de Sidon fut chargé par Baudoin de garder la mer, à la tête d'une flotte de quinze voiles ; pour le côté oriental, on le distribua en différents portes, d'où chacun à l'envi devait battre la ville. L'artillerie, qu'on y employa, consistait en béliers, tarières, balistes, et catapultes: la portée de ces deux dernières machines était presque égale à celle de nos bouches à feu. Les catapultes étaient capables de lancer des roches entières et les balistes chassaient des traits armés de fer de quatre pouces de diamètre au moins et de six à sept pieds de longueur. Depuis le commencement jusqu'à la fin du siége, la garnison surpassa du double le nombre des assiégeants et pendant les deux premiers mois c'est-à-dire jusqu'au commencement d'avril, il ne se passa presque aucun jour sans sortie de la part des assiégés, ou sans attaque du côté des Croisés. Mais le temps du premier passage arrivé, les choses changèrent de face: à la vue des réjouissances que les nouveaux venus avaient occasionnées dans le camp, l'ennemi commença à se défier de ses forces, à se ralentir, et à solliciter du secours auprès des Egyptiens. Tandis que ceux-ci se disposaient à équiper une flotte, les assiégeants, encouragés à de nouveaux efforts, achetèrent à grand prix plusieurs vaisseaux, dans le dessein d'en employer la charpente, tant à augmenter le nombre de leurs tortues et machines de jet, qu'à construire une de ces tours mobiles, que l'on faisait anciennement avancer contre les villes ennemies à force de muscles, de cordes et de vindas. Celle dont il s'agit surpassait en hauteur les murs d'Ascalon. Pour la garantir des feux et des coups lancés de la ville, on la revêtit à l extérieur, de mantelets faits d'osier ou de gros câbles, qu'on avait eu soin de couvrir de peaux crues, et qu'on n'avait garde d'appliquer immédiatement contre la tour, mais qu'on laissait librement suspendus ; en manière de rideaux, a certaine distance. Les mantelets, autrement disposés, n'auraient jamais pu résister aux traits lancés par les machines, au lieu qu'étant suspendus à deux pieds de la charpente, ils rompaient et amortissaient la force des coups les plus terribles.

Tandis que les uns aplanissaient la route par où l'on devait pousser cette lourde machine ambulante, d'autres travaillaient à des tortues de comblement. C étaient des assemblages de grosses poutres, en forme de quarré long, dont toutes les pièces surtout les poteaux et les sablières étaient à l'épreuve des plus grands efforts, leur principale force était au comble et dans les poutres qui les soutenaient pour n'être pas écrasés par les corps jetés d'en haut. Le Soldat, à couvert dans ces maisons de bois comme la tortue sous son écaille, s'avançait en assurance jusqu'à la contrescarpe, et travaillait à combler le fossé.

On n'eut pas plutôt mis la dernière main à tout cet appareil d'artillerie, qu'on fit avancer la tour au milieu des acclamations du Soldat. Elle appuyait sur une plate forme de madriers, de peur que les rouleaux qui la rendaient mobile n'enfonçassent dans les terres à mesure qu'on approchait. Une nuée de pierres, lancée des catapultes dont le rempart était bordé, ne cessa de pleuvoir sur la machine jusqu'à ce qu'on fût arrivé sur le comblement du fossé. Alors un nombre d'excellents archers découvrant, du haut de la tour, le rempart et les terrasses n'eurent pas de peine d'en écarter, à force de traits, ceux qui osèrent se montrer. Par là on se vit en état d'attaquer, de près comme de loin, de plonger sur les tours des assiégés, et de seconder ceux qui faisaient agir le bélier. Cependant les balistes lançaient contre les murs des poutres armées de fer, et les catapultes des blocs énormes dans l'intérieur de la ville, pour en écraser les bâtiments.

Malgré cette ardeur du Soldat chrétien, on ne se trouvait guère plus avancé après cinq mois de siège, que le premier jour: les murs paraissaient à l'épreuve du bélier, et la résistance des Ascalonites insurmontable. D'ailleurs les Egyptiens, devenus maîtres de la mer par la fuite de Gérard de Sidon, venaient d'introduire dans la place une grande provision d'armes et de vivres à la vue des assiégeants, qui n'en furent pas peu déconcertés. Toutefois leurs batteries ne discontinuaient pas d'un moment, celles surtout qui se trouvaient placées derrière la tour de bois. L'ennemi, plus molesté de ce côté-là seul que d'aucun autre, crut n'avoir point de meilleur parti à prendre, que de mettre le feu au château mobile, se doutant que tôt ou tard il ne pourrait manquer de lui être fatal.

Ayant donc choisi pour cela une nuit fort obscure, sans craindre de s'exposer à toute la fureur du Soldat chrétien, il remplit de bois sec et de matières combustibles tout l'espace qui restait entre le mur et la tour, parvint à y mettre le feu, et à répandre par dessus quantité de poix et de résine ; mais avant que l'incendie fût assez fort pour prendre à la tour, il s'éleva un grand vent, qui, pendant la nuit, portait les flammes et toute l'activité du feu contre le mur. Il en fut, dit-on calciné, et tomba le matin avec un horrible fracas au pied de la tour. Il fallait qu'il eût été endommagé auparavant par la sape ou le bélier, car sans cela, il n'est pas concevable comment une maçonnerie, en talus et aussi forte, se ferait si tôt éboulée. Les Templiers, portés près de là, étant accourus au bruit, virent avec étonnement le château sur pied, et une ouverture considérable à la muraille ; et sans s'embarrasser s'ils feraient secourus à temps ou non, ils franchissent tout obstacle, montent à la brèche au nombre de cinquante, le Grand-Maître à la tête, et portent l'alarme jusque dans la ville. L'ennemi cependant, non moins actif parvient à s'emparer aussitôt de l'ouverture, travaille à la réparer, la traverse de longues poutres, d'antennes de vaisseaux et d'autres pièces destinées à cet usage, empêchant, par ce moyen, les uns d'entrer et les autres de sortir. Les Chevaliers enfermés et saisis, furent bientôt sacrifiés au ressentiment des Ascalonices.

On sait, sur le rapport d'un témoin oculaire qui avait tenu la campagne depuis le commencement jusqu'à la fin du siège, que pas un seul n'échappa, et qu'ils eurent tous la tête tranchée, sans en excepter le Grand-Maître, dont le corps fut exposé en spedacle avec tous les autres aux yeux des assiégeants, qui ne recueillirent de cette belle occasion que le regret d'avoir manqué leur coup.

On ne peut exprimer, dit l'Historien de Malte, l'indignation du Roi et la colère du Soldat, lorsqu'on apprit que l'avarice seule des Templiers avait fait manquer une conquête si difficile et si glorieuse.
Guillaume de Tyr ne dit pas cela, quelque prévenu qu'il soit contre ces Chevaliers ; voici comment il s'énonce:
Maîtres de la brèche ils en éloignèrent, à ce qu'on dit, le Soldat, afin, qu'entrés les premiers dans la ville, ils eussent meilleure part au pillage.
On n'était donc fondé, pour attribuer cette mauvaise fin aux Templiers, que sur un bruit vague et incertain, tel qu'il s'en répand d'ordinaire, en pareils cas, où l'on a coutume de rejetter malicieusement le mauvais succès d'une entreprise fur l'avarice ou la présomption des Officiers généraux. Mais comment Guillaume de Tyr pouvait-il ajouter foi à cette accusation, lui qui avoue qu'il n était entré dans la place qu'environ cinquante Chevaliers ? Pouvait-il suppofer dans Tramelai assez peu de bon sens, pour croire qu'avec cinquante hommes il seroit en état de prendre et de piller une ville défendue par une si forte garnison ? D'ailleurs était-il de convention entre les chefs de l'armée que les premiers montés à l'assaut et entrés dans une ville auraient la meilleure part au butin S'il est vrai que Tramelai, maître de la brèche, empêcha les Soldats d'aborder, il est bien plus naturel de croire que les voyant accourir sans ordre et sans Commandants, il lui vint en pensée que cette multitude confuse, avide de pillage, allait s'exposer à un massacre évident, comme on peut l'inférer de Guillaume de Tyr même: les Soldats selon cet Historien, ayant entendu le fracas causé par la chute du mur, coururent aux armes: « arma corripiunt, ad loca illa convolant, quasi patesacto divinitus adieu. » Ils accouraient donc en confusion: or est-ce ainsi qu'un Commandant doit permettre qu'on entre dans une ville qui se défend dans les règles ?
De ce que Tramelai ne fit entrer que cinquante hommes dans la place, ne devait-on pas plutôt présumer que ce fut pour occuper quelque poste important, ou pour s'établir sur la brèche, en attendant qu'on eût averti le Roi, ou de venir en personne, ou d'envoyer qui bon lui semblerait ; mais que la garnison, trop forte et trop tôt revenue de sa première frayeur, ne donna pas le temps d'exécuter le dessein du Grand-Maître ?
Le mauvais succès de cette journée, la mort de Tramelai, le Soldat découragé par la longueur du siège, tant de dépenses prodiguées inutilement, firent enfin prendre au Roi la résolution d'abandonner Ascalon. Ayant assemblé son Conseil pour en délibérer, les Seigneurs laïques se trouvèrent de même avis ; mais les Chevaliers avec les Ecclésiastiques, le Patriarche à leur tête, représentèrent au Roi qu'on ne pouvait se dispenser de tenter un nouvel effort, que son honneur y était intéressé comme celui de la Religion, que la ville pouvait être imprenable sans que l'ennemi fut invincible, qu'il n'y avait qu'à le défier au combat, et l'attirer en plaine, que bientôt on verrait les affaires changer de face.

Ce dernier avis l'emporta le Roi s'y rendit et fit annoncer par tout le camp qu'on eût à se tenir prêt à marcher à l'ennemi dans trois jours ; le Soldat reçut cet ordre avec joie se disposa à tout événement par la prière, le jeûne et la confession. Le moment arrivé, l'armée Chrétienne sortie de ses lignes, se range en bataille, s'avance au son des instruments, jusque sous les murs d'Ascalon, et défie à grands cris les Ascalonites au combat. Ceux-ci comprenant le signal y répondent de leur côté ; et tandis que les Chrétiens se répandent dans la plaine, l'ennemi vient à eux avec d'autant plus d'assurance qu'il se voit supérieur en nombre: dans peu l'espace qui les sépare disparaît, les bataillons se joignent, les escadrons se mêlent, les deux armées se confondent, et on se bat avec toute l'ardeur imaginable. La victoire paraissant ensuite se déclarer tantôt pour les uns, tantôt pour les autres, cette alternative porta les combattants à des efforts qui firent de cette action non plus une bataille, mais une cruelle boucherie. Le Sarrasin, étonné de trouver dans les Francs une résistance à laquelle il ne s'attendait pas, et désespérant de tenir contre de si furieux assaillants, pensait à la retraite, et commençait à plier, lorsque Baudoin, reprenant de nouvelles forces, et s'abandonnant, avec les Chevaliers au gré de sa bonne fortune, revint à la charge, répandit par tout le désordre, et repoussa jusque dans la ville ceux qui avaient échappé à la valeur du Soldat Chrétien. Tout l'avantage de cette action fut d'encourager le vainqueur à rentrer dans ses lignes, et d'obliger les vaincus à demander une suspension d'armes, pour avoir le temps d'enterrer leurs morts. Le nombre et la qualité de ceux qu'ils trouvèrent étendus sur le champ de bataille, ne leur fit que trop comprendre la faute qu'ils avaient faite de s'exposer aux suites d'une action générale, eux qui étaient invincibles, s'ils se fussent contentés de se défendre dans l'enceinte de leurs murs.

Selon toute apparence, les assiégés ne pouvaient tenir longtemps après un tel échec ; cependant ils ne se rendirent qu'à la dernière extrémité: il fallut pour les réduire, que l'assiégeant redoublât ses efforts, qu'il fît jouer ses batteries jour et nuit, et qu'il continuât à lancer sur la ville une grêle de ces roches énormes, dont une feule écrasa quarante hommes du même coup. Les Bourgeois enfin désespérés à la vue de cette confiance opiniâtre du Chrétien, députèrent les principaux d'entre eux vers le Roi, pour implorer sa clémence en lui livrant la ville.

Baudoin leur accorda tout ce qu'ils demandèrent, c'est-à-dire, trois jours pour évacuer la place, la permission de charger leurs meubles et une sauvegarde pour les conduire jusqu'en lieu de sureté. Ainsi, après plus de six mois de siège, les Croisés entrèrent dans la ville en triomphe, ou pour mieux dire, en procession au chant des Hymnes et des Cantiques: le Patriarche, à la tête des Ecclésiastiques, ouvrait la marche, portant cette portion de la vraie croix que l'Impératrice Hélène avait donnée à l'Eglise de Jérusalem ; marchaient ensuite les Chevaliers des deux Ordres, les Templiers à droite et les Hospitaliers à gauche, suivis d'un grand nombre de Seigneurs, jusqu'à ce qu'on fut arrivé à un Oratoire magnifique qu'on avait préparé pour y déposer la croix, et pour y rendre grâces au Dieu des armées. Cette entrée mémorable se fit un mercredi d'Août de l'année 1153 et non pas 54 ainsi que l'a cru M. De guignes d'après Guillaume de Tyr.

Quelques jours après la prise d'Ascalon, les Croisés et Chevaliers d'Espagne enlevèrent aux Maures la ville de Miravel, qui avait résisté aux efforts des Chrétiens pendant plusieurs siècles. Cette forteresse de l'Estramadure est bâtie sur le penchant d'une colline, et défendue par un château bien fortifié: on la donna à Pierre de la Rovere, Grand Précepteur du Temple en Espagne, qui en prit possession au nom de tout l'Ordre. L'Historien d'Aragon raconte que vers ce même temps Dom Pedro Dartal, premier Baron de ce royaume donna aux Chevaliers des deux Ordres la cité de Boria avec ses dépendances, qu'ils échangèrent depuis avec Raimond Bérenger, Prince d'Aragon, contre Dumbel, le Château d'Alberci et celui de Cabanos.

La joie qu'avaient occasionnée ces heureux succès, fut interrompue par la nouvelle de la mort de Saint Bernard: les Orientaux, qui avaient eu souvent recours à lui pour obtenir des subsides, mais surtout les Templiers, perdirent en sa personne un de leurs plus puissants protecteurs. Quelque temps avant sa mort le Saint Abbé écrivit trois lettre en Orient ; l'une au Patriarche d'Antioche, l'autre à la Reine Mélisende, et la dernière à son Oncle, le Frère André de Montbard.
Dans la première il exhorte le Prélat à l'humilité et à la ferveur, et finit par ces mots: « Si j'ai, comme on se l'imagine, quelque ascendant sur votre esprit, j'ose vous prier de donner, en ma considération, quelques marques d'attachement et de protection aux Chevalier du Temple ; vous n'en serez par-là que plus agréable à Dieu et aux hommes. »
Dans la seconde il loue Mélisande de ce que, parmi les gens de bien qu'elle affectionne, les Templiers tiennent un rang distingué, et de ce qu'elle les considère comme ses Conseillers et Confidents.
Dans la troisième il déplore les mauvais succès de la dernière Croisade, prédit sa mort prochaine, et charge son Oncle de saluer le Grand-Maître, tous ceux du Temple et de l'Hôpital, se recommandant à leurs prières pour la dernière fois.
Le Grand-Maître dont il est ici fait mention, ne peut être que Bernard de Tramelai, dont on n'avait pas encore appris la mort en Occident, et qui cependant était déjà remplacé, non par Arnaud de Montescot, ainsi qu'on le suppose dans l'Histoire de Languedoc, mais par le Frère Bertrand de Blancafort ou Blanquefort.
Sources: Par feu Claude Mansuet Jeune. Chanoine Régulier de l'Ordre de Prémontré, Docteur en Théologie, Prieur de l'Abbaye d'Etival. Edité chez Guillot, Librairie de Monsieur, Frère du Roi, rue Saint-Jacques. Paris. M DCC. LXXXIX.

André de Montbard


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