Sancti Adamnaani Abbatis Hiiensis
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je commence à écrire un livre sur les Lieux-Saints. Saint Arculfe, évêque, français de nation, habile dans la connaissance des lieux les plus reculés, indicateur véridique et instruit, ayant séjourné neuf mois dans la ville de Jérusalem, visité chaque jour les lieux célèbres de cette ville, m'a dicté un récit fidèle et qui ne laisse aucun doute. Je l'interrogeais avec soin et écrivais de suite sur mes tablettes ce que je vais maintenant rédiger brièvement sur des feuilles de parchemin.
topAu nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je commence à écrire un livre sur les Lieux-Saints. Saint Arculfe, évêque, français de nation, habile dans la connaissance des lieux les plus reculés, indicateur véridique et instruit, ayant séjourné neuf mois dans la ville de Jérusalem, visité chaque jour les lieux célèbres de cette ville, m'a dicté un récit fidèle et qui ne laisse aucun doute. Je l'interrogeais avec soin et écrivais de suite sur mes tablettes ce que je vais maintenant rédiger brièvement sur des feuilles de parchemin.
Odon de Deuil, au vénérable Suger, son Abbé.
Au vénérable Suger, abbé de l'église de Saint-Denis, le moindre de ses moines, Odon de Deuil, salut !
Je voudrais, mais ne sais comment m'y prendre, trouver moyen de vous écrire d'une manière convenable, sur notre voyage vers le saint sépulcre, quelque chose que vous pussiez ensuite revêtir de votre style, pour le transmettre à jamais à la mémoire des hommes. Encore en proie à toutes les difficultés du voyage, je suis doublement empêché et par mon incapacité et par la fatigue. Quelquefois cependant il nous faut tenter même ce que nous ne pouvons faire, afin d'exciter par nos efforts les hommes plus hardis à accomplir ce que nous voudrions et ne pouvons nous-mêmes. Moi donc, qui, dans notre pèlerinage vers le saint sépulcre, suis comblé sans mesure des bienfaits du très glorieux roi Louis, moi qui ai vécu dans sa plus intime familiarité, certes, j'éprouve un vif désir d'en rendre grâces ; mais les forces me manquent pour le faire. Que ce soit donc l'œuvre du bienheureux Denis, pour l'amour duquel le roi a fait tout cela, et votre œuvre, puisqu'il m'a pris en votre place, moi votre moine. Toutefois vous lui devez beaucoup aussi pour vous-même, vous qu'il a spécialement chéri dans son royaume, et à qui il a confié ce même royaume, lorsqu'il l'a quitté, conduit par le zèle de la propagation de la foi. En cela cependant, il a aussi veillé à ses propres intérêts, puisqu'il a remis le soin de ses affaires à une fidélité éprouvée, à une sagesse toute particulière. Vous avez écrit l'histoire des actions de son père ; ce serait un crime de priver la postérité de celle du fils, dont toute la vie est un modèle de vertu : car, depuis qu'il a commencé à régner, presque enfant, la gloire du siècle, loin d'être pour lui une occasion de se livrer à la volupté, n'a fait qu'accroître et mettre en lumière ses vertus. Si donc quelqu'un ne commençait à écrire son histoire qu'après son voyage à Jérusalem, il retrancherait la partie la plus importante de ce modèle que Dieu a voulu proposer aux rois des temps à venir. Car nous admirons bien plus dans le jeune Nicolas le quatrième et le sixième jour de sa naissance, et ses autres dispositions naturelles, que l'admirable sainteté de sa vie épiscopale.
topAu vénérable Suger, abbé de l'église de Saint-Denis, le moindre de ses moines, Odon de Deuil, salut !
Je voudrais, mais ne sais comment m'y prendre, trouver moyen de vous écrire d'une manière convenable, sur notre voyage vers le saint sépulcre, quelque chose que vous pussiez ensuite revêtir de votre style, pour le transmettre à jamais à la mémoire des hommes. Encore en proie à toutes les difficultés du voyage, je suis doublement empêché et par mon incapacité et par la fatigue. Quelquefois cependant il nous faut tenter même ce que nous ne pouvons faire, afin d'exciter par nos efforts les hommes plus hardis à accomplir ce que nous voudrions et ne pouvons nous-mêmes. Moi donc, qui, dans notre pèlerinage vers le saint sépulcre, suis comblé sans mesure des bienfaits du très glorieux roi Louis, moi qui ai vécu dans sa plus intime familiarité, certes, j'éprouve un vif désir d'en rendre grâces ; mais les forces me manquent pour le faire. Que ce soit donc l'œuvre du bienheureux Denis, pour l'amour duquel le roi a fait tout cela, et votre œuvre, puisqu'il m'a pris en votre place, moi votre moine. Toutefois vous lui devez beaucoup aussi pour vous-même, vous qu'il a spécialement chéri dans son royaume, et à qui il a confié ce même royaume, lorsqu'il l'a quitté, conduit par le zèle de la propagation de la foi. En cela cependant, il a aussi veillé à ses propres intérêts, puisqu'il a remis le soin de ses affaires à une fidélité éprouvée, à une sagesse toute particulière. Vous avez écrit l'histoire des actions de son père ; ce serait un crime de priver la postérité de celle du fils, dont toute la vie est un modèle de vertu : car, depuis qu'il a commencé à régner, presque enfant, la gloire du siècle, loin d'être pour lui une occasion de se livrer à la volupté, n'a fait qu'accroître et mettre en lumière ses vertus. Si donc quelqu'un ne commençait à écrire son histoire qu'après son voyage à Jérusalem, il retrancherait la partie la plus importante de ce modèle que Dieu a voulu proposer aux rois des temps à venir. Car nous admirons bien plus dans le jeune Nicolas le quatrième et le sixième jour de sa naissance, et ses autres dispositions naturelles, que l'admirable sainteté de sa vie épiscopale.
Histoire des faits et gestes dans les régions d'Outres-Mer, depuis le temps des successeurs de Mahomet jusqu'a l'an 1184 - par Guillaume de Tyr
L'Europe toute entière a pris part aux Croisades; mais c'est à l'histoire de France bien plus qu'à toute autre que se rattache celle de ces grandes expéditions. Un pèlerin français, Pierre l'ermite, a prêché la première Croisade; c'est en France, au concile de Clermont, qu'elle a été résolue; un prince dont le nom est demeuré français, Godefroi de Bouillon, l'a commandée; le royaume de Jérusalem a parlé la langue de nos pères; les Orientaux ont donné à tous les européens le nom de Francs; pendant deux siècles, la conquête ou la défense de la Terre-Sainte se lie étroitement à tous les sentiments, à toutes les idées, à toutes les vicissitudes de notre patrie; un roi de France, Saint-Louis, est le dernier qui ait rempli l'Orient de sa gloire. Enfin, parmi les historiens des Croisades, la plupart et les plus illustres, Jacques de Vitry, Albert d'Aix, Foulcher de Chartres, Guibert de Nogent, Raoul de Caen, Ville-Hardouin, Joinville et tant d'autres sont des Français.
topL'Europe toute entière a pris part aux Croisades; mais c'est à l'histoire de France bien plus qu'à toute autre que se rattache celle de ces grandes expéditions. Un pèlerin français, Pierre l'ermite, a prêché la première Croisade; c'est en France, au concile de Clermont, qu'elle a été résolue; un prince dont le nom est demeuré français, Godefroi de Bouillon, l'a commandée; le royaume de Jérusalem a parlé la langue de nos pères; les Orientaux ont donné à tous les européens le nom de Francs; pendant deux siècles, la conquête ou la défense de la Terre-Sainte se lie étroitement à tous les sentiments, à toutes les idées, à toutes les vicissitudes de notre patrie; un roi de France, Saint-Louis, est le dernier qui ait rempli l'Orient de sa gloire. Enfin, parmi les historiens des Croisades, la plupart et les plus illustres, Jacques de Vitry, Albert d'Aix, Foulcher de Chartres, Guibert de Nogent, Raoul de Caen, Ville-Hardouin, Joinville et tant d'autres sont des Français.
Histoire des Croisades - Livre Premier
Quelques hommes ont, non pas toujours, mais assez souvent, la mauvaise habitude de dénigrer les actions des modernes, et d'exalter les siècles passés. Sans doute on peut justement vanter chez les anciens un bonheur fondé sur la modération, et une activité dirigée par les conseils de la sagesse ; mais nul homme sensé ne saurait penser que l'on puisse, en aucune façon, mettre ces prospérités, toutes mondaines, au dessus d'aucune des vertus de notre temps. Si d'un côté des vertus sans tache ont brillé avec éclat parmi les anciens, d'un autre côté cependant les dons de la nature ne se sont point desséchés parmi nous, quoique nous soyons venus à la fin des siècles. On célèbre avec justice, à raison de la jeunesse de la race humaine, les choses qui se sont faites dans les temps antiques ; mais celles qui sont faites par des hommes grossiers, et qui ont amené de si brillants résultats, lorsque le monde va tombant en décrépitude, sont bien plus dignes d'être exaltées.
topQuelques hommes ont, non pas toujours, mais assez souvent, la mauvaise habitude de dénigrer les actions des modernes, et d'exalter les siècles passés. Sans doute on peut justement vanter chez les anciens un bonheur fondé sur la modération, et une activité dirigée par les conseils de la sagesse ; mais nul homme sensé ne saurait penser que l'on puisse, en aucune façon, mettre ces prospérités, toutes mondaines, au dessus d'aucune des vertus de notre temps. Si d'un côté des vertus sans tache ont brillé avec éclat parmi les anciens, d'un autre côté cependant les dons de la nature ne se sont point desséchés parmi nous, quoique nous soyons venus à la fin des siècles. On célèbre avec justice, à raison de la jeunesse de la race humaine, les choses qui se sont faites dans les temps antiques ; mais celles qui sont faites par des hommes grossiers, et qui ont amené de si brillants résultats, lorsque le monde va tombant en décrépitude, sont bien plus dignes d'être exaltées.
Histoire des faits et gestes dans les régions d'Outre-Mer, depuis l'année 1095 jusqu'à l'année 1120 de Jésus-Christ.
Notice sur Albert d'Aix.
Nul historien ne nous a conservé, sur la première croisade, autant de détails qu'Albert ou Albéric, chanoine et gardien, selon l'opinion commune, de l'église cathédrale d'Aix en Provence, ou, selon d'autres, d'Aix-la-Chapelle, ce qui me paraît plus probable. Aucun renseignement ne nous reste sur son propre compte ; on ignore même l'époque de sa naissance et de sa mort ; il est certain seulement qu'il vivait encore en 1120, puisque c'est à cette année que s'arrête son ouvrage. Il n'avait point fait partie de l'expédition, et ne visita jamais la Terre Sainte ; mais plein d'enthousiasme, comme l'Europe entière, pour l'entreprise et les exploits des Croisés, il en recueillit avec soin toutes les relations, s'entretint avec une foule de pèlerins revenus de Jérusalem, et a reproduit leurs aventures et leurs senti mens, sinon en bon langage, du moins avec une complaisance minutieuse, et la vivacité d'une imagination fortement émue. Guillaume de Tyr assistait à la ruine du royaume de Jérusalem ; ce spectacle, les hautes fonctions qu'il avait remplies l'éclairaient sur les causes des malheurs des Francs ; il voyait et jugeait leur histoire dans son ensemble, et c'est avec les lumières de l'expérience qu'il a raconte leurs premiers triomphes. Albert au contraire peint les événements de la première croisade en homme qui ne sait et ne prévoit aucun revers, livré tout entier aux impressions de l'admiration, de la confiance et de la joie. Sa narration en est plus naïve et quelquefois plus animée ; on y retrouve les idées et les émotions des Croisés eux-mêmes dans tout l'élan de leur ferveur. Aucune intention générale, aucune trace de recherches savantes ou de composition littéraire ne s'y laisse entrevoir ; il partage les préventions, les haines, l'ignorance des Croisés, et ne veut que célébrer leur gloire, qui est la gloire de son siècle et de sa foi.
topNotice sur Albert d'Aix.
Nul historien ne nous a conservé, sur la première croisade, autant de détails qu'Albert ou Albéric, chanoine et gardien, selon l'opinion commune, de l'église cathédrale d'Aix en Provence, ou, selon d'autres, d'Aix-la-Chapelle, ce qui me paraît plus probable. Aucun renseignement ne nous reste sur son propre compte ; on ignore même l'époque de sa naissance et de sa mort ; il est certain seulement qu'il vivait encore en 1120, puisque c'est à cette année que s'arrête son ouvrage. Il n'avait point fait partie de l'expédition, et ne visita jamais la Terre Sainte ; mais plein d'enthousiasme, comme l'Europe entière, pour l'entreprise et les exploits des Croisés, il en recueillit avec soin toutes les relations, s'entretint avec une foule de pèlerins revenus de Jérusalem, et a reproduit leurs aventures et leurs senti mens, sinon en bon langage, du moins avec une complaisance minutieuse, et la vivacité d'une imagination fortement émue. Guillaume de Tyr assistait à la ruine du royaume de Jérusalem ; ce spectacle, les hautes fonctions qu'il avait remplies l'éclairaient sur les causes des malheurs des Francs ; il voyait et jugeait leur histoire dans son ensemble, et c'est avec les lumières de l'expérience qu'il a raconte leurs premiers triomphes. Albert au contraire peint les événements de la première croisade en homme qui ne sait et ne prévoit aucun revers, livré tout entier aux impressions de l'admiration, de la confiance et de la joie. Sa narration en est plus naïve et quelquefois plus animée ; on y retrouve les idées et les émotions des Croisés eux-mêmes dans tout l'élan de leur ferveur. Aucune intention générale, aucune trace de recherches savantes ou de composition littéraire ne s'y laisse entrevoir ; il partage les préventions, les haines, l'ignorance des Croisés, et ne veut que célébrer leur gloire, qui est la gloire de son siècle et de sa foi.
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Tous les sites qui figurent sur ces pages m'ont été demandés par leur créateurs, si les adresses ne sont plus valides, elles seront supprimées sans aucune recherche de ma part. Si vous voulez rester sur ces pages, vous êtes priés de me prévenir d'un éventuel changement.
Jack Bocar


