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Etudes sur les Ordres des Hospitaliers, Malte et Rhodes
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Un Commandeur des Chevaliers de Malte en Limousin

Département: Corrèze, Arrondissement et Canton: Brive-la-Gaillarde, commune: Varetz - 19

Domus Hospitalis Mons
Domus Hospitalis Mons

I — ANNE DE NABERAT

On a vu, dans une précédente étude (1), le frère Anne de Nabérat, de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou de Malte, prendre possession, en mai 1616, de la Commanderie de Mons, paroisse de Varetz, et nous avons constaté, à la suite des enquêteurs officiels l'état de délabrement, et de dévastation où les guerres de religion avaient laissé ce domaine.
1. La Commanderie du Temple de Mons (Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, tome LIII ; 2e livraison)

Nous allons nous demander maintenant ce qu'était ce nouveau Commandeur du Temple d'Ayen, dont la maison de Mons était une dépendance ou « un membre », comme l'on disait alors.

Il appartenait à l'Ordre de Malte comme prêtre conventuel ; il n'avait donc pas été astreint aux rigoureuses preuves de noblesse exigées des chevaliers, On peut remarquer d'ailleurs qu'un bail du 23 avril 1627, conservé au presbytère de Varetz, et qui nous a été obligeamment communiqué par M. l'abbé Bouillac, le qualifie de « Monsieur frère Anne de Nabérat », tandis que son mandataire, qui lui succédera comme Commandeur du Temple d'Ayen, est appelé « Noble frère François de Pradal » Nous savons également, par une lettre qu'il lui adresse en 1617, que son frère était « intendant des Maisons de Messieurs de Bassompierre et du comte de Fiesco » (2).
2. Archives du département du Rhône, H. 240.

C'est tout ce que nous avons pu découvrir sur sa famille. Si nous observons cependant qu'une petite localité du Sud-Est de la Dordogne, à peu près à mi-chemin entre Domme et Gourdon, porte le nom de Nabirat, nous serions tentés d'en placer là l'origine. Cette hypothèse expliquerait que, titulaire d'une Commanderie de la Langue d'Auvergne, les grandes divisions territoriales de l'Ordre de Malte portaient le nom de « Langues », il ait été, de 1613 à 1621, visiteur général du Grand Prieuré de Saint-Gilles, qui rassortissait à la langue de Provence, et qu'il fût Prieur de Saint-Jean d'Aix, en Provence ; ce bénéfice, qui était considérable, était en effet administré par un prieur « pro tempore », nommé par le Commandeur d'Aix, dont il dépendait (3).
3. Archives des Bouches-du-Rhône, Fonds de Malte, Préface à l'Inventaire, pages 18 et 51.
Remarquons, enfin, que le procès-verbal de 1616 précise qu'il est « docteur ès-droicts » et qu'il possède le titre honorifique d'« aumosnier ordinaire du Roy »

II — LE PIED DE SAINTE EUPHÉMIE

Anne de Nabérat joua, dans l'Ordre de Malte, un rôle important. C'est une figure intéressante et bien représentative de son époque et de son Ordre. Nous savons, par la relation qu'il nous en a laissée, qu'il fut désigné par le Grand-Maître pour une mission que nous jugerions peut-être un peu singulière, mais qui, dans les idées du temps, était essentiellement honorifique.

« De son temps, écrit-il, parlant de lui-même, fut envoyé au Corps de la Sacrée Sorbonne de Paris la sainte relique du pied gauche de Sainte Euphémie, vierge et martyre, patronne de ladite Sorbonne et Université de Paris ; le corps de laquelle était conservé en entier en l'église conventuelle de Saint-Jean-Baptiste de Malte. La translation du pied gauche fut faite par permission du Saint Père ; Paul V, par son bref donné à Rome, le 2 mars 1606, et par bulle expresse du Sérénissime Grand-Maître de Wignacourt et de Son Conseil, du 15 octobre de la même année. Pour le transport de laquelle relique fut délégué frère Anne de Nabérat, commandeur pour lors de Villejésus, confesseur et premier aumônier de Son Altesse Sérénissime Grand-Maître de, Wignacourt, et sur quatre galères de ladite religion jusqu'à Marseille, et fut après portée par ledit Nabérat processionnellement, avec grandes solennités, de l'église du Temple de Paris jusqu'à l'église de la Sorbonne, consignée à tout le corps d'icelle, ès-mains du Sieur Docteur Pierre Vime, grand vicaire, du Seigneur Illustrissime Henry de Goridy, évêque de Paris... en présence de tous les commandeurs et chevaliers qui se trouvèrent pour lors, à Paris, ainsi qu'il appert plus amplement par les procès-verbaux et consignation de ladite sainte relique, faits tant à Malte, le 22 octobre, audit an, que de la réception d'icelle à ladite Sorbonne, du jeudy 28 décembre, jour, des Saints Innocents, l'an 1606 » (4).
4. Sommaire des Privilèges de l'Ordre Saint-Jean de Jérusalem, Paris 1629, page 121.

III — LE TERRIER DU TEMPLE D'AYEN

La lettre que le Commandeur de Nabérat adressait, en janvier 1619, au fermier général de la Commanderie du Temple d'Ayen, et que nous avons reproduite dans notre précédent travail, montre combien la pérte des anciens titres était désastreuse pour les maisons de l'Ordre, privées ainsi des ressources qui les avaient fait subsister jusqu'alors. Il revient sur ce sujet dans un de ses ouvrages : « Chaque Commandeur arrivant à sa dite Commanderie, écrit-il, le plus souvent, ne trouvait que les murailles, sans titres, papiers, ni privilèges quelconques pour se défendre de l'avidité de leurs mauvais voisins. Moi-même, me suis trouvé en ces misères l'espace de quinze ou seize années, en l'administration des Commanderies de Villejésus (5), du Temple d'Ayen et de Saint-Jean d'Aix, qui m'ont été données pour régir et améliorer, et aurais été contraint de faire une exacte recherche dans la plupart des greffes des Parlements, Cours des Aydes, Chambres des Comptes et autres tribunaux de la France » (6).
5. Villejésus, canton d'Aigre (Charente) ; Nabérat avait eu cette commanderie avant celle d'Ayen.
6. Sommaire des Privilèges : Avis au lecteur.


La situation s'aggravait pour le Temple d'Ayen du fait que la maison de Mons, qui était la demeure des Commandeurs, avait été récemment incendiée, ainsi que nous le voyons par une requête adressée, en 1616, au Sénéchal de Brive. « Aux premières guerres passées, y est-il dit, la commanderie du Temple de Mons fut prinse par les gens de guerre, lesquelz y tindrent garnison longtemps, sous la conduitte de leur capitaine nommé Tralaigne, qui causa la ruine totale de ladite commanderie et de tout le pays du bas Lymousin, qu'on nommait la garnison des templiers, de telle sorte que, pour les en chasser, il fallut que les enfens de Brive, commandez par un de leurs concittoyens nommé le capitaine Vaillan, les allassent assiéger par commandement du sieur de Pompadour, gouverneur du païs, et pour les faire sortir furent contraincts de mettre le feu dans ladite commanderie, et ce faisant bruslèrent presque tous les meubles, titres, terriers, papiers et documentz d'icelle » (7).
7. Archives de Rhône, H, 830.

Le Commandeur de Nabérat est essentiellement homme d'action et de sens pratique ; il ne se contente pas de voir le mal et de le déplorer, il s'emploie avec toute son énergie à le réparer. Il s'occupe tout d'abord du terrier du Temple d'Ayen. Il se fait délivrer copie des actes qu'il peut retrouver aux Archives de l'Ordre et dans celles de Me Pierre Régis, notaire de Brive. Il réclame de tous côtés les terriers ou titres dont il peut avoir connaissance. Il fait faire des copies de cent quatre reconnaissances « esgarées par les guerres anciennes de la France, indiquées estre au pays de Quercy, à Gignac, entre les mains de ceulx de la religion » (8).
8. Archives du Rhône, H. 45, 263, 794 et 819.

Mais ces résultats particuliers lui paraissent insuffisants ; c'est l'ensemble qu'il vise. Il reprend donc l'affaire par la base. Il sollicite et obtient du Roi en son Conseil des lettres patentes « en forme de terrier », datées du 17 janvier 1617 (9).
9. Archives de la ville de Brive, CC. 4, Terrier du Temple d'Ayen, Page 1.

Ces lettres sont adressées « aux sénéchaux du bas et haut Limousin et haute Auvergne, ou leurs lieutenants en chascun desdits sièges, à tous nos autres justiciers et officiers quelconques » Elles leur enjoignent de faire exprès commandement, « sous certaines peines » aux, détenteurs et propriétaires d'héritages chargés de « droitz, fiefs, arrière-fiefs, tenus de luy (le commandeur du Temple d'Ayen) en foy et hommages, cens, rantes, dixmes et autres droits et devoirs seigneuriaux, d'aller, incontinent et sans dellay recognoistre et baillez par escript la déclaration des héritages et choses qu'ils tiennent dudit exposant, les confrons d'iceux et quelles charges et debvoirs ils en doivent. »

Ces déclarations seront faites par devant « aulcun nottaire de cour laye, suffisant, idoine, non suspect et favorable en ceste partye », que les sénéchaux sont chargés de commettre « ez lieux plus commodes pour les parties. » Les notaires commis devront rédiger les déclarations « en forme deub », les signer de « leur saing manuel », les sceller « d'ung seau autantique » et les « bailer audit exposant à ses depans raisonnables. » Enfin les sénéchaux devront contraindre les débiteurs à payer les redevances dues et, « en cas d'opposition, reffus ou delay », ils devront faire « auxdictes parties ouyes bonne et briefve justice. »

En exécution de ces prescriptions, François Dubois, conseiller du Roy, lieutenant général à la Sénéchaussée et au siège présidial du Bas-Limousin, à Brive, rend, le 8 août 1617, une ordonnance enjoignant aux débiteurs de passer les reconnaissances et au premier notaire royal ou tabellion, sur ce requis, de les recevoir.

Les 15, 22 et 29 octobre suivants, cette ordonnance est publiée et proclamée aux prônes des messes paroissiales de Varetz, Saint-Viance, Issandon, Mansac et Saint-Pantaléon, et à leur issue, et commandement est fait aux débiteurs du commandeur « à passer déclaration. » Nabérat, de son côté, donne procuration aux notaires commis, les chargeant de procéder à la confection, et au renouvellement du terrier (10). 10. Archives de Brive, CC. 4, pages 142 et 382. Enfin des lettres de « commitimus », obtenues du Parlement de Paris, le 26 juin 1619, autorisent le Commandeur de Nabérat à assigner ses débiteurs aux Requêtes du Palais, l'affranchissant de l'enchevêtrement des justices locales (11).
11. Archives de Brive, CC. 4, page 10.

Beaucoup de tenanciers, en effet, n'ont pas obtempéré de bonne grâce aux injonctions des Lettres patentes et il est nécessaire de les assigner. Les archives du département du Rhône (12), renferment plus de trente dossiers d'instances en reconnaissance, s'échelonnant de 1617 à 1628. Et le résultat pratique en est assez important pour que Nabérat prenne, dès 1622, la précaution de faire déclarer aux fermiers généraux de la Commanderie qu'ils abandonnent la plus-value provenant des actions judiciaires en reconnaissance intentées par lui (13).
12. Archives du Rhône, 728 à 819.
13. Archives du Rhône, H. 817.


L'aboutissement de tous ces efforts est consigné dans un registre manuscrit conservé aux Archives de la ville de Brive et dont la première page, timbrée des armes du Commandeur de Nabérat, porte comme titre : Terrier et Recognoissance de la Commanderie du Temple d'Ayen ou de Brive, avec ses membres... renouvelle et faict faire par Frère Anne de Nabérat, docteur es-droicts, commandeur dudict Temple d'Ayen ou de Brive et des susdictes dépendances. 1617 1618 1619

Malgré la dernière de ces dates, le registre ne s'arrête qu'en novembre 1628. Il ne comprend pas moins de 320 déclarations, reconnaissances, transactions ou arrangements divers, dont certains remplissent plusieurs pages, C'est l'inventaire complet et détaillé de tous les droits, cens, dîmes, redevances ou avantages quelconques dépendant de la Commanderie du Temple d'Ayen ou de ses membres.

IV — CONTESTATIONS ET PROCÈS

La tâche n'est pas encore achevée. Pendant la période des troubles des usurpations se sont produites, des redevances ont été indûment perçues, des droits anciens ont été méconnus. Il faut rétablir les droits de l'Ordre ; d'où surgissent de nombreuses contestations. Quelques-unes se terminent par des arrangements que nous voyons figurer dans les derniers feuillets du terrier, d'autres donnent naissance à des procès.

Belveyre

Département: Corrèze, Arrondissement: Brive-la-Gaillarde, Canton: Nespouls - 19

Domus Hospitalis Belveyre
Domus Hospitalis Belveyre

Parmi ces dernières nous citerons l'affaire des dîmes de Belveyre, petite localité aux environs de Cressensac, qui, après avoir constitué une commanderie particulière, était rattachée depuis le milieu du XVe siècle à celle d'Ayen. La contestation était ancienne. L'abbé d'Obazine, ou plus exactement son fermier, prétendait percevoir des dîmes sur les propriétés de l'Ordre à Belveyre. Un arrêt du Parlement de Bordeaux, du 6 février 1591, rendu sur la requête du Commandeur Gabriel Géraud, avait confirmé une sentence du Sénéchal de Brive déclarant les dîmes indûment perçues et en ordonnant la restitution. Il est probable que cette décision n'avait pas été respectée, car Nabérat dut plaider à nouveau sur la même question ; il obtint encore gain de cause ; une sentence des Requêtes duPalais, du 22 juin 1626, confirmée par arrêt du Parlement de Paris, du 31 juillet 1627, proclama une fois de plus le principe de l'exemption de toute dîme pour les propriétés de l'Ordre de Malte (14).
14. Sommaire des Privilèges, édition de 1659, pages 115 et 130.

Farges

Département: Corrèze, Arrondissement: Brive-la-Gaillarde, Canton: Nespouls - 19

Domus Hospitalis Farges
Domus Hospitalis Farges

La même question avait été soulevée avec le curé de Chasteaux pour le village de Farges, annexe de Belveyre. Deux arrêts du Parlement de Paris, des 19 août 1627 et 31 mars 1629, donnent encore cette fois raison à l'infatigable défenseur des droits de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; l'exemption est confirmée, « nonobstant la prescription immémoriale » (15).
15. Sommaire des Privilèges, édition de 1659, page 131.

Il se préoccupe également des aliénations et des concessions irrégulièrement faites par certains de ses prédécesseurs. Il proteste contre une diminution de redevance à Sadroc, consentie « sans licence » par le Commandeur Géraud, contre la vente faite quarante-cinq ans auparavant par le même Commandeur d'une maison sise à Brive, au quartier de Puy-BIanc, « sans nécessité, utilités, ni authorité des supérieurs, ny aucunes solennitez », sans doute celle « où les sieurs commandeurs se soulaient tenir les hyvers, caresmes, ou en temps de guerre » (16).
16. Archives du Rhône, H. 783.
— Vayssière. L'Ordre de Malte en Limousin (Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze. Tulle, 1882, page 502).


Ces réclamations n'aboutissent d'ailleurs pas. Par contre, il obtient du Parlement de Paris, par arrêt du 27 août 1622, confirmé le 5 août 1623, la cassation de baux d'emphytéose perpétuelle consentis en 1447 et 1448 sur des biens dépendant du village de Farges, « sans les formes requises par le droict » (17).
17. Sommaire des Privilèges, édition de 1659, page 130.
— Archives du Rhône, H. 754.


Langlade

Département: Corrèze, Arrondissement et Canton: Brive-la-Gaillarde - 19

Domus Hospitalis Langlade
Domus Hospitalis Langlade

Il plaide contre les habitants du village de Langlade, autre membre de Mons, au sujet de leur participation aux réparations de l'église paroissiale. Il plaide au Grand Conseil avec les tenanciers de Granges, au sujet du cens, et rente noble d'Aujol et de la Jaubertie, paroisse de Sainte-Ferréole. L'affaire dut être épineuse, car le dossier porte sur la couverture une note manuscrite en latin dans laquelle, pour exprimer les tourments où elle l'a plongé, il les compare poétiquement à la douleur de Cérès après l'enlèvement de sa fille Proserpine. II obtient des occupants d'un tènement, dit « Las Fossas », usurpé sur la Commanderie de Mons, le désistement de toutes leurs prétentions, « pour se rédimer de procès et frais » (18).
18. Archives du Rhône, 228, 26l, 784 et 790.

A la mort de son prédécesseur immédiat, le Commandeur Ferréol Balbe, les officiers de justice de la Sénéchaussée de Brive avaient procédé à un inventaire des « dépouilles », c'est-à-dire des objets mobiliers ayant appartenu au défunt. Ils prétendaient d'ailleurs « n'avoir agi que parce qu'il y avait des soldats qui pillaient ce qui était à la commanderie. » Nabérat voit là une atteinte aux droits de l'Ordre, à qui ces dépouilles appartenaient ; il saisit le Parlement de Paris, qui annule l'inventaire par arrêt du 8 août 1619 (19).
19. Des Clozeaux. Privilèges des Papes, Empereurs, Roys et Princes de la chrestienté en faveur de l'Ordre de Saint-Jean de Hiérnsalem. Paris, 1649, page 145.

Hôpital Fondège

Département: Corrèze, Arrondissement: Tulle, Canton: Argentat, Commune: Saint-Geniez-ô-Merle - 19
Son souci constant est de ne pas laisser amoindrir les privilèges de Malte. C'est ainsi qu'il refuse, respectueusement mais fermement, l'hommage réclamé par Henri de Noailles, comte d'Ayen, baron de Merle, pour des terres dépendant du membre de l'Hôpital Fondège, à Saint-Geniez-ô-Merle, et qu'il fait lever la saisie mise indûment sur les fruits du Temple d'Ayen pour défaut de foi et hommage au Roi (20).
20. Archives du Rhône, 228, 733 et 763.
— Sommaire des Privilèges, édition de 1659, page 130.


Saint-Merd-les-Oussines

Département: Corrèze, Arrondissement: Ussel, Canton: Sornac - 19

Domus Saint-Merd-les-Oussines
Domus Saint-Merd-les-Oussines

Enfin, sans quitter le Limousin, passons à Saint-Méard-de-Millevaches, aujourd'hui Saint-Merd-les-Oussines, canton de Sornac, membre de la Commanderie de Bellechassagne. Le droit de nomination à la cure de Saint-Méard appartenait à l'Ordre de Saint-Jean, mais il n'avait pas été exercé depuis cent cinquante-six ans et était tombé en désuétude. Une nouvelle nomination ayant été faite par la cour de Rome, Nabérat intervint et obtint du Parlement de Paris, le 13 août 1624, un arrêt qui annulait la nomination irrégulière (21).
21. Sommaire des Privilèges, édition de 1659, page 130.
— Archives du Rhône, H. 74.


V — L'AVOCAT DE L'ORDRE

S'il a beaucoup agi, le Commandeur de Nabérat a aussi beaucoup écrit. C'est presque uniquement d'ailleurs à la glorification ou à, la défense de l'Ordre dont il faisait partie qu'il a consacré sa plume. Cette apologie venait à son heure. Après avoir servi de rempart à la chrétienté et avoir « su allier les vertus paisibles de la religion à la plus haute valeur dans les combats », l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem commençait à décliner. En 1580, une sédition avait éclaté à Malte même ; le Grand-Maître de la Cassière avait été emprisonné par les mutins et ne fut remis en liberté que sur l'intervention du Pape.

Le temps avait marché depuis l'époque où Gérard Tom fondait, en 1099, à Jérusalem, l'Hôpital Saint-Jean et où, vingt-deux ans plus tard, Raymond Dupuy donnait leur première règle « aux frères qui s'en viennent servir les pauvres et défendre la foi catholique. » L'ère des Croisades, qui avait donné naissance à l'Ordre de Saint-Jean, s'était close définitivement le jour où François Ier, « le Roy très chrestien », était devenu l'allié des Turcs. Les Chevaliers de Malte avaient évolué eux aussi.

Tout en continuant presque seuls la lutte contre les pirates barbaresques, et ils rendaient en cela un service de premier ordre à la chrétienté, ils avaient été amenés souvent par les circonstances à négocier avec les infidèles, à conclure des trêves, parfois des traités, et leur ardeur guerrière s'était ralentie (22).
22. Archives des Bouches-du-Rhône.
— Préface à l'Inventaire du Grand Prieuré de Saint-Gilles.


Les ennemis de l'Ordre relevaient la tête ; des critiques se faisaient entendre. En 1627 parut, sans nom d'auteur, un pamphlet d'une extrême violence dirigé contre l'Ordre de Malte et intitulé Abrégé des Mémoires donnés au Roy sur la réunion de l'Ordre et Grande-Maîtrise de Saint-Jean de Jérusalem (maintenant de Malte) à la Couronne, sans porter préjudice à la noblesse de France, sans démembrer ledit Ordre, n'y offenser le Saint-Siège apostolique. C'est une œuvre assez médiocre, d'une mauvaise foi évidente et où les accusations les plus contradictoires s'entremêlent aux affirmations les plus aventurées.

Si pitoyable qu'il fût, ce libelle, à l'heure où il survenait, pouvait constituer un péril et Nabérat crut devoir prendre la plume pour réfuter ces calomnies. C'est le but qu'il se propose dans l'ouvrage paru la même année 1627, sous le titre de Malthe suppliante aux pieds du Roy.
Le style est celui de beaucoup d'ouvrages du temps, grandiloquent, déclamatoire, bourré de réminiscences de l'antiquité.

L'Ordre de Malte est « l'académie générale de tant de braves cavaliers, le rempart de la chrétienté, l'arsenal des forces de l'Eglise, le phare de la foy, le bouclier de l'évangile, la terreur des Infidèles et l'eschole militaire de tant de valeureux guerriers et invincibles militaires. » Aussi fait-il appel « au bras puissant du Roy pour... abattre ce Philistin incirconcis, cet infidèle à son Ordre, qui, en façon de Goliath, vient braver seul toute la noblesse, non pas d'Israël seulement, mais de toute la chrestienté enrollée sous les estendards de Malthe » (23).
23. Malte suppliante, page 3.

Mais cette concession faite à la rhétorique et au goût de l'époque, il passe à la discussion et il la conduit avec la netteté et le sens pratique qui le caractérisent.
Il débute par un coup droit à l'auteur du libelle, dont il dévoile l'anonymat. C'était un certain chevalier de Moncal, qui avait appartenu à l'Ordre, avait été dégradé et condamné à la prison perpétuelle par sentence du 13 août 1612.

Ce point établi et le discrédit ainsi jeté sur son adversaire, il reprend une à une les accusations de Moncal et les réfute, en s'appuyant sur des documents ou sur des faits. On serait même tenté de trouver la riposte un peu lourde, si l'on ne songeait que derrière Moncal c'est l'opinion publique, c'est le Roi et la cour qu'il veut atteindre et persuader. Ses chefs ne s'y méprirent pas et, le 21 août 1627, le Grand-Maître de Paulo lui adressait une lettre pour le féliciter de son travail « en réponse aux pernicieuses mémoires présentées par Moncal à Messieurs les Notables » (24).
24. Archives du Rhône, H, 125.

C'est encore dans le même but, la défense de l'Ordre de Malte, que Nabérat composa l'ouvrage, paru en 1629, sous ce titre : Abrégé des principaux Privilèges octroyés aux Chevaliers Saint-Jean de Jérusalem par les Papes, Empereurs, Roys et autres Princes de la chtestienté pour la deffense dudit Ordre, pour servir de réponse à la Déclaration de Messieurs les Prélats de l'Assemblée générale de France, tenue à Paris en l'an 1625

Le débat était ancien entre l'Ordre de Malte et le clergé séculier ; il portait sur deux points principaux : l'indépendance vis-à-vis de l'autorité épiscopale et l'exemption des charges imposées à l'ordre ecclésiastique. Aux revendications du clergé, Nabérat répond par un long exposé, très complet et très savant, des actes par lesquels, depuis sa fondation, l'Ordre de Saint-Jean a été soumis à la juridiction exclusive du Pape et exempté de toute participation aux charges publiques, en raison des services qu'il rendait à la chrétienté.

Sur le premier point, il eut facilement gain de cause ; l'indépendance de l'Ordre subsista jusqu'à son abolition, à la Révolution. Mais il n'en allait pas de même pour l'exemption des charges. Depuis les Croisades et la fondation de l'Ordre, le monde s'était transformé. Un pouvoir central s'était établi et avait grandi peu à peu ; il avait dû s'assurer des ressources pour faire face aux charges qu'il assumait. Comme il était fréquent sous l'ancien régime, les principes demeuraient, mais l'application suivait l'évolution de l'état social. Des brèches avaient été faites à plusieurs reprises dans les anciens privilèges.

Pour le clergé séculier l'usage s'était établi peu à peu des « dons gratuits », dont le montant était arrêté par une entente entre les représentants du Roi et ceux du clergé, et qui étaient ensuite répartis sous forme de « décimes » entre les intéressés.
L'Ordre de Malte avait été par de nombreuses décisions exempté de ces décimes, mais il avait dû, lui aussi, consentir dans des circonstances exceptionnelles des dons gratuits, notamment en 1415, lors de l'aide imposée sur les gens d'église, « pour résister à l'encontre des Anglais, anciens ennemis et adversaires », en 1535, « pour subvenir aux frais de la guerre » Un édit de Charles IX, du 11 décembre 1560, l'avait même cotisé pour quatre décimes du don gratuit, « nonobstant, il est vrai, les privilèges de l'Ordre, auxquels il est dérogé pour cette fois » ; et la dérogation s'était renouvelée huit ans plus tard, le 26 avril 1568 (25).
25. Archives du Rhône, H. 54 et 57.
— Archives de Haute-Garonne, H. 145 et 149.


La situation n'était donc pas à cet égard aussi simple que Naberat paraît le croire et l'argument des anciens privilèges laissait encore place à la discussion. L'Ordre le comprenait si bien qu'une transaction pour dix années avait été conclue, en 1606, entre le mandataire de l'Assemblée du clergé de France et l'Agent général de l'Ordre de Malte (26).
26. Archives de Haute-Garonne, H. 269.

Que s'était-il passé depuis ? Nous l'ignorons ; nous constatons seulement qu'en 1626 la guerre s'était rallumée. Il paraît bien d'ailleurs que cette brillante passe d'armes n'eût guère de conséquences pratiques ; les théories sont peu de chose en face des nécessités brutales de l'existence. Les dons gratuits devinrent de plus en plus réguliers et l'Ordre de Malte dut supporter sa part de la charge commune.

Nous avons vu, dans les pages qui précèdent, le commandeur du Temple d'Ayen défendre avec autant d'énergie que de persévérance les droits qui lui étaient confiés, mais en le faisant il visait plus loin et plus haut que les intérêts particuliers de sa commanderie : ce dont il se préoccupait surtout c'était « l'utilité publique » de l'Ordre auquel il était fier d'appartenir. « Je vous envoye, écrit-il, le 24 février 1623, au commandeur de Châteauroux, une coppie de ce beau arrest que j'ai gaigné en ce parlement, qui est un arrest de conséquence pour faire recouvrer pour plus de cent ou deux cent mille escus de biens stables aliénez mal à propos à la religion » (27).
27. Archives du Rhône, H. 227.

C'est de cette pensée que naquit son plus important ouvrage, celui qui constitue son titre le plus solide auprès de la postérité, le Sommaire des Privilèges octroyés au susdit Ordre Saint-Jean par les Papes, Empereurs, Roys et Princes, tant en Hiérusalem, Margat, Ptolémais, Chypre, Rhodes qu'à Malte

Il était dédié à la Reine et parut, en 1629, à la suite de la traduction par Jean Beaudoin de l'Histoire des Chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Giacomo Bosio ; il fut réédité en 1649 et en 1659.

Nabérat suit dans cet ouvrage l'ordre chronologique ; rappelant l'un après l'autre les Grands-Maîtres depuis la fondation de l'Ordre, il énumère pour chacun d'eux les privilèges ou les confirmations de privilèges obtenus sous son règne. En réalité, et ainsi que l'a justement fait observer l'abbé Poulbrière (28), c'est une histoire de l'Ordre qu'il refait. Il y insère d'ailleurs des dissertations sur les événements les plus importants, notamment sur le dernier siège et la perte de Rhodes en 1522, sur l'établissement des Chevaliers de Saint-Jean à Malte en 1527, sur l'assaut donné par les Turcs à l'île de Malte en 1565.
28. Poulbière. Dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle, voyer Ayen, tome I, page 77.

Bien qu'on ait pu, paraît-il, relever après coup quelques lacunes dans cette énumération, il est difficile de ne pas y reconnaître une œuvre historique de premier ordre. On demeure confondu en songeant à l'immensité des recherches auxquelles l'auteur a du se livrer et au labeur qui a été nécessaire pour ordonner et classifier cette montagne de bulles, arrêts, décisions de toutes juridictions et de tous genres. On a pu sans exagération comparer ce travail à une œuvre de bénédictin (29).
29. Niepce, Léopold. Histoire du Grand Prieuré d'Auvergne, Lyon, 1883, pages, 4 et 5.

Cette œuvre considérable, à laquelle, si l'on voulait être complet, il faudrait ajouter quatre à cinq traités d'importante moindre, sur des sujets particuliers, n'a pas entravé l'accomplissement de ses autres devoirs. Il a régi ses bénéfices, reconstitué le terrier d'Ayen, soutenu de multiples procès ; il a pris part à de nombreuses visites de commanderies, sortes d'inspections régulières qui étaient confiées à deux commandeurs étrangers ; il a enfin rempli pendant huit ans, de 1613 à 1621, la charge de Visiteur général du Grand Prieuré de Saint-Gilles. Ce n'est pas sans raison que l'ancien historiographe du diocèse de Tulle a écrit que le Commandeur de Nabérat fut « un vertueux et savant religieux » (30).
30. Poulbière. Dictionnaire des paroisses du diocèse de Tulle, voyer Ayen, tome I, page 77.

Il a honoré à la fois l'Ordre dont il a été l'infatigable défenseur et le Limousin, où s'est exercée son activité.
P. DUBOST. Bulletin de la Société scientifique historique et archéologique de la Corrèze, pages 85 à 99. Brive 1934 — BNF

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