Commanderie de Gap

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Gap - 05

Domus Hospitalis Gap
Domus Hospitalis Gap

L'ordre de Saint-Jean était fondé à Jérusalem depuis cinq ans au moins et avait déjà reçu des donations dans plusieurs contrées de France, lorsque Isoard, évêque de Gap, voulant favoriser la création d'un hôpital, entreprise dans sa ville épiscopale par Etienne Samuel et Pierre de la Freissinouse, leur donna l'église de Saint-Martin, située en face du cimetière actuel, non loin de la porte Sainte-Colombe (1). Cet acte, sans date, n'est probablement pas antérieur à 1088, car tous les actes que nous connaissons de l'évêque Isoard sont renfermés dans l'espace de quatre ans, de 1088 à 1091. Quatre autres donateurs, parmi lesquels on remarque Pierre Graffinel, sacristain, le même qui fut évêque de Gap en 1122 (2), et son frère Gérald, vinrent enrichir cet hôpital naissant en lui concédant deux champs et un jardin rapprochés de l'église de Saint-Martin et quelque terres à Avançon.

A peine l'hôpital de Saint-Martin était-il constitué que l'évêque Isoard, changeant d'avis, mais probablement du consentement des fondateurs, le donna à l'ordre de Saint-Jean, en la personne de Gérard Tunc, maître de l'hôpital de Jérusalem. Cet acte dut se passer avant 1090 ; en effet, Isoard, vicomte de Gap, en fut témoin et ce personnage disparaît en 1090 de notre histoire.

A partir de cette date, l'hôpital de Saint-Jean fut constitué à Gap, et la commanderie prit le titre de Saint-Martin. Je ne donnerai pas la nomenclature des donations fort nombreuses qui se succédèrent dans les premières années de son établissement. La plupart offrent peu d'intérêt (3). Il faut mettre dans ce nombre celles qui consistent en rentes constituées sur des immeubles non déterminés ou en donations de leurs chevaux et de leurs armes, faites par de pieux chevaliers. Quelques autres méritent mieux de fixer notre attention.

Vers 1090, ainsi que le démontre la présence d'Isoard, évêque de Gap, témoin de cet acte, Pierre Bellotti donne un champ à l'hôpital. Vers la même époque, Pierre Géraldi, qui a déjà paru comme témoin dans la charte de fondation, se dessaisit en sa faveur d'un champ aux Termes et d'un autre à Combe-Reynier, terroir de Montalquier. Dix autres personnes l'imitent et donnent diverses terres à Tréchatel, à Quint, à la Freissinouse et au Clot-de-l'Aigue. Etienne et Guillaume, prêtres, témoins de l'une de ces donations, le sont également d'une autre faite par Arnoul et sa femme Rigoardis enChampsaur et à Sigottier.

Béatrix de Rousset donne quelques terres, une vigne et des revenus assis sur des maisons ou des habitants ; Pierre Giraldi, que nous avons déjà vu en qualité de donateur, et Giraud de Jarjayes sont témoins de cet acte. Ce dernier est également témoin de la donation d'un champ, faite par Guila, dame, de Montalquier. La présence des mêmes personnages dans tous ces actes divers leur assigne une date presque contemporaine et peu éloignée de 1090.

Un donateur qui mérite une mention particulière est le chevalier Pierre Abon ; vers 1094, revenant de la croisade ; il donne à l'hôpital de Saint-Martin tous les biens qu'il lui avait engagés pour la somme de 20 sous ; Ponce Ebrard, doyen, Pierre Graffinel, sacristain, et Léger, archidiacre du chapitre de Gap, furent témoins de cet acte.

Un peu plus tard, entre les années 1105 et 1122, il complète sa donation en remettant à l'hôpital de Saint-Martin des censes assises sur neuf maisons, un pâturage à Chauvet, cinq champs à Gap, un à Larra, un à Rambaud, un au Châtelard, un à Molines, un à Paraloup, un aux Salettes. La présence de Léger II, évêque de Gap, fixe, à peu d'années près, la date de cette donation qui fut approuvée par le comte de Provence et sa mère, moyennant le don d'un cheval. Pierre Abon se retira bientôt du monde et entra comme frère dans l'hôpital de Saint-Martin qu'il avait contribué à doter si richement.

Avant l'an 1111, Catbert vendit à l'hôpital divers champs à Semolas, à Chauvet et à Saint-Arey. Nous trouvons, en outre, sous l'épiscopat de Léger II (1105-1122) les ventes suivantes : par Martin Géraldi, d'une terre en Champsaur ; le 29 juin 1111, par Pons dit Camberan, d'un pré dit pré d'Abon ; le 30 avril 1112, par Guigues, comte d'Albon, et Mathilde, sa femme, de tous leurs droits sur une vigne d'Eudes Falavel ; avant 1122, par Etienne Malvoisin, d'une vigne à la Combe-Franonis et d'une autre à Tréchatel ; par Ermengarde, mère de Girald Judicialis, à la même époque, de champs aux Sanières et à Chane. Enfin, en septembre 1143, Bertrand et Guigue, comte, ainsi que leur mère, approuvent toutes les donations faites à l'hôpital de Gap dans les limites de leur comté.

Beaucoup d'autres actes n'ont pas de date certaine et doivent s'échelonner entre les années 1090 et 1143 ; les principaux contiennent des donations faites à Cerzevalas, à la Justice, à Pierrefeu, à Chorges, à Gap, à Quint, à la Beaume-Matfred, à Rambaud, à Pelleautier, en Champsaur et à Chardavon.
A l'aide de ces documents, on peut dresser la liste suivante des biens possédés par la commanderie de Gap au milieu du XIIe siècle :
— Gap. Plusieurs maisons dans la ville ; immeubles dans les quartiers de Saint-Martin, de Tréchatel, de Chauvet, de Paraloup, du Châtelart, de Molines, de Sémolas, de Saint-Arey, de la Justice, du Pré d'Abon.
— Montalquier (aujourd'hui commune de Gap). Immeubles aux quartiers des Termes, des Sanières, de Combe-Reynier.
— La Freissinouse. Quartier du Clot-de-l'Aigue.
— La Roche-des-Arnauds. Quartier de Quint.
— La Bâtie-Neuve. Quartier de Larra.
— Ancelle. Quartier de Pierrefeu.
— Rambaud, Chorges, Bréziers, Pelleautier, Avançon, Sigoltier, Le Champsaur. Quartiers indéterminés.
— Vaumeil (aujourd'hui Basses-Alpes). Quartier de Châne.
— Mézien (même département). Quartier de Chardavon.
Il faut ajouter à cette liste des donations faites aux Salettes, à la Combe-Franonis, à la Beaume-Matfred et à Cerzevalas, lieux dont l'emplacement ne m'est pas connu.
Passons maintenant en revue ce que sont devenues ces diverses propriétés entre les mains des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.

Les biens situés à Gap même ou aux environs s'augmentèrent constamment pendant trois cents ans ; beaucoup de maisons furent achetées dans l'intérieur de la ville, principalement dans la rue Saint-Arey et dans la cour de Chaudun (4). Le 13 mars 1272 (1273), Béatrix Dauphine fit saisir tous les biens de la commanderie de Gap, dont le titulaire refusait de reconnaître sa juridiction, aussi bien à Gap qu'à Montalquier, et ils ne furent restitués que lorsque cette juridiction eut été solennellement reconnue (5).
En 1311, la grande prairie de Porte-Colombe, sur laquelle sont construites actuellement la Banque de France et les Ecoles communales, fut acquise de Guillaume Muisard (12 novembre). Déjà, auparavant, l'ordre de Saint-Jean avait fait construire dans la rue Saint-Arey une église nommée Saint-Jean-des-Aires.
Le 29 avril 1319, le dauphin, par l'intermédiaire de Jean des Orres, châtelain de Montalquier, céda à l'ordre de Saint-Jean ses droits sur onze maisons de Gap, le pré de foire et plusieurs vignes de son territoire, moyennant le seizième de leur revenu pour Gap et une cense de neuf tournois d'argent pour Montalquier (6).
Au mois d'avril 1383, le commandeur acquit dans cette rue plusieurs maisons voisines de cette église et y fit bâtir un nouveau couvent ; à partir de cette époque, l'ancienne église et l'ancien hôpital de Saint-Martin furent abandonnés.
Les commandeurs ne négligèrent point de se faire passer des reconnaissances par tous ceux qui leur devaient des rentes, soit en argent soit en nature ; nous en trouvons de 1303, 1313, 1334, 1376, 1422, etc. ; elles sont précieuses pour l'ancienne topographie du territoire et surtout de la ville de Gap (7).
A Montalquier, l'ordre de Saint-Jean posséda jusqu'au XVIe siècle les biens qui lui avaient été donnés au XIIe. Les biens de la Freissinouse furent, au contraire, beaucoup augmentés par des acquisitions subséquentes ; l'ordre de Saint-Jean, dès le milieu du XIIIe siècle, était seigneur parier de cette terre avec le seigneur de Manteyer. Il possédait la paroisse de Notre-Dame avec la moitié de la juridiction, et le seigneur de Manteyer la paroisse de Saint-André avec l'autre moitié de la juridiction.

L'hôpital de Gap aliéna, dans le cours du XIIIe siècle, en faveur de la chartreuse de Berthaud, ce qui lui avait été donné dans le quartier de Quint, commune de la Roche-des-Arnauds.
Ce qu'il possédait à Sigottier fut considérablement augmenté. En 1429, il possédait la moitié de cette seigneurie qu'il conserva jusqu'au XVIe siècle (8).
Les biens de la Bâtie-Neuve et d'Ancelle furent, au contraire, aliénés avant 1200 en faveur de l'ordre de Saint-Antoine-en-Viennois. Cet ordre acquit de celui de Saint-Jean, entre autres propriétés, un hôpital fondé à Larra, et il percevait du chef de cette acquisition des dîmes à la Rochette et à Ancelle (9).
A Rambaud, les propriétés des hospitaliers étaient peu nombreuses et situées au quartier de Malcor (aujourd'hui Malcorps) ; suivant un rouleau de reconnaissances, de 1425, ils les possédaient encore à cette époque.
L'ordre de Saint-Jean avait fondé, près du pont d'Avançon, un hôpital dédié à saint Grégoire ; il le conserva jusqu'au 11 mars 1424 et le céda alors à l'ordre de Saint-Antoine-en-Viennois (10).
Les biens du Champsaur eurent le même sort : le 16 mai 1311, le commandeur de Gap donna à l'ordre de Saint-Antoine tout ce qu'il possédait depuis le col de Chauvet jusqu'à Ponthaut, plus une maison et quelques terres à Artemale près Gap, moyennant des compensations territoriales à Tallard et à Sigoyer, dont il sera parlé plus loin (11).
Chorges et Bréziers furent de bonne heure détachés de la commanderie de Gap. L'hôpital du Saint-Sépulcre, qu'elle possédait à Chorges, fut donné, avant 1150, à l'abbaye de Boscodon, nouvellement fondée près d'Embrun. Bréziers fut réuni, vers 1312, à des propriétés provenant des Templiers, et forma une petite commanderie dite de Remollon dont je parlerai plus loin en détail.
Il sera également question des biens de Pelleautier à propos de la commanderie de Tallard dont ils faisaient partie.
Les terres situées actuellement dans les Basses-Alpes, c'est-à-dire Châne et Chardavon, communes de Vaumeil et de Mézien, furent détachées, je ne sais à quelle époque, de la commanderie de Gap pour former celle d'Auton. Au XVe siècle, cette petite commanderie ayant été reconnue trop peu importante, fut de nouveau unie à celle de Gap.
Parmi les acquisitions notables de la commanderie de Gap, je dois signaler celle de la moitié de la seigneurie de Sigoyer-sur-Tallard ; je ne sais comment cette terre vint en sa possession, mais je puis signaler les actes suivants : le 16 des kalendes de novembre (17 octobre) 1287, Anne et Humbert, dauphins, accordent, en vertu de conventions antérieures, au commandeur de Saint-Jean-de-Gap, l'investiture de la seigneurie de Sigoyer.

Le 10 octobre 1289, des difficultés étant survenues entre les deux contractants, il fut décidé que les droits réels et la juridiction de cette terre appartiendraient au prieur de Saint-Gilles, qui prêterait hommage au Dauphin qui recevrait un cheval ou 50 livres tournois à chaque changement de prieur. Cette transaction ne fut pas approuvée par l'ordre de Saint-Jean, qui signifia son refus de l'exécuter le 1er juillet 1290 ; cependant, le 10 des kalendes de novembre (23 octobre) 1297, une nouvelle transaction eut lieu ; le commandeur de Gap prêta au Dauphin l'hommage qu'il lui avait refusé jusque-là et consentit à lui fournir un homme d'armes pour ses chevauchées. Enfin, un nouvel acte d'hommage fut prêté le 4 juillet 1300 (12). L'ordre de Saint-Jean acquit, en outre, le 13 mai 1311, de celui de Saint-Antoine, quelques droits qu'il possédait sur Sigoyer et qui dépendaient de la maison de l'Aumône-de-Tallard (13). On ne trouve plus trace de ces possessions après le milieu du XIVe siècle ; il est probable qu'elles furent aliénées à cette époque.

Dans la vallée de Vitrolles, l'ordre de Saint-Jean fut également propriétaire dans des circonstances presque identiques. En 1339, il possédait le majeur domaine de cette vallée, qu'il avait acquis, j'ignore comment, et qu'il ne conserva pas longtemps ayant cédé bientôt après, aux hospitaliers de Saint-Antoine, tout ce qu'il avait dans cette seigneurie (14).
Je trouve encore l'indication de quelqnes droits de peu d'importance à Ventavon, à Oze et à la Bâtie-Mont-Saléon, possédés par la commanderie de Gap. Elle avait encore des revenus dans cette dernière commune en 1577.
Enfin, dans la paroisse de Jarjayes et au confluent de la Durance et de la Luye, les hospitaliers avaient un hôpital nommé la Madeleine, dont les ruines se voient encore. Il en est question dans les reconnaissances de 1306, 1336 et 1342. Ils le possédaient encore au XVIe siècle.
La suppression des Templiers augmenta considérablement les biens de l'ordre de Saint-Jean ; nous connaissons mal les possessions des Templiers dans les Alpes. Voici cependant quelques terres qui leur avaient appartenu certainement avant d'être données à l'ordre de Saint-Jean.
Moydans
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Serres - 05
— Dès 1309, les Templiers possédaient le juspatronat de la paroisse, une partie des dîmes et un domaine dans cette communauté (15).
La Roche-des-Arnauds
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Veynes - 05
— Dès 1243, les Templiers y avaient des terres considérables, un hôpital dédié à sainte Madeleine, une chapelle et d'autres droits (16).
Manteyer
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Veynes - 05
— Un petit hôpital situé dans cette paroisse dépendait du Temple de la Roche des-Arnauds, qui en est voisine.
Veynes
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Veynes - 05
— En 1472, nous trouvons à Veynes une habitation fortifiée nommée le Temple et qui avait, sans doute, appartenu aux Templiers. Elle fut cédée par l'ordre de Saint-Jean à celui de Saint-Antoine (17).
Gap
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Gap - 05
— En 1310, les Templiers y possédaient un couvent nommé le Temple et plusieurs terres. Le reste de l'histoire de la commanderie de Gap, du XIVe au XVIe siècle, consiste en une série d'hommages prêtés au Dauphin par les commandeurs ou leurs représentants et de reconnaissances souscrites en leur nom par les personnes qui leur devaient des rentes.
L'histoire de la commanderie de Gap, du XVIe siècle à 1789, sera traitée dans un article particulier que l'on trouvera plus loin.

Commanderie de Tallard

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Tallard - 05

Domus Hospitalis de Tallard
Domus Hospitalis de Tallard

Tiburge d'Orange, femme de Raimbaud Guiran, et Raimbaud d'Orange, fils de Guillaume, seigneurs de Tallard par indivis, donnèrent cette seigneurie à l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, le 10 des kalendes de septembre (23 août) 1215. Par cet acte, passé à Reillanne en présence de Pierre Simon, maître de l'hôpital de Lardier, les hospitaliers de Saint-Jean acquirent la seigneurie de Tallard, Châteauvieux, Pelleautier, Neffes, la Saulce et Lardier, plus des droits considérables au Monêtier-Allemont et dans la vallée de Vitrolles. Cette donation s'étendait non seulement sur des immeubles et des droits seigneuriaux, mais encore sur plusieurs églises ainsi que sur les dîmes qui en dépendaient.

Pour pourvoir à l'administration de cette terre, l'ordre de Saint-Jean créa un viguier, vicarius, et trois châtelains. Le viguier résidait à Tallard et était à la fois juge et administrateur ; les châtelains résidaient à Tallard, Lardier et Pelleautier. Ils étaient choisis parmi les chevaliers distingués par leur noblesse ; en 1319, Auger de Montbrand était viguier de Tallard ; en 1300, Rostaing de Clermont, Rodrigue de Velasco et Barras de Barras étaient châtelains de Tallard, Lardier et Pelleautier.

Le 3 des ides d'avril (11 avril) 1235, l'ordre transigea avec Guillaume de Bonne, prieur de Lardier, à propos des dîmes de cette paroisse ; il fut stipulé que les deux parties les toucheraient par égales parts ; mais, peu d'années après, des difficultés nouvelles ayant surgi, l'évêque de Gap unit le prieuré de Lardier à l'ordre de Saint-Jean, qui le posséda jusqu'en 1789.

Le 17 mai 1300, une autre transaction eut lieu entre les hospitaliers et quatorze nobles, habitant Pelleautier, à propos des redevances et hommages qu'ils devaient : Guillaume de Villaret, grand-maître, et plusieurs autres notables personnages assistèrent à cet acte, qui fut passé dans le château de Tallard.

Le 16 mai 1311, l'ordre de Saint-Jean acquit, par voie d'échange, de celui de Saint-Antoine-en-Viennois, l'hôpital de Tallard nommé la maison de l'Aumône et les biens qui en dépendaient à Tallard et à Sigoyer (18).

En 1312, il hérite des biens des Templiers dans cette seigneurie, consistant en une maison forte située à l'angle des murailles du bourg, près de la porte Chevalerie, et nommée le Temple dès 1271, et de diverses autres possessions, entre autres de la chapelle et des prés de Saint-Martin.

Douze ans après, la seigneurie de Tallard et celles de Regusse. Montfort, Montmeilleur et Saint-Julien, en Provence, furent échangées par le grand-maître de l'ordre de Saint-Jean, avec Arnaud de Trians-Montmajour, gentilhomme provençal, contre le comté d'Alife dans l'Italie méridionale. Cet acte, passé le 30 mai 1323, en présence du grand-maître Elion de Villeneuve, fut approuvé, la même année, par Robert, roi de Sicile et comte de Provence.

Les droits et les immeubles seigneuriaux furent seuls compris dans cet acte d'échange ; les dîmes, les églises et les maisons hospitalières avaient été réservées, et les revenus qui en provenaient furent unis à la commanderie de Gap, qui les possédait encore au XVIe siècle.

Un seul document donne à penser que Tallard avait été érigé en commanderie particulière, c'est une transaction passée le 13 novembre 1318 entre Berial de Baux, précepteur ou commandeur de Tallard, et Guillaume Stephani, évêque de Gap. C'est le seul commandeur dont j'aie trouvé le nom parmi les actes assez nombreux relatifs aux possessions de l'ordre de Saint-Jean à Tallard que j'ai eu entre les mains. Peut-être était-il commandeur par intérim ou simple administrateur.

Commanderie de Remollon (bien du Temple)

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Chorges - 05

Domus Hospitalis Remollon
Domus Hospitalis Remollon

Nous avons vu dans les actes de fondation de la commanderie de Gap que des biens assez considérables lui avaient été donnés à Chorges et à Bréziers. Ceux de Chorges (19) ne tardèrent pas à être aliénés ; en effet, vers 1140 l'hôpital du Saint Sépulcre de Chorges, qui avait probablement été fondé par l'ordre de Saint-Jean, était devenu la propriété de l'abbaye de Boscodon qui le conserva jusqu'au commencement du XVIIe siècle (20). Les biens de Bréziers furent unis à des propriétés assez importantes que l'ordre avait acquis à Remollon après la suppression des Templiers et on en fit une petite commanderie particulière qui prit le nom de commanderie de Remollon. Ces biens des Templiers de Remollon, dévolus à l'ordre de Saint-Jean, consistaient non seulement en plusieurs immeubles, mais en une part de la seigneurie.

La commanderie de Remollon fut de courte durée : fondée vers 1312, elle n'existait déjà plus en 1336. En effet, un hommage prêté au Dauphin par le commandeur de Gap, le 26 décembre 1336, fait mention des biens de Remollon comme unis à cette commanderie.

Cependant, une preuve positive que Remollon avait constitué autrefois une commanderie indépendante, c'est qu'il est toujours qualifié, dans les états descriptifs des possessions de l'ordre de Malte, de membre de Remollon, et c'est le terme dont on se sert pour désigner les petites commanderies supprimées et unies à d'autres (21). Je n'ai retrouvé aucun des noms des commandeurs de Remollon.

Commanderie d'Embrun

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Embrun - 05

Domus Hospitalis Embrun
Domus Hospitalis Embrun

Les documents me manquent pour préciser quand et comment fut fondée la commanderie d'Embrun. Le plus ancien que j'aie découvert est une quittance donnée le 4 des kalendes de mai (28 avril) 1247, par Falcon, précepteur d'Embrun et de Suze, à Athenulphe de Bardonnèche, qui avait acquis une terre appartenant à sa commanderie.

Les possessions de cette commanderie consistaient en une maison à Embrun même, une église dédiée à saint Jean et quelques prairies: dans la communauté des Orres, en une part de la seigneurie, un domaine situé au hameau du Méléset, quelques dîmes et une forêt ; un ruisseau qui la traversait porte encore le nom de Fontaine de Jérusalem. Dans la paroisse de Savines, un hôpital dédié à sainte Madeleine, avec une chapelle et quelques terres au quartier de Saint-Etienne (22) ; dans celle de Prunières, un domaine nommé maintenant encore l'Hôpital-de-Jérusalem ; dans celle de Baratier, quelques terres en 1301.

La suppression des Templiers augmenta les biens de la commanderie d'Embrun ; elle acquit, à la suite de cet événement, une maison forte dans Embrun et une église de Sainte-Marie-du-Temple ; de plus, dans le mandement de Montmirail (actuellement commune des Crottes), un vaste domaine appartenant, dès 1234, aux Templiers (23), et qui porte maintenant encore le nom de Temple et de Champ-Chevalier.

La commanderie d'Embrun, à partir de 1316, fut unie en fait à celle de Gap, en ce sens que le même commandeur les posséda presque toujours toutes deux ; ce ne fut cependant qu'à partir du XVe siècle que l'union de ces deux commanderies devint définitive.
Voici les noms des commandeurs d'Embrun que j'ai pu recueillir :
1247. Falcon, commandeur d'Embrun et de Suze.
1266. Raymond Chabaud, commandeur d'Embrun et de l'Argentière.
1276. Guillaume Boyson.
1298-1300. Raymond Osasica, commandeur d'Embrun et de Gap.
1300. Pierre de Saint-Martin.
1314. Barras de Barras.
1316. Geoffroy de Cubriis, commandeur d'Embrun et de Gap.
Depuis lors, les commandeurs d'Embrun furent les mêmes que ceux de Gap ; mais jusqu'en 1399 au moins (13 septembre), les hommages se rendirent séparément pour ces deux commanderies, ce qui prouve que, jusque-là, l'union n'était pas encore complète (24).

Commanderie de l'Argentière

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Briançon, Canton: L'Argentière-la-Bessée - 05

Domus Hospitalis Argentière
Domus Hospitalis Argentière

Les documents concernant la commanderie de l'Argentière sont moins nombreux encore que pour celle d'Embrun. J'ignore l'époque de sa fondation ; mais la chapelle de Saint Jean, qui en dépendait, datant du XIIe siècle, il est à présumer que la commanderie existait déjà à cette époque.

La confirmation par Eudes de Rame à l'hôpital de Saint-Jean-de-l'Argentière d'une donation en 1208 et divers autres actes parmi lesquels un bail en emphytéose, passé le 8 mai 1296 par Pierre de Laval, chapelain et administrateur pour Pons de Cornillon, commandeur de l'Argentière, nous font savoir que cette commanderie portait le nom de Saint-Jean-des-Marches-de-Charles (de Gradibus Karuli). Ce nom lui venait d'un escalier taillé dans le roc, qui de l'abside de la chapelle descendait jusqu'au bord de la Durance (25).

L'étendue de cette commanderie n'est pas connue d'une manière précise ; non seulement elle possédait des biens à l'Argentière, mais encore à la Roche-de-Briançon. Il est à présumer que ses possessions ne se bornaient pas là, mais s'étendaient, en outre, sur tout le Briançonnais, et que certaines terres, situées dans la commune du Villard-Saint-Pancrace et appartenant à l'ordre de Saint-Jean, en relevaient ainsi que quelques censes perçues par l'ordre de Saint-Jean au Monêtier-de-Briançon, à Saint-Chaffrey, la Salle et Chante-Merle (26).

Après la suppression de l'ordre du Temple, elle hérita de ses biens à Briançon, entre autres de la maison forte du Temple, située près des murailles de la ville dont un quartier conserve encore ce nom.

La commanderie de l'Argentière n'existait certainement plus en 1314 et avait été absorbée par celle d'Embrun ; en effet, Barras de Barras, commandeur d'Embrun, faisait hommage, le 16 avril 1314, au Dauphin, pour tout ce qui appartenait à l'ordre de Saint-Jean depuis le Mont-Genèvre jusqu'à la rivière de l'Avance, et l'Argentière est contenu dans ces limites.
Voici les noms des commandeurs de l'Argentière que j'ai pu retrouver :
1208. Guillaume de Faucon.
1266. Raymond Chabaud, commandeur de l'Argentière et Embrun.
1296. Pons de Cornillon.

Réunion des cinq commanderies précédentes en une seule.
Au commencement du XVe siècle, comme je l'ai constaté plus haut, la commanderie d'Embrun, dans laquelle avaient été absorbées celles de Remollon et d'Argentière, fut unie à celle de Gap, qui avait elle-même hérité, en 1323, d'une partie des revenus de celle de Tallard. Dès lors, sauf une exception dont il sera question à la fin de ce travail, il n'y eut plus qu'une commanderie dans les Alpes, dont les commandeurs portèrent, jusqu'à la fin du XVIe siècle, le nom de commandeurs de Gap et d'Embrun.

Quatre petites commanderies situées en Provence : celles d'Auton, de Clamensane, de Viris et de Claret (27), furent en outre unies à celle de Gap, au plus tôt dans le cours du XVe siècle. Cette commanderie reçut donc avant l'an 1500 sa constitution définitive.

Ce fut à ce moment aussi que commença sa décadence. Les commandeurs, constamment absents, administrant leurs commanderies par l'intermédiaire de mandataires quelconques, ne pouvaient veiller à la conservation de leurs biens, à l'entretien de leurs immeubles, et les revenus allaient toujours en décroissant. Je n'en voudrais pour preuve que l'extrait suivant de l'inventaire du mobilier de la chapelle de Saint-Jean, à Gap, dressé par le prévôt du chapitre, le 24 mai 1534.

Voici ce qui s'y trouvait :
Deux chasubles blanches, trois vieilles chapes et une aube.
Un calice en étain, une croix de fer, un chandelier de fer, un autre de laiton, deux burettes en laiton.
Deux missels, l'un imprimé, l'autre manuscrit écrit sur parchemin.
Deux tapis, l'un de soie, l'autre de laine, plus divers morceaux de soie dans un vieux coffre rompu.
Un reliquaire en laiton de saint Biaise ; un os du bras de saint Martin et un doigt de saint Jean enveloppé dans un morceau de soie vermeille.
La croix du clocher était brisée ainsi que l'une des cloches.

Il est difficile de trouver plus misérable que cet inventaire ; il n'est pas de petite chapelle de hameau dans les Alpes qui n'eût mieux aujourd'hui à nous offrir.
C'est un fâcheux symptôme qui donne une triste idée de la prospérité de la commanderie de Gap et de l'administration de ses commandeurs.

Le dénombrement fourni le 27 juillet 1560, par Marc de Simiane, commandeur de Gap, nous apprend que les possessions de sa commanderie s'étendaient sur Gap, la Roche-des-Arnauds, Montjay, Remollon, Avançon, la Bâtie-Mont-Saléon, Moydans, les Orres, l'Argentière, la Freissinouse, Manteyer, Pelleautier, Embrun, la Saulce, Lardier, Valençat, Jarjayes où elle possédait des terres ou des maisons, Montmorin, Théus, la Bâtie-Neuve, Saint-Etienne-d'Avançon, Savines, les Crottes, le Monêtier-de-Briançon, Chantemerle et la Salle où elle percevait quelques revenus (28).

Une bonne partie de ses biens et parmi les plus considérables, tels que les coseigneuries de Sigoyer, Sigottier et Vitrolles ; les domaines de Montmirail et Prunières, enfin, presque tous ses droits sur le Briançonnais et le Champsaur, avaient donc déjà été aliénés à cette époque. Le revenu s'élevait encore cependant à 200 florins (29).

La décadence ne fait que s'accentuer pendant les guerres de religion. Georges de Bretons de Crillon, commandeur de Gap, ayant embrassé avec un zèle extrême le parti de la ligue, les protestants mirent un soin tout particulier à ruiner ses biens et à s'emparer de ses revenus.

Quand la paix fut rétablie, le grand-maître voulut remédier à ce désordre et à cette dévastation, et, par un acte du 19 juin 1613, il nomma frère Alexandre de Pontis donataire des aliénations de la commanderie de Gap ; il faut probablement entendre par ces mots que ce chevalier devait conserver, sa vie durant, l'usufruit des propriétés usurpées sur l'ordre de Malte dans les limites de la commanderie de Gap, qu'il pourrait faire restituer. Il dut s'acquitter de cette mission sans beaucoup de succès. Voici, en effet, l'état des biens de cette commanderie en 1667, et il est peu rassurant (30) :
Gap
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Gap - 05
— Deux terres, une vigne de six journées au terroir de Montalquier ; une cense de deux civayers sur une terre appartenant à Jean Carles ; une rente de neuf florins sur une vigne appartenant à M. de Fombeton.

Lardier-et-Valençat
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Tallard - 05
— Les revenus du prieuré et le juspatronat des deux églises paroissiales, avec la dîme des grains et du vin.

La Saulce
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Tallard - 05
— Un petit domaine et trois parts de la dîme.

Moydans
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Serres - 05
— Le juspatronat de l'église paroissiale, la dîme sur tout le territoire, un pré et trois terres de cinq charges de semence.

La Roche-des-Arnauds
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Veynes - 05
— Une terre et une vigne nommée le Temple.

Manteyer
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Veynes - 05
— Cinq pièces de terre de douze charges de semence.

Pelleautier
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Tallard - 05
— Le quart de la dîme de cette paroisse.

La Freissinouse
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Tallard - 05
— La moitié de la juridiction de cette seigneurie et quelques censes valant trois émines de blé.

Remollon
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Chorges - 05
— Une part de la juridiction de cette seigneurie, une ferme, une vigne dite la Commanderie et quelques censives.

Savines
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement et Cantons: Chorges, Commune: Savines-le-Lac - 05
— Un pré au terroir de Saint-Etienne et une censive de sept florins sur une pièce de terre.

L'Argentière
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Briançon, Canton: L'Argentière-la-Bessée - 05
— Une chapelle, une ferme et huit sétérées de champs, plus trente livres de rente pour des terres données en emphithéose au seigneur de la Bâtie-des- Vigneaux.

Les Orres
Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Embrun - 05
— L'ordre n'y avait plus qu'une part de seigneurie et un bois donné en emphithéose à la commune.

Le membre d'Auton, qui comprenait Dromon, la Caule, Nibles, Vaumeil, Saint-Jean-de-Pinaudier, était en partie aliéné.
Le membre de Clamensane était usurpé depuis plus d'un siècle.
Les membres de Viris et de Claret étaient peu importants.
Les charges de la commanderie s'élevaient à 891 livres 10 sous 1 denier, ce qui était énorme. Tous les biens d'Embrun, de Rambaud, de Jarjayes avaient disparu.
Cependant, une sage administration et quelques années de paix réparèrent ces pertes dans une certaine mesure. Plusieurs maisons furent acquises à Gap, et la preuve c'est que, dans l'incendie allumé dans cette ville au mois de septembre 1692 par l'armée du duc de Savoie, sept, qui appartenaient à l'ordre de Malte, furent brûlées.

En 1747, le commandeur de Gap aliène, le 24 février, moyennant une rente perpétuelle de 30 sols, le clocher et l'église de Saint-Jean de la rue Saint-Arey. Ce fut Anne de Marnays, veuve de Jacques Gruel, seigneur du Saix, qui s'en rendit acquéreur ; elle les fit démolir pour augmenter les jardins de la maison du Gouvernement, aujourd'hui la Préfecture, qui lui appartenait. Cet acte fut ratifié par Jacques Gruel, son fils, le 27 juin 1748, quand il eut atteint sa majorité.
Le 11 juillet 1781, l'ordre de Saint-Jean vendit à la ville de Gap l'emplacement qu'occupe encore le cimetière, moyennant une rente de 60 livres.
Les biens de la commanderie de Gap furent très augmentés en 1778, par l'union qui lui fut faite par le roi des biens que l'ordre de Saint-Antoine-en-Viennois possédait dans ses limites. On me permettra, ici, de dire quelques mots de cet ordre et de ses possessions dans les Alpes (Voir en fin de page).
Douze ans plus tard, lui-même fut supprimé et toutes ses propriétés vendues nationalement.
Il ne me reste plus maintenant, pour être complet, qu'à donner une liste des commandeurs de Gap. J'ai été assez heureux pour pouvoir compléter ou rectifier en certains points celle déjà très étendue qu'a publiée M. Delaville-le-Roux :
1211. Ferandus.
1234. Portalis.
1263. Fulco de Talardo.
1274. Guillaume de Roveria (de Rivière).
1277. Ozilius.
1287. Raymbaud de Bannes.
1290. Guillaume de Barras.
1298-1300. Raymond Osasica.
1303-1306. Barras de Barras.
1311. Bernard de la Balme ou de la Beaume (31).
1312-1314. Berial de Baux (32).
1319. Jean de Virieu ou de Vitrolles.
1319. François de Vitrolles.
1333-1336. Lantelme de Montorcier.
1348-1366. Geoffroy de Cubriis ou de Cobriis.
1367-1375. Lantelme de Montorcier.
1376-1386. Raymond Johannis.
1389. Manuel de Ventimille.
1390-1392. Maximin de Venterol.
1394. Jean Flotte.
1395-1428. Jean de Meyronis.
1429. Sibeud de Rame.
1431. Jean de Canalho.
1432. Reynier-André de Baruciis, de Florence.
1450. Jean Flotte.
1453-1478. Audoynus de Plana.
1482. Ponce d'Auriac.
1489-1490 Guillaume Archynjaudi.
1496-1509. Jean Jovini.
1515-1522. Olivier de Loyoncello (de Lincel).
1528-1546. Antoine de Barras (33).
1546-1554. Gaspard de Mallet.
1554-1559. Michel Bot de Cardebat.
1559-1561. Marc de Simiane.
1564. Antoine de Justas.
1564-1577. Jean de Roux de Beauveset.
1580-1594. Georges de Bretons de Crillon.
1594-1622. Melchior de Castellanne-Claret.
1632-1639. Rolland d'Agoult d'Angles.
1640-1644. Jean-Baptiste de Villeneuve-Tourenc.
1658. Jean de Colongne.
1664-1683. Jean de Forbin-Gardanne.
1692-1703. Annibal de Thômas de Beaulieu.
1723. Charles de Clémens-Castellet.
1731-1734. François de Boffin de la Sône.
1746-1748. Laurent de Marcel-Blayn du Poët.
1755-1756. François de Niepces ou de Crupies.
1767-1772. N de Seyves.
1776-1781. Joseph-Gabriel Olivari.
1783-1788. Louis d'Yse de Rosans.

Commanderie de Saint-Pierre-Avez

Département: Hautes-Alpes, Arrondissement: Gap, Canton: Laragne-Montéglin - 05

Domus Hospitalis Saint-Pierre-Avez
Domus Hospitalis Saint-Pierre-Avez

J'ai réservé pour la fin de ce travail quelques mots sur la commanderie de Saint-Pierre-Avez ; elle n'a jamais, en effet, été unie à celle de Gap. Je ne connais pas exactement la date de la fondation de cette commanderie, mais elle doit remonter pour le moins à 1120. En effet, en 1177, Guillaume de Mevouillon, petit-fils de Raimbaud et d'Oliva, confirme à l'ordre de Saint-Jean les donations que ses aïeux lui avaient faites dans la Val de Barret.

L'acte indique avec précision les confins de ces donations qui englobaient toute la paroisse de Saint-Pierre-Avez.
D'autres libéralités furent faites à cette commanderie en 1365, à Arzeliers où elle posséda, au lieudit Piénault (Podium altum), une chapelle et un hôpital dédiés à saint Jean, et à Upaix où elle possédait également une chapelle de saint Jean.

Mais l'acquisition la plus importante que fit la commanderie de Saint-Pierre-Avez fut celle de la mense de l'abbaye de Clairecombe, située près de Ribiers. Cette abbaye, de l'ordre de Chalais, par suite de la mauvaise administration de son abbé Olivier (1268-1278), fut obligée de se dissoudre et ses biens furent acquis, on ne sait par quel moyen, par le seigneur de Ribiers et le commandeur de Saint-Pierre-Avez qui se les partagèrent le 15 mai 1282.

De cette abbaye dépendaient un hôpital proche de Ribiers, dont les ruines sont encore visibles, et un assez vaste territoire entourant les bâtiments et la chapelle de l'abbaye qui était dédiée à sainte Marie ; elle percevait, en outre, les dîmes d'une partie de la paroisse de Ribiers.

La commanderie de Saint-Pierre-Avez demeura indépendante jusqu'à la fin du XIVe siècle ; Pierre de Amati, le seul de ses commandeurs dont j'aie retrouvé le nom, vivait en 1389 (34). Elle fut, peu de temps après, unie à celle de Joucas, dans le Comtat-Venaissin.

En 1667, le membre de Saint-Pierre-Avez, pour me servir des termes d'un document officiel, possédait une maison dans le village, la juridiction haute, moyenne et basse de la seigneurie, la taxe d'un huitain et une émine de blé par maison à Barret-le-Haut, Barret-le-Bas et Saint-Pierre-Avez, un pré d'un quart de journal, six pièces de terre et un bois à la plaine de l'Oche, d'une demi-lieue de circuit. Il percevait, en outre, quelques dîmes à la Robine et à Notre-Dame-du-Fraisse, commune de Châteauneuf-de-Chabre (35). Les biens que la commanderie avait possédés autrefois à Upaix et à Arzeliers avaient été aliénés.
Sources : J. Roman. L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans les Hautes-Alpes. Grenoble 1884. - BNF

Notes

1. Tous les renseignements suivants, sauf ceux qui sont l'objet d'une note particulière, sont tirés des archives des Bouches-du-Rhône, Malte, grand prieuré de Saint-Gilles, commanderie de Gap.
2. Dans cet acte, Pierre Graffinel est seulement nommé Pierre, sacristain ; mais une charte du Cartulaire de Durbon le nomme Pierre Graffinel et mentionne également son frère Gerald.
3. Le rôle des donations faites à l'hôpital de Gap, de 1088 à 1143, se compose de soixante-trois articles dont quelques-uns contiennent plusieurs donations.
4. La cour de Chaudun est une sorte d'impasse donnant dans la rue Pérollière.
5. Inventaire de la Chambre des Comptes.
6. ibidem.
7. Personne n'a encore fait usage de ces documents topographiques que je compte utiliser dans une étude prochaine.
8. Archives des Hautes-Alpes, seigneurie de Sigottier.
— Archives de l'Isère, Chapitres des Comptes.
9. Inventaire des litres de Saint-Antoine, manuscrit à M.Chaper.
10. Ibidem.
11. Ibidem.
12. Archives de l'Isère, Chambre des Comptes, B, 3248, et Inventaire de la Chambre des Comptes.
13. Inventaire des titres de Saint-Antoine, manuscrit à M. Chaper.
14. Archives des Bouches-du-Rhône et Inventaire des titres de Saint-Antoine.
15. Archives de l'Isère, Comptes de châtellenie non inventories.
16. Archives des Hautes-Alpes, Chartes de Durbon et de Berthaud.
17. Inventaire des titres de Saint-Antoine.
18. Inventaire des litres de Saint-Antoine.
19. M. l'abbé Guillaume parle, dans son travail cité en tête de cet article, d'une commanderie de Chorges ; il n'y en a jamais eu.
20. Le Saint-Sépulcre fut donné, au commencement du XVIIe siècle, au collège des Jésuites d'Embrun.
21. Voir entre autres le manuscrit français 15719 de la Bibliothèque nationale.
22. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15719.
23. Chartes de l'Abbaye de Boscodon, dans lesquelles ce domaine est nommé Domus de Templo ou de Cavalaria. — L'église de Sainte-Marie-du-Temple était située près de la Durance, derrière la colline de Saint-Privat.
24. Hommage par Raymond de Casilhac, grand prieur de Saint-Gilles, Archives de l'Isère, B, 2628.
25. La chapelle de Saint-Jean, charmant bijou du XIIe siècle, absolument intact, et l'escalier taillé dans le roc, existent encore.
26. A moins qu'il n'y ait eu une commanderie particulière à Briançon, chose très possible mais dont je n'ai trouvé aucune trace.
27. Ces quatre localités se trouvent actuellement dans les Basses-Alpes.
28. Inventaire de la Chambre des Comptes du Dauphiné.
29. 2400 livres valeur intrinsèque, environ 12,000 francs à la puissance actuelle de l'argent (1900).
30. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15719.
31. M. Delaville-le-Roux place de 1307 à 1318, parmi les commandeurs de Gap, un Hugues de Bannes qui était un simple administrateur.
32. Il faut probablement supprimer Raimond de Savine que M. Delaville-le-Roux place en 1313.
33. Il semble impossible de placer Jacques de Venterol en 1534, et Pierre de Pontevès en 1538-1540, comme M. Delaville-le-Roux le fait dans sa liste d'après M. l'abbé Guillaume.
34. Archives de l'Isère, B, 3248.
35. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15719.


Ordre de Saint-Antoine

L'ordre de Saint-Antoine (1), fondé à Saint-Antoine-en-Viennois dans les premières années du XIIe siècle, dans le but de secourir les malades et les voyageurs, s'établit à Gap avant 1134. Il posséda cinq commanderies dans les Alpes, toutes situées dans le Gapençais ; c'étaient celles de Gap, de la Déoulle, de Bannes, de Veynes et d'Esparron.

La commanderie de Gap possédait une maison à Gap même ; un hôpital dédié à sainte Marie-Madeleine, à Larra, commune de la Bâtie-Vieille (1198) ; des revenus et des dîmes à la Rochette pour lesquels il y eut transaction avec le prieur de Romette et le sacristain du chapitre de Gap, le 14 novembre 1303 ; une part de la seigneurie de Rambaud, acquise de l'évêque de Gap le 17 octobre 1303 ; un hôpital à Tallard avec dépendances à Sigoyer, qui fut cédé à l'ordre de Saint-Jean en 1311. En outre, Rolland de Manteyer lui avait donné, en 1264, le droit de prendre dans ses forêts tout le bois de chauffage qui lui serait nécessaire. Une bulle papale du 1 er juin 1364 unit la commanderie de Gap à l'œuvre du monastère de Saint-Antoine.

La commanderie de la Déoulle existait antérieurement à 1288 ; le siège en était au Vivas, hameau de la commune de Vitrolles, et une chapelle du XIIe siècle, dont les ruines se voient près de la route, en faisait partie. En 1288, le samedi après la fête de saint Jean-Baptiste (28 juin), le commandeur de la Déoulle céda au prieur du Monêtier-Allemont tout ce qu'il possédait dans cette paroisse. En 1311, le 18 juillet, l'évêque de Gap transigea avec le même commandeur, lui donna ses biens de la vallée de Vitrolles, le prieuré de Saint-Martin-d'Aulps, des censes à Sémolas, terroir de Gap, des dîmes à Esparron, et reçut en échange le preuré de Pierre-Verte, diocèse de Sisteron, et tout ce que l'ordre de Saint-Antoine possédait à Charance. Le 28 mars 1471, le même commandeur acquit encore, par voie d'échange, quelques terres de la dame de Vitrolles ; enfin, on lui unit le couvent des Antonins de la Beaume-lès-Sisteron et tous les biens qui en dépendaient.

La commanderie de Bannes fut fondé par suite d'un acte d'échange passé entre le commandeur de Saint-Jean-de-Jérusalem, de Gap, et l'abbé de Saint-Antoine ; le premier donnait tous les biens qu'il possédait entre le col de Chauvet et Pont-Haut, c'est-à-dire dans le Champsaur et le Trièves, quelques terres à Gap et à la Roche-des-Arnauds, et recevait en échange la maison de l'Aumône de Tallard et ses dépendances. Cet acte est daté du 16 mai 1311. En 1424, l'ordre de Saint-Jean donna, en outre, à la commanderie de Bannes l'hospice de Saint-Grégoire du pont de Saint-Etienne-d'Avançon. La commanderie de Bannes avait son siège au hameau de Bannes, commune d'Aubessagne ; une bulle papale du 1er décembre 1582 l'unit à l'office de l'œuvre de Saint-Antoine.

Le 13 novembre 1312, l'évêque et le chapitre de Gap donnèrent à l'ordre de Saint-Antoine les cures et les prieurés de Veynes, Châteauvieux-les-Veynes, Etoile, Saint-Cyrice et Pierre-Verte, ce dernier au diocèse de Sisteron. On en forma la commanderie de Veynes. Cette commanderie possédait dans le bourg de Veynes une maison encore existante, un vaste domaine entouré de murs et nommé le Clastre (Claustrum), des moulins et d'autres propriétés. Une bulle papale du 21 avril 1498 l'unit à la mense de l'abbé de Saint-Antoine.

La commanderie d'Esparron devait son origine à un acte d'échange conclu le 26 mai 1338 éntre Guillaume de Poitiers, commandeur de Saint-Antoine de Gap, et le prieur du Monêtier-Allemont, par lequel ce dernier céda l'église de Saint-Pierre-d'Esparron, le juspatronat et les dîmes de cette paroisse. Une commanderie y fut établie et on y réunit quelques droits que l'ordre possédait à Esparron dès le commencement du XIVe siècle. La commanderie d'Esparron existait encore en 1516 (2), mais cent ans plus tard elle avait été réunie à celle de la Déoulle (3).

Tels furent les biens que l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem reçut dans les Alpes au moment de la suppression de celui de Saint-Antoine. Douze ans plus tard, lui-même fut supprimé et toutes ses propriétés vendues nationalement.
1. Presque tous les détails sur l'ordre de Saint-Antoine qui vont suivre sont tirés d'un manuscrit précieux de M. Chaper, contenant l'inventaire des archives de cet ordre.
2. Archives nationales, G. 8, 1.
3. Rôle des décimes de 1616. — Ce manuscrit m'appartient.

Sources : J. Roman. L'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans les Hautes-Alpes. Grenoble 1884. - BNF