Organisation générale

Organisation Générale

France
La France, considérée dans ses limites actuelles, ne répond, au point de vue du développement territorial que l'Hôpital y acquit, à aucune division administrative de l'Ordre. A l'origine, l'autorité du prieur de S. Gilles l'englobait tout entière, et s'étendait même sur la Belgique et sur une partie de l'Espagne. Successivement, divers dédoublements donnèrent naissance aux prieurés de France et d'Auvergne, formèrent des commanderies de Bourgogne un groupe distinct, et amenèrent, au XIVe siècle, l'établissement des prieurés de Toulouse, d'Aquitaine et de Champagne, démembrements de S. Gilles et du prieuré de France. Il ne faut pas perdre de vue, en étudiant l'organisation de l'Hôpital sur le territoire actuel de la France, que le point de départ fut à S. Gilles, et que l'immense étendue de ce prieuré se restreignit au fur et à mesure des nécessités administratives par l'institution de circonscriptions nouvelles, qui se détachèrent de lui pour prendre une existence autonome.

A la tête du groupement français se place le grand-commandeur de France ; au-dessous de lui, pour la période qui nous occupe, l'administration régionale est aux mains des prieurs de S. Gilles, de France et d'Auvergne, dont les pouvoirs s'étendent sur la totalité de la France actuelle; au lendemain de la dévolution des biens du Temple à l'Hôpital, les prieurés d'Aquitaine, de Toulouse et de Champagne furent constitués aux dépens des trois anciens prieurés de S. Gilles, de France et d'Auvergne ; cette constitution, postérieure au terme que nous avons assigné à notre travail, échappe à notre examen. Nous nous bornerons donc à étudier en premier lieu les attributions du grand-commandeur de France, ensuite celles des prieurs de S. Gilles, de France et d'Auvergne, et enfin les modifications successives qui s'introduisirent, aux XIIe et XIII siècles, dans la circonscription territoriale de leurs prieurés.
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I. Grand-commandeur de France
La France eut, comme les autres pays, un grand-commandeur, mais cette fonction ne semble pas y avoir été instituée d'une façon permanente. Nous la rencontrons en 1189, en 1191, en 1202, en 1212 et vers 1239 (1); elle disparaît à partir du milieu du XIIIe siècle. L'étude comparative des diverses charges occupées par les titulaires de ce poste montre que cette magistrature fut exceptionnelle et de courte durée. Le cas d'Isembard, pour ne citer qu'un exemple, est topique, et ne laisse, sur ce point, place à aucune hésitation. Prieur de France en 1202 et 1203, Isembard est grand-précepteur de l'Ordre en février 1208 ou 1209, grand-commandeur « deçà mer » en février 1211, et grand-commandeur de France en 1212. En 1219, il est de nouveau investi du grand-préceptorat de l'Ordre, auquel il joint la lieutenance du grand-magistère en Syrie; en octobre 1222, il redevient grand-précepteur « deçà mer. »

Il semble donc que le pouvoir central ne nommait un grand-commandeur de France qu'en cas de besoin spécial, à intervalles irréguliers. Nous avons déjà remarqué plus haut que jamais l'existence de ce dignitaire ne coïncida avec celle du grand-commandeur « deçà mer » (2), et que le grand-commandeur de France exerçait son autorité sur la partie de la France actuelle étrangère au prieuré de S. Gilles, et sur la Belgique, tandis que le grand-commandeur « deçà mer » étendait la sienne sur ce prieuré (3).

Si pour le premier titulaire, Garnier de Naplouse (1189), qui résigna ses fonctions de grand-commandeur de France l'année suivante pour cause de promotion au magistère, nous apercevons les motifs de la mutation, il n'en est pas de même pour ses successeurs. Pourquoi Ogier, prieur de S. Gilles en 1190 et grand-précepteur de l'Ordre le 31 octobre 1190, après être devenu grand-commandeur de France en 1191, redevint-il prieur de France en 1194 et 1195 ? Pourquoi fut-il rappelé en Terre Sainte, où nous le voyons porter le titre de prieur de France, le 21 août 1198, et fut-il de nouveau pourvu du poste de grand-commandeur de France en juillet 1202 et en 1203 ? Pourquoi Isembard fut-il alternativement grand-commandeur de France et grand-commandeur « deca mer » ? Faut-il induire de ces diverses remarques que, lorsque la charge de grand-précepteur « deçà mer » n'avait pas d'objet, ou que cet objet était limité au ressort du grand-commandeur de France, ce dernier suffisait à la remplir, et que le grand-maître donnait à son délégué spécial, suivant les cas, l'un ou l'autre de ces titres ?

Nous observons qu'à partir du milieu du XIIIe siècle on ne rencontre plus aucune trace du grand-commandeur de France ; nous ignorons malheureusement à quels motifs l'Ordre obéit en supprimant cet office, tandis qu'il maintint celui de grand-commandeur « deçà mer ». Il semble, pour les raisons exposées plus haut (4), qu'il y ait eu entre la nature des fonctions de ces deux hauts dignitaires une corrélation intime, dont le lien nous échappe, mais qui n'est assurément pas accidentelle et qui mérite de retenir l'attention.
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II. Prieuré de S. Gilles
Le premier prieuré constitué en Occident par les Hospitaliers fut celui de S. Gilles; sa fondation remonte au début du XIIe siècle. A une époque contemporaine de la conquête de Jérusalem par les Croisés, les premières donations faites à l'Hôpital et au S. Sépulcre apparaissent dans le midi de la France, et se succèdent rapidement dans cette région. En 1113, le pape Pascal II ratifie les possessions de l'Ordre à S. Gilles; l'année suivante, Raymond-Bérenger III, comte de Barcelone et de Provence, exempte l'Hôpital de tout droit de péage sur la Durance (5). On sait que S. Gilles était au moyen-âge le port d'embarquement des croisés et des pèlerins allant en Terre Sainte; aussi est-il naturel que les Hospitaliers y aient créé leur premier établissement occidental, et que celui-ci ait pris un rapide développement. Vers 1120, nous trouvons déjà mentionnée l'existence d'un prieur de S. Gilles, appelé Pons (6), et en 1123 celle d'un chapitre prieural (7) ; à partir de 1143, la liste des prieurs se suit presque sans lacunes (8).

Au milieu du XIIe siècle, le ressort du prieuré de S. Gilles embrassait, au sud des Pyrénées, une partie de la Catalogne et de l'Aragon, et, au nord de celles-ci, les possessions de l'Ordre situées dans les limites actuelles de la France et de la Belgique (9). L'administration d'un territoire d'une pareille étendue excédait les forces d'un seul fonctionnaire ; aussi voit-on successivement se détacher de S. Gilles la châtellenie d'Amposte, le prieuré de France et celui d'Auvergne ; puis S. Gilles lui-même abandonne le Languedoc et la Gascogne à l'autorité d'un prieur de Toulouse, la Bourgogne à celle d'un prieur d'Auvergne.

Il convient également de signaler, dès les premières années du XIIe siècle, l'existence d'un prieur qui régit le Toulousain et pays environnants. Ce personnage, dont on retrouve la trace vers la fin du XIIe siècle, était-il à l'origine un prieur ecclésiastique ou un prieur analogue à celui de S. Gilles ? La question ne laisse pas que d'être embarrassante. Il semble bien que ce fonctionnaire ne fut jamais, avant le démembrement qui institua le prieuré de Toulouse au commencement du XIVe siècle, l'égal du prieur de S. Gilles ; mais si l'on observe que les toutes premières donations à l'Ordre furent nombreuses dans la région toulousaine, on comprend qu'elles n'aient pas tardé à être centralisées sous la direction d'un agent, dont la création, quel qu'ait été le titre qui lui fut donné, répondait à un besoin administratif.

De ces démembrements, dont les derniers sont postérieurs à l'époque qui nous occupe, le premier est celui des provinces espagnoles (Aragon et Catalogne) sous le nom de châtellenie d'Amposte; en 1157, Geoffroy de Brésil est titulaire de cette nouvelle circonscription (10). Les pays de langue d'oïl ne tardent pas à bénéficier de l'exemple donné par Amposte : la création du prieuré de France se place entre 1178 et 1179, avec Anselme comme premier titulaire, « primus prior in Francia » (11). Mais la Bourgogne reste rattachée à S. Gilles, avec un fonctionnaire spécial, appelé « magister Burgondie », qui relève du prieur de S. Gilles (12). Ce personnage apparaît en 1187, et on le retrouve pendant une grande partie du XIIIe siècle. Il a sous ses ordres le duché de Bourgogne, le Forez et la partie du Dauphiné et de la Bresse avoisinant le Lyonnais. A la fin du XIIIe siècle, la Champagne obéit à un prieur de Bourgogne, relevant du prieur de France ; en 1301, Ithier de Nanteuil est à la fois prieur de France et de Bourgogne. Quelques années plus tard, dans le premier tiers du XIVe siècle, la création de prieuré de Champagne, démembrement des prieurés de France et de S. Gilles, rattache la Bourgogne à cette nouvelle circonscription, et le « magister Burgondie » disparaît (13).

Au XIIIe siècle, un nouveau démembrement se produit. Le prieuré d'Auvergne prend naissance entre 1229 et 1245, et est formé des établissements de l'Ordre situés dans le massif central des Cévennes et du Jura, en dehors de toute division géographique ou politique.

Enfin, aux premières années du XIVe siècle, la dévolution des biens du Temple aux Hospitaliers, en doublant les possessions de ces derniers, rend nécessaire un nouveau remaniement des prieurés. On enlève à S. Gilles la Bourgogne, pour former avec cette province et celles de Champagne et de Lorraine, distraites du prieuré de France, le nouveau prieuré de Champagne; on lui enlève aussi en 1315 le Haut-Languedoc, la Guyenne, la Gascogne, le Bigorre, la Biscaye et le comté de Foix pour constituer le prieuré de Toulouse. Il lui reste alors la Provence, le Comtat Venaissin, la partie orientale du Languedoc, le comté de Nice, le Haut-Dauphiné et la partie inférieure de cette province (Valentinois et Diois), le Gévaudan et une portion du Rouergue. C'est sous cette forme territoriale qu'il restera constitué jusqu'à la chute de l'Ordre.

On peut juger, par les démembrements successifs que nous avons signalés, l'importance du prieuré primitif de S. Gilles. Evidemment ses accroissements, constants aux XIIe et XIIIe siècles, furent considérables, puisqu'à chaque accroissement correspond un dédoublement territorial. Le prieuré de S. Gilles occupe, dans l'histoire de l'Ordre, la première place, tant par l'ancienneté de sa fondation que par le nombre et l'étendue de ses possessions. Ses prieurs sont les fonctionnaires les plus considérables de l'Hôpital en Occident, et jouent un rôle prépondérant dans le développement de l'Ordre. Trois d'entre eux, Armengaud d'Asp, Bertrand de Comps et Guillaume de Villaret, parvinrent à la grande-maîtrise ; d'autres, comme Bertrand et Féraud de Barras, se distinguèrent par leur influence personnelle et leurs qualités administratives. Leur chronologie n'est pas sans présenter, surtout à la fin du XIIIe siècle, de sérieuses difficultés, dont la solution n'est rien moins que définitive (14).
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III. Prieuré de France
En parlant de S. Gilles, nous avons montré que la constitution du prieuré de France fut un démembrement de celui de S. Gilles. Nous avons la bonne fortune de pouvoir placer, d'une façon certaine, l'époque de la création de ce nouveau prieuré entre les années 1178 et 1179. Nous avons, en effet, un document daté de 1178, dans lequel le prieur de S. Gilles intervient pour concéder à un tiers des terres situées dans le ressort de ce qui sera plus tard le prieuré de France, tandis que, dans un second document, postérieur d'un an au premier (1171), figure un personnage du nom d'Anselme avec la qualification de « primus prior in Francia » (15). Ces deux textes, en s'éclairant mutuellement, nous autorisent à affirmer que le prieuré de France fut fondé entre 1178 et 1179; le court intervalle de temps qui les sépare permet de donner à cette fondation une date d'une précision presque absolue (16).

Il va sans dire qu'avant cette constitution régulière le prieuré existait déjà, au moins virtuellement. Rien d'étonnant dès lors de rencontrer, à une date qui se place entre 1143 et 1168, l'existence d'un « provisor in Francia rerum Hospitalis », appelé Josselin (17), de constater en 1173 la trace d'un prieuré de France (18) et de trouver, dans un acte non daté mais qui remonte certainement à une époque antérieure à la fondation du prieuré, la mention d'Anselme, — celui-là même qui fut le premier prieur de France, — sous les titres de : « Dei patientia ad regendas sancti Hospitalis ecclesias in Galliis constitutas minister constitutus » et de « qui domorum omnium sancti Hospitalis intra Gallias villicatione fungitur (19). » On s'explique facilement qu'avant de consacrer le démembrement d'une partie du prieuré de S. Gilles en faveur d'un prieur de France, l'Ordre ait institué, pour administrer les provinces de la future circonscription, un agent, dont le titre et les fonctions, d'abord provisoires, ne devinrent définitifs qu'en 1178 ou 1179.

Le ressort du prieuré de France embrassait alors, d'une façon générale, les pays de langue d'oïl actuellement compris dans les limites de la France, à l'exception de la Bourgogne, et la Belgique. Cette circonscription territoriale ne fut pas modifiée pendant le XIIIe siècle : au commencement du XIVe siècle, elle fut dédoublée par la création du prieuré d'Aquitaine (pays entre Loire et Dordogne et Bretagne) et par la création du prieuré de Champagne, qui lui prit les provinces de Champagne et de Lorraine.

La chronologie des premiers prieurs de France n'est pas sans présenter quelques obscurités ; au début d'une organisation nouvelle il n'en pouvait être autrement. Ici la confusion a pour cause l'existence des grands-commandeurs de France et celle du grand-commandeur « deçà mer », dont l'autorité intermittente ne s'exerce que pendant les vacances du prieuré de France. Nous avons dit plus haut dans quelles conditions ces deux dignitaires étaient investis de leurs pouvoirs (20). Ce qui semble certain, c'est que, pendant leurs magistratures, il n'y avait pas de prieur de France, mais seulement des lieutenants du prieuré.

La série des prieurs de France, à partir du XIIIe siècle, offre en général peu de particularités remarquables. Il faut faire cependant une exception en faveur de Philippe d'Egly, dont la personnalité semble avoir exercé sur les affaires de l'Ordre une influence considérable et funeste. Prieur de France une première fois en 1250, et remplacé de 1253 à 1259 par deux successeurs, Guillaume Pijon et Nicolas d'Escamps, Philippe d'Egly reprend ses fonctions entre 1260et mars 1264, et les conserve probablement encore quelque temps après cette date. En 1266, Charles I d'Anjou, roi de Naples, dont il paraît être le favori, demande au pape de le détacher à son service et de le mettre à la tète des établissements des Hospitaliers au royaume de Naples ; soutenu par le roi, il se maintient jusqu'au printemps de 1269 dans ces nouvelles fonctions, malgré la ruine que son administration désastreuse cause aux commanderies napolitaines. Homme d'action, toujours en lutte contre le parti hostile à Charles d'Anjou, il met l'Ordre et les finances de l'Hôpital au service des intérêts du roi; de même qu'il avait déjà considérablement endetté le prieuré de France, il continue à Naples les mêmes errements, et le pape, tout en reconnaissant les dangers qu'il fait courir à l'Hôpital et la réprobation que ses agissements soulèvent, n'ose, par crainte de son protecteur, mettre fin à sa mission et lui ordonner de rentrer en France. Cette situation a son contrecoup au prieuré de France, qui, sans titulaire de 1267 à 1271, est administré par des lieutenants; Jean de Chevry n'est créé prieur qu'en 1272, et rétablit une administration régulière.

Quelques années plus tard, le gouvernement d'Ithier de Nanteuil, un des plus longs que nous ayons constaté (1290-1310), n'est pas sans amener dans la chronologie prieurale une difficulté sérieuse. En 1298 (18 février) et 1299 (17 juillet), on rencontre le nom d'un autre prieur, Guillaume de Vandelin, agissant dans des actes rendus en faveur de la commanderie champenoise de S. Amand. Ces actes sont précisément de la même époque qu'une série de documents dans lesquels Nanteuil figure en qualité de prieur, et ne s'expliquent que par l'hypothèse que Vandelin, lieutenant du prieur, aura pris le titre de son commettant dans toutes les affaires qu'il aura menées personnellement en dehors de celui-ci.

Parmi les provinces qui constituaient le prieuré de France, la Normandie mérite une mention spéciale ; elle eut, en effet, une organisation particulière, qui, à la fin du XIIe et au commencement du XIIIe siècle, la constitua en une sorte de prieuré, dont le chef prenait tantôt le titre de prieur, tantôt celui de maître ou de précepteur de Normandie. Bien que la plupart des actes dans lesquels figure ce personnage ne soient pas datés, il en est cependant quelques-uns qui, datés, permettent de fixer les points de repère essentiels à déterminer cette chronologie.

En 1185, Anselme de Corbeil était à la fois prieur de France et de Normandie (21) ; mais, quatre ans plus tard, Garnier de Naplouse, qui cumulait les fonctions de prieur d'Angleterre et de grand-commandeur de France, était suppléé sur le continent par deux vice-prieurs, Anselme et Jacques (22). De ces deux fonctionnaires, le premier semble être Anselme de Corbeil, et les documents postérieurs qui le mentionnent sont relatifs à des actes relatifs à des possessions situées dans le ressort du prieuré de France proprement dit. Quant à Jacques, si l'on tient compte d'une pièce de 1199, dans laquelle un personnage du même nom figure avec le titre de prieur de Normandie, on peut sans témérité supposer qu'il était spécialement chargé des affaires de l'Ordre en Normandie (23). Cette hypothèse se fortifie par le fait qu'en 1189 la Normandie, appartenant à l'Angleterre, était politiquement séparée des autres possessions du prieuré, qui dépendaient du royaume de France; il dut sembler naturel à Garnier de Naplouse, prieur d'Angleterre, de constituer, pour administrer une province anglaise, un agent distinct de celui auquel obéissaient les commanderies françaises du prieuré. Ce qui est certain, c'est qu'en 1199 Jacques était prieur de Normandie, qu'en 1202 Etienne portait le titre de précepteur, et en 1225 Raoul du Bosc celui de maître en Normandie (24). Trois autres titulaires de cette charge, Heudebaud, Guillaume du Tertre et Robert Poucin, sont mentionnés dans des actes non datés, mais que leurs caractères paléographiques permettent de placer dans le premier tiers du XIIIe siècle; ils s'intercalent, d'une façon que nous ne saurions préciser, entre 1202 et 1225 environ, et attestent la continuité de ce rouage administratif. Après eux, nous ne trouvons plus aucune trace des prieurs normands. Un acte de 1280 cependant montre que cette circonscription n'avait pas disparu, puisque Jean de Chevry, ex-prieur de France, portait à cette date le titre de bailli de l'Hôpital en Normandie.
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IV. Prieuré d'Auvergne
L'établissement du prieuré d'Auvergne se place entre 1229 et 1245. Nous savons, en effet, qu'en 1229 le prieur de S. Gilles intervenait encore dans un acte relatif à la Rousselière, membre de Chazelles (25), tandis qu'en 1245(21 janvier) nous trouvons la mention de la mort d'un prieur d'Auvergne, Bertrand des Barres (26). Quelques années plus tard, à partir de 1260, la série chronologique des prieurs d'Auvergne s'ouvre et se déroule régulièrement et sans lacunes. Cette fixité dans les attributions et dans l'étendue des pouvoirs de ces prieurs, qu'on ne rencontre généralement pas au début de la constitution des prieurés, est due au fait que le prieuré d'Auvergne prit naissance à une époque où, l'administration de l'Ordre étant déjà fortement établie, les tâtonnements et les conflits d'autorité, si fréquents à l'origine des autres groupements administratifs de l'Hôpital, lui furent épargnés (27).

La circonscription territoriale du prieuré d'Auvergne, qui ne correspondait à aucune division géographique ou politique, comprenait le massif central des Cévennes et du Jura, c'est-à-dire l'Auvergne, le Velay, la Marche, le Forez, le Vivarais, la Savoie, le Gévaudan, le Viennois, le Bugey, la Bresse, les Dombes, le Beaujolais, le Lyonnais, la Franche-Comté, le Bourbonnais, le Limousin et une partie du Berry. Les nécessités ou les convenances administratives présidèrent seules à la détermination des pays qui furent mis sous l'autorité du nouveau prieur. La création de ce prieuré est, pour la période qui nous occupe, le dernier démembrement du prieuré de S. Gilles.
Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
— Vous pouvez voir le livre dans son intégralité à cette adresse : Archives.Org
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Les Notes
1. Voir à l'Appendice la liste des grands-commandeurs de France.
2. V. plus haut, p. 360.
3. V. plus haut, p. 359.
4. V. plus haut, p. 360 et 361.
5. Cartulaire, I, nº 30 et 33.
6. Cartulaire, I, nº 42, 54, 64-6.
7. Cartulaire, I, nº 69.
8. Voir à l'Appendice la liste des prieurs de S. Gilles.
9. On peut même, dans une certaine mesure, rattacher l'Angleterre au prieuré de S. Gilles. Bien qu'au milieu du XIIe siècle (entre 1143 et 1152) Gautier fût prieur d'Angleterre (Cartulaire, I, nº 148-149), nous voyons ce personnage soumettre une de ses décisions à la ratification du prieur de S. Gilles. Ce dernier conservait donc à cette époque une autorité supérieure sur le prieur d'Angleterre.
10. Cartulaire, I, nº 257.
11. Delaville Le Roulx, Fondation du grand-prieuré de France, dans Mélanges Julien Havet, 283-9.
12. Cartulaire, I, nº 507, 721, 835 et 886. La donation qui fait l'objet de cette dernière pièce est acceptée par le maître de Bourgogne et par le chapelain du prieur de S. Gilles (1190).
13. Voir à l'Appendice la liste des maîtres de Bourgogne.
14. Voir plus bas à l'Appendice la liste des prieurs de S. Gilles.
15. Cartulaire, I, nº 528 et 552.
16. Delaville Le Roulx, Fondation du grand-prieuré de France, dans Mélanges Julien Havet, 283-9.
17. Cartulaire, I, nº 147.
18. Cartulaire, I, nº 442.
19. Anselme reconnaît que l'église d'Eterpigny doit à l'église de Ham une rente de cinq sous pour la petite dîme de Libermont, qu'elle possède par don de Dreu de Visi (Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, vol. 76, f. 219, copie de D. Grenier, XVIIIe s.)
20. V. plus haut, pages 358-61 et 363-4.
21. Donation de Raoul de Grisy « Consilio et assensu fratris Anselli de Corbuel, prioris Gallie et Normannie » (Paris, Arch. nat.,S. 5057, nº 8).
22. Cartulaire, I, nº 868.
23. Cartulaire, I, nº 1056.
24. V. plus bas à l'Appendicela liste des prieurs de Normandie.

Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
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