Généalogie des Maîtres

Généalogies des Grands Maitres

Raymond du Puy. 9 décembre 1125 — 25 octobre 1158
Le début du magistère de Raymond du Puy se place entre la fin de l'année 1120 et les premiers mois de l'année 1121. Bien que le premier acte daté dans lequel figure le nouveau grand-maître ne soit que du 9 décembre 1125 (1), il n'y a pas lieu de suspecter le témoignage de Foucher de Chartres, d'après lequel Gérard mourut le 3 septembre 1120 (2). Divers historiens, Bosio (3), Maimbourg (4), etc., avaient cru pouvoir intercaler entre Gérard et Raymond le magistère d'un certain Roger ou Broyant Roger. Pauli (5) avait déjà fait justice de cette hypothèse, quand P. A. Paoli (6) produisit un document décisif, qui établissait irrécusablement la succession directe de Raymond du Puy à Gérard (7). Il ne subsiste donc plus actuellement aucun doute sur ce point.

La plupart des historiens de l'Hôpital donnent à Raymond du Puy comme lieu de naissance le Dauphiné, et le rattachent à la maison du Puy-Montbrun. Cette conjecture, conforme à la tradition constante de l'Ordre, repose, à défaut de preuves péremptoires, sur un ensemble de présomptions assez fortes pour devoir être acceptée (8).

Quant à l'origine lucquoise de Raymond, préconisée par Gamurrini (9) et quelques autres, elle ne semble pas, même à Pauli, soutenable, la famille lucquoise des du Puy (Poggio de Porcari), dont la descendance et la participation aux croisades est hypothétiquement échafaudée, ayant avant le XIVe siècle émigré en France et s'étant fondue avec celle des du Puy-Montbrun, — ce qui, selon la remarque de Pauli, ramène indirectement à l'origine dauphinoise du grand-maître.

Avec le magistère de Raymond du Puy le caractère de l'Ordre se modifie ; tout en restant hospitalier, il devient militaire. La date de cette transformation est difficile à déterminer avec précision. Si, sous Gérard, il nous paraît que l'Hôpital s'adonna exclusivement à l'hospitalité, et que l'usage des armes entre ses mains fut limité à sa propre défense et à celle des pèlerins dont il assurait la sécurité (10), il n'en fut pas de même pour Raymond du Puy. Un acte du 17 janvier 1126 (11) nous révèle le nom d'un connétable des Hospitaliers, Durand, qui semble bien être un officier militaire, et fait supposer qu'à ce moment cette transformation était déjà accomplie. Ce qui est certain, c'est qu'à partir de 1137 l'Ordre prend part aux guerres soutenues par les Latins du royaume de Jérusalem contre les Musulmans (12), et compte parmi les plus ardents défenseurs de la cause chrétienne en Terre Sainte.

C'est également au même magistère que se rattache la promulgation de la règle de l'Hôpital. Celle-ci lui fut-elle directement donnée par Raymond du Puy, ou fut-elle la codification et la mise à jour d'un règlement antérieur émané de Gérard ? Poser la question, c'est la résoudre. Un institut ne se conçoit, pas sans une règle, et il n'est pas douteux que sous Gérard les Hospitaliers obéissaient à une règle, quelque rudimentaire qu'on la veuille imaginer. Les historiens de l'Ordre ont vainement accumulé des preuves, d'une authenticité discutable ou controversée, pour faire remonter au temps de Gérard une première confirmation de la règle par les souverains pontifes (13) ; leur raisonnement ne se justifie pas, et n'a aucun intérêt à être justifié. La promulgation de la règle des Hospitaliers, base fondamentale de leurs constitutions, a toujours, et avec raison, été attribuée à Raymond du Puy.

Il serait intéressant de pouvoir préciser à quel moment du long magistère de Raymond du Puy se place cette promulgation. Malheureusement, là encore, nous devons avouer notre impuissance. Le seul fait certain, c'est qu'elle est antérieure à 1153, puisqu'elle fut confirmée par le pape Eugène III, qui mourut le 7 juillet 1153 (14); mais il semble peu probable que les Hospitaliers l'aient attendue si longtemps, et il est vraisemblable de la reculer de quelques années. Rien dans son contenu, dont nous parlerons plus bas, ne permet de préciser la question; on y reconnaît deux parties distinctes, dont la seconde semble postérieure à la première, et on y constate l'absence de toute allusion au rôle militaire des Hospitaliers. Cette remarque est-elle suffisante pour la rattacher à la période pendant laquelle l'Ordre fut exclusivement hospitalier ?

La première manifestation de l'activité militaire des Hospitaliers se place en 1137. Menacé de toutes parts par les Musulmans, attaqué sur toutes ses frontières et souvent avec succès, le royaume de Jérusalem avait peine à tenir tête à ses ennemis. Ascalon surtout, par sa position sur la mer et ses communications avec l'Egypte, qui permettaient au sultan de renouveler sans cesse la nombreuse garnison qu'il y entretenait, était un danger permanent pour les Chrétiens, une place d'où l'ennemi faisait de continuelles incursions dans la partie méridionale du royaume. Sur le conseil du roi Foulques, les Latins décidèrent de fortifier, à l'est de cette ville, la position de Gibelin (Beit-Djibrin), qui appartenait à l'Hôpital (15), et d'y ériger un château-fort. Les travaux, dirigés avec la plus grande activité par le patriarche de Jérusalem Guillaume, furent rapidement achevés. La garde de la nouvelle forteresse fut naturellement confiée aux Hospitaliers, que cette désignation plaçait à un poste d'avant-garde, l'un des plus exposés de la Terre Sainte (16).

En 1140, les affaires de l'Ordre appelèrent Raymond du Puy en Occident. Il s'agissait de régler l'important accroissement territorial dont, en 1131, les Hospitaliers avaient été l'objet de la part d'Alphonse Lie Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre, et que des circonstances politiques avaient jusqu'alors empêché de réaliser (17). Ce prince, qui n'avait pas d'héritiers, avait institué comme légataires de son royaume l'Hôpital, le Temple et le S. Sépulcre, chacun pour un tiers, à charge de délivrer quelques legs particuliers à diverses églises. A sa mort (automne de 1134) (18), le testament, comme il était facile de le prévoir, ne fut pas respecté. La Navarre et l'Aragon, restés sans roi, se séparèrent ; la première proclama roi Sanche-Ramirez; le second arracha au couvent de S. Pons de Tommières, dans lequel il s'était retiré, Ramire II, frère d'Alphonse I, le fit monter sur le trône et lui fit épouser Agnès d'Aquitaine. L'héritage échappait aux légataires ; mais ceux-ci ne perdirent pas tout espoir, sinon de faire reconnaître leurs droits, du moins d'obtenir par un arrangement amiable une compensation équitable.

Ils semblent ne pas avoir tenté de faire triompher leurs prétentions vis-à-vis de la Navarre, mais les avoir limitées à l'Aragon. Ramire II, lorsque la naissance d'une fille Pétronille eût assuré l'hérédité de la couronne, retourna à la vie monastique (1137), après avoir fiancé cette fille, âgée de deux ans, à Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone, et avoir institué celui-ci régent du royaume d'Aragon. C'est donc avec Raymond-Bérenger IV que les légataires entamèrent des pourparlers. Le grand-maître Raymond du Puy en fut l'âme. Il vint en 1140 en Espagne pour les faire aboutir, muni des pleins pouvoirs du patriarche de Jérusalem au nom du S. Sépulcre, et probablement aussi de ceux des Templiers (19). La transaction qu'il négocia fut conclue le 16 septembre 1140 (20). Le S, Sépulcre et l'Hôpital abandonnaient leurs prétentions territoriales à Raymond-Bérenger IV, sauf le cas où celui-ci mourrait sans postérité; mais ils retenaient à Barbastro, à Huesca, à Saragosse, à Daroca, à Calatayud, à Jacca, dans toutes les villes que l'Aragon acquerrait par la suite, et dans tous les châteaux et villes du royaume comptant plus de trente paysans, les droits exercés par la couronne sur les habitants et leurs biens, à l'exception du droit d'ost contre les Infidèles. L'Hôpital se réservait en outre le terrain nécessaire à l'édification d'une église et d'un établissement à Jacca (21).

Cet arrangement, qui ne soulevait pas la question politique, et qui ne contestait pas aux Aragonais et aux Navarrais le droit, dont ils avaient usé, de se choisir d'autres maîtres que les trois légataires, était de nature à satisfaire les parties contractantes; il mettait fin à des prétentions qui, malgré leur légitimité, étaient irréalisables dans leur intégrité, et assurait aux légataires un ample et suffisant dédommagement. Cet heureux résultat, dû à l'intervention de Raymond du Puy, fait le plus grand honneur à l'habileté et à la prudence politiques du grand-maître (22).

Il est également probable que Raymond du Puy profita de son séjour en Occident pour faire reconnaître par le S. Siège les droits que l'Ordre avait sur l'hospice Teutonique établi à Jérusalem. On sait que vers 1128 un pèlerin allemand et sa femme avaient fondé dans la Ville Sainte un hospice allemand sous le vocable de la Vierge, destiné à recevoir les pèlerins de nationalité allemande, et origine de l'ordre des Teutoniques. Cet établissement ne tarda pas à chercher à échapper à la subordination de l'Hôpital, à laquelle ses fondateurs l'avaient rattaché; se sentant de jour en jour plus fort, il aspirait à l'indépendance. Cette situation engendrait des dissensions et des scandales auxquels il importait de mettre fin ; le grand-maître dut l'exposer au pape et solliciter l'intervention du pontife. Celle-ci se produisit en 1143, sous forme d'une bulle de Célestin II qui plaçait l'hospice des Teutoniques sous la dépendance directe de Raymond du Puy, mais obligeait celui-ci à désigner comme prieur et comme servants des frères parlant allemand (23). Ce n'était pour les Teutoniques qu'une faible satisfaction en comparaison de l'autonomie qu'ils poursuivaient; pour les Hospitaliers, c'était une victoire, puisque le S. Siège leur reconnaissait une suprématie que, bien que l'ordre Teutonique eût conquis son indépendance dès 1190, ils conservèrent au moins jusqu'en 1229 (24).

Quelques années plus tard, la seconde croisade amène en Terre Sainte l'empereur d'Allemagne Conrad III et le roi de France Louis VII; ceux-ci, pour décider les opérations à entreprendre contre les Infidèles, tiennent à Acre, le 24 juin 1148, un conseil de guerre. Raymond du Puy y participe, et son avis est d'autant plus écouté qu'il émane d'un homme dont l'expérience supplée à l'ignorance des croisés sur les choses d'Orient, et qu'il engage la coopération militaire de l'Ordre dont il est le chef. Cette coopération, bien qu'elle ne soit formellement attestée par aucun texte, n'est pas douteuse. La présence du grand-maître au conseil s'expliquerait-elle, s'il n'avait pas dû joindre un contingent de ses chevaliers à l'armée chrétienne ? Aurait-on eu l'idée, comme on le fit, d'incriminer la conduite de l'Ordre pendant la campagne, s'il n'y avait pas pris part ? On sait que le conseil de guerre décida la marche sur Damas et le siège de cette ville (25) ; on sait également à quel échec aboutirent les opérations contre cette place. Après quelques succès partiels, au moment où Damas semblait réduite aux abois, les Chrétiens, manquant de vivres, durent lever le siège et se replier sur le royaume de Jérusalem. Ce fut, parmi les croisés, un cri général d'indignation; il n'était douteux pour personne qu'ils avaient été trahis, mais il était plus difficile de déterminer à qui incombait la responsabilité de la trahison. On accusa successivement le roi Baudouin III, le patriarche Foucher, le comte Raymond d'Antioche, Elinand de Tibériade, le comte Thierry de Flandre, les Templiers et même les Hospitaliers d'en être les auteurs (26).

Y eut-il réellement trahison ? On peut en douter, les vaincus étant naturellement portés à l'invoquer pour excuser leur insuccès. Des différents personnages auxquels elle fut imputée, les Hospitaliers seuls nous intéressent ici, et il convient d'examiner si, en ce qui les concerne, l'accusation peut se justifier. Nous ne le pensons pas. Les témoignages qui les chargent sont au nombre de deux, ceux de Sicard de Crémone (27) et d'Ernoul (28), et visent en même temps le Temple et l'Hôpital. Chacun sait qu'au moyen âge l'opinion que les Templiers étaient capables de trahir la cause chrétienne était universellement enracinée dans les esprits (29). De l'habitude qu'on avait d'associer dans les récits contemporains les exploits des deux ordres militaires, — et de fait cette association se produisit fort souvent, — il n'y avait qu'un pas à les associer également dans la trahison. Les Hospitaliers n'ayant jamais en Terre Sainte, comme leurs compagnons d'armes du Temple, encouru le reproche de trahison, l'accusation portée contre eux n'est pas suffisamment établie pour être accueillie, et doit être, croyons-nous, écartée.

Dans les années qui suivirent l'échec de la seconde croisade, les Latins se défendent avec des succès divers : au nord, du côté d'Antioche, contre Nour-ed-Din, au comté d'Édesse contre le sultan d'Ionium; au sud, ils fortifient Gaza pour résister à la garnison sans cesse renouvelée d'Ascalon, et repoussent les incursions des Turcomans sur le territoire de Jérusalem et au Mont des Oliviers (1149-1152). Mais leur objectif principal est Ascalon. Ils comprennent que cette place, par sa situation maritime, est le trait d'union entre l'Egypte, qui la ravitaille et la met sans cesse en meilleur état de résistance, et les Musulmans de l'Asie Mineure; qu'elle est une menace permanente pour leurs possessions, et que, la mise en défense de Gaza et de Gibelin ne suffisant pas pour conjurer le danger de ce côté, la sécurité de la frontière méridionale du royaume ne peut être assurée que par la conquête d'Ascalon.

Profitant des circonstances politiques qui paraissent favorables, une armée chrétienne, commandée par le roi Baudouin III, apparaît sous les murs de la place, le 27 janvier 1153. Elle se compose de l'élite de la chevalerie chrétienne ; les Templiers et les Hospitaliers, sous les ordres de leurs grands-maîtres, en font partie ; une flotte de quinze navires la soutient du côté de la mer. Pendant deux mois l'investissement ne donne aucun résultat appréciable ; aux approches de Pâques de nombreux pèlerins renforcent l'armée assiégeante ; une démonstration, mollement tentée par Nour-ed-Din et par l'émir de Damas Modjir-ed-Din, qui, malgré leur animosité, s'étaient unis contre l'ennemi commun, devant Banias de Galilée (26 mai), échoue ; mais, après cinq mois de siège, une forte escadre égyptienne parvient à disperser la flottille chrétienne et à ravitailler les assiégés. Du côté de la terre la position des assiégeants semblait meilleure ; la forteresse voisine de Gibelin, que l'Hôpital avait élevée et dont il avait la garde, leur fournissait un centre d'approvisionnements et un point d'appui solide. Leurs progrès cependant ne répondaient pas à leur acharnement; les Templiers avaient été repoussés et massacrés dans une tentative laite pour enlever la place, et Baudouin III, vivement affecté de cet échec, songeait à lever le siège. Il fallut l'énergique intervention du patriarche, de l'évêque de Tyr et du grand-maître Raymond du Puy pour faire rejeter ce projet. Devant leur insistance, le siège fut repris, et, trois jours après, les assiégés capitulaient (19 août 1153). Le surlendemain, ils évacuaient la ville, et les bannières chrétiennes flottaient au haut des tours, au milieu de l'allégresse universelle (30).

La prise d'Ascalon, sans écarter le danger que couraient les Latins, le rendit moins menaçant. Du côté de l'Egypte les discussions des émirs empêchaient, il est vrai, une attaque générale des Musulmans, mais n'arrêtaient pas leurs incursions : pillage de Tyr par une flotte égyptienne (1155), du pays de Gaza et d'Ascalon Tannée suivante (1156), des environs de Montréal (Es Chaubek), de Tafileh et de la partie méridionale du territoire de Damas (décembre 1156). A l'est et au nord du royaume de Jérusalem, l'activité de Nour-ed-Din, momentanément paralysée par la succession du sultanat d'Iconium, que celui-ci disputait à son beau-frère Kilidj-Arslan II, n'attendait qu'une occasion favorable pour attaquer les Chrétiens.

Le roi Baudouin III, effrayé des progrès de la puissance de Nour-ed-Din, se hâta de conclure avec lui une paix désavantageuse (fin de 1156), par laquelle il renonçait au tribut que lui payaient les habitants de Damas, et abandonnait aux Musulmans la moitié du district de Harran (31).

Malheureusement la perfidie du roi, qui, au mépris de la paix jurée, dirigea contre les Arabes et les Turcomans nomades des environs de Banias (Caesarea Philippi) une razzia heureuse (février 1157), fournit à Nour-ed-Din le prétexte qu'il souhaitait; il reprit les armes. Honfroi de Toron, connétable de Jérusalem, auquel appartenait Banias et le pays environnant, directement menacé par le sultan, comprit qu'avec ses seules ressources il ne pouvait pas tenir tète à l'ennemi. La position de Banias, sur le versant méridional de l'Hermon, aux sources du Jourdain, commandait la route de Tyr à Damas, et avait pour les Chrétiens une importance stratégique de premier ordre. Il fallait la défendre à tout prix; aussi Honfroi de Toron n'hésita-t-il pas à faire appel aux Hospitaliers et à leur abandonner, comme prix de leur coopération militaire, la moitié de Banias et des casaux qui dépendaient de cette ville. L'armée chrétienne, forte de sept cents cavaliers et de nombreuses troupes pied, fut complètement battue par l'émir Nour-ed-Din près de Ras el Ma (24 avril 1157) (32), et cette défaite entraîna l'investissement de Banias (33). Honfroi de Toron et les Hospitaliers, malgré l'opiniâtreté de leur résistance, ne purent empêcher la prise delà ville (19 mai 1157), mais repoussèrent l'attaque dirigée contre le château. L'ennemi se retira après avoir rasé la ville, et Baudouin III put ravitailler la place, la mettre en état de défense et y laisser une garnison. Malheureusement, surpris au retour par Nour-ed-Din au gué de Jacob en repassant le Jourdain (19 juin 1157), le roi fut mis en pleine déroute et ne parvint qu'avec peine à regagner Safed et Acre (34).

Au lendemain de la conquête d'Ascalon, à laquelle Raymond du Puy et ses chevaliers avaient pris une part décisive, un grave conflit éclata entre Foucher, patriarche de Jérusalem, et l'ordre de l'Hôpital. Depuis longtemps déjà ce conflit était à l'état latent ; le patriarche se plaignait que les Hospitaliers empiétassent sur ses droits paroissiaux et sur les dîmes auxquelles il prétendait. Il les accusait d'admettre à leurs offices les excommuniés, de leur administrer les derniers sacrements et de leur donner la sépulture dans leurs cimetières. Il leur reprochait aussi, dans les pays mis en interdit, de rendre cet interdit illusoire en sonnant les cloches de leurs églises à toute volée, de recevoir les aumônes des fidèles qui eussent dû revenir aux paroisses, de pourvoir aux cures de l'Ordre sans faire agréer leurs candidats par l'autorité diocésaine, de refuser d'acquitter la dîme de leurs biens et revenus entre les mains de celle-ci. Le patriarche était dans ces réclamations le porte-paroles de tout l'épiscopat, lésé comme lui dans ses prérogatives ; mais il avait, outre les griefs dont nous venons de parler, et qui lui étaient communs avec les prélats de Terre Sainte, des griefs personnels : établi devant le S. Sépulcre, l'Hôpital avait érigé des constructions dont la magnificence et la hauteur dominaient de toutes parts l'église patriarcale ; quand il prêchait, le prélat ne pouvait se faire entendre ; sa voix était couverte par les cloches puissantes des Hospitaliers (35). A ses protestations, l'Ordre avait répondu en envahissant le S. Sépulcre à main armée et en le criblant de flèches (36). Devant une pareille situation, intolérable pour le patriarcat, et insupportable à l'épiscopat dont elle menaçait les intérêts et le prestige, Foucher, malgré son grand âge, se résolut à porter personnellement l'affaire en cour de Rome, et à demander au pape Adrien IV le retrait de la bulle d'Anastase IV, du 21 octobre 1154 (37).

Cette bulle, confirmative des constitutions antérieures d'Innocent II et de ses successeurs, plaçait l'Ordre sous la protection spéciale du S. Siège, enjoignait aux évêques de faire des quêtes en faveur de l'Hôpital dans leurs diocèses, de remettre aux fidèles qui lui viendraient en aide la septième partie de leurs pénitences, de permettre en cas d'interdit la sépulture des confrères de l'Ordre dans les cimetières des Hospitaliers. Elle défendait à l'autorité diocésaine d'interdire, suspendre ou excommunier les églises des Hospitaliers, et autorisait en temps d'interdit la célébration des offices dans ces églises, mais sans sonner les cloches. L'Ordre avait le droit, en dehors de l'ordinaire, d'établir dans ses maisons des clercs chargés d'assurer le service religieux, et des laïques pour soigner les pauvres ; mais la consécration des autels et basiliques et l'ordination des clercs étaient réservées aux évêques.

Quant aux dîmes des possessions de l'Ordre, qui échappaient à l'épiscopat, elles avaient, dès 1113, été formellement concédées par la papauté aux Hospitaliers, et deux évêques de Terre Sainte, l'archevêque de Césarée et le patriarche lui-même, avaient, dès 1112, spontanément fait remise de celles de leurs diocèses à l'institution nouvelle (38). Le reste de l'épiscopat, à l'exception de l'évêque de Tibériade, avait, de 1125 à 1150, suivi cet exemple (39). Foucher avait donc mauvaise grâce à se plaindre de ce chef des Hospitaliers.

Les motifs de ce conflit nous sont révélés par Guillaume de Tyr, dont l'animosité contre l'Ordre n'est que trop connue; son témoignage ne doit donc être accueilli qu'avec circonspection. Si nous l'examinons avec impartialité, nous reconnaîtrons que, favorable aux prétentions du patriarche, il peut s'être illusionné sur la légitimité des revendications de celui-ci, mais que, si par bravade les Hospitaliers se sont, comme il le raconte, laissés aller aux excès dont il se fait l'écho, leur conduite ne fut pas irréprochable. Quant au fond de l'affaire, dégagé des incidents regrettables dont elle avait été l'occasion, il n'est pas douteux que le droit était du côté des Hospitaliers, et que le recours du patriarche à Rome devait échouer. Pouvait-on sans parti-pris leur faire grief d'user de la plénitude de leurs privilèges, même si, en l'exerçant, ils nuisaient aux intérêts de leurs adversaires ? Etaient-ils fautifs d'enserrer le S. Sépulcre entre leurs constructions, si ces constructions leur étaient permises ? Pouvait-on les empêcher, s'ils avaient le droit de sonner leurs cloches, de couvrir la voix du patriarche officiant dans l'église du S. Sépulcren ? Les excès seuls auxquels ils s'étaient livrés, par exemple l'irruption à main armée dans l'église patriarcale, et les cloches sonnées en temps d'interdit, étaient blâmables; mais si ces actes étaient de nature à motiver de la part du S. Siège des observations ou une punition disciplinaire, ils ne pouvaient faire annuler ou révoquer des concessions régulièrement et sciemment consenties.

Foucher, accompagné des archevêques de Tyr et de Césarée et des évêques d'Acre, de Sidon, de Lydda, de Sébaste et de Tibériade, partit pour Rome au printemps de l'année 1155, débarqua à Otrante et gagna Brindisi. L'occupation de cette ville par l'empereur Manuel et la révolte des provinces napolitaines contre le roi de Sicile Guillaume rendant peu sûre la route par terre jusqu'à Rome, Asquetin, chancelier de Sicile, qui assiégeait Bénévent, refusa de donner un sauf-conduit aux prélats. Le patriarche dut se rembarquer et se dirigea sur Ancône ; il espérait y rencontrer l'empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse, et obtenir de lui sauf-conduits et lettres de recommandations pour le pape. Frédéric n'était plus à Ancône, remontant vers la Toscane ; les compagnons de Foucher le rejoignirent cependant, et revinrent auprès du patriarche porteur des recommandations désirées. Une nouvelle déception attendait les prélats à Rome. Adrien IV avait quitté cette ville pour Ferentino ; la raison de ce déplacement était attribuée par les uns au siège de Bénévent, par d'autres aux intrigues des Hospitaliers, qui avaient gagné le pape par de grosses sommes d'argent (40) et obtenu qu'il évitât de se rencontrer avec le patriarche. « Il était désormais visible, dit Guillaume de Tyr, que l'entourage du pape traitait les prélats comme des fils adultérins, qu'il cherchait à éloigner du pontife comme indignes (41). »

Malgré l'exagération et la partialité de ce récit intéressé, il n'en est pas moins vrai que l'accueil du souverain pontife fut froid. Le patriarche eut beau, avec sa suite d'évêques, escorter Adrien IV, pendant son séjour à Ferentino, à toutes les cérémonies et fêtes religieuses, s'entourer d'une foule d'avocats pour soutenir ses droits, sa cause était perdue d'avance. Dans le sacré collège il ne put trouver pour la défendre que deux cardinaux, Octavien, cardinal de S. Cécile, et Jean, cardinal des SS. Sylvestre et Martin ; ce dernier, ayant été archidiacre de Tyr pendant que Foucher occupait l'archevêché de Tyr, lui était par ce fait absolument dévoué. L'affaire fut plaidée, et les débats se prolongeant sans aboutir dans d'interminables audiences, Foucher comprit l'inutilité de son insistance, et, après avoir accompagné la cour pontificale jusqu'à Bénévent (42), retourna en Orient à l'automne de 1155.

Raymond du Puy avait-il suivi le patriarche pour exposer personnellement en cour de Rome sa défense ? Les Annales Genuenses de Caffaro, chroniqueur généralement précis et bien informé, signalent sa présence à Bénévent, en même temps que celle de Foucher et des prélats de Terre Sainte, en novembre 1155. Il n'est pas impossible que le grand-maître ait quitté la Terre Sainte à cette occasion, et que, la décision du S. Siège étant de grande conséquence pour l'Ordre, il ait tenu à se la rendre favorable en intervenant aux débats ; mais il semble que Guillaume de Tyr n'eût pas manqué de signaler ce voyage, s'il avait eu lieu, et d'attribuer à l'influence de Raymond du Puy l'échec des prétentions du patriarche. Quoi qu'il en soit, rien dans les circonstances et les actes connus de la vie du grand-maître ne s'oppose à la possibilité de ce voyage ; l'importance même des intérêts engagés en justifie la vraisemblance. Si on admet ce voyage, il faut supposer que le grand-maître resta en Occident pendant les années 1155 et 1156; nous avons, en effet, à partir de 1157, des preuves nombreuses de sa présence en Espagne, en Portugal, dans le midi de la France et en Italie, et il ne semble pas probable que, dans un espace de temps aussi court, il soit revenu en Terre Sainte pour repartir au lendemain de son retour.

Le séjour de Raymond du Puy en Occident, pendant les années 1155 et 1156, n'est pas absolument inadmissible, mais il a contre lui un document, daté de 1157, d'après lequel la présence du grand-maître en Terre Sainte paraît vraisemblable (43). En examinant attentivement ce document, rendu au royaume de Jérusalem, puisque la reine Mélisande y comparut, concernant des possessions et des donataires de Terre Sainte, et rédigé au nom du grand-maître qui y parle à la première personne : ego Raimundus, etc., — on est conduit, l'hypothèse de deux voyages consécutifs étant écartée, à la quasi certitude que Raymond du Puy ne quitta pas l'Orient avant 1157. Dès lors, le témoignage isolé de Caffaro perd une partie de sa valeur, et la date du départ du grand-maître semble devoir être reportée aux premiers mois de l'année 1157. Nous nous rallions à cette hypothèse ; à notre sentiment Raymond du Puy n'entreprit son voyage qu'au début de 1157.

En avril 1157, sa présence en Portugal est certaine (44). Nous le retrouvons la même année, probablement dans les derniers mois, à Estopinan en Aragon (45) et dans le midi de la France, selon toute vraisemblance à S. Gilles (46). Au mois de juillet 1158, il semble être en Forez ou dans le Lyonnais; c'est en effet entre Anse et Villefranche, pendant une conférence tenue entre l'archevêque de Lyon et le comte de Forez, que ce dernier lui accorde une exemption de péages par terre et par eau ; les termes de la concession ne sont pas, il est vrai, assez explicites pour affirmer que Raymond du Puy assista à cette conférence; mais la présence, parmi les témoins de cet acte, du prieur de S. Gilles Guichard Aimery et du frère Oger de Balben (47), personnages qui accompagnaient déjà Raymond du Puy en 1157 (48), est une présomption assez forte en faveur de cette hypothèse. Trois mois plus tard, le 25 octobre 1158, Raymond du Puy est en Italie, aux environs de Vérone; il y obtient de Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, une confirmation générale pour son Ordre (49).

Il n'est pas difficile de soupçonner les motifs qui déterminèrent le voyage de Raymond du Puy ; les actes qui nous en font connaître les diverses étapes nous éclairent sur le but poursuivi. Il s'agissait d'organiser l'Hôpital dans les pays dans lesquels les libéralités des princes et des fidèles venaient de lui donner accès; il s'agissait surtout d'obtenir des pouvoirs publics la bienveillance et les faveurs dont la nouvelle institution avait besoin. Indispensable pour atteindre ce double résultat, l'intervention personnelle du grand-maître fut prépondérante, et assura à l'Ordre les avantages les plus heureux.

C'est ainsi qu'au séjour de Raymond du Puy en Portugal correspond le renouvellement du testament du roi Alphonse I, par lequel celui-ci avait ratifié aux Hospitaliers toutes les possessions qu'ils avaient dans ses états et leur avait concédé des privilèges étendus (50). La présence du grand-maître en Aragon est marquée par le don de biens considérables, que lui font le comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV (51) et l'évêque de Lérida (52); on peut sans témérité dire qu'elle ne fut pas étrangère à la ratification par la cour de Rome de la transaction du 16 septembre 1140, relative à l'héritage d'Alphonse I le Batailleur, que les parties intéressées attendaient depuis plus de dix ans. Devant l'insistance du comte de Barcelone, inspirée par Raymond du Puy, le S. Siège se décida à accorder cette confirmation, le 24 juin 1158.

En traversant le midi de la France, Raymond du Puy obtient de l'abbé de S. Gilles l'autorisation de bâtir une chapelle à S. Gilles pour les besoins des Hospitaliers, et de l'évêque de Lodève le don des églises de S. Julien et de S. Vincent de Nébian (53). Son passage en Forez vaut à l'Ordre l'exemption des droits de péage par terre et par eau dans les domaines du comte Guy II de Forez (54) ; son entrevue avec Frédéric I Barberousse à Vérone, la protection spéciale de l'empereur et la confirmation des libertés et privilèges dont l'Hôpital jouissait dans les états de celui-ci (55).

La dernière mention que nous ayons de Raymond du Puy est celle du 25 octobre 1158 à Vérone. Postérieurement et jusqu'au 29 novembre 1160 (56), époque à laquelle son successeur apparaît pour la première fois, nous ne savons plus rien ; la mort du grand-maître se place donc entre ces deux dates. Mourut-il au cours de son voyage ou à son retour en Terre Sainte? Nous l'ignorons. Peut-être, si son décès était survenu en Occident, cet événement eût-il frappé l'attention des contemporains, et le souvenir nous en eût-il été conservé ; mais cette remarque est trop fragile pour en tirer même une hypothèse. Il faut donc avouer que nous ignorons le lieu, l'époque et les circonstances de la mort de Raymond du Puy.

La période de trente ans environ, pendant laquelle Raymond du Puy présida aux destinées de l'Hôpital, fut, au point de vue de l'extension territoriale, une des plus fécondes. Le mouvement, commencé sous Gérard, s'accentue et devient universel ; aux donations, qui affluent de toutes parts, se joint, de la part du S. Siège et des souverains, un ensemble de privilèges, de confirmations de possessions, et de concessions de droits et de libertés, qui attestent la vitalité de l'Ordre et la faveur qu'il rencontre de toutes parts. En Orient, ses progrès ne se comptent plus; rois, prélats et laïques le comblent de biens; en Occident, l'Europe entière 1'enrichit ; du Portugal à l'Angleterre, de la France à la Bohême, en Italie et en Sicile, partout les donateurs rivalisent de zèle pour l'attirer et l'établir auprès d'eux. L'élan est tel qu'au moment où Raymond du Puy disparaît la nécessité d'une organisation régulière s'impose, et que la constitution des prieurés date, dans presque tous les pays, comme nous le verrons plus loin, du milieu du XIIe siècle.

En Terre Sainte, l'influence des Hospitaliers est prépondérante ; nous l'avons vue triompher des prétentions des prélats dans le conflit soulevé par le patriarche de Jérusalem, et s'affirmer également à l'égard des Teutoniques. Nous avons constaté le rôle décisif que l'Ordre joua dans les opérations militaires. Il serait injuste de ne pas rapporter à la sagesse du gouvernement de Raymond du Puy l'honneur d'un pareil développement. La tâche du grand-maître fut, il est vrai, facilité par l'enthousiasme qui accueillit dans tout l'univers la création de l'Ordre ; mais les qualités personnelles du grand-maître contribuèrent, autant que les circonstances extérieures, à assurer les progrès vraiment surprenants que l'Hôpital accomplit pendant ce magistère.
Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
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Les Notes
1. Cartulaire, I, nº 72.

2. Voir plus Haut, page 39.
3. Bosio, Dell' istoria della sacra relig... di S. Gio. Gerosolimitano, I, 61
4. Maimbourg, Histoire des Croisades, I, 386.
5. S. Paoli, Codice diplomatico, I, 331.
6. P. A. Pauli Dell' Origine, 193.
7. Reginmundus, per gratiam Dei post obitum domini G[iraldi] factus servus pauperum Christi (Cartulaire, I, nº 46).

8. S. Pauli, Codice diplomatico, I, 331-2. Guy Allard (Histoire, générale des familles du Puy-Montbrun et de Murinais, 12-5), a cherché à établir la descendance de Raymond du Puy comme suit : Guy ou Hugues du Puy alla en Terre Sainte avec sa femme, qui devait être soeur d'Ebrard de Poisieu (de Pusato). Ils eurent comme enfants : Rodolphe, Romain et Raymond, qui allèrent en Terre Sainte, et Alleman, qui resta en Dauphiné et y fit souche. Cette généalogie repose sur des textes contemporains qui citent Wido de Podiolo et sa femme comme ayant pris part à la première croisade, et Ebrard de Poisieu comme beau-frère de Wido de Podiolo. Mais il faut remarquer qu'Hugues du Puy, connu par d'autres documents, devient ici Guy du Puy sans preuves, et que la filiation des quatre enfants dont Guy Allard donne les noms est rattachée, également sans preuves, à Hugues ou Guy du Puy. On ne peut donc faire aucun fond sur cet essai de généalogie.

9. Istoria genealogica delle famiglie nobili Toscane e Umbre, II, 480.

10. P. A. Paoli, qui s'est efforcé de démontrer que les Hospitaliers [Dell Origine, passim) furent toujours militaires depuis leur institution, cite, parmi les arguments qu'il produit, une bulle d'Innocent II, du 20 février 1131, qui semble péremptoire pour affirmer qu'en 1131 l'Ordre était déjà militaire. Elle porte que : « fratres ejusdem domus, non formidantes pro fratribus suis animas ponere, cum servientibus et equitaturis, ad hoc officium a specialiter deputatis et propriis sumptibus retentis, tam in eundo quam redeundo ab incursibus paganorum defensant. » Malheureusement, un érudit allemand (W. Bernhardi, Lothar von Suplinburg, 308 et 350) a récemment démontré la fausseté de cette bulle, et fait ainsi tomber l'argument (P. A. Paoli, Dell' Origine, app., p. XIV. Cartulaire, I, nº 91).
11. Cartulaire, I, nº 74.
12. Voir plus haut, page 46.
13. Voir plus haut, page 43.

14. Cartulaire, I, nº 690.
15. Gibelin avait été donné à l'Ordre par Hugues de S. Abraham; cette donation fut confirmée par le roi Foulques à Naplouse en 1136 (après septembre). (Cartulaire, I, nº 116.)
16. Guillaume de Tyr (Histoire occidentale des croisades, I, 638).
17. Le testament du roi, d'octobre 1131 (Cartulaire, I, nº 95) fut confirmé le 4 septembre 1134 (Cartulaire, I, nº 106).

18. L'Art de vérifier les dates place à tort la mort d'Alphonse I au 17 juillet 1134, pendant le siège de Fraga ; nous savons par un document irréfutable que le roi vivait encore le 4 septembre de cette même année (Cartulaire, I, nº 106).
19. Il n'est pas question du Temple dans ces négociations; mais l'historien Zurita (Indices rerum ab Aragoniae regibus gestarum, 66) nous dit, à propos de celles-ci, que le régent d'Aragon donna aux Templiers Monzon et de riches possessions dans son royaume ; il est plus que probable que ces donations furent le prix auquel on acheta leur désistement.

20. Cartuaire, I, nº 136. Coleccion de documentes ineditos de la corona de Aragon, IV, 70.

21. Zurita (Indices, 66), dit que le patriarche de Jérusalem ratifia cet accord à Jérusalem pour le S. Sépulcre le 29 avril 1141, que Gérard, chanoine du S. Sépulcre, apporta en Catalogne cette ratification, et y organisa la maison du S. Sépulcre de Calatayud.

22. Le 24 juin 1158, le pape Adrien IV, à la requête du comte de Barcelone Raymond-Bérenger IV, confirma cette transaction. Les termes de cette confirmation indiquent que les Templiers, comme l'Hôpital et le S. Sépulcre, y participèrent, ainsi que nous l'avions supposé en l'absence de documents formels les concernant (Cartulaire, I, nº 267).
23. Cartulaire, I, nº 154 et 155.
24. Cartulaire, II, nº 1944.
25. Guillaume de Tyr (Histoire occidentale des croisades, I, 758-60).
26. Rohricht, Geschichte des Konigreichs Jerusalem, 254-5.
27. Muratori, Rer., italic., script., VII, 598.
28. Mas Latrie, Chroniques d'Ernoul et de Bernard le Trésorier, 12.

29. Voir dans Rohricht (Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 255, note 3), rémunération des sources très nombreuses qui se sont fait l'écho de la trahison des Templiers. Rohricht ajoute aux témoignages de Sicard et d'Ernoul contre les Hospitaliers celui de Gerhoch de Reichenberg, qui, dit-il, les accuse exclusivement de la trahison. En se reportant au texte de Gerhoch, on constate que, celui-ci ne visant pas le siège de Damas, mais le conflit soulevé en 1155 entre le patriarche de Jérusalem et l'Ordre à propos des dimes, l'accusation tombe d'elle-même (F. Scheibelberger, Gerhohi Reichersbergensis propositi opera adhuc inedita, I, 164. Cf. ibid., 172).

30. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 273-8
31. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jérusalem, 281-7. Les principales sources pour ces événements sont les témoignages des historiens arabes.

32. Il faut probablement lire : Ras el Ain, localité de Palestine (Voir Histoire, orientale, des croisades, III, table, au mot : Ras el Ma).

33. Guillaume de Tyr, Histoire, occidentale des croisades, I, 837 et suivantes Baudouin III confirma la cession de Banias aux Hospitaliers, le 4 octobre 1157, (Cartulaire, I, nº 258). Cette date infirme l'assertion de Guillaume de Tyr, qui prétend qu'après leur défaite les Hospitaliers rompirent le contrat et abandonnèrent Banias à Honfroi de Toron.

34. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 288-9, d'après Guillaume de Tyr et les sources arabes.

35. Guillaume de Tyr, Histoire occidentale des croisades, I, 820.

36. Guillaume de Tyr (Histoire occidentale des croisades, I, 821) prétend que ces flèches, réunies en faisceau, furent pendues devant le Calvaire, où il les vit lui-même. Albert d'Aix, en racontant ce fait, lui donne une autre origine. Saladin aurait voulu détruire une colombe portant le feu céleste, mais les flèches lancées contre elle se seraient fichées dans le toit de l'église du S. Sépulcre (Monum. Germanise, script., XXIII, 929). D'après une autre version, Soukman, fils d'Ortok, aurait tiré trois flèches dans la toiture du S. Sépulcre, et on les y aurait vues pendant longtemps (Matthieu d'Edesse, dans Histoire arménienne des croisades, I, 74).
37. Cartulaire, I, nº 226.
38. Cartulaire, I, nº 25, 29 et 30.
39. Archevêché de Nazareth en 1125 et 1150 (excepté le diocèse de Tibériade) ; évêché de Tripoli en 1125 ; évêché d'Acre en 1135 et 1146 (Cartulaire, I, nº 71, 72, 112, 167, 196).

40. Ces faits de corruption sont rapportés par divers chroniqueurs ; plusieurs d'entre eux associent les Hospitaliers aux Templiers ; ces derniers jouissaient, à ce point de vue, d'une réputation détestable et universelle (V. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 285, note 2).
41. Guillaume de Tyr, Histoire occidentale des croisades, I, 826.
42. Caffaro seul parle de la présence de Foucher à Bénévent (Muratori, Rerum Italie, script., VI, 266) ; Guillaume de Tyr, au contraire, dit que le patriarche quitta le pape à Ferentino (Histoire occidentale des croisades, I, 830).
43. Cartulaire, nº 250.
44. « Rogatu siquidem domni Raimundi, venerabilis Hospitalis Jherusalem magistri, obediencias suas regni paterno affectu visitantis » (Cartulaire, I, nº255).
45. Cartulaire, I, nº 251.

46. En 1157, Bertrand, abbé de S. Gilles, concède à Raymond du Puy la permission de bâtir une chapelle à S. Gilles (Cartulaire, I, nº 253). Mais un acte du 28 octobre 1157 nous apprend que Raymond du Puy n'était pas à Lodève à cette date, tout en semblant avoir été dans cette région (Cartulaire, I, nº 259).
47. 6 juillet 1158 (Cartulaire, I, nº 268).
48. Cartulaire, I, nº 253.

49. Cartulaire, I, nº 270. Nous savons aujourd'hui d'une façon certaine que ce privilège impérial fut donné à Vérone, le 25 octobre 1158. Tout ce qu'Herquet (Chronologie der Grossmeister, 6) a dit pour en expliquer la date de lieu et pour la faire coïncider avec l'itinéraire de Frédéric Barberousse devient sans objet.

50. Cartulaire, I, nº 255. Cf. I, nº 134.
51. Cartulaire, I, nº 251.
52. Cartulaire, I, nº 252.
53. Cartulaire, I, nº 253 et 259.
54. Cartulaire, I, nº 268.
55. Cartulaire, I, nº 270.
56. Cartulaire, I, nº 296.

Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
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