Généalogie des Maîtres

Généalogies des Grands Maitres

Garin de Montaigu. 1 octobre 1207 — 8 mai 1227
Après Geoffroy le Rat le magistère fut occupé par Garin de Montaigu, dont l'élection se place dans l'été de l'année 1207 (1). La tradition de l'Ordre lui assigne l'Auvergne comme patrie (2), et veut qu'il ait été le frère de Pierre de Montaigu, grand-maître du Temple de 1219 à 1229. Quoique ne reposant que sur le témoignage d'Aubry de Trois Fontaines, cette double hypothèse ne semble pas devoir être rejetée; elle paraît vraisemblable, et rien de ce que nous savons de Garin de Montaigu n'est de nature à l'infirmer ou même à l'affaiblir (3).

Nous avons peu de renseignements sur l'existence de Garin de Montaigu avant son élévation à la grande maîtrise. En 1204, il est désigné sous le titre de frère (4), et, en 1207, sous celui de maréchal de l'Hôpital (5). Ces deux mentions, empruntées à des actes passés en Terre Sainte, montrent que le futur grand-maître résidait alors en Syrie, et que le maréchalat, dont il était investi, lui donnait rang parmi les grands-officiers de l'Hôpital.

Quand Montaigu prit la direction de l'Ordre, la situation de la Palestine était la même que sous son prédécesseur. Du côté des Musulmans, la trêve conclue par le roi Amaury de Lusignan subsistait; du côté d'Antioche, la compétition entre Raymond-Rupin et le comte de Tripoli n'était pas réglée, et de ce fait les Chrétiens de Syrie souffraient d'un malaise général et prolongé.

Le roi d'Arménie Léon II semble bien, probablement en 1207, être rentré en possession d'Antioche et y avoir rétabli l'autorité de son petit-neveu Raymond-Rupin (6) ; mais ce triomphe fut de courte durée, et le comte de Tripoli, resté maître du château d'Antioche, reconquit facilement la ville (7). Le pape continua, par l'intermédiaire du patriarche de Jérusalem, son légat, et par des communications directes au roi d'Arménie, à s'entremettre entre les parties. A Léon II il demanda de restituer aux Templiers ce qu'il leur avait enlevé, et notamment le château de Gaston; au comte de Tripoli, de remettre aupatriarche d'Antioche, sous la garde des Templiers et des Hospitaliers, le château d'Antioche jusqu'à ce que les droits de chacun aient été réglés (8) ; ses efforts furent infructueux.

Ce ne sont, pendant les années suivantes, que plaintes adressées au S. Siège par les Templiers et par le roi d'Arménie, que lettres menaçantes ou paternelles du pape pour ramener la concorde. Les patriarches d'Antioche et de Jérusalem jouent le rôle de conciliateurs sans parvenir à se faire écouter. Léon II appuie ses revendications par la confiscation des biens du Temple en Cilicie, par des incursions armées qui ruinent la principauté d'Antioche, et encourt l'excommunication (1210-13). L'accord se fait cependant entre lui et les Templiers, et l'excommunication est rapportée (9); trois ans plus tard, la trahison d'Acharias, sénéchal d'Antioche, met Antioche aux mains du roi d'Arménie et de son neveu (14 février 1216), et cette prise de possession termine la querelle qui, pendant quinze ans, avait exclusivement dominé les affaires de Terre Sainte (10). Celle-ci se trouve ainsi réglée par la force des choses, en dehors du comte de Tripoli, et sans que la légitimité des droits des prétendants ait été examinée et résolue.

Pendant tout le conflit, l'appui donné par les Hospitaliers aux revendications de Raymond-Rupin, soutenu par le roi d'Arménie, ne s'était pas démenti, et leur fidélité avait été récompensée par d'importants avantages territoriaux. De Raymond-Rupin ils avaient reçu la ville de Gibelet (Djebail) (22 mai 1207) (11) et le château de la Vieille (septembre 1210) (12), situés au sud de la principauté d'Antioche, et une rente de 20 besants sur le casal de Gédéide (décembre 1216) (13). La reconnaissance du roi d'Arménie s'était traduite par de nombreuses donations. On sait que, dès 1149, l'Ordre s'était établi en Cilicie, que Raymond de Poitiers, prince d'Antioche, lui avait concédé le casal Sarata au territoire de Mamistra (14), et qu'en 1163 Bohémond III avait confirmé la libéralité de son père (15). Les services que les Hospitaliers rendirent à Léon II leur valurent un tel accroissement de possessions dans cette région, qu'il nécessita la création d'une commanderie d'Arménie, dont Selefkeh devint le centre. En 1210, en effet, Selefkeh (16), le Château Neuf et Camard (17) furent attribués à l'Hôpital par donation royale (18). En 1210 également, Léon II, pour obtenir des secours contre les Seldjoukides d'Iconium (Konieh) et pour garantir de leurs attaques la frontière septentionale de ses états, assurait aux Hospitaliers la possession éventuelle de la ville de Laranda (Derindeh), encore occupée par les Musulmans; l'acte, qui consacrait cet abandon, nous montre chez le roi d'Arménie le souci d'organiser au nord du royaume une véritable marche, dont les Hospitaliers seront les défenseurs. Il leur accorde le droit de conclure avec les Sarrasins des trêves auxquelles il devra se soumettre, et s'engage à soutenir les chevaliers s'ils sont en état de guerre avec les Infidèles. Le butin appartiendra exclusivement à l'Ordre, sans partage avec le roi, même au cas où celui-ci aurait participé à la campagne. Les Hospitaliers pourront rechercher, poursuivre et juger dans toute l'étendue de son royaume les parjures, voleurs et apostats dont ils auront à se plaindre (19). Il fallait que la coopération de l'Ordre fût bien indispensable pour être achetée à de pareilles conditions. Aux besoins pécuniaires du roi correspondent d'autres libéralités : la donation du casal Vaner, au territoire de Meloun (23 avril 1214) (20), est liée au don d'une somme de 100 000 besants sarrasins, que Montaigu fait à Léon II à l'occasion du mariage de sa fille Stéphanie avec le roi de Jérusalem Jean de Brienne (21); l'engagement du territoire de Giguer (canton de Païas) à l'Ordre est la garantie d'un prêt de 200 000 besants, consenti par le grand-maître à la même date et pour le même objet (22).

Les Hospitaliers avaient fait de Selefkeh le point d'appui de leurs opérations stratégiques ; les actes, de 1210 à 1214 nous révèlent que le commandeur, administrateur des possessions ciliciennes de l'Ordre, s'efface alors devant l'autorité militaire du châtelain (23). L'Hôpital, cependant, ne resta pas longtemps maître de cette place. Quelques années plus tard (1226), le bail d'Arménie Constantin, tuteur d'Isabelle, fille de Léon II, la racheta aux Hospitaliers à prix d'or, pour pouvoir s'emparer de la personne de cette princesse qui, à la mort de Philippe d'Antioche, son mari, leur avait demandé asile à Selefkeh, et refusait d'épouser le nouveau roi d'Arménie Héthoum, choisi par les barons pour succéder à Léon II. La défense de Selefkeh, en présence des menaces incessantes du sultan d'Iconium Ala ed Din, était une lourde charge pour l'Ordre ; aussi accueillit-il les ouvertures de Constantin ; mais le châtelain Bertrand (24), comprenant qu'il ne pouvait décemment obliger la fille de celui qui avait donné le château à l'Hôpital à le quitter, convint de l'abandonner lui-même avec ses chevaliers.

La princesse restait, il est vrai, sans défense contre les agissements de son tuteur ; mais les Hospitaliers évitaient l'accusation de l'avoir livrée au mépris des lois de l'hospitalité (25). L'abandon de Selefkeh n'entraîna pas la chute des autres possessions hospitalières d'Arménie; on retrouve la trace de celles-ci pendant le cours du xme siècle, et les libéralités du roi Léon II, accrues de la donation du casal Gouvaira par Constantin, seigneur de Lampron en 1233 (26), continuèrent à former, entre les mains des Hospitaliers, le noyau d'un important établissement.

A peine l'affaire d'Antioche venait-elle d'être réglée, que l'annonce d'une nouvelle croisade, due aux efforts persévérants du pape Innocent III, qui avait réussi à armer de nouveau l'Occident contre les Infidèles, apporta aux Chrétiens de Palestine, avec l'assurance de renforts considérables, les plus légitimes espérances et la confiance d'abattre enfin la puissance musulmane. L'enthousiasme soulevé par la prédication de la croix aussi bien en Orient qu'en Occident justifiait, aux yeux des moins optimistes, le succès que les Latins escomptaient par avance. A la fin de l'été de 1217 les premiers croisés, sous la conduite du duc Léopold VI d'Autriche, débarquèrent à Acre, puis le roi de Chypre Hugues I de Lusignan et le roi de Hongrie André II. Celui-ci avait d'abord fait escale à Chypre, et le grand-maître Garin de Montaigu avait reçu du pape l'ordre d'aller au devant de lui dans l'île (27). A la fin d'octobre, tous les croisés, réunis à Acre, tinrent, en présence du roi de Jérusalem, des barons du royaume et des chefs des trois ordres militaires, un conseil de guerre pour décider la marche des opérations (28). Jamais, au dire dés témoins oculaires, armée aussi forte et aussi nombreuse n'avait été rassemblée contre les Sarrasins; celle qui avait assiégé et pris Acre en 1192, et dont la puissance avait laissé des souvenirs vivaces en Terre Sainte, était loin de l'égaler (29).

Malheureusement, elle ne sut pas profiter de ces avantages pour frapper un coup décisif. Une incursion heureuse au-delà du Jourdain, le siège du château du Mont Thabor, qu'il fallut abandonner, un échec partiel devant Sidon, tel fut le résultat d'une campagne de deux mois (novembre-décembre 1217). Découragés, les croisés revinrent à Acre, et le roi de Hongrie, cédant le premier à ce découragement, reprit le chemin de ses états (janvier 1218). Il est curieux de constater que le voyage d'André II est marqué, pour ainsi dire, étape par étape, par les libéralités dont il gratifia les Hospitaliers, qui avaient, par leur courage et leur conduite pendant son séjour parmi eux, forcé son admiration. Accueilli à son arrivée à Chypre par Garin de Montaigu, le roi de Hongrie débarque avec lui en Syrie, où il voit le grand-maître à l'oeuvre avec ses chevaliers (30). Enthousiasmé, il lui donne successivement les revenus du péage de la porte de Bobeth à Soprony, une terre sise entre la Drave et Csurgo, et des privilèges étendus dans ses états (31), puis une rente annuelle de 500 marcs d'argent à prendre sur ses salines de Szalacs (32). La faveur dont jouit l'Ordre continue pendant le voyage de retour; l'absence du grand-maître, resté à Acre, montre qu'elle s'exerce alors en dehors de toute influence de celui-ci, et n'est due qu'à la spontanéité de l'admiration royale. D'Acre par Tripoli, André II gagne le Crac; le châtelain Raymond de Pignans l'y reçoit, et le séjour du roi parmi les Hospitaliers est marqué par une donation de cent marcs de rente sur les salines de Szalacs (33). A Margat, qu'André II atteint ensuite, une nouvelle rente de même valeur témoigne de la reconnaissance du prince (34). Le voyage se continue par Tarse, Iconium Trébizonde, et le souverain rentre en Hongrie par la Bulgarie.

Après le départ du roi de Hongrie et l'arrivée de nouveaux croisés, venus de la Frise et du Nord de l'Allemagne, les Hospitaliers et les Templiers, aidés par les contingents étrangers, rétablirent, les premiers les fortifications de Césarée, et les seconds celles du château qui commandait le passage entre Césarée et Caifa (hiver de 1218), auquel ils donnèrent le nom de Château Pèlerin. Mais ces travaux de défense ne suffisant pas à satisfaire l'ardeur militaire des croisés, on agita de nouveau la question d'un débarquement en Egypte et de la conquête de ce pays. Plus d'un demi-siècle s'était écoulé depuis que le roi Amaury avait préconisé ce plan d'attaque ; mais, en 1218 comme alors, les mêmes raisons et le même enthousiasme militaient en sa faveur et déterminèrent son adoption. L'expédition, composée des croisés, du patriarche de Jérusalem, des prélats de Terre Sainte, des grands-maîtres des trois ordres militaires, sous le commandement du roi Jean de Brienne, quitta Acre à la fin du mois de mai, et prit terre quelques jours plus tard devant Damiette (35). Montaigu, pendant son absence, avait laissé comme lieutenant en Syrie le grand-précepteur Isembard, auquel il avait délégué l'autorité magistrale (36). On sait que la ville de Damiette, investie dès les premiers jours de juin 1218, tomba au pouvoir des Chrétiens en novembre 1219, et le château au mois de janvier 1220; qu'en juin et juillet 1221 la marche en avant et l'envahissement de l'Egypte furent décidés, mais que les croisés, placés par cette offensive dans une position critique et coupés de leur base d'opérations, furent contraints de traiter avec les Musulmans (30 août 1221), d'évacuer Damiette et l'Egypte, et de regagner la Syrie ; la croisade avait échoué (37).

Ce qu'il importe de dégager ici des événements survenus pendant ces trois années, c'est le rôle joué par les Hospitaliers. Pendant toute la durée de l'expédition (1218-1221), Montaigu ne quitta pas l'Egypte (38), ne marchandant aux Chrétiens ni son concours, ni celui de ses chevaliers. A l'escarmouche du 9 octobre 1218, Aymar de Layron, maréchal de l'Ordre, se distingue par son intrépidité (39); à l'attaque malheureuse tentée, le 29 août 1219, contre le camp du sultan à Fariskur, il trouve la mort ou la captivité avec trente-deux de ses compagnons (40).

Le grand-maître, très écouté dans les conseils de guerre tenus par les croisés, se prononce, en septembre 1219, pour le rejet des propositions de paix faites par Malek el Kamel (41) ; en janvier 1220, de concert avec les chevaliers français et les Templiers, il arrête les troubles et le pillage dont les Italiens, mécontents du partage du butin, s'étaient rendus coupables, en les expulsant de Damiette (42); enfin, au moment de la capitulation, il s'oppose avec les Templiers, les Français et les Arméniens, Grecs et Syriens à la résistance à outrance, et réprime les désordres que les partisans de celle-ci avaient provoqués (2 septembre 1221). Il défend personnellement et fait défendre par son Ordre les intérêts des Latins de Syrie contre la témérité irréfléchie, les intrigues et les jalousies des croisés d'Occident. Sa conduite et ses avis, exclusivement dictés par la prudence et l'expérience, font contrepoids, pour le plus grand bien de la cause chrétienne, aux opinions et aux résolutions extrêmes, qui à tout instant éclatent et s'imposent dans l'armée chrétienne.

Garin de Montaigu revint à Acre en septembre 1221. L'échec de l'expédition d'Egypte, profondément ressenti en Palestine, n'eut pas un moindre retentissement en Occident. L'empereur Frédéric II l'apprit à Palerme, au milieu des préparatifs de la croisade, toujours différée, qu'il organisait en exécution de la promesse, faite par lui le jour de son couronnement (25 juillet 1215), de prendre la croix; la nouvelle l'affecta d'autant plus vivement qu'elle rendait plus difficile la réalisation de ses propres projets. Le 12 avril 1222, il eut avec Honorius III à Veroli une entrevue de douze jours, dans le but d'examiner avec lui la situation des affaires de Terre Sainte; toujours préoccupé de son intervention en Orient, et voulant s'éclairer des conseils les plus expérimentés, il envoya quatre vaisseaux à Acre, chargés de ramener en Italie, pour conférer avec lui, le légat Pélage Galvano, le patriarche de Jérusalem Raoul, le roi Jean de Brienne et les grands-maîtres du Temple et de l'Hôpital. Ceux-ci, déférant au désir de l'empereur, s'embarquèrent, à l'exception du grand-maître du Temple qui se fit suppléer par le grand-précepteur Guillaume Cadel, au commencement de septembre 1222 (43).

Garin de Montaigu et ses compagnons, débarqués à Brindisi, rencontrèrent Honorius III à Rome en janvier 1223. Frédéric II était à ce moment en Campanie ; sur les instances du grand-maître et du roi de Jérusalem, l'entrevue entre eux, le pape et l'empereur eut lieu à Ferentino (du 17 février au 26 mars 1223); l'empereur y prit l'engagement de s'embarquer pour la Terre Sainte à la saint Jean de l'année 1225 (44). Mais ce n'était pas assez d'avoir arraché à Frédéric II cet engagement formel; pour compléter le succès, il importait d'attirer l'attention des cours de France et d'Angleterre sur les dangers que courait la cause chrétienne en Orient, et de solliciter leur appui en sa faveur; aussi le roi et le grand-maître, continuant leur voyage, se dirigèrent-ils vers la France, et ensuite vers l'Angleterre. A Paris comme à Londres, malgré l'éclat de l'accueil reçu, malgré les subsides obtenus (45), ils se heurtèrent à un refus absolu d'intervention, et leur mission échoua complètement (46).

Il est assez difficile de préciser la durée du séjour de Garin de Montaigu et de Jean de Brienne en France et en Angleterre. Une source anglaise place leur arrivée en Angleterre aux premiers jours de juillet 1223 (47). Cette assertion semble contredite par la présence à S. Denis, le 16 juillet, aux obsèques de Philippe Auguste, et à Reims, le 6 août 1223, au sacre de Louis VIII (48), du roi de Jérusalem; mais l'objection n'est pas absolue. Jean de Brienne peut, à la rigueur, après avoir essuyé de la part du roi d'Angleterre un refus formel dès son arrivée, avoir repassé la Manche et s'être trouvé à Reims le 6 août; mais il est plus vraisemblable de supposer que le voyage d'Angleterre n'eut lieu qu'après le sacre, c'est-à-dire en automne, et que la date du commencement de septembre, donnée par Gautier de Coventry, est exacte (49). Après leur séjour en Angleterre, le roi et le grand-maître paraissent s'être séparés. Jean de Brienne est à Tours le 13 décembre 1223 (50), part de cette ville en pèlerinage pour S. Jacques de Compostelle le 2 mars 1224, et est de retour à Tours les 9 et 22 juin 1224 (51). De son côté Montaigu est à Bordeaux le 15 avril 1224 (52), et à Paris en juin 1224 (53). Faut-il en conclure que, profitant de sa présence en Occident, il s'est consacré en Angleterre à la visite des commanderies anglaises, et qu'il a gagné ensuite par mer, dans le même but, les commanderies de Guyenne et de Gascogne. La chose n'est pas invraisemblable; nous voyons, en effet, Garin, pendant tout son voyage, régler, partout où sa présence est signalée, les affaires administratives de l'Ordre. Quoi qu'il en soit, à partir de juin 1224 le roi et le grand-maître se séparent. Le premier quitte Paris au commencement d'août (54), pour gagner l'Allemagne par Metz (55), tandis que le second se dirige vers le sud de la France. Le 10 août, Garin est très vraisemblablement à Orange (56), et nous le retrouvons, le 25 décembre, à Palerme auprès de l'empereur Frédéric II (57), en route pour regagner l'Orient. Il rentra probablement en Terre Sainte par l'Arménie, puisqu'en juin 1225 nous constatons sa présence à Tarse (58). Son retour au siège de l'Ordre doit se placer peu après, dans le courant de l'été de cette même année (59).

Pendant que l'attention du grand-maître était occupée par la croisade de Damiette et ensuite par son voyage en Occident, l'affaire d'Antioche était entrée dans une nouvelle phase. On sait que Raymond-Rupin avait repris Antioche en 1216, et que la garde du château avait été confiée à Féraud de Barras, châtelain des Hospitaliers à Selefkeh. Les intrigues de Bohémond IV, favorisées par la trahison de Guillaume de Farabel, amenèrent une seconde fois, quatre ans plus tard (1219), la rentrée du comte de Tripoli dans la ville et la fuite de Raymond-Rupin (60). Bohémond IV, se sentant désormais maître incontesté de la principauté, débarrassé par la mort de son compétiteur (1222) de toute crainte de ce côté, n'hésita pas à se venger de l'appui que les Hospitaliers avaient donné à Raymond-Rupin; il leur prit le château d'Antioche, dont le légat les avait constitués les séquestres, et exerça contre leurs possessions du comté de Tripoli les excès et les agressions les plus graves. Une série de bulles pontificales des années 1225 et 1226 nous a conservé le souvenir des mesures prises par le S. Siège pour protéger l'Hôpital contre les effets de cette haine terrible (61), mesures dont la dernière et la plus violente fut l'excommunication lancée en 1230 contre le comte (62).

Si les agissements de Bohémond IV causèrent à l'Ordre en Terre Sainte, par l'occupation de ses possessions dans la principauté d'Antioche et au comté de Tripoli, un tort considérable, Garin de Montaigu sut, d'autre part, le compenser par d'heureux accroissements territoriaux en Syrie. Au comté de Jaffa, il se fait donner, par Alix, fille de Turgin, des terres à Geschale et une somme de 100 besants (63); au comté d'Edesse, la moitié du casal Blanc par Béatrice d'Edesse et Othon, comte de Hinneberg (64). Au comté de Tripoli, la générosité de Guy et de Bertrand de Gibelet et d'Aymar de Layron lui assure une rente de mille besants, la possession des maisons que Raymond de Tripoli avait à Laodicée, les casaux de Betzaal, de Baqueer, de Quasse, de Bethçrafig, de Gabronie, de Maarban, et une rente de deux mille besants assise sur la place des Toiles à Gibelet (65) ; celle de Jean Nicéphore lui vaut la moitié de la gâtine de Cellorie (66). La ville elle-même et le territoire de Gibelet, que les deux compétiteurs à la principauté d'Antioche, Raymond-Rupin et Bohémond IV de Tripoli, avaient simultanément donnés, l'un aux Hospitaliers et l'autre au Temple, sont attribués par moitié, par arbitrage du légat pontifical, aux deux ordres (67).

A Chypre, les Hospitaliers, déjà établis dans l'île, obtiennent du roi Hugues I une donation importante de terres et de casaux et des privilèges étendus : droit de mouture aux moulins royaux, liberté d'achat et de vente, d'importation et d'exportation sans acquitter aucun droit au trésor royal (septembre 1210). La position de File, escale entre l'Occident et la Palestine, leur offrait un point d'appui excellent et un centre de ravitaillement précieux; aussi la libéralité du roi, par les avantages territoriaux et commerciaux qu'elle leur procurait, par le développement qu'elle assurait à leurs établissements chypriotes, mérite-t-elle une mention spéciale dans l'histoire de l'expansion prise par l'Ordre en Orient sous le magistère de Garin de Montaigu (68).

En dehors de ces donations, les progrès de l'Hôpital en Terre Sainte sont surtout dus à des acquisitions à titre onéreux et à des prêts hypothécaires. Montaigu, à un moment où les barons du royaume étaient épuisés d'argent, comprit l'avantage qu'il trouverait à employer en achats ou en prêts le numéraire que lui envoyaient les commanderies d'Occident. C'est ainsi qu'il acheta de Philippe d'Ibelin des casaux au territoire d'Acre (69), du roi Jean de Brienne le casal Manueth (70), sur lequel il obtint postérieurement le désistement des droits que pouvait avoir Béatrice d'Edesse du fait de son mari Othon de Hinneberg (71), de Geoffroy Taulard la gâtine de Dandenit (72); c'est ainsi qu'il prêta successivement à Aymar de Layron, seigneur de Césarée, 2 000 besants et des céréales, garantis par des maisons à Acre et à Tyr et par le casal de Turcarme (73), et mille besants, garantis par les casaux de Cafarlet, de Samarita et des Buffles (74); c'est également ainsi qu'il consentit à l'évêque de Tortose un prêt de 1 500 besants, gagé sur le casal Déterre au territoire du Crac (75). On conçoit facilement l'intérêt de ces diverses opérations; les achats avaient été réalisés à des conditions de prix avantageuses, et, si les prêts n'étaient pas remboursés à l'échéance, le gage, très supérieur à la valeur des sommes avancées, assurait aux Hospitaliers, en restant entre leurs mains, de nouvelles propriétés dans d'excellentes conditions.

A côté de ces accroissements, si le règlement par voie d'arbitrage d'une série de litiges, concernant les droits de propriété, la levée des dîmes et l'exercice des privilèges de l'Ordre, ne fut pas toujours favorable aux Hospitaliers, il eut du moins le mérite d'apaiser des revendications souvent irritantes, et de rétablir l'harmonie entre eux et les autorités ecclésiastiques de Terre Sainte. Ces arbitrages portent, tantôt sur des questions de propriété, comme c'est le cas pour une terre sise au territoire de Tyr, que l'Ordre et le S. Sépulcre revendiquaient, et que l'accord intervenu attribue par moitié à chacune des parties plaignantes (76), tantôt, — et c'est le cas le plus fréquent, — sur la levée des dîmes. On sait quelles difficultés l'exemption de celles-ci, concédée par le S. Siège aux Hospitaliers, avait suscitées et continuait à susciter de la part des évêques. A l'archevêque de Mamistra le commandeur d'Antioche reconnaît le droit de percevoir les dîmes sur les terres de sa commanderie, sous réserve de tout acte d'exemption que l'Ordre pourrait ultérieurement produire (77). Les réclamations de l'évêque d'Acre sont plus complexes : à la prétention de toucher les dîmes de deux vignes aux environs d'Acre, il ajoute celle de percevoir le quart des legs faits aux Hospitaliers, et, comme conséquence du refus d'acquitter ce quart, celle d'empêcher les chapelains de l'Ordre de prêcher et d'administrer les sacrements aux paroissiens d'Acre. L'accord, promulgué par le légat pontifical, reconnaît, sous certaines réserves, le bien fondé des plaintes de l'évêque au sujet des dîmes; par contre il donne raison aux Hospitaliers en ce qui concerne leur droit à recevoir intégralement les legs, à prêcher, à donner les sacrements, et réglemente, en le précisant, l'exercice de ce privilège (78). Quelques points accessoires, cependant, qui n'avaient pas été suffisamment précisés, furent l'objet, quelques années plus tard, d'une seconde intervention du légat; l'application de la sentence avait fait naître des difficultés, que chacun des intéressés s'était empressé de soulever, tant pour l'exécution des décisions douteuses du premier instrument que pour l'interprétation de cas nouveaux, dont la solution se rattachait plus ou moins directement à l'arbitrage primitif (79). L'opiniâtreté, apportée de part et d'autre à défendre pied à pied le terrain, montre assez l'importance, en principe et en fait, des intérêts en jeu. La lutte, que nous signalons ici pour la Terre Sainte, se reproduit, avec des phases identiques, partout où l'Ordre est possessionné, et donne lieu à toutes les époques, en Orient comme en Occident, aux mêmes conflits.

S'il nous a été relativement facile d'indiquer les progrès accomplis par l'Ordre en Orient pendant l'administration de Garin de Montaigu, l'examen du développement qu'il prit en Occident à la même époque dépasserait les limites de notre travail. Un fait cependant mérite d'être signalé : les croisades, et notamment celle de Damiette, d'une part, le voyage du grand-maître en Occident, d'autre part, mirent un grand nombre de croisés, de souverains et de personnages de marque en rapports personnels avec Garin de Montaigu; l'effet de ces relations se traduisit par un redoublement de faveurs accordées aux Hospitaliers par ceux qui, s'étant trouvés en contact direct avec eux, avaient appris à les mieux connaître. C'est ainsi que le duc de Bourgogne Eudes III, en souvenir de sa participation à la croisade de 1190, fait en 1208 une série de donations aux Hospitaliers (80), et que le roi de Hongrie, dont nous avons signalé le séjour en Terre Sainte en 1217, les gratifie de libéralités considérables (81). A l'exemple de ces princes, les pèlerins et croisés, avant leur départ, pendant leur séjour en Syrie, et surtout à leur retour dans leur patrie, témoignent à l'Ordre leur bienveillance ou leur reconnaissance. Parmi les Allemands, Wichard de Karslberg s'affilie à l'Hôpital à Acre et lui donne son alleu d'Engelsdorf en Carinthie (février 1214) (82) ; la famille de Wertheim ratifie en 1218 la donation de Mosbach, que Poppo de Wertheim, pendant son voyage en Orient (83), avait faite à l'Ordre. Les Hospitaliers reçoivent d'Ulrich de Stubenberg Hatzendorf et Kroisbach en Styrie (18 juillet 1218) (84); de Vulvin de Stubenberg, Sochau et Aspach (juin 1221) (84) ; du comte Hugues II de Montfort, l'église de Feldkirch, une chapelle dans la vallée de S. Marie et la confirmation des biens possédés par eux à Cluse, Bregenz et Rinegg (septembre 1218) (85); du comte Baudouin de Bentheim des biens à Esterwege (1223) (86). Aux croisés français ils sont redevables : en Bourgogne de la terre de Villiers-Vineux, que leur concède Milon de S. Florentin (26 juin 1220) (87), en Rouerge de la ville de Canet et de possessions à Frontignan, la Bastide-Pradines, Canabières et Bouloc, que leur assure le testament du comte Henri I de Rodez, fait à Acre le 18 octobre 1221 (88). Ceux qui s'étant croisés sont, par maladie ou toute autre cause, empêchés d'accomplir leur voeu, le rachètent par des libéralités en faveur de l'Hôpital. C'est le cas pour Guillaume-Raymond de Moncade, vicomte de Béarn, qui par testament lègue aux Hospitaliers et aux. Templiers le château de Macied (17 février 1224) (89), et pour Archambaud IV, sire de Bourbon, qui s'engage après sa mort à faire mettre l'Ordre en possession de la maison du Buys (juin 1225) (90). Une dernière catégorie de donateurs doit enfin d'être mentionnée ici ; c'est celle qui, pour racheter un parent ou un ami prisonnier des Sarrasins, recourt aux bons offices du grand-maître et lui promet, en échange de son intervention, des avantages pécuniaires (91).

L'expansion de l'Ordre se poursuit normalement en Occident : en Espagne, les souverains de Léon (92), de Castille (93) et surtout d'Aragon (94) lui témoignent une bienveillance particulière; l'enthousiasme, qui l'avait accueilli au XIIe siècle, subsiste pendant le premier tiers du XIIIe, et se traduit par une série de faveurs et de donations, dont nous constatons, année par année, la fréquence et l'importance. Ce mouvement est moins accentué ailleurs; partout où les Hospitaliers sont depuis longtemps installés, sauf en Espagne, ils n'obtiennent guère que des concessions partielles, des améliorations de traitement, la reconnaissance de leurs droits et immunités et le règlement des questions litigieuses; nous constatons que le voyage du grand-maître eut à ce point de vue les plus heureux effets. Par contre, l'Hôpital pénètre dans les pays de langue allemande ; il s'y établit par les donations qu'il reçoit des ducs de Limbourg (95) et de Saxe (96), du comte de Schwerin (97) et du prince de Schlawe (98). La Bohême (99), la Moravie (100) et la Pologne (101), déjà conquises à son influence, continuent à se laisser pénétrer par lui. Les rois d'Angleterre, probablement en souvenir de la croisade de Richard Coeur de Lion, et pour compenser, dans la mesure du possible, les refus qu'ils opposent à toute nouvelle intervention en Terre Sainte, lui accordent des dons pécuniaires et consolident son établissement dans leurs états (102), particulièrement en Irlande (103). En France, où les mêmes motifs auraient dû avoir des résultats analogues, la royauté semble moins bien disposée. Elle se borne à ratifier les avantages que ses sujets assurent à l'Ordre (104), et ne lui en accorde personnellement de nouveaux que par exception (105). Il est vrai que Philippe Auguste ne cesse de s'intéresser aux choses de Terre Sainte, mais son intérêt se manifeste par des dons généraux à l'oeuvre de la croisade, et non par des libéralités particulières aux Hospitaliers.

Deux faits cependant, en France, doivent retenir notre attention : la constitution du prieuré de S. Jean en l'Ile à Corbeil, et l'échec de la tentative d'incorporation de l'hôpital de Mormant par les Hospitaliers. La fondation de Corbeil, due à la reine Ingeburge, veuve de Philippe Auguste, a pour origine le désir de celle-ci, au lendemain de la mort de son mari, d'honorer la mémoire du défunt. A cet effet, son fils Louis VIII et elle-même constituèrent en 1224 une rente de cinquante mesures de blé sur les moulins de Corbeil, dans le but d'assurer, dans l'église des Hospitaliers de Corbeil, l'existence de treize prêtres chargés d'y célébrer le service divin et de prier pour l'âme du roi (106). Montaigu, en acceptant cette donation (juin 1225), la compléta en réglementant le mode de nomination et les fonctions sacerdotales des prêtres et du prieur, subordonna à l'autorité supérieure du chapitre provincial de France la nouvelle maison, et, pour en faciliter le fonctionnement, lui promit que les revenus de Tigery lui feraient retour, quand la mort de l'usufruitier qui les percevait les rendrait disponibles (107). Cette libéralité fut le point de départ de la constitution de la commanderie de S. Jean en l'Ile, qui devint par la suite un des plus riches et des plus importants établissements des Hospitaliers au prieuré de France.

L'hôpital de Mormant, au diocèse de Langres, dépendance des Cisterciens de Clairvaux, s'étant trouvé, en 1225, dans un état de décadence complet, sans qu'il parût possible de le relever, les Hospitaliers de France avaient, à l'instigation du prieur de France Guérin, songé à tirer parti de cette situation pour annexer cet hôpital à leurs établissements, et s'étaient assurés dans ce but l'appui de l'évêque de Langres, Hugues de Montréal. Il semble bien, malgré leurs dénégations intéressées, que, pour mettre le prélat dans leurs intérêts, ils lui avaient consenti un prêt de 2000 livres parisis. Celui-ci, en effet, leur céda Mormant (108) ; Guérin, prévoyant les difficultés que cette cession pourrait susciter, s'était engagé, en l'acceptant, à respecter les droits de l'évêque et à les faire reconnaître par le pape, par le roi de France et par l'Ordre (109). Les protestations ne manquèrent pas de se produire en cour de Rome de la part du chapitre de Langres et du maître de l'hôpital de Mormant; les protestataires affirmaient qu'il était possible de relever la maison sans recourir à l'intervention d'un ordre étranger, et obtinrent du pape que l'affaire fût soumise à la décision d'Herbert, abbé de S. Geneviève, de maître Geoffroy et de Jean de Montmirail, archidiacres de Paris. Le pape enjoignait aux enquêteurs de prononcer ou de ne pas prononcer, après examen, l'incorporation de Mormant à l'ordre de l'Hôpital (19 janvier 1226) (110). L'année suivante, Grégoire IX, successeur d'Honorius III, reprit l'affaire sur de nouvelles instances des intéressés, et annula la cession consentie par l'évêque de Langres (16 septembre 1227) (111). Mais les Hospitaliers protestèrent encore à Rome; leur plainte nécessita l'intervention de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, de l'archevêque de Besançon et du doyen de Langres, et, après deux ans et demi d'enquêtes et de procédures, ils furent définitivement déboutés de leurs prétentions par le pape, le 30 janvier 1230 (112).

Pendant le magistère de Garin de Montaigu, Frédéric II, roi de Sicile et empereur d'Allemagne, prend dans les affaires de Terre Sainte une position prépondérante. Malgré la lutte qu'il poursuit en Italie et Sicile contre la papauté, il ne cesse de préparer une intervention en Palestine, que la chrétienté attend avec impatience et qu'elle espère décisive. Le conflit avec le S. Siège a déplacé l'équilibre des éléments naturels sur lesquels la croisade projetée avait le droit de compter. L'appui des Hospitaliers étant un de ces éléments, il convient d'examiner quelle fut à leur égard la politique de l'empereur. S'il est hors de doute que la coopération de l'ordre Teutonique, récemment fondé et acquis à l'influence allemande, fut dès l'origine escomptée à juste titre par Frédéric II, on est en droit de se demander si les sympathies de l'Hôpital, en présence de la faveur témoignée à un ordre rival, dont les tendances politiques différaient absolument des siennes, ne se détacheraient pas de la cause dont l'empereur s'était constitué le champion. Il n'en fut rien en réalité, au moins à ce moment; les Hospitaliers avaient toujours trouvé chez Frédéric II, en sa triple qualité de roi de Sicile, de roi des Romains et d'empereur, un accès bienveillant et libéral ; en Allemagne (113), en Provence (114) et surtout en Sicile (115), ils avaient reçu de lui d'importantes donations ; le droit d'exporter librement des ports de l'Italie méridionale et de Sicile, à destination de l'Orient, marchandises, denrées, céréales et approvisionnements de toute nature, — droit auquel ils tenaient d'autant plus que ces exportations étaient pour eux une nécessité, — leur avait été à diverses reprises solennellement reconnu (116). Leurs conseils avaient été souvent sollicités et écoutés, et Frédéric II entretenait avec eux des rapports amicaux (117). Ils n'avaient donc nulle raison sérieuse de s'éloigner de lui, et, en lui marchandant leur concours, de retarder la réalisation de projets dont les résultats devaient être de grande conséquence pour la cause chrétienne.

Malgré l'ajournement de la croisade, annoncée pour 1225, dont l'accord de S. Germano (25 juillet 1225) avait différé le départ jusqu'au mois d'août 1227, Frédéric II ne se désintéressait pas des affaires de Terre Sainte. Son mariage avec la jeune Isabelle, fille de Jean de Brienne et héritière du trône de Jérusalem (9 novembre 1225), en lui conférant des droits incontestables à la couronne, avait encore fortifié son désir de les faire valoir et d'intervenir personnellement en Syrie. Les circonstances seules et la lutte qu'il soutenait contre la papauté en Italie reculaient la réalisation de ce dessein. Prenant le titre de roi de Jérusalem, Frédéric II avait envoyé en Terre Sainte, en juillet 1227, le comte Thomas d'Acerra en qualité de bail du royaume, et quand, au commencement d'octobre 1227, les croisés, embarqués à Otrante sans lui (118), eurent, après une escale à Chypre, abordé en Syrie, il fallut, pour tromper leur impatience jusqu'à l'arrivée de l'empereur, que les barons et les ordres militaires les occupassent au relèvement des fortifications de Césarée, de Jaffa, de Montfort et de Sidon, et les employassent à cette mise en défense jusqu'au printemps de 1228 (119).

C'est le contingent français, resté à Acre depuis son retour de Damiette, qui fut désigné pour relever les murailles de Sidon conjointement avec les Hospitaliers, sous la direction de Garin de Montaigu ; les travaux durèrent du 11 novembre 1227 au 1 mars 1228. C'est là, pendant cette période, que le grand-maître trouva la mort (120); nous ignorons les circonstances qui l'occasionnèrent, mais elle semble due à une cause naturelle, les opérations entreprises par les Chrétiens devant Sidon n'ayant aucun caractère belliqueux (121).

L'importance du magistère de Garin de Montaigu semble avoir échappé aux historiens de l'Hôpital. La banalité de leurs éloges, courage personnel et protection des biens de l'Ordre (122), correspond fort incomplètement à la réalité des faits. Ils n'ont pas su dégager le rôle bienfaisant et fécond joué par Montaigu. En le caractérisant comme ils l'ont fait, ils ont, il est vrai, indiqué les deux qualités maîtresses du grand-maître : courage militaire, dont la mesure fut donnée pendant la croisade de Damiette, et administration heureuse des biens de l'Hôpital, dont nous avons nous-mêmes fait ressortir les importants résultats en Terre Sainte et en Occident. Mais l'activité politique de Montaigu, la rectitude de jugement avec laquelle il a maintenu ses chevaliers dans la ligne de conduite la plus conforme aux vrais intérêts de l'Ordre et de la cause chrétienne, leur ont échappé ; ces deux points cependant, tout à l'honneur de Montaigu, méritaient d'être mis en lumière ; ils contribuent à compléter un portrait dont ils avaient à peine esquissé les traits, et à mettre en valeur la figure d'un des plus grands maîtres dont l'Hôpital ait lieu de s'enorgueillir.
Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
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Les Notes
1. Entre le 22 mai et le 1 octobre 1207. V. plus haut, p. 131.
2. Si Garin fut réellement auvergnat, il conviendrait d'orthographier son nom sous la forme « Montaigut », usitée en Auvergne. Nous avons conservé l'orthographe Montaigu, universellement adoptée par les historiens de l'Hôpital.
3. Les nobiliaires d'Auvergne n'établissent pas à laquelle des familles du nom de Montaigu appartenait notre grand-maître. Bouillet (Nobiliaire d'Auvergne, IV, 179-83) le rattache, ainsi que Pierre de Montaigu, grand-maître du Temple, à la famille de Montaigu sur Champeix (seigneurs de Montaigu, S. Vincent, Douaresse, S. Cirgues et Ludesse), mais sans indiquer aucune filiation. Il n'ose affirmer que Garin et Pierre furent frères, mais dit seulement qu'ils étaient proches parents. Une généalogie manuscrite, conservée à la Bibliothèque nationale (Pièces originales, vol. 2004, nº 45984, page 21) est plus explicite. Elle nomme, comme tige des seigneurs de Montaigu-Champeix, Eustorge, dont les six petits-fils auraient été Pierre, qui continua la descendance, Garin, grand-maître de l'Hôpital, Pierre, grand-maître du Temple, Bernard, évêque du Puy, Eustorge, archevêque de Nicosie, et Fouques, évêque d'Elide [lisez Limisso] ; elle emprunte ces renseignements à la Chronique d'Aubry de Trois Fontaines (Monum. Germ., Script, XXIII, 909). Cette proportion d'hommes d'église paraît un peu excessive, le même prénom porté par deux frères un peu singulier. Il semble donc que les données fournies par cette généalogie ne doivent être accueillies qu'avec réserve. Restent les armoiries, desquelles on peut espérer quelque éclaircissement. Le grand-maître portait : de gueules à la tour donjonnée d'argent. Ces armoiries se retrouvent de la façon suivante dans le blason des Montaigu-Champeix : la généalogie dont nous venons de parler nous apprend que les seigneurs de Montaigu et S. Vincent portaient : de gueules à un lion de vair, tandis que la branche des seigneurs de Beaune en Vivarais (connue dès 1276 et appelée plus tard Montaigu-Bouzols d'après Bouillet) écartelait des armoiries de Montaigu (de gueules, à la tour donjonnée d'argent) et de Beaune (sautoir d'argent et de gueules). La présence de la tour dans le blason des Montaigu-Bouzols prouve que le grand-maître descendait des Montaigu-Champeix. D'autres chevaliers de Malte du nom de Montaigu, Jean en 1565, Jérôme [Montaigu-Fromigières] reçu en 1559, Joseph [Montaigu-Fromigières, marquis de Bouzols] reçu en 1686, ont également la tour dans leur blason, et confirment cette preuve (Bibliothèque nationale, pièces originale, vol. 2004, dossier 45984, page 21 ; Marseille, Archives des Bouches du Rhône, grand.-prieuré de Saint Gilles, dossier 281 ; Grasset, Essai sur le grand-prieuré de S. Gilles, 91-92).
4. 19 juillet 1204 (Cartulaire, 11, nº 1197).
5. 22 mai 1207 (Cartulaire, II, nº 1262). En 1206, le maréchal de l'Hôpital est désigné par l'initiale G. (Cartulaire, II, nº 1231). Il est fort probable qu'il s'agit déjà de Garin de Montaigu.
6. Raynaldi, Annales ecclesiastici, année 1205, paragraphe 36-40.
7. Rohricht, Gesch. des Konigreicks Jérusalem, 711.
8. 5 mars et 4 juin 1209 (Baluze, Innocenta III épistolier, II, 302 et 326).
9. Bulle du 15-22 mars 1213. (Baluze, Innocent III épistolier, II, 738).
10. La date de jour et de mois est donnée par le R. Père Léonce M. Alishan (Léon le Magnifique, 257), celle d'année par les sources occidentales et arméniennes. Rohricht (Gesch. des Konigreichs Jérusalem, 716, note 2) propose d'adopter l'année 1215 au lieu de 1216, et s'appuie sur le fait que le 1 avril 1215 Raymond-Rupin confirma aux Hospitaliers les droits qu'ils tenaient de ses prédécesseurs et de lui-même dans la principauté (Cartulaire, II, nº 1441 et 1442). Il n'a pas remarqué que nous avons une donation de 1207 et une confirmation de 1210 (Cartulaire, II, nº 1262 et 1355), dans lesquelles Raymond-Rupin prend le titre de prince d'Antioche comme dans l'acte du 31 mars 1215, et que par suite son argumentation tombe.
11. Cartulaire, II, nº 1262.
12. Cartulaire, II, nº 1355 et 1358.
13. Cartulaire, II, nº 1491.
14. Cartulaire, I, nº 183. Mopsueste Mécis), ville de la Cilicie Champêtre.
15. Cartulaire, I, nº 311.
16. Séleucie Trachée, métropole de la Cilicie occidentale.
17. Aujourd'hui passage Démir-Capou (porte de fer), aux confins de la Syrie et de la Cilicie.
18. Cartulaire, II, nº 1344 et 1350. Le 3 août 1210 Innocent III confirme cette donation (Cartulaire, II, nº 1351).
19. Cartulaire, II, nº 1349.
20. Cartulaire, II, nº 1426.
21. Ce mariage eut lieu le 14 septembre 1210 à Acre, et le couronnement du roi à Tyr le 3 octobre suivant.
22. Cartulaire, II, nº 1427.
23. En août et septembre 1210, nous constatons la présence simultanée à Selefkeh d'un châtelain, Aimery de Pax, et d'un commandeur Albert Roirad. En 1214, nous ne trouvons plus à Selefkeh qu'un châtelain, Féraud de Barras ; le commandeur Albert Roirad est devenu commandeur d'Antioche, ce qui semble indiquer que l'administration des territoires ciliciens avait été rattachée à la commanderie d'Antioche (Cartulaire, II, nº 1349, 1355, 1426 et 1427).
24. Ce nom lui est donné par la Chronique de Sempad.
25. Chron., de Sempad, dans Recueil des historiens arméniens des croisades, I, 648 ; Aboul Faradj, Chron. Syriacum, 497.
26. Cartulaire, II, nº 2069.
27. Les instructions d'Innocent III sont des 24 et 25 juillet 1217 (Cartulaire, II, nº 1580 et 1582). Il n'est pas douteux que le grand-maître y obtempéra ; peut-être même les avait-il devancées ; un acte du 23 juillet 1217, rendu à Nicosie en faveur des Hospitaliers, semble implicitement indiquer la présence de Garin de Montaigu dans l'île à cette date (Cartulaire, II, nº 1579).
28. Estoire d'Eracles, 322-323.
29. Rohricht, Gesch., des Konigreichs Jérusalem, 723, note 1.
30. Il prit part à la première chevauchée au-delà du Jourdain, mais non à celles du Mont Thabor et de Sidon (Estoire d'Eracles, 325).
31. [Déc] 1217 (Carini., II, nº 1590).
32. [Déc] 1217 (Cartulaire, II, nº 1591).
34. [12-18 janvier] 1218 (Cartulaire, II, nº 1602).
34. [12-18 janvier] 1218 (Cartulaire, II, nº 1603).
35. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jérusalem, 731 et suivantes. L'armée tout entière était rassemblée devant Damiette le 15 juin 1218 (Bohmer, Acta imperii selecta, II, 642).
36. Isembard figure en cette qualité dans un acte d'août 1219 (Cartulaire, II, nº 1656). Il avait été antérieurement et alternativement prieur de France, grand-précepteur et grand-commandeur d'Outremer (1203-1217).
37. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 732-54.
38. Nous avons une série d'actes, datés de Damiette, dans lesquels il figure (Cartulaire, II, nº 1620, 3675, 1718, 1728) ; Martène et Durand, Amplissima collectio, V, 1479). Le 15 octobre 1221, il était de retour à Acre (Cartulaire, II, nº 1739).
39. Estoire d'Eracles, dans Historiens occidentaux des croisades, II, 333.
40. Il est probable qu'il fut tué à cette affaire ; mais les sources qui parlent de Layron disent toutes : XXXIII Templarii capti vel occisi sunt cum marescalco S. Joannis (Marino Sanudo, Seer. fid. crucis, dans Bongars, Gesta Dei per Francos, 1139 ; Olivier le Scholastique Opera, 216; Gesta crucigerum Rhenanorum, dans Quinti belli sacri scriptores minores, 52), ce qui ne permet pas d'être affirmatif. Quant aux pertes des Hospitaliers, elles furent de trente-deux hommes, d'après les Gesta obsidionis Damiate (Quinti belli sacri scriptores minores, 102), mais de treize seulement d'après le Fragmentum provinciale de captione Damiate (Quinti belli sacri scriptores minores, 190).
41. Estoire d'Eracles, dans Historiens occidentaux des croisades, II, 339. Lettre de Jacques de Vitry, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichte, XVI, 74.
42. Jean de Tulbia, De Johanne rege Jérusalem, dans Quinti belli sacri scriptores minores, 139.
43. Cette date résulte d'un acte du légat Pelage, donné le 14 septembre 1222 à Famagouste, première escale de la flottille après son départ de Syrie (Mas-Latrie, Histoire de Chypre, III, 619. Cf. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jérusalem, 755), tandis qu'en août 1222 le légat et le grand-maître de l'Hôpital étaient encore en Syrie (Cartulaire, II, nº 1754).
44. Richard de S. Germano, dans Monum. German., script., XIX, 342. La date de cette entrevue se déduit de l'itinéraire du pape. Voir sur ce point Potthast (Reg. Pont. Roman., nº 6969). Le grand-maître des Teutoniques et l'évêque de Bethléem assistaient également à l'entrevue.
45. Le testament de Philippe Auguste, de septembre 1222 (Cartulaire, II, nº 1755), contient d'importantes dispositions pécuniaires en faveur de la croisade. — En Angleterre, le roi Henri III fit à Jean de Brienne de grandes largesses d'argent, et décida la levée d'un impôt pour la croisade (Memoriale fratris Walteri de Coventria, II, 252).
46. Lettre de Frédéric II au pape, du 5 mars 1224 (Winkelmann, Acta imperii inedita, I, 237; Matthieu de Paris, Hist. Anglorum, II, 260).
47. Johannes de Brennes, rex Hierusalem, et magister superior Hospitalis fratrum Hierusalem venerunt in Angliam circa octavas apostolorum Petri et Pauli pro auxilio postulando ad subsidium Terrae Sanctae (Matthieu de Paris, Histoire Anglorum, II, 259).
48. Rohricht, Gesch. des Konigreicks Jerusalem, 759.
49. Circa festum nativitatis B. Mariae (Memoriale fratris Walteri de Conventria, II, 252. Cf. Rohricht, Beitrage zur Gesch. der Kreuzzuge, I, 61).
50. Chronicon Turonense magnum, dans Rec. des Hist. des Gaules et de la France, XVIII, 304.
51. Chronicon Turonense magnum, 305 ; Martène, Amplissima collectio, I, 1188.
52. Cartulaire, II, nº 1786.
53. Cartulaire, II, nº 1789.
54. Le 2 août, la reine, sa femme, assiste à une procession à Paris. Elle l'avait donc accompagnée de Tours à Paris (Chronicon Turonense magnum, 305). Le 14 août, Jean de Brienne est à Cologne (Bohmer-Ficker, Regesta imperii, nº 3935 a)
55. Aubry de Trois Fontaines, 913.
56. Cartulaire, II, nº 1790. Cet acte, relatif à des conventions intervenues entre l'Hôpital, Guillaume II de Baux et les habitants d'Orange, fut rendu, en présence du grand-maître, « in curia domus Hospitalis. » Il s'agit ici soit d'Orange, soit d'une localité de Provence, mais plutôt d'Orange à cause des nombreux habitants d'Orange qui y figurent comme témoins.
57. Cartulaire, II, nº 1798.
58. Cartulaire, II, nº 1817.
59. La présence de Garin de Montaigu à Acre, le 24 décembre 1225, semble probable (Cartulaire, II, nº 1828).
60. Estoire d'Eracles, 318 ; Gestes des Chiprois (Société de l'Orient latin, série historique, t. V), 20; Marino Sanudo, dans Bongars, Gesta Dei per Francos, II, 206 et 209.
61. 18 décembre 1225, 30 janvier 1226 et 27 février 1226 (Cartulaire, II, nº 1824, 1834 et 1837).
62. Bulle du 5 mars 1230, exécutée par le patriarche de Jérusalem le 17 juillet 1230 (Cartulaire, II, nº 1955 et 1965). Le diocèse de Tripoli était depuis longtemps déjà mis en interdit (Cf. acte du 18 septembre 1212, Cartulaire, II, nº 1399).
63. 18 décembre 1207 (Cartulaire, II, nº 1276).
64. 1 octobre 1208 (Cartulaire, II, nº 1313).
65. Janvier 1212 (Cartulaire, II, nº 1372); février 1216 (Cartulaire, II, nº 1462); novembre 1220 (Cartulaire, II, nº 1684). Cette dernière donation fut confirmée par Sibylle, veuve d'Aymar de Layron, en mai 1236 (Cartulaire, II, nº 2143).
66. 1 décembre 1217 (Cartulaire, II, nº 1593).
67. 15 octobre 1221 (Cartulaire, II, nº 1739). Cet arbitrage est curieux en ce sens que, dans l'impossibilité de se prononcer sur la légitimité des titres de donation des parties, l'arbitre n'envisagea que l'intérêt qu'il y avait à les concilier, et obtint cette conciliation en les instituant codonataires.
68. Cartulaire, II, nº 1354.
69. 15 mai 1210 (Cartulaire, II, nº 1346).
70. 15 avril 1212 (Cartulaire, II, nº 1383).
71. Janvier 1217 (Cartulaire, II, nº 1526).
72. Mai 1216 (Cartulaire, II, nº 1473).
73. 18 novembre 1212 (Cartulaire, II, nº 1400).
74. 18 octobre 1213 (Cartulaire, II, nº 1414).
75. Avril 1215 (Cartulaire, II, nº 1440).
76. Août 1221 (Cartulaire, II, nº 1754).
77. 1226 (Cartulaire, II, nº 1829).
78. Mai 1221 (Cartulaire, II, nº 1718).
79. 4 mars 1228 (Cartulaire, II, nº 1911).
80. Il prend sous sa protection les Hospitaliers de Dijon (Cartulaire, II, nº 1279), leur assure, en échange des droits qu'ils avaient à Louesme, un denier de revenu par vingt livres perçues sur le péage de Dijon (Cartulaire, II, nº 1280), et leur confirme la donation de Crimolois, que leur avaient faite le seigneur de Ravières et sa femme (Cartulaire, II, nº 1282). Il leur donne aussi le château et l'île d'Ouche, la haute et basse justice à Crimolois, un moulin à Fauvernay et la basse justice audit lieu (Cartulaire, II, nº 1310 et 1311).
81. Cartulaire, II, nº 1424.
82. Cartulaire, II, nº 1601.
83. Cartulaire, II, nº 1620.
84. Cartulaire, II, nº 1728.
85. Cartulaire, II, nº 1622.
86. Cartulaire, II, nº 1763.
87. Cartulaire, II, nº 1671.
88. Cartulaire, II, nº 1740 et 1760.
89. Cartulaire, II, nº 1781.
90. Cartulaire, II, nº 1818 et 1820.
91. Le 16 mars 1212, Ferrand de Portugal et Jeanne, sa femme, comte et comtesse de Flandre et Hainaut, garantissent aux Hospitaliers 700 livres de Valenciennes s'ils obtiennent, avant le 25 décembre 1213, la délivrance de Gérard de Mons (Cartulaire, II, nº 1385). — En février 1215, Blanche, comtesse de Champagne, ratifie, au nom de son fils, l'acte par lequel Rosceline de la Ferté avait promis aux Hospitaliers une rente annuelle de dix livres s'ils parvenaient à faire relâcher par les Sarrasins son fils Guiard (Cartulaire, II, nº 1434). — En mai 1227, Guillaume de Quevillers confirme au grand-maître Garin de Montaigu une rente de dix mesures de blé sur la dîme de Cléry sur Somme, qu'il avait promise si celui-ci faisait relaxer Pierre de Quevillers, son père, prisonnier à Saône (Sahoun), et que la mort du prisonnier avait rendue caduque (Cartulaire, II, nº 1861).
92. 13 janvier 1215 (Cartulaire, II, nº 1433); 14 décembre 1216 (Cartulaire, II, nº 1511); 14 décembre 1224 (Cartulaire, II, nº 1795).
93. 27 septembre 1215 (Cartulaire, II, nº 1447); 13 mars 1222 (Cartulaire, II, nº 1746).
94. Cartulaire, II, nº 1312, 1321, 1325, 1343, 1356-7, 1369, 1381, 1401, 1412, 1673, 1706, 1742, 1840, 1857, 1865, 1870. La reine d'Aragon Sancia, fondatrice de Sigena, avait obtenu des rois d'Aragon, pour ce monastère d'Hospitalières, de nombreux privilèges et des possessions étendues (Cartulaire, II, nº 1272, 1274, 1277, 1315, 1319, 1380, 1386, 1843, 1891).
95. Donation de Mechelen par le duc Henri III de Limbourg en 1215 (Cartulaire, II, nº 1429) et confirmation en 1225 (Cartulaire, II, nº 1805).
96. Henri I le Long, duc de Saxe, prend sous sa protection l'Hôpital S. Jean de Brunswick en 1224 (Cartulaire, II, nº 1779).
97. Donation de Sulsdorf, par les comtes de Schwerin et d'Aland en 1217 (Cartulaire, II, nº 1525).
98. Donation de Bantow par Ratibor, prince de Schlawe, en 1223 (Cartulaire, II, nº 1762).
99. Confirmations par le roi Premysl-Ottakar I, le 31 décembre 1213, et en 1225 (Cartulaire, II, nº 1418 et 1801).
100. Confirmations par Henri-Vladislas III, le 31 décembre 1213 et en janvier 1214 (Cartulaire, II, nº 1417 et 1422).
101. Confirmation par Vladislas, duc de Pologne, en 1225 (Cartulaire, II, nº 1802).
102. Cartulaire, II, nº 1428, 1451, 1589, 1627, 1651, 1722,1726, 1852-5, 1858-9.
103. Cartulaire, II, nº 1457,1472, 1474.
104. Confirmations par Philippe Auguste (Cartulaire, II, nº 1300-1301, 1309, 1316, 1332, 1362, 1396, 1449, 1587, 1628, 1657, 1727) par Louis VIII (Cartulaire, II, nº 1823) et par Louis IX (Cartulaire, II, nº 1856).
105. Septembre 1210. Philippe Auguste donne à l'Hôpital des terrains et des vignes à Melun (Cartulaire, II, nº 1353). 3 avril-31 octobre 1211. Il donne aux Hospitaliers cent arpents de bois au Fay, pour racheter les droits qu'ils avaient dans la forêt royale entre Arces et Cerisiers (Cartulaire, II, nº 1363).
106. Cartulaire, II, nº 1785 et 1788 (donation confirmée par Honorius III, le 17 janvier 1225, Cartulaire, II, nº 1807).
107. Cartulaire, II, nº 1817 (accord confirmé par Honorius III, le 16 février 1226, Cartulaire, II, nº 1836).
108. Cartulaire, II, nº 1812. Cette pièce ne laisse aucun doute sur ce point.
109. Cartulaire, II, nº 1813.
110. Cartulaire, II, nº 1831.
111. Cartulaire, II, nº 1887.
112. Cartulaire, II, nº 1954.
113. 16 septembre 1215, incorporation de l'hôpital de Wurtzbourg à l'Ordre (Cartulaire, II, nº 1445). 30 janvier 1221, exemption de droits de péage, renouvellement du privilège du 25 octobre 1158, (Cartulaire, II, nº 1707). 4 janvier 1223, protection accordée aux Hospitaliers d'Allemagne (Cartulaire, II, nº 1767). Cf. acte d'Othon IV, du 1 août 1211 (Cartulaire, II, nº 1368). — Henri VII, fils de Frédéric II, à l'exemple de son père, confirma, le 17 octobre 1227, les possessions de l'Ordre dans l'empire, dans le duché de Souabe et dans ses domaines personnels (Cartulaire, II, nº 1888 et 1892).
114. Février 1216. Confirmation des donations faites par la famille d'Orange aux Hospitaliers, et don des châteaux de Barret, Sérignan, Camaret, Martignac et Pierrelatte (Cartulaire, II, nº 1459).
115. — Mars 1208. Confirmation de terres au val de Milazzo (Cartulaire, II, nº 1293).
— Décembre 1209. Donation de la montagne Mesofletu (Cartulaire, II, nº 1341).
— Mars 1212. Confirmation du casal Milici (Cartulaire, II, nº 1378 et 1379).
— 17 mars 1215. Confirmation et concession de nombreux privilèges pour les Hospitaliers de Barletta (Cartulaire, II, nº 1439).
— Février 1216. Donation à Monforte par Constance II, reine de Sicile (Cartulaire, II, nº 1461).
— Octobre 1209. Privilèges et donations (confirmés en juillet 1216) aux Hospitaliers de Messine (Cartulaire, II, nº 1335 et 1476).
116. Cartulaire, II, nº 1335, 1476 et 1798.
117. 25 décembre 1224 (Cartulaire, II, nº 1798); 26 novembre 1226 (Cartulaire, II, nº 1848).
118. Son état de santé l'avait empêché de s'embarquer avec eux ; le pape ne crut pas à cette raison, et excommunia l'empereur pour n'avoir pas tenu ses engagements solennels.
119. Rohricht, Gesch. des Konigreichs Jerusalem, 761-777.
120. Estoire d'Eracles, 365. Le dernier acte dans lequel est mentionné Garin de Montaigu est d'octobre 1227 à Acre (Raynaldi, Ann. eccl., année 1227, paragraphe 47-9).
121. El Aini (Recueil des historiens orientaux des croisades, II, 187), place cependant entre le 9 février et le 10 mars 1228 un combat entre Malek el Aziz Othman et les Chrétiens sous les murs de Tyr, qui coûta à ceux-ci des pertes sérieuses en hommes et en approvisionnements.
122. Dugdale, Monast. Anglic, VI, 797. V. plus haut, p. 34, note 3. Ces historiens disent que le magistère de Garin fut court ; c'est une erreur complète et que rien n'excuse.

Sources : Joseph Delaville Le Roulx. Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310). Paris, E. Leroux, 1904. In-8º, XIII-440 pages.
— Vous pouvez voir le livre dans son intégralité à cette adresse : Archives.Org

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