Les études hospitalières

Commanderie d'Etury - Hôpital de Cirey
Département: Haute-Marne, Arrondissement: Chaumont, Canton: Bologne, Commune: Cirey-les-Mareilles - 52

Domus Hospitalis Cirey
Domus Hospitalis Cirey

Avant l'arrivée des Croisés dans la Palestine, il existait à Jérusalem une maison religieuse qui portait le nom d'Hôpital Saint-Jean. C'était une maison d'hommes pieux qui donnaient leurs soins aux pèlerins malades venus d'Europe. Après la prise de Jérusalem, plusieurs seigneurs, touchés des vertus que l'on pratiquait dans cette maison, prirent l'habit des Hospitaliers (c'était le nom que l'on donnait aux Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem) et fondèrent des établissements en Europe.
Les princes dotèrent de riches présents dans leurs Etats cet ordre qui, par ses statuts, fut, comme celui des Templiers, un ordre militaire. Après l'abolition de l'ordre du Temple, les Hospitaliers recueillirent une grande partie de ses biens. A la différence de celui des Templiers, l'ordre des Hospitaliers sut se conserver pur.

Une maison religieuse et militaire existait autrefois à Cirey (1), dans la vallée d'Etury, à proximité de la source dont les eaux limpides s'échappent du côté du nord. Cette habitation a été détruite, et lorsque, en 1855, on prit de nouvelles dispositions pour l'établissement d'un étang unique, ses murs s'étaient écroulés, et leurs débris ne formaient plus que des ondulations que l'œil distinguait avec peine à travers le bois sous la mousse et les épines. Cette solitude n'était plus fréquentée que par les animaux sauvages, que la fraîcheur de la source y attirait. On a pu toutefois reconnaître les principales dispositions de l'établissement qui avait existé à cet endroit. Deux petits étangs recevaient successivement les eaux de la source ; entre eux et par côté se trouvaient les bâtiments. 1. Bien que la Commanderie d'Etury et l'Ordre des Templiers établis sur le territoire de Cirey n'aient pas été, à proprement parler, des établissements paroissiaux, nous rattachons néanmoins leur histoire à celle de la paroisse à cause de leur caractère religieux.

Donations faites à Etury.
— Les chevaliers de l'Etury reçurent un certain nombre de donations dès avant 1187 ; voici les principales de celles qui sont énumérees dans la lettre de Manassès :
Villerme, chevalier de Bouzancourt, leur donne la troisième partie de ce que Viard de Bouzancourt possède sur le finage dudit lieu avec cens de douze livres payables à la Saint-Remy.
Adam, chevalier de Cirey, leur donne tout ce qu'il possède à Morémont, le champ sur la Fontaine, le pré sous la maison, le champ des osières et une fauchée de pré en Brouillie.
Auvildis, probablement seigneur de Bouzancourt, abandonne une partie des dîmes qu'il prend sur les vignes possédées à Bouzancourt par les Chevaliers.
Pierre, chevalier de Vignory, abandonne une partie de la vigne qu'il possède à Bouzancourt.
Hugues de Dallencourt fait l'abandon de tout ce qu'il possède depuis la combe de Corsay jusqu'au sentier de Vignory.
Euvrard et Garnier, chevaliers d'Ambonville, ont donné à ladite maison tout ce qu'ils ont depuis les bornes jusqu'à Etury et les pâturages d'Ambonville.
Dame Pétronille cède douze livres qui lui sont dues annuellement pour la terre de Brémontésaine et autres lieux.
Viard de Charmes a donné à ladite maison tous les bois, sans en rien excepter, que son père Gillon possédait sur la montagne voisine ; de plus les pâturages qui s'étendent depuis la porte de l'Etury jusqu'à Charmes-en-l'Angle et ceux qui sont situés au lieudit le Fays (9).
9. Archives de la Haute Marne, catalogue des pièces concernant la Commanderie d'Esnouveaux. Ce catalogue contient la traduction de la lettre de vidimus de Manassès ; il y est dit qu'elle était en latin, sans signature, et que le sceau manquait.

Domaine d'Etury

Domus Hospitalis Cirey
Domus Hospitalis Cirey

— Le domaine des Chevaliers d'Etury se composait de bois, prés, terres labourables et de divers droits, le tout sur les territoires de :
Cirey, Bouzancourt, DaillancourtDomus Hospitalis Daillancourt
Domus Hospitalis Daillancourt
, LeschèresDomus Hospitalis Leschères
Domus Hospitalis Leschères
, AmbonvilleDomus Hospitalis Ambonville
Domus Hospitalis Ambonville
, DoulevantDomus Hospitalis Doulevant
Domus Hospitalis Doulevant
et Villers-aux-Chênes.
Les religieux amodiaient leurs biens ruraux et leurs droits à des fermiers ; quelquefois ils louaient aussi les bois, mais le plus souvent ils en vendaient la coupe.

Des différents terriers dressés par les Hospitaliers il résulte que, peu d'années avant 1789, la Commanderie d'Esnouveaux jouissait à Cirey et dans les environs des propriétés et des droits suivants: (10)
10. Il est resté six terriers de cette Commanderie, ceux de 1564, 1610,1668, 1733, 1762, 1783. On les trouve aux Archives de la Haute-Marne, au catalogue de pièces concernant Etury.

1° Sur le coteau qui borde à gauche le vallon où était située la maison, une pièce de bois contenant 280 arpents.
2° Deux étangs, un grand et un petit, près des sources.
3° Sur le sommet du coteau, trois pièces de terres dites les Hauts-Champs, le tout de la contenance de 38 à 40 journaux.
4° Dans le vallon au bas des étangs, un pré de 3 fauchées 1/3 et, de chaque côté de ce pré, deux pièces de terre contenant ensemble 16 journaux 8 perches.
5° Sur le territoire de Bouzancourt, environ deux fauchées et demie de pré, l'une aux Noillons, l'autre à la fontaine du Bruel.
6° A Ambonville, trois quarts de fauchée de pré en 3 pièces.
7° A Leschères, un quartier de pré.
8° A Daillancourt, une fauchée 15 perches de pré et 3 journaux 8 perches de terres en deux pièces.
9° A Daillancourt, une fauchée 40 perches de pré.

Les droits et redevances étaient les suivants :
1° le commandeur avait droit de lods et ventes de 3 sous 4 deniers par livre sur 18 journaux de terres et de vignes situées dans les contrées de Faillevaux et des Noillons.
10° droit de haute, moyenne et basse justice sur les bois et les terres des Hauts-Champs.
11° un préciput sur les dîmes de Doulevant et de Villers-aux-Chênes, assis sur la portion des moines de Montier-en-Der. Ce préciput consistait en 12 boisseaux de blé, froment et 16 boisseaux d'avoine, mesure ancienne de Sommevoire (11).
11. Cet énoncé est pris dans le terrier de 1783.

Les bâtiments
— Les travaux exécutés en 1855, pour l'établissement d'un grand étang, ont mis à nu quelques fondations qui nous permettent, à défaut de documents, d'indiquer à peu près les dispositions générales des bâtiments (12).
Les sources principales, en sortant du pied du coteau du nord, formaient un étang ; les eaux étaient retenues par une chaussée qui avait un déversoir à son extrémité du côté du sud. En s'échappant de cet étang, les eaux s'écoulaient plus rapprochées du coteau du sud.
Le long du coteau du nord était une vaste cour fermée par un mur le long du ruisseau et bordée, du côté opposé, par les principaux bâtiments. On croit voir les ruines d'une tour non loin de la chaussée, sur le bord du ruisseau.
La chapelle d'Etury se trouvait au pied de la chaussée. Les fondations, le massif de l'autel, la trace de son entrée ont été retrouvés.
Il existait un bâtiment isolé, peut-être une grange, au pied du coteau du sud.
Il y avait aussi un pressoir à Etury : nous le savons par les documents.
Enfin, au-dessus de cet ensemble, les eaux du ruisseau étaient retenues par une seconde chaussée et formaient encore un étang plus petit que le premier.
12. Cette description est l'analyse d'un travail de M. E. Royer, qui dirigeait lui-même les opérations en 1855.

Etury fut une commanderie indépendante
— La maison d'Etury, que nous trouvons plus tard réunie à celle d'Esnouveaux, fut, pendant un certain temps, indépendante. Nous voyons, en effet, que, dans les actes énumérés plus haut, cette maison est nommée sans qu'il soit question d'Esnouveaux. Tant que la maison d'Etury fut une commanderie indépendante, elle fut habitée par le commandeur, qui en avait la jouissance, et par quelques religieux attachés à sa personne. Pendant cette période de son existence, une certaine activité animait cette solitude. Des bois, des prés, des terres, des vignes, quelques droits féodaux formaient les revenus des chevaliers et demandaient leurs soins.

Destruction d'Etury
— On ne connaît pas la cause de la destruction d'Etury. Cet établissement fut-il détruit par un incendie dans les guerres civiles ? ESaint-il peu à peu tombé en ruines, négligé par les Hospitaliers, qui n'y venaient plus que de loin en loin ? On ne sait pas.
L'arrangement passé en 1349 entre Gérard, seigneur de Cirey, et Dominique de Crenay, commandeur d'Etury, fait voir qu'à cette époque il existait encore et était probablement encore indépendant.
Il y est question d'un pressoir que frère Dominique avait fait de nouveau édifier dans la maison d'Etury (13).
13. Archives de la Haute-Marne, pièces concernant Esnouveaux et Etury.

Mais, en 1564, elle n'existait plus depuis longtemps.
Nous lisons, en effet, dans le procès-verbal de la visite faite par Guillaume, visiteur des églises de France, au prieuré de Champagne, le 14 octobre 1564 : « Et le lendemain nous fut montré, par ledit commandeur, le lieu et emplastre de la situation ancienne de la chapelle et bâtiments de ladite commanderie d'Etury...
« lequel emplastre est aujourd'hui couvert d'épines et menus bois y crus à faute de fréquentation. »

— Dans le terrier qui fut fait la même année 1564, Jean Benoît et Nicolas Simonnot, cultivateurs à Bouzancourt, déclarent aux commissaires délégués pour faire ce terrier « que près et attenant le finage de Bouzancourt, est « aussi un terrage appelé la seigneurie et la commanderie d'Etury, consistant en une grande quantité de bois, de terres labourables, prés et vignes au-dessous desquels y a une belle fontaine, et près icelle fontaine, un vieil emplastre auquel on maintient que ci-devant et d'ancienneté était ladite maison et chapelle de ladite seigneurie d'Etury, y ayant encore de présent apparence de pierre d'autel, lavabo et fenestraye d'église ruinée et démolie de tel et si long temps qu'il n'est de mémoire d'homme vivant avoir vu icelui bâtiment, et avoir toujours par ci-devant ouï dire avoir été ruiné et démoli au temps des guerres et divisions ayant eu cours au pays. »
Les terriers de 1610 et 1733 s'expriment à peu près dans les mêmes termes.

Réunion d'Etury à Esnouveaux
Département: Haute-Marne, Arrondissement: Chaumont, Canton: Nogent - 52

Domus Hospitalis Esnouveaux
Domus Hospitalis Esnouveaux

— A quelle époque Etury fut-il réuni à Esnouveaux ? On l'ignore. On ne sait pas si la réunion précéda la ruine de la maison ou si elle en fut la suite. Après la réunion, les commandeurs portèrent d'abord le titre de commandeurs d'Esnouveaux et d'Etury, puis Etury n'eut plus le titre de commanderie ; son nom s'effaça peu à peu et le nom d'Esnouveaux le remplaça sur toutes les propriétés ; le vallon seul conserva le nom.
Les commandeurs venaient de temps en temps, très rarement, visiter leurs propriétés. Il y eut des visites en 1564, 1602, 1671, 1706, 1763, 1768 (14).
14. Archives de la Haute-Marne. Catalogue de pièces concernant Esnouveaux.

Les Hospitaliers faisaient des terriers de leurs propriétés. On connaît ceux de 1564, de 1610, de 1668, de 1733, de 1763, de 1783 (15).
15. Archives de la Haute-Marne. Catalogue de pièces concernant Esnouveaux.

Les chevaliers d'Etury ne vivaient pas toujours en paix dans leur solitude, et leurs relations avec les seigneurs étaient souvent troublées par les prétentions de ces puissants voisins. Nous laissons de côté ces contestations. Nous ne rappellerons qu'une clause rencontrée dans le terrier de 1503, dressé par Philibert Ier, et dont la singularité paraîtrait étonnante si l'on ne connaissait l'esprit positif de nos pères et leur maxime « rien pour rien »
Philibert déclare qu'il a la garde de Thuriis et que les Hospitaliers lui doivent, pour cette garde, un char de bois, attelé de huit boeufs, qu'ils doivent faire conduire au château la veille de Noël ; et, si le char venait à se rompre, les boeufs devaient être confisqués au profit du seigneur (16).
16. Dénombrement de 1503 ; une copie informe de ce dénombrement se trouvait aux archives du château et une autre entre les mains de M. Royer.

Les propriétés de l'ancienne commanderie d'Etury furent en partie vendues en 1793, et en partie réunies au domaine national. Le canton de bois dit le bois d'Esnouveaux fut conservé par l'Etat et vendu en 1815.
Il contenait 75 hectares 12 ares, et fut vendu 120.000 francs, à M. Louis Berthelin, pour Mme de Simiane.

Commandeurs d'Etury
— Voici les noms de quelques commandeurs d'Etury et d'Esnouveaux :
Dominique de Crenay, cité en 1349.
Philippe Chapotot, cité en 1525 et 1532.
Simon de Mailley, cité en 1564.
Jean Blanchard, cité en 1581, 1582 et 1590.
Nicolas Camus, cité en 1602.
Etienne Gasdebois, cité en 1650.
Henri d'Estampes de Valencey, cité en 1671.
Pierre de Vaussin, cité en 1606.
Claude Grallart, cité en 1633.
Claude Guyot de Marne, cité en 1663.
Jean-Charles Narenne, cité en 1770.
Claude Jobert, Joubert ou Jabert, cité en 1780 (17).
17. Voir le catalogue d'archives concernant Esnouveaux aux archives de la Haute-Marne.
Top

 

 
Localisations des lieux
La Tuerie, ferme détruite commune de Cirey-sur-Blaise
— Cirey le chastel, la forge, le fourneau et la cense de la Tuerie, 1763 (Archives de Haute-Marne, C 317)
— La Tuerie, XVIIIe siècle (Cartes de Cassini)

Ambonville, commune du canton de Doulevant, à la source du Blaiseron
— Ambonis villa, 1127 (Cartulaire de Montier-en-Der, I, folio 118 v°)
— Ambonvilla, 1158 (la Crête)
— Ambonville, 1222, 1243(Longnon, documents, I, n° 4193)
— Anbonville, 1454 (Archives de l'Aube, Clairvaux)

Arnancourt, conton de Doulevent
— Arnoncort, 1221 (Thors et Corgebin)
— Arnoncourt, 1224 (Thors)
— Arnunnancourt, 1324 (Thors)
— Arnencourt, Arnuncourt, 1348 (Thors)

Daillancourt, commune du canton de Vignory
— Dayllancourt, Daillancort, Daylencort, 1229 (Archives de Clairvaux)
— Daillancort, 1289 (Archives de Clairvaux)

Doulevant-le-Château, arrondissement de Vassy
— Donlevenz, 1201 (Archives de l'Aube, Clairvaux)
— Doulevent Magnus, 1214 (Montier-en-Der)
— Dolevans, Dolevens, 1348 (Thors)
— Doulevent le Château, XVIIIe siècle (Cartes de Cassini)

Esnouveaux, conton de Nogent
— Ancien chef lieu d'une commanderie de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
— Novales, 1181 (Esnouveaux)
— Novaus, 1187 (Esnouveaux)
— Navaud, 1258 (la Crête)
— Les Nouvaus, 1302 (Esnouveaux)
— Novalia, XIVe siècle (Longnon, Pouillé, I)
— Esnouveaux, XVIIIe siècle (Cartes de Cassini)
Eglise dédiée à Saint-Jean Baptiste. Le commandeur d'Esnouveaux avait la présentation de la cure.

Villiers-aux-Chênes, commune de Doulevant-le-Château
— Vilerx ad Quercum, Wilers ad Quuercum, 1181 (Abbaye de Montier-en-Der)
— Villers au Chasne, 140 (Archive Nationales P, 1892, n° 1588)
— Villiers aux Chesnes, 1488 (Archive Nationales P, 1772, n° 649)
— Villiers les Chesnes, (XVIIIe siècle (Cartes de Cassini)
Villiers-aux-Chênes titre son surnom de la grange du chêne, même commune, qui appartenait à l'abbaye de Troisfontaines (Marne)
Sources: Dictionnaire Topographique du département de la Haute-Marne — Par Alphonse Roserot. Paris Imprimerie Nationale, MDCCCCIII.
Top

 

Les Templiers
D'après une tradition vieille de plusieurs siècles, comme nous allons voir, cette maison d'Etury aurait appartenu, dans le principe, à l'Ordre du Temple et aurait été transmise, après la dispersion des Templiers, aux Frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Quelques documents écrits semblent appuyer cette tradition. L'examen des documents antérieurs démontre le contraire.

Etury n'a jamais appartenu aux Templiers
— Dans un terrier dressé par les Hospitaliers en 1733, les fermiers qui font la déclaration des propriétés disent : « La Commanderie de Thuriis où était autrefois le couvent des Templiers uni à l'Ordre de Malte (2) » Sur un plan des propriétés composant le domaine d'Etury dressé par Pierre Ravier, arpenteur, en 1783, on lit : « La Commanderie de l'Etury, finage de Cirey, où était jadis le couvent des Templiers (3) »
2. Archives de la Haute-Marne, pièces concernant Esnouveaux.
3. Ibidem.


Cette croyance est admise par Jolibois dans La Haute-Marne ancienne et moderne, par l'abbé Roussel dans Le Diocèse de Langres et par M. Didier dans sa Notice sur Doulevant. On lit dans le premier de ces auteurs : « Dans la vallée de l'Etury, on trouve les vestiges d'une Templerie.... Après l'abolition de l'Ordre du Temple, les biens qu'il possédait à Cirey furent remis à la Commanderie d'Esnouveaux (4). »
4. La Haute-Marne ancienne et moderne, par E. Jolibois, page 148.

On lit dans le second :
1° « La Commanderie de Cirey était l'ancienne Templerie d'Etury, qui, en 1187, reçut des donations de terres et de bois sur le finage de Bouzancourt (5). »
Enfin le troisième dit :
2° « On retrouve également les vestiges d'une Templerie dans la vallée de l'étang. Cirey, du reste, possède sur son finage l'étang du Commandeur, le bois de la Commanderie. Ces biens, possédés autrefois par les Templiers, furent, après la destruction de cet Ordre fameux, réunis à la Commanderie d'Esnouveaux, près Nogent-le-Roi (6) »
5. Le Diocèse de Langres, tome II, page 517.
Jacques Vignier, dans le Chronicon lingonense, imprimé en 1665, dit (page 119) que l'hôpital d'Esnouveaux aurait été donné aussi aux Templiers, Templariis. M. Jolibois, dans la traduction de cet ouvrage, le dit également, mais il ne renouvelle pas son assertion dans La Haute-Marne ancienne et moderne.
6. Notice sur Doulevant, page 133.


M. l'abbé Lapierre, dans son registre de paroisse, adopte cette opinion comme un fait acquis, mais M. E. Royer la discute longuement et la combat dans ses notes. Pour ce dernier, le doute n'est pas possible : les Frères de Saint-Jean de Jérusalem occupaient Etury bien avant l'abolition de l'ordre des Templiers et ne leur ont nullement succédé dans cet établissement, comme on le pense généralement. Nous partageons absolument cette croyance pour les raisons suivantes :
1° Lorsque Simon de Clefmont donna, en 1187, aux Hospitaliers le village d'Esnouveaux (Novaus) et qu'une commanderie y fut établie, Manassès, évêque de Langres, qui s'occupait spécialement de l'ordre militaire de Malte, fut appelé à consacrer ces actes par sa présence et son concours.
La même année, il donnait une lettre de vidimus confirmant certaines donations faites précédemment aux Hospitaliers d'Etury (7). L'ordre de Malte était donc en possession d'Etury dès 1187. Il l'occupait même avant cette date, car la lettre de Manassès n'est qu'une confirmation des donations faites précédemment aux Hospitaliers ; elle énumère ces donations ainsi que des transactions intervenues entre ces religieux et divers habitants du voisinage. Les dates ne sont pas données, mais les termes dans lesquels ces actes sont énoncés font voir qu'ils n'ont point eu lieu pour un établissement naissant. Ainsi l'on y voit la maison déjà appelée « la Maison de l'Hôpital de l'Etury ». On énonce de cette manière les biens donnés :
« Pierre, chevalier de Vignory, lui a quitté la troisième partie de la vigne qu'elle possède. »
7. Archives de la Haute-Marne, catalogue de pièces concernant Esnouveaux.

Les Templiers auraient-ils occupé, puis abandonné Etury avant celte époque ? C'est peu probable, étant donné qu'ils s'étaient établis en France seulement quelques années auparavant. Il est moins probable encore que l'ordre du Temple ait été en possession d'Etury après 1187, car :
2° Les Hospitaliers ont occupé cet établissement sans interruption dans la suite. Nous les retrouvons, en effet, en 1251 traitant avec Jean de Saint-Martin, aidé du concours de Geoffroy, seigneur de Cirey, au sujet des droits d'usage dans le bois appelé Valnamve (8).
En 1308, Regnaut, notaire à Langres, donne une lettre de vidimus des arrangements faits entre les Hospitaliers et ce même Jean de Saint-Martin, chevalier de Charmes.
8. Il est dit dans la transaction : « Fratres hospital Hierosolimit, de domo d'Estury » ; voir au catalogue de pièces concernant Etury, Archives de la Haute-Marne.

3° On ne connaît aucun document authentique relatant une transmission des mains des Templiers dans celles des Hospitaliers d'une partie quelconque de la maison d'Etury et de ses possessions, pas plus avant 1187 que postérieurement à cette date.
Le moulin qui avait été cédé aux Templiers en 1223 par les seigneurs de Cirey retourna à ces derniers, et il n'en est pas fait mention dans les terriers des Chevaliers de l'Hôpital.

Comment alors expliquer la confusion qui existe dans la tradition et dans les documents de ces derniers siècles ? On savait que l'ordre du Temple avait eu des propriétés sur le territoire de Cirey ; que les biens des Templiers, en général, avaient passé aux mains des Hospitaliers ; on savait d'autre part qu'un ordre militaire avait existé à Etury ; enfin l'on ignorait où avaient habité les Templiers. De tout cela on a conclu trop facilement que leurs biens avaient passé aux Frères de l'Hôpital.

On connaît l'histoire des Templiers, l'institution de leur ordre, vers 1118, par Baudouin II, roi de Jérusalem, leurs exploits, leurs services dans la défense des pèlerins allant en Terre-Sainte, puis les accusations formulées contre eux et enfin l'abolition de l'ordre en 1312.

Domaines des Templiers à Cirey
Au commencement du XIIIe siècle, l'ordre du Temple possédait, sur le territoire de Cirey, des propriétés, notamment des bois. Les Templiers avaient aussi des droits. De plus, parmi les habitants, quelques-uns étaient leurs « hommes »
Barthélemi, seigneur de Cirey, qui mourut en 1205, était leur bienfaiteur ; il leur donna le droit de pâturages. C'est la seule source que l'on connaisse des différents biens qu'ils possédaient alors.
Plus tard, des différends s'élevèrent entre Geoffroy Ier, fils de Barthélemi, et les chevaliers du Temple.

Transaction entre Geoffroy Ier et frère O. de la Roche
Au mois de février 1223, il intervint entre Geoffroy et le frère O. de la Roche, percepteur des maisons de la milice du Temple en France, une transaction qui termina ces contestations.
Les Templiers cédèrent à Geoffroy tout ce qu'ils possédaient à Cirey et dans son finage en hommes, en bois et autres choses (2).
2. Ceci prouve bien que les Templiers n'habitaient pas Etury ; ils n'auraient pas cédé cet établissement, et, en fait, on ne voit pas que les seigneurs de Cirey en aient été propriétaires à cette époque.

De son côté, Geoffroy Ier fit aux Templiers les concessions suivantes :
Tout ce qu'il y avait au moulin des Prés et aux foulons situés au-dessous de Cirey.
Tout le pourpris du moulin, les pâtis au-dessus et au-dessous.
Deux fauchées de pré situées en dehors du pourpris près du moulin, et un pré dit mal fauché.
Un champ s'étendant le long des pâtis du pourpris au-dessus et au-dessous du moulin.
L'usage dans tous les bois de Cirey pour y prendre partout où ils en pourront trouver le meilleur bois nécessaire pour le moulin et les foulons, soit pour les réparer, soit pour les reconstruire.
Les Templiers pourront avoir dans le pourpris trois roues travaillant.
Geoffroy devra enlever du pourpris le sentier qui conduisait de Cirey au moulin par les prés.
Il concède encore aux Templiers l'usage de prendre dans les bois communs de Cirey le bois pour faire la clôture du pourpris en exceptant le chêne.
Il leur concède une carrière en dehors du pourpris.
Enfin, il leur abandonne la grosse dîme d'ArnancourtDomus Hospitalis Arnancourt
Domus Hospitalis Arnancourt
, qui était du tiers.
Les pâturages qu'ils ont reçus de Barthélemi continueront à leur appartenir.
Jobelin et Raoul, frères, qui étaient établis hors de Cirey, continueront à appartenir aux Templiers et conserveront leurs biens.
De même, Pierre, fils de Ravier, et Godefroy, fils de Rolny-Molard, qui habitent hors de Cirey, continueront à être leurs hommes.
Mais, si ces quatre individus résident à Cirey un an et un jour, ils seront les hommes de Geoffroy (3).
3. Echange de 1223, pièce en latin.

Depuis la transaction de 1223, qui mit les Templiers en possession du moulin de Cirey, on les perd de vue et nul acte ne parle d'eux pendant les années qui s'écoulèrent jusqu'à l'abolition de l'Ordre. Les bois cédés à Geoffroy Ier restèrent la propriété des seigneurs de Cirey.

Que devinrent le moulin et les propriétés qui l'entouraient ? Le concile de Vienne avait bien déclaré que les biens des Templiers seraient réunis à l'ordre des Hospitaliers ; et, en effet, la plus grande partie de ces biens considérables passa dans les mains de cet ordre ; mais il n'en est pas moins vrai que les seigneurs parvinrent, par divers moyens, à s'en approprier certaines parties ; c'est sans doute ce qui eut lieu pour le moulin de Cirey, car on le retrouve quelque temps après au nombre des propriétés de la seigneurie de Cirey. Les détails donnés dans l'acte de 1223 sur le moulin cédé aux Templiers, sa position au-dessous du village, ne permettent pas de douter que ce moulin ne soit celui qui fut plus tard le moulin banal de la seigneurie et que jamais il n'appartint aux Hospitaliers (4).
4. Si les Hospitaliers avaient hérité des Templiers de l'établissement d'Etury, il semble que le moulin aurait suivi les autres propriétés. Les terriers des commandeurs n'en font jamais mention.

Il est certain que les Templiers n'avaient pas seulement des droits et des propriétés à Cirey, mais qu'ils y résidaient. Une phrase de la transaction de 1223 ne laisse aucun doute à ce sujet : « Proeter ea proedicta concessit nobis dictus Gaufridus fouragium in nemoribus de Cyresio ad opus fratrum et servantium nos« trorum in finagio de Cyresio morantium. » (Pour l'usage de nos frères et de nos servants demeurant au finage de Cirey.)

Mais le lieu de leur résidence est inconnu. Peut-être ont-ils habité le moulin à partir de l'année 1223 (5).
5. Il a paru dans la Revue de Paris, n° 30 du 11 juillet 1844, page 354, un article sur Cirey, rédigé par M. A. Launoy, dans lequel l'auteur dit quelques mots sur les Templiers de Cirey, l'origine du château et la famille du Châtelet. Tout ce qu'on lit sur ces trois sujets n'est qu'un tissu d'erreurs et d'inventions telles qu'on se demande comment un écrivain sérieux a pu livrer au public de pareilles choses. Suivant M. Launoy, Cirey aurait fait partie du duché de Lorraine ; c'est le duc de Lorraine qui aurait licencié les Templiers de Cirey, en 1220, et qui aurait donné leurs biens à son frère Ferry d'Enfer. Ferry, mis à la tête de domaines considérables, aurait fait construire à Cirey un château ou châtelet qui lui aurait donné son nom. Autant d'erreurs que de mots. Cirey est en pleine Champagne ; jamais les ducs de Lorraine n'y ont eu une possession. Le Châtelet qui a donné son nom à la grande famille dont Ferry d'Enfer fut le chef était près de Neufchâteau, etc. Bref, il est inutile de chercher un renseignement quelconque dans cet article, et pas davantage dans tout ce qu'a écrit M. Launoy sur Cirey.
Sources: Mémoires de la Société des lettres, des sciences, des arts, de l'agriculture et de l'industrie de Saint-Dizier, page 285, tome VII, années 1892, 1898 et 1894. Saint-Dizier 1894 - Bnf

Les Etudes visitées 39015 fois