Les études hospitalières

La commanderie de Maisonnisses
Ce qui semble essentiel dans le passé de Maisonnisses, c'est qu'ancien établissement du Temple, il fut ensuite une Commanderie de l'Ordre de Malte, qui avait le patronage de l'église.

Eglise et château étaient donc la possession de l'Ordre. Le château, dont il ne subsiste actuellement aucun vestige extérieur reconnaissable, aucun document figuré en dehors d'un plan cadastral dont l'interprétation pourrait être hasardeuse, aucune description complète, et dont j'ai tenté une reconstitution approximative à l'aide d'indications relevées dans les procès-verbaux des visites prieurales, était fait en forme de forteresse, comprenant un corps de logis flanqué de grosses tours « marchacoligées » et était entouré de fossés secs. Son aspect d'ensemble devait le rapprocher du château de la Chezotte. Il se complétait d'un jardin, d'une garenne, d'un pré de vingt-cinq journaux (l'actuel « pré du château » n'est peut-être pas autre chose qu'une partie de ce dernier), d'une grange, d'un moulin et, plus loin, des bois du Toureau et du Fourchaud, des étangs de Maisonnisses (qui se situait en contrebas du cimetière actuel), de la Genette et de Chez-Peynoux (deux hameaux de la commune de Maisonnisses), enfin de Savennes.

Le Commandeur était dîmier général des paroisses de Maisonnisses, Savennes, Peyrabout, Lépinas et de quelques villages de celle de Sardent. Il levait, à ce titre, environ trois ou quatre cents setiers de blé - ou seigle, ainsi que « le charnage de couchons » sur d'autres villages.

Il était seigneur direct et foncier, ayant droit de mainmorte des paroisses et villages de « Savennes, Badant, le Bosduchier, le Méry, Reillat, les Vergne, Peyrabout, Pétillats, le Feyle, Larnade, l'Epinas, la Terrade, Cisternier, la Conche, le Mas-Pommier, la Chapelle-Saint-Martial, Drulhettes, le Breuil, Lescure, Sardent, la Cheminade, le Masrougier, la Chaumette, Chassouille, la Jarige, Villejaleix, la Faye-au-Bost, Nouallet, la Ronze, Tressagne, la Vedrenne, Serre, Maisonnisses, les Lignes, les Châtres, les Rivaux, Chez-Penioux, etc. »

Il levait des rentes sur ces villages, sur celui de Mailleret (paroisse de Janaillat) et sur ceux de la Vauzelle, des Farges, du Masgiral, de Saint-Yrieix-les-Bois, etc., et ces rentes produisaient quatre-vingts setiers de froments, six cents setiers de seigle, deux cent soixante setiers d'avoine, cent livres et des poules et des vinades autant qu'il y avait de feux, suivant la coutume de la Marche.

En 1616, les revenus de la commanderie de Maisonnisses s'élevaient à 3.600 livres ; les charges à 894 livres. Elles laissaient donc au Commandeur 2.706 livres.

Le Commandeur de Maisonnisses avait la justice haute, moyenne et basse sur la paroisse et la faisait exercer par ses officiers dont les gages s'élevaient à 36 livres.

La Commanderie comprenait quatre annexes : Savennes, Peyrabout, Conat ou Counat (hameau de Vidaillat) et Monbut (de Saint-Sulpice-le-Guérétois).

Les Mémoires de notre Société renferment deux de mes étude sur la Commanderie de Maisonnisses ; « Visite prieurale » (Tome XXXII, 1er fascicule). « Regards sur la Commanderie de Maisonnisses au XVIIIe siècle » (Tome XXXII, 3e fascicule).

Les commandeurs de Maisonnisses
Les Commandeurs dont les noms nous sont connus sont :
Pierre d'Aubusson de la Borne (1464)
Jean Grimeau (1480)
Guy de Blarchefort (1483)
Jean de Bonneval (1509)
Emery de Payaulx (1532)
Claude de l'Hermite (1540)
Germain de Bridiers (1579)
Pierre de la Porte (1606)
Aimé de Menthon (1623)
Antoine de Vauldray (1628)
Jacques de Saint-Maur (1660)
Antoine de la Rive (1669)
François de Montgontier (1681)
Antoine de Riddes (1698)
Joseph de la Val d'Izère (1719)
Charles de la Marche de Parnac (1721)
Pierre de Langon (1731)
Joseph d'Ussel de Châteauvert (1760)
Charles-Joseph de Groslier (1775)
Jean de Montagnac (1783)
Antoine de Ligondès (1787).

L'église de Maisonnisses
— L'église de Maisonnisses, datée du XIIIe siècle par quelques-uns (dont Vayssière) et du XIVe par d'autres (dont Louis Lacrocq), après avoir été sous le vocable de saint Jean, a pris plus tard saint Sébastien comme second patron.

Elle est à nef unique. Sa longueur intérieure est de 17 m. 15 et sa largeur intérieure de 5 m. 50. Ces dimensions étaient notées au XVIIe siècle (1616) : 11 cannes sur 3 et, au XVIIIe: 50 pieds sur 18.
Elle comprend trois travées, la dernière formant chœur à chevet droit. Les trois travées étaient autrefois voûtées d'ogives.
La voûte ne subsiste que pour le chœur. Quelques départs seulement en ont été conservés dans les autres travées.
Les nervures retombent sur des consoles à masques humains (trois à chaque console).
Après la disparition de la voûte aux deux premières travées, celles-ci ont été lambrissées, mais, à la première travée, le lambris lui-même a été supprimé à cause de sa vétusté.

La voûte du chœur est décorée de peintures murales représentant les quatre évangélistes accompagnés de leurs attributs (saint Mathieu et son ange, saint Marc et son lion, saint Luc et son taureau, saint Jean et son aigle).

L'édifice est éclairé par quatre baies. Celle du chevet, seule, est en arc brisé, longue et étroite. Les trois autres sont en plein cintre. Deux sont placées au sud. La plus proche du chevet, de beaucoup la plus longue, est fortement ébrasée. Aucune n'est placée à même hauteur et toutes ont des proportions différentes.
Le mur nord, comme en tant de sanctuaires creusois, ne comporte aucune fenêtre.

Comme on a déjà pu s'en rendre compte, les quelques caractéristiques concernant le plan et l'éclairage de cette église suffisent à la classer parmi les chapelles de Templiers telles que les a reconnues M. Laborde au cours de sa récente étude sur cet Ordre.

Extérieurement, seuls émergent du rectangle formé par l'édifice la minuscule sacristie et les contreforts. Ceux-ci sont au nombre total de 12, dont 8 soutiennent les murs gouttereaux, chaque angle de la construction se trouvant pourvu de 2 contreforts perpendiculaires entre eux. Les 12 sont semblables, à 1 seul rampant. Ils présentent une largeur de 1 m. et une épaisseur de 1,5 mètre.

Les deux contreforts situés à l'angle nord-ouest ont été renforcés et réunis de telle sorte qu'au premier regard ils semblent n'avoir jamais formé qu'un seul et très puissant support dont la présence peut se justifier tout simplement par la très insuffisante solidité des murailles qui, nous apprennent les visites prieurales, menaçaient ruine depuis des siècles.
La sacristie est comprise entre les deux contreforts placés au nord du chœur.

Le portail est placé au Nord. Il est en tracé brisé, à deux voussures avec boudins, comporte quatre colonnettes surmontées de chapiteaux formant frise. Il est surmonté de trois masques.

Sur le même mur se voit encore l'encadrement de la porte secondaire, actuellement murée. L'existence d'une porte secondaire est mentionnée notamment dans le procès-verbal de la visite prieurale de 1616.

Le clocher
— Le clocher, de construction relativement récente, puisque, en cette même année 1616, l'église étant dépourvue de clocher, les cloches étaient suspendues sur des piliers de bois placés devant la porte principale, est entièrement édifié en charpente et comporte une première partie sensiblement cubique, percée, sur chaque face, de deux petites baies jumelles rectangulaires, et une flèche en pyramide octogonale que je suis tenté de qualifier de proportions harmonieuses parce qu'elle se tient, en quelque sorte, dans un juste milieu entre d'autres clochers de très faible hauteur de flèche par rapport à la largeur de leur base (tels Ars. Azerables, Gentioux, Ladapeyre, Saint-Martin-Château, Saint-Pardoux, Lavaux) et d'autres très effilés (tels Bonnat, Evaux, Nouzerines.)
Ce clocher ne renferme plus qu'une seule cloche. L'église en possédait deux au XVIIe siècle, l'une « de deux cents pesans ; l'autre de cent cinquante pesans. »

Mobilier
— Bénitier en granit du XVIIIe siècle. De forme circulaire, à pied cylindrique, sa partie supérieure est ornée d'une rangée de godrons placée entre deux bourrelets.

— Vierge à l'Enfant, en bois, du XVIe siècle, peut-être même du XVe (placée dans une crédence du mur nord).
— Deux statues du XVIIe siècle: saint Jean et saint Sébastien, qui faisaient partie du retable placé derrière le maître-autel.

— Dans le mur nord, dans un enfeu en tracé brisé, statue funéraire d'un chevalier, en pierre, pièce remarquable classée par les Beaux-Arts Templier XIIIe siècle, qui nous conduit à parler des récentes fouilles et transformations effectuées dans cette église.

Fouilles et transformations
En août 1955, l'enfeu, qui était entièrement comblé depuis de longues années, a été déblayé depuis le sommet jusqu'à la base de son arc brisé et ce déblaiement a permis de constater que tout le fond était garni d'une fresque qui s'est malheureusement effritée d'une manière complète au fur et à mesure de sa découverte. Seule en subsiste actuellement, vers le centre de l'enfeu, une toute petite parcelle dans laquelle on peut reconnaître, tout au plus, une croix à branches égales.

Les fouilles pratiquées dans et devant l'enfeu ont permis la mise au jour d'un sarcophage d'un type très rare en Creuse, à parois très épaisses, à extrémité céphalique très grossièrement taillée et, par suite, dissymétrique, à largeur extérieure constante, mais à largeur intérieure décroissante vers le pied et pouvant être très approximativement daté du VIIe siècle. Ce sarcophage demeure à la place même où il a été découvert, mais à une profondeur moindre. Une pierre qui le recouvrait partiellement est actuellement placée verticalement à son pied et porte une croix à branches égales. Toujours dans cet enfeu a été trouvée, placée alors horizontalement, la grande pierre rectangulaire marquée d'un écu et d'une épée, vraisemblablement du XIVe siècle.
Ces fouilles terminées, la statue du Chevalier, qui était demeurée fort longtemps debout contre le mur sud, face au portail, a été mise dans cet enfeu, très probablement sa place historique. Ce personnage, d'âge relativement avancé, au visage creusé de rides, mais empreint de sérénité, yeux clos, mains croisées, repose, tête appuyée sur un coussin, drapé dans son long manteau marqué d'une croix de son Ordre, et constitue une œuvre justement admirée et renommée.

Parallèlement aux fouilles, furent opérées certaines modifications de l'aspect intérieur de l'église. Les murs, jusqu'alors entièrement recouverts de plâtre, ont été mis à nu et les joints refaits en ciment.

Eglise de Maisonnisses
Tombeau d'un chevalier de Malte
— Tombeau d'un chevalier de Malte (XIIIe Siècle)


Dans une crédence murée depuis une époque indéterminée, a été mise au jour une curieuse pierre sculptée ornée notamment d'une croix de Malte encadrée de quatre fleurs de lis, pierre demeurant désormais visible dans cette même crédence, non loin de l'autel, dans le mur sud (que j'ai décrite, tome XXXI, 3e fascicule de nos Mémoires).

Exactement au centre du chœur a été placée une belle pierre tombale retirée du cimetière actuel et ne recouvrant ici aucune sépulture.

La tribune placée sous le clocher et la partie en bois de l'escalier qui lui servait d'accès ont été supprimées à cause de leur trop mauvais état. De cet escalier, seules subsistent les premières marches, qui sont en pierre.

La toiture du clocher a été complètement restaurée et le coq destiné à la surmonter a été mis en place, remplaçant une croix provenant du cimetière.

Crypte
— L'église de Maisonnisses est construite sur une crypte (décrite tome XXII, page 454, par A. Mayeux).

L'église aux long des siècles
En 1616, Anne de Naberat s'étonne que l'église, qui tant de fois menaça ruine, soit encore debout.
S'il a été parfois constaté que l'état d'entretien de l'église était satisfaisant, il est hors de doute que l'édifice souffrit très souvent, très longuement, d'un abandon tel que sa chute était redoutée.

Et il se trouve, d'abord dans les visites prieurales, ensuite dans les registres des délibérations du Conseil municipal, de fréquents témoignages de ce lamentable état de choses. En 1841, « il pleut presque partout ; le crépi est tout dégradé à cause de l'humidité et il a besoin d'être refait tout à neuf, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; le pavé est dans un très mauvais état et a aussi besoin d'être refait. »

En 1862 : « Un éboulement grave est à craindre, car lorsqu'on sonne la cloche à la volée, le clocher s'ébranle, comme s'il allait tomber, un morceau du mur s'est éboulé. »

En 1911 ; « Des réparations sont indispensables pour la conservation de l'église, une souscription est ouverte parmi les fidèles. »

Eglise de Maisonnisses
Plan de la Crypte
— Plan de la Crypte


Le maître-autel
— Le maître-autel actuel, acquis à l'occasion du passage à Guéret d'un fabricant d'ornements d'église d'Angoulême, moyennant la somme de 600 francs, le 1er avril 1842, a succédé à un autel dont la mise hors service a été décidée par une délibération du Conseil municipal du 10 août 1841 constatant que « l'autel où se célèbrent les saints mystères est tout vermoulu, ainsi que les boisures » et rappelant que le Curé a fait observer que cet autel était « dans le cas d'interdiction. » Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le maître-autel se décrivait ainsi : « l'encaissement de l'autel est en bois de chêne, au milieu duquel est un cadre dans lequel il y a un devant d'autel de cuivre doré. Le marchepied est également en bois de chêne. »

Au-dessus de la table d'autel court une guirlande entièrement dorée, comme l'est aussi le tabernacle sur la porte duquel sont une croix incrustée et un Christ en communion.

Eglise de Maisonnisses
Colonne de la Crypte
— Colonne de la Crypte


Le tabernacle est flanqué à droite des statues de saint Luc et sainte Catherine et, à gauche, de celles de saint Jean et saint Léonard. Il est surmonté d'un reposoir.

Le retable
— En bois sculpté, derrière le maître-autel, il recouvrait sensiblement toute la surface du chevet de l'église. Il présentait deux niches symétriques. Celle du côté de l'évangile contenait une statue de saint Sébastien « en carnassion et dorée en partie », à laquelle faisait pendant du côté de l'épître celle de saint Sébastien. (Ces deux statues sont celles actuellement placées sur les consoles.) Elles étaient flanquées de colonnes ioniques au-dessus desquelles courait une corniche. Plus haut, de part et d'autre de la baie, s'étalaient deux tableaux symétriques, à partie supérieure cintrée, représentant respectivement : côté évangile, sainte Madeleine au pied de la Croix ; côté épître, sainte Apollonie.

Au-dessus de la baie et de ces deux tableaux, une seconde corniche, surmontée de la représentation du Père Eternel, formait la partie terminale de ce retable, peint en imitation marbre, avec certaines parties dorées et qui, en état de grande vétusté, a été supprimé en 1955.
Les deux tableaux sont actuellement conserves à la sacristie.

Les autels secondaires
— Aux XVIIe et XVIIIe siècles, adossé au mur nord, s'élevait un autel dédié à N.-D. du Rosaire. Au milieu de l'autel était placée la statue de la Vierge tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras. Cette jolie statue de bois, alors peinte, est celle placée dans une crédence très près du point même où s'élevait l'autel.

Derrière cet autel était un retable entièrement peint en blanc et dans lequel était inclus un tableau représentant dans sa partie supérieure une Vierge à l'Enfant et, dans sa partie inférieure, sainte Thérèse (côté épître) et saint Dominique (côté évangile).

Au XVIIe siècle, vis-à-vis de cet autel, était placé un autre autel secondaire « de même forme que le précédent », sans autre garniture qu'un marbre, « par conséquent interdit de droit et très indécent. »

Au début du XVIIIe siècle, cet autel a été dédié à saint Sébastien et, dans la seconde moitié de ce même siècle, à saint Roch.

Les fonts baptismaux
— Ces fonts baptismaux, actuellement disparus, se trouvaient encastrés dans le mur nord, proches à la fois du portail et de l'autel de Notre-Dame du Rosaire. Ils étaient fermés « à deux battants de bois » et renfermaient « une piscine en pierre, une bassine de cuivre, une burette d'étain, une boîte de plomb et quatre petits vases d'argent. »
Le banc de chœur
— C'était un banc à dossier dont le siège « formait deux armoires fermant à clef. »

Les reliquaires
— Au XVIIe siècle, ils étaient au nombre de cinq :
1° Croix en cuivre jaune, avec Christ, sur pied renfermant les reliques de saint Sébastien.
2° Pyramide en cuivre jaune, d'un pied de haut, surmontée d'une croix renfermant, dans un cristal, les reliques de saint Jean-Baptiste.
3° Ciboire (cuivre jaune) reliques de sainte Apollonie.
4° Croix d'argent sur pied de cuivre : reliques de la Vraie Croix.
5° Reliquaire de forme non précisée avec reliques de saint Etienne dans un cristal.
A partir du XVIIIe siècle, on ne trouve plus mention des deux derniers et, actuellement, tous sont disparus.

Les objets du culte
— Leur examen ne semble pouvoir être intéressant qu'autant que leur nombre et leur description permettent de juger, dans une certaine mesure, de la richesse de leur ensemble, partiellement révélatrice à son tour du degré d'aisance et de charité des fidèles.

Nous trouvons entre autres objets :
Vases sacrés : Un calice et sa patène, un ciboire, un porte-Dieu, un soleil (le tout en argent doré).
Chandeliers : Six chandeliers de cuivre, quatre de fer et deux de bois verni.
Vêtements sacerdotaux : Aucune chape, aucun voile huméral n'est signalé. Quant aux chasubles, elles sont de satin, exceptionnellement de camelot
Les Commandeurs ont fait, à l'occasion, des dons intéressants, tel celui consistant en « une chasuble de soie, rouge et blanche, avec toute une garniture brodée d'une petite dentelle d'or fin », le tout augmenté d'une chasuble violette.
La présence de quatre dalmatiques laisse supposer la célébration d'offices de quelque solennité.
Bannières : Elles comprenaient : une bannière de la Vierge, une bannière de saint Jean et saint Sébastien en damas rouge avec frange d'or et figure de soie.

Cérémonies
— Les visites prieurales donnaient lieu à une petite cérémonie d'un caractère particulier : La visite de l'église précédait celle du château et de ses dépendances. Elle avait lieu en présence du vicaire perpétuel de la paroisse, qui devait d'abord prêter serment sur les saints évangiles ; car devant guider les visiteurs et leur présenter tous les éléments de cette église, il jurait de fournir la vérité sur toutes choses.

En second lieu, le vicaire devait montrer ses provisions et son approbation pour les sacrements. Ces provisions étaient signées par les visiteurs et scellées de leur sceau ordinaire.

Il était immédiatement procédé à la visite du tabernacle. Dès l'ouverture de celui-ci, avait lieu l'adoration du Saint-Sacrement, à laquelle faisait suite la visite proprement dite de l'église, puis de la sacristie, avec présentation détaillée de tous les objets du culte.

Au cours de ces mêmes visites, qui avaient lieu, en principe, tous les cinq ans, les visiteurs, toujours au nom de l'Ordre, faisaient subir une sorte d'interrogatoire rituel au curé dépendant de la Commanderie.

Voici, à titre d'exemple, comment s'est déroulé l'interrogatoire de 1700 :
Questions posées au curé « sieur curé »

— Quel est le Saint de l'église ?
— Saint Sébastien.

— En vertu de quoi jouissez-vous de la dite cure ?
— En vertu des provisions à moi accordées par M. le Bailly de Grossin, lesquelles sont en date du 12 juin 1668.

— Quels sont les revenus de votre cure ?
— Ses revenus consistent en la pension congrue suivant les lettres patentes accordées par Sa Majesté en faveur de l'Ordre et que M. le Commandeur me donne pour pain, vin, luminaire et « estampinage » : 25 livres.

— Avez-vous des fondations ?
— Un pré, à titre de fondation faite par feu M. Jacques de Saint-Maur. Commandeur de Maisonnisses, par laquelle je suis chargé de célébrer deux messes chaque mois, avec une absolution à chacune des quatre fêtes annuelles, le tout pour le repos de son âme, par acte en date du 22 mai 1665, par lequel il est dit que le Sieur Commandeur avait acquis le dit pré de M. du Touraud, par contrat passé par devant le notaire royal quelques jours avant la dite donation.

— Montrez-moi vos registres de baptêmes, mariages, sépultures.
— Les voici.

— Quels sont vos fonds pour la fabrique ?
— Ce sont des offrandes.

— Quel est votre fabricien ?
— Jean Verguet.

Les curés de Maisonnisses
— Ils recevaient, au début du XVIIe siècle, une pension de 24 setiers de seigle, mesure de Drouilles, et de 5 livres. — Ils furent nommés par le Commandeur durant, semble-t-il, toute la longue époque où la Commanderie subsista. C'est ainsi que l'on retrouve comme dates de ces nominations : 1512, 1558, 1559. 1694, 1731 et 1762.

M. Pilon, curé de Maisonnisses, mourut, en janvier 1754.
M. N. Gorsse en 1780.
M. Marin Gorsse en 1788.
Pierre-François Pichon lui succéda le 5 septembre 1788.
Etienne Nanot, qui avait souffert pour la foi dans, la déportation maritime par Bordeaux, fut nommé en 1802 et mourut en 1805. N. Druillette du Ceilloux fut curé jusqu'en 1830.
Léonard Chaussal jusqu'en 1844.
Nous relevons enfin : Barny en 1844 ; Seine en 1852 ; Léger en 1861 ; Antoine Cognet en 1864 ; Amable-Mathieu Marsallon en 1886 ; Rouquette en 1890 ; Lascaux en 1893.

Aumône dominicale
— Il était dû, tous les dimanches, une aumône générale à raison de 3 setiers et demi, mesure de Drouilles. Les visiteurs de la Commanderie ont déploré le grand abus présidant à cette aumône, « d'aultant que les riches allans et venants se présentent pour la recepvoir plustost que les pauvres, à quoy est de besoing remedier. »

Conclusion
— Malgré sa grande simplicité et ses dimensions des plus modestes, l'église de Maisonnisses offre un double intérêt. : elle est édifiée sur une crypte ; elle constitue un exemplaire de ces chapelles que les Templiers ont élevées dans maints lieux de la Marche, mais elle présente sur toutes ses sœurs le précieux privilège de renfermer la seule statue-gisant existant en Creuse de l'un des membres de l'Ordre qui représenta, au Haut Moyen-Age, une si grande puissance, notamment dans notre région.

A Maisonnisses, en dehors de l'église
— Une belle hache en pierre polie, de 22 cm. de long, a été trouvée non loin du hameau du Marais.

La Pierre Fade
— Entre les deux hameaux des Châtres et de Chez-Peynoux s'amoncellent les rochers dont l'ensemble est connu sous le nom de Pierre Fade, Pierre Fée, Pierre Folle, ou en langage local : « lo péiro de las fadas », et dont une partie affecte la forme de sièges qui sont des restes de bassins détruits par les agents atmosphériques. Jadis, on y remarquait neuf bassins, dont quatre disposés en cascade. L'ensemble a été mutilé à la fin du XIXe siècle.

Sépultures gallo-romaines
— Quatre de ces sépultures à incinération sont actuellement visibles : deux, de dimensions très inégales, vers la sortie du bourg en se dirigeant sur Sardent, ont été trouvées au lieudit Le Barry, à quelques centaines de mètres ; la troisième, conservée au hameau d'Outrelaigue, a été découverte sur le bord du chemin qui de là, conduit à Lépinas ; la quatrième est visible près du hameau du Rivaud.
Le château s'élevait sensiblement où se place actuellement la Poste, dominant ainsi le vallon des Châtres.

Les étangs et moulins, tous actuellement disparus, étaient tous propriété de la Commanderie. On trouvait étang et moulin à la Genette, ainsi qu'à Chez-Peynoux. Le grand étang se plaçait au bas de la pente occupée actuellement par le cimetière, entre les chemins de Lépinas et de Mazeimard, qu'il bordait, tous deux, sur une longueur de 130 mètres. Le moulin faisant suite à ce dernier étant se situait tout à côté du pont qui franchit la Gartempe entre le bourg et Outrelaigue. Ce moulin banal comportait « une petite chambre d'habitation pour meunier. » Quelque peu plus en aval était un « petit moulin à chanvre. »

La Fontaine Saint-Jean se situe à la sortie du bourg, à droite en allant vers les Châtres. Autrefois, on y portait des roses le jour de la fête de ce Saint (24 juin).

Le presbytère fut longtemps placé dans la partie haute du bourg, à quelque cinquante mètres de la mairie actuelle, à droite de la voie conduisant au hameau de Mazeimard. Le local qu'il occupait alors, depuis longtemps tombé en ruines, dont j'ai fait une description dans ma note « Parmi des ruines, à Maisonnisses » (Mémoires de notre Société, Tome XXXII, 3e fascicule), et qui renfermait notamment un bloc de pierre avec croix de Malte sur écusson et un autre bloc, avec monogramme du Christ, n'a été démoli que tout récemment ; mais c'est dès 1838 qu'il fut désaffecté et, depuis cette date, le presbytère se plaça dans le local occupé actuellement par les P.T.T. L'acquisition de ce dernier immeuble comme presbytère a coûté à la commune 2.000 francs, brut et 2.303,60 francs tous frais et intérêts compris. C'est à partir de 1904 que ce bâtiment fut cédé aux P.T.T.

« Le gros tilleul »
— C'est ainsi que l'on désigne à Maisonnisses le magnifique tilleul placé à l'intersection des chemins de Lachaud et de Mazeimard et de la route de Sardent, et dans lequel la tradition populaire ne veut pas voir autre chose qu'un de ces « Sully » qui jalonnent notre région.

Les Croix anciennes
— Très nombreuses autrefois, deux seulement d'entre elles s'élèvent- encore actuellement : — Sur le bord de la route qui longe la place, se dresse la vieille croix de l'ancien cimetière qui, jusqu'en 1877, s'étendait sur le terrain situé derrière elle. Portant la date 1804, étendant ses bras des plus minuscules au sommet de son haut fût grêle et octogonal, avec son Christ sommairement taillé, elle est typiquement creusoise.

— Une seconde croix de granit, beaucoup moins haute, mais aux bras plus larges, avec un Christ assez semblable à celui de la première, se rencontre à l'entrée du hameau d'Outrelaigue.

Enfin, le XXe siècle a déjà ajouté à cette liste déjà longue, non seulement le traditionnel et modeste obélisque perpétuant le souvenir des morts de la première guerre mondiale, mais, plus récemment encore, sur cette colline de Timbaudoux, ancienne propriété de la Commanderie, l'imposant mémorial des premiers maquisards de la Creuse.

Cette énumération des témoignages du passé, par sa diversité autant que par son ampleur, ne permet-elle pas de conclure, en quittant la terre de Maisonnisses, que l'archéologie, l'histoire et la légende l'ont aussi fortement marquée que l'ensemble de la terre marchoise ?
Sources: Louradour P. Mémoires de la société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, page 374, tome XXXIII, deuxième fascicule. Guéret 1958. - Bnf
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