Les études hospitalières

Le château de Rayssac
Département: Tarn, Arrondissement et Canton: Albi - 81

Commanderie de Rayssac
Commanderie de Rayssac

Ancienne commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Le château qui servait autrefois de chef-lieu à la commanderie de Rayssac existe encore, et se trouve situé au sud-est et à cinq ou six kilomètres d'Albi. Lorsqu'on vient de cette ville, on arrive à Rayssac en contournant le puy ou mamelon du Roc, qui forme de ce côté le flanc gauche de la vallée du Tarn. De l'endroit où s'élève le vieux manoir des Hospitaliers on n'aperçoit plus la silhouette d'Albi, masquée par la masse du mamelon, et on n'entend plus ni les bruits de la ville ni ceux de la plaine. C'est un site solitaire, où la vue, resserrée entre les pentes des coteaux voisins, ne jouit guère de quelques échappées que du côté du levant ; un site qui respire le calme de la nature champêtre, et qui, en favorisant le recueillement et la prière, ne pouvait que plaire à une communauté religieuse.

Mais ce n'était pas là seulement ce qui avait engagé, sans doute, les Hospitaliers à bâtir sur ce point leur principale habitation. Tout en constituant un lieu de retraite, Rayssac était en même temps aux portes de la capitale du diocèse, et se trouvait placé au milieu des divers établissements que ces religieux possédaient dans toutes les parties de l'Albigeois. Aussi s'explique-t-on que les commandeurs se soient fixés de préférence dans cette localité qui, par sa position centrale et en outre par son voisinage avec le siège épiscopal, devait leur rendre plus facile l'administration des nombreuses églises ou seigneuries qui composaient le domaine de leur ordre dans notre région.

Les archéologues n'ont encore consacré au château de Rayssac que quelques notes succinctes, qui ne sont pas exemptes d'erreurs (1). Nous allons essayer dans ce mémoire de décrire ce monument d'une manière plus détaillée et en même temps plus exacte.
1. Crozes, Répertoire archéologique du Tarn, page 10 ; Sarrasy, Recherches sur Albi, page 153 ; Annuaire du Tarn, 1869, page 348 ; etc.

L'ensemble des bâtiments de la commanderie, y compris une cour intérieure, forme un grand quadrilatère, se rapprochant beaucoup du rectangle, et dont les dimensions atteignent, d'après le plan cadastral, 25 à 80 mètres de large et 46 mètres de long. Le tout était entouré d'un fossé de défense qui ne subsiste plus que sur les façades nord et ouest. Sur ce dernier côté, l'eau est retenue de nos jours, comme autrefois, dans le fossé, et c'est au moyen d'un pont de brique à plein cintre que l'on arrive au grand portail qui est pratiqué dans le mur de clôture de la cour et qui correspond à l'ancienne entrée de la place. Ce portail est formé par un arc en anse de panier, au-dessus duquel est une pierre qui a perdu son écusson armorié, mais où on lit encore la date de 1756.

Les différentes constructions sont distribuées autour de la cour. Tout le côté nord de celle-ci était occupé par le logement du commandeur. La chapelle fermait le milieu de l'enceinte sur sa face est ; les autres bâtiments destinés à l'exploitation agricole, les écuries, les granges, etc., s'étendaient sur la partie sud et sud-est de la place.

On peut voir l'aspect général des constructions dans les dessins qui accompagnent la présente notice ; mais nous y avons représenté surtout les diverses faces et même les grandes divisions intérieures du corps septentrional du château, c'est-à-dire de l'habitation proprement dite.

Du côté de la cour une tour ronde, en saillie sur la façade, renferme l'escalier à vis en pierre de taille, qui conduit directement et sans palier aux principales chambres de chaque étage. La porte d'entrée, assez mal conservée dans le bas, a reçu divers ornements sculptés et entre autres une accolade à feuilles frisées encadrant un écu carré où l'on voit une simple barre, peut-être le bâton du commandeur. L'escalier est ensuite éclairé par une grande fenêtre à croix, et plus haut par d'autres fenêtres étroites n'ayant qu'une traverse horizontale ; toutes ces ouvertures ont le même style, c'est-à-dire que leurs moulures offrent les cavets et les baguettes qui caractérisent la fin du gothique (2). Cette tour ne dépasse pas aujourd'hui le niveau des autres constructions ; mais, comme le toit actuel, simple prolongement des toitures de la maison, interrompt brusquement l'escalier et coupe à mi-hauteur une des anciennes fenêtres, on doit en conclure qu'elle était anciennement beaucoup plus élevée.
2. Notre 2e planche représente, dans leur détail, l'accolade de la porte d'entrée en (M), la terminaison supérieure de ces montants en (N), et la vue et la section des moulures de l'encadrement de la même porte en (0) et (P). On y voit de plus en (Q) les profils d'une autre porte de la façade, aujourd'hui murée, et en (R) et (R') l'élévation et le plan des montants de la croisée qui éclaire la grande salle du premier étage du côté de la cour.

Plusieurs des salles ou chambres du château n'ont pas été encore trop mutilées ou offrent des restes qui méritent d'être décrits.
Telle est, par exemple, au second étage, la chambre placée au-dessus de la salle (A) du premier étage (voir notre 1re planche), où on remarque surtout le plafond et la cheminée. Dans ce plafond les joints des planches, disposés en travers des solives, sont cachés par des liteaux, et les solives portent sur de grosses poutres ornées d'une corniche supérieure ; cette corniche et les liteaux des joints n'ont reçu que quelques hachures ou autres petites décorations en diverses couleurs ; mais, dans les compartiments verticaux, renfermés entre les poutres, l'extrémité des solives et le plancher, on a peint des figures d'animaux et des écussons. La cheminée, qui a de grandes dimensions, s'appuie au mur d'intérieur ; elle est presque entièrement en briques et se trouve ornée de pilastres et de corniches. Nous en donnons le dessin dans notre 3e planche, sous la lettre (S). Le pavé de la salle est formé de petites briques carrées que nous retrouverons au premier étage ; et les fenêtres, remaniées sans doute dans leur partie haute, sont larges et divisées par un meneau vertical à arêtes simplement tranchées ; l'accoudoir a une petite corniche rappelant par ses moulures celles de la cheminée ; enfin, sur la façade ouest, le linteau supérieur est soulagé par un arc surbaissé en briqué.

Au premier étage, la salle (A) et aussi la suivante, (B), gardent encore des plafonds identiques à celui du second étage et des peintures analogues ; seulement ici, à l'endroit où les solives viennent reposer sur les murs de l'ouest, les intervalles compris entre ces solives sont occupés par des inscriptions tracées sur des banderoles.

Dans la première salle les autres compartiments, au-dessus des poutres, offrent un coq, des chiens, des écus armoriés, etc. Un de ces écussons, que l'on retrouve au second étage, porte en chef une croix blanche sur fond rouge, et au-dessus trois barres diagonales sur fond d'or ou d'argent ; dans un endroit, il a deux personnages pour tenants. Les poutres sont ornées à leurs extrémités d'une gueule de monstre, armée de longues dents, et d'une étroite bordure sur les arêtes. Nos dessins de la 3eme planche aideront à se figurer l'aspect de ces décorations. Nous y reproduisons aussi l'inscription de cette salle, qui est en lettres gothiques noires et dont les banderoles blanches se détachent sur un fond rouge. Cette inscription, dans laquelle trois ou quatre banderoles ou compartiments ont malheureusement disparu, est ainsi conçue :
.... LXXXXII . fut . feta . la . presant . | réparation . | por . frera . Tristant | .... de . l'ordec . de . | .... comandur . de . la . presant .mayson . | .... | (3).
3. Les trois premières lacunes paraissent assez faciles à combler. Il faut lire évidemment en tête : L'an M . IV . cens ; et plus loin : frera Tristant de la Borme de l'ordenc de Sant Johan. Confér. Du Bourg, Histoire du Grand-Prieuré de Toulouse, page 502. — Le nom de Tristant est un peu confus dans notre dessin, mais il est très lisible dans l'inscription originale.

Une grande cheminée de pierre, dont nous donnons l'élévation et les coupes en (T), est appliquée contre le mur de l'est. Ses jambages sont flanqués d'une colonnette engagée, et la plate-bande, chargée d'un écusson, se termine par un boudin dans le bas et par une corniche à profil gothique dans le haut ; cette plate-bande se rattache de chaque côté au mur par une courbe sinueuse dessinée en n'(o). Au-dessus, la hotte a ses parois verticales. — La croisée de la façade ouest a été remplacée par une fenêtre moderne, mais celle du nord existe encore ; comme au deuxième étage, les montants sont simplement chanfreinés, et la console n'offre de même qu'un profil carré dont l'angle inférieur a été abattu. Sur la façade qui donne sur la cour se trouve une sorte de fenêtre en ogive aujourd'hui bouchée et que nous reproduisons par un pointillé dans notre vue.

Dans la salle suivante, (B), l'inscription gothique, placée au-dessus de la poutre qui longe le mur ouest, est aussi sur des banderoles blanches, peintes sur un fond rouge. On y lit :
L'an M . V. cens . be | id (beid = 8) . fut . feta . la | presant . mayson . | por . frera . Jehan . | Bonifaci . chibailhier . | del . ordre . de . | Sant . Johan . | comandur . de . la . | cobrama . maicon |.....

Ces quelques points indiquent les deux derniers compartiments qui ont été détruits ; malgré cette lacune, et quoique nous n'ayons pas bien lu sans doute les deux derniers mots conservés, on voit que nous possédons du moins la partie essentielle de l'inscription. Dans le reste de la salle les peintures de diverses couleurs, placées au-dessus des poutres, représentent des personnages, dont la plupart sont en buste et en costume religieux, et de nombreux blasons entourés de fleurs. Sur un compartiment sont deux personnages dans une attitude bouffonne et peu décente. Il y a aussi quelques devises et, par exemple, la suivante : Pansez à la mort (lettres gothiques). Il ne serait pas inutile sans doute d'étudier et de relever avec soin ces curieux spécimens de décoration intérieure, avant que la fumée, qui les a déjà beaucoup obscurcis, ne les ait complètement effacés ; mais il faudrait pour cela les examiner de plus près et plus longtemps que nous ne l'avons fait ; nos esquisses trop rapides n'ont pour but que de donner une idée de leur genre et de la place qu'ils occupent (4).
4. Le château de Gabian (canton de Roujan, Hérault), appartenant autrefois aux évêques de Béziers, a conservé jusqu'à nos jours un plafond orné de peintures analogues à celles de Rayssac. M. Fabre a donné un dessin de cette décoration dans son Histoire des communes du canton de Roujan, page 168.

De même que dans la salle précédente, les liteaux qui cachent les joints et la corniche des poutres ont aussi quelques petites peintures, à motifs géométriques ; on ne voit rien sur le reste du plafond.

Cette chambre, qui devait être la principale du château, a une grande cheminée en pierre, plus belle que les précédentes et dont nous donnons la vue et les coupes. On y voit que les jambages se réduisent sur le devant à une colonnette qui repose sur un socle polygonal. La coupe de la cheminée, à la jonction des jambages avec le manteau, montre que ce dernier est fortement en saillie et qu'il se rattache au mur par deux courbes disposées en sens contraire. Sur le bord inférieur ce manteau se termine par une moulure arrondie et se relie ensuite aux jambages par une surface plane, où l'on a figuré au simple trait trois voûtes d'arête. Un écusson occupe le centre du manteau et porte une croix en chef et un croissant sur une bande. La hotte va en se rétrécissant sur ses trois faces et passe derrière la poutre qui supporte le plafond.

Les fenêtres de cette salle sont exactement pareilles à celles qui éclairent les chambres suivantes, (C), (D), et aussi à celles qui se voient aux chambres correspondantes du 2e étage. A cause de l'épaisseur des murs, elles sont précédées en dedans d'une forte embrasure recouverte d'un arc surbaissé. Il est inutile de décrire la forme et le style de ces ouvertures qui sont suffisamment indiqués par nos dessins de la 2e planche (vue, et détails en (R), (R'). Celles de ces fenêtres, qui sont au premier étage et donnent sur les façades extérieures, avaient un grillage en fer qui subsiste parfois dans leur partie haute, où il a été reporté sur le même plan que les meneaux ; mais anciennement le grillage tout entier était disposé en saillie, ainsi que le montrent les trous où il venait s'incruster dans le cadre, et on comprend que cette disposition était nécessaire pour permettre de surveiller le pied des murailles.
Enfin, ajoutons que le pavé est en petites briques carrées de 17 à 18 centimètres de côté, de même que dans les autres chambres de cet étage.

La salle que nous venons de décrire est séparée de celle qui l'avoisine à l'est par un mur d'environ 90 centimètres, épaisseur qui a pu être motivée soit par les voûtes qui occupent ce côté du château, soit par l'isolement primitif de cette partie des bâtiments. Quoiqu'il en soit, les deux chambres qui suivent, (C) et (D), ont dû former à l'origine une seule salle et sont couvertes par une même voûte ; cette voûte très basse, qui a son axe dirigé de l'est à l'ouest, est en berceau ogival. La première chambre, (C), dont nous donnons la coupe transversale en (U), a une cheminée de petite dimension et deux croisées. La salle (D), éclairée du côté de l'est par une fenêtre étroite à meneau horizontal (voir notre 4e planche), avait sa voûte ornée de peintures qui sont actuellement assez effacées. Au centre et dans un grand ovale, tracé par une inscription, est un écusson portant une croix de Toulouse avec une autre croix en chef. De l'inscription, en capitales latines, nous n'avons pu lire que ces mots :
CLAVDE . DE . THESAN . VENASQUE ....
Mais ils suffisent pour donner la date de ces peintures, puisque nous savons que le commandeur de ce nom vivait de 1582 à 1596. Ces armoiries, qui forment le sujet principal de la décoration, ont pour tenants deux grands personnages. Tout autour on distingue ensuite divers animaux, un cerf, un hibou, un serpent, etc.

Une petite porte, entourée de deux cavets, fait communiquer cette dernière salle avec la tourelle placée à l'angle nord-est du château. A ce niveau la tourelle a une petite chambre ronde dont la voûte, en forme de calotte écrasée, était couverte de peintures ; celles-ci étaient consacrées presque en entier à figurer un écusson qui a disparu ; on distingue encore de chaque côté deux personnages nus qui représentent, paraît-il, Adam et Eve et qui servaient sans doute de tenants. Tout autour de la chambre et à la hauteur de la corniche règne une inscription en majuscules romaines, dont nous n'avons pu reconnaître la langue. Cette petite chambre renfermait, dit-on, la bibliothèque, et elle conserve encore, appliquées aux murs, quelques boiseries qui rappellent cette destination. Elle est éclairée par une fenêtre que nous dessinons en (V) (voir notre 4e planche) et qui a les mêmes moulures qu'une fenêtre placée exactement au-dessus, dans le deuxième étage de la tour ; elle en diffère simplement en ce qu'elle offrait un grillage saillant qui a laissé ses traces tout autour du cadre. En dessous de cette fenêtre est une grande pierre dans laquelle est pratiquée une meurtrière ronde, surmontée d'une mire horizontale qui est indépendante. A peu près à la même hauteur, et joignant les deux façades du château, la même chambre possède deux autres meurtrières dont nous donnons, en (X) et (Y), la coupe et la vue extérieure. Ajoutons que l'on voit aussi du dehors, à l'étage supérieur, une mire (figure Z), placée également tout près de la façade.

Au rez-de-chaussée, on trouve d'abord, derrière l'escalier, une salle qui paraît avoir été l'ancienne cuisine, et où l'on entre soit par l'escalier, soit par une porte moderne qui ouvre sur la cour. Cette cuisine a une grande cheminée, à cintre de pierre surbaissé, placé exactement sous celle de la salle (B) du premier. Le logement qui vient ensuite vers l'est forme deux salles, couvertes chacune d'un berceau dont l'axe est perpendiculaire à celui de la voûte du premier étage. La première salle, dont le berceau est à peu près à plein cintre, n'a que 2 mètres 30 centimètres de largeur ; elle correspond à une petite lucarne et à une ancienne porte aujourd'hui bouchée, dessinée dans notre 2e plan (Vue de la façade, et figure (Q'). L'autre salle a environ sept mètres de large et est voûtée en berceau ogival peu accentué. On y entre du côté de la cour par une porte dont le linteau en capucine est orné d'un cavet et dont les montants ont leur angle arrondi. Elle reçoit le jour, du côté opposé, par une sorte de meurtrière assez haute, fort évasée en dedans, mais qui n'a guère que sept ou huit centimètres de large au dehors. Dans l'angle nord-est une petite porte donne accès dans le rez-de-chaussée de la tourelle, voûtée en calotte, et qui, d'après les dires des habitants, servait de prison.
Les toits du château sont en tuiles courbes et à versants peu rapides qui recouvrent en même temps les tourelles.

Ils n'appartiennent pas à l'édifice primitif, car l'état actuel du haut des murs indique que ceux-ci ont été plus ou moins remaniés et abaissés. Nous avons vu aussi, dans la cour et ailleurs, plusieurs plaques d'ardoise qui proviennent évidemment des toitures aiguës dont les tours devaient être recouvertes.

L'examen des façades montre que la plupart des croisées sont aujourd'hui en partie bouchées. Quant aux murs ils sont encore partout en bon état, sauf dans les constructions de l'ouest où on distingue plusieurs lézardes et où l'on a dû les consolider au moyen de deux contreforts placés à leur base ; les poutres de cette partie des bâtiments ont reçu aussi des clés en fer que nous avons marquées dans nos dessins.

Tous les murs du château ont été bâtis avec une pierre étrangère, dit-on, à la localité et qui nous a paru être du grès. L'appareil employé mesure en hauteur de 20 à 25 centimètres environ, rarement 30 centimètres ; il est disposé en assises assez régulières, surtout dans la partie ouest, où les matériaux ont aussi une teinte un peu différente. Les cadres des ouvertures ont des pierres de plus forte dimension, qui offrent une couleur plus blanchâtre et sont sans doute en calcaire.

L'épaisseur des murs est considérable ; elle atteint 70 et même parfois 90 centimètres ou 1 mètre au rez-de-chaussée, et 70 et 80 centimètres au premier étage ; ces deux dernières dimensions se retrouvent dans les murs de l'escalier et de la tourelle d'angle.

Les autres constructions ayant formé les dépendances de l'ancien château sont aussi en pierre de moyen ou de petit appareil, plus ou moins régulier, et ne montrent que rarement l'emploi de la brique.

Elles ne présentent pas du reste de disposition intéressante. Vis-à-vis l'entrée de la cour, le corps qui renferme la chapelle (a), au rez-de-chaussée, une grande porte ogivale à deux voussures, sans corniches ; l'arête de la première voussure est abattue, tandis que la seconde se termine par un boudin. Cette ouverture ne répond plus aujourd'hui qu'à une sorte de grange ou d'écurie ; mais il est probable qu'elle donnait primitivement accès dans la chapelle, qui aurait alors embrassé cette partie de la construction. Quoiqu'il en soit, la chapelle n'occupe plus depuis longtemps qu'un espace carré, qui est séparé de l'écurie précédente par un mur surmonté d'une arcature ogivale. Si la chapelle a été autrefois voûtée, il n'en est plus de même actuellement où elle n'est recouverte que par le toit. Au haut du mur de séparation déjà indiqué, on aperçoit les restes d'une bordure formée d'arabesques de plusieurs couleurs, portant une croix de Malte, un écusson, etc. On remarque aussi, dans cette ancienne chapelle, une fenêtre en ogive avec une pierre trilobée ; cette fenêtre s'ouvre dans le mur d'enceinte et au milieu d'une sorte de travée, limitée extérieurement par deux petits contreforts.

Tel est l'état actuel du château de Rayssac ; il nous reste maintenant à donner quelques indications sur son histoire architecturale et à signaler certaines parties des anciens bâtiments qui sont aujourd'hui détruites. A cet effet, nous utiliserons les observations archéologiques que l'on peut recueillir en étudiant le monument lui-même, et aussi les pièces d'archives que nous rapportons en appendice à la fin de ce mémoire.

Quelques auteurs, et notamment M. Crozes dans son Répertoire archéologique du département du Tarn, font remonter le château actuel de Rayssac au XIIe ou aux XIIIe siècles ; cependant, on a pu voir, par la description que nous en avons faite, qu'aucune partie de l'édifice n'offre des caractères suffisants pour justifier cette attribution. Nous n'y avons remarqué, par exemple, aucune de ces archères qui caractérisent ces périodes, et que l'on retrouve cependant non loin de là, dans les ruines du château de Puygouzon. Aussi est-il certainement préférable de penser que, si les Hospitaliers eurent dès ces époques une habitation à Rayssac, cette habitation a disparu à la suite de reconstructions postérieures.

En examinant avec soin l'état du corps principal du château, on ne tarde pas à remarquer qu'il a été bâti à diverses époques. C'est là, en effet, ce qui est démontré à la fois et par les soudures qui apparaissent dans la maçonnerie des façades, et par les différences de style que présente le milieu du bâtiment par rapport à ses deux extrémités. Les soudures, qui indiquent les reprises et qui isolent du reste des constructions les murs des salles centrales, sont très visibles sur les deux façades du nord et du sud, et nous les avons marquées sur nos dessins. La diversité des dates pour ces différentes parties du château est d'ailleurs confirmée par les discordances qu'offrent les lignes des trous de boulin, par l'usage des voûtes qui n'apparaît seulement que dans les salles de l'est, et par l'appareil des murs et la forme des fenêtres de l'extrémité ouest, qui ont aussi, comme nous l'avons dit, un aspect particulier.

Ainsi qu'on le verra plus loin, la partie centrale de l'édifice, qui date de 1508, est la dernière qui ait été construite. Mais, si les salles des deux extrémités du manoir ont été élevées à des dates antérieures, il ne nous paraît pas facile de déterminer leur âge précis.

A ne tenir compte que de leurs voûtes, il semble que les constructions de l'est pourraient avoir précédé toutes les autres parties du château, et peut-être même aurions-nous été portés à les faire remonter jusqu'au XIVe siècle si les détails de leurs croisées et de leurs autres baies ne nous avaient ramené vers une époque plus récente. D'après les formes et les décorations de ces ouvertures, qui ne paraissent pas avoir été percées après coup, nous croyons, en effet, que ces bâtiments voûtés appartiennent au plus tôt à la deuxième moitié du XVe siècle.

Dans ce cas les salles de l'extrémité ouest pourraient être à peu près contemporaines de celles de l'est, car leurs fenêtres rappellent aussi par leurs dispositions cette même époque. Toutefois, comme il résulte de l'inscription relevée plus haut que cette portion de la commanderie était depuis longtemps bâtie en 1492, puisqu'elle fut réparée en cette année ; comme ses murs paraissent en outre beaucoup plus détériorés que ceux du reste du château; et comme il est possible que ses ouvertures aient subi des remaniements, qui auraient fait disparaître les traces d'un style antérieur, peut-être serait-il permis de faire remonter ces salles jusqu'à la période de la Guerre de Cent ans.

Quoiqu'il en soit de ces diverses hypothèses, toujours est-il que les salles centrales du château constituent sa partie la plus récente. Nous savons, en effet, par la seconde inscription qui a été déjà rapportée, que le milieu de ce monument fut construit en 1508, et cette date s'accorde d'ailleurs parfaitement avec le style de ses croisées et de sa cheminée. C'est aussi à la même époque que dut être bâtie la tour qui renferme l'escalier et qui offre dans ses ouvertures des ornements semblables à ceux des fenêtres de la grande salle du centre.

Pour ce qui est des constructions placées au sud et à l'est de la cour, elles n'ont pas des dispositions qui nous aient paru caractéristiques d'une époque bien précise. Les quelques ogives que l'on y remarque sont probablement antérieures au XVIe siècle ; mais nous ne saurions l'affirmer.

Nous avons déjà constaté que les tours ainsi que le corps du château devaient être autrefois plus élevés et qu'une partie au moins de ces constructions devait avoir des toitures en ardoise. Ces indications, fournies par l'archéologie, sont confirmées et complétées par les documents que nous transcrivons à la suite de cette notice.

Nous y voyons, en effet, que dans la première moitié du XVIIe siècle la commanderie offrait deux tours rondes, l'une d'elles servant d'escalier et couverte en ardoise, et de plus une grande tour carrée, formée par l'exhaussement de l'extrémité ouest du château. Cette dernière tour, qui renfermait un corps de garde, placé au-dessus de la salle du deuxième étage et flanqué de guérites ou gabions, était également recouverte en ardoise. Vers 1650 les murs de cette sorte de donjon, se trouvant lézardés de tous côtés, étaient sur le point de s'écrouler ; et, afin de les consolider, l'on plaça aux divers étages de grandes poutres munies à leurs extrémités de clés en fer ; ce sont ces mêmes clés qui apparaissent encore aujourd'hui sur les façades et que nous avons figurées dans les vues de cette même partie du château.

Nous trouvons qu'entre 1705 et 1715 le commandeur fit encore réparer le couvert d'ardoise du corps de garde, et que, comme la pointe de la tour carrée menaçait ruine, il la fit abattre jusqu'au niveau des murailles contiguës.

Enfin les mêmes textes nous montrent qu'anciennement l'on traversait le fossé au moyen d'un pont-levis, et que c'est seulement dans les premières années du XVIIIe siècle que le commandeur fit construire le pont en maçonnerie qui permet actuellement d'entrer dans le château.
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Documents sur l'état du château de Rayssac aux XVIIe et XVIIIe siècles

Château de Rayssac, tourelle d'escalier
A. Neuvy 1956. Château de Rayssac, tourelle d'escalier

Extrait du procès-verbal de visite ou améliorissements de 1647 (5)
Il y est dit que la commanderie de Rayssac est « une maison seigneuriale, avec trois tours, accompagnée de tous ses offices, faite avec ceinture carrée par le dehors, entourée d'un grand fossé pour garder l'abord de ladite maison. Et dans l'enclos d'icelle il y a une chapelle de dévotion pour la commodité du commandeur, sans aucune obligation d'y faire service. Ladite maison ou château est accompagnée d'un verger, d'un jardin et d'un bois dont une partie est à haut fustage. » Dans le détail des constructions le même document cite « la cave vinaire, la cuisine, la chambre haute, la salle appelée de la tour carrée, le cabinet haut, le corps de garde, la chambre de dessous iceluy, la pastandière (5), la dépense, la salle, la salle voûtée, l'écurie. » — Il est ajouté que le commandeur « a fait refaire le couvert de la tour ronde où est le degré, » en y employant l'ardoise nécessaire ; qu'il a réparé le couvert de la tour carrée, où il a fourni également les clous, l'ardoise et le bois ; qu'il a fait bâtir un mur de la basse-cour du grenier, etc.
5. On sait que, dans l'ordre de Malte, des commissaires étaient chargés à certaines époques de visiter les commanderies, afin de constater leur état et par suite les améliorissements ou améliorations faits par les commandeurs durant l'exercice de leur charge. De là le nom d'améliorissements qui était souvent appliqué aux procès-verbaux de visite. Voir, à ce sujet, Le Grand-Prieuré d'Auvergne, par Niepce, pages 14, 130 et suivantes.
Les pièces que nous allons analyser nous sont fournies par le fonds de l'Ordre de Malte, conservé aux Archives de la Haute-Garonne. 6. Chambre où l'on pétrit la pâte servant à faire le pain.


Extrait des améliorissements de 1655
Même description générale des bâtiments qu'en 1647, et mention de deux cloches, l'une sur l'entrée de la maison, et l'autre sur la tour de la fenial (fenil). Le commandeur, énumérant ensuite les réparations qu'il a faites, dit que lors de son entrée en charge, en 1630, « la tour grande du château menaçait chute et ruine, la muraille de tous côtés s'étant entre-ouverte et séparée du reste du corps de maison ; pour laquelle réparer et mettre en état de la pouvoir habiter, il a convenu faire les réparations suivantes. Premièrement, au plus haut étage, appelé le corps de garde, a été refaite et rapetissée la guérite qui regarde le midi et couchant, le couvert de ladite tour ayant été resuivi et recouvert d'ardoise et muni de deux pièces de bois et de deux grandes lames de fer avec gros clous pour tenir ledit couvert, servant de clés pendentz (clés pendantes). Et dans ledit corps de garde a été faite une cheminée avec violette (7) et manteau de bois. Et au 3e étage de ladite tour a été mis à neuf une poutre sive single, en bois de chêne, de 5 cannes de long et 1 pan et demi de gauge, au long de la muraille du midi. Comme aussi a été mis à neuf deux grandes pièces de bois de chêne au 1er plancher de ladite tour, de 5 cannes ou environ de long et 1 pan carré, et à chaque bout desdites deux pièces de bois a été mis deux grandes lames de fer avec une clé penden de fer pour tenir les murailles, ayant employé à chaque bout 25 livres de fer. Et au 2e plancher a été mis autres deux grandes pièces de bois de chêne de même grandeur et garnies de mêmes ferrements que les précédents. Plus au 3me plancher a été mis autres deux grandes pièces de chêne de même grandeur et largeur que les précédentes et garnies des mêmes ferrements. Et ont été remis les planchers en bon état, et par ce moyen on a assuré lesdites murailles (8). — La guérite qui est sur l'entrée du château a été rhabillée ; et, au grenier grand, qui est joignant la fenial, il a été mis un balestié (arbalétrier) de chêne. »
7. Sorte de brique.
8. Tous les détails qu'on vient de lire montrent que la tour carrée occupait l'extrémité ouest du château, seule partie de cet édifice où l'on retrouve, en effet, les traces des réparations faites vers 1650. On peut remarquer, il est vrai, que les poutres qui furent employées à cette occasion avaient environ 5 cannes de longueur, soit 8 mètres 90 (la canne d'Albi valant 1 m. 78), tandis que les salles de l'ouest ne mesurent sur leurs côtés, ou du moins sur leurs côtés est et ouest, que 8 mètres environ. Mais il est probable que notre texte indique la dimension des poutres au moment de leur achat, et qu'il comprend ainsi un petit excédent de longueur qui dut être supprimé lorsqu'on les mit en place. Dans l'autre direction lesdites salles mesurent exactement 8 m. 90.


De la visite de la commanderie faite en 1687
Il y a dans le château de Rayssac « une petite chapelle de dévotion » où le commandeur fait dire la messe pour lui et pour ses domestiques ; cette chapelle est « voûtée et bien tenue. » Le château est « une maison noble, de forme carrée, entourée d'un fossé, composée d'une grande basse-cour, au milieu de laquelle il y a un puits, et autour d'icelle divers logements, comme cuisine, décharge, caves, bouscatières (9), écuries, étables, poulailler, etc. Et, montant par un grand degré, dans une tour ronde, il y a une très belle salle et cabinet, le tout très bien tenu, avec de grandes fenêtres toutes vitrées, leurs portes de bois de noyer en assemblage, et grillées de fer.
9. Chambres où l'on serre le bois de chauffage.

Encore, montant plus haut, se trouvent des mêmes chambres (10), avec leurs fenêtres, aussi de bois de noyer ; le tout pavé de briques, avec des cheminées ausdites chambres. Et plus haut encore est un corps de garde et des gabions au coin et un pigeonnier bien peuplé. »
10. C'est-à-dire qu'on y trouve la même répétition de chambres.

De la basse-cour on monte par un autre degré aux galeries ou au grenier. Mention du four, de la cuisine, de la salle, de la chambre voûtée, de la cloche qui est sur la porte de la basse-cour et d'une grande grille de fer qui fermait le portail de ladite cour.

Le visiteur prescrit ensuite diverses réparations, savoir : à la 1re et à la 2me chambre « de dessus la salle » ; à la fenêtre croisière qui regarde le portail de la basse-cour, etc. Il ordonne de faire remettre les carreaux et les verrous qui manquent à plusieurs fenêtres ; et il veut que l'on construise à l'intérieur de la glacière un revêtement circulaire « en pierre sèche, » afin d'arrêter l'éboulement des terres qui a commencé de se produire.

Améliorissements de 1715
Depuis 1705 ou 1713, le commandeur a fait réparer le couvert du grand grenier et le pavé des deux galeries. Il a fait « raccommoder le bois et ferrures de la cloche et la guérite qui la couvre ; a fait plancher (c'est-à-dire planchéier) le dessus du grenier, qui est sur les deux chambres voûtées ; a fait accommoder le couvert d'ardoise du corps de garde, y a fait mettre une poutre et une solive du côté du midi, proche la fenêtre ; a fait mettre des verrous aux fenêtres du grand escalier ; a fait abattre la pointe de la tour carrée, qui menaçait ruine, jusqu'au niveau des murailles y joignant et l'a faite couvrir à la hauteur des autres couverts qui la touchent ; a fait mettre un garde-fou de pierre au puits qui est hors du château et l'a fait couvrir d'un arceau. » La pierre de la fenêtre, qui est joignant le cabinet des tiroirs, a été consolidée, « Et par-dessus les réparations ordonnées, le commandeur, au lieu de faire replancher le pont-levis de l'entrée du château, a fait construire un beau pont de briques, avec son arceau, garde-fous, pavé et autres choses nécessaires, ce qui rend l'entrée du château fort commode et en état de durer à perpétuité ; cette réparation a couté 215 livres. » Il est dit, à la même époque, que la chapelle, située dans la cour du château est fort propre, et que « son plafond est orné surtout d'une belle peinture représentant 4 esclaves qui portent les armes de la Religion. »
M. Cabié Edmond. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, pages 2 à 16, Vingt-quatrième année, seizième volume. Albi 1899. - Bnf
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Planches du château de Rayssac
1 — Château de Rayssac, vue du nord
2 — Façade sud, avec la porte d'entrée dans la tour de l'escalier.
3 — Cheminées et plafonds des 1er et 2e étages
4 — Vue des façades Nord et Ouest
M. Cabié Edmond. Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn, pages 2 à 16, Vingt-quatrième année, seizième volume. Albi 1899. - Bnf

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