Les études hospitalières

Cartulaire des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem du Velay, par Augustin Chassaing
Dans le cours de ses savantes études sur le Velay, notre confrère M. Chassaing ne pouvait négliger les deux grands ordres de chevalerie qui ont eu tant d'éclat et ont rendu tant de services à la chrétienté durant le moyen âge. Pour faire suite au Cartulaire des Templiers paru eu 1882 (1), il nous donne aujourd'hui, en un beau volume correctement et élégamment imprimé, celui des Hospitaliers.
On sait combien sont rares les documents relatifs aux premiers temps de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Notre confrère a eu la bonne fortune de trouver dans le dépôt départemental du Rhône les archives des Templiers et des Hospitaliers du Velay, qui dépendaient du grand prieuré d'Auvergne. Les chartes de Saint-Jean-la-Chevalerie du Puy sont même les plus anciennes de toutes celles du grand prieuré et remontent au XIIe siècle. Les premières de ces chartes sont transcrites sur un rouleau, les autres se présentent soit en originaux, soit en copies. A ces précieux documents, l'auteur en a joint quelques autres qu'il a tirés des archives de la Haute-Loire. Quant au dessein que s'est proposé notre confrère, ce ne pouvait être d'écrire après l'Abbé Vertot un chapitre des annales militaires de l'ordre de Malte; il a préféré s'attacher à un sujet presque entièrement neuf, l'histoire de l'organisation territoriale et administrative de l'ordre, et c'est par là que son travail, qui fournit d'utiles renseignements à l'histoire générale, intéresse celle de la province d'Auvergne. C'est dans cet esprit qu'a été écrite l'introduction ; mais nous ne pouvons mieux faire que de laisser ici la parole à M. Chassaing : « Dans cette introduction, je me propose, dit-il, page II, à l'aide soit des chartes de ce recueil, soit des informations complémentaires que m'a fournies le fonds de Malte à Lyon, de tracer à grands traits l'origine et les progrès des Hospitaliers dans le Velay; d'expliquer la réorganisation des commanderies qui suivit la transmission des biens des Templiers en 1313, la création et les vicissitudes de la commanderie de Devesset ; de faire l'historique de son chef Devesset et de ses membres, annexes et dépendances... Je chercherai à fixer la valeur des biens des Templiers et des Hospitaliers du Velay d'après les ventes nationales en 1793. Enfin je terminerai par la nomenclature des Hospitaliers du Velay et des pays voisins qu'on retrouve en Orient ou qui ont péri dans les combats, et par la liste des chevaliers de Malte originaires du Velay depuis le XVIe siècle jusqu'en 1790. » Nous allons essayer de montrer rapidement que ce cadre a été bien rempli. Bien que la date de l'établissement de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem dans le Velay soit ignorée, M. Chassaing établit qu'il y fut antérieur à l'ordre du Temple et que la plus ancienne charte qui le concerne est de 1153. A partir de cette date, on voit se succéder les donations des nobles et même des bourgeois.
1. Voyez le compte-rendu que nous en avons donné dans cette revue, tome XLIV, pages 80-81.

Au XIIe et au commencement du XIIIe siècle, les possessions de l'Hôpital dans le Velay étaient administrées par le maître, précepteur ou commandeur de Saint-Jean du Puy. Le premier en date est un certain Etienne Isnel, dont le nom se retrouve, vers la même époque, à Tripoli, en Orient. La base des circonscriptions administratives paraît avoir été le pagus major, Forez, Bourgogne, Auvergne. Au commencement du XVIe siècle, les biens des Hospitaliers formaient quatre commanderies : Saint-Jean-la-Chevalerie, Devesset, Pébélit et Gourlon. Mais, après la suppression de l'ordre du Temple, la réorganisation des commanderies, que M. Chassaing a si bien mise en lumière, fit de Devesset un chef et ajouta aux commanderies déjà citées l'annexe de Saint-Barthélemy du Puy; le membre de Chantoin avec ses dépendances, les Garnaux et Belvezet; les membres de la Sauvetat, Montredon, Freycenet, le Temple de Marlhettes, le Pont de Doux ou Sainte-Epine-lez-Tournon, et enfin Saint-George d'Annonay, ayant pour dépendance l'Hôpital du Bourg-Argental. La commanderie elle-même, chambre prieurale dès 1313, devint, en 1471, un bailliage, qui fut désigné, à partir de 1576, sous le nom de Lyon ou Devesset, ou tout à la fois Lyon et Devesset, jusqu'en 1787, où le bailliage fut transféré à Bourganeuf. En 1726, son revenu net était de 23,650 livres.

Il faut lire dans le livre de notre confrère le détail très complet de l'organisation du grand bailliage, principalement d'après les procès-verbaux de visite de 1615-1616. Il donne pour chaque commanderie :
1° sa situation et le titre qui lui était attribué dans l'ordre ;

2° l'analyse des chartes du cartulaire qui font connaître par qui elle a été instituée, puis enrichie, et les événements qui ont pu signaler le cours de son existence ;

3° la statistique de ses biens domaniaux, d'après la visite prieurale déjà citée, la description des bâtiments, château fort, église, métairies, etc.;

4° les revenus, cens et rentes, les droits de justice, les droits d'usage, chauffage, pacage; le prix de ferme de la commanderie à diverses époques ;

5° enfin les noms des grands prieurs d'Auvergne de 1313 à 1576, ceux des grands baillis de Lyon et Devesset de 15S0 à 1786 et ceux des commandeurs, dont les plus anciens appartiennent à l'Hôpital de Saint-Jean-la-Chevalerie, en 1153.

Au moment de la Révolution, les biens des Templiers et des Hospitaliers, qui s'étaient conservés dans leur intégrité, grâce à leur caractère inaliénable et imprescriptible, furent estimés (en 1793), les premiers 1,072,583 livres et les seconds 421,225 livres, en assignats.

Les deux derniers chapitres de l'introduction sont consacrés à la biographie des Hospitaliers et renferment des listes fort précieuses pour l'histoire locale. Outre quatre chevaliers qui figurent au cartulaire dans des actes du XIIe siècle, Pierre de Mirmande, Bernard de Solignac, Ermengaut d'Aps (?) et G. d'Andable, M. Chassaing a noté seize Hospitaliers du Velay dans les chartes de la Palestine des XIIe et XIIIe siècles et un pareil nombre qui ont assisté à des faits de guerre ou qui sont morts dans les combats de 1522 à 1685. La liste des chevaliers originaires du Velay qui ont fait partie de l'ordre de Malte depuis le XIVe siècle jusqu'en 1790 comprend quarante-six noms. Parmi ceux-ci nous devons citer douze chevaliers de la famille de Fay de la Tour-Maubourg. Car c'est à la générosité de l'un de leurs descendants, M. le marquis de la Tour-Maubourg, ancien député de la Haute-Loire, qu'est due en partie la publication de ce cartulaire, que M. Chassaing a eu la délicate pensée de lui dédier.

Nous avons tenu à donner une analyse aussi exacte que possible de cette substantielle introduction, qui constitue à notre connaissance le meilleur travail qui ait été publié jusqu'à ce jour sur l'histoire administrative de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et qui renferme tant de faits et de détails nouveaux pour l'histoire provinciale. Il nous reste peu de chose à ajouter à propos du cartulaire proprement dit : il se compose de 114 chartes originales et inédites de 1153 à 1549, ainsi réparties : quarante-neuf sont du XIIe siècle, treize du XIIIe, douze du XIVe, huit du XVe et deux du XVIe siècle.
L'éditeur les a classées dans l'ordre chronologique, chaque charte est précédée d'un court sommaire en français; inutile de dire qu'elles sont publiées avec le soin qui distingue tous les travaux de notre savant confrère. Un index des chartes et une table succincte, mais très suffisante, des noms de personnes et des noms de lieux terminent ce beau volume, qui apporte à l'histoire de nos institutions un contingent de textes des plus intéressants et qui sera pour M. Chassaing un nouveau titre à l'estime et à la reconnaissance des érudits.
Bruel Alexandre — Bibliothèque de l'école des chartes — Année 1888 — Volume 49, Numéro 49, pages 674-676

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