Les Commanderies de Malte

Commanderie d'Artins
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Montoire-sur-le-Loir - 41

Domus Hospitalis Artins
Domus Hospitalis Artins

Sur le territoire de la commune d'Artins, non loin des ruines du château de la Roche-Turpin (1) à mi-hauteur du coteau de la rive gauche du Loir, se rencontre un vieux logis encore pourvu de ses terrasses, de ses tourelles et de bâtiments anciens qui attestent son antique importance.
1. Voir pour la Roche-Turpin le bulletin de 1889, 2e trimestre.

Ce sont les restes de la Commanderie d'Artins. Cette Commanderie a-t-elle été fondée par les Templiers comme certains le veulent, notamment M. de Pétigny (H du Vendômois, page 459), mais sans indiquer les sources de cette affirmation, puis attribuée vers 1312 aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou bien a-t-elle été établie par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem eux-mêmes ? Nous l'ignorons. Nous n'avons pu trouver aucune trace de sa fondation dans les archives de Poitiers (3).
3. Aux archives départementales de la Vienne, à Poitiers, se trouve un fonds important concernant la Commanderie d'Artins (Série H 158) et suivants).

D'après la Revue du Maine (IX pages 268-276) le fondateur de la Commanderie d'Artins serait Foulques le Jeune possesseur de l'Anjou et de la Touraine, suzerain du Vendômois, comte du Maine, seigneur de la Flèche, de Château du Loir, etc.
« Foulques, nous dit-on, obéit bientôt au mouvement qui poussait tant de guerriers vers Jérusalem. Il partit en 1l20 pour la Terre Sainte et s'y distingua par sa bravoure et sa libéralité. D'après Guillaume de Tyr, il y entretint à ses frais cent chevaliers pendant un an.
« Comme la plupart de ses puissants contemporains, Foulques donna de nombreuses preuves de sa piété et fit de grandes largesses aux églises et aux monastères. C'est lui qui, en 1124, fit construire à Troô la chapelle de Notre-Dame sur la pente de la montagne.
« On ne peut douter que Foulques-le-Jeune n'ait été pour les Templiers et pour les Hospitaliers de Saint-Jean un généreux bienfaiteur. Les dernières années qu'il avait passées en France (4) sont précisément celles où l'on voit commencer dans le Maine l'énorme fortune des grands ordres militaires et religieux. Il avait sans doute admiré bien des fois leur courage et leur abnégation pendant son premier voyage à Jérusalem. Il était même devenu l'ami du premier grand-maitre des Templiers, Hugues de Payens. De retour au Mans, il avait dû s'empresser de donner à ces braves défenseurs des Lieux-Saints, quelques-uns de ses domaines propres et engager ses vassaux à l'imiter, C'est ainsi que s'expliquerait l'origine des deux Commanderies du diocèse du Mans celle du Temple de Château-du-Loir et celle des Hospitaliers de Saint-Jean, à Artins. »
4. Foulques en 1129 retourna en Palestine où l'appelait Beaudoin II roi de Jérusalem, dont, devenu veuf, il épousa la fille ainée, Mélisande. Son beau-père étant mort en 1131, il le remplaça et posséda pendant onze ans le royaume de Godefroy de Bouillon.

Ainsi s'exprime la Revue du Maine.
Quant à nous, nous pensons que la Commanderie a pu être donnée à l'ordre, soit des Templiers, soit des Hospitaliers, par un des seigneurs de la Roche-Turpin, attendu que leurs biens étaient limitrophes et, non seulement dans cet endroit, mais dans plusieurs autres lieux, ils étaient enchevêtrés les uns dans les autres. Un d'entre ces seigneurs, Guy Turpin, d'après le Cartulaire de la Trinité, fut Croisé et sans doute il ne fut pas le seul de cette nombreuse famille, son père Salomon ayant sept fils. N'auraient-ils donc pas, pour imiter leur suzerain, donné aux religieux une partie de leurs vastes domaines ?

Dans tous les cas, cette fondation doit remonter fort haut dans le Moyen-Age. M. de Pétigny ne craint pas d'attribuer la chapelle de la Commanderie d'Artins et ses fresques remarquables à la première partie du XIIe siècle. Elles dateraient alors de l'époque même de la fondation.
Cette Commanderie avait des annexes assez importantes et était le chef-lieu de six autres Commanderies, savoir
1. Saint-Jean des Aizes
Département: Loir-et-Cher, Arrondissement: Vendôme, Canton: Montoire-sur-le-Loir - 41

Saint-Jean des Aizes
Domus Hospitalis Saint-Jean des Aizes

Saint-Jean des Aizes
— Autrefois le Temple des Aizes, paroisse de Villavard.

2. Saint-Jean du Boulay
Département: Indre-et-Loire, Arrondissement: Tours, Canton: Château-Renault - 37

Domus Hospitalis Saint-Jean du Boulay
Domus Hospitalis Saint-Jean du Boulay

L'Hopitau, ferme sur la commune de Boulay.
— L'Hopitau-de-Saint-Jean-du-Boulay, 1600.
— Ancien fief relevant de Château-Renault et dépendant au XVIe siècle, des commanderies de Perchaye et d'Artins, et au XVIIIe, de la commanderie d'Amboise.
— Rôle des fiefs de Touraine.
— Archives du château de Pierrefitte.
— A. De Maulde, Essai sur l'armorial du Mans, 4.

Sources: Dictionnaire Géographique, Historique et Biographique d'Indre-et-Loire, par J.-X. Carré de Busserolle, tome I à VI. Tours 1881

3. Saint-Jean des Ruisseaux
Département: Sarthe, Arrondissement: La Flèche, Canton: Château-du-Loir, Commune: Marçon - 72

Domus Hospitalis Saint-Jean des Ruisseaux
Domus Hospitalis Saint-Jean des Ruisseaux

4. Saint-Jean de Rortre
Département: Sarthe, Arrondissement: La Flèche, Canton: Château-du-Loir, Commune: Beaumont-sur-Dême - 72

Domus Hospitalis Saint-Jean de Rortre
Domus Hospitalis Saint-Jean de Rortre

5. Saint-Jean de Cogners
Département: Sarthe, Arrondissement: Mamers, Canton: Saint-Calais, Commune: Cogners - 72

Saint-Jean de Cogners
Domus Hospitalis Cogners

6. Saint-Jean de Château-du-Loir
Département: Sarthe, Arrondissement: La Flèche, Canton: Château-du-Loir - 72

Domus Hospitalis Château-du-Loir
Domus Hospitalis Château-du-Loir


Elle faisait partie du Grand Prieuré d'Aquitaine, dont Poitiers était le chef-lieu.
« L'ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem nous dit l'Histoire des Chevaliers Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (5), était divisé en huit Langues ou Pays, savoir:
Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Angleterre et Castille.
La Langue de France avait trois grands prieurés:
l. le grand prieuré de France.
2. le grand prieuré d'Aquitaine.
3. le grand prieuré de Champagne.
5. Par l'abbé Vertot d'Aubeuf, imprimé à Amsterdam, 1764.

Le grand prieuré d'Aquitaine, comprenait 65 Commanderies réservées aux chevaliers, dont Artins. Au chapitre général, son grand prieur occupait le treizième rang sur les 54 grands dignitaires de l'Ordre.

Primitivement les commanderies étaient affermées à des receveurs et à des fermiers qui payaient le prix de leurs baux au Trésor. Par la suite, ces fermiers s'étant trouvés peu fidèles, on conféra la régie de ces biens à des chevaliers dont on connaissait la probité, pour administrer chaque terre, et seulement pour un certain temps.
Les Hospitaliers considérés simplement comme religieux étaient partagés en trois classes, différentes à la fois par la naissance, le rang et les fonctions.
— La première classe comprenait ceux qu'on appelait Chevaliers de Justice, c'est-à-dire ceux qui pouvaient parvenir aux dignités de Baillis et de Prieurs qu'on appelait Grand-Croix, et à celle de Grands-Maîtres.
— La deuxième classe comprenait les Chapelains on tirait de ce corps les Aumôniers.
— Enfin dans la troisième classe il n'y avait que les Frères servants, religieux, sans être ni prêtres, ni chevaliers, qui servaient soit à la guerre, soit comme garde-malades dans les infirmeries.

On ne recevait Chevaliers que les nobles et, sur ce chapitre, l'Ordre se montrait très sévère. Le récipiendaire devait faire preuves de noblesse authentique depuis plus de cent ans. Ces preuves étaient au nombre de quatre, savoir:
1. Testimoniales, c'est-à-dire par témoin.
2. Littérales, soit par titres, contrats, aveux, etc.
3. Locales, ou prises sur le lieu de naissance.
4. Secrètes, faites par des Commissaires spéciaux.


Quand il ne manquait rien aux preuves d'un chevalier, il pouvait être reçu en trois temps ou à trois âges différents:
1. Il était reçu de majorité à 16 ans, mais il était alors obligé de se rendre à Malte à 20 ans et il payait pour droit de passage environ 260 écus d'or.
2. Il pouvait entrer page du Grand-Maître à 12 ans pour en sortir à 15 ans et le droit de passage était à peu près le même que celui qu'on payait quand on était reçu de majorité.
3. Enfin, on faisait des chevaliers de minorité, c'est-à-dire dès le berceau, usage admis dans les derniers temps.

A l'égard des Frères chapelains et des Frères servants d'armes qui n'étaient point assujettis à ces sortes de preuves, ils étaient obligés de se faire reconnaître comme issus de parents honnêtes, n'ayant jamais servi ni pratiqué aucun art vil et mécanique et, de plus, prouver que leurs père et mère, leurs aïeux paternels et maternels et eux-mêmes étaient nés en légitime mariage.

Il y avait à Malte huit palais qu'on nommait auberges où pouvaient manger tous les religieux de leur Langue quels qu'ils fussent. Chaque chef qu'on appelait Pilier de l'Auberge y occupait un appartement considérable ; le trésor de l'Ordre lui fournissait une somme en argent, en grains et en huiles pour les aliments des religieux de son Auberge.

Le Pilier de l'Auberge avait droit à la première dignité vacante dans la Langue, et la place qu'il quittait revenait au plus ancien chevalier. Il suffisait que celui-ci ne dut rien au Trésor, qu'il eût fait des « améliorissements » (6) s'il avait eu des biens à gérer et établi un papier terrier.
6. Terme affecté seulement à l'ordre de Malte sorte d'état de lieux pouvant une augmentation de valeur des biens.

Dans chaque Commanderie il y avait un chevalier supérieur que les anciens titres appelaient Percepteur ou Perceptor. Ces percepteurs n'étaient considérés que comme des économes et de simples administrateurs des biens de l'Ordre dont ils étaient comptables à la chambre du Trésor. Plus tard comme la dépense égalait souvent la recette, on arrêta au rôle les sommes que chaque maison enverrait au Trésor ; et parce que dans les obédiences et les commissions qui furent données aux chevaliers, on se servit de cette expression « Nous vous recommandons ces biens.... Commendamus... », L'administration particulière de chaque maison prit le nom de Commendataria, d'où est venu le nom de Commanderie et le titre de Commandeur.

Les contributions ordinaires de chaque Commanderie s'appelaient responsions ; elles pouvaient être augmentées selon les besoins de l'Ordre et proportionnées au revenu de la Commanderie.

L'administration d'une Commanderie n'était confiée à un chevalier que pour un temps limité. Il pouvait en être exclu en cas de malversation ou de mauvaises mœurs. Mais si un Commandeur n'avait pas causé de scandale, s'il avait fait faire le papier terrier des terres relevant de ses fiefs, au bout de cinq ans on pouvait l'émeutir, c'est-à-dire lui donner une Commanderie plus considérable. La principale condition qu'il avait à produire pour être nommé, était d'obtenir des commissaires un procès-verbal du bon ordre dans lequel se trouvaient les bâtiments et les biens dont il avait eu la charge. Cela s'appelait faire un améliorissement. C'est à cette sage précaution que ce fut redevable pendant longtemps de la conservation de ses biens et de ses bâtiments. »

La proximité de la Commanderie d'Artins et du château de la Roche-Turpin amena de nombreux litiges entre leurs seigneurs. Témoin en 1281 ce procès entre le Commandeur d'Artins et Guillaume Turpin à propos des droits de chasse sur des terrains situés entre leurs demeures. (6)
6. Voir Notice sur la Roche Turpin, Bulletin 1899 page 106.

Les premiers Commandeurs que l'on connaisse par les déclarations de cens et de rentes et surtout par les contrats d'acquisitions sont:
1330. Théobaldus de Drocis, perceptor de Artinis (Thibault de Dreux).
1362. Erneste Giroust.
1366. Gervaise Giroust.
1387. Hamelin Giroust.
Sous l'administration de ces trois Commandeurs, peut-être les trois frères, la Commanderie s'augmenta beaucoup.

En 1362, Etienne Porchier enfant de feu Pierre Porchier et de feue Isabeau de la paroisse d'Artins, vend à honorable frère Erneste Giroust, commandeur de l'Hôpital d'Artins cinq quartiers de pré aux Ecluses, paroisse d'Artins, tenant au chemin par lequel on va par le haut des moulins à la chaussée, (aujourd'hui les Grands prés).

En 1366 Gervaise Giroust et ses confrères Jehan le Changeur, André de Marçon, Hamelin Giroust et Denis Niquot avaient acquis trois sous de rente pour le prix de 50 sous sur le lieu-dit La Bretagne situé à Millé (probablement Villée) (7) paroisse de Sougé.
7. Peut-être Magny, car les habitants de ce pays disent « Mié » pour Magny. Le lieu de Magny (Sougé et Bonnevau) appartenait à Artins depuis un temps immémorial et les Commandeurs avaient droit de dime sur une partie de son territoire.

En 1377 et 1379, on trouve des contrats d'acquêts de la Porcherie, de Macé Porchier et aussi de différentes terres sises dans la paroisse de Couture, notamment 9 boisselées de terre situées sous le grand cimetière de Couture (8), par Hamelin Giroust commandeur d'Artins.
8. Le grand cimetière de Couture existait donc déjà en 1379, à l'endroit où est le cimetière actuel. Le petit cimetière était tout à côté de l'eglise. (Voir les registres paroissiaux de Couture pour ces dénominations).

Le 28 juin 1389 Guillaume de Bonnin, commandeur d'Artins obtint du roi Charles VI des lettres de protection au sujet de certains dommages causés à la Commanderie. Peut-être par les gens de guerre.
En voici le texte:
« Karoius dei gracia francorum rex » primo servienti nostro qui super hoc requiretur salutem. Cum dilecti nostri religiosi prior et fratres hospitalis S. Johannis Hierosolymitani aut eorum procurator pro ipsis ab certis eorum domui seu commendatorie d'Artins in prioratu Aquittanie a quibusdam manus apposicione expletis gravaminibus loco et tempore latius declarandis per Guillermum le Savatier servientem et commissarium nostrum, vel aliter in hac parte se dicentem fines sive metas sue commissionis vel mandati si quam vel quod habeat excedendo, aut aliter indebite procedendo contra ipsos ad causam predictam, et ad utilitatem seu requestam Johannis Ernaudi presbiteri curati de Geneysio in Cenomania se dicentis, latis atque factis, tamquam a nullis, et si que sunt, tanquam a pravis et factis, ad nos seu nostram parlamenti curiam se asserant legitime appellasse, tibi commitimmus et mandamus quatenus dictum servientem et commissarium vel aliter in hac parte se dicentem, ad dies senescalliarum Andegaven, Turonen, Pictaven, et Cenomanem, nostri futuri proximo parlamenti adiornes, omnia per ipsum in hac parte facta defensionis et sustenencii dictaque gravamina reparti visura, et ulterius in hujusmodi appellacionis causæ processum et factum quod fuit racionis, intimesque parti adversæ ut ad dictos dies intersit si sua credidit interesse, inhidendo prefato servienti et commissario aut aliter in hac parte se dicenti ac aliis de quibus fueris requisitus ne hujusmodi appellacionis causa pendente aliquid in prejudicium dicti appellantis sueque cause appellacionis predicte attempent vel innovent, seu attempare vel innovare faciant aut permittant, imo attemptala vel innovata si que sint aut fuerint ad statutum pristinum et debitum reducant, seu tu per judicem competentem reduci facias indilate (?) et de his que feceris in premissis dictam nostram curiam ad eosdem dies certifices competenter. In quibus et ea tangentibus ad omnibus justitiariis et subtitis nostri tibi in hac parte pareri volumus efficaciter et intendi. Datum Parisiis, die 28 junii, an. Dni 1389, et regni uri nono. »

En 1416 on voit un accord sur un différend avec le Seigneur de Beaugé « pour raison de l'opération qu'il avait faite sur les moulins d'Artins. Jean Léger s'était transporté à son moulin d'Artins et s'était efforcé de l'exécution. Le moulinier Jehan Crasifon demeurant en son moulin s'était transporté en la métairie de la Borde et s'était efforcé d'exercer son métier en voulant prendre gaiges pour le fait de l'extraordinaire du roy notre sire. »
Nicola Le Comte était commandeur d'Artins à cette époque.

En 1432 il est question de la famille de Château-Challon dont nous verrons plus loin un des membres devenir commandeur d'Artins « Nous Regnault l'archevesque de Reims premier pair et chancelier de France, avons de par le roi le commandement et l'administration des terres du Seigneur de Beaussaret (?) étant en pays de Sologne, ratifions à tous que nous avons mis en souffrance Mre Etienne de Château Challon, chevalier Seigneur de Billy (?) de tout ce qu'il tient. Donné à Montrichard sous notre scel le 22 novembre 1432. »

Vient ensuite Jehan Le Comte comme commandeur (1450-1470).
En 1471, Jehan, bastard de Vendôme, chevalier, Seigneur de Bonneval, conseiller et chambellan du roy (Jean de Bourbon, bâtard de Vendôme) donne au commandeur d'Artins, Guillaume d'Appel Voisin, alors poursuivi par les receveurs royaux pour la taxe des francs fiefs, une sentence favorable, constatant que tous les biens de la Commanderie avaient été précédemment amortis par le roi.

Voici à ce sujet une note devant dater de 1454 à 1460:
« Les Commandeurs et leurs sujets sont francs, quittes et exempts par privilèges papaux et royaux de faire guet garde et réparations en château ni forteresse et de la franchise et liberté ils en ont toujours joui eux et mêmes leurs subjects d'iceulx de la Commanderie d'Artins et ne se trouve point que les sujets de la Commanderie jamais fassent guet ni garde es-lieux de Montoire et Lavardin ni qu'ils contribuassent eulx et leurs subjets aux réparations desdits châteaux pour Monseigneur le comte de Vendôme.
Depuis certain temps en le faisant par force et contrainte les hommes et sujets dudit commandeur d'Artins demandent appel et demandent une bonne justice. »

En 1472, le Commandeur Jacques de Château-Chalon eut une contestation avec le curé d'Artins, à propos de leurs dîmes, et fit la transaction suivante:
« Par devant le conservateur des privilèges royaux de l'Université d'Angers, entre André Pinoys, curé de Saint-Pierre d'Artins, escollier, estudiant en l'Université d'Angers, demandeur en matière de saisine et de nouvalité, d'une part, et frère de Château-challon, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur d'Artins, d'autre part, le curé d'Artins disant qu'en cette qualité il avait droit à toutes les dîmes de blé, de vins et prémisses, au dedans de ladite cure, et même sur les terres et domaines de la Commanderie, ce dont avaient joui ses prédécesseurs ; à quoi le Commandeur répondit que la Commanderie d'Artins était de fondation royale, qu'elle avait plusieurs beaux privilèges du pape et du roi, entre autres celui de ne payer aucune dîme quelle qu'elle fut, grosse ou menue, dont ils avaient joui paisiblement depuis le commencement lesquels ont transigé, de sorte que ]e curé reconnaît que le Commandeur et ses successeurs seront exempts de payer aucunes grosses dîmes ou prémises au curé, ainsi que des dîmes ou prémisses qui adviendront en une pièce de terre qui est entre les chemins l'un allant de la vallée de la Commanderie à Beauvoir et l'autre allant au chemin qui va de Ternay à Villedieu, sur laquelle le Commandeur prend les deux parts de dîmes, et et ledit curé la tierce partie et par ce moyen le Commandeur a droit de la prendre au lieu de Magny et ses environs (landes de Bonnevau) psse d'Artins, par chacun an, qui partent avec ledit curé par indivis. De quoy les parties se sont déclarées satisfaites, le 11e jour d'octobre mil quatre cent soixante et treize. »

L'année suivante, 26 mai 1474, on trouve une lettre donnée en Parlement, confirmant pour la Commanderie d'Artins les exemptions de guet, de garde, de réparations des châteaux et forteresses ainsi que toutes les autres franchises déjà concédées.

A propos de 3 setiers de seigle de rente dus à la Commanderie par les Hayes et le moulin de la Petite Ronce de Ternay, se trouve une énorme liasse de procédures (le n° 163 tout entier). Nous verrons souvent ce procès revenir et il en sera encore question au milieu du XVIIIe siècle.

Voici, semble-t-il, la principale preuve écrite de cette rente, mais dans un style quasi incompréhensible: « Du 3 septembre 1454, frère Guillaume Pinaut, âgé de 70 ans, alla demeurer à Artins avec un nommé frère Nicolas le Comte, commandeur d'Artins, et y resta pendant 12 ans. Le Commandeur envoya ses valets et serviteurs au lieu des Hayes pour avoir payement de 3 setiers de seigle et qu'on les donnat ; et sond. Maître alla audit lieu où il trouva une demoiselle dont il ne sait le nom (9), laquelle pour lors était dame des Hayes, pour avoir les 3 setiers et qu'elle lui répondit que c'était vrai également pour la Petite Ronce qui était de 13 boisseaux de froment. »
1. Jehanne de Rainville.

Mentionnons aussi les témoignages forts curieux de Saincton Tafforeau, fermier à la Commanderie, Jean le Ber, laboureur à Trôo et auparavant à Artins, Guillaume Chesneau, fermier à Beauvoir, Jean de Lignon, charpentier à Terné.
A cette époque le seigneur des Hayes s'appelait Jehan Rousselet et sa femme Jehanne de Rainville.
Une sentence fut rendue au présidial de Tours en 1456, pour raison des 3 setiers de seigle sur la seigneurie des Hayes et un sentier de froment sur la Petite Ronce dus à la Commanderie d'Artins.

Le 29 novembre 1566, sommation était faite par le Commandeur à Mre Pierre de la Curée seigneur de la Roche Turpin « codétempteur » au titre de l'acquêt qu'il en avait fait de Mrg le duc de Vendôme, par puissance de fief et retrait féodal, d'avoir à payer 17 années d'arrérages de 3 setiers de seigle que ledit de la Curée a promis payer au Commandeur moitié à la Pentecôte, moitié à la Saint-Nicolas. »

Le conflit parait se terminer, un moment, par la pièce suivante:
« Du 23 février 1693, moy François du Bellay, chevalier, seigneur de Terné, les Hayes et autres lieux reconnais et confesse devoir à la Commanderie d'Artins savoir 3 septiers de blé-seigle mesure de Montoire requérables, donnés par mes prédécesseurs seigneurs des Hayes par aulmosne à votre dite Commanderie d'Artins, ladite rente assise sur la seigneurie des Hayes, payable chaque année à la fête Saint-Michel du Mont-Gargan, lesquels 3 septiers je paierai aussi longuement que je serai jouissant de ladite seigneurie des Hayes. »

En 1517, le Commandeur d'Artins, Mathurin de la Boucherie obtint aussi les privilèges des francs fiefs.

On rencontre ensuite une enquête du 2 mars 1528 faite par devant le lieutenant de Montoire et le bailly de la Commanderie, pour messire Jean Proust, curé d'Artins et fermier de la basse-cour de la Commanderie qui demandait diminution du prix de la ferme comme « ayant greslé et ayant entièrement perdu les fruits de sa récolte. » (Récolte de 1527 très probablement).
En 1528, le Commandeur est Bault de Lynaine.
Le premier terrier connu de la Commanderie est de 1507.
Dans celui de 1517 voici ce que la Commanderie d'Artins rapportait de cens et rentes:
39livres 9 sols 9 deniers de rentes.
7 livres 3 sols 6 deniers de cens.
17 setiers de méteil et 9 boisseaux.
2 setiers d'avoine.
8 chapons, 12 poules, 44 corvées, plus 7livres 3 sols 6 deniers de rente pour logis.

D'après une déclaration faite en 1527 à Baugé les possessions de la Commanderie d'Artins comprenaient:
« — Le manoir de la Commanderie qui contient 7 arpents d'un seul tenant joignant aux choses qui furent à Jehan Proust, à la Borde, à la Gaulterie, au chemin de la Commanderie à Artins, au chemin de la Vallée à la Cosnillêre.
— 3 arpents tenant à la Roche Turpin, au chemin d'Artins aux Essarts.
— 8 arpents à Justice tenant de toutes parts à la Roche-Turpin.
— Un demi-arpent tenant au chemin de la Commanderie à Artins et à la Fosse Loyau.
— 12 arpents environ tenant à la Borde et aux terres de Pineau.
— La Borde (ferme) contenant 60 arpents tenant à la Bergerie, aux héritiers Pierre Breteau et Jehan Proust, à la métairie de la Vergerie et aux vignes de la Commanderie.
— Beauvoir (ferme) contenant 20 arpents tenant à la Rouguerie, à Lemoine, au chemin de Montoire à Villedieu.
— Le bois de la Feuillade à Couture contenant 25 arpents.
— 10 arpents de terre dans la Varenne d'Artins tenant au chemin d'Artins à Troô, à la terre des Gasniers de Cornille, à la terre de la Mardelle et au pré des Mesnils.
— 2 arpents tenant aux Beaudoins et aux hoirs P. Percheron.
— Le grand pré de la Commanderie contenant 4 arpents tenant au pré de la Roche-Turpin, au pré du curé, au Loir.
— 3 arpents de pré tenant au seigneur d'Artins.
— 3 quartiers de pré à la Petite Rivière.
— 1/4 de quartier de pré tenant au pré des Thariot. Il est dû au fief 42 sols 1 denier de rentes à la Saint-Martin d'hiver.
— 32 livres 7 deniers et 5 setiers 9 boisseaux de méteil, 16 setiers de blé froment, 24 septiers d'avoine et 12 boisseaux.
— 37 chapons et 10 poules. »

On trouve ensuite une visite de la Commanderie d'Artins le 13 mars 1551 à la mort du commandeur Jehan Haudebert:
les réparations nécessaires à la Commanderie, à la Borde et à Beauvoir sont évaluées à 4600 livres ; tous les bâtiments étant en mauvais état.

En 1551, on découvre un procès entre Jacques Peloguen, commandeur d'Artins et le seigneur de la Roche-Turpin au sujet de 3 boisselées de terre près la Chottetiêre possédée par le seigneur de la Curée.

En 1564, sous le commandeur Loys de Nuchèze, coupe et tonture de 10 arpents de haute futaie à la Feuillarde (Couture) tenant à forêt de Gastines, aux tailles de la Poissonnières et aux tailles du Plessis. A ce sujet il y a, suivant un édit du roi, un procès pour la taxe. Il dure jusqu'en 1704, c'est-à-dire 140 ans !
La Commanderie est louée à Michel Moreau, en 1573, pour 1900 livres.

En 1597, saisie fut faite de la Commanderie sur le chevalier Claude de Percy, commandeur, et par suite on y établit des commissaires. Dans cette saisie une note nous fait connaître les revenus de Saint-Jean de Rortre:
— cens et rentes 20 livres.
— dîme 80 livres.
— blé froment 21 setiers 6 boisseaux.
— 15 chapons 20 poules.

En 1610 il y a échange de terres en la varenne de Sougé par messire Jehan Cambou de Valleron, commandeur d'Artins, avec Michel Moreau, pour trois quartiers de vigne.

Les commandeurs faisaient argent de tout ; témoin le bail à ferme du bois mort des bois de la Feuillarde à Pierre Mullot, fendeur, demeurant aux Essarts, pour le prix de 30 sols par an.

En 1622 bail de la commanderie à René Loyau et à Georges Guettier pour 1.225 livre avec énumération des (choses) chapelle, maison seigneuriale, antichambres, salles basses, cuisine, cabinets ; chambres hautes, salles, cabinets, combles dessus ; portail, chambres dessus ; caves, pressoir à grands fûts, écurie, grange, fournil en roc, etc.

Dans un inventaire du 25 mai 1626, il est question d'un autel de marbre situé dans la chapelle de la commanderie ; le commandeur, à cette époque, était le sieur Jacques Bonnin de la Regneuse.

Jusqu'en 1655 nous voyons encore deux commandeurs : Ambroise de Periers du Bouchet, qui est parrain, à Artins, le 11 octobre 1637, d'Anne, fille de n. h. François de la Haye, sieur de la Beaucerie. Il l'est encore le 27 février 1644 avec Siméonne Bouchard, femme de messire Claude du Bellay, sieur de Drouilly. Puis Jacques du Breuil de Chassenon est noté dans des baux de 1646 à 1655.

La fabrication d'un nouveau terrier pour la commanderie d'Artins a lieu en 1656. Voici ce qu'on lit en tête du volume (n° 348 du fonds d'Artins):
« C'est le papier terrier, censif, déclaratif des maitrises, fiefs et seigneuries de la commanderie d'Artins, avec rentes. C'est à la poursuite et diligence de messire François de Laval, chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, commandeur, par titre de lettres royales obtenues par ledit de Laval à la chambre du Roy, à Paris, en date du 24 mars 1656, signé Labbé et scellé en cire jaulne, au dos desquelles est l'ordonnance de M. le lieutenant au Bas-Vendôme, à Montoire, signé Buisson. Déclaration d'icelle contre lesquels il ne peut agir faute de titres valables pour la plupart dissipés depuis, tant par le mauvais usage que par les guerres et passages de soldats qui ont depuis dix ans pris les routes en le pays vendosmois (guerre civile de la Fronde) où la plupart des membres sont assis et y ont été faits plusieurs ravages spécialement pendant les troubles derniers, qu'il court risque de perdre plusieurs beaux droits et autres et obéissance, le désirant pour la conservation d'iceulx ; fait ces plaids par un certain jour de chaque semaine par son bailli, etc. »

« Du 13 may 1656 Mr François de Laval fait dire et savoir à tous qu'il appartiendra, qu'il fera arpenter, cordeler le domaine de la commanderie et dépendances le lundy 5e octobre, afin que personne ne peut prétendre cause d'ignorance. » « J'ai curé d'Artins soussigné, confesse avoir lu et publié ce contrat ci-dessus par 3 diverses fois en mon église au prône des grandes messes. »
« Ce 5e jour d'octobre 1656. Signé Frédureau. »

François de Laval dut quitter la commanderie d'Artins vers 1670 ou 1672. Il alla demeurer à Couture ou non loin de là, car il est parrain plusieurs fois, notamment en 1675 et qualifié commandeur de Saint-Rémy ; il assiste aussi à des mariages de notabilités. Enfin il est enterré dans l'église de Couture ; voici ce qu'on lit sur les registres paroissiaux: « Messire François de Laval, commandeur de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, lequel neuf jours après avoir fait ses pâques est mort de mort subite et n'a pu recevoir que le sacrement d'extrême-onction, inhumé le trente dans le chœur de l'église (30 avril 1691).

Après lui vient probablement Jacques de la Barre de Hautepierre. Il est parrain le 24 février 1686 à Artins et meurt la même année. Voici son acte de décès « Le 16 juillet 1686 a été inhumé dans la chapelle de la commanderie le corps de défunt messire Jacques de la Barre, commandeur de ladite commanderie, après avoir reçu les saints sacrements de l'Eglise par nous curé soussigné P. Frédureau. »

Le chevalier Benjamin de Breuil-Hélion de Combes lui succède. Devenu dans la suite capitaine dans la marine royale de France, il fit faire, avant de quitter Artins, un nouveau papier terrier des terres, fiefs et possessions de la commanderie d'Artins et de toutes les seigneuries qui en dépendaient (n° 349 du fonds d'Artins).

En 1697, fut fait l'inventaire des meubles de la Commanderie. En voici les principaux passages:
« Dans la chapelle s'est trouvé trois nappes, un crucifix d'ébène, un missel, l'évangile Saint-Jean, une carte de canon, deux chandeliers de cuivre, une figure de Saint-Jean notre patron sur le haut de l'autel, trois vases de fayence, une aube, deux amis, deux ceintures, une chasuble et une étole, un manipule, un voile, le tout de satin avec un galon d'or faux, une autre chasuble avec son étole, manipule de futaine à fleurs vert et bleu avec un galon de soie rousse, verte et blanche avec les armes de feu le commandeur de Laval, le devant d'autel avec la même étoffe et couleur, un voile de taffetas vert, quatre corporaux, un vieux voile noir de nulle valeur, deux calices, un d'étain et un d'argent, un vieux missel gothique, le tout trouvé dans un vieux coffre fermant à clef. »

« Dans la cour s'est aussi trouvé un vieux banc servant pour les Commandeurs, avec un autre banc, un pupitre, deux chopinettes, un plat à laver de fayence, une close (cloche) bien sonore au bas de la nef; deux autels sans aucun ornement. Ladite chapelle en bon état tant par le dedans que par le dehors d'icelle et avons remarqué trois panneaux de vitrages faits à neuf par ledit sr Commandeur. »

« Ensuite sommes entrés dans la salle, bien carrelée et bien vitrée, de laquelle sommes entrés dans la chambre du commandeur qui est boisée par le bas et bien vitrée. Puis entrés dans la cuisine, avons remarqué un petit cabinet servant de remise et un degré de bois pour monter de la cuisine à une chambre percée de deux demi-croisées dont l'une est vitrée et grillée ; ladite chambre bien carrelée dedans laquelle est un grand coffre où sont les titres de la commanderie plus avons trouvé à côté six bois de lit de peu de valeur étant en trois chambres et un dans une antichambre. Dans celui qui est dans une haute chambre appelée le Trésor il y a une paillasse, une couverture de laine, une méchante couverture verte avec un rideau, une petite pante mangée de teignes le tout de peu de valeur. Un coffre-fort où est le trésor et les papiers de la Commanderie, une jarre de fer, un chandelier de cuivre dessoudé, un grès, une petite busse, une passouère, un plat d'étain à faire le pouel (la barbe) un méchant réchaud sans poignée ; quatre chenets de fer, deux souilles garnies de bourre avec une méchante couverte, douze chaises de paille, deux autres de peu de valeur et un garde-manger, deux chaises de bois et deux tables de bois, une pinte, un broc, un demi setier, le tout d'étain, une crémaillère, une scie, un petit bahut, un autre coffre étant en la grande salle et une méchante met (maie) de peu de valeur. Cinq draps de toile de gros brin, quatre autres draps méchants et un méchant charrier percé et rompu, quatre méchantes serviettes propres à faire des essuyans deux nappes et un écritoire. »

« Dans la chambre de Mr le commandeur Laval s'est trouvé un lit vert avec sa courtepointe, sa couverture, son matelas, son lit de plumes, sa paillasse, le bois de lit s'est trouvé sied (scié ?) ; plus un fauteuil, six chaises, trois pliants, une tapisserie de Bergame, deux grands plats d'étain et un moyen ; quinze assiettes, deux assiettes percées, une mazarine et ses petits plats le tout d'étain.
— Deux marmites.
— plus s'est trouvé une table dans la cuisine et une armoire à deux fenêtres, un petit soufflet, un vieux banc. »

Nous arrivons à l'année 1697, époque où la direction de la Commanderie est confiée au commandeur Jean de Nouchèze et dont la gestion est fertile en évènements notables.
Nous trouvons d'abord dans la liasse 160 une lettre d'un de ses parents qui était aussi commandeur. En marge de cette lettre on lit: « Lettre de Mr de Neuchéze, commandeur à son frère. »

La voici:
« Etant au golfe de Constantinople, les Dardanelles, 3 juillet 1648.
« Cher frère, depuis la dernière que je vous ay écrit de ce lieu, M. le chevalier de Collongues (Collonges) qui commandait un des vaisseaux que j'avais laissés dans le service avec M. de la Fois (?) m'a écrit de venir et me mande que lui et M. le chevalier de... ont été payé de chacun 4000 piastres que j'avais fait pour leur acheter des victuailles et leur faire des hô...(hommes ?) si bien qu'en se faisant, j'en demeurai chargé sur mes payes à venir et faudra que je courre après mes escus pour être remplacé de l'argent que j'ai avancé pour eux à l'achat de leurs victuailles. Comme ils m'en auront payé aussi bien que des 500 escus que j'ay donnés à Mr de Vitré pour acheter des hardes audit Sr de Verdrille comme ledit Sr de Vitré lui en a parlé je crois qu'il n'en fera aucune difficulté....
« Selon ce que je puis comprendre par la lettre du Sr de Collonges il me semble que l'argent que j'avais touché poureux dans l'armée sur [ce] que je leur avais donné chacun 1600 piastres ils l'ont mis entre les mains de Mr de la Fos aussi bien que la demi-piastre qui me revenait pour chaque hôe de leur armement. Et ce que le dit Sr de Verdrille me devait pour 50 Flamands qui étaient sur son vaisseau à 10 piastres 1/2 par mois pour chacun pour tout le temps qu'il a servi....
« Cependant vous savez que nous sommes restés dès le 6 avril et y avons été six semaines avec vingt-deux vaisseaux, puis il nous vint cinq galères et deux vaisseaux qui furent surpris incontinent après de dix-sept galères et huit autres vaisseaux dont une partie est allée en Candie depuis quelques jours et ne nous est demeuré que vingt-quatre vaisseaux, trois galléasses et huitgalères avec quoy nous avons [bloqué ?] l'armée des Turcs assiégés de façon qu'ils n'ont point encore tenté de sortir. Il y a quelques jours que le Bacha de la mer qui la commandait eut la tête coupée pour n'être [pas] sorti et que celui qui y a succédé n'a pas encore mieux fait si bien qu'ils montrent une grande faiblesse et une grande lâcheté. Ils n'ont fait autre chose que de nous donner quelques.... (ici une tache) pour nous chasser et nous empêcher... (ici une tache) mais ils n'ont pas réussi et une si le vent ne nous est pas contraire nous ne laisserons pas de retourner une 3e fois à la portée du canon des châteaux. — Si la guerre n'est pas rude, nous ne courrons pas grand risque Dieu mercy, etc.
« DE NEUCHEZE (10). »
10. Les Neuchèze frères en question ici ne peuvent guère s'identifier avec l'autre de Neuchèze que nous allons rencontrer plus loin, car il faudrait alors que celui-ci eût vécu environ cent ans. Comme il est mort à Tours le 26 août 1728, on pourrait peut-être s'assurer de son âge.
Ou bien alors la date de 1648 serait fausse ; pourtant c'est bien celle qu'on trouve à Poitiers.
L'histoire des Chevaliers de Malte ne parle pas de combat en 1648 aux Dardanelles. Il est dit cependant que les galères de l'Ordre coururent les mers du Levant et allèrent à Candie.
Il y a en 1649 une bataille à Foggia à l'embouchure des Dardanelles dans laquelle les Vénitiens défirent les Turcs, leur prirent et leur brûlèrent plusieurs vaisseaux. C'est probablement de cette campagne qu'il s'agit ici.


Suivant une procuration datée du 16 Novembre 1675 Mr de Neuchèze fit, vers cette époque son voyage réglementaire à Malte.
Voici le procès-verbal de la Commanderie fait à la mort de son prédécesseur:
« Aujourd'hui 28 mars 1697, nous Frère Mre Desbos, Commandeur de Saint Remy, Procureur et Receveur général du commun trésor au Grand Prieuré d'Aquitaine, certifions que sur la nouvelle qui nous a été donnée de la mort de frère Benjamin du Breuil-Hélion de Combes cy-devant Commandeur d'Artins, nous nous sommes transportés à Artins où nous avons rencontré le sr Fredureau receveur de ladite commanderie auquel après avoir exposé le sujet de notre voyage en ce lieu, avons demandé de nous représenter tous les meubles de ladite commanderie. Lesquels avons trouvés conformes à ceux desquels il a été chargé par l'acte du 11 Septembre 1688.... Vu l'améliorissement avons seulement trouvé au moulin d'Artins quelques toises de murailles à la maison du meunier qui ont besoin d'être refaites et envoyer un parement d'autel de toile peinte à la chapelle de Marçon dépendant de la Commanderie où il n'y en a point et parce qu'avons trouvé ici trois chasubles dont une d'inutile, avons pareillement donné une autre chasuble afin que le prêtre puisse continuer à y faire décemment le service divin en attendant que le commandeur moderne y ait pourvu. Avons demandé ensuite à voir le trésor de la Commanderie et les titres et papiers, les avons trouvés dans un grand coffre en mauvais ordre qui même ne ferme point et avons sur le champ envoyé quérir un serrurier pour le faire fermer, puis sommes repartis à notre Commanderie.
« Fait à Artins, les jour, mois et an que dessus. »

En 1699 nous arrivons à l'histoire fameuse « d'un lièvre tué par le Commandeur d'Artins et de ce qu'il en advint » publiée dans le bulletin de la société archéologique du Vendômois (1892, page 182) et finement contée par M. Nouel (11).
11. Il s'agissait d'un lièvre blessé par le Commandeur et pris par son garde qui le déposa dans la maison d'un paysan pour ne pas s'en embarrasser pendant la chasse. Ce lièvre fut réclamé par le sieur de Pineaux sous prétexte qu'il avait été tiré sur ses terres. Le paysan se trouva alors menacé des deux côtés d'où procès assez ridicule entre les deux seigneurs.
Jacques le Vasseur né à Artins le 11 septembre 1658, de Benjamin-Emmanuel le Vasseur, chevalier, Seigneur de Ste Osmanne, de Villethémon, de Pineaux et de dame Marie de L'hermitte ; son parrain fut Mre Gilles de Bellanger chevalier, seigneur et baron de Vautourneux, la marraine Antoinette de Bercher, épouse de Jean de la Fresnaye, écuyer, sr de Beaurepos et aïeule du baptisé. Il fut enterré aux Essarts en 1701 peu après son procès. (Benjamin Emuel le Vasseur ayant acheté le Haut et Bas-Plessis, c'est-à-dire la seigneurie des Essarts, de Jean d'Hernault en 1667, l'un de ses deux fils, avait eu la seigneurie des Essarts et l'autre celle de Pineaux.

M. Nouel disait dans sa conclusion « La fin de l'histoire ne sera vraisemblablement jamais connue, mais il est probable que le Commandeur d'Artins, devant le récit naïf du pauvre vigneron, placé entre le marteau et l'enclume, en aura ri avec ces messieurs de la maréchaussée et aura été faire ses excuses au sr de Pineaux, le seul offensé réellement et qui aurait pu porter plainte à son tour contre le Commandeur, à raison du délit de chasse, délit éffacé il est vrai par la restitution du lièvre au sr de Pineaux. »

Nous allons voir que le Commandeur n'en a point ri et qu'au lieu de faire des excuses au sieur de Pineaux, c'est au contraire celui-ci qui dût lui en faire et payer tous les frais du procès. Le tribunal des Maréchaux rendit à ce sujet le jugement suivant (Archives de la Vienne, section H, n° 160).

« Le 21 janvier 1700.
« Les Maréchaux de France.
« Sur le différend entre le sr Commandeur de Neuchèze d'une part et le sieur de Pineaux (11) d'autre part ;
« Vu l'ordonnance du sr de Bellay de Ternay notre lieutenant en Vendômois rendue sur les plaintes respectueuses des sr de Neuchèze et de Pineaux en date du 17 Novembre 1699 qui accorde au sr de Pineaux le renvoy, qu'il demande, vu la déclaration du nommé Fleury faite à la réquisition du sr de Pineaux au sujet de la plainte du sr de Neuchèze le 4 janvier présent mois.
« Ensemble la requête à nous présenter par le sr de Pineaux et la lettre du sr de Bellay.
« Qui sur ce rapport.... (endroit taché) en présence du lieutenant et de quatre personnes de ses amis qu'il (le Commandeur) y voudra faire trouver, il (le Sieur de Pineaux) lui demandera pardon de la mauvaise conduite qu'il a tenue envers lui au sujet d'un lièvre, qu'il le supplie de l'oublier et de lui accorder son amitié, n'ayant jamais eu dessein de le fâcher, l'assurant n'avoir point frappé le sieur Fleury auquel le lièvre avait été donné confié.
« Condamnons le Sr de Pineaux aux frais du voyage du sr commandeur que nous avons liquidé à 50 livres ; défendons toujours aux parties toutes voies de fait directes et indirectes sous les peines portées par les édits et déclarations du roy et par nos réglements. »
Le sr de Pineaux dut s'exécuter immédiatement et faire amende honorable d'après l'acte ci-dessous dressé trois jours après le précédent. On voit que le Commandeur ne riait pas ; pourtant, à la fin, en bon enfant, voyant qu'il avait toutes satisfactions demandées, il fait remise « généreusement à ce pauvre sr de Pineaux, de 140 livres qu'il pouvait recevoir comme indemnité. Le lièvre coûtait certainement assez cher sans cela.

« L'an 1700, le 24 janvier.
« En conséqnence de l'Ordonnance de NSS, les Maréchaux.
« Nous, Charles Rigan, escuyer, conseiller du Roy, procureur-lieutenant de la connétablie et maréchaussée de France, avons, sur l'assignation à nous donner aujourd'hui dix heures précises, en la maison de Mr le commandeur de Meuchèze, hôtel St Charles, (12) parlé au sr Commandeur et conduit le sr de Pineaux à luy (sic), trouvé chez lui le sr commandeur ou en présence de MM. les commandeurs de Mareuil et Mr le commandeur son frère le chevalier de la Messire et pour ce requis par ledit commandeur a été par nous fait lecture en leur présence de ladite ordonnance. Le dit sr de Pineaux a fait et dit tout ce qui avait été ordonné et fait les satisfactions.... (ici une déchirure) qu'il a demandé pardon audit Commandeur de la mauvaise conduite qu'il avait prise, qu'il le supplie de l'oublier et de lui accorder son amitié, n'ayant jamais eu dessein de le fâcher, de n'avoir point frappé le nommé Fleury auquel ledit lièvre avait été donné, ce qui est reçu par ledit sr Commandeur avec toute l'honnêteté possible et dont l'un et l'autre se sont contentés.
12. Son adresse était pourtant cetle-ci: Mr le Commandeur de Neuchèze, au logis de Mr Gérion hoste du St Esprit rue de la Harpe, vis à vis la rue des Deux portes, Paris.

« Ledit Sr Commandeur a dit au Sr de Pineaux qu'il avait le dessein de lui faire payer les 140 livres de dépens à lui adjugés pour les distribuer aux pauvres ; comme il voit que le Sr de Pineaux avait de la peine de lui payer cette somme, s'oblige de lui en faire généreusement la remise, ce qui a été accepté de la part de Mr de Pineaux avec reconnaissance.
« Ont signé avec les dénommés, etc. »

Ainsi finit l'histoire du lièvre, mais comme ne l'avaient pas prévu les premier narrateurs. Le Sr Le Vasseur considéré comme innocent fut durement frappé. Pourtant quelle était sa faute ? Faut-il croire bien grand le crédit des commandeurs auprès des trihunaux d'alors ?
Mr de Neucbèze aimait sans doute beaucoup la chicane, car il eut encore de grands démêlés avec le Sr de Ternay (13) pour des motifs tout aussi futiles un valet congédié et un chien tué ainsi qu'on va le voir par les pièces de procédure tirées de la même liasse 160.
13. Ce Mr de Ternay est François du Bellay, fils de Claude de Bellay gouverneur du Vendômois et de Siméonne Bouchard: il avait épousé Marie du Tillel. — Le Sr de Drouilly dont on parle plus loin est François-Louis du Bellay, son fils.

« Le 9 septembre 1700
« Les Maréchaux de France:
« Sur le différend entre le Commandeur et le Sr de Drouilly.
« Sur la requête à nous présenter....


Information faite....
« Comparution faite par ladite dame de Ternay (Marie de Tillet) mère du Sr de Drouilly.
« Nous ordonnons que ledit de Drouilly sera incessament pris et arrêté par le premier de nos prévôts ou autres, sur ce requis et conduit dans les prisons royales, la plus prochaine des lieux où il sera arrêté pour y être pendant trois jours ; passé [cela] il sera élargy par notre prévôt ou officier qui le conduira chez le Commandeur de Neuchèze ou en présence de trois ou quatre gentils-hommes que le commandeur voudra appeler, il lui demandera pardon d'avoir tué son chien et le suppliera d'oublier cette faute qui était involontaire.
« Avons condamné le sr de Drouilly à payer 240 livres lesquelles seront avancées par le commandeur et que le Sr de Drouilly sera obligé de lui rembourser avant de sortir de prison.
« Au surplus pour prévenir le sujet de plainte qui pourrait arriver à l'avenir entre le Commandeur et le Sr de Drouilly, nous lieutenant ordonnons au sieur de Ternay. (Le sieur de Ternay était père du sieur de Drouilly) de mettre dans la huitaine après la signification de la présente, le nommé Provensal son valet hors de sa maison avec défense de le reprendre. »
Le Sr de Drouilly, naturellement se défendit: 3 jours de prison faire amende honorable !... 240 livres !... somme qui, à cette époque, représentait plus du double de ce qu'elle est aujourd'hui, c'était vraiment bien cher pour un chien si bon qu'il fût. Il faut croire que c'était le chien qui avait fait tuer le fameux lièvre susdit. Le Sr de Drouilly avait donc raison de ne pas être content et voici « l'ordonnance » qu'il se fit délivrer :
« Information pour nous rendre compte des prétendus sujets de plainte que le Commandeur avait fait contre lui touchant le nommé Provensal son valet et domestique lequel notre ordonnance du 9 septembre 1700 ordonne de mettre hors de chez lui, huitaine après la signification de la plainte du Sr commandeur.
« Considérant que quand il a pris le dit Provensal il y avait plus de six mois qu'il n'était plus au service du sr Commandeur et qu'avant de le prendre il fut chez ledit sr Commandeur pour s'informer de l'habileté et des mains dudit valet, qui ne fit aucune répugnance qu'il le prit à son service ne lui en ayant depuis témoigné aucun chagrin dans plusieurs visites qu'ils se sont rendues et ont mangé ensemble.
« Alors lui avons permis de garder ledit Provensal à son service. »

Le Sr de Neuchèze furieux de ne pas arriver à ses fins, écrivit à un sien ami pour peser sur l'esprit des juges et arriver à faire condamner ledit Drouilly. — Naturellement il se donne raison et, en bon chicanier, accable son adversaire Voici cette lettre, empreinte sans doute d'exagération :
« Monsieur,
« Je me donne l'honneur de vous écrire pour vous supplier présentement d'avoir la bonté de donner part à Nos Seigneurs les Maréchaux de France de ce qui s'est passé dans la suite de l'affaire du lièvre pris par le feu sr de Pineaux et du valet Provensal que j'ai chassé pour cause de vol domestique, que le sr de Ternay prit à son service pour me chagriner et du chien couchant que son fils me tua de dessein prémédité et Nos Seigneurs croyant faire entièrement terminer les différends, ils nommèrent Belabre, Châteaurenault et le bailly de la Neuville qui après avoir examiné et éclairé mes justes raisons et le tort que le sr de Ternay avait eu de prendre à son service ledit Provensal, ils furent d'avis qu'il le chasserait entièrement de son service et qu'il me rembourserait l'argent que j'avais avancé aux officiers. Et à l'égard du sr de Drouilly son fils qui avait tué mon chien couchant, ils me prièrent de vouloir qu'ils modérassent la peine de la prison. Ils réglèrent que son fils se rendrait chez moi amené par un gentilhomme et me témoignerait être fâché de n'avoir pas pour le présent un chien couchant pour m'offrir et qu'il en chercherait un pour me le donner. Et pour marquer que j'ai bien voulu, c'est qu'à la prière de l'abbé de Rasilly (14) son frère, et oncle et parrain de celui qui a tué mon chien, je lui ai remis entièrement les peines.
« Voilà la manière que j'ai agi.
14. Il faut voir ici l'abbé de Drouilly et non de Rasilly. Ce devait être en effet Henry du Bellay fils de Claude du Bellay et de Siméonne Bouchard, chanoine et chancelier de l'Eglise collégiale de St Georges de Vendôme. Il était bien le frère de François (le sr de Ternay) et oncle de François Louis du Bellay, celui qui avait tiré le chien.
Quand au sr de Rasilly il était fils de Jacques le Vasseur de Ste Osmanne sr de Pineaux du Haut et Bas-Plessis et des Essarts.


« Mais le Sr de Ternay a si mal correspondu (sic) qu'il tient toujours ledit Provencal que cela le rend si misérable, si insolent, qu'il dit que Nosseigneurs n'ont pu le chasser et dont j'ai le chagrin de le voir toujours à la chasse et continuer toujours son insolence de dire que s'il me trouve seul il me tirera un coup de fusil derrière une haie.
« Je laisse à juger à Nosseigneurs l'attachement du sr de Ternay pour un homme de sac et de corde, si je me suis plains à eux des insultes que l'on m'a faites, c'est qu'il ne m'est pas permis de les repousser car le sr de Ternay s'est allié avec Mr de Ste Osmanne (14) au sujet d'un lièvre. Il est bon de vous faire remarquer que le dix de novembre j'envoie mon garde chasser dans le bois taillis que j'ai pour voir s'il n'y avait point de bétail ; étant entré dedans, il tira un lièvre que le chien couchant prit étant blessé (le Commandeur avait donc un autre chien couchant) ; le sr de Rasilly vint à cheval avec des pistollets et un fusil et son valet qui le suivait à pied avec un autre fusil sur lui disant allons bougre, rends le fusil ou je te tue, n'es-tu pas au commandeur il lui répondit que si et non être à Mr de Châteaurenault. Il [Rasilly] ne lui répondit rien sinon qu'il lui dit: qui t'a commandé de venir chasser sur les terres de Mr de Ste Osmanne, il le pria de se retirer, qu'il n'était pas homme à lui rendre son fusil et le mit ainsi en joue et comme le sr de Rasilly appela son valet à moy, à moy, le mien lui dit que s'il ne se retirait pas qu'il ne garderait plus de mesure. J'aurai bien lieu de faire plainte attendu que le roi défend même à ses gardes d'aller ôter le fusil à qui que ce soit.
« J'ai l'honneur d'être.... »
14. Jacques le Vasseur, seigneur de Pineaux, fils de Benj. Emanuel Le Vasseur.

Voici la réponse:

« Orléans, ce 27 janvier 1701.
« On a rapporté à l'Assemblée de Messieurs les Maréchaux de France la lettre que vous avez écrite touchant l'affaire que vous avez eue avec Mr de Ternay à cause du nommé Provensal son valet. J'ai dit à ces Messieurs que vous m'avez aussi fait l'honneur de m'écrire sur le même sujet, mais comme les plaintes portées par votre lettre roulent sur des faits qu'on peut contrôler ou désavouer il est très nécessaire que vous veniez vous même les instruire des faits dont vous vous plaignez contre M. de Ternay lequel est ici actuellement et il faut de toute nécessité que ces Messieurs vous entendent l'un devant l'autre pour vous régler de telle manière que vous n'ayez plus d'affaires ensemble car quand un de vous sera absent on ne se rapportera pas facilement à ce que l'autre exposera où à ce qu'il pourra dire et ce sera toujours de nouvelles contestations pour lui ensuite.
Votre très honoré serviteur. » (Signature illisible)

Enfin, après plusieurs plaidoiries qui n'avançaient en rien la question, l'affaire fut portée sans appel devant les arbitres dénommés plus haut qui réglèrent ainsi le différend (26 février 1701):
« Nous soussignés en vertu du pouvoir par Nosseigneurs les Maréchaux de France, en date du 24 février 1701 pour terminer les différents entre le commandeur d'Artins et Mr de Ternay, après avoir ouï les parties et de leur consentement nous avons été d'avis que le Sr de Ternay congédie incessamment le nommé Provensal son domestique.
« Qu'à l'égard du Sr de Drouilly fils, il ira chez le Commandeur de Neuchèze accompagné d'un gentilhomme de considération ou, en présence de deux ou trois gentilshommes, il dira qu'il est au désespoir d'avoir tué son chien sans le [re] connaître (le chien), qu'il n'a jamais eu l'intention de le chagriner, qu'il veut être son serviteur et qu'il le supplie de lui accorder son amitié que s'il avait un chien couchant qu'il lui aurait amené et qu'il en cherchera un pour le lui offrir.
« Qu'à l'égard de la somme de 240 livres à laquelle le sr de Drouilly a été condamné par sentence du 9 septembre 1700, le Sr Commandeur s'est contenté de la somme de 120 livres 10 sols que le Sr de Ternay a consenti payer au Commandeur moyennant quoi, il s'est désisté de toutes ses prétentions.
Signé « Bailly de Vieuville,
« Le Coigneux Bélabre - de Châteaurenault,
« De Neuchèze, - de Ternay »

Les procès seront-ils finis pour cette fois ? Non, nous voyons encore toute une liasse de procédures contre Fredureau, Mauprofit et Tabourdeau — C'est un très curieux procès qui dure de 1702 à 1705. En voici la substance:
Me Mathurin Fredureau, receveur et agent de la Commanderie avait vendu vingt chênes à Mauprofit et Tabourdeau moyennant pot de vin pour lui ; de plus il faisait enlever les pierres de la Commanderie et les emmenait à sa maison de campagne (16)
Après une requête de Mauprofit et Tabourdeau du 9 novembre 1703, une sentance du 20 novembre suivant condamne les Srs Fredureau et consorts à une très forte amende. Ceux-ci font aussitôt appel ; le procès ne finit que par une transaction entre Frednreau et le Commandeur.
L'évêché du Mans taxa la Commanderie d'Artins à 120 livres. Il s'en suivit un procès, très long aussi, qui finit par un arrêt du Conseil d'Etat en faveur de l'Ordre de Malte contre le clergé du Mans (1706).
Le 30 avril 1711 M. de Neuchèze paya 1350 livres 13 sols 9 deniers pour une année de responsions, capitation, taxe des vaisseaux pour ses Commanderies d'Amboise et d'Artins.
M. de Neuchèze demeurait aussi à Tours (peut-être pour être plus à proximité de sa commanderie d'Amboise) ; il y mourut le 26 Août 1728 et les scellés furent apposés à la commanderie d'Artins le 5 Septembre 1728.
16. Cette maison était située à la Vallée tout près de la Commanderie. Elle s'appelait d'abord le Petit Grenier a sel, parce que Mathurin Fredureau et son père étaient receveurs du grenier à sel de Montoire. Après on l'appelle la Calotterie.

Voici l'inventaire qui fut fait en Septembre 1728:
« Premièrement avons monté dans l'allée qui conduit dans les chambres hautes, nous avons trouvé:
— un grand cabinet ouvert à 2 fenêtres en forme de presse estimé 45 livres.
— y avons trouvé dedans 251 livres de vaisselle d'étain fin à 35s = 439 livres.
— plus 17 douzaines de serviettes de lin usées estimées 20 livres.
— 17 nappes de lin à 50 sols = 42 livres 10 sols.
— 7 autres nappes à 30 sols = 10 livres 10 sols.
— 4 linceuls de lin 1/2 usés 20 livres.
— 9 autres mauvais linceuls 27 livres.
— plus 2 autres linceuls de toile hollandaise usés, 15 livres.
— plus 8 bernes (17) d'étoupe estimés 24 livres.
— plus 4 autres à 10 livres.
— plus 3 autres 15 livres.
— plus 8 vieux bernes usés 8 livres.
— plus 2 autres 5 livres.
— Un poids à peser 3 livres.
— plus une balance et un poids de 2 livres estimée 3 livres.
— Un petit flusque (?) à réparer le linge 2 livres 10 sols.
— Avons trouvé un vieux coffre y avons trouvé 18 nappes de cuisine 15 livres, le coffre 10 livres.
— Un autre vieux coffre y avons trouvé 14 sacs à blé 10 livres.
— le coffre estimé 10 livres.
17. Sorte de couverture en gros drap (Godefroy).

« Dans la chambre du commandeur est un petit cabinet à main droite y avons trouvé:
— 3 tourtières et une lèchefrite, 26 livres.
— Une platenne à repasser le linge 6 livres.
— Une grande poële à frire 2 livres 10 sols.
— une passette, une cuiller de pot, 2 brocqs et un poëlon en cuivre, 13 livres.
— 3 chandeliers de cuivre dont 2 dorés 20 livres.
— Trois chaudrons, 20 livres.
— Une marmite de cuivre, 10 livres.
— Une gde marmite en cuivre rouge neuve, 40 livres.
— 4 casseroles en cuivre, 45 livres.
— Un chaudron et un arrosoir, 10 livres.
— Deux frizouer et un couperet 2 livres 10 sols.
— Un pied cornu, un rateau, 5 livres.
— Un tripié (trépied), une broche, une pelle à feu, 1 livre 10 sols.

« Dans la chambre du commandeur s'est trouvé:
— 2 chenets, 1 pelle en fer, 12 livres.
— Une table de bois sur pieds tournés, 10 livres.
— Une tapisserie de Berganne en 6 pièces, 30 livres.
— Un lit de camelote doublé d'étoffe de soie de différentes couleurs, un châlit, un sommier de crin, 2 matelas, un lit, un traversin, un oreiller de coutil le tout rempli de plumes, une couverture, 3 chaises, 3 fauteuils, un tableau représentant la ville de Malte, 460 livres.
— Un armoire à une fenêtre, 15 livres.
— Un prie Dieu, 6 livres.
— Un petit mortier de marbre et son pilon, 7 livres.
— Un miroir de glace de Venise, 35 livres.
— Deux grands chenets en fer pour cuisine, 18 livres.
— Et deux vieux coffres de bois fermant à clef remplis de papiers.

« Dans une petite chambre à côté:
— 2 chenets, 5 livres.
— Deux autres chenets, 2 livres 10 sols.
— Une petite table, 2 livres.
— Un lit paillasse, 2 matelas, un lit, un traversin rempli de plumes, rideaux d'étoffe de Paris avec franges, 110 livres.
— Une broche, une tournebroche, 4 fusils, 15 livres.
— Deux couettes de lit pour domestique, 19 livres.

« Dans la chambre au-dessus de celle du commandeur:
— Un grand lit garni, paillasse, deux matelats, un lit traversin de plume, une couverture de perse doublée, rideaux avec franges de soie, 400 livres.
— Un autre lit moins beau, 220 livres.
— Un autre lit, 150 livres.
— Un autre, 150 livres.
— Les autres lits sont de 130, 120, 110, 80, 70, 60, 50, 45 livres et un lit complet de valet, 15 livres.
— Une tapisserie de Berganne, 25 livres.
— Deux chenets, 12 livres.
— Une table aux pieds tournés et Tapis de Turquie, 55 livres.
— Trois autres tables de noyer, 33 livres.
— Un lit garni à l'antiquité 250 livres.
— Deux grands landiers, 9 livres.
— Plus (Lits de valet 16, 15, 12, 6 livres).

« Dans une autre chambre à côté nous avons trouvé:
— Une table, 35 livres.
— Un lit garni, 120 livres.
— Deux tapisseries en 7 pièces, 60 livres.
— Un lit de repos couvert de cuir rouge, 30 livres.
— Les harnais des chevaux pour le carosse, 15 livres.
— Une chaise percée, 3 livres.
— Un fauteuil, 6 livres.
— 11 pliants en cuir rouge, 12 livres.
— Sept chaises, 21 livres.

« Dans la salle basse:
— Une armoire à l'antiquité, 10 livres.
— Deux tables à pieds tournés, 20 livres.
— Une tenture de Bergame, 25 livres.

« Dans la cuisine:
— Une grande table, 3 bancs, 5 livres.

« Dans la boulangerie:
— 2 maies à pétrir, 10 livres.
— 2 mauvaises couchettes, 4 livres.

« Dans la chambre près la Picquerie:
— une mauvaise table, 2 livres.

« Dans la chambre des servantes:
— 2 mauvaises armoires, 4 livres.
— Un mauvais coffre, 10 livres.
— 2 lits, 10 livres.

« Dans une chambre au ler étage:
— Un châlit et son ciel, 5 livres.
— Six chaises à l'antiquité, « un grand fauteuil de commodité », un banc rembourré, 35 livres.

« Dans la chambre du jardinier:
— Un mauvais lit, 2 livre.

« Total de l'inventaire = 4.248 livres »


Le successeur de Mr de Neuchèze fut Pierre Jean Baptiste de Persy.
Mr de Persy était, en outre, commandeur de Puisabram diocèse de Saint Papoul, prieuré de Toulouse.

Voici une lettre qui lui fut adressée par Mr le Coigneux seigneur de la Roche-Turpin:
LETTRE DE M. LE COIGNEUX A M. DE PERSY
A CASTELNAUDARY

« Je ne suis de retour à Poitiers, Monsieur, que depuis 4 jours, j'ai trouvé en arrivant la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire, les marques de votre souvenir que vons m'y donnez me sont bien précieuses et j'ose vous assurer que je les mérite par la façon dont je vous suis attaché. J'aurai bien souhaité que notre ville où vous avez eu quelque envie de demeurer eût pu vous fournir les mêmes aisances que vous trouvez là-bas par le voisinage de votre Commanderie et que cela m'eût mis à portée d'une société aussi aimable que la vôtre. — La négligence du sr Augu me surprend, les discours qu'il m'avait tenus et les sermons que je lui avais faits me faisaient croire que vous en seriez content. — Je voudrais être à portée de mettre l'ordre que vous souhaiterez et d'éviter ce voyage-là à Mr votre frère mais j'ai bien peur de ne pouvoir aller de longtemps dans ce païs-là. — J'ai reçu des avis de Paris que je suis rappelé au service et mon régiment est en Italie. — En quelque lieu que je sois, je me trouverai toujours très heureux de vous être bon à quelque chose et de vous marquer l'attachement infini avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre humble et très obéissant serviteur. « LE COIGNEUX.


« Poitiers, 31 janvier 1734. » « J'ai remis en partant de la Roche-Turpin la clef de nos archives à Mr le Curé d'Artins. Je l'ai crue en mains sûres. Permettez-moi de faire mille compliments à Mr votre frère. »
Ce frère s'appelait Louis-Georges de Persy il était prêtre chanoine de la cathédrale d'Agde. Il fut fondé de pouvoirs par son frère Pierre-Jean-Baptiste de Persy, commandeur d'Artins, résidant comme on l'a vu plus haut à Castelnaudary, diocèse de St Papoul, le 17 février 1734 à l'effet de nommer un des gardes bois pour satisfaire à l'arrêt du Conseil du 12 octobre 1728. Il nomma Pierre Séguineau habitant d'Artins, le l8 juin l734.
Aussitôt nommé Commandeur à Artins, Alexis-Henri-François de Villebon de Sansay remplaça Pierre Séguineau par Aucher, fils de Jacques Aucher, aux gages de 150 livres par an (1748).

Voici les revenus du chef-lieu de la Commanderie et de ses annexes en 1749
Artins était affermé. 1040 livres.
Cogners. 200 livres.
Le Boullay. 150 livres.
Rortre et les Ruisseaux. 870 livres.
Château-du-Loir. 450 livres.
Villavard. 450 livres.
Moulins d'Artins. 160 livres.
TOTAL. 3.320 livres.

Le censif de la Commanderie s'étendait sur Artins, Lunay, Sougé, Ruillé, Couture, Coigners, Ste Osmanne, Ste Cérotte, Evaillé, St-Gervais, Chapelle-Huon, Lavenay, Marolles, Lucé, St-Calais, Le Boullay, Villavard, Château-du-Loir, Fontaine, etc.

Les charges de la Commanderie étaient les suivantes:
Responsions. 574 livres Os 5 deniers.
Capitations. 52 livres 1 sols 5 deniers.
Taxe pour Vaisseaux. 51 livres 10 sols 3 deniers.
Nouvelles impositions. 213 livres 18 sols 6 deniers.
Bourse commune. 5 livres 3 sols.
Decimes. 129 livres 8 sols 5 deniers.

TOTAL. 999 livres 8 sols 0 deniers.

Après de Sansay, nous voyons encore deux Commandeurs Lingier de Saint-Sulpice et enfin d'Auray de Saint-Poix, le dernier commandeur de la Commanderie d'Artins de 1782 à 1789.
En 1786, le revenu total de la Commanderie était de 5200 livres et les charges de 987 livres 17 sols 3 deniers, d'où revenu net de 4210 livres 2 sols 9 deniers.

Parmi les procès-verbaux « d'améliorissement » de la Commanderie d'Artins, donnons celui qui fut fait en septembre 1735.
« Avons visité la chapelle laquelle est dédiée à St-Jean-Baptiste et étant entré après avoir fait notre prière à Dieu, accompagné par Mre Ch. Salomon curé d'Artins et L. Pinaudier vicaire desservant ladite chapelle, leur avons demandé de nous représenter les vases sacrés, savoir:
— Un calice d'argent, la coupe dorée.
— 2 corporaux.
— 10 purificatoirs.
— 2 aubes toile.
— 4 amys.
— 1 ceinture.
— 2 chasubles et étoles et manipules de soie de diverses couleurs.

Sur l'autel:
— 2 nappes, une double et une simple.
— Un devant d'autel de soie blanche.
— Un petit gradin sur l'autel sur lequel est un crucifix d'ivoire.
— 2 chandeliers de cuivre. Le devant d'autel fait à la romaine en pierre. Sur la corniche est une effigie de St-Jean-Baptiste.
— 1 missel.
— 1 pupitre.
— 1 couverture.
— 2 burettes d'étain.
— 1 coffre pour ornements.
— 5 vitraux en bon état.
— Une cloche bien sonnante.
— La grande porte dans le pignon fermant dans le dedans par un verrou.
— Un bénitier en pierre.
— Une autre petite porte sortant dans la cour fermant à clef.
— La dite chapelle est voûtée.
— Les murs en bon état.

« Dans la nef séparée par une balustrade:
— 2 pierres d'autel.
— Dans le chœur un banc pour les chantres.
— La dite chapelle est bien carrelée.
— Dans la cour un banc pour le Commandeur. Il doit être dit 3 messes par semaine.

« Dans le château de la commanderie, Georges Guettier, fermier nous a dit qu'il payait 1020 livres, qu'il y avait 31 arpents de taillis, qu'il y avait un procès d'intenté contre les curés de Beaumont et Marçon pour les dimes de St-Jean-de-Rorte et St-Jean-du-Ruisseaux. Que quant aux meubles d'Etat, il n'y avait qu'un coffre en bois de noyer fermant à clef et un vieil bois de lit, qu'il y avait droit de haute justice.

« Dans une salle basse par sous un petit vestibule où il y a une croisée vitrée donnant sur la cour, le carrelage bon, en briques les murs et plancher et les 3 portes fermant à clef en bon état.
Dans une chambre à cheminée avec 2 demi-croisées, l'une sur la porte, l'autre à côté, bien vitrées et fermant avec 2 volets, bien carrelée, une alcôve pour un lit. Les murs, les portes fermant à clef, en bon état.

« Dans un petit cabinet où est le trésor, les papiers enfermés dans une armoire de noyer fermant à quatre serrures à clef, deux tiroirs au milieu fermant aussi à clef dans ledit cabinet est une croisée regardant dans le jardin bien vitrée et grillée de fer, la porte de chêne bardée de fer fermant à 2 clefs.

« Dans une autre chambre qui a sortie sur le jardin, une cheminée avec deux demi-croisées, l'une sur le jardin, l'autre sur la cour, les murs, le carrelage, les portes en bon état.

« Dans un cabinet bien carrelé la porte en bon état ferme à clef.

« Dans la cuisine une cheminée, une croisée sur la cour avec 3 grilles de fer, deux petits jours du côté de la cour dont les vitres sont en bon état, une table, un buffet sont meubles d'Etat tout en bon état.

« A côté un petit endroit ou office et une petite croisée vitrée et grillée.

« Sommes montés par un escalier de bois à vis à la droite de la cuisine, dans une chambre haute une cheminée, deux croisées bien vitrées fermant avec volets, une sur la cour, l'autre derrière.

« A côté, un petit cabinet avec une croisée qui donne derrière du côté des vignes.

« Dans la grande salle de 40 pieds de long et 20 pieds de large il y a une cheminée et 3 croisées, 2 sur le jardin et une sur le derrière de la cour, en bon état.
« A côté de la cheminée est une petite tour dans laquelle est un cabinet avec une petite croisée sur le jardin.

« Sommes montés dans un degré pour aller dans les galetas sur la voûte de la chapelle en bon état.

« Dans la grange en bon état, les portes ferment à clef.

« Dans l'écurie en bon état une petite écurie avec mangeoire et un poulain pour monter dans des chambres de domestiques, dans l'une desquelles est un autre poulain pour monter dans les greniers le tout en bon état.

« Dans la cour sous le rocher 5 caves différentes:
— Dans la 1re, une cheminée et un four.
— La 2me a deux jours avec grilles de bois.
— Dans la 3me est un petit cavereau pour monter dans la fuye fermant à clef, laquelle fuye est réparée depuis peu.
— La 4e est une grande cave fermant à deux battants à clef.
— La 5e où est le pressoir à grands fûts, sans fermeture, en bon état et une cave usée.

« Le puits est couvert d'un petit pavillon sur 4 piliers en bon état.

« A l'appui du pignon de la maison est une remise de carrosse en état.

« Pour sortir de la cour pour aller dans les vignes est un mur de cloison où il y a une porte à deux battants avec un verrou.

« Avant de sortir de la cour dessus la grande porte d'entrée où est un logement, sommes montés par un degré de pierre où une porte fermant à clef avec verrous, sa ferrure au dehors ; de là somme entrés dans une chambre à feu séparée par un colombage en laquelle est une porte de chêne fermant à clef. Au-dessus un galetas dans lequel on monte par une échelle, en bon état.

« Sommes redescendu par le même degré et sorti par la grande porte d'entrée pour aller faire la visite de la maison du fermier. La porte fermant à clef a 2 battants sur des bourdineaux et la petite porte fermant avec une barre de fer.
« Dans la maison du fermier, etc.

« Dans le jardin en terrasse les murs en bon état au coin dudit jardin sont deux Tourette couvertes d'ardoises, en bon état. etc.

« Notre visite finis, nous nous sommes retirés au Plat d'Etain pour y coucher. »

La Commanderie d'Artins déclarée bien national fut vendue en détail à Vendôme du 27 thermidor au 11 fructidor an III. (Série L n° 963. Archives départementales de Loir-et-Cher).
Les bâtiments et le domaine principal furent adjugés à Jean Léger Garanger, fermier général de la Commanderie pour 206.000 livres (Nos 1815 à 2131).
Le moulin et dépendances avec les 13 arpents de la Varenne et 11 quartiers de pré, à Charles Bourgoin-Chambry, marchand à Bessé pour 125 000 livres.
La ferme de la Borde, bâtiments et dépendances, à Nicolas Bellamy d'Artins, pour 70.000 livres.
La ferme de Beauvoir tout entière à Jean Chesneau tanneur à Montoire pour 99.000 livres.
Le grand parc de Beauvoir contenant 16 arpents de bois fut adjugé à Louis Jacquet et Jean Deschamps, de Couture pour 80.000 livres.
Au total la vente de la Commanderie pour ce qui regardait seulement la commune d'Artins, monta à 580.000 livres, sans compter la vente des meubles que nous n'avons pu nous procurer.

Le château de la Commanderie est réduit aujourd'hui à l'état vulgaire de simple ferme. Il ne reste plus qu'une tourelle, la fuie et la terrasse d'où l'on jouit d'une vue magnifique. La chapelle, bien que convertie en grange, conservait, il y a encore quelque trente ans, des reflets de son ancienne splendeur, dans les restes de peintures murales du XIIe siècle. Il faut lire la description qu'en donne Pétigny dans son Histoire du Vendômois (2e édition page 459) pour comprendre les regrets causés par leur destruction. Quant à la chapelle, elle est convertie en chambre d'habitation depuis 1869.

Commandeurs d'Artins
Dreux, Theobaldus de Drocis, præceptor de Artinis, 1316.
Giroust, Hamelin, 1352-1383.
Bonin, Guillaume, 1388.
Lecoute, Nicolas, 1416.
Leconte. Jean, 1443-1454.
Château Chalon, Jacques de, 1467.
Appelvoisin, Guillaume d', 1471.
Boucherie, Mathurin de la, 1509-1526.
Lyname, Bauld de, 1529.
Audebert, Jean, 1547.
Nuchère, Louis de la, 1565-1572.
Persil ou Précy, Claude de, 1578-1609.
Cambont ou Cambourt, Jean du, 1610.
Bonin de la Reigneuse, Jacques, 1632.
Periers du Bouchet, Ambrois de, 1636.
Dubreuil de Chissenon, Jacques, 1646.
Laval, François de, 1659.
Brunetière du Plessis Geté, Guy de, 1672.
Barre Hautepierre, Jacques de la, 1680.
Dubreuil Hélion de Combes, Benjamin, 1688.
Neucheze, Jean de, 1697-1728.
Persy, Pierre-Jean-Baptiste de, 1732.
Villedon de Sansay, Alexis-François, 1747.
Lingier de Saint-Sulpice, Léon-Hyacinte, 1778.
Dauray, chevalier de Saint-Poix, Louis-Charles-Honoré, 1786.
M. P. Clément.
Sources: M. P. Clément. Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois, tome XLIII, page 250 à 291, 1904 Vendôme. - Bnf

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