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Quelques études réalisées sur les Templiers

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Les Templiers et leurs établissements dans la Champagne Méridionale
Le programme du Congrès scientifique de France, publié en 1884, demandait quelles étaient les maisons et les possessions de l'ordre du Temple dans la Champagne méridionale. J'ai essayé de répondre à cette question, et je donne ici le résultat de mes recherches sur ce sujet, qui n'a pas encore été abordé dans notre contrée, de manière à donner satisfaction à la curiosité historique : nous désirons que ce travail aide à combler cette lacune.

Les documents sont rares sur les Templiers et leurs établissements. Cet ordre célèbre ayant été supprimé en 1314, après le mémorable procès fait à l'ordre et à ses membres par l'inexorable Philippe-le-Bel, tomba dans l'oubli après le partage de leurs dépouilles comme il arrive souvent aux vaincus. Nous apportons ici quelques notes, quelques renseignements recueillis dans les archives de l'Aube, et pris sur les lieux où vécurent les membres de la noble milice. Sans négliger les documents du procès publiés par M. Michelet, nous avons souvent puisé nos renseignements dans des documents inédits, surtout dans le cartulaire de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, déposé aux archives départementales de l'Aube. Nous avons visité et nous connaissons de visu la plus grande partie des lieux dont nous parlerons. Un jour peut-être ces notes sommaires trouveront-elles leur place dans une histoire générale de l'une des associations religieuses et militaires qui, au XIIe et au XIIIe siècle, eut une si grande part dans les affaires politiques, religieuses et militaires du monde civilisé de l'une de ces associations dont l'immense développement effraya les comtes de Champagne, qui fit peur à Philippe-le-Bel, à ce point qu'il la détruisit en partageant ses richesses avec une milice moins redoutable et plus souple que celle des Templiers.

 

I. — Fondation de l'Ordre
La milice du Temple est de création champenoise ; Hugues de Payns ou de Payens, de la famille des comtes de Champagne, en fut l'un des fondateurs et le premier grand-maître.

On suppose même que Hugues était le frère du comte Thibault II. Etant à Jérusalem, il institua l'ordre sous le nom de la milice du Christ, avec Geoffroy de Saint-Audemer ou de Saint-Omer. Ces deux fondateurs comptaient avec eux sept croisés membres de ce nouvel ordre. Cette œuvre avait pour but de protéger les chrétiens contre les infidèles. Elle prit date en 1118. Beaudoin II, roi de Jérusalem, ayant donné à ces chevaliers une maison située près de l'église de cette ville, et qui jadis avait été le temple de Salomon, ils prirent de là le nom de Templiers.

Dix ans après, Hugues de Payns et ses compagnons étaient de retour en Champagne. Un concile était réuni à Troyes, sous la présidence de Mathieu, cardinal d'Albano et légat du pape Honorius II. A ce concile assistaient Etienne, patriarche de Jérusalem, treize évêques et archevêques, les abbés de Cîteaux et de Pontigny, saint Bernard, l'illustre abbé de Clairvaux et d'autres encore. Cette réunion donna une règle à cette nouvelle milice, et quoique cette règle fût revêtue de la signature de Jean Michaelensis, elle serait l'œuvre de saint Bernard.

La rédaction et la publication de cette loi de l'ordre du Temple fut l'œuvre principale du concile. Elle fut dressée et publiée sous l'autorité du Pape et celle du Patriarche de Jérusalem. Elle comprenait soixante-douze articles et ne serait point arrivée complète jusqu'à nous. Elle obligeait les chevaliers à ne manger de la viande que trois fois par semaine, à donner aux pauvres la dîme de leur pain. Chaque chevalier ne devait posséder que trois chevaux et un seul écuyer. Les brides et les éperons dont ils faisaient usage ne devaient pas être ornés de métaux précieux. Les chevaliers devaient, de Pâques à la Toussaint, porter des chemises de lin, et pendant le surplus de l'année des chemises de laine. Enfin, ils faisaient les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Ce fut en 1146 que le pape Eugène III les autorisa à porter une croix rouge sur leur manteau blanc, cette croix placée à la hauteur de la poitrine.

Sous une règle sortie de l'esprit ascétique de saint Bernard, la milice du Temple remplit pendant près de trois quarts de siècle le but de sa fondation, et l'histoire des croisades est remplie des hauts faits des chevaliers du Temple dans l'Asie.

Pendant la durée de leurs exploits dans cette contrée éloignée, l'influence des Templiers, en Europe, se fait peu sentir. Mais après la chute du royaume de Jérusalem arrivée en 1187, ils quittèrent l'Asie au moins en partie. Vers cette époque, ils se répandirent en Europe où ils augmentèrent considérablement leur puissance, leurs richesses et leur juste réputation de bravoure. Mais l'ordre ne pouvant plus satisfaire au but de sa fondation, les causes ayant disparu et ses richesses s'accumulant, les chevaliers s'abandonnèrent aux affaires du siècle et s'y mêlèrent en acceptant des emplois relevant du Souverain ou en prenant part aux guerres intérieures de la France.

C'est surtout après 1187 que la milice du Temple prend un développement considérable et devint, dans la Champagne méridionale, le plus riche, le plus répandu de tous les ordres religieux. Elle reçut, à titre de don ou acquêt, les plus vastes domaines de la contrée. Les chevaliers et leurs servants se livrèrent avec une ardeur presque sans égale aux travaux de défrichement, par conséquent à la culture, en même temps qu'ils exploitaient les minerais de fer des régions des grès verts, entre Vendeuvre et Piney, peut-être aussi ceux de la contrée d'Othe.

Les établissements agricoles et industriels appartenant aux Templiers furent nombreux et importants dans nos contrées. Ces établissements se groupaient autour de leurs maisons principales désignées sous des noms de Temples, de commanderies, de préceptories ou de loges. Autour d'eux se réunirent des habitants, ce qui donna lieu à la création de nombreuses fermes, de hameaux, même de villages devenus aujourd'hui des communes. Ils élevèrent des fonderies de minerai de fer, des tuileries. Quelques-uns de ces établissements ont disparu, d'autres sont encore debout.

Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de circonscrire avec précision, avec exactitude, l'étendue de chacune des commanderies ou préceptories du Temple. Si, après la suppression de l'ordre, tous les biens territoriaux des Templiers fussent passés aux mains des chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, leurs heureux successeurs, ce travail serait rendu facile. Mais il n'en fut pas ainsi ; Philippe-le-Bel se dédommagea amplement des frais occasionnés par de longues procédures et des amendes prononcées en sa faveur, au moyen de la confiscation et de la séquestration d'abord des valeurs mobilières, puis des immeubles qui passèrent ainsi dans le domaine royal et qui furent aliénés peu après. Le surplus, encore fort considérable, fut donné aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem qui recueillirent ainsi la plus grande partie de cette immense fortune territoriale. En effet, nous retrouverons en leur possession jusqu'en 1789 les biens ou presque tous les biens qu'ils reçurent de la facile et peu coûteuse munificence de Philippe-le-Bel.

Dans le département de l'Aube, les Templiers possédaient, au XIIIe siècle, des immeubles ou des droits immobiliers, ou percevaient des dîmes, des droits seigneuriaux dans plus de quatre-vingts villes ou villages. Comme nous l'avons déjà dit, classer ces possessions par commanderies serait aujourd'hui impossible. Cependant, en réunissant ces biens par groupes autour des commanderies connues, on doit se croire assez près de la vérité.
C'est la base du travail que nous avons tenté ; travail imparfait, sans doute incomplet, mais qui, nous l'espérons, réunira des renseignements qui, jusqu'à ce jour, que nous sachions, n'ont point encore formé les éléments d'une étude sur cet ordre si fameux, que les faits qui s'y rapportent attirent toujours et attireront longtemps encore l'attention des hommes livrés aux études historiques.
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II. — Possessions des Templiers dans la Champagne Méridionale
Dans cette partie de la province de Champagne on comptait les commanderies ou préceptories de Troyes, de Payns, de Sencey ou de Saint-Julien, de Bonleu, d'Orient, d'Avalleurs ou de Valleurs, de Thors ou du Val-de-Thors et de Corgebin, du Perchois ou de Saint-Phal, de la Saulsotte, de Fresnoy, de Pouy, de Villiers-Herbisse, de Belleville ou de Saint-Flavit. La commanderie de Coulours (Yonne), possédait de nombreux immeubles dans la contrée d'Othe. C'est donc principalement autour de ces commanderies ou préceptories que se grouperont les faits que nous avons réunis.

 

§ I. Commanderie de Troyes

Maison du Temple de Troyes
Localisation: Maison du Temple de Troyes

L'ordre étant fondé par de nobles champenois, à la capitale revenait donc l'honneur d'être la première des commanderies de la province.

Les Templiers s'établirent dans la rue Composte qui, peu après, prit le nom de rue du Temple, qu'elle conserve encore. Thibaut II, comte de Troyes, leur donna une rente de dix marcs d'argent, et en 1159, Henri-le-Libéral confirme cette donation.

En 1171, Clérambault, de Chappes, leur donne cent livres à prendre sur la vicomté de Troyes.
En 1188, Raoul-le-Pesant et Agnès sa femme, leur font donation d'une maison située rue Composte.
En 1195 leur propriété s'augmente d'une autre maison, d'un verger et d'une place pour lesquels ils s'engagent à payer 10 livres tournois de rente annuelle. Cette dernière maison paraît être, en 1212, celle où se tenaient, en temps de foire, les marchands de Chalons.

En 1231 les Templiers reçoivent d'Erard de Chacenay une maison près de celle qu'ils habitaient et qui était ou fut nommée : le Temple.
En 1263, Thibault V, roi de Navarre, leur donne une maison sise rue du Temple, où habitait Pierre Guillaume, changeur de Champagne ; le comte se réservant « la grande justice » qui comprenait : la trahison, le meurtre, la fausse monnaie, le corps du larron et les fuites de foire. Cette maison pourrait bien être celle qui fait le coin de la rue du Temple et de la Montée-des-Changes, et qui portait (en 1364 et encore en 1439) le nom de : Petit-Hôpital.

En 1266, les Templiers jouissent de 40 sous de rente annuelle sur une autre maison sise à Troyes, près de Saint-Jean, construite en pierres, et connue sous le nom de la tour de Lucques, sans doute la halle fréquentée par les marchands de cette ville.

Au XIIIe siècle, la commanderie de Troyes possède ou des maisons ou des droits utiles sur des immeubles sis à Troyes, en ChaillouetDe nos jours est une rue de Troyes, en PreizeDe nos jours est une rue de Troyes, où les Templiers achètent des prés en 1228 ou en 1231 ; il leur en est donné, ainsi qu'à Saint-Parres-les-TertresDomaine du Temple de Saint-Parres-les-Tertres
Domaine du Temple de Saint-Parres-les-Tertres
, par Thibault-le-Chansonnier, comte de Champagne, aux TauxellesDe nos jours est une rue de Troyes, à ThennelièresDomaine du Temple de Thennelières
Domaine du Temple de Thennelières
, à TorvilliersDomaine du Temple de Torvilliers
Domaine du Temple de Torvilliers
, à La Rivière-de-CorpsDomaine du Temple de La Rivière-de-Corps
Domaine du Temple de La Rivière-de-Corps
, près de la Croix à la Buigne, par Jacques, fils de feu Bernard de Montcuc, en août-1268.

A la Chapelle-Saint-LucDomaine du Temple de Chapelle-Saint-Luc
Domaine du Temple de Chapelle-Saint-Luc
, les Templiers possèdent une maison.
De nos jours on désigne encore une propriété située sur ce territoire et près du faubourg de Preize et du canal de la Haute-Seine, sous le nom de la Loge-du-Temple.

Les Templiers et leurs successeurs, les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ou de Malte, possédèrent à Troyes des droits de haute et basse justice sur toute l'étendue de leurs domaines.
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§ 2. Commanderie de Payns.

Maison du Temple de Payns
Localisation: Maison du Temple de Payns

Bien que les documents paléographiques ne nous gardent le souvenir des possessions des Templiers à Payens ou Payns qu'à partir de 1225, nous présumons que ces possessions doivent remonter jusqu'au temps du fondateur de l'ordre, Hugues de Payns (1118). En 1268, les chevaliers du Temple y ont une maison habitée par eux, et quelques années auparavant, Robert se dit : « Commandeur des maisons du Temple en la baillie de Coulours, de Payens et de Troyes. »

Nul doute que les biens de Hugues de Payns ne formèrent le noyau autour duquel se groupèrent les possessions que l'on trouve dans le voisinage notamment:
A BlivesDomaine du Temple de Blives
Domaine du Temple de Blives
, en 1226 et 1267.
A SavièresDomaine du Temple de Savières
Domaine du Temple de Savières
, vers la même époque.
A Saint-MesminDomaine du Temple de Saint-Mesmin
Domaine du Temple de Saint-Mesmin
en 1213, en 1216, en 1218, en 1230, en 1233, où ils possèdent des droits immobiliers et une partie de rivière.
A Le PavillonDomaine du Temple de Pavillon-Sainte-Julie
Domaine du Temple de Pavillon-Sainte-Julie
(Sainte-Julie), vers 1270.
A Saint-Benoît-sur-SeineDomaine du Temple de Saint-Benoît-sur-Seine
Domaine du Temple de Saint-Benoît-sur-Seine
, en 1271.

Cette commanderie passa aux chevaliers de l'ordre de Malte, qui conservèrent pendant plusieurs siècles une maison et d'autres biens sur la paroisse de Payns.
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§ 3. Commanderie de Sencey ou de Saint-Julien. — Préceptories de Villiers, près Verrières.

Maisons du Temple de Sencey et Saint-Julien
Localisation: Maisons du Temple de Sencey et Saint-Julien

Nous réunissons ces deux maisons dans le même paragraphe en raison de leur proche voisinage, d'où résulte la difficulté de reconnaître les Mens de l'une ou de l'autre de ces maisons.

En 1209, les Templiers sont établis à Sencey. En janvier de cette année, ils sont en procès avec les religieuses du prieuré de Foicy. Celles-ci abandonnent leurs prétentions sur le village de Sencey, pour se contenter d'un droit d'usage dans le bois de l'Orme, situé au territoire de Sencey, et sans doute dans le voisinage du moulin Le Roi, afin de chauffer leur four.

En 1215 est confirmé, par Blanche de Champagne, le don fait par Villain d'Aulnay aux frères de la milice du Temple, de terres, prés, bois, rivières et moulins situés à Sencey. On sait que ces moulins étaient situés au-dessous de l'église de Saint-Julien. Détruits pendant la guerre des Anglais, ils furent rétablis en 1477 pour disparaître définitivement à la fin du XVIIe siècle.

La commanderie de Sencey était située au midi de l'église paroissiale de Saint-Julien, et la primitive église de ce village était peut-être placée dans l'enclos même des Templiers. Le presbytère actuel occupe une petite partie de cet enclos.
Les Templiers, puis les chevaliers de Malte, furent seigneurs hauts justiciers de Sencey.

En 1300, Etienne était précepteur ou commandeur de Sencey. Plus tard, lors du procès des Templiers, Guy de Dourdan et Dreux ont été ou sont précepteurs de cette maison.

Autour de cette commanderie se groupent des biens considérables. D'abord, à Verrières, on trouve la maison ou préceptories de Villiers, nom depuis longtemps abandonné et remplacé par celui du Temple, encore aujourd'hui donné à une ferme située sur la rive droite de la Seine et à l'ouest de Verrières.

La première donation faite aux Templiers dans cette contrée date de 1203. Cette donation est faite par Aymon de Brémur et Jobert de Lantages, et elle a pour objet les biens qu'ils possédaient à Villiers.

En 1209, c'est Héluidis de Saint-Jean-de-Bonneval qui donne tout ce qu'elle possède à VilliersDomaine du Temple de Villiers
Domaine du Temple de Villiers
, près de Verrières, à DaudesDomaine du Temple de Daudes
Domaine du Temple de Daudes
, au BochotDomaine du Temple de Bochot
Domaine du Temple de Bochot
(BochotIl y a plusieurs Le Bochot:
Un près de Messon.
Un autre sur la commune de Saint-Phal.
Un près de Rumilly-les-Vaudes.
Et un autre près de Chaource.
), et des prés à MontaulinDomaine du Temple de Montaulin
Domaine du Temple de Montaulin
.
Dans la même année, c'est Godefroy de Meçon, chevalier, qui fait don du tiers de tout ce qu'il possède à Villiers, à Daudes, et depuis Clérey jusqu'à Troyes, tant en prés qu'en terres, en hommes et en femmes de corps, maisons, eaux, moulins et fiefs.

En 1216, la comtesse de Champagne, Blanche, donne aux Templiers de Villiers-lès-Verrières une charretée de bois à prendre dans la forêt d'Ervy (aujourd'hui partie de la forêt de Rumilly-les-Vaudes).

En 1253, Marc de Villiers donne aux mêmes chevaliers les droits de censive qu'il possède sur une terre située entre La Bretonnière et les terres de Montier-la-Celle.

Chappes, au moins autant par tradition que par titres, conserve le souvenir de l'existence d'une maison de Templiers élevée au nord du village et sur la rive de la Seine, dans une contrée encore nommée Le Moutier. L'Hôtel-Dieu de Chappes dépendait, paraît-il, de la commanderie de Troyes.

Dans cette contrée, les Templiers possédèrent depuis 1196 plusieurs héritages, tels que maisons, fiefs, terres et prés situés à :
CéresDomaine du Temple de Céres
Domaine du Temple de Céres
(commune de Montceaux).
A Plaisance (commune de Fouchères).
Et à FouchèresDomaine du Temple de Fouchères
Domaine du Temple de Fouchères
même.
Ils tiennent ces possessions de la munificence de Belin de Raseio, chevalier, et de Pétronille sa femme.

En 1213, les Templiers reçoivent de Clérambault de Chappes le fief de MenoisDomaine du Temple de Menois
Domaine du Temple de Menois
, commune de Rouilly-Saint-Loup.
— Amenoys, 1213 (Cartulaire du Temple)

En 1247, ils sont propriétaires à ChaussepierreDomaine du Temple de Chaussepierre
Domaine du Temple de Chaussepierre
, près de Rumilly-les-Vaudes.
En 1290, à Courjusaines, village voisin de Rumilly-les-Vaudes, depuis longtemps disparu.
En 1203, ils percevaient des dîmes à VaudesDomaine du Temple de Vaudes
Domaine du Temple de Vaudes
augmentées en 1247 par de nouvelles donations.
Le commandeur de l'ordre de Malte, à Troyes, fut seigneur de Saint-Julien jusqu'en 1789.
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§ 4. Commanderies d'Orient et de Bonleu on Bonlieu.

Maisons du Temple de Bonlieu et d'Orient
Localisation: Maisons du Temple de Bonlieu et d'Orient

C'est surtout dans cette partie de notre département que les Templiers possédèrent de grandes propriétés immobilières en fermes, en forêts, en étangs, en fonderies, en tuileries, etc.

Il paraît certain que les Templiers étaient établis dans cette contrée dès les premières années du XIIIe siècle, quoique le premier acte intéressant cette contrée ne porte que la date de 1220, car on ne trouve aucun acte de donation ou d'acquisition des terrains sur lesquels les Templiers établirent leurs commanderies de BonlieuDomaine du Temple de Bonlieu
Domaine du Temple de Bonlieu
et d'Orient, et certaines loges dont nous parlerons bientôt.
En août de cette année 1220, André de Rosson, chevalier et frère de la milice du Temple, donnait à ses frères en religion tout ce qu'il possédait en terres, en prés, en bois à RossonDomaine du Temple de Rosson
Domaine du Temple de Rosson
et à AillefolDomaine du Temple d'Aillefol
Domaine du Temple d'Aillefol
(aujourd'hui château de Gérosdot).

En 1228, au mois d'avril, ils achetaient 400 arpents de bois appelés les bois de Bateis et situés entre Piney, Aillefol et Brevonnes.

— Deux ans après, Bernard de Montcuc, chambellan du comte Thibault-le-Chansonnier, et qui, en 1238, fut maire de la ville de Troyes, vendait aux frères de la milice du Temple tout ce qui lui appartenait dans les villes de Rosson et d'Aillefol et dans l'étendue des territoires de ces deux localités. Bernard de Montcuc tenait ces propriétés de l'acquisition qu'il en avait faite de Guyot de Bar et de Lambert, son frère, tous deux enfants de Pierre Guin.

Le même Bernard de Montcuc et sa femme vendaient en 1230, aux mêmes chevaliers, 120 arpents de bois situés près de l'essart de Montcuc, et tenant à la seigneurie du comte de Brienne.

En cette année ils possèdent d'autres propriétés dans la contrée de la Forestière dépendant du territoire de Brevonnes.
Ils jouissent, à Vendeuvre d'une rente de vingt sous assise sur une maison ayant appartenu à Henri Ribault, qui la leur donne en 1230.
En 1237, au mois d'octobre, Jean de Pel, chevalier, vendait aux frères du Temple tous les héritages et toutes les terres qu'il possédait à PelDomaine du Temple de Pel
Domaine du Temple de Pel
, aujourd'hui subdivision de la commune de Pel-et-Der.

En 1254, en juillet, Guy de Milly, chevalier, et Agnès sa femme, vendent au maître et aux frères de la milice du Temple, représentée par Hugues de Parau, précepteur de la maison de Bonleu, 600 arpents de terre et de bois appelés la forêt Bateiz, située au comté de Brienne, entre Brevonnes, la maison du Temple appelée Bonlieu, et la grande forêt d'Orient, avec toutes les constructions, tous les étangs, toutes les dépendances y comprises, et aussi la justice haute et basse, moyennant 1700 livres payées comptant. Cette portion de territoire constitue, sans aucun doute, la ferme de La MillyDomaine du Temple de La Milly
Domaine du Temple de La Milly
, qui subsiste encore.

Mais l'acquisition la plus considérable faite par les Templiers date d'août 1255. C'est encore ce même Bernard de Montcuc, favori du prince, et en même temps de la fortune, qui, avec sa femme Marguerite, leur vend 2,500 arpents de bois, à l'arpent de Troyes (1), compris dans la forêt de Der située au territoire de Vendeuvre et d'Amance, moyennant 5,500 livres tournois. Cette vente, qui fut approuvée par Marguerite et Jean, chevalier, sire de Durnay, est limitée ainsi : du Nid-de-l'Aigle à Profonde-Fosse, de Profonde-Fosse à la Loge-aux-Convers de la Rivour, de cette loge à La Celle-Roland, de la Celle-Roland à La Reclaie, de la Reclaie à la forêt de Dienville, de ce lieu à l'Eperon-de-Frouace, et de l'Eperon-de-Frouace au Nid-de-l'Aigle. Cette vente comprenait toute la superficie de la forêt, et de plus les viviers, les étangs, les tuileries, les bergeries et les granges dont ce territoire était couvert.
1. L'arpent de Troyes, dans l'acte de vente, est dit contenir: « six perches de gros et trente de long, la perche étant de dix-huit pieds et une sole. »

Cette délimitation peut être utile à conserver, car les différents noms des propriétés limitrophes sont encore en usage de nos jours, sauf le lieudit le Nid-de-l'Aigle, qu'il serait facile de fixer.
En 1256, les Templiers acquièrent une partie de la forêt de DienvilleDomaine du Temple de Dienville
Domaine du Temple de Dienville
.
Barthélémy, Note sur les Etablissements des Hospitaliers, 1850.

En 1263, ils achètent une partie importante des pâturages de la seigneurie de Vendeuvre, pour laquelle ils paient 120 livres tournois à Guillaume Simon et à Gallart, enfants de feu Oudon de Glermont, seigneur de Vendeuvre en partie.

En 1270, le comte Hugues de Brienne donne aux Templiers 60 sous tournois de rente à prendre sur sa vente de Brienne.

En 1294, Hugues de Parau, qui paraît être le même personnage que celui qui figure dans une acquisition de 1254, prend la qualité de « commandeur de la Maison de la Chevalerie du Temple en France, » en achetant une maison ou loge, appelée la Loge-d'Orient, et qui n'est autre aujourd'hui que la ferme nommée la Loge-LionneDomaine du Temple de La Loge-Lionne
Domaine du Temple de La Loge-Lionne
, du nom de son vendeur de 1294.
Cette acquisition comprend la maison ou loge servant à l'habitation des Templiers, et de plus les maisons, les granges, les bergeries, et toutes les dépendances comprises dans le clos de ladite loge, ayant une étendue de 400 arpents tant en terres arables, prés, bois et étangs. Elle est faite par Clément de Ravières, citoyen de Sens, et de Félize, sa femme. Cette terre, cette loge provenait de messire Lyonnies, chevalier, derneurant à Méry. Elle dépendait déjà de la censive des Templiers, comprenait environ 400 arpents, tant en terres arables, prés, bois et étangs, et était assise dans la paroisse de Brevonnes, au diocèse de Troyes.

Tel est le résumé des contrats d'acquisition ou de donation qui nous rappellent le passage des Templiers dans la partie de la contrée du Der, renfermée dans le quadrilatère formé par Brienne, Vendeuvre, Lusigny et Piney. Mais à ces propriétés seulement ne se bornaient pas leurs possessions.

Ils étaient en outre propriétaires de la commanderie de Bonlieu, de l'HôpitauDomaine du Temple de l'Hôpitau
Domaine du Temple de l'Hôpitau
, de la Loge-Bazin, de la Loge-aux-Converts, de MaurepaireDomaine du Temple de Maurepaire
Domaine du Temple de Maurepaire
, de la Loge-MadameDomaine du Temple de La Loge-Madame
Domaine du Temple de La Loge-Madame
, la Loge-aux-Bourgeois, etc.
Sans doute ils possédèrent la Loge-aux-Chèvres, qui plus tard devint la Loge-Mesgrigny, et forme aujourd'hui une commune du canton de Vendeuvre, sise au midi de la grande forêt d'Orient et peu éloignée du siège de la commanderie de ce nom, qui remplaça sans doute celui, bien plus ancien, de Der.
La préférence accordée à celui d'Orient fut sans doute déterminée en raison des riches possessions des Templiers arrivant de l'Orient.
Pendant plus d'un siècle, cette milice religieuse anima tout un grand territoire dont l'ensemble fut au moins de 13,000 arpents, y créa de nombreuses fermes, des fonderies de minerai de fer et y entretint des tuileries. Quelques-unes de ces créations ont survécu, les autres ont disparu.
Aujourd'hui, il faut soulever une couche de feuilles mortes plus de cinq fois séculaire pour retrouver les vestiges qui jonchent le sol et rappellent la vie animée, luxueuse, peut-être licencieuse des chevaliers du Temple ; et cette couche, ce linceul couvre la plus grande partie des territoires de Vendeuvre, d'Amance, de Dienville, de Brienne, de Pel-et-Der, de Brevonnes, de Piney, de Gérosdot, etc.

Comme souvenir de l'art et de la sculpture dans cette contrée au XIIIe siècle, nous avons eu la satisfaction de signaler à l'attention publique un beau tympan sculpté, en pierre, représentant la glorification de la Vierge, alors qu'il était placé au-dessus de la porte de la chapelle des Templiers, à l'Hôpitau, commune de Gérosdot. Cette chapelle, aujourd'hui démolie, était construite en briques et était ornée d'autres détails sculptés de la même époque. Ce beau morceau fait partie des collections d'archéologie du musée de Troyes, M. Babeau, propriétaire de la ferme, en ayant fait don à la Société Académique.
Cette contrée passa presqu'entière en la possession de l'ordre de Malte.

En 1346, Miles, sire de Noyers et de Vendeuvre, traite avec Pierre Bruyant, commandeur de la maison de l'Hôpital de Bonlieu, et frère Guy de Pringey, commandeur de celle d'Orient, à l'occasion de droits de justice et de chasse qui lui appartenaient sur le territoire dépendant de la ferme de la Loge-Bazin, que les contractants limitent. Roger Miles, de Noyers, se réserve les droits de haute et moyenne justice, ceux de chasse, des mesures à blé et à vin. Les Hospitaliers sont déclarés exempts de la juridiction du prévôt de Vendeuvre, mais ils sont soumis à celle du bailli, et les sergents, qui ont le droit d'exercer sur le territoire de la Loge-Bazin, sont institués par le seigneur de Vendeuvre.

Mais le temps des aliénations arriva dès le XVe siècle. Aussi voit-on, dès cette époque, les commanderies d'Orient et de Bonleu se fondre en une seule, et enfin se réunir à celle de Troyes, qui ne prit fin qu'en 1789.
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§ 5. Commanderie d'Avalleurs.

Maison du Temple d'Avalleurs
Localisation: Maison du Temple d'Avalleurs

L'existence de cette commanderie est signalée dès l'an 1179. Cette commanderie aurait été fondée par Manassès, évêque de Langres, et auparavant comte de Bar-sur-Seine. Cette fondation attira quelques habitants dont l'ensemble constitue depuis longtemps un écart de la ville de Bar-sur-Seine. Quelle que fût son importance aux XIIe et XIIIe siècles, elle n'a laissé que peu de traces dans les souvenirs de l'ordre, si ce n'est que son nom revient souvent dans les documents du procès, et qu'il existe une partie importante des constructions élevées par les chevaliers de Malte, depuis la suppression des Templiers. Ces deux témoins attestent la splendeur, la richesse et l'importance de cette commanderie.

Avalleurs possède encore la chapelle des Templiers, des bâtiments importants, une grande cheminée et des détails de sculpture qui l'appellent le XVe siècle et rattachent le temps passé à l'époque actuelle.

C'est à Avalleurs que fut reçu chevalier de l'ordre Raoul de Gisy, qui devint commandeur de l'ordre, et fut en même temps Receveur du Roi dans la province de Champagne. Ce fait et d'autres encore démontrent que les chevaliers ne bornaient plus leurs travaux à prier et à se battre, mais qu'au XIIIe siècle ils étaient mêlés aux affaires publiques. Car n'oublions pas non plus que certains chevaliers du Temples prenaient part aux travaux des Maîtres qui siégeaient aux Grands Jours de Troyes.

Autour de la commanderie d'Avalleurs se groupaient des propriétés sises :
A LingeyDomaine du Temple de Lingey
Domaine du Temple de Lingey
, commune d'Avirey-Lingey.
A PolisotDomaine du Temple de Polisot
Domaine du Temple de Polisot
, où les Templiers possédaient des prés, des vignes et une partie de la seigneurie.
A ArrellesDomaine du Temple d'Arrelles
Domaine du Temple d'Arrelles
.
A BalnotDomaine du Temple de Balnot
Domaine du Temple de Balnot
, Balnot-sur-Laignes, localités voisines d'Avalleurs.
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§ 6. Commanderie de Thors ou de Val-de-Thors. — Ordre teutonique.

Maison du Temple de Thors
Localisation: Maison du Temple de Thors

Comme nous avons trouvé cette commanderie sous ce double nom, on peut se demander aujourd'hui si elle était située dans la commune de Thors, au canton de Soulaines, ou dans le Val-de-ThorsDomaine du Temple de Thors
Domaine du Temple de Thors
, contrée comprise dans le territoire de Bar-sur-Aube, près de la route qui, de cette ville, conduit à Soulaines et où il existe des substructions dont la date de l'ensemble ne paraît pas encore avoir été fixée d'une manière satisfaisante. Ce qui nous éloigne de penser que cette Commanderie eut son siège dans la commune de Thors, c'est qu'il n'en reste aucun vestige, comme aucun souvenir, à moins que là, les chevaliers de l'ordre teutonique sur lesquels nous devrons dire quelques mots, n'aient succédé aux Templiers.

Dans cette contrée, les Templiers sont propriétaires, en 1215, d'immeubles à Bar-sur-AubeDomaine du Temple de Bar-sur-Aube
Domaine du Temple de Bar-sur-Aube
; à UrvilleDomaine du Temple d'Urville
Domaine du Temple d'Urville
, dans le cours du XIIIe siècle ; à LévignyDomaine du Temple de Lévigny
Domaine du Temple de Lévigny
, à Fresnoy-le-ChâteauDomaine du Temple de Fresnoy-le-Château
Domaine du Temple de Fresnoy-le-Château
, ils possèdent des maisons habitées par des chevaliers.
Ils sont en outre seigneurs de ces villages et de celui de Maisons-les-SoulainesDomaine du Temple de Maisons-les-Soulaines
Domaine du Temple de Maisons-les-Soulaines
, voisin des deux premiers. A Arrentières ils possédaient des droits de dîmes sur toute la paroisse et des forêts.

A Bar-sur-Aube, ils auraient élevé la chapelle de Saint-Jean, qui daterait du XIIe ou du XIIIe siècle et qui passa aux mains des chevaliers de Malte.
M. Chevalier, auteur d'une histoire de Bar-sur-Aube, avance que cette chapelle dépendait de la commanderie de Thors et de Gorgebin.
Nous n'avons, trouvé jusqu'à ce jour ce dernier nom que dans la citation faite par cet auteur.
L'église de Thors, village perdu au fond d'un ravin creusé dans la roche presque nue, quoique moderne dans ses parties principales, n'en conserve pas moins quelques détails du XIIIe siècle. On remarque à l'extérieur de cette église, dans le contrefort placé près de la porte principale, une porte, aujourd'hui murée, portant dans son tympan un arc trilobé où est inscrite une croix, dont la forme fait croire à un souvenir des chevaliers du Temple ou de l'ordre teutonique.

A l'intérieur, il existe un autre souvenir du second de ces ordres qui, créé en Allemagne, y eut une part d'influence considérable jusqu'au XVIe siècle, et qui subsista jusqu'à sa suppression décrétée en 1809 par Napoléon. Ce souvenir est un tableau peint sur toile, représentant l'institution du Rosaire. Au bas du sujet se trouve le donateur, beau vieillard portant le costume et les insignes de l'ordre teutonique et dont la disposition des cheveux, celle de la barbe, de quelques détails du costume rappellent le commencement du règne de Louis XIII. Ses armoiries sont : d'argent à la bande de sable, accompagnée de sept billettes du premier, quatre en haut, trois en bas ; au-dessous de l'écu et hissant de la pointe sept drapeaux renversés de différentes couleurs, tous chargés d'un croissant. Ces insignes extérieurs rappelleraient-ils les exploits de l'ordre teutonique contre les Turcs ? C'est possible.

La commanderie ou maison de Thors, Domus templi de Tauris, fut, pour l'ordre teutonique, sans doute la plus avancée vers l'ouest de la France. Cette possession ne fut cependant pas la seule de cet ordre dans notre département. A Beauvoir, aujourd'hui commune de Chaumesnil, l'ordre teutonique aurait possédé des biens qui, au XVe siècle, furent réunis à ceux de l'abbaye de Clairvaux. L'ordre teutonique a-t-il succédé à Tbors à l'ordre des Templiers ? Le fait est possible, le nom de ce lieu se trouvant indiqué dans les documents du procès.
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§ 7. Commanderie ou Préceptorerie de Perchois.

Maison du Temple de Charmoy
Localisation: Maison du Temple de Charmoy

Dès 1220, les Templiers sont propriétaires à Chamoy ; mais un fait, unique jusqu'à ce jour, rappellerait au XIIIe siècle la présence des Templiers dans le Perchois, contrée forestière dépendant aujourd'hui de la commune de Saint-Phal.

En mars 1254, les Templiers, d'une part, et l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, avec les habitants du village de Pays appartenant à cette abbaye, d'autre part, transigent sur des dommages occasionnés par les habitants de Fays. Ceux-ci avaient mis le feu à la grange que les Templiers possédaient au Perchois, et avaient en outre enlevé, à main armée, du bois dans la forêt appartenant aux chevaliers et dans laquelle ces habitants avaient des droits d'usage.

Cette propriété des Templiers passa aux chevaliers de Malte qui la possédèrent jusqu'aux derniers jours de l'existence de l'ordre, sous le nom de Commanderie du Perchois ou de Saint-Phal.

Dans le voisinage du Perchois se trouvent deux villages qui portent le nom de Loges (La Loge-Pont-Belin et les Loges-Margueron). Ne peut-on pas être autorisé à croire que la création de ces deux villages appartiendrait aux Templiers, en raison de faits que nous avons cités et qui se rapportent à la commanderie de Troyes, à celle de Bonleu et à celle d'Orient ?
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§ 8. Commanderie de la Saulsotte.

Maison du Temple de La Saulsotte
Localisation: Maison du Temple de La Saulsotte

La Saulsotte, aujourd'hui commune de l'arrondissement de Nogent-sur-Seine, aurait été le siège d'une commanderie dont les restes se voient encore.

Les propriétés des chevaliers du Temple, qui passèrent aux mains des chevaliers de Saint-Jean, sont encore bornées aux armes de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.

L'église de La Saulsotte passe pour avoir été construite par les chevaliers du Temple. Ce monument important conserve des parties de construction appartenant au XIIe siècle.
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§ 9. Commanderie de Fresnoy, commune de Montpothier.

Maison du Temple de Fresnoy
Localisation: Maison du Temple de Fresnoy

Sur la commune de Montpothier et aux confins du département de l'Aube existe une ferme nommée Fresnoy. Cette ferme aurait été le siège d'une commanderie relevant de celle de La Ferté-Gaucher. Le nom de cette maison est rappelé dans les documents du procès : Domus Templi de Frenexo.
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§ 10. Commanderie de Pouy.
Dans cette commune, limitroplie de la Champagne et de la contrée d'Othe et dépendant, avant 1789, du diocèse de Sens, aurait aussi existé une commanderie du Temple. Dans tous les cas il existe encore aujourd'hui une ferme du nom de Commanderie, et à laquelle la tradition donne une fort ancienne origine.
Le seul lieu-dit qui pourrait donner une indication est celui de « La Chevalerie », j'avoue que je ne peux rien en dire avec certitude, de plus pas un mot relatant les Templiers ou les Hospitaliers dans le dictionnaire topographique de l'Aube.
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§ 11. Maison de Mesnil-Saint-Loup.

Maison du Temple de Mesnil-Saint-Loup
Localisation: Maison du Temple de Mesnil-Saint-Loup

Nous n'hésitons à penser que le Mesnil-Saint-Loup, village placé aux confins de la contrée d'Othe et de la Champagne, ne doive son existence aux chevaliers du Temple, qui y ont fondé une maison considérable dont l'emplacement couvert de débris de constructions a conservé le nom de cloître et est encore circonscrit par des chemins. Cet emplacement est depuis longtemps livré à la culture. Il ne restait plus de cet établissement que l'église avec son abside en cul-de-four, et datant, dans son entier, du XIIe siècle. Cette église a disparu pour faire place à un nouvel édifice plus conforme au goût du jour. Nous espérons que nous n'aurons pas à regretter la disparition de ce souvenir d'une époque déjà bien loin de nous et d'un ordre resté fameux dans les annales de l'humanité.
L'édifice nouveau est conçu de manière à satisfaire les archéologues et les gens de goût.
On a dit que cette antique église renfermait les restes mortels de quelques Templiers, et que naguère on y voyait encore des tombes rappelant les noms de quelques chevaliers de cette milice.

Nous avons avancé que le village du Mesnil-Saint-Loup devait son origine aux Templiers. Son nom, qui appartient au moyen-âge, sa forme régulière, ses rues larges et presque tirées au cordeau en seraient pour nous une preuve suffisante si nous ne trouvions d'autres éléments de preuve dans cette église des Templiers qui fut et est demeurée la seule église paroissiale du village.

Le nom de ce village est souvent répété dans le procès.
Il y avait une maison (Domus Templi de Maynillio Sancti Lupi) dans laquelle eurent lieu plusieurs réceptions de chevaliers. Les Templiers étaient établis au Mesnil-Saint-Loup dès 1162. — La seigneurie du Mesnil passa à la commanderie de Coulours après 1314.
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§ 12. Commanderie de Belleville.

Maison du Temple de Belleville
Localisation: Maison du Temple de Belleville

Belleville, village dont le sort, dans les siècles passés, paraît avoir été lié à celui de Saint-Flavit, situé près des sources de l'Ardusson, et Saint-Flavit même auraient été le siège d'une commanderie du Temple.

Vers 1209, les Templiers achètent, moyennant une somme de 8,000 livres, ce que le prieuré de la Charité possédait à Belleville, ainsi qu'à Trouan-le-Grand, à la Chapelle-Vallon et à Montaulin.
Vers le même temps, Anceau de Traînel, seigneur de Belleville, donne aux Templiers tout ce qu'il possède à Belleville, en hommes et en femmes de corps, en terre, revenus, terrages, etc.
La seigneurie de Belleville demeura en la possession de la commanderie de Coulours jusqu'en 1789.
— Bella villa juxta Marigny, 1226 (Cartulaire du Temple)
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§ 13. Préceptories de Villlers-Herbisse.

Domaine du Temple de Villlers-Herbisse
Localisation: Domaine du Temple de Villlers-Herbisse

En l'an 1300, on trouve un certain Etienne, précepteur de Villiers-Herbisse. Ce village aurait donc été le siège d'une préceptorerie.
Villiers-Herbisse se trouve à quelques kilomètres de Trouans-le-Grand, serait-il serait un membre de Trouans-le-Grand ?
Ou y aurait-il confusion entre ce Villiers, et celui du diocèse de Troyes, et Villiers, près Verrières.
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§ 14. Commanderie de Trouans-le-Grand.

Maison du Temple de Trouans-le-Grand
Localisation: Maison du Temple de Trouans-le-Grand

Cette commanderie paraît prendre son origine par l'acquisition que les Templiers firent, en 1209, de tout ce que possédait le couvent ou prieuré de la Charité, sur le territoire de Trouans-le-Grand ; acquisition qui fut encore augmentée en 1219, de l'achat de deux parts du moulin, la troisième leur ayant été donnée.

Les biens de Trouans-le-Grand furent donnés aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Le commandeur de Troyes fut seigneur de la moitié de Trouans-le-Grand jusqu'en 1789.
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§ 15. Maison de Buxières.

Maison du Temple de Buxières
Localisation: Maison du Temple de Buxières

A Buxières, sis dans la vallée et sur les bords de l'Arce, arrondissement de Bar-sur-Seine, les Templiers y possédaient dès l'an 1205. Lors du procès, et avant cette époque, on constate l'existence d'une maison de Templiers dans ce village : Domus Templi de Buxerio lingonensis diocesis.
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§ 16. Des autres possessions des Templiers dans l'étendue circonscrite par les limites du département de l'Aube.
En dehors des lieux que nous avons signalés, il en existe d'autres dans le département de l'Aube où les Templiers furent propriétaires de maisons, de terres, d'immeubles de toute nature ou de droits immobiliers.

En 1220, les Templiers ont des revenus immobiliers à Bercenay-en-OtheDomaine du Temple de Bercenay-en-Othe
Domaine du Temple de Bercenay-en-Othe
.

En 1233, ils reçoivent, à titre de don, différents héritages situés à BouillyDomaine du Temple de Bouilly
Domaine du Temple de Bouilly
.
De nos jours une contrée située au sud-ouest de ce village porte encore le nom du Temple.
— Bouylli, 1294 (Cartulaire du Temple)
— Bouilly, 1294 (Inventaire des titres de la Maison du Temple de Troyes)


En 1209, ils perçoivent des dîmes à la Chapelle-VallonDomaine du Temple de Chapelle-Vallon
Domaine du Temple de Chapelle-Vallon
.
— Capella Valonis, 1314 (Fonds de la commanderie de Troyes)
— Chapelle-Vallon, 1641 (Fonds de la commanderie de Troyes)


A Droupt-Saint-BasleDomaine du Temple de Droupt-Saint-Basle
Domaine du Temple de Droupt-Saint-Basle
, ils perçoivent les mêmes droits dans le cours du XIIIe siècle.

A Errey et MessonDomaine du Temple de Errey et Messon
Domaine du Temple de Errey et Messon
et à Messon, aujourd'hui formant une même commune, les Templiers y sont propriétaires vers 1220.
— Erre, Erry, 1314 (Cartulaire du Temple)
— Errey, 1641 (Fonds de la commanderie de Troyes)
— Messon, 1314 (Cartulaire du Temple)


Dès 1213, à Fontaine-Saint-GeorgesDomaine du Temple de Fontaine-Saint-Georges
Domaine du Temple de Fontaine-Saint-Georges
ou Fontaines-les-Grès, ils ont des droits sur la rivière de Seine.
Fontaine-Saint-Georges (Ruisseau) affluant de la rive gauche de la Seine, au territoire de Savières.

En 1231, Thibaut de Rosières donne aux Templiers tous les droits qu'il possède à Laines-aux-BoisDomaine du Temple de Laines-aux-Bois
Domaine du Temple de Laines-aux-Bois
, sous réserve seulement d'une mine d'avoine et de deux gélines.
— Laynes-aux-Bois, 1474 (Inventaire des titres de la commanderie de Troyes)

Les villages de Mesnil-VallonDomaine du Temple de Mesnil-Vallon
Domaine du Temple de Mesnil-Vallon
.
— Mesgnil Vallon, XVe siècle (Inventaire des titres de la commanderie de Troyes)

De PrugnyDomaine du Temple de Prugny
Domaine du Temple de Prugny
.
De SivreyDomaine du Temple de Sivrey
Domaine du Temple de Sivrey
.
De SommevalDomaine du Temple de Sommeval
Domaine du Temple de Sommeval
.
— Summeval, 1220 (Cartulaire du Temple)

De Saint-Sépulcre, aujourd'hui VillacerfDomaine du Temple de Villacerf
Domaine du Temple de Villacerf
, de Villiers, près de Savières, sont encore des lieux où les Templiers possédèrent des immeubles ou des revenus de différentes natures. Les Templiers possédaient encore à Méry.
Ces biens et ceux de Payns furent confisqués sur eux dès 1305.

Préceptories du Temple
Buxières ; Saint-Flavit ; Villiers, près de Verrières ; Villiers-Herbisse.
Les Templiers possédaient des biens dans un très grand nombre de paroisses. Les contrées où ces biens étaient situés ont conservé (pour un certain nombre d'entre eux) généralement le nom de Temple, et aussi de Loges.
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III. Faits divers — Procès
Après avoir rappelé les noms des lieux où les Templiers eurent des possessions, qu'il me soit permis d'ajouter quelques mots se rapportant à l'histoire générale de l'ordre et aux faits du procès qui ont eu pour théâtre les lieux qui nous occupent, et pour acteurs des personnes dont l'origine appartenait à nos contrées et qui faisaient partie de la noble milice.

Dès 1179, à cette époque où Henri-le-Libéral desserre les liens de la servitude, ce comte rend la liberté et exempte de toutes tailles les hommes et les femmes de serve condition appartenant aux frères de la milice du Temple.

En 1205, le pape Innocent III protège l'ordre qui a rendu d'éminents services à la chrétienté ; il invite les archevêques, les évêques, les abbés, les prieurs et les autres prélats à interdire, sous peine d'excommunication, à qui que ce soit, d'exiger des Templiers ou de leurs hommes aucun droit de passage, de péage ou de vente. On comprend toute l'étendue d'un semblable privilège ; aussi, sous l'influence de cette haute protection comme par suite de la faveur dont les Templiers étaient entourés, les richesses de l'ordre s'augmentèrent-elles considérablement en Champagne dans la première moitié du XIIIe siècle. Presque toutes les possessions dont nous avons rappelé les noms paraissent entrer dans les mains des Templiers par voie d'acquisition ou de donation pendant la première moitié de ce siècle. Aussi, dès 1228, le comte Thibault paraît s'inquiéter de l'avenir beaucoup trop prospère réservé aux Templiers. Il redoute les conséquences d'un état si florissant. Si la lutte qui va commencer entre le comte de Champagne et les chevaliers du Temple eut moins de retentissement que celle qui fut entreprise plus tard par Philippe-le-Bel, elle n'en est pas moins un signe du temps. Elle explique les craintes du comte de Champagne, craintes qui sont provoquées par d'immenses richesses qui emportent avec elles une influence politique capable de causer de sérieux embarras dans l'administration de la province et de nuire aux intérêts du prince.

Le comte Thibault-le-Chansonnier, toujours besogneux et embarrassé dans ses finances, fait, en 1228, saisir les biens des Templiers situés dans son comté et nouvellement acquis par eux. Il leur conteste le droit d'acquérir dans sa province sans son consentement. La reine Blanche et Romain de Saint-Ange, légat du pape, sont choisis pour arbitres chargés de statuer sur cette question. Dans le cas où ces arbitres ne pourraient mettre à fin le procès, ils devaient renvoyer les parties devant le pape où l'instruction aurait lieu par écrit. Le cas prévu se présenta en effet, les arbitres ne purent terminer le débat qui se continua, de prorogations en prorogations, jusqu'en 1241. A cette époque, une transaction intervint entre les hautes parties litigantes sur la question de savoir si, valablement, les Templiers avaient pu jusqu'à l'ouverture du procès et pouvaient à bon droit, dans l'avenir, acquérir des immeubles dans le comté de Champagne, sans l'assentiment du prince. Il fut arrêté par cette transaction que les Templiers conserveraient les biens qu'ils avaient acquis, mais que désormais ils ne pourraient rien acheter en immeubles au comté de Champagne, sans le consentement du comte. La saisie de 1228 produisit son effet, Jean de Tourotte fut constitué le gardien de ces biens, en attendant la ratification du Grand-Maître, jusqu'à un jour fixé à l'avance. En cas de non ratification, les biens séquestrés devenaient la propriété du comte.

Ce procès, ne prit pas fin par cette transaction de 1241. Thibault V et Marguerite de Bourbon, sa mère, transigent de nouveau en 1255 avec Templiers, sur les faits que nous venons de faire connaître. Alors, il est admis par les hautes parties contractantes, qu'en Champagne et en Brie, sans le consentement du comte, les Templiers pourront acquérir des biens, mais seulement dans leurs fiefs, arrière-fiefs et censives. Cette transaction fut acceptée par Renaud de Vichier, maître de la chevalerie du Temple, le 15 juillet 1255. C'était apporter une restriction considérable à l'agrandissement des domaines des Templiers.

Lors du commencement de cette difficulté soulevée par le comte de Champagne contre les Templiers, les possessions des chevaliers sont devenues tellement considérables, qu'en 1229 ils rachètent, moyennant 10,000 livres de Provins, les droits de gruerie seulement qui frappent leurs bois en faveur du comte.
Le prix de ce l'achat est éloquent ; il justifie et au-delà de l'immensité des richesses de l'ordre du Temple.

Quelques mots sur les faits du procès :
L'ordre de la milice du Temple réunissant les deux forces vives de la société du moyen-âge, la noblesse et l'Eglise, avait, nous croyons l'avoir démontré, un développement considérable dans la Champagne en général, et principalement dans la Champagne méridionale. Dans les maisons de l'ordre dont nous avons rapporté les noms, furent reçus un grand nombre de chevaliers et de servants. Ces réceptions se firent surtout à Avalleurs, à Payns, à Sancey, à Bonleu, à Mesnil-Saint-Loup ; c'est à Avalleurs qu'eut lieu celle de Raoul de Gisy, qui fut commandeur de l'ordre dans plusieurs maisons et receveur général du roi en Champagne.

Si le cœur manque à l'historien, à l'entrée de ce dédale d'iniquités où pénètre un jour douteux qui éclaire l'infamie des bourreaux sans éclairer l'innocence des victimes, comme le dit M. H. Martin, nous n'irons pas sonder les profondeurs de ce mystère d'impuretés. Nous ne voulons que rappeler des noms et des faits qui se rattachent au sol que chaque jour nous foulons. Plus de cinquante membres de la milice du Temple, dont les noms figurent au procès, se rattachent à ces lieux.

Comme toute institution dont les causes ou le but ont cessé d'exister, l'ordre des Templiers, n'ayant plus à combattre les ennemis de la foi, oublia son origine. Le développement de ses richesses amena la décadence morale de l'ordre, et fut l'un des principaux motifs qui décidèrent les premiers actes d'un procès resté unique dans les annales judiciaires de France : procès dont les suites immédiates furent la suppression d'un ordre comptant en France plus de 15,000 membres, possédant en Europe plus de 10,000 manoirs, et le déplacement d'une immense fortune territoriale qui passa en partie dans les mains du roi, et qui, en partie, vint augmenter les biens d'une corporation religieuse dont les statuts se plièrent mieux aux nécessités des siècles qui se succédèrent.

Aux premiers jours de la persécution arrivés dans le cours de l'année 1307, sur la dénonciation de Noffo-Dei, qui, par une coïncidence bizarre, si elle ne s'expliquait pas l'ensemble de la conduite du dénonciateur, figure, au même titre dans le procès dirigé contre Guichard, évêque de Troyes, Guillaume de Paris, inquisiteur de la foi, confesseur de Philippe-le-Bel et son confident, parcourt la France pour informer sur les faits du procès. Il est à Troyes vers la Saint-Denis de la même année (9 octobre) ; il y interrogea, en présence de deux personnes nobles de la contrée, dont les noms n'ont pas été conservés, trois membres de l'ordre résidant dans la baillie de Troyes. Deux d'entre ces chevaliers reconnurent que lors de leur réception ils avaient trois fois renoncé à Jésus-Christ, qu'autant de fois ils avaient craché sur son image, et qu'ils avaient donné trois baisers à celui qui les recevait, celui-ci leur enjoignant en outre de céder aux volontés, aux désirs exprimés par leurs frères de la milice.

Le troisième Templier n'était autre que Raoul de Gisy, commandeur de plusieurs maisons, et alors receveur général, pour le roi, en Champagne. Ce dignitaire de l'ordre reconnaît pour vrais les mêmes faits que ceux qui avaient été avoués par les deux premiers. Il ajouta qu'il ignorait si les cordes portées par les frères avaient touché les idoles. Après ces déclarations, chacun se mit à genoux, pleura et demanda pardon.

Nous ne rapporterons pas ici les faits généraux du procès, nous dirons seulement que parmi les 140 membres arrêtés à Paris on trouve Parisot de Bures, reçu chevalier dans la maison de Bonleu, avouant les principaux faits reprochés aux Templiers. Celui-ci reconnaît même avoir adoré l'idole, le Mauffé ; Raoul de Sivrey déclare qu'il a vu l'idole dans deux chapitres de l'ordre. Foulque de Troyes, Gauthier de Payns, Nicolas de Troyes, Jean de Verrières, Gauthier de Bures, Jean de Provins, Jean d'Avirey, précepteur d'Avalleurs, Jean de Sivrey, Jean d'Isle, prieur de Troyes, Nicolas de Serres, sont des personnages de la milice, dont les noms reviennent le plus souvent dans cette immense instruction. Nous donnerons ci-après la liste complète des noms qui sont révélés dans le procès et qui appartiennent à la Champagne méridionale.

Philippe-le-Bel jugea Utile de provoquer contre les Templiers une démonstration nationale semblable à celle qui, quelques années auparavant, avait si bien servi sa cause contre le pape Boniface VIII. Il convoqua un Parlement général des trois ordres, à Tours, au mois de mai 1308. La plupart des grands et des prélats de France n'y siégèrent que par procureurs, et les villes, peu sensibles encore à l'honneur de prendre part aux affaires générales du pays, ne payèrent qu'avec regrets les frais de voyage des députés qu'elles déléguèrent à Tours. La ville de Troyes ne paraît point avoir été représentée à cette assemblée tandis que celles de Bar-sur-Aube, de Bar-sur-Seine, de Vendeuvre, de Beaufort, de Bray-lès-Troyes, de Chaource, d'Ervy, d'Isle-Aumont, de Rumilly-les-Vaudes, de Soulaines et de Villemaur y avaient chacune deux députés.
L'assemblée, composée d'éléments dévoués à la politique du roi, céda facilement à ses volontés.

En 1309 et en 1310. L'instruction se poursuivit devant les commissaires pontificaux. Aux pieds de ces nouveaux juges comparurent Jean de Serres, Constant de Bercenay, curé de Coulours, Nicolas de Sancey, prêtre de Troyes, Pierre de Sommevoire, Robert de Moussey, Jean de Ville-sur-Terre, Nicolas Musard, Jacques Gerbe, Philippe de Tréfonds, Jacques de Sancey, Nicolas de Serres, Foulque de Troyes, Nicolas de Troyes, Jean de Barbonne, Thomas de Troyes, Pierre de Serres, Jean de Champagne, Chrétien de Bicey, Aymon de Barbonne, Pierre de Ville-sur-Terre, Jean Lemaube, Robert de Montayo, Jean et Pierre de Verrières, Eudes de Tréfonds, Philippe de Ville-sur-Terre, Robert de Sancey, Giricus de la Place, Eudes de Dampierre, Barthélémy de Troyes, Arbet, de Ville-sur-Terre, Arnout de Sancey, Evrard de Buxières, Jean de Bar, Raoul de Traînel, Jean de Sivrey, Jean Bruart, Pierre de Cercelles, Etienne de Verrières, Nicolas de Serres, précepteurs dans la baillie de Troyes, Guy de Dourdan et Dreux, précepteurs de Sancey, Jean d'Isle, prieur de Troyes, Jean d'Anizy, Humbert d'Avalleurs et Ymbert de Venizy, précepteurs ou anciens précepteurs d'Avalleurs, Jacques de Troyes, sénéchal de la maison de Villiers ; tous ces noms, disons-nous, figurent au procès et appartiennent à notre contrée.

Nous ne passerons pas non plus en revue les interrogatoires subis par ces nombreux membres de l'ordre, dans lesquels on trouve de l'énergie et de la faiblesse, peut-être plus de faiblesse que d'énergie.

Parmi ceux des chevaliers qui voulurent défendre non seulement chacun des religieux arrêtés, mais encore l'ordre tout entier, nous devons citer avec honneur les noms champenois qui suivent : Aymon de Barbonne, P. de Cercelles, Pierre le Picard et Nicolas de Troyes.

Mais la réponse la plus remarquable est celle de Ponzard-de-Gizy, commandeur de Payns et neveu de Raoul. Elle est éloquente, dramatique et d'une rare énergie. Plus hardi, plus fort que le grand-maître, et très-résolu à subir les conséquences prévues de la détermination qu'il avait prise, Ponzard de Gizy revint avec la plus grande netteté sur ses aveux de 1307. Invité à déclarer s'il voulait défendre l'ordre, il affirma sans hésiter que c'était sa formelle intention. Tous les forfaits imputés à l'ordre sont faux, s'écria-t-il. Pour entrer dans le Temple, il ne faut ni renier Jésus Christ, ni insulter sa mère, ni cracher sur la croix ; il n'est pas enjoint aux frères d'avoir entre eux de coupables relations, et toutes les autres énormités qui leur sont imputées sont mensongères. Tout ce qu'ils ont confessé, devant l'évêque de Paris ou ailleurs, est faux. Ces prétendus aveux leur ont été arrachés par la violence ou la crainte du danger qu'ils couraient, car ils étaient torturés par Florian de Biteri, prieur de Montfaucon, et par le dominicain Guillaume Robert, acharnés ennemis de l'ordre du Temple.

S'ils se sont accusés, c'est qu'ils ne savaient que trop ce qui se passait dans les prisons où on avait entassé les Templiers ; c'est qu'ils craignaient de partager le sort de trente-six de leurs frères qui, à Paris, à Poitiers et ailleurs, avaient péri dans la gêne et les plus affreux tourments.

Ceux des Templiers qui avaient le mieux servi l'accusation par leurs aveux furent graciés avec ou sans pénitence, d'autres furent condamnés à une prison temporaire. D'autres, parmi lesquels étaient compris ceux qui avaient toujours nié, devaient être emmurés pendant toute leur vie ; ceux qui rétractaient leurs premiers aveux furent livrés au bras séculier, comme relaps, après avoir été dégradés par leurs évêques.

Enfin, cinquante-quatre membres de l'ordre appartenant à la province ecclésiastique de Sens (et Troyes fait partie de cette province), persistèrent dans la rétractation qui devait leur coûter la vie. Des envoyés de la Commission de jugement, voulant adoucir le sort de ces malheureux, ne purent parvenir jusqu'à Enguerrand de Marigny. On feignit de croire que ces envoyés ne parlaient pas au nom des commissaires. Pendant ce temps, les victimes étaient traînées au supplice, où elles mourraient avec un grand courage, protestant de leur innocence, invoquant le Christ, la Vierge et les Saints.
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IV.
Nous avons fini d'esquisser cette rapide étude sur la milice du Temple dans la Champagne méridionale. L'heure n'a-t-elle pas sonné pour donner à ceux à qui elle est due une place dans l'histoire de notre province. S'il est des institutions religieuses qui ont vécu pendant de longs siècles, il en est peu, il n'en est peut-être point, qui, aux XIIe et au XIIIe siècle, aient autant occupé le monde de leur bruyante et brillante renommée ; il n'en est peut-être point qui ait eu autant d'influence par la haute position sociale du plus grand nombre de ses membres, par la considération si grande qui s'attachait à l'ordre en raison des services que les chevaliers avaient rendu au monde chrétien, enfin, par les nombreux domaines qui couvraient la France, même l'Europe. Quelques-uns des ordres qui étaient répandus en Champagne, ont eu des hommes illustres, d'autres ont répandu des bienfaits autour d'eux, à cette époque reculée, mais nul de ces ordres ne paraît avoir déployé une activité dans le travail agricole égale à celle des Templiers, activité dont les traces existent encore aujourd'hui.

Pendant près d'un siècle, les chevaliers du Temple soutiennent la foi contre les infidèles. Pendant un autre siècle, abandonnant l'Asie, ils reviennent, au lieu où ils avaient trouvé là règle qui les dirigea dans leur gloire, jouir de leur brillante célébrité et réunir, sous leur nom alors justement honoré, des possessions territoriales considérables. L'agriculture et l'industrie leur doivent de la reconnaissance, car nous n'hésitons pas à leur attribuer la plus grande partie des vastes défrichements de forêts qui, dans nos contrées, eurent lieu pendant le XIIIe siècle, ainsi que la création de nombreuses fermes, hameaux et villages qui bientôt peuplèrent l'emplacement de ces forêts défrichées. C'est à eux que l'on doit l'établissement métallurgique important dont les traces, toujours visibles, existent dans la forêt du Temple aux territoires de Vendeuse et d'Amance.

Mais leurs richesses furent telles qu'elles amenèrent avec elles des abus et des abus si graves, que, dès 1228, le comte Thibault-le-Chansonnier, et ses successeurs après lui, apportent des entraves au développement immodéré de leurs possessions et de leurs privilèges. Les chevaliers du Temple prennent une part directe et active dans les affaires militaires et politiques de la Champagne et dans celles de l'Etat. Ils occupent des emplois publics, ils siègent dans les hautes cours de justice ; ils possèdent de vastes contrées, ils ont acquis une influence considérable qui menace les princes de la terre.

Les rois de France furent pendant longtemps les protecteurs de l'ordre, mais l'un d'eux, Philippe-le-Bel devait attacher son nom à deux luttes célèbres dans l'histoire : celle qu'il soutint contre Boniface VIII, et celle qui amena l'anéantissement de l'ordre du Temple dont il fut non-seulement le persécuteur, mais le destructeur intéressé.

Nous pensons que le moment est arrivé où les annales de la Champagne, et en particulier celles de la ville de Troyes, accorderont aux victimes de l'inflexible politique de Philippe-le-Bel la place que les chevaliers du Temple méritent de prendre dans l'histoire de notre province et de sa capitale. Le temps est venu de détourner ce sombre rideau qui couvre l'existence de l'ordre et empêche encore d'étudier l'influence de cette milice pendant sa vie de deux siècles ; et de reconnaître que cet ordre a eu sa part d'action dans les événements de son temps, que, comme le plus grand nombre des ordres religieux, il a travaillé au bien-être général, et qu'enfin les Templiers, fussent-ils innocents ou coupables des crimes mystérieux qui leur sont reprochés, méritent une place dans l'histoire nationale de la France, comme dans l'histoire particulière de notre province de Champagne.
Troyes, le 28 Juillet 1864.
Sources: M. T. BOUTIOT. Membre résidant de la Société Académique de l'Aube, Annuaire administratif et statistique du département de l'Aube, publié sous les auspices et la direction de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département. Troyes 1866. - Livre numérique de la Bnf

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