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Quelques études réalisées sur les Templiers

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Eglise de Montsaunès


Eglise de Montsaunès
Eglise de Montsaunès


Quelques monuments de l'Ordre du Temple ou de la Milice du Temple, et sur l'église de Montsaunès
Les Templiers possédaient un grand nombre de maisons, manoirs ou commanderies dans la Guyenne et dans le Languedoc : leur nom est encore populaire dans les Pyrénées. On attribue aux Templiers, nommés Timplès, dans le langage vulgaire, toutes les églises, sur lesquelles on remarque le monogramme de Christ, en grec. Mais une grande partie de ces églises n'ont pas été construites par eux, et la Chapelle des mariniers, bâtie à Auvillars par le pape Clément V, ou Bertrand de Got, est aussi décorée du saint monogramme.

Une tradition touchante, et relative aux Templiers, existe à Valcabrère, chétive bourgade bâtie sur le sol de la ville basse de Lugdunum Convenarum. Un château en ruines, nommé le Castel-Vert, à cause du lierre qui en recouvre les murs, s'élève dans ce lieu. On disait encore, il y a peu d'années, que, tous les sept ans, le jour même où Jérusalem ouvrit ses portes à Saladin, le Commandeur du Temple apparaissait sur la plate-forme de ce château ; qu'il appelait les chevaliers, qu'il les invitait à s'unir à lui pour défendre les murs de la cité sainte ; qu'il renouvelait sept fois cet appel, en se tournant vers les quatre points cardinaux ; et qu'une voix lui répondait : « — L'ordre est détruit ! Victimes innocentes, tous les chevaliers ont péri. Jérusalem a succombé, et nul ne combattra plus pour la délivrance du saint Tombeau ! »
— Après avoir poussé, disait-on, sept fois aussi, un long cri de douleur, le commandeur tombait à genoux, priait, et rentrait dans son tombeau.
Cette légende indiquait combien le souvenir des Templiers était cher aux habitants de nos montagnes ; et je ne sais s'il faut attribuer à cet attachement la conservation des ruines du Castel-Vert de Valcabrère.
La Commanderie du Temple, dans l'Agenais, indique encore, par son nom, l'origine de cette maison qui, depuis la suppression de la milice du Temple, a appartenu à l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem.

A Toulouse, l'Ordre du Temple a laissé son nom à une rue, et la chapelle de ces chevaliers y a subsisté jusqu'à nos jours ; c'était celle de Sainte-Barbe. Un édifice attenant existait entre l'hôtel Daguin, autrefois de Clary, et plus tard de Frezals, et l'hôtel de M. Le Mazuyer, premier président au parlement. Le plan de la ville de Toulouse, levé en 1678, par M. Jouvin de Rochefort, indique parfaitement, sous le nom de Temple, la position de l'ancienne maison de ces chevaliers. C'est dans cette maison qu'eurent lieu des événements que je crois devoir taire aujourd'hui, mais qui sont racontés dans les pièces du procès publiées, comme je l'ai dit, par M Michelet.

La Commanderie de la Villedieu, près de Montauban, défendue, en 1628, par le commandeur de la Tourette, fut prise par les protestants et entièrement saccagée. Là était le monument de Baudoin, frère de Raymond VI, comte de Toulouse. C'était une tombe plate, sur laquelle Baudoin était représenté, sa figure étant gravée seulement et non point en relief. Un de ces hasards heureux, qui récompense quelquefois de longues et fatigantes recherches, a fait retrouver, presque intact, mais à quatre lieues de la position qu'elle occupait autrefois, cette pierre sépulcrale, qui prendra place dans les galeries du Musée de Toulouse.

Le monument qui rappelle le mieux l'ordre du Temple dans le voisinage de cette ville est, sans aucun doute, l'église de Montsaunès, village situé à environ trois kilomètres de Sainf-Martory. En 1790 encore, la Commanderie de Montsaunès faisait partie de la Langue de Provence, et était soumise au Grand Prieuré de Toulouse.

Un château, flanqué de hautes tours, était le lieu d'habitation, d'abord du Maître de la maison du Temple de Montsaunès, et, plus tard, du possesseur de cette commanderie. Le chevalier de la Brillame fut le dernier possesseur de ce bénéfice.

On renverse en cet instant la dernière tour de ce monument. La Maison, ou le château, touchait aux murs de l'église, de telle sorte que, par une porte, qui existe encore, les chevaliers pouvaient venir assister aux offices religieux. Comme leurs appartements étaient plus élevés que le sol de cette église, ils descendaient dans celle-ci par un escalier (1).
1. Cet escalier a été refait il y a moins de deux cents ans.


Fresques de l'église de Montsaunès
Fresques de l'église de Montsaunès


L'intérieur de la chapelle est décoré de fresques peintes à « fresco secco » datant du début du XIIIe siècle, présentant des scènes figurées et un grand nombre de figures géométriques. Des personnages, apôtres et prophètes, sont placés sous les arcades proches du chœur. Sources images sur ce site → lieuxsacres

La porte de communication du château avec l'église est à plein cintre ; sa conservation est parfaite et son aspect vraiment monumental ; son style indique qu'elle est antérieure à la ruine de l'ordre du Temple. Des colonnes en supportent l'arc à plein cintre, les archivoltes et les chapiteaux historiés, qui sont d'une conservation parfaite.

La façade de cette église semble indiquer, dans sa partie supérieure, le passage du style roman à un autre bien moins chargé de détails. Ce n'est qu'un mur lisse, percé d'une ouverture ronde, et se terminant par un fronton triangulaire ; mais ce style est cependant très-ancien dans les environs de Toulouse, et ce n'est pas à Montsaunès seulement que l'on a posé les cloches en plein air, abandonnant ainsi le système des tours, bien plus coûteux d'ailleurs, s'il est plus monumental.

La partie inférieure de la façade est percée d'une porte à plein cintre et assez étroite ; quatre colonnes en marbre, placées deux à deux, de chaque côté, supportent les archivoltes, qui sont assez simples. Les quatre chapiteaux sont décorés de divers sujets religieux et qui n'ont aucun rapport aux accusations dirigées contre l'Ordre des Templiers ; on n'y voit rien de ce qui pourrait faire croire que les chevaliers, comme M. de Hammer l'assure, ont sculpté souvent dans leurs églises des symboles irréligieux ou obscènes. Avouons, cependant, que si ce savant orientaliste avait examiné le bandeau qui entoure le dernier arc de la porte, il aurait cru y retrouver, sans doute, quelques preuves de son système. Là on voit apparaître, en effet, cinquante-deux têtes, de lions, de démons, de rois, d'hommes et de femmes ; plusieurs d'entre elles ont l'air de se parler. Dans les regards, dans l'expression de ces figures grossières, un autre Œdipe pourrait peut-être retrouver des traces des croyances professées, dit-on, en secret, par les Templiers. Mais, comme l'un des personnages de Térence, j'ai cru que je ne devais pas m'ériger en devin. On éprouve cependant quelques regrets en ne trouvant aucune solution du problème que semblent présenter ces images. Serait-ce se tromper, que de dire que l'on ne doit y voir que l'indication de la bizarrerie du génie de l'artiste qui les a sculptées ?

A la droite et à la gauche de ce portail sont deux niches creusées autrefois pour placer des tombeaux. Au milieu de chacune d'elles est une petite pierre carrée, sur laquelle était gravée une inscription. Les tombeaux n'existent plus ; ils ont été arrachés et brisés durant la révolution. Des étoiles et la lune et le soleil apparaissent sur l'intrados de l'arc de chacune de ces niches :
c'était pour indiquer sans doute que l'âme de celui pour lequel ce monument avait été fait, était entrée dans le ciel.

Afin que l'on ne pût se méprendre sur le sens allégorique des têtes qui formaient le bandeau dont j'ai parlé, l'architecte avait placé au-dessus le monogramme du Christ formé d'un X, d'un P, d'un o et
d'un Σ.
Ce monogramme était flanqué des lettres Alpha et Oméga et environné d'un cadre ; en dehors sont deux anges, qui sont là comme les supports d'un écusson ; on retrouve de nombreux exemples d'une telle disposition, même dans les premiers siècles du Christianisme, où l'on représentait des génies ailés soutenant, soit la tablette sur laquelle l'inscription sépulcrale était gravée, soit, plus rarement, une couronne de lauriers renfermant, comme ici, le saint monogramme (1).
1. Bosio Roma sotteranea, pagages 63, 101, 157,289, 411, 589. Voyez Millin, Voyage dans le Midi, Atlas, planches 15, 18, 38, 58, 59, 61, 66.
Parmi les monuments ainsi composés, je n'en citerai qu'un provenant du lieu de Mancious, et maintenant déposé dans le Musée de Toulouse.

L'intérieur de l'église de Montsaunès est sombre et humide ; une ridicule décoration en plâtre a recouvert les ornements intérieurs de l'abside ; mais les voûtes conservent encore des traces très-anciennes de l'art, au XIIIe et au XIVe siècles ; de précieux restes de fresques y existent encore, et il serait possible de rendre à ce monument une grande partie de ce qui fit autrefois le caractère imposant de sa décoration.

Bâtie en brique, dans un pays où le marbre, et surtout la pierre, sont extrêmement communs, cette église offre à cet égard une particularité très-intéressante. Des butées, construites postérieurement, retiennent les murs lézardés, il y a longtemps, et d'une manière qui devait inspirer de vives craintes.

Considérée dans son ensemble, l'église de Montsaunès est un monument remarquable et digne d'être conservé, non seulement comme objet d'art, mais aussi comme se rattachant à l'histoire de deux ordres célèbres dans les annales de la religion. Et c'est peut-être d'après ces motifs que S. E. M. le ministre de l'intérieur a bien voulu classer cet édifice parmi les églises monumentales du département (2).
2. Sur la demande de M. le vicomte Duchâlel, préfet, et d'après le mémoire que j'avais présenté à ce sujet.

Montsaunès offre encore un intérêt puissant à ceux qui recherchent les traces des coutumes qui régissaient les communes durant le moyen-âge. Montsaunès avait en effet obtenu des Chevaliers de la Milice du Temple, qui en étaient les seigneurs, une Charte de franchises et de libertés qui existe dans nos archives provinciales.

La première ligne de cette charte a, dans sa lettre capitale, une vignette remarquable qui représente les consuls de Montsaunès, vêtus de rouge, et recevant des mains de Pons de Brohet, Maître des maisons de la chevalerie du Temple dans la province de Gascogne, cette charte, octroyée par les chevaliers. Le préambule de cet acte solennel est très remarquable, en ce qu'il fait connaître tout ce qui composait alors une Maison, ou monastère du Temple. Voici la traduction de ce préambule :
« Nous frère Pons du Brohet, humble chevalier, Maître des Maisons du Temple de la chevalerie du Temple, en Provence et en Gascogne, d'après le consentement, le conseil et l'express volonté de frère Célèbrun de Pins, chevalier et commandeur de la maison de la chevalerie du Temple de Montsaunès et de sa Baylie, et des frères Ramon Guilhem de Benque et Arnaud de Villeneuve, chevaliers, et de Pierre Balede, frère chapelain, prêtre de la dite maison, et des frères Saint-Johan de Balayo, chambrier, Baral, clavier, ou concierge, Pierre D'Artigue-Longue, chaussetier, Raymond de Limous, meunier, Pierre de Haran, vacher, Domeng, Olher, Bonhomme de Marcenac, Michel Valent, bouviers, Raymond de Saleyces, forgeron, Raymond Garcie, charretier, et Guillaume, de cette maison ; et B. de Sama, Raymond Guilhem de Salas, Arnaud de Balaye, Guilhem Gaillard, Vidal de Monlaurio, Pierre d'Aulon, Raymond Bernard de Montfaucon, Guillaume de Bidaros, Arnaud de Castillon, Maronde Larouède, métayers, ou grangers de la baylie de cette maison, et des autres frères de la même baylie.
Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit.
De notre volonté et de notre accord unanime, nous octroyons et donnons pour nous, et pour tous nos successeurs, les présentes Coutumes, Etablissements et Franchises, à Bonnet de Martras et à Raymond de Benac, consuls de la ville de Montsaunès, pour eux et pour tous les autres de ladite université, et pour tous leurs successeurs. »

Ces coutumes sont écrites en langue romane et contiennent un grand nombre d'articles. On voit d'abord qu'il y avait un juge dans la Baillie ; et qu'il devait s'occuper, conjointement avec les consuls, du jugement de toutes sortes de délits. Dans, le second article, les Templiers promènent d'être bons seigneurs et fidèles aux promesses qu'ils ont faites aux habitants, et de faire prompte et bonne justice. Le troisième article est relatif aux prés, aux vignes et aux oublies. Les Templiers donnent à la communauté deux prés voisins. Ils se réservent la mère et mixte-empire, la juridiction haute et basse, les affirmations en justice et tous les autres préliminaires de procès. Les autres articles sont plus ou moins remarquables ; on y voit que la propriété des maisons et des jardins est assurée aux habitants, et que des amendes sont établies pour différents délits ; les injures devaient être sévèrement réprimées : il en était de même des crimes. Ces coutumes entrent d'ailleurs dans tous les détails qui tiennent à la police, à la sauvegarde des biens de tous, et à la sûreté, non seulement des chevaliers, mais aussi de tous les habitants. La charte qui fut accordée à ceux-ci forme un ensemble extrêmement curieux, un code complet que je n'ai pas cru devoir scinder par des citations, et je l'ai placé tout entier à la fin de ce mémoire. En le lisant, on connaîtra mieux l'état de nos populations durant le moyen-âge ; on verra qu'elles n'étaient point esclaves, comme on l'a dit si souvent, et qu'elles ont joui de tous les avantages que peut assurer l'existence de lois, claires, simples, et où tous les cas étaient prévus et tous les crimes punis. On aimera peut-être à voir ces chevaliers Templiers, si fiers de leur antique noblesse, admettre à l'honneur d'octroyer des chartes à leurs vassaux, leurs chambriers, leurs concierges, leurs vachers, leurs bergers, leurs bouviers, leurs charretiers et leurs grangers. C'était partager avec ceux-ci les droits de la souveraineté, ou du moins de la seigneurie ; et, par-là, on voit qu'il existait dans les rapports des chevaliers du Temple avec les serviteurs de cet ordre une sorte d'égalité touchante, puisque de simples domestiques exerçaient envers les populations les mêmes droits que leurs maîtres. Les noms de trois familles, bien connues, apparaissent dans les commencements de cette charte. Pons du Brohet, maître des maisons du Temple dans la Provence et en Gascogne, était issu d'une des plus puissantes familles de celte époque ; il vivait encore au commencement du XIVe siècle, et son nom paraît dans les pièces du procès intenté à l'ordre du Temple. Célèbrun de Pins appartenait à cette famille, qui a produit deux grands-maîtres de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, et Gérard de Pins, le vainqueur d'Orcan, et Jean de Pins, le célèbre diplomate, qui a mérité l'honneur d'être compté parmi les hommes illustres auxquels la ville de Toulouse a consacré un monument particulier. Guillaume de Benque était de la famille de ce nom, si connue au XIVe siècle, et qui, entre-autres seigneuries, possédait celle de Benque, en Comminges, seigneurie qui lui avait donné son nom. Arnaud de Villeneuve sortait de cette maison célèbre dans le midi depuis le IXe siècle, qui donna des vidâmes, ou vicomtes à Narbonne, un comte au Mâconnais, et, au comté de Toulouse, de grands sénéchaux, et des chevaliers aussi dévoués que fidèles. Charte de la communauté de Montsaunès → Suite
Sources : M. Alexandre Du Mège. Société archéologique du Midi de la France, pages 187 à 222. Toulouse 1841. - Bnf
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