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Les commanderies oubliées dans le département des Landes
En 1877, M. Bladé, dans un travail sur les Ordres religieux et militaires en Gascogne paru dans le tome XVIIIe de la Revue de Gascogne et M. le Baron de Cauna dans quelques notes complémentaires, nous faisaient connaître un certain nombre de commanderies ayant appartenu dans les siècles passés aux chevaliers du Temple, de Saint-Jean de Jérusalem et de quelques autres Ordres religieux hospitaliers ou militaires, situées dans le département des Landes.
Depuis cette époque, M. Antoine Du Bourg a publié son beau livre sur le Grand Prieuré de Toulouse, et il nous y a révélé beaucoup de documents qui apportent aux futurs historiens de notre contrée des matériaux précieux pour l'œuvre de reconstruction de nos annales.

Par la publication du Fouillé de 1749 et de quelques autres pièces tirées du Livre Rouge d'Aire, M. l'abbé Cazauran nous a fourni le moyen d'ajouter quelques noms à ceux que nous avaient déjà fait connaître ces savants.

A notre tour nous venons, non pas refaire leur œuvre, mais lui appor. ter quelques détails nouveaux et présenter la liste, incomplète sans doute, mais tant soit peu enrichie, des commanderies répandues autrefois sur la surface de notre double diocèse d'Aire et de Dax. Quant aux lacunes que renfermera nécessairement notre travail, soit par rapport au nombre de ces établissements que nous ne connaissons pas tous, soit surtout par rapport aux documents ou renseignements qui les concernent, d'autres peut-être, avec les indications qu'ils trouveront ici, pourront les combler. Plus heureux que nous et plus près des bibliothèques, des archives et des lieux, ils feront de nouvelles découvertes et augmenteront de la sorte la petite gloire passée de notre chère contrée des Landes.

Nous pourrons remarquer que bon nombre de ces commanderies avaient eu, dans le moyen-âge, des hôpitaux et se trouvaient placées sur les alignements des grands chemins.

« Les commandeurs, dit M. Bladé, dans le travail cité plus haut, étaient les titulaires des simples commanderies, dont chacune était d'abord un couvent, renfermant un hôpital pour les pèlerins et les pauvres, et un nombre suffisant de frères religieux et servants dont le chef avait le titre de praeceptor. »

« L'ancien état de choses se modifia entièrement par longueur de temps, si bien que les Commanderies n'étaient plus à la fin que des agrégations de biens dont les Commandeurs avaient la jouissance, déduction faite des charges, des taxes, contributions et autres redevances qui leur étaient imposées par les donateurs, soit par la Langue, soit par l'Ordre. (1) »

Les Commanderies du pays de Born, par lesquelles nous commençons, dépendaient, comme toutes celles de la Gascogne, du Grand Prieuré de Toulouse. Elles étaient membres de la Commanderie du Temple de Bordeaux, au moins dans les derniers temps, ainsi que nous le verrons.
1. Code de l'Ordre de Saint Jean. Tit. X.
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I. Commanderie de Poms, à Parentis-en-Born
Elle était située au quartier de Poms, sur la route de Parentis-en-Born à Ychoux. On voyait, il y a quelque trente-cinq ans, des ruines et les fondations de sa chapelle, que cependant les vieillards n'ont jamais vue debout et dont ils ne connaissaient l'existence que par la tradition. Elle devait être dédiée à Saint Barthélémy, l'un des patrons secondaires de Parentis où se tient tous les ans, le 24 août, une foire importante dite de Saint-Barthélemy.
Tous les chefs de famille du quartier de Poms étaient tenanciers du Commandeur. Ils étaient généralement "tenus à six deniers d'exporle à nuance et changement de seigneur ou tenancier, à sept sols trois deniers de cens, rente foncière et directe, annuelle et perpétuelle, payables à la fête de Saint-Martin ou de Noël, à la recette de la dite commanderie, ou au bourg de Parentis, ensemble la dîme de tous les fruits qui naîtront ou croîtront chacun an aux dits lieux, de onze un, à la réserve du millet qui se paiera de quinze un. (2) »

« En 1733 et le 8 novembre était commandeur de Poms, ainsi que des autres Commanderies de la contrée, Messire Joseph François de Piolenc, chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, Commandeur du Temple de Bordeaux, Arveyres, Cadarsarq, Pomeirol, Lalande, Poms, le Bourgau, Leis, Jessis, Contis et autres lieux et membres dépendants de la dite Commanderie. Son prédécesseur était feu Messire Alexandre de Villeneuve, seigneur Commandeur (3). »

Le 28 mars 1777, messire François Pelusset, directeur des biens des Religionnaires fugitifs, habitant de la ville de Bordeaux, rue Saint-James paroisse Saint-Eloy, au nom et comme procureur substitué du sieur Ozeaux, celui-ci étant lui-même procureur fondé de pouvoir de frère Charles François Antoine Guislain (Suislain) de Saint Quentin, chevalier grand croix de l'ordre Saint Jean de Jérusalem, dit de Malte, Commandeur du Temple de Bordeaux, fait baillette à nouveau fief d'un journal de Lande commune dépendante de la Commanderie de Poms, en faveur de Dominique Laluque, habitant de Parentis, quartier de Poms, au devoir de 2 deniers d'exporle et 5 sols de rente foncière, annuelle et perpétuelle, etc. (4).

Dans son Histoire de l'Abbaye de la Sauve, M. l'abbé Cirot de Laville, citant les Variétés Bordelaises de Beaurain, fait mention de l'hôpital de Pomps, qui se trouvait sur le chemin de Soulac à Bayonne (5).

Par testament du 16 octobre 1263, en effet, Amanieu d'Albret, fils d'autre Amanieu et d'Assalhide de Tartas et époux de Mathe, fille de Pierre de Bordeaux, laisse des legs pies à plusieurs hôpitaux placés sur la route de Saint Jacques. Il laisse entre autres cent sols à l'hôpital de Pomps qui était placé dans la paroisse de Parentis-en-Born. (6) » Le souvenir de cet hôpital se perpétue encore aujourd'hui par le nom de l'Espitau que porte une maison du quartier de Poms.
2. Archives notariales de Mimizan.
3. Archives notariales de Mimizan.
4. Archives notariales de M. Deville, à Mimizan.
5. Histoire de la Sauve, I, 510.
6. Variétés Bordelaises, édition de 1876, II, p. 283, III, p, 199.
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II. Commanderie de Jessis, à Sainte-Eulalie-en-Born
Comme celle de Parentis, elle dépendait de la Commanderie de Bordeaux. Monsieur Antoine Du Bourg, dans l'Histoire du Grand Prieuré de Toulouse (7) la mentionne, mais sans aucun détail. Bien que située dans la paroisse de Sainte-Eulalie, elle s'étendait jusque sur le territoire de Gastes, où elle possédait plusieurs tenanciers. Ceux-ci étaient tous obligés d'aller payer leurs cens, rentes annuelles et tous les autres droits et devoirs seigneuriaux dans la maison de Jessis, siège de la Commanderie ou au bourg de Sainte-Eulalie.

En 1733, François de Piolenc fit faire les reconnaissances féodales à Jessis comme dans toutes ses autres commanderies. (8)

Monseigneur Honoré de Maniban, archevêque de Bordeaux, faisant sa visite pastorale à Sainte-Eulalie, mentionne cette Commanderie de la manière suivante dans son procès-verbal du 27 avril 1731 : « Il y a une Commanderie de Malte dans le quartier de Gessis. (9) »

Un mémoire adressé en 1731 par Jean Dupuy, curé de Sainte-Eulalie à l'archevêque de Bordeaux et au bureau diocésain dit que le prieur de Mimizan est gros décimateur de sa paroisse avec M. le Commandeur du Temple... et que la chapelle de Malte a été ensevelie sous les sables. (10) » Nous avons lu quelque part qu'elle avait Sainte Madeleine pour patronne et l'on sait que cette sainte est patronne secondaire de la paroisse de Gastes sur le territoire de laquelle s'étendait la Commanderie de Jessis.
7. Variétés Bordelaises, édition de 1876, II, Page 460.
7. Archives notariales.
8. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
9. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
10. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
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III. — Commanderie de Bourgau, à Pontex-les-Forges
Dans les reconnaissances faites en 1733 en faveur de Joseph François de Piolenc par ses tenanciers du Bourgau ou quartier du Temple, ceux-ci, outre la dîme, reconnaissent devoir 6 deniers d'exporle à nuance de seigneur ou de tenancier et 7 sols 3 deniers de cens et rente foncière, directe, annuelle et perpétuelle. De nos jours, une métairie de ce quartier, appelé de la Chapelle, porte encore le nom du Temple.

La Commanderie est signalée en ces termes par le procès-verbal de la visite pastorale de la paroisse de Pontenx, dressé le 21 avril 1731, par Monseigneur de Maniban : nº 64. Il y a une Commanderie de Malte au quartier appelé le Bourgaud. (11) » La chapelle qui se trouvait sur le bord de la route actuelle à moitié chemin de Pontenx à Saint-Paul, en face de la maison Colas, était déjà presque en ruines en 1731, car l'archevêque en parle ainsi dans le même procès-verbal : Il n'y a point de chapelles succursales ou rurales qu'une vieille chapelle appartenant à MM. de Malte qui tombe en ruines, non lambrissée, sans aucun ornement, sittuée dans un quartier dont ils tirent la dîme ; on y va dire la messe le jour de Sainte Magdelaine en y apportant les ornements de l'église ; le curé nous a représenté n'y vouloir plus aller, les murailles et le toit tombant en ruine, l'autel même n'étant pas dans la décence convenable, » Néanmoins on continua à y dire la messe parfois. Elle dut être l'objet de quelques réparations, car nous voyons qu'elle subsistait encore en mai 1787. L'archiprêtre de Buch et Born la visite en cette même année et dit, en son procès-verbal, qu'on y chante la Sainte Messe le jour de la Madeleine, (12). Elle reçoit parfois des legs pies, comme par exemple celui de Françoise Dartiguelongue, femme de Pierre Galan, de Pontenx, laquelle, par testament du 10 Juillet 1776, lègue à la chapelle Sainte-Magdeleine du quartier de Bourgau la somme de 6 livres. (13) » Cette chapelle a subsisté jusque dans la première partie de ce siècle.

En 1779, le Commandeur du Bourgau et des autres Commanderies de la contrée était Messire le Bailly Charles François Antoine Suislain de LaTour Saint Quentin, comte du Saint-Empire, un des seigneurs de la Grand-croix de l'Ordre Saint-Jean de Jérusalem, Capitaine général des Escadres du dit Ordre et Commandeur du Temple de Bordeaux. Il fit cette année, en sa faveur, aux tenanciers de la Commanderie du Temple au Bourgau de Pontenx, la reconnaissance des fiefs qu'ils tenaient de lui. Ces tenanciers, chefs de famille, étaient au nombre de 15, et plusieurs de leurs descendants occupent encore de nos jours les mêmes lieux à titre de propriétaires. On ne sait si Bourgau avait un hôpital.
11. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
12. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
13. Archives notariales.
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IV. Commanderie de Leix ou Leich, en Saint-Paul-En-Born
En 1733 François de Piolenc, et au mois d'août 1779 Antoine Suislain de La Tour font renouveler à leurs tenanciers les reconnaissances féodales. Ils sont au nombre de sept dans le quartier de Leich. Le 10 Janvier 1771, l'abbé Beaurein, qui devint plus tard l'auteur des Variétés Bordelaises, en sa qualité d'administrateur de la Commanderie de Leich baille à fief nouveau, à Pierre Menaut, de la maison de Mathieu, six journaux de lande, sise à Malingart. (14) C'est probablement sous son administration que l'abbé Beaurein fit don d'un missel romain à la chapelle de Sainte Madeleine de Leix ; car cette chapelle avait pareillement cette sainte pour patronne. Ce lieu de prière n'a été détruit qu'en ce siècle par la famille Menaut de Leich qui l'avait acquis des Administrateurs de la Compagnie des Landes et des forges de Pontenx. Il y avait un chemin fréquenté de la chapelle de Leich à Bias, le même probablement qui allait de cette chapelle à Saint-Julien. Il est mentionné dans plusieurs documents.

Il n'est pas question d'hôpital pour cette commanderie, du moins dans les pièces qui sont passées sous nos yeux. Cependant...

Hôpital de Saint-Paul-en-Born - Au chevet de l'église de Saint-Paul, sur le bord d'un ancien chemin arriau ou royal qui passait dans la cour de la maison curiale de cette commune, se trouve une maison donnée à la fabrique au commencement de ce siècle par une dame Bestaven. Cette maison, qui appartient encore à l'église, était, dans les siècles passés, un lieu ecclésiastique. La famille Bestaven avait dû en faire l'acquisition à l'époque de la Révolution, pour la rendre plus tard à sa destination première. « Le 19 novembre 1769, Dominique Souleyrau, fabriqueur et régisseur de la Fabrique de l'église paroissiale de Saint-Paul-en-Born et sieur Jean Bestaven, négociant et sindicq de la dite fabrique, mettent en ferme pour trois années à partir de la Toussaint dernier une maison appelée « l'Hôpital », eyrial et boscage qui en dépendent, le tout situé au bourg de Saint-Paul et appartenant à ladite fabrique. Le bailliste sera tenu de loger dans la maison le sacristain du dit lieu en lui laissant seulement le logement ordinaire, et de laisser une chambre libre pour loger les malades qui viennent se vouer à Saint-Clair, ainsi qu'il est d'usage » etc. (15) Si l'hôpital ne se trouve pas à la Commanderie, du moins est-il au bourg de la paroisse.

M. Antoine Du Bourg mentionne dans la paroisse de Saint-Paul le domaine de Leys appartenant aux chevaliers de Malte.

L'église du bourg de Saint-Paul n'était autrefois qu'une simple chapelle dédiée à Saint Michel. Ce lieu s'appelait Païnsas. La fontaine de Saint-Clair, où bon nombre de personnes de la contrée vont encore en dévotion, surtout le 1er Juin, se trouve dans un champ à droite du chemin qui, du bourg, mène à Loubeyres, lieu de l'ancienne église paroissiale dont on voit quelques rares vestiges.
14. Archives notariales.
15. Archives notariales.
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Hôpital de Saint-Jean de Bouricos
Avant d'aller plus loin et puisqu'un hôpital s'est rencontré sur notre passage, qu'on nous permette d'en signaler un autre dans le voisinage, bien qu'il ne fît point partie du Born. C'est celui de Saint Jean de Bouricos.

Antérieurement à la formation du département des Landes et au remaniement des communes, la paroisse de Bouricos faisait partie de la baronie de Labouheyre, sénéchaussée de Tartas, et était rattachée au diocèse de Dax, tandis que Pontenx, auquel elle fut annexée, appartenait à celui de Bordeaux.

Chaque année, le jour de Saint Jean-Baptiste, il se tient en ce lieu une réunion très considérable qui est comme une sorte de foire. Cette foire ou assemblée est fort ancienne, et date sans doute du moyen-âge. A cette époque, en effet, plusieurs localités des Landes, parmi lesquelles Labouheyre ou Herbefaverie et Saint Jean de Sonencs, alias Boricos, furent érigées en Bastides. Celle-ci ne prit pas de développement, mais elle conserva sa foire.

A côté de l'église de Saint-Jean, on voit une maison qui sert d'auberge le jour de la fête. Elle s'appelle encore aujourd'hui l'Espitau. Suivant un acte d'affermé du 13 Décembre 1771, où elle est appelée l'Hospital, elle est adjugée en faveur d'Etienne Pomade, de Parentis, avec la réserve et la faculté accordée à Monsieur le Curé de Bouricos de faire cuire son pain au four de la dite maison, sans que le dit Pomade puisse l'en empêcher sous quelque prétexte que ce soit. Cet acte est passé au nom de Messire Jean Joseph de Forest, seul propriétaire et foncier de la paroisse de Bouricos, y demeurant, et par conséquent marguiller né de la fabrique paroissiale du dit lieu à laquelle cette maison de l'Espitau appartenait (16).

Etait-ce là primitivement le siège de quelque Commanderie de chevaliers du Saint-Jean, avec hôpital et chapelle pour les pèlerins ? Peut-être bien. Remarquons que cet hôpital était, comme celui de Saint-Paul, sur le bord de l'ancien chemin royal de Labouheyre à Mimizan, et que cette dernière localité avait aussi le sien détruit par les bandes huguenotes de Montgoméry.
16. Archives notariales.
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V. Commanderie d'Orvignac, à Saint-Julien-en-Born
Dans les minutes de l'étude notariale de M. Deville, à Mimizan, on ne trouve aucune reconnaissance féodale de tenanciers relative à des fiefs de la Commanderie d'Orvignac ; celle-ci n'est pas davantage mentionnée dans l'énumération des Commanderies dont François de Piolenc, en 1733, et Antoine Suislain de La Tour, en 1779, étaient Commandeurs.

Mais la carte de Cassini (nº 138, f. 162, Vieux-Boucau) marque la chapelle Saint-Barthélemy, d'Orvignac, comme « chapelle de Malte. » Des actes de 1712 et 1719 mentionnent le quartier d'Orvignac comme Commanderie dépendante du prieuré simple d'Orvignac et chapelle de Saint-Barthélemy. Enfin d'autres actes notariés, de 1765 et 1774, nous parlent de terres vendues, sises dans le quartier d'Orvignac, directité de Messieurs les chevaliers de Malte, seigneurs de fief auxquels il faut payer les lods et ventes.
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VI. Commanderie de Contis en Saint-Julien-en-Born
M. Antoine Du Bourg la mentionne dans son ouvrage, Histoire du grand Prieuré de Toulouse. « Une discussion, dit-il, se produisit dans le XVe siècle. Le Grand Prieur de Toulouse, P. de Raffin, ayant prononcé la réunion à la Commanderie de Cazalis des membres de Cunctis et de Parentis, Saint Geniez et Billos, qui dépendaient jusqu'alors de celle de Bordeaux, le Commandeur de cette dernière, Guyot de Montarnal, réclama énergiquement la restitution de cette partie de ses domaines. Le Grand Prieur Pons de Malleville transigea avec lui et, pour calmer son mécontentement, consentit à lui rendre les membres enlevés à sa Commanderie, etc. (4 Juin 1485). Archives de Cazalis, L. I, (17).

Le même auteur dit encore : « Ce membre de la Commanderie de Bordeaux (Cunctis et Parentis) était situé dans le pays de Born, la plus misérable partie des Landes, tout à fait sur la côte de l'Océan. Il se composait de fiefs et des dîmes de quelques pauvres paroisses. Ainsi les Hospitaliers possédaient dans la paroisse de Lit la seigneurie de Cunctis, etc. Puis il nous présente Guillaume Ferrand comme commandeur de Cunctis et Parentis en 1328 (18).

La Seigneurie de Contis avait dû être anciennement une paroisse comprenant deux chapelles et aussi deux commanderies, celle de Sainte Madeleine et celle de Saint Jean, avec un hôpital dont nous parlerons plus bas. Les terres et les habitants de cette paroisse furent, dans la suite, partagés entre Saint-Julien et Lit.

« Le commandeur prétendait, nous dit M. Du Bourg, que sur ce territoire (de Lit), l'hôpital possédait la chapelle de Chiquemine et que le curé devait venir y dire tous les ans la messe le jour de Sainte Madeleine. L'enquête prouve que la chapelle dont parlait le commandeur n'était plus qu'une ruine où il était impossible de célébrer les offices ; les vassaux consentirent à ne pas obliger le Commandeur à la reconstruction de cette chapelle et à se rendre pour le service divin à l'église paroissiale de Lit devant l'autel où est l'image de Sainte Madeleine (1589). (19) »

« Nous oserions croire que cette chapelle de Chiquemine dédiée à Sainte Madeleine qui se trouvait dans Contis, mais sur le territoire de Lit, fut reconstruite plus tard sur le territoire actuel de Saint-Julien, à l'endroit qu'elle occupait en dernier lieu jusqu'à la première moitié de ce siècle. Une estimation faite en 1677 par deux experts de Bordeaux pour le comte d'Uza l'indique suffisamment : « Il y a aussi, dit cet acte, une chapelle appelée de Sainte Magdeleine qui représente dans ce lieu (de Contis, paroisse de Saint-Julien) une autre chapelle qui était ailleurs et qui a été détruite. (20) »

A propos de cette chapelle, on raconte une légende. Autrefois les habitants de Lit, désireux de posséder dans leur église la statue de sainte Madeleine, patronne de la chapelle, se rendirent furtivement à Contis, enlevèrent l'image de la Sainte et l'emportèrent dans leur église. Mais la Sainte, voulant rester dans la chapelle où elle était vénérée de toute antiquité par les habitants de la contrée, abandonna sa nouvelle demeure. Se dirigeant en ligne droite vers sa chapelle, elle traversa le vaste étang de Lit et Saint-Julien, et alla reprendre sa place après avoir laissé sur les eaux un long sillage parfaitement uni et sans rides qui ne disparut jamais jusqu'en ces derniers temps, à l'époque du dessèchement de l'étang. Sur l'emplacement, ou à peu près, de la dernière chapelle Sainte-Madeleine, a été bâtie une ferme appartenant à M. le Marquis de Lur-Saluces. La chapelle a été reportée au bord de la mer.

L'Eglise d'Uza, construite il y a quelques années, avec tant de magnificence par M. le Marquis, possède aujourd'hui deux statuettes anciennes ayant appartenu à la chapelle de la Commanderie, restaurées avec un goût parfait, l'une de Notre-Dame, croyons-nous, et l'autre de Sainte Madeleine.

Cette chapelle attirait autrefois un concours considérable de pèlerins au jour de la fête de sa patronne. Bien qu'elle ne fût plus paroissiale, on lui faisait des legs pies et bon nombre de fidèles aimaient à se faire ensevelir dans son cimetière.

Faisant la visite des églises de l'archiprêtré de Buch et Born aux mois de septembre et octobre 1626, l'archiprêtre Michel Abot ne parle pas de cette chapelle dans son procès-verbal de visite.

Mais dans un rapport du 28 novembre suivant, adressé à l'archevêque de Bordeaux, il se plaint qu'un certain Caunègre, mort impénitent ni confessé, a été jusqu'alors l'obstacle à ce que le père Hyacinthe de Laporte, des Frères prêcheurs, s'établit dans la chapelle de Contis pour y donner les exercices d'une mission. Dans ce même rapport, Michel Abot dit à Monseigneur que, pour le présent, le séjour de Saint-Julien est fort mauvais parce que le bourg est rempli de femmes qui... ne vivent point dans le respect et que le prédicateur ne peut convenablement y loger. Pour ces incommodités il serait à propos qu'il se logeât à Mézos, car il y a là de bonnes personnes et fort catholiques... (21) Y avait-il encore des protestants à Saint-Julien à cette époque ? Rien ne le prouve, mais rien n'y contredit. Il pouvait y avoir un reste de levain de protestantisme.

L'opposition aux prédications du P. Hyacinthe à Contis était aussi grande l'année suivante et allait jusqu'à lui faire refuser, même à prix d'argent, les aliments indispensables par les hostes de Saint-Julien. Le 18 février 1627, en effet, le P. Hyacinthe envoie une sommation rédigée par le notaire Dufazar aux hostes du bourg qui lui refusent les aliments et la nourriture, à l'effet de lui en fournir en payant un juste prix. Il a été, dit-il, envoyé en ce lieu et aux autres circonvoisins par mandement et commandement de Monseigneur l'Illustrissime Cardinal de Sourdis, pour prêcher la parole de Dieu ; cependant les hostes du dit lieu lui refusent toute sorte d'aliments et nourriture, quoiqu'il n'en demande qu'en tout bien payant. Les hostes donnent pour raison de leur refus, les uns qu'ils n'habitent le bourg que le mercredi et le dimanche, les autres qu'ils redoutent les sévices de certains officiers et procureur du voisinage. (22) »
17. Page 438.
18. Archives de Cazalis, L. I, p. 462.
19. Archives de Lit, L. I, p. 455.
20. Petite Revue Catholique d'Aire, 1874, 9e livraison, p. 244.
21. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
22. Archives de l'Archevêché de Bordeaux.
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VII. Commanderie de Saint-Jean de Lit
Contis possédait une autre chapelle, appartenant au Commandeur de Bordeaux ; elle était sous le patronage de Saint Jean, Le lieu où elle était placée doit être celui qu'on appelle aujourd'hui « L'Etot de Saint Jean » et qui se trouve assez près de la mer, au sud et sur la rive gauche du courant de Contis. Cette commanderie, comme la plupart, dut avoir son hôpital. Nous verrons tout à l'heure une reconnaissance féodale où il est fait mention des prairies de l'hôpital dans ce quartier de Contis.

« Les habitants de ce quartier, dit M. l'abbé Légé, avaient dû abandonner leurs métairies, la chapelle Saint Jean de Contis, près de la mer, et demander un refuge aux autres habitants de Lit, paroisse dont ils faisaient partie. En se mêlant à eux, ils firent don à la Communauté de Lit des terres qu'ils avaient cultivées, à la condition qu'elle payerai les tailles et autres charges ordinaires et extraordinaires, de plus une rente annuelle de huit livres dont le quartier de Saint-Jean de Contis était redevable au Commandeur du Temple de Bordeaux. Le reste de la paroisse payait au même vingt livres, et depuis la conversion du quartier de Contis en terre commune, Lit paya au Commandeur une somme annuelle de vingt-huit livres. (23) »

La Commanderie de Contis, (Saint-Jean sans doute) avait en 1733 onze tenanciers dont les noms suivent. Nous les citons, ainsi qu'une partie de la reconnaissance féodale à cause de l'intérêt rétrospectif qu'ils peuvent offrir aux habitants de la contrée. Ce sont : Maître Pierre Delest, procureur d'office du Maransin, Maitre Jean Duvignacq, notaire royal et sindique des habitants dudit Lit, Jeanton de Contis, dit du Micq, François de Sivrac à Lassalle, Estienne Lhospital, dit Pelocq, Jean Dupuy, dit Loustaunau, Jean de Badie, Arnaud de Contis, dit Piroy, Dominique de Matieau, Pierricq de Gadou, dit Chicoy Pierre, Dominique de LalagŁe, dit Pelon, laboureurs et habitants de la paroisse de Lit faisant, tant pour eux que pour les autres habitants d'icelle. De leurs bons grés et volontés, pour eux leurs oirs et successeurs à l'advenir et qui d'eux auront droit et cause, ils ont reconnu avoir et tenir en fief et féodalement suivant la coutume de Bordeaux, aux droits et devoirs seigneuriaux si après expécifiés et déclarés de messire Joseph François de Piolenc, chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, seigneur Commandeur du Temple de Bordeaux, Arbeyres, Cadarsacq, Poumeirol, La Lande, Poms, Le Bourgau, Leis, Jessis, Contis et autres lieux et mambres depandans des dites Commanderies absant ; mais M. Henry François de Saint-Martin, juge des juridictions de Biscarrosse-en-Born et Uza, habitant de la paroisse de Mimisan en Born et ledit Commandeur habitant de la ville Daix en Provance, ici présent, stipulant et pour ledit Commandeur acceptant, sçavoir est tout icelluy quartier de Contis scis et scittué en ladite paroisse de Lit, consistant en pignadars, chesres, tauzins, coursiers, marés, brau, herbage, eaux, rivières, estangs, pacages, et quant aux bâtiments, même la chapelle, terres labourables et à labourer, jardins, vergers et autres pocessions dont est fait mention dans les précédentes exporles, sont à présent couvertes par les sables de la mer et qui continue de couvrir le reste dudit lieu et quartier de Contis : confrontant à la craste du Ponticq à présent couverte des dits sables, qui divisait le Bédat dudit sieur Commandeur d'une part et le padouent d'autre, ainsy qu'il va aux arriestas, autrement aux haignas de l'hospitau et par la rive de la gran vigne couverte aussy de sable qui était anciennement de Jeannette de la Vignotte, et passe tout droit aux communs et le long des communs entre la puyade de patangéleyre, d'autre part vers la mer et de ladite puyade de patangeleyre qui va au travers des montagnes et sables jusques au Ponticq et Surgent de la Barthe, le chemin du puy d'autre part, et dudit Ponticq et Surgen va tout droit au travers du Brau vers soleil levant jusques à l'estang de Lit, et va dudit estang tout au long veis le nort droit à la mer par le courant qui passe devant la chapelle de la Magdelaine, jusques à la craste du Ponticq qui sépare ledit Bédat et le padouent. Les a reçus et reçoit pour tenanciers et affebats et iceux vêteux comme d'un nouveau fief et d'une nouvelle baillette, et ce au devoir d'un morlan d'exporle à chaque muauce de seigneur ou de tenancier et pour huit livres morlanes valant vingt-quatre livres, de cens et rente fontière et directe, annuelle et perpétuelle payable par lesdits, affebats et les leurs à l'advenir audit seigneur commandeur, ses successeurs, procureurs, fermiers et comis au iour et feste de Saint Martin de chaque année, portée, rendue au dit lieu de Contis ou en ladite paroisse de Lit, au choix du dit seigneur Commandeur ensemble la dîme des fruits qui croîtront et naîtront chacun an es susdits lieux et ce suivant la coutume et antiennes, exporles et recognoissances sy devant faites. » Etc. (24)
23. Petite Revue catholique d'Aire, 1874, 9e livraison, p. 245.
24. Archivives notariales de M. Deville.
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VIII. Commanderie du Vignac
Monsieur Adrien Lavergne, dans son savant travail sur les chemins de Saint Jacques, page 64, mentionne, (à tort croyons-nous) d'après M. Du Bourg, (p. 440) un établissement de l'Ordre de Malte au Vignac. Nous n'avons pas d'autre renseignement sur cette Commanderie, mais nous rappelons en passant qu'il devait y avoir par là un vieux chemin de Saint-Jacques. La paroisse du Vignau avait une confrérie en l'honneur de ce saint.
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IX. Commanderie de Moliets, en Marensin
M. Du Bourg n'en parle pas dans son ouvrage précité ; mais l'existence de cette Commanderie, ainsi de quelques autres, nous est révélée par deux documents de la fin du XIIIe siècle insérés dans l'ouvrage qui a pour titre : « Les archives de l'Ordre de Saint-Jan de Jérusalem, à Malte. (25) » Dans le premier de ces documents, nous voyons frère Elie Amanieu, Commandeur du Temple de Bordeaux et de toutes les maisons du Temple en Gascogne, donner par bail à nouveau fief diverses terres dépendant de la Commanderie de Moliets. Ce document du 14 août 1289 est en gascon : « Hauem affiuat a Guiraut de la Perade (26), dit en son acte Elie Amanieu, e asses (hers) e a son ordeinh tot lodit casau que lodit Guiraut tin à le Queuseyre deu Temple et tote lautre terre de Messanges deu Temple, qui mau dedit casau in tan maneyre que lodit Guiraut e sous hers e son ordeinh qui lodit casau ni ladite terre ab sas aparthienses tieran ni possediran, nos devem dar e pagar de fin II sos de Morlas e Ia garia pagadeys lodit fiu totes Sen Martins an per an, a la nostre mayson deu Temple de Moheiz, » etc. Un des témoins de l'acte est « En Domenjon de l'Esbay caperan in aquest temps de Molieiz. »

D'après le deuxième document, le même Elie Amanieu, procureur de frère Guillaume Ucher, visiteur des maisons du Temple en France et Angleterre, afferme la maison de Camon pour six ans à Arn. Arremon, chanoine de Dax : Per si e per totz sous succcssors, de voluntat e d'autrey e exprès consentiment deu frair JauFrer Coroter tient loc de le meysonn de le Torte, deu fray Arn. Guilhem de Linxe, fray deu Temple, ha enfeuat a (Arnaud Ar) remont calonge d'Ax e a sous hers e a son ordeinh tote le meyson aperade deu Temple de Camon, terres, bestes, lanes pratz, aygues... maysouns desmes hengs e totes autres causes quas quessien e ous quessien e (quan ques) sien, qui a ledite meyson de Camon aparthien (o lor) aparthienses, lequau meyson es en labescat Dax dequeste prosman feste de Santa Maria Magdalene, qui passade es, en VI ans... per C. s. de Morlanx, de assentiment que lodit N'Arnaud Arremon e sous hers e son ordeinh ne deu dar audit Comanday et assous sucressors o a sou man totz ans an per an lo die de Sen Martin diuern datz tremes a le Torte. E per XXII libres de Morlanx que lodit comandair e frais recon(ogu)eron que lodit N'Arnaut Arremon a mes en les obres de ledite Meyson a esgart de lor. E lodit Comanday deu lon portar bone e ferme guarenthie... envers lodit termi. E dasso ha obligat totz los beys de las maysons den Temple en Guascoinhe ab lors aparthienses. Es assaber que si Diu faze son commandement deud. N'Arn. Airemon haue feyt obres en ledite meyson o feyt feyre (lo) medix comandair o sous successors ac deuen emendar a lordeinh deudit N'Arnaud Arremon. E per arreson de les XXII libres messes en lesdites obres... per lo gandiment que deu tier dou temps que armayr deus VI ans. E lo dit N'Arn. Arremon deu tier per fray deu Temple... de Camon e far messions cum es de vestir e de minjar et de caussar E es assaber que quan ome vienra au termi deuz diz VI ans lodit N'Arn. Airemon,.. deu arremaner sonte quitis e desembargat de tot embarc de son temps, scheiz que noy pusque arrey domanar per obres que agosse feytes (de las) dites XXII libres messes en les obres. » Actum fait, le 31 août 1290. Un des témoins de cet acte est En Guiraut Diuarte, caperan de Sent Perre deu Vic.

On vient de le voir ; ces deux pièces prouvent d'une manière évidente l'existence à Moliets d'une Commanderie dont n'a pas parlé le savant livre de M. Du Bourg Elles en mentionnent d'autres qu'on ne soupçonnait peut-être pas : celle de Messanges en Marensin, dont les terres dépendaient de celle de Moliets, celle de Gruer (où est ce lieu ?) dont fray Seguin d'Arrambert étair tient-loc (tenancier ou lieutenant), en cette même année 1290.
Sources : L'Abbé A. Départ, Société de Bordas Dax (Landes) Dix-Neuvième année (1894), premier trimèstre. Dax Imprimerie-Reliure Hazael Labéque, 11 rue des Carmes 1894.

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