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Les chroniques de Nangis


Tableau chronologique de ce volume et des faits contenus dans ce volume


1113.
— Saint Bernard, âgé de vingt-deux ans, entre à Cîteaux avec plus de trente compagnons. Dans peu de temps l'abbaye de Cîteaux, jusqu'alors pauvre et stérile, engendre plusieurs autres grandes abbayes, telles que la Ferté, Pontigni, Clairvaux, Morimond et Prulli.

1114.
— Grandes neiges le 23 avril dans le Brabant, aux environs de Tournai. Pluie de sang au mois de juin à Ravenne et à Parme, en Italie. Tremblement de terre le 13 novembre à Antioche, qui engloutit des tours, des maisons et leurs habitants.
— Expédition de Baudouin, roi de Jérusalem, et de Roger, comte d'Antioche, contre les Turcs. Baudouin s'avance avec ses troupes pour reconnaître l'ennemi. Il tombe dans une embuscade où il perd quinze cents hommes, et ne se sauve que par la fuite. Les Turcs massacrent les moines du mont Thabor, pillent le couvent et le détruisent.
— Conciles de Beauvais, de Reims et de Chalons présidés par le légat Conon.
— Louis le Gros assiège le château de Gournay-sur-Marne, défendu par Hugues de Créci, seigneur de Pomponne. Gui le Roux, de Rochefort, vient au secours d'Hugues son fils, ainsi que le comte de Champagne Thibaut II (1). Mais le roi les force de fuir, reçoit le château à discrétion et le confie aux frères Garlande.
— Mort d'Yves, évêque de Chartres, auquel succède Geoffroi.

1115.
— Révolte des barons et des chevaliers contre Louis le Gros. Ce monarque est serré de si près qu'il peut à peine sortir de Paris. Enfin il soumet Thibaud, comte de Blois, et Hugues, seigneur du Puiset en Beauce, dont il détruit le château de fond en comble. Il dépouille de leurs biens Eudes, comte de Corbeil, Hugues de Créci, Gui, comte de Rochefort, Thomas de Marie le tyran, et Haimon, seigneur de Bourbon. Il a plusieurs guerres avec le roi d'Angleterre et remporte sur lui de fréquents avantages.
— Mort de Lambert, évêque d'Arras; état de l'Église d'Arras depuis saint Wast.
— Fondation de Clairvaux. Bernard, premier abbé. Ancien nom de Clairvaux et son origine. Vie des moines.
1. C'est par erreur que dans la note 2 de la page 5, ce seigneur est nommé Thibaut IV; il était le deuxième de son nom.

1116.
— Dans le monastère de Déols, un enfant apparaît pendant la messe à la place de l'hostie.
— Prédications de Norbert, fondateur de l'ordre de Prémontré.

1117.
— Mort d'Anselme, célèbre professeur de la ville de Laon, auteur de plusieurs ouvrages, entre autres d'une glose sur les psaumes.
— Mort de l'empereur grec Alexis Ier, auquel succède Jean, son fils.

1118.
Mort de Baudouin Ier, roi de Jérusalem, auquel succède son cousin Baudouin du Bourg, comte d'Édesse.
— Tremblement de terre au mois de janvier, qui détruit en partie plusieurs villes. Débordement de la Meuse, près de l'abbaye de Susteren. Tremblement de terre à Liège, le 3 mai ; la foudre tombe pendant vêpres dans l'église cathédrale, et y cause quelques ravages. Le 7 juin, une inondation détruit une partie de la ville, entraîne une grande quantité de provisions et fait périr huit hommes et une femme avec ses deux enfants. Le samedi suivant, une femme en lavant la tête de son fils voit ses mains teintes de sang. Le 1er juillet, vers midi, une trombe éclate sur la ville, perce le toit de la cathédrale et la remplit d'eau. Au même instant la foudre tombe dans la même église et tue trois clercs.
— Il naît à Namur un enfant à deux têtes.
— Le 20 décembre, des armées de feu se montrent dans le ciel, du nord à l'est, pendant une partie de la nuit
— Mort du pape Pascal. Election de Jean, chancelier de l'Église romaine, lequel prend le nom de Gélase. L'empereur Henri fait élire de son côté un espagnol nommé Burdin. Gélase a recours à la protection du roi de France et convoque un concile à Reims.
— Fondation de l'abbaye de Prulli.

1119.
— Mort du pape Gélase à Cluny. Gui, archevêque de Vienne, frère d'Etienne, comte de Bourgogne, est élu et sacré pape à Cluny; il prend le nom de Calixte II. Concile de Reims. Excommunication lancée contre les simoniaques et contre ceux qui exigent de l'argent pour l'administration des sacrements. Interdiction du concubinage aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres. Tentatives de réconciliation avec les députés de l'empereur. Elles n'amènent aucun résultat. Le pape excommunie l'empereur et ses partisans.
— Baudouin, comte de Flandre, neveu du pape Calixte, meurt d'une blessure à la tête en essayant de rétablir dans ses biens Guillaume, fils de Robert, duc de Normandie, fait prisonnier par Henri roi d'Angleterre. Baudouin a pour successeur son cousin Charles, fils de Canut roi de Danemark. Guillaume, fils de Robert, duc de Normandie, épouse la soeur de la reine de France et succède au comté de Flandre [en 1127].

1120.
— Fondation de l'ordre de Prémontré, par Norbert.
Commencements de l'ordre du Temple sous le grand-maître Hugues.
— Incendie de l'église de Vézelay, le 21 juillet.
— Guillaume et Richard, fils du roi d'Angleterre, la fille et la nièce de ce roi et plusieurs nobles anglais, tous sodomites ou regardés comme tels, sont engloutis par les flots en passant de Normandie en Angleterre, sans qu'il fît le moindre vent ni que la mer fut agitée.
— Le pape Calixte se rend à Rome où il est reçu avec honneur par le sénat et par le peuple. Les Romains attaquent et prennent à Sutri l'antipape Burdin. Ils le promènent dans la ville couvert de peaux de chèvre sanglantes, et, par ordre de Calixte, l'emmènent prisonnier dans les montagnes de la Campanie. On le peint, dans la chambre du Palais, foulé sous les pieds du pape.

1121.
— Mariage d'Henri, roi d'Angleterre, avec Alix, fille du duc de Louvain.
— Fondation de l'abbaye de Loroux, par Foulque ; comte d'Anjou et Eremberge sa femme.

1122.
— L'église d'Auxerre est gouvernée par Hugues, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, neveu de saint Hugues, abbé de Cluny.
— Suger, moine de Saint-Denis, n'étant encore que diacre, est envoyé par Louis le Gros à la cour romaine pour les affaires du royaume. A son retour, il est élu abbé à la place d'Adam qui venait de mourir, ordonné prêtre en présence du roi, et sacré par l'archevêque de Bourges.

1123.
— Concile de plus de trois cents évêques tenu à Rome par le pape Calixte. On y annule le privilège des investitures que l'empereur Henri avait extorqué du pape Pascal.
— Suger introduit la réforme dans l'abbaye de Saint-Denis.
— Mort de Daimbert, archevêque de Sens, auquel succède Henri, surnommé le sanglier.
— Dans une collision entre les clercs et les bourgeois, l'église de Saint-Martin de Tours est incendiée ainsi que le château.

1124.
— Mort du pape Calixte. Il a pour successeur Lambert, évêque d'Ostie, qui prend le nom d'Honorius II.
— Prise de Montreuil-Bellai, par Foulque, comte d'Anjou.
Baudouin, roi de Jérusalem, est pris par les Sarrasins et relâché moyennant rançon après une longue captivité.
— L'empereur Henri, plein de ressentiment contre Louis le Gros à cause de l'anathème lancé contre lui au concile de Reims, se dispose à envahir la France et à détruire la ville de Reims. Louis marche au-devant de l'armée impériale qui se retire aussitôt. L'entremise et les prières du clergé suffisent à peine pour empêcher le roi de France d'aller dévaster les terres de l'empire.

1125.
— Hiver rigoureux. Des femmes et des enfants pauvres meurent de froid. Les poissons périssent sous la glace des étangs assez épaisse pour supporter des charges considérables. En Brabant, la glace force les anguilles à quitter les étangs pour se cacher dans les prés où le froid les fait périr. Mortalité parmi les animaux. Variations dans la température jusqu'au milieu de mars. Les arbres ne fleurissent qu'en mai. Les prairies verdissent à peine. Les pluies continuelles étouffent les moissons. Le feu sacré fait périr beaucoup de personnes.
— Prise de Tyr par les Chrétiens.
— Grande famine en France.

1126.
— En Espagne, une malheureuse engendre un monstre à deux corps, moitié homme et moitié chien. Dans une ville de Brabant, une autre femme met au monde quatre garçons à la fois.
— L'empereur Henri quitte l'empire et disparaît complètement de la scène du monde ; conjectures sur sa destinée. Sa mort. Son corps est transporté à Spire. L'impératrice Mathilde, étant sans enfants, retourne auprès du roi d'Angleterre son père.
— Eloge d'Hugues de Saint-Victor, auteur d'un ouvrage en deux volumes sur les sacrements.
— Après la mort ou la disparition d'Henri, les électeurs se partagent entre Conrad son neveu et Lothaire duc de Saxe.

1127.
— Combats en Syrie entre les Chrétiens et les Sarrasins. Double victoire des premiers.
— Norbert, fondateur et premier abbé de Prémontré, est élu archevêque de Magdebourg.
— Assassinat de Charles le Bon, comte de Flandre, dans l'église de Saint-Donatien à Bruges. Louis le Gros tire une vengeance éclatante des meurtriers. Charles a pour successeur Guillaume, fils de Robert, duc de Normandie, que son oncle Henri, roi d'Angleterre, avait déshérité après avoir emprisonné son père. Henri, roi d'Angleterre, fait révolter contre son neveu Guillaume les nobles de Flandre en faveur de Thierri, cousin de Charles le Bon. Guillaume étant mort au bout de deux ans, Thierri d'Alsace lui succède au comté de Flandre.
— Mort de Gilbert, archevêque de Tours. Il est remplacé par Hildebrand ou Hildebert, évêque du Mans, célèbre par ses qualités littéraires.

1128.
— Les malades du feu sacré accourent en grand nombre à Notre-Dame de Soissons, où ils sont guéris par l'intercession de la très-sainte Vierge.
— Les religieuses de Saint-Jean de Laon sont expulsées et remplacées par des moines dont le premier abbé est Dreux, homme éloquent et religieux, créé dans la suite cardinal évêque d'Ostie, par Innocent II
Foulque laisse à Geoffroi son fils, le comté d'Anjou ; part pour la Syrie, et épouse Mélissende, fille de Baudouin, roi de Jérusalem.
— Expédition de Louis le Gros contre Thomas de Marie, seigneur de Couci. Ce dernier est pris par Raoul, comte de Vermandois, qui le remet mortellement blessé entre les mains du roi. Thomas meurt peu de temps après sans avoir reçu les sacrements.

1129.
— Norbert remplace les chanoines séculiers de Magdebourg par des frères de l'ordre de Prémontré.
— Philippe, premier né de Louis le Gros, est couronné à Reims le jour de Pâques, en présence de son père et d'Henri, roi d'Angleterre.
— Thierri d'Alsace dispute la Flandre au comte Guillaume. Combat dans lequel Guillaume est blessé mortellement. Il meurt et Thierri lui succède.
— Expulsion des religieuses d'Argenteuil à cause de leur mauvaise conduite. Suger fait rendre ce lieu aux moines de Saint-Denis qui l'avaient d'abord occupé. Fondation d'Ourcamp et de Vauluisant, abbayes de l'ordre de Cîteaux.
— Mariage de l'impératrice Mathilde, fille du roi d'Angleterre, avec Geoffroi comte d'Anjou, d'où sortirent Henri, depuis roi d'Angleterre, Guillaume Longue-Épée, et Geoffroi Plantagenets qui devint comte de Bretagne par son mariage avec la fille du duc Conan.

1130.
— Mort du pape Honorius. Election de deux papes : le cardinal Grégoire qui prend le nom d'Innocent II, et Pierre de Léon qui se fait nommer Anaclet. Pierre de Léon, par la puissance de sa famille, se maintient à Rome; Innocent vient en France. Concile d'Etampes. Saint Bernard décide l'assemblée à reconnaître Innocent, que Louis le Gros reçoit ensuite à Orléans avec honneur. Le pape conduit à Chartres par Geoffroi, évêque de cette ville, y trouve le roi d'Angleterre qui lui fait aussi un honorable accueil. Ensuite, en visitant les églises de France, il passe en Lorraine. A Liège, l'empereur Lothaire le reçoit environné d'une foule de prélats et de nobles allemands, et le conduit à pied, en tenant la bride de son cheval, jusqu'à la cathédrale où il l'aide humblement à descendre. Le pape retourne ensuite en France et célèbre la fête de Pâques à Saint-Denis.
— Fondation d'un couvent à Beaumont, au-dessus de Mortemer, par Robert de Candos.

1131.
— Le jeune Philippe, fils de Louis le Gros, récemment sacré roi, tombe avec son cheval dans une rue de Paris et se brise la tête. Il est enseveli à Saint-Denis. Cette mort avait été prédite au roi par saint Bernard, indigné de la dureté avec laquelle Louis avait traité plusieurs évêques du royaume, lesquels lui demandaient grâce pour quelques prélats que dans sa colère il avait chassés de leurs sièges.
— Concile à Reims présidé par Innocent II. Le pape y sacre Louis, autre fils de Louis le Gros, à la place du jeune prince défunt.
— L'église de Saint-Médard de Soissons est consacrée par le pape.
Mort de Baudouin du Bourg, roi de Jérusalem ; son gendre Foulque, comte d'Anjou, lui succède.

1132.
— Mort de saint Hugues, évêques de Grenoble, dont la vie a été écrite par Gigues, prieur de la Chartreuse. Etat florissant de la religion et des ordres religieux. Eloge des Chartreux. Progrès des Templiers et des Hospitaliers. Libéralités des prélats et des seigneurs envers les religieux.
— Incendie qui détruit l'église de Notre-Dame dans l'évêché de Noyon et presque toute la ville ; juste punition du mauvais accueil qu'on y avait fait au souverain pontife Innocent.
— Fondation des abbayes de Longpont, de Ridal et de Vaucelles, filles de Clairvaux.

1133.
— Expédition de Lothaire en Italie. Il installe Innocent au palais de Latran et le pape sacre Lothaire empereur.

1134.
— Mort de l'archevêque Norbert, fondateur de l'ordre de Prémontré. Mort d'Hildebert ou Hildebrand, archevêque de Tours, auquel succède Hugues.
— Fondation de l'abbaye d'Asnières au diocèse d'Angers.

1135.
— Fondation de l'abbaye du Pré.
— Henri, roi d'Angleterre, meurt en Normandie et est enseveli à Reading en Angleterre. Etienne, comte de Boulogne, neveu d'Henri, fils d'Étienne, comte de Blois, frère de Thibaud, comte de Champagne, est couronné roi d'Angleterre avec le secours de son frère l'évêque de Winchester. L'impératrice Mathilde et le comte d'Anjou son mari s'élèvent contre Etienne. Mathilde, avec le secours de Louis le Gros, s'empare du duché de Normandie, et empêche, en Angleterre, le roi Etienne d'étendre sa domination.

1136.
— Le 28 octobre, un vent violent renverse plusieurs tours. La mer d'Angleterre déborde et submerge une partie de la Flandre.
Mort de Jean Comnène, empereur de Constantinople, auquel succède Manuel son fils.
— Mort de Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine. Il est enseveli à Saint-Jacques où il était en pèlerinage. Il laisse deux filles, Eléonore et Pétronille; la première, suivant le désir exprimé par son père mourant, devait épouser Louis le Jeune roi de France.

1137.
— Sécheresse extraordinaire depuis mars jusqu'en septembre; les puits, les fontaines et plusieurs rivières tarissent.
— Louis le Gros apprenant la mort du duc Guillaume, envoie son jeune fils Louis, déjà couronné et sacré roi, en Aquitaine, pour y épouser Eléonore, fille du feu duc. Le mariage se fait à Bordeaux. Il en naquit dans la suite, Marie, comtesse de Champagne, et Alix femme de Thibaud, comte de Blois. Mort de Louis le Gros le 1er août. Il est enseveli à Saint-Denis. Son fils, Louis le Jeune, lui succède.
— Fondation de l'abbaye de Mortemer où Walleran, abbé d'Ourcamp, envoie des moines.
— Deuxième expédition de Lothaire en Italie. Il soumet l'Italie et la pouilles, et meurt, Conrad lui succède.

1138.
— Mort du pape schismatique, Pierre de Léon. Innocent dégrade tous ceux que l'antipape avait introduits dans les ordres.
— Eloge de Thibaud, comte de Champagne. Maisons religieuses fondées par lui. Enfants issus de son mariage avec Mathilde, noble allemande.
— Guillaume, comte de Nevers, se fait chartreux.
— Eloge de saint Bernard, abbé de Clairvaux, et de saint Malachie, Irlandais, qui ressuscite un mort.
— Eloge de Gilbert de la Porée, auteur d'une glose sur les psaumes et sur les épîtres de saint Paul.

1139.
— Mort de Jean des Temps, qui avait vécu trois cent soixante et un ans depuis Charlemagne dont il avait été écuyer.
— Un homme sorti de Soleure en Suisse, se fait passer en Allemagne pour l'empereur Henri. Après avoir causé bien des troubles, il est reconnu pour un imposteur et obligé de se faire moine à Cluny.

1140.
— Mort de maître Hugues de Saint-Victor, chanoine de Paris. Construction d'une maison de Chartreux à l'endroit nommé Montdieu. Fondation de l'abbaye de Froidmont. Henri, frère du roi de France, se fait moine à Clairvaux et devient évêque de Beauvais. Autres frères du roi de France.
— Fondation de l'abbaye de Trois-Fontaines par le pape Innocent. Des moines de Clairvaux vont la peupler sous la conduite de Bernard, ancien vidame de l'église de Pise, depuis pape sous le nom d'Eugène III.
— Hommes illustres que renfermait à cette époque l'église de France. Eloge particulier de saint Bernard, abbé de Clairvaux.
— Eloge de M. Richard de Saint-Victor, chanoine régulier, et d'Hugues de Feuillet, moine de Corbie, auteur d'un ouvrage intitulé : « de Claustro animae et corporis. »
— Concile de Sens convoqué contre Abélard à la diligence de saint Bernard. Appel d'Abélard au Saint-Siège. Il meurt à Châlons pendant qu'il est en chemin pour aller à la cour romaine. Fondation du Paraclet. Il y met pour abbesse une religieuse qui avait été sa femme, savante en latin et en hébreu, et qui avait été du nombre des religieuses chassées d'Argenteuil à l'instigation de Suger. Elle fait porter le corps d'Abélard au Paraclet, et lui fait faire un tombeau avec une épitaphe. Mort de l'abbesse du Paraclet; suivant ses dernières volontés elle est ensevelie auprès d'Abélard, dont le cadavre ouvre les bras pour la recevoir.

1141.
— Roger de Sicile s'étant emparé de la Calabre et de la Pouilles, est excommunié à cause des investitures usurpées par lui. Il guerroie contre le pape qu'il fait prisonnier. Mais la paix étant faite entre eux il se fait couronner roi de Sicile; ensuite il fait la conquête de presque toute l'Afrique.
— Etienne, roi d'Angleterre, est pris par l'impératrice Mathilde; mais il ne tarde pas à s'échapper et continue à défendre contre elle ses droits a la couronne.
— Dissensions entre Innocent II et Louis le Jeune roi de France. Pierre, nommé par le pape sans le consentement du roi, archevêque de Bourges à la place du défunt archevêque Aubri, est repoussé par le roi et ne peut entrer dans la ville. Il est reçu par le comte de Champagne. Colère du roi. Il soulève tous ses barons contre le comte de Champagne et lui déclare la guerre.

1142.
— Divorce de Raoul, comte de Vermandois, qui épouse Pétronille, soeur de la reine de France Eléonore. Sur les instances de Thibaud, comte de Champagne, Raoul est excommunié par le légat Yves. Les évêques qui avaient fait le divorce sont suspendus.
L'empereur de Constantinople assiège Antioche, fait la paix avec le prince et entre dans la ville. Il prend un grand nombre d'autres places. Etant à la chasse il se blesse lui-même avec une flèche empoisonnée et meurt ; son fils Manuel lui succède.

1143.
— Vent violent qui renverse les maisons et déracine les arbres.
— Prise de Vitry par Louis le Jeune. Treize cents personnes de tout sexe et de tout âge sont brûlées avec l'église qui les renfermait. Douleur du roi ; à cette occasion il entreprend le pèlerinage de Jérusalem. Il donne Vitry à Eudes de Champagne que le comte Thibaud, son oncle, avait dépouillé de son patrimoine.
— Mort d'Innocent II auquel succède Célestin II. Le nouveau pape rétablit la paix entre le Saint-Siège et le roi de France.
— Mort de Foulque, roi de Jérusalem, qui se rompt le col en tombant de cheval à la chasse. Cet accident arrive par miracle le jour de la Saint-Martin d'été, car Foulque n'étant que comte d'Anjou, n'avait cessé de vexer l'église de Saint-Martin de Tours. Baudouin, troisième fils de Foulque, lui succède sous la tutelle de sa mère Mélisende.

1144.
— Mort de Célestin II ; Luce II lui succède.
— Saint Bernard rétablit la paix entre le roi et le comte de Champagne.
— L'impératrice Mathilde ravage l'Angleterre et moleste le roi Etienne.
— Prédications et supplice d'Arnaud de Bresse. Son portrait d'après saint Bernard.

1145.
— Prise d'Edesse par les Turcs; profanation des saints lieux, meurtre de l'évêque et massacre des habitants.
— Luce II assiège les sénateurs romains dans le Capitole ; mais il ne tarde pas à mourir. Eugène III lui succède. Biographie abrégée du nouveau pape. Les Romains s'insurgent contre lui et le forcent à se retirer en France. Miracles de saint Bernard. Il dédie au pape son livre de Considérations.
— Grande famine eu France.
— Miracles de saint Bernard en Allemagne. Immense concours de peuple qui se presse autour de lui à Spire.

1146.
— Louis le Jeune se croise à Vézelay avec les grands barons de son royaume et une multitude innombrable.
— L église de Tournai est séparée de celle de Noyon. Anselme, abbé de Saint-Vincent de Laon, est nommé évêque de Tournai par le pape Eugène III.
— Eloge de sainte Hildegarde, vierge allemande.

1147.
— L'empereur Conrad et les princes d'Allemagne prennent la croix des mains de saint Bernard. La flotte des croisés, composée de deux cents vaisseaux, part des côtes d'Angleterre le 12 avril. Elle assiège et prend Lisbonne. Treize mille Chrétiens y font périr deux cent mille cinq cents Sarrasins. Les croisés dédient une église et nomment un évêque à Lisbonne. Les corps des Chrétiens morts rendent la parole à trois muets.
L'empereur Conrad passe le Bosphore ; son armée souffre de la faim ; il est obligé de fuir devant les Turcs qui lui font essuyer des pertes considérables. Départ de Louis le Jeune et de la reine Eléonore. Après avoir traversé le Bosphore ils rencontrent l'empereur Conrad presque seul, la famine ayant fait déserter ses soldats. L'empereur reste quelque temps avec les Français. Ensuite il va passer l'hiver à Constantinople d'où l'empereur grec le fait transporter à Jérusalem.
— Suger, abbé de Saint-Denis, est chargé du gouvernement du royaume de France.

1148.
— Concile de Reims présidé par le pape Eugène III. Erreur de Gilbert de la Porée, évêque de Poitiers. Sa dispute de deux jours avec saint Bernard. Symbole de foi rédigé et signé au concile. Condamnation et soumission de Gilbert de la Porée.
— Le pape célébrant la messe après le concile, un enfant apparaît sur l'autel en place de l'hostie. Ce prodige est considéré comme un présage de grands malheurs qui ne tardent pas à s'accomplir. En effet, l'empereur Conrad ne s'échappe qu'à grand-peine de l'Orient après y avoir perdu ses troupes. Le roi de France Louis et son armée, en butte à la mauvaise foi des Grecs, aux attaques des Turcs et à la famine, en viennent à manger des ânes et des chevaux. Autres présages sinistres dans le temple de Jérusalem. Ravages exercés par les loups.
— Alphonse, comte de saint Gilles, à peine débarqué en Palestine, meurt à Césarée, empoisonné à ce qu'on croit par la reine de Jérusalem. Son fils et sa fille se réfugient auprès du comte de Tripoli ; mais à l'instigation de la même reine ils sont livrés aux Turcs.

1149.
— Retour du pape Eugène III en Italie et sa lutte contre les Romains.
Arrivée du roi de France à Antioche où il est honorablement reçu par le prince Raymond, oncle de la reine Eléonore. Celle-ci témoigne le désir de rester à Antioche pour complaire à son oncle qui, en retenant le roi de France, espérait triompher des Turcs avec plus de facilité. Le roi de France s'obstinant à partir et à emmener la reine, Eléonore déclare que leur mariage est illicite à cause de leur parenté au quatrième degré, et promet de se séparer d'elle si tel est l'avis de son conseil, mais la force à partir avec lui pour Jérusalem. De là Louis le Jeune, réuni a l'empereur Conrad, va mettre le siège devant Damas. Le siège est levé au bout de trois jours, au moment où la ville allait être prise, et cela par les intrigues des princes de Palestine. La même cause arrête le dessein du roi Louis et de l'empereur qui s'étaient réunis à Jaffa pour aller assiéger Ascalon. L'empereur retourne à Constantinople. Louis le Jeune reste une année à Jérusalem.
— Descente en Afrique, prise d'Africa par Roger, roi de Sicile.
— Réforme de sainte Geneviève.
— Expédition des empereurs Conrad et Manuel contre le roi de Sicile. Leur armée est détruite par la famine et les saisons. Conrad retourne dans sa patrie.
— Mort de saint Malachie, évêque d'Irlande.

1150.
Louis VII s'étant embarqué pour retourner en France, est pris par une flotte grecque et délivré par Georges, commandant de la flotte sicilienne, qui venait de ravager les faubourgs de Constantinople. Le roi de Sicile conduit Louis à Rome où il est solennellement reçu par le pape Eugène III. Louis VII retourne en France.

Raymond, prince d'Antioche, est pris et tué par les Turcs qui s'emparent de toutes ses villes à l'exception d'Antioche qui reste en butte à leurs attaques. Baudouin, roi de Jérusalem, marche contre eux, les défait, prend une de leurs forteresses voisines de Damas, et rend les habitants de Damas tributaires pour trois ans. Gaza reconstruite par les Templiers qui s'en servent pour inquiéter les Ascalonites.
— Engelbaud succède à Eudes dans l'archevêché de Tours.

1151.
— Nouvelle prédication de la croisade; le succès en est empêché par les moines de Cîteaux.
— Barthélemy, évêque de Laon, se fait moine à Joigny la trente-huitième année de son pontificat.
— Mort de Thibaud, comte de Champagne ; il est enterré à Lagny.
— Mort de Geoffroi, comte d'Anjou ; son fils Henri lui succède.

1152.
— Divorce de Louis VII et d'Eléonore d'Aquitaine dont l'union avait produit deux filles, Marie, depuis femme d'Henri, comte de Troyes, et Alix qui épousa Thibaud, comte de Blois. Mariage d'Henri Plantagenet avec Eléonore d'Aquitaine. Il en sort Henri, Richard et Jean, successivement rois d'Angleterre ; Geoffroi, comte de Bretagne, et quatre filles dont l'une épousa le roi de Castille et fut mère de Blanche, mère de saint Louis ; l'autre fut mariée à Alexis, empereur de Constantinople ; la troisième, mariée au duc de Saxe, mit au monde l'empereur Othon, et la dernière fut femme du comte de Toulouse, et lui donna Raymond qui fut le beau-père d'Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint louis.
Intelligences de la reine de Jérusalem avec les infidèles. Son fils Baudouin s'empare du royaume à l'exception de Naplouse qu'il lui abandonne.
— Les Moabites s'emparent de la Mauritanie et du royaume de Bougie après en avoir tué les rois; ils menacent d'envahir la Sicile, la Pouilles et Rome.
— Réconciliation du pape Eugène III avec les Romains ; il demeure à Rome pendant une année.
— Mort de Raoul, comte de Vermandois; son comté, par la faveur de Louis VII, passe à Philippe, comte de Flandre.
— Mort de l'empereur Conrad ; élection de son neveu Frédéric Barberousse. Mort d'Hugues, évêque d'Auxerre, de Josselin, évêque de Soissons et de Suger, abbé de Saint-Denis.

1153.
— Mort du pape Eugène III ; Anastase lui succède. Mort et sépulture de saint Bernard.
— Invasion de la Normandie, prise de Vernon par Louis VII. Etienne, roi d'Angleterre, attaqué par Henri, duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou et de Poitiers. Découragé par la mort de son fils Eustache, il traite avec l'impératrice Mathilde et avec son fils Henri, et adopte ce dernier en lui abandonnant le gouvernement de l'Angleterre.
Prise d'Ascalon par Baudouin, roi de Jérusalem.
— Eloge de Pierre Lombart, d'Eudes de Soissons, d'Yves de Chartres. Ouvrages de Pierre Lombart.

1154.
— Mort de Roger, roi de Sicile; son fils Guillaume Ier lui succède.
— Mort d'Etienne, roi d'Angleterre. Henri, duc de Normandie, est couronné à sa place. Il ajoute à ses immenses possessions une partie de l'Irlande.
— Mort du pape Anastase. Election d'Adrien, Anglais de nation. Adrien donne la couronne impériale à Frédéric, roi des Romains, malgré l'opposition de ces derniers.
— Mariage de Louis VII et de Constance, infante de Castille. Sacre de la reine à Orléans, par Hugues, archevêque de Sens. Controverse à ce sujet entre l'archevêque de Sens et Samson, archevêque de Reims.
— Louis VII eut de Constance une fille nommée Marguerite, qui fut tour à tour femme d'Henri au Court Mantel, et de Bela, roi de Hongrie.

1155.
— Tremblement de terre en Bourgogne la nuit du 18 janvier.
— Prise de Thanis, ville d'Egypte, par Guillaume, roi de Sicile. Le même prince, surpris au retour par la flotte grecque, la défait et s'empare de cent quarante vaisseaux.

1156.
— Guillaume, roi de Sicile, extermine des Moabites qui s'étaient emparés de Pouzzoles en Italie.
Assassinat du sultan d'Egypte.
L'assassin fuyant avec les trésors est pris par les Templiers en même temps que son fils.
— Succès de l'empereur Frédéric en Italie.
— Exemption en faveur de l'église de Sens des droits dus au roi pendant la vacance du siège.

1157.
— L'empereur Frédéric prend en Italie beaucoup de villes et de châteaux. Il assiège Milan qui l'arrête pendant sept années.
— Mort d'Engelbaud, archevêque de Tours, auquel succède un breton nommé Josse.
— Marguerite, fille de Louis VII et de Constance, est promise en mariage au fils aîné du roi d'Angleterre.

1158.
— Visions de sainte Elizabeth, religieuse saxonne.
— Eloge de Thibaud, d'ancien moine de l'abbaye du Bec, en Normandie, devenu archevêque de Cantorbéry. C'est lui qui fait nommer chancelier du roi d'Angleterre, Thomas Becket, alors archidiacre de Cantorbéry.
— Signe de la croix dans la lune. Apparition de trois soleils.

1159.
— Mort du pape Adrien. Election de deux papes, savoir : du chancelier Rolland qui prend le nom d'Alexandre, et d'Octavien qui se fait appeler Victor. Ce dernier est reconnu par l'empereur. La France et l'Angleterre embrassent le parti d'Alexandre III.

1160.
— Eclipse de lune. Mort de la reine Constance. Mariage de Louis VII avec Adèle, fille de Thibaud, comte de Champagne. Sacre de la nouvelle reine par Hugues, archevêque de Sens.
— Commencement des miracles de Notre-Dame de Rocamadour.

1161.
— Mort de Guillaume III, comte de Nevers. Son fils et successeur Guillaume IV est attaqué par les comtes de Joigny et de Sancerre, mais l'emporte sur eux.
— Henri, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, marche contre la ville de Toulouse où il voulait assiéger le comte Raymond V ; mais apprenant que Louis VII est dans la ville, il n'ose assiéger son seigneur et se retire.

1162.
Amauri succède à Baudouin son frère, roi de Jérusalem, mort sans postérité.
— Grande famine dans la France entière.
— Milan se rend à l'empereur Frédéric qui détruit les murs et les tours. Reinaud, archevêque de Cologne, fait transporter dans sa ville archiépiscopale les corps des trois mages qui, portés d'abord à Constantinople, avaient été dans la suite transférés à Milan.
— Le pape Alexandre se réfugie en France.
— Saint Thomas est consacré archevêque de Cantorbéry.

1163.
— Alexandre III préside un concile à Tours. Il séjourne ensuite à Sens pendant une année et demie.
— Exil de saint Thomas de Cantorbéry. Il vient à Sens exposer au pape les causes de son exil. Le pape le félicite d'avoir défendu l'Eglise contre les attaques d'un tyran ; condamne les taxes exigées par Henri II, excommunie ceux qui les paient et ceux qui les reçoivent. Saint Thomas se retire à Pontigny où il séjourne deux années. Ensuite il s'établit dans l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens aux frais du roi de France.
— Alexandre III consacre l'autel de Saint-Pierre et Saint-Paul dans l'église de Saint-Étienne à Sens, et dédie l'église de Sainte-Colombe.
— Victoire de Guillaume IV, comte de Nevers, sur Etienne, comte de Sancerre.

1164.
— Persécutions d'Henri roi d'Angleterre contre les parents de Thomas, archevêque de Cantorbéry. Il les dépouille de tous leurs biens et les chasse du royaume, après leur avoir fait jurer d'aller à Pontigny, attrister le saint archevêque par le spectacle de leur misère.

1165.
— Alexandre III retourne à Rome où il est honorablement reçu.
— Naissance de Philippe Auguste. Vision de Louis VII avant la naissance de son fils.
— Guichard, abbé de Pontigny, est élu archevêque de Lyon.

1166.
— Ravages exercés par les loups dans le Rouergue.
— Henri, frère du roi de France, d'abord moine de Clairvaux, ensuite évêque de Beauvais, devient archevêque de Reims.

1167.
— Siège de Rome par l'empereur Frédéric. La peste fait périr l'armée allemande.
— Mort de l'impératrice Mathilde, mère du roi d'Angleterre. Mort de Guillaume Ier roi de Sicile, auquel succède son fils Guillaume II.
— Mort d'Amauri, d'abord abbé de Chaalis, ensuite évêque de Senlis.

1168.
— Peste à Jérusalem. Guillaume comte de Nevers y succombe. Son frère Gui lui succède.
— Quelques seigneurs siciliens, en haine du chancelier de Sicile qui était français, font mettre à mort tous les Français qui étaient dans la pouilles et la Calabre. Ils sont eux-mêmes punis de mort par ordre du roi.

1169.
— Catane est renversée par un tremblement de terre qui fait périr l'évêque, son clergé, l'abbé de Milet avec quarante moines et près de quinze cents habitants.
— Henri roi d'Angleterre, en haine de saint Thomas archevêque de Cantorbéry, qui était à Sens, et malgré ses protestations, fait sacrer son fils aîné Henri par Roger évêque d'York.
— A Hugues, archevêque de Sens, succède Guillaume (aux blanches mains) fils de Thibaud comte de Champagne, frère d'Adèle reine de France. Il est sacré à Sens par Maurice de Sully, évêque de Paris.

1170.
— Tremblement de terre en Orient. Destruction d'une grande partie de la ville d'Antioche.
— Henri roi d'Angleterre, à l'instigation du pape et du roi de France, rappelle saint Thomas en Angleterre, mais il évite de recevoir de lui le baiser de paix.

1171.
— Amauri, roi de Jérusalem, envahit l'Égypte, et soumet au tribut Molan, prince païen.
— Meurtre de saint Thomas, archevêque de Cantorbéry.

1172.
Saladin, brigand de Damas, fait chevalier par Honfroi de Thoron, tue en trahison Molan roi d'Egypte (1) et s'empare de son royaume.
1. Ce Molan n'est probablement pas différent de Adhed, le dernier des califes fatimides.
— Canonisation de saint Thomas de Cantorbéry. Guerre entre Henri roi d'Angleterre, la reine sa femme, et leurs trois fils Henri, Richard et Geoffroi.

1173.
— Apparition d'armées de feu dans les airs.
— Les fils d'Henri roi d'Angleterre continuent la guerre contre leur père ; avec le secours du roi de France et de ses barons, ils ravagent la Normandie.
— Mort de Josse, archevêque de Tours; il laisse a peine de quoi fournir à ses funérailles. Il a pour successeur Barthélemy, homme d'une illustre famille et d'une grande éloquence. Celui-ci soumet enfin, après une longue lutte, l'évêque de Dol depuis longtemps rebelle à l'autorité métropolitaine.
— Eloge et ouvrages de Pierre Comestor.

1174.
Mort d'Amauri, roi de Jérusalem ; Baudouin IV son fils lui succède.
Mort de Nour-ed-din, sultan de Damas; Saladin épouse sa veuve, chasse ses héritiers et s'empare de ses Etats. Ce même prince se rend maître d'Edesse, de Djézireh, et recule jusqu'à l'Inde les limites de son empire.
— Accord entre le roi d'Angleterre et ses enfants, en présence du roi de France.
— Inondations extraordinaires. Horrible famine. Ces fléaux sont, au dire de beaucoup de gens, des avant-coureurs de l'Antéchrist.

1175.
— Mort d'Henri, archevêque de Reims, frère de Louis VII. Il est remplacé par Guillaume, archevêque de Sens, frère de la reine Adèle. Gui est élu archevêque de Sens.
— Traité d'union entre les moines de Saint-Martin-des-Champs de Paris, et les chanoines de Saint-Martin de Tours.

1176.
— Grande famine en France. Pour secourir les pauvres, on engage les ornements d'église, on dépouille les châsses des saints. Charité de l'ordre de Cîteaux.
— Eloge de Maurice de Sully, évêque de Paris.

1177.
— Eclipse de soleil.
— Saint Anseaume évêque de Bellei. Miracle arrivé à son tombeau.
— Construction d'un pont sur le Rhône à Avignon.

1178.
— Frédéric Barberousse abjure le schisme qui avait duré seize ans et fait la paix avec le pape Alexandre.
— Jérusalem est attaquée par une innombrable armée de Sarrasins, qui sont vaincus et mis en fuite par les Chrétiens bien inférieurs en nombre.

1179.
— Concile de Latran présidé par le pape Alexandre.
Les Turcs s'emparent d'un château très-fort, que les Templiers, avec l'aide du roi de Jérusalem, avaient construit au lieu appelé Gué de Jacob.
Mariage d'Agnès, fille de Louis VII, avec le fils de l'empereur de Constantinople.
— Philippe (Auguste), fils du roi de France, est sacré à Reims du vivant de son père. Louis VII tombe en paralysie.
— Mort et épitaphe de Pierre Comestor.

1180.
— Mariage du jeune roi Philippe de France avec Isabelle de Hainaut, qui lui apporte la ville d'Arras et toute la terre qui avait appartenu au comte de Hainaut son père sur les bords de la Lis. Sacre de la jeune reine. Mécontentement de la reine mère Adèle et de ses frères. Une guerre s'élève entre eux et Philippe, mais elle n'est pas de longue durée.
— Mort de Louis VII. Il est enterré à l'abbaye de Barbeaux. Eloge de ce prince.
Mort de Manuel empereur de Constantinople. Son fils Manuel lui succède.
— Guerre entre l'empereur Frédéric et le duc de Saxe.
— Mort de Guérin archevêque de Bourges, et de Jean évêque de Chartres qui avait écrit la passion de saint Thomas de Cantorbéry dont il était disciple.
— Piété et visions miraculeuses d'une jeune malade de Cudot, dans le territoire de Sens.

1181.
Henri comte de Champagne, en revenant de Jérusalem, est pris par les Daces et délivré par les Grecs; il meurt en arrivant en Champagne.
Le jeune Baudouin, roi de Jérusalem, tombe malade de la lèpre.
— Transformation miraculeuse de la sainte hostie à Orléans, en Bourgogne, à Braine, à Vendôme et à Arras. Henri évêque d'Albane est envoyé par le pape Alexandre dans la Gascogne pour y détruire l'hérésie. Le légat procède contre les hérétiques par la prédication et par les armes.
— Traité de paix entre l'empereur Frédéric et le duc de Saxe. Ce dernier ne devant, d'après le traité, ravoir son duché qu'après sept ans d'exil, se retire auprès de son beau-père le roi d'Angleterre, avec sa femme et ses enfants.
— Mort d'Alexandre III. Election de Luce III.
— Ligue de Philippe comte de Flandre, du duc de Bourgogne, de Guillaume archevêque de Reims, de Thibaud comte de Blois, d'Etienne comte de Sancerre, contre le roi de France. Philippe Auguste prend des Brabançons à sa solde, et ravage les terres du comté de Sancerre.

1182.
— Frédéric Barberousse lève des troupes pour aider les seigneurs de France révoltés contre leur roi ; mais le roi d'Angleterre se range avec ses enfants du parti de Philippe Auguste, et ménage un traité de paix entre ce dernier et ses barons.
A Constantinople, Andronic s'arrogeant violemment la tutelle du jeune empereur, soulève le peuple contre les Latins et les Francs qui sont presque tous massacrés. A la faveur du tumulte, Andronic s'empare du palais, dont le portique est incendié avec beaucoup d'autres édifices.
— Eloge et vision de Pierre le Borgne, abbé de Clairvaux.

1183.
Andronic fait noyer le jeune empereur de Constantinople et usurpe le pouvoir.
— Mort et sépulture du jeune roi d'Angleterre Henri (au Court Mantel).
— Les Romains se soulèvent contre le pape Luce III, le chassent de la ville et accablent d'outrages ses partisans. Le pape se retire à Vérone pour y attendre des secours de l'empereur.
Saladin envahit les environs de Jérusalem, tue et fait prisonniers beaucoup de Chrétiens. Bientôt ayant éprouvé des pertes, il se retire après avoir conclu une trêve.
— Philippe Auguste chasse les Juifs des synagogues de son royaume et en convertit la plupart en églises. Il fait environner de murs le bois de Vincennes. Il fait bâtir des halles, et crée un marché à Paris sur la place des Champeaux.
— Plus de sept mille Cottereaux sont massacrés dans le Berri par une association de gens du pays. Barbarie de ces brigands contre les ecclésiastiques. Détails de leur sacrilège rapacité dans les églises. Hérétiques de Flandre ; un grand nombre d'entre eux sont brûlés par ordre du comte et de Guillaume archevêque de Reims.

1184.
— Guerre entre Philippe Auguste et Philippe comte de Flandre, au sujet du Vermandois. Par un traité, le comte renonce au Vermandois, à l'exception des châteaux de Péronne et de Saint-Quentin dont on lui laisse la jouissance durant sa vie.
— Héraclius, patriarche de Jérusalem, et le prieur des Hospitaliers d'outre-mer viennent en France demander du secours pour la Terre-Sainte contre les Sarrasins. Le roi, a leur prière, expédie à ses frais en Palestine de valeureux chevaliers, avec une innombrable multitude de fantassins.
— Philippe Auguste fait paver en pierres dures les rues de Paris.

1185.
Baudouin IV, roi de Jérusalem, meurt après avoir institué pour son héritier Baudouin V, fils de Sybille sa soeur, sous la tutelle de Raimond comte de Tripoli.
Guerre par terre et par mer entre Guillaume roi de Sicile, et Andronic empereur de Constantinople. Guillaume s'empare de Salonique et de plusieurs autres villes.
— Tremblement de terre à Uzès. Eclipses de lune.
Cruautés d'Andronic, empereur de Constantinople, contre les nobles de son empire. Il s'attire la haine de tous ses sujets. Isaac l'Ange, de la race impériale, se fait couronner empereur par le patriarche de Constantinople. Il attaque Andronic et le fait horriblement mutiler.
— Mort du pape Luce III. Election d'Urbain III.

1186.
— Mort et sépulture de Geoffroi comte de Bretagne, fils d'Henri Plantagenet.
— Philippe Auguste force le duc de Bourgogne à lever le siège de Vergi.
— Mariage d'Henri, fils de l'empereur Frédéric, avec Constance soeur de Guillaume roi de Sicile. Henri reçoit de son père le titre de roi des Romains.
Mort du jeune Baudouin, roi de Jérusalem. Gui de Lusignan, mari de Sybille, mère de Baudouin, succède à ce dernier. De là, de graves dissensions entre le nouveau roi et le comte de Tripoli qui avait eu la tutelle de Baudouin.
— Mariage de Marguerite, soeur de Philippe Auguste et veuve d'Henri au Court Mantel, avec Bela roi de Hongrie.
— Reinaud, prince d'Antioche, rompt la trêve conclue entre les Chrétiens et les Turcs, en attaquant, dépouillant et faisant prisonnière une riche et nombreuse troupe de Turcs qui, sur la foi de la trêve, passait sur les terres des Chrétiens pour se rendre de Damas en Egypte.
— L'abbé Joachim se rend à Vérone auprès du pape Urbain III, pour soumettre divers ouvrages à la censure du souverain pontife. Interprétations de l'abbé Joachim sur quelques points des Ecritures, dont l'intelligence lui avait été miraculeusement révélée.

1187.
Défaite des Chrétiens par les Turcs dans la Palestine. Mort de Roger des Moulins, maître des Hospitaliers. Un grand nombre de Templiers sont tués ou pris.
— Dissensions entre les rois de France et d'Angleterre. Richard Coeur de Lion, à l'instigation du roi son père, refuse de rendre hommage à Philippe Auguste pour le comté de Poitiers. Philippe Auguste réclame vainement Gisors et les autres châteaux du Vexin normand, qui avaient été donnés en dot à Marguerite, lors de son mariage avec Henri au Court Mantel, et qui devaient revenir au roi de France à défaut d'enfants de ce mariage. Philippe entre en Aquitaine à la tête d'une armée, s'empare d'Issoudun et de plusieurs autres places, et ravage le pays jusque sous les murs de Châteauroux où était le roi d'Angleterre. Traité de paix entre les deux rois.
Saladin attaque la Galilée et forme le siège de Tibériade.
Gui roi de Jérusalem, les Templiers, les Hospitaliers, les évêques, les seigneurs et le peuple, marchent ensemble à l'ennemi. Le sultan abandonne le siège, et se retire à quatre milles de la ville. Bataille de Tibériade. Situation désavantageuse des Chrétiens. Conseil fatal du comte de Tripoli. Défaite de l'armée chrétienne. Fuite du comte de Tripoli. Prise du roi Gui de Lusignan. Perte de la vraie croix. Massacre des Hospitaliers et des Templiers.
Causes du désastre de Tibériade. Renaud de Châtillon, tuteur du prince d'Antioche, est décapité de la main même de Saladin.
Le sultan partage le butin, en fait porter à Damas la meilleure partie, et rend grâces à Dieu de sa victoire. Prise de Ptolémaïs par les Turcs. Clémence du vainqueur.
Conrad de Montferrat, après avoir débarrassé, à Constantinople, Isaac l'Ange son beau-frère d'un de ses compétiteurs à l'empire, se rend à Jérusalem. Apprenant que Saint-Jean-d'Acre est au pouvoir des Turcs, il débarque à Tyr, et entreprend de défendre cette ville. Le comte de Tripoli qui s'y était réfugié après la bataille de Tibériade, devenu l'objet des soupçons de tous, est obligé d'en, sortir, et se retire à Tripoli. Saladin le somme de faire ratifier par ses sujets le traité qu'il a fait avec lui. Les habitants de Tripoli refusent d'abord le serment. Le comte meurt de mort subite. En le dépouillant, on s'aperçoit qu'il s'était fait circoncire. Le comté de Tripoli passe au fils du prince d'Antioche.
— Exploits de Conrad de Montferrat à Tyr.
— Naissance de Louis, fils de Philippe Auguste.
Saladin, maître de Saint-Jean-d'Acre, s'empare de Beryte (Beyrouth) et de Sidon, mais il est repoussé devant Tyr. Il prend Ascalon par composition, et rend la liberté au roi Gui et a quinze de ses principaux prisonniers. Eclipse de soleil. Les Turcomans attaquent Laodicée, pillent et ravagent les environs d'Antioche; mais ils sont défaits dans leur retraite par les habitants de cette ville.
Siège de Jérusalem par Saladin. Prise de la ville. Conditions imposées par le vainqueur. Les Turcs brisent les cloches et changent les églises en écuries. Les Syriens rachètent l'église du Sépulcre. Saladin fait laver le temple avec de l'eau de rose. Libéralité du sultan. Sort de la population de la ville sainte.
— Douleur que cause en Occident la prise de Jérusalem. Le pape Urbain III en meurt de chagrin. Election et mort prématurée du pape Grégoire VIII. Clément III lui succède.
— Traité de paix entre l'empereur grec et le roi de Sicile.

1188.
Gui, roi de Jérusalem, remis en liberté par Saladin, débarque à Tyr; mais, repoussé par le marquis Conrad, il séjourne pendant un an, tantôt à Antioche, tantôt à Tripoli, attendant les secours d'Occident.
— Philippe Auguste et Henri Plantagenet se croisent à l'instigation de l'archevêque de Tyr. Leurs barons et une foule innombrable de leurs sujets imitent leur exemple. L'empereur Frédéric prend aussi la croix. Dans tout l'empire, dans tout l'univers, on se voue au saint pèlerinage.
— Etablissement de la dîme saladine. Inconvénients qui en résultent pour les églises. Obstacles à la sainte entreprise. Dissentiments entre les princes. Richard Coeur de Lion réveille les anciennes querelles de son père et de Philippe Auguste. Le roi de France envahit l'Auvergne et soumet le pays. Le roi d'Angleterre entre en Normandie, brûle la ville de Dreux et tous les villages situés entre Dreux et Gisors. Philippe se met à sa poursuite, s'empare en passant de Vendôme, et chasse du château de Trou le roi d'Angleterre et son fils. Trêve entre les deux parties.
Les Templiers, les Hospitaliers et beaucoup d'autres guerriers courageux s'embarquent pour aller au secours de la Terre-Sainte. Le roi de Sicile équipe une flotte pour assurer le passage des pèlerins et les défendre des pirates.
— Sécheresse inouïe. Incendies à Tours, Chartres, Beauvais, Auxerre, Troyes et Provins.
Saladin fortifie les places dont il s'est emparé. Il attaque de nouveau la ville de Tyr. Tantôt, pour décider Conrad à rendre la ville, Saladin offre de rendre la liberté au marquis de Montferrat, qu'il avait pris à la bataille de Tibériade, tantôt il menace de lui ôter la vie. Conrad reste inflexible. Le sultan, après avoir éprouvé bien des pertes, est contraint de lever le siège.

1189.
— Les archevêques de Ravenne et de Pise débarquent à Tyr avec une armée d'Italiens.
— Départ de l'empereur Frédéric et de son fils le duc de Souabe pour la Terre-Sainte. Ils passent en Hongrie, traversent le Danube et se dirigent vers la Thrace par la Bulgarie. L'empereur grec leur refusant le passage, ils entrent en Grèce, s'emparent d'une partie du pays, et y séjournent quelque temps. Les Frisons et les Daces envoient cinquante vaisseaux en Terre-Sainte. Ils sont suivis par trente-sept vaisseaux flamands, qui, passant en Espagne, assiègent Silves, ville sarrasine des Algarves, la prennent après quarante jours de siège, en massacrent tous les habitants, et s'étant partagé le butin, laissent la ville au roi de Portugal. Beaucoup de guerriers renommés partent aussi de la France et de la Champagne pour l'Orient.
— La guerre continue entre les rois de France et d'Angleterre. Prise de Tours par Philippe Auguste et les Manceaux. Paix entre les deux rois. Henri Plantagenet meurt du chagrin que lui causent ses défaites et la rébellion de son fils Richard. Il est enseveli à Montrevault. Son éloge. Sacre de Richard Coeur de Lion à Londres.
Karac, après deux ans de siège, se rend à Saladin, qui, en retour, donne la liberté à Honfroi de Thoron et à Girard grand-maître des Templiers. Echange du marquis de Montferrat avec un prisonnier sarrasin.
— Siège d'Acre par Gui roi de Jérusalem. L'armée assiégeante est elle-même bloquée par les Turcs. La dysenterie se met parmi les Chrétiens. Mort de Sybille reine de Jérusalem, et de ses quatre fils. Le royaume passe à Isabelle, femme d'Honfroi de Thoron. Elle quitte son mari, et donne sa main au marquis Conrad, qui devient par là roi de Jérusalem.
— Guillaume roi de Sicile meurt sans laisser d'héritiers. Henri, fils de l'empereur Frédéric, prétend au royaume de Sicile par droit de parenté, et en vertu d'une promesse qui lui aurait été faite. Les seigneurs siciliens élisent Tancrède pour leur roi. Troubles et guerres occasionnés par cette élection.
— Mort de la reine Elisabeth (ou Isabelle) femme de Philippe Auguste.

1190.
— Départ pour la Terre-Sainte des rois de France et d'Angleterre, des seigneurs, des évêques et des chevaliers du royaume de France. Plusieurs vaisseaux sont repoussés sur le bord par la tempête, quelques autres sont submergés. Philippe Auguste et Richard passent l'hiver à Messine en Sicile; prédictions de l'abbé calabrais Joachim.
— Accord de l'empereur Frédéric et d'Isaac l'Ange, empereur grec. Frédéric passe le Bosphore et traverse l'Asie, où il souffre beaucoup de la disette et des attaques de l'ennemi. Il ravage les environs d'Iconium. Il tombe dans une embuscade où il défait une armée innombrable de Turcs. Sa mort, son éloge. Retour de l'armée allemande à Antioche. La mortalité la réduit à un petit nombre de soldats. Le duc de Souabe ensevelit à Tyr le corps de l'empereur son père, et va mourir lui-même au siège d'Acre. Philippe comte de Flandre, Thibaud comte de Blois, Etienne comte de Sancerre, et une foule d'autres seigneurs périssent aussi devant Acre.

1191.
— Mort du pape Clément. Election et consécration du diacre Jacinthe qui prend le nom de Célestin. Le nouveau pape donne la couronne impériale à Henri, fils de l'empereur Frédéric.
— Richard refuse, malgré la sommation de Philippe Auguste, de partir avec lui pour la Terre-Sainte au mois de mars. Il refuse même d'épouser la soeur du roi de France ainsi qu'il l'avait juré. Philippe part seul, arrive devant Acre et se voit reçu par les assiégeants comme un ange sauveur. Pendant ce temps, Richard fait la conquête de l'île de Chypre. Philippe attend Richard pour pousser le siège d'Acre, ainsi qu'ils en étaient convenus. Richard arrive, et de nombreuses dissensions éclatent entre les deux rois au sujet des opérations du siège. Philippe n'en continue pas moins à battre les murailles de la ville dont les habitants se rendent enfin à lui le 13 juillet après deux ans de siège. Des Turcs qu'on trouve dans la ville, les uns se rachètent, les autres sont réduits en esclavage ; d'autres enfin sont massacrés. Terreur que répand la prise d'Acre. Les ennemis abandonnent, après les avoir détruits, Ascalon et plusieurs autres châteaux.
— L'empereur Henri assiège Naples, mais la maladie le force à rentrer en Allemagne.
— Extraction de la tête du bienheureux martyr Denys, à l'abbaye de Saint-Denis en France. Histoire de cette sainte relique.
— Dissensions entre les rois de France et d'Angleterre. Philippe Auguste laisse son armée au duc de Bourgogne et retourne en France. Richard reste en Palestine, délivre les Chrétiens renfermés dans Jaffa, et se signale par divers autres exploits.

1192.
Trêve de trois ans entre Saladin et nos soldats, à condition que ceux-ci démoliront de nouveau Ascalon qu'ils avaient fait reconstruire. Assassinat du marquis Conrad. Mort du duc de Bourgogne. Mariage d'Henri comte de Champagne avec la veuve de Conrad. Vente de l'île de Chypre par Richard Coeur de Lion à Gui de Lusignan, ancien roi de Jérusalem.

1193.
— Captivité de Richard, roi d'Angleterre, en Allemagne.
Mort de Saladin, sultan du Caire et de Damas. Contestations entre ses enfants.
— Philippe Auguste prend le château de Gisors, brûle, détruit ou fortifie pour son compte bon nombre d'autres châteaux en Normandie. Mariage de Philippe Auguste et d'Ingeburge, soeur du roi de Danemark. Subite aversion de Philippe pour sa nouvelle épouse.
— Mort de Gui, archevêque de Sens, auquel succède Michel, doyen de l'église de Paris.

1194.
— Délivrance et retour du roi Richard; il reprend le château de Loches et plusieurs autres dont le roi de France s'était emparé. Il chasse les chanoines de Saint-Martin de Tours, et s'empare de leurs biens.
— Mort de Tancrède, roi de Sicile et de son fils Roger. Conquête de la Pouilles et de la Sicile par l'empereur Henri.
— Prise de Verneuil; incendie d'Evreux par Philippe Auguste.

1195.
— L'empereur Henri laisse à Palerme sa femme et son fils Frédéric. Il quitte la Sicile, emmenant avec lui la veuve et le fils de Tancrède, et emportant les trésors des rois de Sicile.
— Invasion de l'Espagne et défaite du roi de Castille par une innombrable armée de Sarrasins.
— Violente famine en France durant quatre années.
— Philippe Auguste renverse de fond en comble le château du Vaudreuil. Il donne sa soeur Alix en mariage au comte de Ponthieu. Les rois de France et d'Angleterre, à la tête de leurs armées, se rencontrent dans le Berri, près d'Issoudun. Au moment où les deux armées s'attendent à en venir aux mains, Richard va trouver Philippe et lui fait hommage pour le duché de Normandie et les comtés d'Anjou et de Poitiers. Paix entre les deux rois.
— Commencement des prédications de Foulques de Neuilly.

1196.
— Inondations subites pendant le mois de mars.
— Grand mouvement en Allemagne pour la délivrance de la Terre-Sainte. L'archevêque de Mayence, le duc de Saxe et plusieurs évêques et seigneurs prennent la croix. L'empereur Henri fournit des vaisseaux et des vivres.
— Divorce entre Philippe Auguste et la reine Ingeburge.
— Richard roi d'Angleterre, au mépris de ses serments, prend et détruit entièrement le château de Vierzon en Berri. Philippe Auguste assiège Aumale. Pendant ce temps, Richard se fait livrer à prix d'argent le château de Nonancourt. Philippe presse le siège d'Aumale, s'empare enfin de ce château, et le détruit de fond en comble. Ensuite il assiège Nonancourt, le prend, et le confie à la garde de Robert, comte de Dreux.
— Mort de Maurice, évêque de Paris, auquel succède Eudes de Sully. Eloge de l'évêque Maurice. Abbayes fondées par lui. Sa profession de foi.

1197.
— Rupture de la trêve par les croisés allemands qui assiègent et prennent Beryte (Beyrouth). Les Turcs irrités envahissent Jaffa, massacrent les habitants, et rasent le château.
— Mariage de Philippe Auguste avec Marie (ou Agnès) de Méranie.
— Baudouin comte de Flandre et Reinaud comte de Boulogne s'allient avec le roi d'Angleterre contre Philippe Auguste.
— Mort de la reine de Hongrie, soeur du roi de France.
— Mort d'Henri comte de Champagne, qui était roi de Jérusalem du chef de sa femme Isabelle. La mère d'Henri, nommée Marie, qui gouvernait le comté de Champagne, meurt de chagrin en apprenant la mort de son fils et celle de sa soeur la reine de Hongrie. Thibaud, frère d'Henri, devient comte de Champagne. Mariage d'Amauri de Lusignan roi de Chypre avec la reine Isabelle, veuve d'Henri de Champagne. Tous deux reçoivent à Acre la couronne de Jérusalem.
— Mort de Pierre le Chantre à Longpont.
— Le pape Célestin jette l'interdit sur la France à cause du divorce du roi. Mort de Célestin auquel succède Innocent III. Travaux de ce dernier pape.
— L'empereur Henri meurt à Messine en Sicile, laissant sa femme et son jeune fils Frédéric aux mains d'Innocent III, mais après avoir confié la régence de l'empire à Philippe duc de Souabe son frère. Les Allemands qui l'avaient suivi regagnent leur pays.

1198.
— Dissensions entre les princes allemands. Les uns veulent pour empereur Philippe, frère du défunt empereur Henri, les autres, Othon, frère du duc de Saxe et neveu du roi d'Angleterre. Philippe se rend maître de la plus grande partie de l'empire. Otnon ne cesse de l'attaquer avec le secours du roi Richard.
— Fondation de l'abbaye de Saint-Antoine par Foulques de Neuilly.
— Vin changé en sang pendant la messe à Rosoi en Brie. Résurrection d'un soldat dans le Vermandois. Rosée de miel. Tempête effroyable dans le diocèse de Paris. La grêle détruit les bois, les vignes et les moissons depuis Tremblai jusqu'à Chelles.
— Philippe Auguste rappelle les Juifs et persécute les églises. Richard envahit le Vexin normand, ravage les environs de Gisors, brûle Courcelles et plusieurs autres villages et se retire avec un butin considérable.

1199.
— Mort de Richard roi d'Angleterre, auquel succède son frère Jean sans Terre. Richard est enterré à Fontevrault.
— Philippe Auguste prend Evreux, Avrilli, Acquigni et ravage toute la Normandie jusqu'au Mans. Le jeune Arthur comte de Bretagne et neveu du roi d'Angleterre s'empare du comté d'Anjou et vient au Mans faire hommage à Philippe Auguste. La reine Eléonore fait aussi hommage au roi de France pour le duché d'Aquitaine et le comté de Poitiers. Trêve entre les rois de France et d'Angleterre.
— Mort d'Henri, archevêque de Bourges ; il est remplacé par Guillaume, abbé de Chaalis. Mort de Michel archevêque de Sens, auquel succède Pierre de Corbeil, ancien didascale du pape Innocent et évêque de Cambrai.
— Philippe sévit contre les évêques qui gardent l'interdit jeté sur le royaume ; il les chasse de ses terres avec leurs chanoines et leurs clercs. Ingeburge est enfermée dans le château d'Etampes. Le roi exige le tiers des biens des vassaux de ses chevaliers, et lève violemment sur ses bourgeois des tailles énormes.

1200.
— Traité de paix entre le roi de France et le roi d'Angleterre. Mariage de Louis, fils aîné de Philippe Auguste, avec Blanche de Castille, nièce du roi d'Angleterre. En considération de ce mariage, Jean sans Terre donne au jeune Louis toutes les villes et châteaux qu'avait pris Philippe Auguste, et même toute la terre que lui Jean possédait en deçà de la mer au cas qu'il mourût sans héritiers.
Cursath, empereur de Constantinople, est détrôné par son frère Alexis, qui lui fait arracher les yeux et l'enferme dans une prison. L'usurpateur donne l'ordre de faire subir le même traitement au fils de Cursath, nommé Alexis. Celui-ci se réfugie auprès de l'empereur Philippe, son beau-frère.

1201.
— Octavien évêque d'Ostie, et Jean évêque de Velletri, légats du pape en France, obtiennent une réconciliation telle quelle entre Philippe Auguste et Ingeburge. Levée de l'interdit Concile de Soissons. Philippe Auguste quitte la ville un matin sans prévenir personne, et emmène avec lui la reine Ingeburge. Dissolution du concile. Marie de Méranie meurt de chagrin à Poissy. Innocent III légitime les deux enfants qu'elle avait eus de Philippe Auguste.
— Thibaud comte de Troyes meurt laissant deux enfants de sa femme soeur du roi de Navarre.
— Dédicace de l'église de Mirebeau en Poitou.
— Gauthier comte de Brienne, ayant épousé la fille de Tancrède roi de Sicile, va réclamer à Rome du pape Innocent les droits héréditaires de sa femme. Avec le secours du souverain pontife, il soumet une partie de la Campanie, et remporte plusieurs victoires sur le tyran Thibaud qui occupait le pays.

1202.
— La guerre se rallume entre les rois de France et d'Angleterre. Philippe Auguste détruit le fort de Boutavant, incendie Argueil, Mortemer et Gournay, prend Conches, les Andelys et le Vaudreuil. Enfin, il s'empare de Château Gaillard après un siège de six mois.
— Mort de Foulque de Neuilly. Départ pour la Terre-Sainte d'une foule de pèlerins qui s'étaient croisés à la voix de Foulque. Leurs vaisseaux ballottés pendant tout l'été dans le détroit de Gibraltar ne peuvent dépasser le port de Marseille. Louis comte de Blois, Baudouin comte de Flandre, et plusieurs autres nobles et prélats qui avaient pris la croix, arrivent à Venise après bien des dangers. Des contestations survenues entre les Vénitiens et les croisés empêchent ces derniers d'exécuter leur pèlerinage.
— Tremblement de terre en Orient. Désastres causés par cet événement à Acre, à Tyr, à Arka, à Tripoli. Tortose, où saint Pierre construisit, dit-on, la première église en l'honneur de la sainte Vierge, n'éprouve aucun dommage. Stérilité, mortalité. Mort de Guillaume archevêque de Reims et de son neveu Rotrou évêque de Châlons.
— Arthur comte de Bretagne, fait chevalier par Philippe Auguste et envoyé par lui pour soumettre l'Aquitaine, tombe entre les mains de Jean roi d'Angleterre, qui, dit-on, le fait périr secrètement. Cité plusieurs fois, à raison de ce fait, devant le roi de France, le roi Jean refuse de comparaître ; il est néanmoins condamné par les pairs, et ses biens sont confisqués. Constance, comtesse de Bretagne, épouse Gui de Thouars qui meurt de la lèpre quelque temps après, laissant de ce mariage une fille, laquelle devint femme de Pierre Mauclerc, fils de Robert comte de Dreux, et lut apporta le comté de Bretagne.
— Emigration des Tartares.

1203.
— Philippe Auguste rentre en Normandie ; il prend Falaise, Domfront, Caen et tout le pays jusqu'au Mont-Saint-Michel. Les Normands se soumettent et lui livrent Coutantes, Bayeux, Lisieux, Avranches, Rouen, Arques et Verneuil restent à l'Anglais.
Siège, prise et incendie de Zara par les Vénitiens et nos croisés. Alexis, fils de Cursath, implore le secours des croisés. Il promet de payer leurs dettes, de soumettre l'église d'Orient au souverain pontife et de secourir la Terre-Sainte. Ces conditions sont acceptées et jurées. Les croisés et les Vénitiens vont à Constantinople. Ils prennent la tour des Galates, rompent les chaînes du port, se répandent dans les environs de la ville, et forcent les Grecs qui les rencontrent de s'y réfugier. L'usurpateur se présente à la tête d'une armée innombrable ; mais tout à coup la terreur le gagne ; il se retire sans combattre à Constantinople, d'où il s'échappe au milieu de la nuit. Les Grecs l'ayant appris, se réunissent pour élire le fils de Cursath. Les portes de la ville sont ouvertes aux Francs. Cursath est tiré de sa prison, et son fils solennellement couronné. Alexis satisfait à ses engagements pécuniaires et renouvelle ses serments pour la réunion des deux églises.

1204.
— Chaleurs et sécheresse depuis la fin de janvier jusqu'au mois de mai.
— Philippe Auguste soumet Rouen, Verneuil et Arques, et se trouve ainsi maître de toute la Normandie. Dans peu de temps le Poitou se soumet aussi au roi.
Les Francs, à la prière de l'empereur Alexis, sortent de Constantinople et campent devant la ville. Alexis tente, mais sans succès, d'incendier leur flotte ; il devient odieux aux Grecs qui se donnent un autre empereur. Alexis implore le secours des Francs, et leur refuse ensuite les garanties qu'il leur avait promises. Trahison de Murzuphle; il se fait proclamer empereur. Alexis et son compétiteur (Nicolas Canabe) sont incarcérés. Mort de Cursath. Alexis est étranglé par ordre de Murzuphle. Prise de Constantinople par les Francs. Murzuphle est massacré, et Baudouin, comte de Flandre, devient empereur de Constantinople.
— Pierre, roi d'Aragon, offre son royaume à l'Église, et en devient tributaire.
— Guerre entre le comte de Tripoli et le roi d'Arménie pour la principauté d'Antioche.

1205.
Le roi des Bulgares s'allie avec les Grecs et avec les Turcs contre les Francs vainqueurs de Constantinople. Siege d'Andrinople par l'empereur Baudouin. Louis, comte de Blois, tombe dans une embuscade. Défaite des Francs. Prise de l'empereur. Les débris de l'armée se réfugient à Constantinople.
— Mort de Gauthier de Brienne.
— Prise de Loches et de Chinon par Philippe Auguste. La Touraine et l'Anjou échappent ainsi à la domination anglaise.

1206.
— Mort de la reine mère Adèle. Elle est enterrée auprès de son père à Pontigny.
— Jean sans Terre débarque à la Rochelle avec une nombreuse armée. Philippe Auguste marche au-devant de lui. Jean ayant épuisé ses finances, s'en retourne sans avoir rien fait. L'empereur Philippe assiège dans Cologne son compétiteur Othon, le met en fuite et s'empare de la ville.
Election à l'empire de Constantinople d'Henri frère de Baudouin. Un chanoine d'Orléans nommé Galon, donne à l'église d'Amiens la face de saint Jean-Baptiste, qu'il avait apportée de Constantinople.
— Orages et inondations au mois de décembre. La Seine emporte trois arches du Petit-Pont à Paris.
— Mort de Barthélemy archevêque de Tours. Geoffroi de Lande, évêque de Paris, lui succède et meurt empoisonné peu de temps après.

1207.
— Prise de Satalie par les Turcs.
— Philippe Auguste entre en Aquitaine, ravage les terres du vicomte de Thouars, s'empare de Parthenay, renverse plusieurs forteresses voisines, et en fortifie quelques autres qu'il confie à la garde de son maréchal et de Guillaume des Roches.
— Progrès de l'hérésie des Albigeois, principalement dans les terres du comte de Toulouse et de ses voisins. Doctrines pernicieuses de ces hérétiques. Mission de l'abbé de Cîteaux et de treize autres abbés de son ordre. Didace, évêque d'Osma, en Espagne, les aides de son zèle et de sa bourse. Mauvais succès de la mission. — Mort d'Hubert archevêque de Cantorbéry. Rainier, sous-prieur de Cantorbéry, est élu à sa place. Jean sans-Terre, ne pouvant faire prévaloir un autre candidat de son choix, disperse le chapitre et s'empare des revenus ecclésiastiques. Il est excommunié, et son royaume mis en interdit par le pape, qui nomme directement au siège de Cantorbéry Etienne, prêtre cardinal du titre de saint Chrysogone.

1208.
— Excommunication du comte de Toulouse. Assassinat du légat Pierre de Castelnau. Il est enterré à Saint-Gilles.
— L'empereur Philippe est assassiné. L'impératrice sa femme, fille de Cursath, meurt de chagrin. Othon, fils du duc de Saxe, neveu du roi d'Angleterre, est élu empereur par l'influence d'Innocent III.
— Le légat Galon exhorte Philippe Auguste et ses barons à marcher en armes contre les hérétiques albigeois, et leur promet des indulgences.
— Guillaume des Roches défait le vicomte de Thouars et Savari de Mauléon ; il envoie au roi plus de quarante chevaliers pris dans l'action.
— Mort d'Eudes évêque de Paris, auquel succède Pierre, trésorier de l'église de Tours. Mort de Guillaume archevêque de Bourges et de Geoffroi de Lande évêque de Paris. Jean de la Paye, doyen de l'église de Tours, devient évêque de Paris.

1209.
— Prise du château de Graplic en Bretagne, par Philippe Auguste.
— Jean de Brienne, élu roi de Jérusalem, épouse la fille de Conrad, héritière de ce royaume. Il est sacré à Tyr avec sa femme, et Amauri, roi de Chypre, renonce dès lors au titre de roi de Jérusalem. L'empereur Othon est couronné à Rome, malgré l'opposition du roi de France, des Romains et des barons de l'empire, jure d'être fidèle à l'Eglise, de respecter les droits du pape, et de ne jamais attaquer la Sicile, mais le même jour il viole ses serments, et se fait d'Innocent III un ennemi.
— Croisade générale contre les Albigeois. Les croisés se réunissent a Lyon et marchent vers la Provence. Le comte de Toulouse, absous par le pape, se joint à eux. Prise de Béziers par les croisés. Massacre de la population. Siège de Carcassonne défendue par Roger vicomte de Béziers. Reddition de la ville. Roger est retenu prisonnier par les croisés. Simon de Montfort est nommé souverain des pays conquis. La plus grande partie des croisés quittent le pays. Excès commis par les Albigeois. Massacre de l'abbé d'Eaunes et du moine son compagnon. Trahison de Gérard de Pépieux contre les défenseurs du château de Puiserguier. Horrible traitement qu'il leur fait subir. Le comte de Foix quitte le parti des croisés pour embrasser celui des hérétiques.

1210.
— Nouvelle croisade contre les Albigeois. Prise de Minerve par les croisés. Cent quatre-vingts hérétiques de cette ville aiment mieux être brûlés vifs que d'abjurer leurs erreurs. Siège de Termes. Un arbalétrier est miraculeusement préservé d'un coup qui devait lui ôter la vie. Les assiégés sortent du château pendant la nuit. Ils sont surpris et massacrés.
— Dix hérétiques sont livrés aux flammes à Paris. Doctrine de ces sectaires.
Henri, empereur de Constantinople, établit sa domination dans l'empire.
— L'empereur Othon prend Radicofani, Montefiascone et autres places appartenant à l'Eglise. Il entre dans la Pouilles, attaque la terre de Frédéric roi de Sicile, prend plusieurs villes et châteaux, arrête et dépouille les voyageurs qui se rendent à Rome. Excommunié pour tous ces faits, il se voit abandonné du landgrave de Thuringe, des archevêques de Mayence et de Trêves, du duc d'Autriche, du roi de Bohême et de plusieurs autres personnages tant séculiers qu'ecclésiastiques.
— Ouvrages composés par Hélinand, moine de Froidmont.

1211.
— Frédéric roi de Sicile, élu roi des Romains, est couronné à Mayence. Dans une entrevue qu'il a à Vaucouleurs avec Louis, fils aîné de Philippe Auguste, ils confirment les anciens traités d'alliance existants entre la France et l'Allemagne.
— Philippe Auguste fait ceindre de murailles la partie méridionale de Paris.
— Invasion de l'Espagne par les Sarrasins, ayant à leur tête le roi de Maroc. Combat de ce prince contre Alphonse roi de Castille, soutenu par les rois d'Aragon et de Navarre. Victoire des Chrétiens à Las Navas de Tolosa. La lance et l'étendard de Mommolin sont envoyés à Rome, et conservés dans l'église de Saint-Pierre en souvenir de cette journée.
— Nouvelle croisade contre les Albigeois. Siège de Lavaur par les croisés. Un parti de croisés est massacré près de Montjoire; une lumière miraculeuse enveloppe les cadavres que le clergé s'empresse d'inhumer. Prise de Lavaur. Siège et capitulation de Pennes-en-Agenois. Soixante et dix chevaliers hérétiques sont pendus, les autres brûlés. Giraude la châtelaine, en expiation de ses horribles incestes, est précipitée dans un puits qu'on remplit ensuite de pierres.
— Résurrection d'une femme de Limoges.
— Incontinence et conversion miraculeuse d'un prêtre espagnol.
— Mariage de Ferrand, fils du roi de Portugal, avec Jeanne, comtesse de Flandre, fille de Baudouin qui avait été empereur de Constantinople.

1212.
— Reinaud, comte de Dammartin et de Boulogne, s'allie à l'empereur Othon et à Jean sans Terre. Philippe Auguste le dépouille aussitôt des comtés de Boulogne, de Mortain, de Dammartin et d'Aumale et de leurs dépendances. Reinaud se réfugie auprès du comte de Bar son cousin.
— Raimond, comte de Toulouse, reconnu fauteur des hérétiques albigeois, est abandonné à la vengeance des croisés.
— Incendie de la cathédrale de Nevers.
— Assemblée de prélats et de barons à Soissons. Le duc de Brabant y épouse Marie, fille de Philippe Auguste et veuve de Philippe comte de Namur. On y décide de faire une descente en Angleterre, pour remettre sur leurs sièges les évêques exilés de ce royaume, y rétablir le culte divin, et dépouiller entièrement le roi Jean, assassin d'Arthur de Bretagne. Le seul comte de Flandre Ferrand, allié au roi d'Angleterre par l'intermédiaire du comte de Boulogne, refuse son concours au roi.
— Philippe Auguste chasse les mimes de sa cour.

1213.
— Philippe reprend son épouse Ingeburge, après une séparation de seize années.
— Il se rend à Boulogne avec l'armée destinée à opérer la descente en Angleterre. Il se transporte à Gravelines où il avait donné rendez-vous au comte de Flandre Ferrand. Celui-ci ayant manqué à son engagement, Philippe entre en Flandre, prend Cassel, Ypres, Bruges et s'avance jusqu'à Gand qu'il assiège. La flotte le suit, et s'arrête à Dam. Reinaud, comte de Boulogne, envoyé par le roi d'Angleterre, assiège le port et la ville, et s'empare d'une partie de la flotte. Philippe Auguste accourt à Dam, et met en fuite les assiégeants. Il livre aux flammes les débris de sa flotte, la ville et la région voisine, et retourne en France, après avoir reçu des otages de Gand, Ypres, Bruges, Lille et Douai.
— Craintes de Jean sans Terre. Il rappelle Etienne, archevêque de Cantorbéry, qu'il avait exilé. Il soumet son royaume à la suzeraineté du pape, et se reconnaît tributaire du Saint-Siège.
— Bataille de Muret. Insigne victoire de Simon de Montfort. Mort du roi d'Aragon.
— Jean sans Terre débarque à la Rochelle avec une armée. Le prince Louis marche contre lui, tandis que le roi Philippe se dispose à porter la guerre en Flandre.
— Geoffroi, évêque de Senlis, se retire dans l'abbaye de Chaalis ; il est remplacé par frère Garin, hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, et conseiller intime de Philippe Auguste. Geoffroi, évêque de Meaux, se retire de son côté à Saint-Victor de Paris; Guillaume, chantre de Paris, le remplace sur son siège.

1214.
— Prise de la ville d'Angers par Jean sans Terre. Les troupes anglaises font prisonnier Robert, fils aîné de Robert comte de Dreux, qui venait au secours du prince Louis. Siège de la Roche au Moine, par le roi d'Angleterre, qui s'enfuit en Aquitaine, à la nouvelle de l'arrivée de Louis. Celui-ci reprend Angers, et en relève les murailles.
— Philippe Auguste ravage la Flandre jusqu'à Lille. Bataille de Bouvines. Dangers et victoire du roi de France. Prise des comtes de Flandre, de Boulogne, de Salisbury et de deux comtes allemands. Entrée solennelle du roi à Paris.
— Les Poitevins demandent la paix. Philippe Auguste marche contre eux. Il se réconcilie avec le vicomte de Thouars, et accorde une trêve de cinq ans au roi d'Angleterre.

1215.
— Mort de l'empereur Othon. Frédéric II, roi de Sicile, se fait de nouveau couronner roi des Romains à Aix-la-Chapelle, et prend la croix.
— Révolte des seigneurs, des paysans et des villes d'Angleterre. Les insurgés appellent Louis fils du roi de France, en lui promettant la couronne. Naufrage de plusieurs seigneurs de la Flandre et du Brabant qui allaient au secours de Jean sans Terre.
— Concile général de Latran. Condamnation de Raimond VI comte de Toulouse, et de son fils déclarés hérétiques. Réprobation du Traité de la Trinité, ouvrage de l'abbé Joachim contre Pierre Lombard. Les doctrines d'Amauri de Chartres sont déclarées hérétiques et condamnées.
— Innocent III envoie à l'abbaye de Saint-Denis en France, le corps de Denis, évêque de Corinthe, et accorde à ceux qui iront le visiter quarante jours d'indulgence.

1216.
— Simon de Montfort vient en France demander du secours contre les Aragonais, et en ramène cent vingt chevaliers.
— Galon, cardinal légat, muni d'une sentence d'excommunication contre tous les adversaires du roi d'Angleterre, cherche vainement à détourner Louis VIII de son expédition. Il se rend en Angleterre pour tâcher de rétablir la concorde entre le roi Jean et ses barons. Le prince Louis traverse la Manche à son tour, et reçoit l'hommage des seigneurs qui l'avaient appelé. Le légat lance contre eux l'anathème, et jette l'interdit sur leurs biens.
Mort de Henri empereur de Constantinople ; élection de Pierre de Courtenay comte d'Auxerre. Celui-ci se rend à Rome avec Yole comtesse de Namur, son épouse.
— Mort d'Innocent III; Honoré III lui succède.
— Mort de Jean sans Terre ; son fils Henri, âgé de dix ans, est couronné par le légat. Licenciement de l'armée française ; Louis VIII retourne en France pour en lever une plus considérable.

1217.
— Nouvelle descente de Louis VIII en Angleterre. Plusieurs seigneurs anglais abandonnent son parti. Siège de Douvres par Louis VIII. Meurtre de Thomas comte du Perche à Lincoln. Louis brûle ses machines et se rend à Londres avec ses troupes. La défection des Anglais et les menées du légat le forcent à traiter et à retourner en France.
Sacre du comte d'Auxerre et de sa femme dans l'église de Saint-Laurent hors des murs à Rome. L'impératrice s'embarque pour Constantinople. L'empereur, avec cent soixante chevaliers, va par terre jusqu'à Brindes. Il passe en Grèce avec le cardinal Jean Colonne, et met le siège devant Durazzo qu'il avait promis de rendre aux Vénitiens. Forcé de lever le siège après de grandes pertes, il prend le chemin de Constantinople, mais il est fait prisonnier dans les défilés de la route, par le duc de Durazzo qui lui avait promis un sauf-conduit.
— Détresse de Simon de Montfort ; la comtesse de Montfort vient en France réclamer des secours.
— Ravages causés par le vent.

1218.
— Mort de Simon de Montfort au siège de Toulouse, son fils Amauri lui succède.
— Canonisation de saint Guillaume archevêque de Bourges. Mort de son successeur Géraud, qui est remplacé par Simon, chantre de Bourges.
— Mort d'Hugues duc de Bourgogne.
— Promotion de Guillaume abbé de Pontigny à l'évêché de Chartres.
— La gelée ravage les vignes.
Hervé comte de Nevers, Gauthier, chambellan du roi de France, et une foule d'autres croisés arrivent devant Damiette, que tenaient assiégée Jean, roi de Jérusalem, et le duc d'Autriche. Maladies parmi les assiégeants. Terreur panique des Sarrasins ; les croisés passent le Nil et bloquent la ville.
— Règlement de Philippe Auguste concernant les créances des juifs sur les chrétiens.
— Destruction des murs de Jérusalem par Conradin. Les Sarrasins n'osent détruire le saint sépulcre. Témoignages de leur respect pour les saints Evangiles.

1219.
— Expédition du prince Louis contre les hérétiques Albigeois et Toulousains. Siège et prise de Marmande. Siège de Toulouse. Retour de Louis. Succès des Toulousains.
Bataille devant Damiette, funeste aux Chrétiens. Noms des prisonniers.



Dangers du roi de Jérusalem. Prise miraculeuse de Damiette. Fuite du sultan. Misérable état de la ville. Partage du butin. Damiette est réunie au royaume de Jérusalem. Conversion de la mosquée en une église dédiée à la sainte Vierge. Fortifications, position et ancien nom de Damiette.
— Détails de la prise de Tanis par l'armée chrétienne.

1220.
— Frédéric II est sacré empereur par le pape. Meurtre de Robert de Meun évêque du Puy ; vengeances du peuple du Puy contre les meurtriers.
— Mort d'Yolande impératrice de Constantinople. Pierre de Courtenay son mari étant encore en prison, un des fils de ce dernier (nommé Robert) est couronné empereur.
— Châsse de saint Thomas de Cantorbéry.
— Mort de Pierre évêque de Paris, auquel Honorius III donne pour successeur Guillaume évêque d'Auxerre.
— Meurtre de Gui de Montfort par le comte de Saint-Gilles. Echecs et retraite d'Amauri de Montfort.
Prétentions du légat Pélage dans l'armée chrétienne de Damiette. Différends entre le légat et le roi de Jérusalem. Le roi se retire en Syrie.

1221.
— Invasion et soumission de la Géorgie et de l'Arménie par les Tartares.
Le roi de Jérusalem, sur les instances du légat, retourne à Damiette. Le roi, le légat et la plus grande partie de l'armée partent pour le vieux Caire. Arrivés à moitié chemin, ils s'emparent d'un pont de bateaux construit sur le Nil par les Sarrasins et campent sur le rivage du fleuve. Le sultan coupe les communications entre Damiette et l'armée chrétienne. Disette et inondation dans le camp des Chrétiens. Trêve de huit ans avec les Sarrasins ; on leur rend la ville de Damiette en échange des prisonniers chrétiens et de la vraie croix, que Saladin avait enlevée à Jérusalem.
— Mort de Manassès, évêque d'Orléans, auquel succède Philippe, neveu de saint Guillaume archevêque de Bourges.

1222.
— Hervé, comte de Nevers, meurt empoisonné, laissant une fille unique qui épouse Gui comte de Saint-Paul.
— Mort de Pierre de Corbeil, archevêque de Sens, auquel succède maître Gautier Cornut. Mort de Guillaume évêque de Paris, qui avait établi à Auxerre des religieuses de l'ordre de Cîteaux, tirées de l'abbaye de Saint-Antoine près Paris.

1223.
— Voyage de Jean, roi de Jérusalem, en Italie. Il y marie sa fille unique à l'empereur Frédéric, lui abandonnant le royaume de Jérusalem qui lui revenait du chef de sa mère.
— Frédéric fait couronner roi d'Allemagne son fils Henri, qu'il avait eu de la soeur du roi d'Aragon et qui n'avait que dix ans.
— Comète de mauvais présage.
— Mort et funérailles de Philippe Auguste. Clauses de son testament. Révélation miraculeuse de la mort du roi au pape Honorius.
— Sacre de Louis VIII et de Blanche sa femme.
— Pèlerinage de Jean roi de Jérusalem à Saint-Jacques. Son mariage avec Bérengère de Castille.
— Amauri de Montfort abandonne Carcassonne et les autres places fortes du midi et se retire en France.

1224.
— Révocation des indulgences attachées aux croisades contre les Albigeois. L'orthodoxie de Raimond comte de Toulouse est reconnue par une lettre du pape, lue à Paris dans une assemblée de prélats et de seigneurs.
— Louis VIII assiège Savari de Mauléon dans le château de Niort. Savari rend la place. Saint-Jean d'Angely ouvre ses portes au jeune roi. Siège de la Rochelle défendue par Savari. Louis VIII se rend maître de la ville. Savari se retire en Angleterre. Soumission du Limousin, du Périgord, et de la plupart des seigneurs d'Aquitaine. Le roi retourne en France.
— Concile de Montpellier pour la réconciliation à l'Église de Raimond comte de Toulouse et des Albigeois.
— Retour en France de Savari de Mauléon, qui se soumet au roi et lui fait hommage.

1225.
— Apparition en Flandre d'un imposteur qui se fait passer pour l'empereur Baudouin, miraculeusement délivré de la prison des Grecs. Il gagne des partisans. Louis VIII l'interroge à Péronne, et lui ordonne de sortir du royaume avant trois jours. De retour à Valenciennes, le faux empereur se voit abandonné de tous. Il se sauve en Bourgogne sous le déguisement d'un marchand ; pris par un chevalier, il est livré à la comtesse de Flandre, qui le fait pendre.
— Le cardinal légat Romain de Saint-Ange ménage une trêve entre le roi de France et le vicomte de Thouars. Parlement convoqué à Paris ; le vicomte y vient faire hommage au roi.
— Nouvelle croisade contre les Albigeois.

1226.
— Départ de Louis VIII et des croisés. Siège et prise d'Avignon. Les croisés y établissent pour évêque un moine de Cluny.
— Blessure et mort de Gui comte de Saint-Paul. Thibaud comte de Champagne retourne dans ses Etats sans la permission du roi ni du légat. Le roi fait démanteler Avignon, et s'avance ensuite de conquête en conquête jusqu'à quatre lieues de Toulouse. Il confie le gouvernement du pays à Imbert de Beaujeu et retourne en France. Mort de Guillaume archevêque de Reims et du comte de Namur. Maladie et mort du roi à Montpensier en Auvergne. Son corps est apporté et enseveli à Saint-Denis. Louis IX est sacré roi dans sa quatorzième année. Rançon et mise en liberté de Fernand comte de Flandre. Mort d'Honorius III auquel succède Grégoire IX.

1227.
— Jean, l'ancien roi de Jérusalem, avec Bérangère sa femme, va s'établir à Bologne. Le pape lui confie ici garde des Etals romains.
— La ville et le comté de Toulouse se rendent aux évêques et aux chevaliers envoyés dans l'Albigeois par Louis IX.
— Ligue contre le roi des comtes de la Marche, de Champagne et de Bretagne. Louis marche contre eux avec une armée formidable. Le comte de Champagne se détache de la ligue. Le roi cite par trois fois à son parlement les deux autres comtes rebelles, qui font enfin leur soumission à Vendôme.

1228.
— Invasion en Champagne d'un certain nombre de seigneurs mécontents de la défection du comte Thibaud. Les confédérés assiègent Bar-sur-Seine, et refusent d'obéir au roi qui leur ordonnait de se disperser. Louis marche contre eux et les chasse de la province.
— Le pape presse l'empereur Frédéric de partir pour la croisade, à laquelle il s'était depuis longtemps obligé. L'empereur fixe le jour de son départ pour la Terre-Sainte. Le pape l'indique à tous les croisés et les exhorte à se trouver le même jour à Brindes, prêts à s'embarquer. En attendant Frédéric soumet quelques rebelles en Sicile, et réunissant tous les Sarrasins qui habitaient en divers endroits de cette île, il les établit à Lucera dans le royaume de Naples.
— Nouvelle révolte de Pierre Mauclerc, comte de Bretagne, au secours duquel vient Henri III, roi d'Angleterre, avec une armée. Louis IX met le siège devant Bellême, place dont le roi son père avait confié la garde au comte de Bretagne et que celui-ci refusait de rendre. Les habitants de Bellême se soumettent. Le roi d'Angleterre s'en retourne avec la honte d'une tentative inutile, et Louis IX revient à Paris.
— Dans le même temps, Jean des Vignes soumet au roi de France la Haie Pesnel, en Normandie.
— Mort de l'impératrice Marie, fille de l'ancien roi de Jérusalem. Son fils Conrad hérite des droits maternels à ce royaume.

1229.
— Nouveaux mouvements de Pierre comte de Bretagne. Nouvelle expédition de Louis IX. Le roi s'empare d'Oudon et de Champtoceaux. Paix de quatre années.
— Conquête de Majorque, d'Yvica et de Valence, par Dom Jayme Ier, roi d'Aragon.
— Sainteté d'Elisabeth, fille du roi de Hongrie, épouse du landgrave de Thuringe, et d'Antoine [de Padoue], de l'ordre des frères Mineurs.
Embarquement des croisés à Brindes. Pendant que l'armée croisée s'éloigne à pleines voiles, l'empereur Frédéric retourne furtivement à terre. Il est publiquement excommunié par Grégoire IX.
Débarquement des croisés à Saint-Jean-d'Acre. Mort de Coradin, sultan de Damas. Trêve avec les Chrétiens.

1230.
— Fondation par Louis IX de l'abbaye de Royaumont.
— Relations et liaisons suspectes entre l'empereur Frédéric et le sultan d'Égypte.
— Querelle entre les bourgeois et les écoliers de Paris. Quelques écoliers ayant été tués, tous les autres quittent la ville. Saint Louis rappelle les fugitifs à qui les bourgeois font satisfaction. Origine et signification de la fleur de lys.

1231.
— L'empereur Frédéric part pour la Terre-Sainte à l'insu du pape, et sans faire révoquer l'anathème qui pesait sur lui. Il prend l'île de Chypre et envoie son sénéchal s'informer des intentions du sultan d'Egypte.
— Réforme de Saint-Denis sous l'abbé Eudes Clément.

1232.
— Mort de Simon, archevêque de Bourges, auquel succède Philippe, évêque d'Orléans.
Le sénéchal de l'empereur Frédéric nuit beaucoup aux chrétiens à Saint-Jean-d'Acre. Il sort plusieurs fois et en secret de la ville, et s'étant concerté avec le sultan d'Égypte et les Sarrasins, il engage son maître à venir à Saint-Jean-d'Acre. Frédéric se rend dans cette ville, et signifiant son arrivée au pape Grégoire, il réclame son absolution. Le pape refuse à cause du pernicieux traité conclu entre l'empereur et les Sarrasins ; il défend même aux Templiers et aux Hospitaliers de prendre parti pour Frédéric ou de lui donner du secours. Frédéric se fait couronner à Jérusalem, confie le temple à la garde des Sarrasins, conclut avec le sultan une trêve de dix années, et retourne dans la Pouilles, où il s'empare violemment des biens de l'Eglise, des Templiers et des Hospitaliers.
— Un des saints clous qui avait servi au crucifiement du Sauveur, et que Charles le Chauve avait donné à l'abbaye de Saint-Denis, se perd pendant qu'on l'expose à la vénération des fidèles. Il est bientôt miraculeusement retrouvé.

1233.
— Troubles intérieurs dans la ville de Beauvais. Intervention de saint Louis. Milon, évêque et comte de Beauvais, met le diocèse en interdit et part pour Rome; mais il meurt dans le voyage. Brève et calamiteuse administration de son successeur Geoffroi. Robert, successeur de ce dernier, se réconcilie avec le roi et lève l'interdit.
— Mort de Philippe comte de Boulogne, fils de Philippe Auguste.
— Croisade prêchée par les Dominicains et les Franciscains. La pape consent à différer de quatre ou cinq ans le départ des croisés.

1234.
— Mort du roi de Navarre, auquel succède son neveu Thibaud, comte de Champagne.
— Mariage de Louis IX avec Marguerite de Provence. Couronnement de la reine à Sens.
Désastres et mort de Robert, empereur de Constantinople. Election à l'empire de Jean de Brienne, ancien roi de Jérusalem ; mariage de Marie sa fille avec Baudouin, frère et héritier du défunt empereur. Couronnement de Baudouin et de l'impératrice Marie.
— Mort de Garnier, évêque de Chartres, auquel succède Aubri Cornut.

1235.
— Grande famine en France et surtout en Aquitaine. Les hommes se nourrissent d'herbe comme les animaux. Prix exorbitant du blé en Poitou. Feu ardent.
— Jean de Brienne envoie en France son gendre Baudouin pour qu'il recouvre le marquisat de Namur et la châtellenie de Courtenay. Il y envoie aussi ses trois fils qu'il met sous la protection de saint Louis et de la reine Blanche.

1236.
Des envoyés du Vieux de la Montagne viennent à Paris pour assassiner Louis IX. Mais le prince ismaélien, revenu à de meilleurs sentiments, s'empresse d'envoyer de nouveaux messagers pour prévenir le roi de France. Louis s'entoure de gardes. Par le moyen des seconds envoyés, il découvre les premiers, les charge tous de présents et les renvoie à leur maître. Détails sur le Vieux de la Montagne.

1237.
— Départ d'une armée de croisés français sous les ordres de Thibaud, roi de Navarre et comte de Champagne. Elle arrive en Terre-Sainte. Heureuses excursions de Pierre comte de Bretagne. Amauri de Montfort, Henri comte de Bar et d'autres chevaliers veulent l'imiter ; ils sont pris et mis à mort pour la plupart par les habitants de Gaza.

1238.
— Saint Louis confère la chevalerie à son frère Robert, qu'il venait de marier avec Mathilde de Brabant, et lui donne le comté d'Artois avec ses appartenances.
— L'empereur Frédéric demande à s'aboucher avec Louis IX à Vaucouleurs ; mais apprenant que le roi doit venir au rendez-vous avec une armée pour escorte, il dégage sa parole. Il est soupçonné d'avoir tramé contre Louis quelques mauvais desseins.

1239.
— Louis IX fait venir de Constantinople la sainte couronne d'épines. Le roi et ses frères, pieds nus, reçoivent la sainte relique à Vincennes, l'accompagnent d'abord jusqu'à Notre-Dame, et ensuite dans la magnifique chapelle que Louis venait de faire construire dans son palais. Louis IX dégage aussi des mains des Vénitiens et fait porter à Paris, dans la Sainte Chapelle, une grande partie de la vraie croix ; la lance qui perça le côté du Sauveur, et l'éponge avec laquelle on l'abreuva de vinaigre ; objets sacrés que l'empereur grec avait livrés à la ville de Venise pour sûreté d'un emprunt qu'elle lui avait accordé.
— Différends entre Blanche de Castille et Simon de Montfort. Celui-ci se retire en Angleterre où il devient comte de Leicester par son mariage avec la soeur du roi Henri.
— Départ pour la Terre-Sainte de Richard, comte de Cornouailles, frère d'Henri, roi d'Angleterre. Il ménage une trêve entre les Chrétiens et les Sarrasins, et obtient de ceux-ci la délivrance des prisonniers.
— Amauri de Montfort, délivré de sa prison, retourne en Europe. Il meurt à Rome et est inhumé dans a basilique de Saint-Pierre. Jean, son fils, lui succède au comté de Montfort.

1240.
— Sévices de l'empereur Frédéric contre l'Eglise romaine. Il met en prison Jacques, évêque de Préneste, que le pape avait chargé d'aller demander du secours en France, et le cardinal Othon, à son retour d'Angleterre où il avait été depuis longtemps envoyé. Convocation d'un concile à Rome. L'empereur fait arrêter les évêques qui s'y rendent de tous les pays. Mort de Grégoire IX ; élection de Célestin III, qui meurt au bout de dix-sept jours. Le Saint-Siège reste vacant pendant vingt-deux mois.
— Tempête violente et grêle miraculeuse à Crémone.
— Saint Louis réclame la liberté des prélats détenus par l'empereur. Réponse évasive de Frédéric. Noble réplique de Louis IX. Les évêques sont mis en liberté.

1241.
— Louis IX confère la chevalerie à son frère Alphonse. Il le marie à Jeanne, fille du comte de Toulouse, et lui donne l'Auvergne, le Poitou et l'Albigeois. Hugues, comte de la Marche, malgré l'ordre du roi, refuse de faire hommage au comte de Poitiers.

1242.
— Louis IX envahit avec une armée les terres du comte de la Marche. Il prend Montreuil-Bonnin, le château de Beruges, Vouvant et Fontenay-le-Comte, places très-fortes appartenant à Geoffroi de Lusignan, partisan du comte rebelle, et occupe tout le pays jusqu'à Saintes. Bataille de Saintes. Louis IX défait complètement et le comte de la Marche et Henri, roi d'Angleterre, qui était venu, avec une armée, à son secours. Henri III passe la Garonne et se retire à Blaye. Reddition de Saintes à Louis IX. Soumission d'Hugues, comte de la Marche. Trêve de cinq ans accordés aux Anglais. Soumission définitive des barons au jeune roi.
— Invasion des Tartares [Mongols] en Turquie. Ils ravagent Erzeroum, soumettent Iconium et Favastre. Un de leurs princes, nommé Batho, ravage la Pologne et la Hongrie, la Russie, la Crimée, et s'étend jusqu'aux frontières de la Germanie. Manière dont ils conquirent la Hongrie.

1243.
— Election du pape Innocent IV.
— Naissance de Louis, premier fils de Louis IX.
— Mort de Gautier Cornut, archevêque de Sens, auquel succède son frère Gilles Cornut.
— Eudes Clément, abbé de Saint-Denis, est promu à l'archevêché de Rouen; l'abbé de Cluny à l'évêché de Langres ; Juhel, archevêque de Tours, à l'archevêché de Reims. Mort d'Aubri Cornut, évêque de Chartres, auquel succède Henri de Gressai, archidiacre de Blois.

1244.
— Innocent IV vient, pour convoquer un concile, à Lyon.
— Maladie de Louis, roi de France. Il prend la croix et recouvre la santé.
— Les Karismiens, appelés et soldés par le sultan d'Egypte, envahissent la Palestine, battent les Chrétiens devant Gaza, s'emparent de la ville sainte et la remplissent de caruage.

1245.
— Naissance de Philippe, fils du roi de France Louis.
— Concile de Lyon présidé par Innocent IV. Anathème lancé contre l'empereur Frédéric. Ses sujets sont dégagés du serment de fidélité.
— Le pontife nomme le cardinal Eudes de Châteauroux, évêque de Tusculum, son légat en France, et le charge d'exhorter les prélats, les barons et le peuple à prendre la croix et à partir avec le roi.
— Démêlés débattus dans le concile entre les curés et les religieux de Cîteaux, au sujet des dîmes sur les terres récemment mises en culture.
— Le landgrave de Thuringe est élu roi des Romains par ordre d'Innocent IV. Le même pontife fait prêcher sur les frontières du Hainaut et de la Flandre, une croisade contre Henri, fils de l'empereur Frédéric, qui s'efforçait de soutenir les droits de son père.
— Louis IX visite le pape à Lyon. A son retour il marie son frère Charles avec [Béatrix], fille du comte de Provence, soeur de la reine Marguerite.

1246.
— Les Turcs et les Arméniens deviennent tributaires des Mongols.
— Saint Louis confère la chevalerie à son frère Charles et lui donne le comté d'Anjou.
— Le pape, resté en France, envoie un légat en Italie pour y combattre l'empereur Frédéric avec les armes spirituelles et matérielles.

1247.
— Triple miracle arrivé à Konieh devant une croix.
— Canonisation et élévation de saint Edmond, archevêque de Cantorbéry.
— Mort du landgrave de Thuringe, élu roi des Romains ; Guillaume, comte de Hollande, lui succède.

1248.
— Saint Louis, partant pour la Terre-Sainte, traverse la Bourgogne et va de nouveau visiter le pape à Lyon. Ensuite il descend le Rhône et s'empare de la Roche de Glun, dont le seigneur exerçait des pirateries sur les gens qui montaient ou descendaient le fleuve. Il démantèle la place et la rend au seigneur sur caution ; ensuite il va s'embarquer à Aigues-Mortes.
— La comtesse d'Artois, qui était grosse, retourne en France pour attendre le départ du comte de Poitiers, resté, avec la reine Blanche, pour la garde du royaume.
— Louis passe l'hiver en Chypre. Le roi de cette île et ses nobles se croisent à l'exemple des Français.
— Le sultan d'Egypte, qui se disposait à marcher contre les Chrétiens du côté de Damas, change de projet en apprenant l'arrivée du roi de France en Chypre.
— Robert, évêque de Beauvais, Jean, comte de Montfort, et plusieurs autres seigneurs meurent en Chypre.

1249.
Saint Louis arrive devant Damiette avec une armée immense. Les croisés se jettent à la mer et mettent en fuite les Sarrasins qui gardaient le rivage. La flotte chrétienne occupe l'embouchure du Nil et l'armée campe sur les bords du fleuve. Terreur panique dans la ville de Damiette; les habitants l'abandonnent après avoir essayé d'y mettre le feu. Les croisés entrent dans la ville, maîtrisent l'incendie et occupent Damiette au nom du roi de France. Entrée solennelle du roi, du légat et des princes croisés. Messe d'action de grâces dans une mosquée rendue, pour la deuxième fois, au culte de la sainte Vierge. L'armée passe l'été à Damiette attendant la décroissance du Nil.
— Arrivée d'Alphonse, comte de Poitiers, et de la comtesse d'Artois.
Louis IX marche contre les Sarrasins vers la Massoure. Nombreux combats entre les Sarrasins et les Chrétiens. Imprudence et mort de Robert, comte d'Artois.

1250.
Malheurs de l'armée chrétienne. Mortalité parmi les hommes et les chevaux. Grande famine, les relations entre Damiette et l'armée étant interceptées. Les croisés se mettent en marche pour retourner à Damiette. Ils sont assaillis par une armée innombrable de Sarrasins. Prise de Louis IX, de ses deux frères Alphonse comte de Poitiers, et Charles, comte d'Anjou, et de leur suite. Ceux qui font retraite par le fleuve sont également pris ou tués.
— Naissance de Jean, fils de Louis IX, et surnommé Tristan à cause de la douleur causée par les derniers événements à la reine Marguerite.
— Henri, fils de l'empereur Frédéric, et que celui-ci avait fait couronner roi des Romains, dénoncé comme rebelle, meurt en prison par ordre de son père. Siège de Parme par Frédéric. Défait par les assiégés et par le légat d'Innocent IV, l'empereur passe dans la Pouilles, ensuite en Sicile, où il meurt de maladie. Conrad, fils de Frédéric, établit son autorité dans la Pouilles et dans la Sicile. Départ d'Innocent IV pour l'Italie ; il séjourne à Assise.
Meurtre du sultan dont Louis IX était prisonnier. Le roi, ses frères et les autres prisonniers chrétiens recouvrent leur liberté, moyennant une rançon et l'abandon de Damiette. Louis IX envoie ses deux frères, Alphonse et Charles, en France, pour consoler la reine leur mère. Lui-même il passe à Saint-Jean-d'Acre qu'il environne de murailles et de tours. Il fortifie également Jaffa, Saïda et quelques autres places. Il séjourne environ cinq ans en Palestine, y délivre des prisonniers chrétiens et y fait une foule d'autres bonnes œuvres.

1251.
— Soulèvement des Pastoureaux; leurs prétentions, leurs déportements. Mort de leur chef.

1252.
— Abel, roi de Danemark à la place de son frère Henri qu'il a fait noyer pour lui succéder, périt bientôt lui-même dans une guerre contre les Frisons.
— Institution et signification du chapeau rouge pour les cardinaux.
— Alphonse, comte de Poitiers, et Charles, comte d'Anjou, rentrent en France de retour de la Terre-Sainte.
— Troubles que suscite parmi les clercs et les religieux de Paris l'apparition du livre de « Mundi periculis » composé par Guillaume de Saint-Amour.
— L'abbé de Saint-Denis envoie au roi de France, en Palestine, un vaisseau chargé de draps, de fromages et de volailles.

1253.
— Naples est attaqué par Manfred, prince de Tarente, fils du défunt empereur Frédéric et d'une concubine. Conrad, fils illégitime du même empereur, assiège la ville à son tour, la prend, en détruit les murs et les maisons principales, et traite de la même manière Capoue et Aquino. Il meurt ensuite laissant un fils unique nommé Conradin.
— Mort de la reine Blanche. Elle est ensevelie à Maubuisson, près de Pontoise, abbaye de l'ordre de Cîteaux qu'elle avait fondée. Louis IX étant toujours absent, et ses deux fils Louis et Philippe encore en bas âge, les comtes de Poitiers et d'Anjou prirent la direction des affaires.
— Innocent IV apprenant la mort de Conrad, entre dans le royaume de Sicile et arrive jusqu'à Naples.
— Melech Elmehem devient sultan d'Égypte.
— Manfred, prince de Tarente, usurpe le royaume de Sicile.

1254.
— Prise de Bagdad par les Tartares, sous la conduite de Houlagou. Le vainqueur laisse mourir de faim le dernier calife. Innocent IV meurt â Naples en se disposant à la guerre contre Manfred, prince de Tarente, et détenteur de la Sicile ; Alexandre IV est élu pape. Retour de Louis IX en Europe.
— Conradin, fils de Conrad, se réfugie secrètement auprès du duc de Bavière, son oncle maternel.
— Jean d'Avesnes veut enlever le Hainaut à Marguerite, comtesse de Flandre, sa mère. Celle-ci appelle à son secours Charles d'Anjou et lui cède le comté. Charles fait occuper militairement Valenciennes malgré les bourgeois de la ville. Il entre dans le Hainaut et assiège Mons. Jean d'Avesnes se présente devant Valenciennes avec Guillaume de Hollande, roi des Romains, et beaucoup d'autres seigneurs de Bradant et d'Allemagne. Les Français font contre eux une sortie, mais sont repoussés dans la ville, où entre avec eux un chef ennemi nommé Stradiot. Charles d'Anjou envoie Louis, comte de Vendôme, au secours de Valenciennes. Le roi des Romains, manquant de vivres, va offrir la bataille à Charles d'Anjou. Elle est empêchée par des seigneurs français parents de Jean d'Avesnes. Trêve. Charles d'Anjou rentre en France. La paix est rétablie par Louis IX.

1255.
— Guillaume, roi des Romains, est tué par les Frisons. Les voix des électeurs se partagent entre le roi d'Espagne et Richard, comte de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre. Richard se fait couronner à Aix-la-Chapelle.
— Les habitants de Turin, à l'instigation de ceux d'Asti, emprisonnent leur seigneur Thomas, comte de Savoie. Les uns et les autres sont excommuniés par le pape, qui engage aussi saint Louis à se saisir des biens des Lombards dans son royaume. Siège de Turin par les frères du comte prisonnier.
— Le comte de Flandre et son frère, fils de Marguerite de Flandre et de Guillaume de Dampierre, sont pris avec d'autres seigneurs par Florent, comte de Hollande, qui favorisait Jean et Baudouin d'Avesnes, fils de la même comtesse Marguerite et de Bouchard d'Avesnes. Marguerite, en haine de Baudouin et de Jean, donne à Charles d'Anjou Valenciennes et le Hainaut.
— Brancaléon de Bologne, sénateur de Rome, est assiégé dans le Capitole, à l'instigation des cardinaux et des nobles de la ville, obligé de se rendre au peuple et emprisonné. Livré aux nobles, il est enfermé dans une place forte et maltraité ; mais il conserve la vie parce que les habitants de Bologne avaient des otages des Romains.
— Les troubles suscités par le livre de Guillaume de Saint-Amour se renouvellent. Saint Louis soumet la question à la décision du Saint-Siège. Le pape fait brûler le livre en sa présence dans la cathédrale d'Anagni, non pas qu'il fût entaché d'hérésie, mais parce qu'il semblait être destiné à produire du scandale.

1256.
— Le comte de Flandre, son frère, et les autres prisonniers de Florent, comte de Hollande, sont délivrés par le secours de Charles, comte d'Anjou. On arrête le mariage de Florent avec la soeur du comte de Flandre. Charles d'Anjou, à la prière du roi son frère, abandonne, moyennant une forte somme d'argent, la ville de Valenciennes et le comté de Hainaut. Traité entre les fils de la comtesse de Flandre pour le partage de sa future succession.
— Tremblement de terre à Rome et à Anagni.

1257.
— Charles, comte d'Anjou, soumet les Marseillais révoltés.
— Brancaléon de Bologne, élu de nouveau sénateur à Rome, fait détruire les tours de la ville, excepté celle du comte Néapoléon, et emprisonner plusieurs nobles favorables à l'Église.
— Le sultan d'Egypte, Melech Ehmehem, est étranglé dans le bain, par sa femme, après cinq ans de règne. Son fils Melech Elmensor lui succède ; mais au bout d'une année il est dépossédé par l'amiral Koutouzqui devient sultan à son tour.
— Mort d'Henri, archevêque de Sens.

1258.
— Henri de Luxembourg, avec l'appui de la ville de Namur, assiège la citadelle de cette ville, restée fidèle à l'impératrice de Constantinople Marie. La comtesse de Flandre, le comte d'Eu, et deux autres frères de l'impératrice marchent au secours de la place, mais sans succès.
— Mort de Guillaume de Bussiis, évêque d'Orléans, et de Guillaume Rolland, évêque du Mans.
— Inondations au mois de septembre. Mauvaise qualité des vins.

1259.
— Fondation d'un couvent de soeurs Mineures, près de Saint-Cloud, sur le bord de la Seine, par Isabelle, soeur de saint Louis.
— Manfred, prince de Tarente, répand la fausse nouvelle de la mort de Conradin, et se fait couronner roi de Sicile, au mépris des droits de l'Eglise à qui ce royaume appartenait en fief; il est publiquement excommunié par le pape Alexandre.
— Voyage en France d'Henri III, roi d'Angleterre. Traité de paix entre ce prince et Louis IX. Henri III abandonne ses droits sur la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine et le Poitou. Louis IX, outre une grande somme d'argent, assigne à Henri et a ses successeurs des possessions considérables en Limousin, en Périgord, en Saintonge et en Agenois, à condition que le roi d'Angleterre tiendrait ces possessions, ainsi que Bordeaux, Bayonne et toute la Gascogne, en fief des rois de France, et qu'il figurerait au nombre des grands barons de France, en qualité de pair et de duc d'Aquitaine.
— Hommage solennel d'Henri III à saint Louis.
— Louis, fils aîné de Louis IX, meurt et est enseveli à Royaumont, en présence du roi d'Angleterre.

1260.
— Différends entre les rois de Hongrie et de Bohême. Bataille sanglante sur la frontière des deux royaumes. Perte considérable des Hongrois. Paix entre les deux princes.
— Saint Louis rassemble à Paris, durant le temps pascal, les prélats, les barons et les chevaliers du royaume. Il communique à l'assemblée des lettres du pape, qui annoncent les victoires des Mongols dans la Terre-Sainte. On décide que les prières publiques et les processions seront multipliées ; et l'on fait des règlements contre les blasphémateurs, contre le jeu et le luxe des habits et de la table.
— Les Florentins envoient une armée contre Sienne, qui avait reconnu le pouvoir de Manfred. Ils sont battus par le comte Jordan, capitaine de Sienne, au nom du prince de Tarente. Florence est prise, détruite en partie, et soumise aux Siennois et à Manfred.
— Mort de Philippe archevêque de Bourges, dont la sainteté éclate par des miracles ; il est remplacé par Jean de Soilli, chanoine et doyen de Bourges.

1261.
— Mort du pape Alexandre auquel succède Urbain IV. Brève biographie du nouveau pontife.
Les Grecs, aidés par les Génois, chassent de Constantinople Baudouin et les Français, et se donnent pour empereur l'un d'entre eux nommé Paléologue.
— Un pèlerin de la sainte Vierge est assassiné dans le diocèse de Lyon ; le couteau du meurtrier, quoique frotté et lavé, ne cesse d'être sanglant jusqu'au moment où le pèlerin est enterré et l'assassin pendu.
Baudouin, ex-empereur de Constantinople, se retire en France.

1262.
— Mariage d'Isabelle, fille du roi d'Aragon, avec Philippe, fils aîné de Louis IX. En faveur de cette union, le roi d'Aragon abandonne à la France tous ses droits dans les cités de Carcassonne, de Béziers et de Millau. Le roi de France en retour renonce, en faveur de l'Aragon, à ses prétentions sur le comté de Bésalu, le Roussillon, Ampurias, Barcelone et la Catalogne.
— Les Marseillais, soutenus par Boniface, seigneur de Castellane, se révoltent contre le comte d'Anjou, et massacrent la garnison qu'il avait mise dans leur ville. Le comte lève une armée en France, s'empare d'abord du château de Boniface, et assiège ensuite Marseille qu'il réduit par la famine. Il fait décapiter publiquement les chefs de la révolte, s'approprie les biens de Boniface, et le chasse de la Provence.

1263.
— Guerre entre le roi d'Angleterre, le roi des Romains et une partie des seigneurs anglais d'une part, Simon de Montfort comte de Leicester, le comte de Gloucester et les bourgeois de Londres d'autre part, au sujet de l'inobservation des statuts d'Oxford. Batailles de Lewes, dans laquelle le roi Henri III, Edouard son fils, le roi des Romains et son fils Henri sont faits prisonniers.
— Charles, comte d'Anjou et de Provence, est élu à Rome sénateur à vie.
— Louis IX se rend à Boulogne, avec Gui, cardinal évêque de Sabine, pour tâcher de mettre un terme aux troubles d'Angleterre. Il s'abouche avec Simon de Montfort, mais sans aucun résultat.

1264.
— Le pape Urbain offre à Charles, comte d'Anjou, le royaume de Sicile, les duchés de Pouilles et de Calabre, avec la principauté de Capoue, pour les posséder jusqu'à la quatrième génération, à condition qu'il en expulsera l'usurpateur Manfred. Le comte d'Anjou accepte et prend les armes. Alliances de Manfred avec plusieurs villes d'Italie. Il confie à un de ses lieutenants, nommé Pallavicini, la garde de ces villes.
— Mort d'Urbain IV auquel succède Clément IV. Détails de la vie du nouveau pontife.
— Thomas d'Aquin, Bonaventure, Guéroud d'Abbeville, Robert de Sorbonne, fondateur du collège de Sorbonne.

1265.
— Charles, comte d'Anjou et de Provence, s'embarque à Marseille et arrive à Rome à travers mille dangers. Il y est de nouveau élu sénateur à vie, et ensuite couronné roi de Sicile.
— Edouard, fils d'Henri III, roi d'Angleterre, s'échappe des mains de Simon de Montfort, comte de Leicester, et lève une armée contre lui. Bataille [d'Evesham]. Mort de Simon et de son fils Henri. Un autre de ses fils, nommé Gui, est blessé et pris. Délivrance d'Henri III et des autres prisonniers du comte de Leicester. Défaite des habitants de Londres. Cruautés du prince Edouard. Le corps du comte Simon est enseveli par les moines d'Evesham. Des miracles s'opèrent au tombeau du comte.
— Croisade prêchée en France contre Manfred. Départ pour l'Italie de Robert, fils du comte de Flandre, de Bouchard, comte de Vendôme, et de l'évêque d'Auxerre. Ils traversent la Lombardie malgré le marquis Pelavicini, détruisent Crémone et Brescia et arrivent auprès du roi Charles, à Rome.

1266.
— Apparition d'une comète en France.
— Une multitude de Sarrasins, sortie de l'Afrique, va se réunir aux Sarrasins d'Espagne. Ils sont défaits par les Chrétiens espagnols.
— Le roi Charles sort de Rome et entre sur les terres de ses ennemis. Il s'empare de plusieurs places, et, passant le pont de Cépérano, qui ouvre l'accès de la Pouilles et de la terre de Labour, il arrive jusqu'à San-Germano, place forte où Manfred avait mis la plus grande partie de son armée. Bouchard, comte de Vendôme, monte le premier à l'assaut, et les Français se rendent maîtres de la forteresse. Charles poursuit les fuyards jusqu'à Bénévent où ils allaient se rallier auprès de Manfred. Bataille de Bénévent. Manfred y est tué et ses principaux officiers sont faits prisonniers. La femme, les enfants et la soeur de Manfred sont remis entre les mains du roi Charles. Bénévent et Lucera se rendent aux Français.
— Arrivée auprès du roi Charles d'un certain nombre de bons chevaliers, conduits par Henri de Castille, frère du roi d'Espagne.
— Charles les reçoit honorablement et cède à Henri, leur chef, la dignité de sénateur de la ville de Rome.

1267.
— Prise et dévastation d'Antioche par Bondochar, sultan d'Egypte et de Damas.
— Louis IX confère la chevalerie à Philippe, son fils aîné, et à son neveu Robert, comte d'Artois ; ensuite il les conduit en pèlerinage à l'abbaye de Saint-Denis.
— Louis IX et Mathieu, abbé de Saint-Denis, élèvent des tombeaux aux rois qui étaient ensevelis dans l'église abbatiale, et les disposent dans un ordre régulier.

1268.
— Naissance de Philippe, fils aîné du prince Philippe de France. Mort de Clément IV. Les cardinaux, réunis à Viterbe, laissent écouler deux ans et neuf mois sans parvenir à s'entendre sur le choix d'un nouveau pontife. Ils sont enfermés au conclave par le peuple de Viterbe.
— La mort de Manfred réveille l'ambition du jeune Conradin, réfugié à la cour de Bavière. Suivi d'une armée d'Allemands et d'Italiens, il vient à Rome où on le reçoit avec les honneurs dus à la dignité impériale. Il se ligue avec Henri de Castille contre Charles, roi de Sicile. Celui-ci, occupé au siège de Lucera, dont les habitants l'avaient offensé après s'être rendus à lui, l'abandonne aussitôt et marche contre ses ennemis. Il les rencontre, et leur livre bataille près de la ville d'Albi en Campanie. Les Provençaux du roi Charles sont enfoncés par Henri de Castille. Le roi Charles défait d'abord Conradin, ensuite Henri de Castille, qui revenait de poursuivre les fuyards. Henri se réfugie au Mont-Cassin, dont l'abbé le livre au vainqueur. Conradin et quelques hauts personnages de la famille de Manfred sont pris, jugés et décapités. La Pouilles, la Calabre et la Sicile se soumettent au roi Charles.
— Mort de Richard, roi des Romains. L'élection de son successeur est différée pendant quatre années.

1269.
— Mariage de Blanche, fille de Louis IX, avec Ferdinand, fils aîné du roi de Castille, à condition que le royaume appartiendrait au premier enfant né de ce mariage.
— Départ de Louis IX pour sa deuxième croisade. Il est accompagné de ses trois fils ; Jean, comte de Nevers ; Pierre, comte d'Alençon ; et Philippe, son aîné; de son neveu Robert, comte d'Artois; de Thibaud, roi de Navarre et comte de Champagne. Mathieu, abbé de Saint-Denis, et Simon de Clermont, seigneur de Nesle, restent chargés du gouvernement. Les croisés débarquent sur la côte d'Afrique et s'emparent de Carthage.

1270.
Mortalité dans l'armée chrétienne. Mort de Jean, comte de Nevers, du légat, et enfin du roi de France lui-même. Détails sur les derniers moments de Louis IX. Son fils Philippe reçoit le serment de fidélité et l'hommage des barons et des chevaliers présents à l'expédition.

— Arrivée devant Tunis de Charles, roi de Sicile. Pusillanimité des Sarrasins. Moyens qu'ils employaient pour incommoder l'armée chrétienne. Préparatifs pour le siège de Tunis. Les Sarrasins demandent à traiter. Conditions du traité. L'armée chrétienne se décide à retourner en France par la, Sicile et l'Italie. Tempête horrible devant Trapani en Sicile. Mort du roi et de la reine de Navarre, de la reine de France Isabelle d'Aragon, d'Alphonse, comte de Poitiers, et de sa femme et de beaucoup d'autres chevaliers et barons.
Le prince Edouard d'Angleterre continue son pèlerinage après le traité de Tunis, et va débarquer à Saint-Jean-d'Acre.

1271.
— Inhumation à Saint-Denis du roi Louis IX, de la reine Isabelle et du comte de Nevers. Miracles opérés sur le tombeau de Louis IX.
— Mort de Jean de Courtenay, archevêque de Reims ; il est remplacé par Pierre Barbez, archidiacre de Dunois, dans l'église de Chartres.
— Sacre du roi Philippe III à Reims.
— Un Ismaélien frappe le prince Edouard d'Angleterre d'un poignard empoisonné. Le prince fait mourir l'assassin. Il apprend la mort d'Henri III, son père, et retourne en Angleterre où il se fait couronner.
— Inhumation à Provins de Thibaud, roi de Navarre, et comte de Champagne. Henri, frère de Thibaud, lui succède. Il épouse la soeur de Robert, comte d'Artois, qui lui donne une fille nommée Jeanne, depuis reine de France.
— Le roi Philippe III étant à Viterbe, à son retour de Tunis, Henri, fils de Richard, y vient pour se faire investir des Etats de son père. Il est assassiné dans une église par Gui de Montfort, qui vengea ainsi la mort du comte de Leicester son père. Gui se relire aussitôt chez son beau-père, Roux, comte de Toscane. Indignation du roi de France et du souverain pontife. Gui est enfermé dans une forteresse.

1272.
— Election de Grégoire X.
— Invasion armée de Roger Bernard, comte de Foix, dans une place appartenant au roi de France. Siège de Foix par Philippe III. Soumission du comte. Le roi l'emprisonne pour une année ; il met garnison dans le château de Foix et dans les autres places du comte.
— Gaston de Béarn, beau-père du comte de Foix, accusé d'avoir excité son gendre à la révolte, vient se disculper devant le roi.

1273.
— Mariage de Pierre, comte d'Alençon, frère du roi, avec Jeanne, fille de Jean, comte de Blois.
— Rodolphe, comte d'Alsace, élu et couronné roi d'Allemagne.
— Mort de Jean de Soilli, archevêque de Bourges. Geoffroi de Pont-Chevron, doyen de Paris, élu à la place de l'archevêque défunt, meurt à son tour avant d'avoir été confirmé et consacré. Il est remplacé par Simon de Beaulieu, archidiacre de Chartres.
— Mariage de Philippe, fils de l'ex-empereur de Constantinople Baudouin, avec la fille de Charles Ier, roi de Sicile, d'où nait Catherine qui devait devenir comtesse de Valois.

1274.
— Concile de Lyon présidé par le pape Grégoire X. On y reçoit des envoyés des Grecs et des Tartares. Les premiers promettent de revenir à l'unité catholique, et confesseur que l'Esprit saint procède du Père et du Fils. Dissolution de plusieurs ordres mendiants. On interdit la tonsure et l'on enlève les privilèges de clergie aux clercs deux fois mariés. Composition du concile.
— Mariage du roi Philippe avec Marie de Brabant.
— Mort de Pierre de Charni, archevêque de Sens, auquel succède Gile Cornut, préchantre de l'église de Sens.
— Mort d'Henri, roi de Navarre et comte de Champagne. Sa veuve se réfugie, avec sa fille unique, auprès du roi de France. Le roi Philippe leur fait un accueil favorable et envoie en Navarre Eustache de Beaumarchais pour conserver ce pays sous la main du roi.

1275.
— Sacre de la reine Marie, par Pierre, archevêque de Reims. Réclamation à ce sujet de Gille, archevêque de Sens, dans la province duquel le sacre avait eu lieu.
— Réformes tentées en Navarre par Eustache de Beaumarchais. Les seigneurs navarrais s'insurgent contre lui et l'assiègent dans la citadelle de Pampelune. Robert, comte d'Artois, envoyé au secours d'Eustache, le délivre par la prise de Pampelune et punit les chefs de la sédition.
— Amauri de Montfort, clerc, fils du comte de Leicester, mène par mer sa soeur unique à Léolin, prince des Gallois. Ils sont pris et emprisonnés tous deux par ordre d'Édouard, roi d'Angleterre.
— Mort du pape Grégoire X ; élection d'Innocent V.

1276.
— Mort de Ferdinand, fils aîné du roi de Castille, époux de Blanche, fille de saint Louis. Le roi de Castille Alphonse X, au mépris des traités, exclut ses deux petits-fils de la succession au trône, les retient auprès de lui et renvoie leur mère en France.
— Mort et inhumation de Louis, fils aîné de Philippe, roi de France.
— Une ambassade tartare vient offrir l'appui de cette nation au roi de France, s'il allait guerroyer contre les Sarrasins de Syrie. Composition de l'ambassade. Elle passe en Angleterre après avoir célébré la fête de Pâques à Saint-Denis.
— Léolin, prince des Gallois, furieux de l'enlèvement de sa fiancée, déclare la guerre au roi d'Angleterre. Il se retranche et se fortifie dans les montagnes de Snowdun, sur les frontières des deux Etats. Edouard l'assiège pendant l'hiver, l'oblige à se rendre, et, l'ayant forcé à signer un traité qui, après la mort de Léolin, enlevait a ses héritiers la principauté de Galles, il lui rend sa terre et sa fiancée, et fait célébrer le mariage en sa présence. Amauri, en sa qualité de clerc, est livré à la juridiction ecclésiastique qui le garde longtemps en prison.
— Mort du pape Innocent V. Adrien V, élu à sa place, ne survit qu'un mois et neuf jours à son élection. Il est remplacé par Jean XX.

1277.
— Le pape Jean est écrasé par la chute d'une chambre qu'il faisait construire à Viterbe. Il meurt au bout de six jours et est inhumé dans l'église de Saint-Laurent.
— Débordement du Tibre à Rome.
— Supplice du chambellan Pierre de la Brosse. Effets de cette exécution dans les esprits.

1278.
— Marie de Jérusalem, fille du prince d'Antioche, cède ses droits sur le royaume de Jérusalem à Charles, roi de Sicile, moyennant une rente de quatre mille livres tournois à prendre tous les ans sur les revenus de l'Anjou.
— Election du pape Nicolas III.
— Le nouveau pape enlève à Charles, roi de Sicile, le gouvernement de la Toscane. Il fait des règlements pour l'élection des évêques et du sénateur de Rome. Il se fait nommer sénateur à vie et fait gérer cette charge par ses parents.
— Jean d'Orléans, chancelier, et nommé par le pape évêque de Paris, renonce à toute dignité et se fait dominicain.

1279.
Bibars, sultan d'Egypte, entre en Syrie et livre bataille aux Tartares. Il est défait, blessé, et se retire à Damas où il meurt peu de temps après. Son fils lui succède. Ses émirs se révoltent contre lui et l'assiègent dans le château du Caire où il est réduit aux dernières extrémités.
— Le pape envoie un cardinal au roi de Sicile pour le pressentir sur la perte qu'il avait faite du vicariat de Toscane. Soumission du roi. Jugement qu'en porte le souverain pontife.

1280.
— Le renvoi de Blanche excite contre Alphonse de Castille l'indignation du roi de France. Il rassemble une armée formidable à Bayonne ; mais l'opposition du pape l'empêche d'entrer en Espagne.
— Mort de Nicolas III. Vacance du Saint-Siège.
— Débordement de la Seine à Paris.
— Armement maritime de Pierre III, roi d'Aragon, contre Charles, roi de Sicile. Des ambassadeurs envoyés par lui à la cour de Rome donnent à entendre que ces préparatifs sont dirigés contre les Sarrasins d'Afrique.
— Troubles suscités dans Rome par les Hannibaldi et les Orsini.

1281.
— Election du pape Martin IV.
— Le nouveau pontife, élu sénateur à vie, cède cette place au roi Charles, et confie à des officiers du même prince le gouvernement du patrimoine de Saint-Pierre. Il les fait marcher ensuite contre Guido de Montefeltro, qui s'était emparé des terres de l'Eglise.
— Insurrection des habitants d'Orvieto contre les Français ; elle est comprimée.
— Poisson monstre péché à Orvieto.
— Insurrection des habitants de Palerme et de Messine. Vêpres siciliennes.
— Nouvelle révolte de Léolin, prince des Gallois, et de David son frère, contre le roi d'Angleterre. Celui-ci envahit le pays de Galles, s'en empare, et fait décapiter les deux princes rebelles.
— Le roi de Sicile envoie son fils Charles, prince de Salerne, demandé du secours en France, et met le siège devant Messine. Les assiégés appellent en Sicile Pierre d'Aragon. A l'instigation de ce dernier, l'île tout entière se révolte, et Pierre est couronné roi. Pierre intime à Charles l'ordre de lever le siège de Messine et de sortir de la Sicile. Charles, mal conseillé, se retire en Calabre dans la plaine de San-Martino.
— Dissensions dans l'Université de Paris entre les écoliers picards et anglais.

1282.
— Jean d'Eppe et les soldats du pape Martin marchent contre Guido de Montefeltro. Ils s'emparent du faubourg de Forli. Le lendemain il s'engage entre les deux partis, devant la ville, un combat meurtrier, mais sans résultat, que la nuit vient interrompre.
— Enquête sur la vie et les miracles de saint Louis.
— Guerres du sultan avec les Tartares. Alternative de revers et de succès pour les deux partis.
— Excommunication du roi Pierre d'Aragon à cause de l'usurpation de la Sicile. Ses sujets sont dégagés du serment de fidélité. Son royaume d'Aragon et ses autres possessions sont conférés par le pape au prince Charles, fils du roi de France Philippe.
— Le prince de Salerne retourne en Italie avec Pierre comte d'Alençon, frère du roi de France, Robert comte d'Artois, le comte de Boulogne, Jean comte de Dammartin, Othelin comte de Bourgogne, et beaucoup d'autres chevaliers.
— Combat singulier proposé par Pierre d'Aragon au roi Charles. Il est fixé dans les plaines des environs de Bordeaux pour le 1er juin de l'année suivante.

1283.
— Gui de Montfort, délivré de prison par Martin IV, est envoyé par le pape au secours de ses troupes dans la Romagne. Gui rend à l'Église les terres et les villes qu'avait prises Guido de Montefeltro. Il ravage les environs d'Urbino, la seule ville qu'il restait à soumettre.
— Charles, roi de Sicile, se rend à Bordeaux pour le combat dont il était convenu avec Pierre, roi d'Aragon. Celui-ci, pendant la nuit qui précède le jour fixé, vient déclarer au sénéchal de Bordeaux qu'il ne peut tenir sa parole, à cause de la proximité du roi de France et de son armée. Le roi Charles revient en France avec le roi Philippe son neveu.
— Jean Nugnez envahit l'Aragon pour le roi de France et s'empare de plusieurs places.
— A la nouvelle de la mort de son beau-père, Gui de Montfort, avec la permission du pape, abandonne le siège d'Urbino et passe en Toscane, où il défend la succession de sa femme contre l'invasion des comtes de Fiora et d'Anguillara.
— Charles, roi de Sicile, quitte la France pour retourner dans la Pouilles. A cette nouvelle, les Siciliens se présentent devant Naples avec vingt-sept vaisseaux et provoquent les Français, Le prince de Salerne accepte la bataille, est vaincu, fait prisonnier et conduit à Messine. Le roi Charles arrive quatre jours après et punit sévèrement les Napolitains, qui s'étaient révoltés. Il réunit son armée et s'avance vers Reggio, dans l'intention de passer le détroit et d'assiéger Messine. Obligé de renoncer à ce projet, il met sa flotte en sûreté dans le port de Brindes.

1284.
— Mort du comte de Joigny devant Urbino.
— Philippe, fils aîné du roi de France, est fait chevalier et épouse Jeanne, fille de feu Henri comte de Champagne et roi de Navarre.
— Ravages causés en France par le vent.
— Mort de Charles, roi de Sicile. Douleur du pape Martin. Il remet au comte d'Artois une forte somme d'argent pour les besoins des enfants du prince de Salerne, dont il lui confie la tutelle en même temps que la régence de la Sicile.
— Expédition du roi Philippe le Hardi en Aragon.

1285.
— Maladie et mort du pape Martin IV. Il s'opère des miracles à son tombeau. Election du pape Honorius IV.
— Pierre roi d'Aragon se transporte dans son royaume pour le défendre contre l'invasion française. Se défiant aussi de la fidélité des habitants de Messine, il fait transporter en Aragon le prince de Salerne.
— Honorius prodigue des secours et des encouragements tant à Robert d'Artois, dans la Pouilles, qu'aux autres corps de troupes expédiés en divers lieux par le pape Martin.
— Philippe le Hardi envahit le Roussillon, franchit les Pyrénées et s'empare de tout le pays jusqu'à Gironne, qu'il assiège.
— Il envoie chercher à sa flotte des vivres pour l'armée. Pierre, roi d'Aragon, se met en embuscade pour enlever le convoi. Raoul de Nesle, connétable de France, et le maréchal Jean d'Harcourt, marchent contre les Aragonais embusqués. Le combat s'engage et les Aragonais sont battus, malgré la supériorité de leur nombre. Pierre, qui, pour n'être pas reconnu, avait combattu avec d'autres armes que les siennes, est forcé de fuir après avoir reçu une blessure mortelle. Les Aragonais cachent aussi longtemps que possible la mort de leur roi. Prise de Gironne après trois mois de siège. Maladie du roi de France. Il laisse dans Gironne une faible garnison, licencie une partie de ses vaisseaux et se dirige vers Carcassonne. Les Espagnols prennent à leur solde les vaisseaux licenciés et s'en servent pour s'emparer des autres. Ils chassent de Gironne la garnison française, qui, en s'en retournant, est pillée dans les montagnes.
— Philippe le Hardi meurt à Perpignan. Son fils Philippe le Bel lui succède. Les entrailles du roi Philippe sont enterrées à Narbonne ; son corps est transporté à l'abbaye de Saint-Denis. Dissensions, au sujet de l'inhumation, entre les moines de Saint-Denis et les Dominicains de Paris, qui réclamaient le coeur du feu roi, promis par le nouveau monarque. Représentations du légat, des prélats et des seigneurs. La volonté de Philippe le Bel est exécutée.
— Enfants de Philippe III.
— Sacre de Philippe le Bel et de la reine Jeanne de Navarre.

1286.
— Alphonse succède à son père Pierre au royaume d'Aragon. Jacques, frère d'Alphonse, et Constance sa mère, s'emparent de la Sicile, où Jacques se fait couronner roi.
— Le pape Honorius renouvelle, contre les deux princes et contre leur mère, la sentence prononcée contre leur père par le pape Martin.
— Edouard, roi d'Angleterre, fait hommage au roi de France pour le duché d'Aquitaine et ses autres possessions en France. Il convoque à Bordeaux un parlement, où il reçoit des ambassadeurs d'Aragon, de Sicile et de Castille. Soupçons éveillés par cette circonstance. Il procure la délivrance du prince de Salerne.
— Mort de Matthieu, abbé de Saint-Denis et conseiller du roi de France. Travaux matériels et spirituels de cet abbé. Renaud Giffart lui succède.
— Mort du pape Honorius ; élection de Nicolas IV.

1287.
A Saint-Jean-d'Acre, le roi de Chypre se fait couronner roi de Jérusalem au préjudice du roi de Sicile, avec le concours des Templiers et des Hospitaliers. Séquestre des biens appartenant à ces religieux dans la Pouilles et le royaume de Sicile.
— Hostilités entre Alphonse roi d'Aragon et son oncle le roi de Majorque, qui tenait le parti de l'Eglise.
— Les Grecs, séparés de l'unité de l'Eglise, se donnent un pape et des cardinaux.
— Le comte Robert d'Artois, régent de Sicile, envoie Gui de Montfort à Venise et dans la Toscane, pour réunir des vaisseaux contre les Siciliens.
— Députation des Aragonais et des Siciliens au pape. Allégations des Aragonais. Réponses du pape. Les Siciliens cherchent à excuser le massacre des Français et la démarche de Constance d'Aragon et de son fils ; ils demandent que le prince Jacques soit couronne roi de Sicile. Le pape les renvoie sans leur répondre.

1288.
— Une flotte étant préparée à Naples pour une descente en Sicile, Regnaud d'Avella passe le détroit par ordre de Robert d'Artois, et s'empare de Catane. Ensuite il envoie à Naples ses vaisseaux vides pour qu'on les lui renvoie remplis de soldats. En attendant, ce chevalier est assiégé dans Catane par les Siciliens, et obligé de se rendre, la vie et les bagues sauves. Gui de Montfort, le comte de Brienne, Philippe fils du comte de Flandre, et plusieurs autres chevaliers français, qui allaient au secours de Regnaud d'Avella, sont défaits dans un combat naval par l'amiral sicilien Roger de Loria. Ils se rachètent tous, à l'exception de Gui de Montfort, qui périt en prison par suite des intrigues du roi d'Angleterre.
— Guerre entre le duc de Brabant et le comte de Luxembourg pour la possession du Limbourg. Ils en viennent aux mains près de Liège. Victoire du duc de Brabant. Mort du comte de Luxembourg et de ses trois fils. L'archevêque de Cologne est fait prisonnier.
— Le prince de Salerne sort de prison à condition qu'il réconciliera l'Aragon avec Rome, et que s'il n'a pas atteint ce but au bout de trots ans, il se reconstituera prisonnier. Il donne pour otages ses trois fils et quarante de ses nobles.
Prise de Tripoli par le sultan d'Egypte.

1289.
Les citoyens, les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean-d'Acre concluent une trêve avec le sultan d'Egypte. Elle est violemment rompue par quinze cents mercenaires envoyés par le pape Nicolas IV, lesquels massacrent un grand nombre de Sarrasins.
— Charles prince de Salerne, arrivé à Rome, y est couronné roi de Sicile par le pape, et dégagé de son serment envers le roi d'Aragon.
— Jacques, usurpateur de la Sicile, entre dans la Calabre et assiège Gaëte. Le roi Charles vient au secours de la ville et la délivre. Trêve entre les deux princes conclue par l'entremise d'un agent du roi d'Angleterre.
Le sultan d'Egypte menace Saint-Jean-d'Acre d'une extermination semblable à celle de Tripoli, si on ne lui livre point ceux qui, au mépris de la trêve, ont massacré les Sarrasins.
— Naissance de Louis, fils aîné du roi de France Philippe et de la reine Jeanne.

1290.
Le sultan d'Egypte marche vers Saint-Jean-D'Acre avec une armée innombrable. Arrêté par une grave maladie, à moitié chemin du vieux Caire à Saint-Jean-d'Acre, il envoie contre cette ville sept émirs, ayant chacun sous ses ordres quatre mille cavaliers et vingt mille fantassins. Ces troupes attaquent la ville pendant un mois, mais sans succès. Le sultan fait reconnaître son fils par tous les émirs de son armée et meurt.
Le nouveau sultan, après avoir rendu les honneurs funèbres à son père, marche contre Saint-Jean-d'Acre avec toute l'armée et campe à un mille de la ville. Attaques incessantes pendant dix journées consécutives. Les assiégés embarquent et envoient en Chypre leur argent, leurs marchandises, leurs reliques et toutes les personnes hors d'état de combattre. Dissensions dans la ville. Ses défenseurs l'abandonnent, à l'exception de douze mille environ, dont cinq cents cavaliers.
Assaut donné à la ville le 15 mai. L'obscurité de la nuit empêche les ennemis d'y entrer. Défection du roi de Chypre et de tous les siens. Nouvel assaut. Les Sarrasins comblent le fossé, percent le mur, entrent dans la ville, et repoussent vivement les Chrétiens jusqu'au coeur de la cité; mais ils en sont expulsés le soir et le lendemain encore par le maréchal et le maître des Hospitaliers. Le troisième jour, les Sarrasins entrent par la porte Saint-Antoine, défont complètement les Templiers et les Hospitaliers, et se rendent maîtres de la ville, qu'ils ruinent de fond en comble. Le patriarche et le maître des Hospitaliers, blessé mortellement, essaient de se sauver, avec beaucoup d'autres, sur une frêle embarcation, et périssent en mer.
— Mariage de Charles comte de Valois, frère du roi de France, avec une des filles de Charles II, roi de Sicile.

1291.
— Les habitants de Valenciennes se révoltent contre leur seigneur, Jean comte de Hainaut. Ils chassent de la ville la garnison que le comte y avait mise, et y appellent Guillaume, fils du comte de Flandre.
— Mort de Rodolphe roi des Romains. Couronnement d'Adolphe de Nassau.
— Lettres du pape Nicolas aux évêques de France, pour avoir leur avis sur ce qu'il y avait à faire pour secourir la Terre-Sainte. Des synodes provinciaux délibèrent sur la question. On répond au pape qu'avant de songer à une croisade, il faut rétablir la paix entre les princes chrétiens.
— Réconciliation de Jean duc de Brabant avec le fils du comte de Luxembourg, auquel il fait épouser sa fille.
— Mort de Jeanne comtesse de Blois. Partage de sa succession entre ses cousins, savoir : Hugues comte de Saint-Paul, ses frères Gui et Jacques, et Gaucher de Châtillon. Hugues laisse le comté de Saint-Paul à Gui son frère, et devient comte de Blois.
— Mort du pape Nicolas IV. Vacance du Saint-Siège.

1292.
— Armements d'Edouard roi d'Angleterre, destinés, disait-il, au secours de la Terre-Sainte. Il s'en sert contre les Normands et autres sujets du roi de France. Il en tue un grand nombre, fait une multitude de prisonniers, détruit leurs vaisseaux ou les emmène en Angleterre avec tout ce qu'ils contiennent. Les sujets gascons du roi d'Angleterre attaquent même La Rochelle et donnent plusieurs assauts à celte ville. Le roi de France somme Edouard et ses lieutenants en Gascogne de livrer à sa justice un certain nombre de ceux qui ont pris part à ces expéditions.
— Attentats de Jean comte de Hainaut contre les églises et contre les sujets du roi de France. Charles de Valois, par ordre du roi son frère, assemble une armée à Saint-Quentin et marche contre le comte de Hainaut. Celui-ci, épouvanté, va, sans armes, trouver le comte de Valois, qui l'emmène à Paris, où il fait satisfaction au roi.
— Le peuple de Rouen se soulève contre l'Echiquier à cause d'une imposition nommée la « maltôle. » Les mutins envahissent la maison du collecteur, pillent la caisse et assiègent les conseillers de l'Echiquier dans le château de Rouen. Le maire et les bourgeois mettent fin à la sédition, font emprisonner et pendre les coupables.
— Le roi de France fait saisir la Gascogne par le connétable Raoul de Nesle, et cite le roi d'Angleterre à son parlement.
— Mort de Gilles Cornut archevêque de Sens, auquel succède Etienne doyen du chapitre.

1293.
— Le comte d'Armagnac accuse de trahison Roger-Bernard comte de Foix. Duel de ces deux seigneurs à Gisors en présence du roi de France et de ses barons. A la prière du comte d'Artois, le roi prend sur lui la décision du différend.
— Défaut du roi d'Angleterre aux nombreuses et solennelles citations qu'il avait reçues, pour venir rendre compte à la cour du roi de France de la conduite de ses sujets gascons. Edouard déclare même abandonner tout ce qu'il tenait en fief de la France, espérant bien reconquérir le tout parles armes et s'affranchir ainsi de l'hommage.
— La ville de Noyon est détruite par un incendie à l'exception des abbayes de Saint-Eloi et de Saint-Barthélemy.
— Mort de Guillaume évêque d'Auxerre, auquel succède Pierre évêque d'Orléans, remplacé sur son siège par Ferri, fils du duc de Lorraine.
— Henri de Castille, délivré de la prison des Siciliens, se retire auprès du roi Sanche son neveu.

1294.
— Jean duc de Brabant est tué dans un tournoi à Bar en Lorraine.
— Frère Pierre de Moron, d'Isernia dans la Pouilles, fondateur d'un ordre religieux dit de saint Benoît, dans les montagnes, et qui vivait en ermite à Sulmona dans l'Abruzzes, est élu pape à Pérouse le 5 juillet et prend le nom de Célestin V. Ses qualités. Détails de son élection. Il augmente de douze le nombre des cardinaux. Il remet en vigueur la décrétale relative à l'élection du souverain pontife. Démission et retraite de Célestin. Election de Boniface VIII. Celui-ci empêche son prédécesseur de retourner à son ermitage et le fait garder avec honneur.
— Au mois de septembre le roi d'Angleterre s'embarque et passe trois jours à exercer et faire manoeuvrer sa flotte. Comptant sur son éloignement les Gallois se révoltent contre lui.
— Edouard se dirige avec ses vaisseaux vers La Rochelle. Il ravage et incendie l'île de Ré. Se dirigeant ensuite vers Bordeaux, les Anglais prennent le château de Blaye et trois ou quatre autres villes sur la côte. Enfin ils débarquent à Bayonne dont ils s'emparent par trahison. Mais la citadelle tient bon contre l'ennemi.
— Les troupes envoyées de France dans la Gascogne ont peu de succès.
— Le comte d'Acerra, en Pouilles, chargé par Charles II, roi de Sicile, du gouvernement de son comté de Provence, est convaincu de sodomie et de trahison, empalé et brûlé vif, après avoir confessé qu'il avait autrefois porté Charles Ier à lever le siège de Messine, que traîtreusement il s'était laissé prendre avec le prince Charles II, et qu'il avait détourné de leur dessein les Siciliens, disposés à proclamer roi le prince prisonnier et à chasser les Aragonais.
— Gui comte de Flandre, allié au roi d'Angleterre et qui voulait lui faire épouser sa fille, est pris avec elle et conduit à Paris. Gui est relâché bientôt après; sa fille reste à Paris pour être élevée avec les enfants du roi.
— Frère Raoul de Granville en Normandie, de l'ordre des Prêcheurs, nommé patriarche de Jérusalem par le pape Célestin V, est déposé par Boniface VIII.
— Adolphe de Nassau roi des Romains, allié au roi d'Angleterre, fait défier le roi de France. Mais, privé des secours qu'il attendait, il ne peut venir à bout de ses desseins.
— Charles comte de Valois, envoyé en Gascogne par le roi de France son frère avec une armée nombreuse, met le siège devant Rions sur Garonne. Le connétable Raoul de Nesle sort de Bordeaux pour aller au secours du comte de Valois. Il assiège en passant Podensac que défendaient des Anglais et des Gascons.

1295.
— Les Anglais de la garnison de Podensac capitulent après huit jours de siège. Pour conserver leur vie ils livrent la ville et les Gascons qui la défendaient avec eux. Le connétable conduit ces Gascons devant Rions et les fait pendre au nombre de soixante, à la vue des assiégés. Indignation des habitants de Rions contre les Anglais dont ils devinent la trahison à Podensac. Jean de Bretagne, neveu du roi d'Angleterre, Jean de Saint-Jean et plusieurs autres Anglais, la nuit venue, s'enfuient de Rions par mer. Plusieurs sont massacrés par les habitants au moment où ils s'embarquent. Assaut et prise de Rions.
— Arrivée en France de deux cardinaux envoyés par Boniface VIII, pour rétablir la paix entre les deux rois.
— Charles de Valois assiège Saint-Sever, et le prend après de longs efforts. Mais après le départ du prince, les habitants de la ville renoncent à la fidélité qu'ils lui avaient jurée.
— Mort de Sanche roi de Castille. Il laisse deux enfants d'une nonne, sa cousine, qu'il avait épousée. Henri de Castille prend la tutelle de ces deux enfants, en haine de ses deux autres neveux Alphonse et Ferdinand, petit-fils de saint Louis.
— Frère Gille, de l'ordre des ermites de saint Augustin, remplace sur le siège archiépiscopal de Bourges Simon de Beaulieu devenu évêque de Préneste.
— Descente des amiraux Matthieu de Montmorency et Jean d'Harcourt sur la côte d'Angleterre à Douvres. Quelques soldats français entrent dans la ville et y mettent le feu. Ils auraient pu conquérir l'Angleterre, si les deux amiraux n'eussent abandonné le port, laissant livrés aux dangers et à la mort ceux qui étaient sortis des vaisseaux pour attaquer la ville.
— Raoul de Granville est rétabli dans la dignité de patriarche de Jérusalem.
— Alliance de Florent comte de Hollande, avec le roi de France.
— Mort de Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, fondatrice des cordelières de saint Marcel.
— Mort d'Alphonse roi d'Aragon. Jacques d'Aragon abandonne la Sicile à Frédéric son frère, et court en Aragon se faire couronner roi. Il se réconcilie avec le roi de Sicile. Charles II épouse une de ses filles, et délivre les otages que son frère Alphonse en avait reçus.

1296.
— Mort de Célestin V.
— Les Ecossais, alliés à la France, envahissent et ravagent l'Angleterre. Jean, leur roi, pris par trahison, est livré au roi d'Angleterre.
— Destitution des deux cardinaux Pierre et Jacques Colonne.
— Alphonse et Ferdinand, petits-fils de saint Louis et d'Alphonse roi de Castille, apprenant la mort de ce dernier, quittent la France et se rendent en Espagne. Avec le secours du roi d'Aragon et du fils de Jean Nugnez, ils s'emparent du royaume de Léon et d'une partie de la Castille. La résistance d'Henri, tuteur des enfants de Sanche et leur oncle commun, paralyse leurs efforts. Ferdinand laisse son frère en Espagne et va demander du secours en France et à Rome.
— Impôt du centième d'abord, du cinquantième ensuite sur les biens de tous les Français, tant clercs que laïques. Le pape menace d'un anathème terrible les rois et les seigneurs qui soumettraient désormais le clergé à leurs exactions.
— Louis, fils de Charles roi de Sicile et moine cordelier, est nommé évêque de Toulouse. Le pape réunit à cet évêché celui de Pamiers qu'il eu avait d'abord séparé.
— Edmond, frère du roi d'Angleterre, arrive en Gascogne avec une flotte nombreuse. Robert d'Artois marche contre le prince anglais, qui, sur ces entrefaites, tombe malade, et meurt. Jean de Saint-Jean, Jean de Bretagne et le comte de Lincoln, courent le pays avec mille cavaliers et une multitude de fantassins, afin d'approvisionner Bayonne. Robert d'Artois les attaque avec cinq cents cavaliers seulement, les défait après un combat opiniâtre, et leur tue beaucoup de monde. Il fait aussi plusieurs prisonniers, entre autres Jean de Saint-Jean, et reste complètement maître du pays.
— Assassinat de Florent comte de Hollande et de son fils. Jean comte de Hainaut hérite du comté.
— Gui comte de Flandre, allié au roi d'Angleterre, envoie une députation au roi de France pour déclarer qu'il n'entend rien tenir en fief de ce monarque. Inondation de la Seine à Paris. Les deux ponts de pierre sont emportés avec les maisons et les moulins qui les couvraient.

1297.
— Alphonse et Ferdinand de la Cerda, aidés de leur oncle Jean, font de grands progrès en Espagne. Jean ayant été fait prisonnier, Alphonse, pour lui rendre la liberté, renonce à ses conquêtes. Ingratitude de Jean. Il livre à l'ennemi le royaume de Léon qu'il tenait de son neveu. Alphonse refuse de se retirer en France ; il se fait ouvrir les portes d'un château d'où il fait des courses contre ses ennemis. Henri comte de Bar, gendre du roi d'Angleterre, envahit la Champagne qui appartenait à la reine de France Jeanne, brûle une ville, et fait périr beaucoup de monde. Gaucher de Châtillon avec une armée entre, par ordre du roi de France, sur les terres du comte de Bar, et les ravage.
— Les cardinaux Jacques et Pierre Colonne, bravant le pape Boniface, s'enferment, avec Jean leur neveu, dans la ville de Népi. Le pape les frappe d'anathème, prêche contre eux une croisade, et lève une armée nombreuse.
— Philippe roi de France lève des troupes contre le comte de Flandre. Il confère la chevalerie à Louis son frère, comte d'Evreux, à son cousin Louis, fils de Robert comte de Clermont, et à cent vingt autres. Il entre en Flandre, ravage le pays et assiège Lille, où était enfermé Robert, fils aîné du comte. Prise et incendie de l'abbaye de Marquette par l'armée française.
— Ravage de toute la contrée aux environs de Lille dans un rayon de quatre lieues. Avantage remporté au bord de la Lys sur un parti d'ennemis, par Gui comte de Saint-Paul, le connétable Raoul de Nesle et Gui son frère, maréchal de l'armée française.
— Canonisation de saint Louis.
— Robert comte d'Artois, avec son fils Philippe et plusieurs autres nobles chevaliers, entre dans la Flandre, et dévaste le pays jusqu'à Furnes. Bataille de Furnes où le comte prend ou tue aux Flamands six cents cavaliers et seize mille fantassins. Prise de Furnes. Occupation de toute la vallée de Cassel. Noms de quelques-uns des principaux prisonniers faits par le comte Robert.
— Capitulation de Lille. Robert, fils du comte de Flandre, et les chevaliers qui étaient avec lui dans la ville, se réfugient à Bruges auprès du comte et du roi Edouard d'Angleterre qui venait d'y arriver aussi, soit qu'il eût été attiré par l'annonce de succès imaginaires, soit, ce qui est plus probable, qu'il vînt uniquement pour donner au comte de Flandre secours et conseils.
— Le roi de France met garnison dans Lille, prend Courtrai, et se dispose à attaquer Bruges. Le roi d'Angleterre et le comte de Flandre vont s'enfermer à Gand. Bruges abandonné, ouvre ses portes aux Français. Le roi de France s'y repose quelque temps et marche ensuite vers Gand. Il reçoit en chemin, à Ingelmunster, des envoyés du roi d'Angleterre qui proposent une trêve. Elle est conclue pour deux ans par l'intermédiaire du roi de Sicile.
— Capitulation de la ville de Népi en Italie. Jacques et Pierre Colonne s'enfuient à Colonne où ils sont encore assiégés.
— Philippe le Bel à son retour de Flandre rassemble à Paris les prélats et les barons de son royaume. Il leur communique une bulle par laquelle le pape Boniface accordait au roi Philippe et à son premier héritier la dîme des églises du royaume, toutes les fois que, dans leur conscience, ils croiraient nécessaire ou utile de la lever pour le bien de l'Etat; de plus, afin de subvenir aux frais de la guerre, une année des revenus des prébendes, prévôtés, archidiaconés et doyennés ecclésiastiques qui vaqueraient dans le royaume pendant la guerre ; les revenus des archevêchés, évêchés et abbayes, étant toutefois exceptés de cette concession.
— Nouvelles constitutions faites par ordre du pape Boniface pour le bien de l'Eglise catholique. Elles sont réunies aux anciennes décrétales dont elles forment le sixième livre.

1298.
— Délibération en consistoire relative à la permission d'ouïr les confessions accordée par le pape Martin IV aux frères Prêcheurs et Mineurs. Discours du pape à ce sujet.
— Mort de Simon évêque de Chartres, auquel succède Jean de Garlande sous-doyen du chapitre de Chartres.
— Adolphe roi des Romains est tué dans un combat contre Albert duc d'Autriche, lequel est couronné roi à son tour.
— Prise de Colonne et de Zagaruolo par l'armée du pape. Jacques et Pierre Colonne s'enfuient à Palestrina, d'où ils font leur soumission.
— Traité de paix entre les rois de France et d'Angleterre.
— Mort de Louis évêque de Toulouse. Nouvelle division du diocèse en deux sièges, dont un à Toulouse et l'autre à Pamiers.
— Elévation du corps de saint Louis.
— Le fils de Jean Nugnez, partisan des petits-fils de saint Louis, Alphonse et Ferdinand de la Cerda, est blessé, pris et obligé, pour recouvrer sa liberté, de renoncer au parti des deux jeunes princes.
— Mort de Philippe, fils de Robert comte d'Artois. Enfants issus de son mariage avec Blanche de Bretagne.
— Tremblement de terre à Riéti où était la cour romaine. Apparition d'une comète. Mariage de Robert comte d'Artois, avec une fille de Jean comte de Hainaut.

1299.
— Prise de Catane par Robert duc de Calabre, fils de Charles II, roi de Sicile. Philippe prince de Tarente, voulant aller rejoindre le duc Robert son frère, est pris par les Siciliens.
— Mariage d'Edouard roi d'Angleterre avec Marguerite soeur de Philippe le Bel.
— Conversion au christianisme du grand khan des Tartares Casan par l'intermédiaire de sa femme, fille du roi d'Arménie. Il réunit contre les Sarrasins une armée nombreuse dont le roi d'Arménie est nommé maréchal. Combats près d'Alep et d'Emèse. Destruction presque complète des Sarrasins à Damas. Les Tartares s'emparent d'Alep, d'Emèse, de Damas, de Jérusalem et de tout le royaume.
— Les Colonne abandonnent l'Italie.
— Entrevue d'Albert roi des Romains et du roi de France à Vaucouleurs. Les limites du royaume de France sont portées de la Meuse au Rhin. Trêve d'un an accordée au prince de Bar. Expiration de la trêve avec les Flamands. Charles comte de Valois entre en Flandre avec une armée, prend Douai et Béthune, et se retire à Bruges. Entre cette ville et Dam il livre bataille à Robert fils du comte de Flandre. Défaite des Flamands qui se réfugient à Gand.
— Ferri archevêque d'Orléans meurt victime de la vengeance d'un chevalier dont il avait violé la fille. Il est remplacé par maître Bertaud de Saint-Denis, archidiacre de Reims.

1300.
— Prise de Dam par le comte de Valois. Le comte de Flandre livre Gand, Ypres, toute sa terre, et avec ses deux fils Robert et Guillaume, il se rend à Charles de Valois. Les trois princes flamands emmenés à Paris demandent pardon au roi, mais n'en sont pas moins enfermés dans différentes prisons.
— Institution du jubilé séculaire par Boniface VIII.
— Mariage de Blanche soeur du roi de France, avec Raoul duc d'Autriche, fils d'Albert roi des Romains.
— Roger de Loria, devenu amiral du roi de Sicile Charles II, combat les Siciliens, leur tue quatre cents hommes, et leur prend vingt-deux vaisseaux.
— Mort de Thibaud évêque de Beauvais.
— Charles comte de Valois, devenu veuf de la fille du roi de Sicile, épouse Catherine, petite-fille de l'ex-empereur Baudouin, et héritière de l'empire grec.
— Destruction des Sarrasins de Luceria dans la Pouilles, par Charles II, roi de Sicile.

1301.
— Mariage de Louis comte d'Evreux, avec Marguerite, petite-fille de Robert comte d'Artois. Marie, soeur de Marguerite, épouse Gaston, fils aîné de Roger-Bernard comte de Foix.
— Charles de Valois, avec un grand nombre de seigneurs français, se rend à Rome dans l'intention de recevoir ou de conquérir l'empire de Constantinople. Accueilli avec honneur par le pape et les cardinaux, il est nommé vicaire et défenseur du patrimoine de Saint-Pierre, et consacre une année à combattre les ennemis de l'Église.
— Voyage de Philippe le Bel en Flandre. Il reçoit les hommages des seigneurs, et nomme gouverneur du pays Jacques de Saint-Paul, frère du comte Gui de Saint-Paul.
Soumission d'Henri comte de Bar. Il offre d'aller, avec deux cents hommes d'armes, aider Charles de Valois à conquérir le royaume de Constantinople, ou bien en Terre-Sainte pendant deux ans, ou jusqu'à tel autre terme que le roi de France voudrait lui prescrire. Soumission du seigneur de Fauquemont, Allemand qui avait aidé Gui comte de Flandre dans sa révolte contre le roi de France.
— Apparition d'une comète.
— Expédition d'Edouard roi d'Angleterre contre les Ecossais.
— Eclipse de lune.
— Citation à la cour du roi et incarcération de l'évêque de Pamiers, accusé de méchants propos contre le roi. Le pape Boniface envoie au roi de France l'archidiacre de Narbonne, avec sommation de remettre en ses mains l'évêque prisonnier. Le pape signifie aussi au roi que sa personne et son royaume sont soumis à l'Eglise romaine pour le spirituel et le temporel ; que le roi n'a que la garde des prébendes vacantes, et qu'il en doit réserver les revenus pour le titulaire futur. Il révoque les concessions faites au roi pour le fait des guerres, et lui interdit la collation des bénéfices ecclésiastiques. Citation aux prélats, aux docteurs en théologie, en droit canon et en droit civil, aux abbés de Cluny, de Cîteaux et de Prémontré, aux abbés de Saint-Denis et de Marmoutier, de comparaître en personne à Rome. Le roi de France délivre l'évêque de Pamiers et lui ordonne, ainsi qu'au nonce du pape, de sortir aussitôt du royaume.
— Assemblée des Etats-généraux dans l'église de Notre-Dame à Paris. Les injonctions du pape y sont lues par ordre du roi. Déclaration du clergé et des seigneurs au sujet des bénéfices et des fiefs. Discours du roi. Réponse de Robert d'Artois au nom des barons. Edit royal qui défend l'exportation en Italie de l'or, de l'argent et des marchandises, sous peine de confiscation, d'amendes et de peines corporelles. Le comte de Châlons est préposé à la garde des passages par lequel on peut aller de France en Italie.

1302.
— Marguerite, veuve de Charles Ier, roi de Sicile, fonde à Tonnerre en Bourgogne un hospice pour les pauvres.
— Prise de Termes en Sicile par Charles comte de Valois.
— Révolte sanglante excitée à Bruges par les maltôtes qu'y lève Jacques de Saint-Paul, contre les intentions du roi et les coutumes du pays. Philippe le Bel envoie, pour rétablir la paix, mille hommes qui sont reçus à Bruges, et s'y mettent sous les ordres de Jacques de Saint-Paul. Menaces imprudentes proférées par ce dernier. Elles portent au comble l'exaspération du peuple qui massacre les mille soldais envoyés par le roi. Jacques de Saint-Paul échappe au carnage par la fuite. Les habitants de Dam chassent du port la garnison française. Bruges et d'autres villes de Flandre se soumettent à Gui de Namur et à Jean son frère, fils du comte prisonnier du roi. Les deux princes réunissent une armée allemande et encouragent les Flamands à la résistance. Robert d'Artois, par ordre du roi de France, entre en Flandre avec une armée nombreuse, et campe près de Courtrai. Détails de la bataille de Courtrai. Présomption des chevaliers de l'armée française. Courage opiniâtre des Flamands. Le comte Robert fait des prodiges de valeur, mais il est abandonné par la plupart des siens, et tombe percé de coups dans la mêlée. Les Flamands pillent le camp des vaincus, dépouillent leurs cadavres et se retirent dans les murs de Bruges. Les corps des Français restent tout nus sur le champ de bataille, abandonnés aux oiseaux de proie, aux chiens et aux bêtes féroces. Noms des principaux morts. Le corps de Robert d'Artois, percé de trente blessures, est recueilli par le père gardien des frères Mineurs d'Arras, qui l'ensevelit dans un monastère de femmes, près de Courtrai. Gui de Namur, par force ou par ruse, s'empare de Lille, de Douai, d'Ypres et de Gand, et envoie ses troupes faire le dégât jusqu'aux portes d'Arras. Elles sont vigoureusement repoussées par les soldats de l'évêque d'Arras, pendant qu'elles pillent l'abbaye du mont Saint-Éloi.
— Les archevêques, les évêques et les abbés de France députent trois d'entre eux au pape, pour lui exposer les motifs qui les empêchent de se rendre à Rome. Le roi envoie lui-même Pierre, évêque d'Auxerre, prier le souverain pontife d'ajourner la réunion qu'il avait convoquée à Rome.
— Le roi de France réunit à Arras contre les Flamands une armée de cent quarante mille hommes. Il reste, durant tout le mois de septembre, en face de l'ennemi sans rien entreprendre, et retourne honteusement en France après avoir congédié ses troupes. Il investit du comté d'Artois Othon comte de Bourgogne, mari de Mathilde, fille unique du défunt comte Robert, et sous la réserve des droits des enfants de feu Philippe, frère aîné de ladite Mathilde. Il laisse à la garde de la frontière des sergents et des chevaliers qui remportent sur les insurgés divers avantages.
— Charles comte de Valois fait des courses et du butin en Sicile, mais sans trouver d'ennemis à combattre. Frédéric demande enfin la paix. Traité de paix conclu entre ce prince et le comte de Valois. La Sicile doit rester à Frédéric pendant toute sa vie. Il abandonne au roi Charles toutes ses possessions en Pouilles et en Calabre. Les prisonniers doivent être délivrés des deux parts. Un projet de mariage est arrêté entre Frédéric et Eléonore, fille du roi Charles. Le comte de Valois et Robert duc de Calabre s'engagent à faire leurs efforts pour faire donner à Frédéric, avec le consentement du pape, le royaume de Sardaigne, celui de Chypre ou un autre royaume équivalent; s'ils n'y réussissent point, Charles roi de Sicile, après la mort de Frédéric, paiera cent mille onces d'or pour acheter des revenus aux fils de ce prince, et par ce moyen la Sicile reviendra tout entière au roi Charles. Frédéric et les Siciliens jurent l'observation de ces conditions, et sont absous par le chapelain du comte de Valois de l'anathème qui pesait sur eux. Charles comte de Valois se rend à Rome. Il communique le traité au pape, qui refuse, dit-on, de l'approuver.
— Les Bordelais chassent la garnison française de leur ville, et se déclarent indépendants. Motifs de cette conduite.
— La réunion des prélats français n'ayant pu avoir lieu à Rome, le pape envoie à Paris un légat qui y réunit un concile, et s'étant secrètement assuré des dispositions des évêques, les fait connaître au souverain pontife.
— Mort d'Othelin comte de Bourgogne et d'Artois.
— Plus de dix mille Flamands sont tués à Saint-Omer par Jacques de Bayonne, chevalier qui commandait en ce pays l'armée française. Les Flamands, alors occupés à dévaster les possessions du comte de Hainaut, concluent une trêve avec lui, et s'en vont défendre leur propre territoire.

1303.
— Des envoyés du khan des Tartares viennent offrir leurs secours au roi de France pour la protection de la Terre-Sainte, et offrent de se faire chrétiens.
— Deux cents cavaliers et trois cents fantassins flamands sont pris ou tués à Lille par les gens de Tournai et Foucaut de Melle, maréchal du roi de France.
— Destruction de Douai par les habitants d'Arras.

Première continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis
1301.
— Préambule.
— Blanche, fille de saint Louis, s'enferme à Paris dans une retraite voisine de Saint-Marcel, et Marguerite, veuve de Charles II, roi de Sicile, dans un hôpital de pauvres, fondé par elle à Tonnerre en Bourgogne.
— Mariage de Louis comte d'Evreux, frère du roi de France, avec Marguerite, petite-fille de Robert comte d'Artois.
Charles, comte de Valois, se rend à Rome dans l'intention d'aller ensuite, avec l'agrément du pape, conquérir l'empire de Constantinople qui lui appartenait du chef de sa femme. Nommé vicaire et défenseur de l'Eglise, il dompte les rebelles en Toscane.
— Philippe le Bel visite la Flandre, y reçoit le serment de fidélité des seigneurs, et y laisse pour gouverneur Jacques de Saint-Paul.
— Soumission d'Henri comte de Bar au roi de France.
— Apparition d'une comète.
— Expédition infructueuse d'Édouard, roi d'Angleterre, en Ecosse.
— Le sultan d'Egypte s'empare de Jérusalem et de la Syrie, après en avoir expulsé les Tartares, les Arméniens et les Chrétiens.
— Eclipse de lune.
— Légitimation par le pape Boniface des enfants de Sanche de Castille. Ferdinand l'aîné s'empare du royaume. Alphonse et Ferdinand, fils de Blanche et petits-fils de saint Louis, s'opposent de toutes leurs forces à cette usurpation.
— Le premier évêque de Pamiers, emprisonné pour des propos factieux, est délivré à la prière du pape, et reçoit l'ordre de sortir du royaume.
— Le roi Philippe interdit l'exportation de l'or, de l'argent et des marchandises, et fait garder avec soin les frontières de ses Etats.

1302.
— Le château de Termini en Sicile se rend à Charles de Valois.
— Dissensions sanglantes à Bruges, à cause des impôts, le roi envoie mille hommes d'armes pour apaiser la sédition. Imprudentes menaces de Jacques de Saint-Paul. Les Français sont massacrés durant la nuit, et le gouverneur ne peut qu'à peine se sauver par la fuite. Les habitants de Bruges se donnent pour chef Gui de Namur, fils du comte de Flandre, s'emparent d'un port du voisinage, et appellent des secours de tous côtés. Robert, comte d'Artois entre en Flandre avec une armée, et campe entre Bruges et Courtrai. Bataille de Courtrai. Présomption inconsidérée des nobles de l'armée royale. Triomphe des Flamands. Mort glorieuse du comte Robert d'Artois et de plusieurs autres chevaliers. Déroute complète de l'armée royale. Inhumation du corps de Robert d'Artois. Gui de Namur s'empare de Lille, d'Ypres, de Gand et des autres villes de la Flandre. Philippe le Bel entre en Flandre avec une nombreuse armée, y reste dans l'inaction durant tout le mois de septembre, et retourne en France après avoir licencié ses troupes. Les Flamands, encouragés par cette retraite, font des invasions en Artois, mais ils sont repoussés avec des pertes fréquentes par les troupes que le roi y avait envoyées.
— Traité de paix entre Charles de Valois et Frédéric d'Aragon. Charles de Valois va raconter à Rome la négociation qu'il vient de terminer avec les Siciliens, et retourne en France.
— Mort d'Othelin, comte de Bourgogne, et comte d'Artois du chef de Mathilde sa femme, fille du défunt comte Robert.
— Les Bordelais chassent la garnison française de leur ville ; motifs de cette insurrection.
— Quinze mille Flamands sont massacrés à Saint-Omer par les troupes françaises. Les autres troupes flamandes, qui ravageaient les terres du comte de Hainaut, et qui venaient de prendre Bouchain, concluent une trêve avec les Hainuyers.

1303.
— Ambassade tartare (ci-dessus).
— Foucaut de Melle, maréchal de France, prend ou tue près de Lille deux cents cavaliers et trois cents fantassins flamands.
— La restitution de la Gascogne à Edouard, roi d'Angleterre, rétablit la paix entre ce prince et le roi de France.
— Accusations portées à Paris au sein des états contre Boniface VIII. Appel du roi au concile général. Lecture solennelle de cet appel, que Guillaume de Nogaret est chargé d'aller notifier au souverain pontife.
— Edouard, roi d'Angleterre, soumet une partie de l'Ecosse.
— Retour de la Pouilles, de Philippe, fils du comte de Flandre. Son arrivée ranime les espérances des Flamands. Après une tentative infructueuse contre Saint-Omer, ils assiègent et brûlent Thérouanne.
— Philippe le Bel assemble une armée à Péronne contre les Flamands ; mais à l'instigation du comte de Savoie, une trêve fut conclue avec eux, et le roi s'en retourna de nouveau sans avoir rien fait.
— Le pape refuse de convoquer un concile. Violences dont il est l'objet à Agnani. On le mène prisonnier à Rome, où il meurt de chagrin autant que de maladie. Benoît XI lui succède.
— Philippe le Bel hérite de Hugue de la Marche, comte d'Angoulême.
— Voyage du roi dans l'Aquitaine, l'Albigeois et le Toulousain.
— Iniquité de certains dominicains charges des fonctions d'inquisiteurs dans la province. Le sénéchal Jean de Picquigni délivre, malgré les inquisiteurs, des prisonniers qu'il trouve innocents. Excommunié publiquement pour ce fait à Paris et ailleurs, il en appelle au pape, et meurt à Péronne en poursuivant son appel.
— Mort de la fille du comte de Flandre qu'on élevait à Paris avec les enfants du roi.
— Gui comte de Flandre et Guillaume, son fils, rendus pour un temps à la liberté, essayent en vain de pacifier leurs sujets, et retournent dans leurs prisons.
— Guillaume, fils de Jean, comte de Hainaut et Gui, évêque d'Utrecht, son oncle, cherchent à repousser les Flamands qui envahissaient la Zélande. Ils sont défaits, l'évêque est tué, et son neveu se sauve dans une forteresse.
— Mort de Regnaud, abbé de Saint-Denis ; le prieur Gilles lui succède.

1304.
— Succès de Guillaume de Hainaut contre les Flamands.
— Machinations d'une fausse béguine en faveur des Flamands et contre Charles, frère du roi de France. Mise à la torture, elle avoue ses crimes, est jetée en prison, mais délivrée bientôt après.
— Démission de Jean de Pontoise, abbé de Cîteaux, auquel succède Henri, abbé de Jouy.
— Des religieuses de l'ordre de saint Dominique sont établies à Poissy, dans un couvent récemment construit par le roi, en l'honneur de saint Louis.
— Dissensions entre l'Université et le prévôt de Paris qui avait fait pendre un écolier. Suspension des cours. Le prévôt indemnise l'Université, et va chercher en cour de Rome l'absolution de son crime.
— Mort de Simon, évêque de Paris, auquel succède Guillaume d'Aurillac, médecin du roi.
— Lecture solennelle, à Paris, d'une bulle par laquelle Benoît XI absout de l'excommunication « ad cautelam », le roi, la reine, leurs enfants, les seigneurs et tout le royaume, accorde au roi, pour les frais de la guerre, les dîmes ecclésiastiques pendant deux ans et les annates pendant trois ans, et rend au chancelier de Paris le droit de licencier des maîtres en décret et en théologie, droit que le pape Boniface s'était, disait-on, réservé. Mort de Benoît XI ; vacance du Saint-Siège pendant une année.
— Troisième expédition de Philippe le Bel contre les Flamands. Il campe à Mons en Pévèle. Démarches réciproques pour la paix. Attaque imprévue des Flamands. Energie du roi. Hugues de Boville son secrétaire, et deux frères de la famille des Gencien de Paris, sont tués sous ses yeux. Les Flamands sont complètement défaits. Noms des morts des deux côtés. Le roi soumet tout le pays situé en deçà de la Lys, et retourne en France couvert de gloire. Il fait, en action de grâces de sa victoire, de grandes libéralités aux églises de Paris et de Saint-Denis.
— Gui, fils du comte de Flandre, est pris sur mer par les troupes du roi que commandait Guillaume de Hainaut. Les Flamands sont chassés de la Zélande.
— Les restes du comte Robert d'Artois sont transportés en France et inhumés à Maubuisson.
— Le parlement de la Noël s'occupe à Paris de la paix avec la Flandre. Le comte de Flandre meurt en captivité ; son corps, avec l'autorisation du roi, est transporté à l'abbaye de Marquette dans le tombeau de sa famille.
— Blanche, soeur du roi de France et duchesse d'Autriche, meurt empoisonnée, dit-on, ainsi que son fils unique.
— Grande cherté à Paris. Etablissement d'un maximum. La cherté ne fait qu'augmenter. Visites domiciliaires. Ceux qui ont du blé sont obligés de le vendre à juste prix. La cherté diminue peu à peu, et finit par disparaître entièrement.
— Mort de Jeanne, reine de France et de Navarre, comtesse de Champagne et de Brie. Elle est enterrée aux Cordeliers.
— Jean de Paris, dominicain et docteur en théologie, s'efforce de répandre une nouvelle explication relativement au sacrement de l'Eucharistie. Sa doctrine est condamnée par les évêques, qui lui interdisent l'enseignement et la prédication. Il appelle de la sentence au Saint-Siège, et meurt avant la fin de l'affaire.

1305.
— Philippe le Bel apaise le différend survenu entre le duc de Brabant et le comte de Luxembourg au sujet de la terre de Louvain.
— Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, est élu pape sous le nom de Clément V.
— Paix entre le roi de France et les Flamands.
— Dissensions entre l'évêque et la commune de Beauvais. L'évêque s'allie avec des seigneurs, prend quelques bourgeois et brûle le faubourg. Le roi évoque l'affaire et réconcilie les deux parties après avoir puni leurs excès.
— Grande sécheresse en France.
— Mariage de Louis, fils aîné du roi de France, avec Marguerite, fille aînée du duc de Bourgogne.
— Couronnement de Clément V à Lyon. Un mur qui s'écroule sous le poids de la multitude qu'il portait, écrase le duc de Bretagne, blesse Charles de Valois, frère du roi, et brise la mitre du pape. Clément V permet au roi de France de faire transporter de Saint-Denis à la Sainte-Chapelle de Paris, la tête et une côte de saint Louis. Il rétablit dans leurs honneurs, à la prière du roi, les cardinaux Pierre et Jacques Colonne. Il accorde au roi, pour les frais de la guerre de Flandre, les dîmes ecclésiastiques et les annates pendant trois ans, pourvoit de bénéfices ses chapelains et ceux de ses frères, et l'engage à réformer sa monnaie. Il crée dix-huit cardinaux nouveaux et en envoie deux à Rome pour conserver la dignité sénatoriale. Il dépose les évêques d'Arras et de Poitiers, donne le patriarcat de Jérusalem à l'évêque de Durham, et pourvoit à l'avenir des pauvres clercs.
— Philippe le Bel quitte Lyon et retourne en France.
— Clément V se rend de Lyon à Bordeaux, et, dans son voyage, dépouille les églises séculières et monastiques. L'archevêque de Bourges entre autres est réduit à la plus extrême pauvreté. Robert, duc de Bourgogne, meurt et est enterré à Cîteaux.

1306.
— Edouard, fils du roi d'Angleterre, marche contre les Ecossais que commandait Robert Bruce. Il est battu et mis en fuite.
— Philippe le Bel transporte à Paris une partie des reliques de saint Louis qu'il dépose à Notre-Dame et à la Sainte-Chapelle. Il ordonne qu'on célébrera tous les ans la fête de cette translation qui eut lieu le 17 mai.
— Sécheresse pendant le printemps et l'été.
— Mort de Pierre de Mornay, évêque d'Auxerre, auquel succède Pierre de Belle Perche.
— Edit qui rétablit la forte monnaie.
— Le roi accueille favorablement les plaintes des archevêques de Reims, de Sens, de Rouen et de Tours contre les vexations du pape, de certains cardinaux et de leurs envoyés.
— Expulsion complète des Juifs du royaume de France, avec défense expresse d'y rentrer avant un terme fixé sous peine de mort.
— Inondations. Gelée. Désastres occasionnés par le dégel.
— Sédition à Paris à cause du changement de la monnaie. Le petit peuple, dont on exigeait les loyers en forte monnaie, ce qui en triplait le montant, se porte au Temple où était le roi, s'empare de toutes les issues et essaie d'affamer le monarque. Les insurgés pillent de fond en comble une maison d'Etienne Barbette, riche bourgeois de Paris, qu'ils accusaient d'avoir provoqué l'édit. Supplice d'un grand nombre de séditieux. Les plus coupables sont pendus à des gibets dressés exprès aux principales portes de Paris.
— Mariage de Philippe, second fils du roi de France, avec Jeanne, fille aînée de feu Eudes, comte de Bourgogne.
— Le pape Clément et les cardinaux se rendent à Poitiers et y séjournent six mois.
— Emprisonnement de l'hérétique Dulcinius ; extermination de ses disciples. Exposition de sa doctrine, semblable à celle qu'avait soutenue Amauri un siècle auparavant.
— Mort d'Edouard Ier, roi d'Angleterre, auquel succède son fils Edouard II, né de la comtesse de Ponthieu. Enfants d'Edouard Ier et de Marguerite de France.

1307.
Entrevue du roi de France et du pape à Poitiers. Ils délibèrent sur plusieurs affaires importantes, particulièrement sur l'arrestation des Templiers. Le pape cite devant lui, à Poitiers, les maîtres des ordres de l'Hôpital et du Temple. Comparution du grand-maître du Temple. Celui des Hospitaliers, retenu devant Rhodes par les Sarrasins, s'excuse par une ambassade et se rend ensuite à Poitiers après s'être emparé de l'île.
— Mort de Bernard de Saint-Denis, évêque d'Orléans ; Raoul, doyen d'Orléans, lui succède.
— Louis, roi de Navarre, fils aîné du roi de France, visite son royaume, réprime les tentatives d'usurpation de son lieutenant Fortun, rétablit la tranquillité dans le pays et se fait couronner roi à Pampelune.
— Mort de Pierre de Belle Perche, évêque d'Auxerre, auquel succède Pierre des Grès, chantre de Paris et chancelier du roi de Navarre.
— Mort et sépulture de Catherine, héritière de l'empire de Constantinople, seconde femme de Charles, frère du roi.
Arrestation du grand-maître des Templiers à Paris et de tous les chevaliers du Temple dans tout le royaume. Crimes dont on les accuse. Le roi fait lire publiquement l'acte d'accusation dans la cour du palais. Aveux formels du grand-maitre avec quelques réserves personnelles. Il écrit à ses frères pour les exhorter à faire aussi des aveux. Plusieurs avouent spontanément, d'autres ne cèdent qu'à la torture, à la menace des tourments, aux promesses, à la prison, à la faim. Beaucoup d'entre eux nient obstinément ce qui leur est imputé. Plusieurs rétractent leurs premiers aveux et quelques-uns périssent dans les supplices. Le grand-maître est emprisonné à Corbeil, les autres Templiers à Paris et ailleurs, jusqu'à ce que le roi se soit concerté avec le pape pour la procédure. Les biens du Temple sont tous mis sous la main du roi.
— Emprisonnement d'un juif converti et relaps. Propos qu'il tient dans sa prison. Il est abandonné au bras séculier.
— Pénitence imposée à un autre juif converti qui avait émis publiquement le regret d'avoir reçu le baptême.
— Mariage d'Edouard II, roi d'Angleterre, avec Isabelle de France.
— Mariage d'Edouard, fils du comte de Savoie , avec la fille du duc de Bourgogne.
— Mariage de Charles, troisième fils du roi de France, avec la seconde fille du duc de Bourgogne.
— Mort de Marguerite, veuve de Charles Ier, roi de Sicile.
— Mariage de Jean de Namur, fils du comte de Flandre, avec la fille de Robert comte de Clermont.

1308.
— Voyage de Philippe le Bel à Poitiers où le pape était encore. Les états-généraux sont convoqués à Tours pour le temps pascal. Le pape et le roi conviennent que les Templiers seront désormais détenus en prison au nom de l'Eglise, que le roi ne statuera pas sur leur sort sans la coopération du Saint-Siège, et que rien ne sera décidé, touchant les biens de l'ordre, avant le prochain concile général.
— Clément V fixe à deux ans le concile qui devra se réunir à Vienne et s'occuper des secours à porter à la Terre-Sainte, de la réforme de l'Eglise et du jugement des Templiers. Il ordonne aux évêques de France et aux inquisiteurs d'informer sur les crimes imputés aux Templiers.
— Des imposteurs flamands font courir le bruit que Geoffroi de Brabant, Jean son fils, le seigneur de Vierzon et plusieurs autres chevaliers, qui avaient péri à Courtrai avec Robert d'Artois, n'étaient pas morts ainsi qu'on le croyait. On les prend eux-mêmes, malgré leurs dénégations, pour les seigneurs dont ils parlent, et quelques-uns d'entre eux épousent de nobles dames qui ne tardent pas à s'en repentir.
— Mariages de Charles de Valois avec la fille de Gui, comte de saint Paul; - de Robert, fils de Philippe d'Artois, avec Blanche de Bourgogne ; - de Gui, fils du comte de Blois, avec une très-jeune fille de Charles de Valois. Violente tempête à Paris et dans les environs.
— Le pape quitte Poitiers et se retire dans son pays.
— Détention de Guichard, évêque de Troyes, accusé par de faux témoins d'avoir procuré la mort de Jeanne, reine de France et de Navarre.
— Discussion et combat entre Erard de saint Véran, Oudart de Montaigu, bourguignon, et leurs amis. Victoire d'Erard. Il est emprisonné par ordre du roi de France.
— Mort d'Albert, roi des Romains, auquel succède Henri de Luxembourg.
— Mort de la fille de Robert de Clermont qui avait épousé Jean de Namur. Celui-ci se remarie avec la fille de Blanche de Bretagne.
— Indulgences accordées à ceux qui, pendant cinq années, passeraient en Terre-Sainte ou aideraient les pèlerins de leur argent. Les troncs placés exprès dans Notre-Dame de Paris et ailleurs se remplissent.
— Pénitence imposée à Etienne de Verberie pour des propos hérétiques.

1309.
— Victoire des Aragonais sur les Sarrasins de Grenade. Henri, élu roi des Romains, envoie des ambassadeurs à Avignon pour demander la bénédiction du pape et la couronne impériale. Acquiescement du pape qui donne rendez-vous au nouvel élu dans la basilique des Apôtres à Rome.
— Clément V fixe un jour où il entendra les accusateurs du défunt pape Boniface VIII. Une citation particulière est donnée à Guillaume de Nogaret. Celui-ci comparaît au jour fixé, renouvelle l'appel fait contre Boniface et les accusations portées contre lui, demande qu'il soit déclaré hérétique, et que ses os soient exhumés et livrés aux flammes. Quelques cardinaux prennent la défense de Boniface et récriminent contre Guillaume de Nogaret. L'affaire reste en suspens.
— Vent violent qui renverse plusieurs édifices, endommage le toit de Saint-Maclou de Pontoise, et ébranle les contreforts de l'église de Saint-Denis. Description d'une éclipse totale de soleil.
— La faveur accordée à Pierre de Gaveston soulève les barons anglais contre leur roi.
— Les Hospitaliers reprennent l'île de Rhodes sur les Sarrasins.

1310.
— Le concile général est renvoyé à un an.
— Concile provincial tenu à Paris sous la présidence de Philippe, archevêque de Sens. Jugement des Templiers ; sentences diverses prononcées contre eux. Cinquante-neuf Templiers sont brûlés vifs près de Paris, dans les champs voisins de l'abbaye de Saint-Antoine. Tous, à l'exception d'un seul, protestent de leur innocence. L'étonnement et la stupeur s'emparent du peuple. Concile de la province de Reims tenu à Senlis ; condamnation et exécution de neuf chevaliers du Temple.
— Mariage de Louis de Clermont avec la soeur du comte de Hainaut, et de Jean de Clermont avec la comtesse de Soissons.
Clément V fait détruire comme fausse, en plein consistoire, une bulle que présentaient les partisans de Boniface VIII, par laquelle l'innocence de ce pape était reconnue et les procédures de ses ennemis annulées.
— Marguerite Poirette, du Hainaut, publie un livre rempli d'erreurs. Excommuniée par l'inquisiteur, elle refuse de paraître devant lui et persiste plus d'un an dans l'excommunication. Elle est exposée en Grève, abandonnée au bras séculier et brûlée vive. Signes de pénitence qu'elle donne au dernier moment. Exécution à mort d'un juif relaps. Condamnation à une prison perpétuelle de Guiart de Cressonsacq qui se disait un ange envoyé de Dieu.
— Révolte des Lyonnais. Le roi envoie contre eux une armée sous la conduite de son fils le roi de Navarre. Eloge de ce jeune prince. Soumission des rebelles. Pardon accordé à l'archevêque Pierre de Savoie, chef de l'insurrection.
On déterre et l'on brûle les os d'un ancien trésorier du Temple de Paris, mort et enseveli depuis longtemps.
— Henri VII entre en Italie avec une armée nombreuse, s'empare d'Asti, entre à Milan où il reçoit la couronne de fer des mains de l'évêque, et défait par les armes ceux qui lui sont opposés.
— Bernard, archevêque de Rouen, et Gilles, archevêque de Narbonne, échangent leurs sièges métropolitains.
Après de longues procédures, Clément V reconnaît et proclame le roi de France innocent des excès commis contre Boniface VIII, et déclare que ceux qui ont poursuivi l'affaire d'appel étaient animés d'un zèle sincère pour la foi catholique. Il les absout en conséquence, lève l'anathème lancé contre eux, ordonne que les sentences d'excommunication seront détruites, rayées des registres, etc. Sont exceptés de cette mesure Guillaume de Nogaret, Réginald de Supino, et dix autres habitants d'Anagni qui avaient pris part à l'arrestation du pape et à la dilapidation de son trésor. Enfin, sur les instantes prières du roi, Guillaume de Nogaret est absous à condition qu'il partira pour la Terre-Sainte à la première croisade générale, et qu'il y restera sa vie entière, à moins qu'il ne soit rappelé par le pape. On lui inflige en attendant quelques autres pèlerinages.

1311.
— Les guelfes de Crémone se retirent à Brescia avec leurs femmes, leurs enfants et leurs biens. Les gibelins vont au-devant d'Henri, lui présentent les clefs de la ville et les reçoivent dans Crémone. L'empereur détruit les maisons fortifiées des fugitifs, démolit les portes et les murs de la ville, avec les débris comble le fossé, et ayant exigé des habitants une forte rançon, va mettre le siège devant Brescia qui le retient depuis l'Ascension jusqu'à la Nativité de la sainte Vierge. Prise de Thibaut Brizath, capitaine de la ville. Celui-ci dénonce à l'empereur des conjurations faites contre sa personne, dans lesquelles il implique les principaux citoyens de Milan. Il périt dans les supplices. Prise et destruction de Brescia. Mort de Galeran, frère de l'empereur. Soumission complète de la Lombardie. Trois cardinaux envoyés par le pape viennent en Italie pour couronner Henri. L'empereur se rend à Tortone et à Gènes. L'impératrice meurt dans cette dernière ville.
— Renouvellement de l'insurrection en Flandre. Le comte de Flandre est cité devant le roi. Son fils Louis, seul instigateur du désordre, est emprisonné à Morret et ensuite à Paris. Il s'échappe et s'enfuit. Un arrêt du Parlement le dépouille de ses biens.
— Innovations dans la monnaie. Mécontentement et plaintes qu'elle soulève même de la part des grands.
— Bulle de Clément V pour l'institution d'une université à Orléans. Le roi refuse son consentement. Les écoliers quittent la ville. Rétablissement de l'ordre.
— Ouverture du concile général à Vienne. Première session. Discours du pape ; objets du concile. Délibérations sur ces objets. Arrivée du roi de France.

1312.
Deuxième session du concile général en présence du roi de France. Suppression de l'ordre du Temple. Anathème contre ceux qui en feraient désormais profession ou qui en porteraient l'habit. On se réserve de statuer sur le sort des membres de l'ordre et de leurs biens.
— Discours du pape sur la croisade. Lecture d'un diplôme royal par lequel Philippe s'engage à se croiser dans un an avec ses enfants, ses frères et ses barons; à partir dans six années et à se faire remplacer en cas d'empêchement par son fils aîné. On accorde au roi, pour six ans, les dîmes ecclésiastiques.
Les biens du Temple sont adjugés aux Hospitaliers. On sursoit encore à statuer sur le sort des Templiers.
— Quant à la réforme intérieure de l'Eglise, on s'en rapporte au jugement du pape.
— L'empereur Henri VII passe paisiblement par Pise, Piombino, Viterbe et d'autres villes. Il arrive devant Rome, défait les Orsini et les troupes du frère de Robert, roi de Sicile, entre dans la ville par la porte de Sainte-Marie-du-Peuple, et est reçu à Saint-Jean-de-Latran par toute la population. Nouveaux combats avec ses ennemis. Il est enfin couronné par le cardinal légat, évêque d'Ostie.
— Expédition de l'empereur dans l'Italie. Il est reçu dans Todi, dans Arezzo, et ravage les environs de Pérouse. Il s'empare de plusieurs châteaux dans le voisinage de Florence, assiège cette ville, la presse vivement et soumet presque tout le duché. Il retourne à Pise et cite publiquement Robert, roi de Sicile, à comparaître devant lui dans trois mois à Arezzo.
— Prise, détention et meurtre de Pierre de Gaveston, favori du roi d'Angleterre. Colère du roi ; il se réconcilie pourtant avec ses barons.
— Naissance d'Edouard, fils du roi d'Angleterre.
— Mort de Simon, évêque de Beauvais ; il est remplacé par Jean de Marigny, frère d'Enguerrand et chantre de l'église de Paris.

1313.
— Louis, roi de Navarre, comte de Champagne et de Brie, ses frères Philippe et Charles, tous trois fils du roi de France ; Hugues, duc de Bourgogne; Gui, comte de Blois et plusieurs autres seigneurs sont faits chevaliers en présence du roi et de la reine d'Angleterre.
— Philippe le Bel, ses trois fils, le roi et les barons anglais prennent la croix.
— Mariage du prince de Tarente avec l'héritière de l'empire de Constantinople.
— Paix avec les Flamands. Ils paient au roi une forte somme d'argent, s'engagent à démolir leurs places fortes, à commencer par Bruges et Gand, et donnent pour otages Robert, fils du comte de Flandre, Courtrai et tous les châteaux voisins.
— Henri VII, par une sentence publique, dépouille de ses Etats Robert roi de Sicile. Le pape annule cette sentence parce que la citation n'avait pas été régulière. Henri lève une armée contre Robert et traverse, en le ravageant, le territoire de Sienne jusqu'à Isola. Il meurt de la fièvre ou de poison à Buon-Convento. Son corps est transporté à Pise et inhumé dans la cathédrale.
— Philippe le Bel ramène la monnaie parisis et la monnaie tournois à l'état où elles étaient du temps de saint Louis. Murmures dans le peuple.
— Dédicace de l'église des Ecouis fondée par Enguerrand de Marigny.
— Le cardinal Nicolas défend, sous peine d'excommunication, l'usage dans les tribunaux et dans les écoles de certaines constitutions nouvelles qu'on prétendait être émanées du pape après le concile général. Interdiction des tournois; excommunication « ipso facto » contre ceux qui permettront ces jeux et ceux qui y prendront part. Cependant le pape, à la requête des jeunes seigneurs nouveaux chevaliers, permet un tournoi de trois jours, avant le carême, et pour cette fois seulement.
— Justification de Guichard, évêque de Troyes, qu'on accusait d'avoir empoisonné la reine Jeanne.
— Dissensions et combat entre l'évêque de Metz et le duc de Lorraine. L'évêque est vaincu à Flévi. Prise du comte de Bar et du comte de Salm son fils.
— Mort de Gui, évêque de Soissons, et de Jean, évêque de Châlons, auxquels succèdent Girard de Malemont et Pierre de Lathilli, chancelier du roi. Gui, évêque de Senlis, meurt et est remplacé par....
Le grand-maître du Temple, le visiteur des maisons de France et les maîtres des provinces d'Aquitaine et de Normandie sont traduits à Paris, devant une commission composée de trois cardinaux légats, de l'archevêque de Sens et d'un grand nombre de prélats et de jurisconsultes. Les accusés avouent les crimes qu'on leur impute et persistent opiniâtrement dans cet aveu. Ils sont publiquement condamnés à une prison étroite et perpétuelle. Le grand-maître et le maître de Normandie se rétractent alors et s'emportent contre le cardinal qui venait de parler, et contre l'archevêque de Sens. La commission remet les quatre coupables à la garde du prévôt de Paris, se réservant de délibérer de nouveau le lendemain sur leur sort. Mais le roi ayant pris l'avis de son conseil et sans appeler de clercs, les fait brûler vifs tous deux, le soir du même jour, dans une île de la Seine, Les deux autres sont enfermés pour subir leur sentence.

1314.
— Adultère de la jeune reine de Navarre Marguerite avec Philippe d'Aunai, et de Blanche, femme de Charles de France, avec Gauthier d'Aunai. Les deux princesses sont répudiées par leurs maris et enfermées pour le reste de leurs jours. Les deux chevaliers confessent leur criminelle liaison, qui avait duré trois ans. Comme ils étaient de la maison même des princes, leur crime est jugé infiniment plus grave, et ils sont soumis à un supplice atroce. On pend auprès d'eux un portier qui était leur complice. Beaucoup de personnes nobles et roturières, hommes et femmes, soupçonnées aussi de complicité, sont poursuivies, torturées, les unes noyées, les autres tuées en secret, la plupart cependant renvoyées absoutes. Jeanne, comtesse de Poitiers, soupçonnée d'avoir partagé le crime de ses belles-soeurs, est enfermée au château de Dourdan pendant qu'on informe sur sa conduite. Au bout d'un an, un arrêt solennel du Parlement la déclare innocente, et elle rentre dans les bonnes grâces de son mari.
— Mort du pape Clément V; réunion des cardinaux à Carpentras; leurs dissensions. Incendie du palais où ils se rassemblent. Disputes au sujet du lieu où il convenait de faire l'élection. Une partie des cardinaux se rend à Orange, l'autre à Avignon.
— Combat sanglant entre Edouard II et Robert Bruce. Défaite des Anglais. Fuite honteuse du roi d'Angleterre. Valeur des Ecossais. Mort du comte de Gloucester. Les Ecossais font un butin immense. Ils laissent la liberté à Isabelle, reine d'Angleterre, en considération de son frère le roi de France.
— Les Flamands chassent le bailli de Courtrai et se révoltent de nouveau. La sentence d'excommunication est publiée contre eux à Paris, à Tournai, à Saint-Omer, à Noyon, à Arras, à Douai, par l'archevêque de Reims et l'abbé de Saint-Denis. Appel des Flamands au Saint-Siège. Philippe le Bel envoie ses troupes dans diverses directions, savoir : Louis, roi de Navarre, à Douai; Philippe, comte de Poitiers, à Saint-Omer; Charles, troisième fils du roi, et Charles, comte de Valois, à Lille. Négociations ouvertes par les comtes de saint Paul et d'Evreux, et par Enguerrand de Marigny. Les Flamands promettent d'envoyer vers le roi pour conclure, pourvu qu'on leur rende le prince Robert et les autres otages. Leurrée par cette vaine promesse, l'armée française se retire sans avoir rien fait.
— Les électeurs de l'empire se réunissent à Francfort. Les voix se partagent entre Louis duc de Bavière, et Frédéric duc d'Autriche. Louis se fait couronner à Aix-la-Chapelle. Frédéric est couronné à Bonn par l'archevêque de Cologne.
— Impôt sur la vente des denrées à l'occasion de la guerre de Flandre. Associations formées en Champagne et en Picardie pour repousser cette nouvelle charge. L'impôt est aboli.
— Etrange maladie du roi Philippe le Bel. Il se fait porter à Fontainebleau, lieu de sa naissance. Il investit son troisième fils, Charles, du comté de la Marche, abolit la maltôte, et dicte son testament. Après avoir donné d'excellents avis à son fils aîné qui doit lui succéder, il reçoit les sacrements et rend l'esprit le 29 novembre 1314. Son corps est porté et enseveli à Saint-Denis, en présence de vingt-cinq prélats, et son coeur est transporté au prieuré de Poissy, ainsi qu'il l'avait ordonné.
— Louis, roi de France et de Navarre, ôte la chancellerie à l'évêque de Châlons et en investit Etienne de Mornai, chambellan de son oncle Charles. Il envoie, vers Noël, Hugue de Boville son chambellan-secrétaire en Sicile, au-devant de Clémence de Hongrie, qui venait épouser le roi de France. D'autres ambassadeurs sont envoyés à la cour romaine pour hâter l'élection du souverain pontife.

1315.
— Enguerrand de Marigny, qui avait joui d'un immense crédit sous le précédent règne, est accusé auprès du nouveau roi par Charles comte de Valois. Cette accusation trouve faveur dans le peuple, qui imputait à Marigny les variations de la monnaie et les extorsions du dernier règne. Enguerrand est saisi au Temple ; on arrête aussi et l'on soumet à la question la plupart des employés qu'il avait préposés à la recette et à la garde du trésor royal. Enguerrand, malgré ses instantes prières et la bienveillance du roi, ne peut obtenir audience pour se défendre. Pendant qu'on songe à l'envoyer en exil, on découvre qu'un certain Jacques de l'Or, sa femme et son serviteur, à l'instigation de la femme et de la soeur d'Enguerrand, font des sortilèges pour sa délivrance, et au préjudice du roi et de Charles de Valois. Jacques se pend en prison ; sa femme est brûlée vive. On arrête la femme et la soeur d'Enguerrand et l'on pend enfin Enguerrand lui-même, quoiqu'il n'eût rien avoué et sans avoir voulu l'entendre, malgré la promesse qu'on lui en avait donnée.
— Emprisonnement de Pierre de Lathilli, évêque de Châlons, soupçonné d'avoir procuré la mort de son prédécesseur et du feu roi Philippe IV. Raoul de Prestes, avocat au Parlement, impliqué dans la même accusation, est enfermé à Sainte-Geneviève, soumis à la torture et enfin relâché, mais avec une perte immense dans ses biens.
— Mort de Marguerite, reine de Navarre, que sa conduite avait fait enfermer à Château-Gaillard ; elle est ensevelie chez les Cordelières de Vernon. Nouveaux bruits infamants sur la conduite de Blanche de Bourgogne restée prisonnière.
— Mort d'Huguenin, duc de Bourgogne, qui est remplacé par son frère.
— Révolte excitée par les vexations des officiers de la cour épiscopale de Sens. Les révoltés se choisissent parmi eux un roi, un pape et des cardinaux, s'absolvent eux-mêmes de l'excommunication lancée contre eux, et s'administrent les sacrements ou se les font administrer par des prêtres en les menaçant de mort. A la requête des évêques, le roi les fait prendre et punir.
— Louis X accueille avec bienveillance Louis comte de Nevers et de Rethel et Jean de Namur; il rend au premier ses deux comtés, dont il était depuis longtemps privé, ce qui donne lieu à des murmures et à des moqueries.
— Des ambassadeurs viennent de la part de Robert, comte de Flandre, et l'excusent sur la faiblesse de sa santé et la nécessité de repousser les invasions dont la Flandre était l'objet, de n'être pas venu traiter de la paix ainsi qu'il l'avait juré. On fixe un nouveau terme, après lequel le comte et les Flamands sont déclarés contumaces et rebelles. Le comte de Nevers, son fils et Robert de Namur restent en France auprès du roi.
— Trois femmes qui avaient préparé les poisons dont était mort l'évêque de Châlons, sont brûlées dans une île de la Seine.
— Mariage de Jean, fils du comte de Flandre, avec la fille du comte de saint Paul.
— Grandes pluies depuis le milieu d'avril jusqu'à la fin de juillet. Froid rigoureux. Mauvais état des moissons et des vignes. Processions à Saint-Denis et dans les diocèses de Chartres, de Rouen, etc.
— Le 24 juillet, Louis X prend l'oriflamme, qu'il confie à Henri de Herqueri, et se prépare à marcher en Flandre. Il épouse, le 3 août, Clémence de Hongrie et se fait couronner avec elle. Le roi arrive à Lille et s'avançant ensuite dans le pays, il refait un pont que les ennemis avaient rompu sur la Lys. Une pluie excessive produit des inondations qui empêchent l'armée de recevoir des vivres. L'armée française brûle donc ses tentes et s'en retourne. Les Flamands, de l'autre côté de la Lys, s'attendant à une attaque, mettent aussi le feu à leur camp et s'enfuient. Louis X assure à la reine Clémence un revenu de 20 mille livres.
— Rareté et mauvaise qualité du vin dans tout le royaume.
— Concile de Senlis pour l'examen de l'affaire de l'évêque de Châlons. Celui-ci demande d'abord à être réintégré dans ses biens, ce qui a lieu. Prorogation du concile.
— Le pape Jean XXII divise en six évêchés celui de Toulouse et fait de cette ville une métropole.
— Division en trois de l'évêché de Poitiers, savoir : Poitiers, Maillezais et Luçon. Les abbés de Maillezais et de Luçon deviennent titulaires des nouveaux évêchés.
— Conjuration d'un certain nombre de seigneurs de Vermandois et de Champagne contre la comtesse Mathilde. Ils arrachent du château de Hesdin un chevalier qu'elle y retenait prisonnier. Les conjurés comparaissent à Compiègne devant le roi, et lui font satisfaction.
— Charles, comte de Valois, et plusieurs autres seigneurs font frapper, à leur retour de Flandre, une monnaie qui, pendant quelque temps, a cours à Paris. Le roi en interdit la circulation.
— Une comète annonce la mort du roi.

1316.
— Grande cherté à Paris et dans le royaume. Louis X meurt le 5 juillet à Vincennes, laissant la reine Clémence enceinte, et de son premier mariage une fille nommée Jeanne. Le corps du roi défunt est inhumé à Saint-Denis.
— Philippe, comte de Poitiers, qui était a Lyon pour hâter l'élection d'un pape, fait enfermer les cardinaux, leur donne un gardien et retourne promptement à Paris. Un parlement est rassemblé et décide que si la reine met au monde un enfant mâle, il restera jusqu'à dix-huit ans sous la tutelle du comte de Poitiers.
— Louis, comte de Clermont, Jean, comte de Soissons, son frère, prennent la croix. Le comte de Poitiers, qui était croisé aussi, fait solennellement annoncer le départ pour la Pentecôte suivante.
— Mortalité. Beaucoup de pauvres meurent de faim.
— Election du pape Jean XXII, après une vacance de plus de deux années. Charles, comte de la Marche, frère du régent, et leur oncle Louis, comte d'Evreux, assistent au sacre du nouveau pontife.
— Tremblement de terre à Pontoise et à Saint-Denis.
— Jean XXII accorde les annates pour quatre ans au régent de France.
— Eclipse de lune.
— Mort de Jean, comte de Soissons.
— Robert, fils de Philippe d'Artois, veut s'emparer de l'Artois au préjudice de Mathilde sa tante, comtesse de Beaumont le Roger. Il se révolte contre le connétable de France. Gauthier prend par les armes Arras et Saint-Omer, et, cité devant le Parlement de Paris, refuse de s'y rendre. Le comte de Poitiers prend les armes et marche jusqu'à Amiens. Là, on nomme des négociateurs pour la paix et l'on décide que si les négociations n'aboutissaient à aucun arrangement, l'affaire serait jugée par les pairs du royaume. En attendant, le comté d'Artois est mis en séquestre, et les comtes de Valois et d'Evreux sont désignés pour en percevoir les revenus. Robert se rend en prison à Paris, où il est détenu d'abord au Châtelet, ensuite à Saint-Germain-des-Prés. Philippe licencie ses troupes et retourne à Paris.
— Le 15 novembre la reine Clémence met au monde un garçon qui reçoit au baptême le nom de Jean, et meurt le 19 dudit mois de novembre. On l'enterre à Saint-Denis aux pieds de son père. Philippe, comte de Poitiers, et Jeanne sa femme, reçoivent à Reims l'onction royale.
— Le comte de la Marche, qui avait accompagné son frère à Reims, se retire avant la cérémonie. Le duc de Bourgogne refuse d'y assister. La vieille duchesse de Bourgogne fait signifier aux pairs qu'ils aient à différer la cérémonie jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les droits de Jeanne, fille issue du premier mariage de Louis X. Ces circonstances font présumer que le nouveau roi ne possédait pas les sympathies de tous ses grands vassaux. On procède néanmoins à la cérémonie du sacre, les portes de la ville étant fermées et bien gardées. Après quelques discussions pour la préséance entre les évêques de Langres et de Beauvais, celui-ci obtient le pas sur son rival. Mathilde, comtesse d'Artois, soutient comme pair du royaume, la couronne royale avec les autres pairs.
— A Philippe de Marigny, frère d'Enguerrand, succède, dans l'archevêché de Sens.
— Guillaume, fils du vicomte de Melun.
— L'évêque de Limoges remplace aussi Gilles, archevêque de Bourges.
— Guichard, évêque de Troyes, étant mort, on élit à sa place Jean, chantre d'Orléans, qui expire à son tour le jour de sa consécration.
— Robert d'Artois sort de prison, transige avec sa tante la comtesse d'Artois, et renonce à son droit sur le comté à condition que le roi prendrait sur lui de décider l'affaire. Il épouse la fille du comte de Valois.
— Mort de Conrad, abbé de Cîteaux, auquel succède Gautier.
— Pierre d'Arrablei, cardinal, reçoit le serment des seigneurs, des prélats et des bourgeois, et la promesse de l'Université de Paris, d'obéir à Philippe le Long comme au roi légitime, et après lui à Louis son fils et son héritier. On déclare que la femme ne succède pas à la couronne de France.
— Tremblement de terre en Poitou.
— Mort et inhumation de Louis, tout jeune fils de Philippe le Long. Long et rude hiver depuis la Saint-André jusqu'à Pâques. Récit du soulèvement des Pastoureaux en 1251, tiré des anciennes éditions de Guillaume de Nangis.
Chronique Latine de Guillaume de Nangis, de 1113 à 1300 avec les continuations de cette chronique de 1300 à 1368. Nouvelle éditions revue sur les manuscrits, annotée et publiée pour la société de l'Histoire de France, tome premier. Par H. Géraud Paris M. DCCC. XLIII.
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