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Quelques études réalisées sur les Templiers

Commanderie de Moisy-le-Temple
Département: Aisne, Arrondissement: Château-Thierry, Canton: Villers-Cotterêts, Commune: Montigny-l'Allier - 02

Commanderie de Moisy-le-Temple
Commanderie de Moisy-le-Temple

Une courte distance, 1,500 mètres environ, sépare le village de Montigny de la Commanderie de Moisy-le-Temple, aujourd'hui convertie en une ferme, appartenant à M. le comte de Melun. Dans une lettre adressée à notre laborieux secrétaire, le propriétaire de ce domaine s'excusait de ne pouvoir en faire les honneurs à ses collègues ; mais il les autorisait, dans les termes les plus gracieux, à le visiter en son absence.

Un petit édifice carré, avec tourelle d'angle, construit au XVIe siècle, et qui devait servir de conciergerie, nous annonce le commencement de la propriété, que borde, sur la route, un mur épais flanqué de deux échauguettes ; un peu plus loin l'on entre dans une vaste cour et l'on se trouve en présence de ce qui fut autrefois la Commanderie de Moisy-le-Temple.

L'ordre militaire et religieux des Templiers fut fondé vers 1118 à Jérusalem, par Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Adhémar et sept autres croisés français, dans le but de protéger les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Baudouin II, roi de Jérusalem, leur donna d'abord près de l'église une maison, qui jadis était, dit-on, le Temple de Salomon ; de là l'ordre prit le nom d'Ordre du Temple et les chevaliers celui de Templiers.

Après la chute du royaume de Jérusalem, ils se répandirent dans toute l'Europe, où leur ordre, enrichi par leurs victoires sur les Infidèles et les donations nombreuses des princes, ne tarda pas à acquérir une immense importance.

Mathieu Paris n'évalue pas à moins de 9,000 les maisons qu'ils fondèrent dans l'étendue de la Chrétienté ; ils élevèrent leurs tours crénelées aussi haut qu'aucun château féodal, et la conscience de leur force, leurs richesses et leur pouvoir leur inspirèrent un orgueil et une audace qui fut cause de leur perte.

Nous n'avons pas à rappeler ici les phases du procès fameux qui, sous Philippe le Bel, mit fin à cet ordre ; depuis une vingtaine d'années, les pièces de l'instruction auquel il a donné lieu ont été publiées et l'on y voit figurer quelques-uns des chevaliers et frères servants appartenant aux Commanderies de notre arrondissement, entre autres Eloi de Pavant et Jean de Bézu, qui, vaincus par les tortures et les mauvais traitements, renient le Temple ; Robert de Montreuil, prêtre, l'un des mandataires chargés de la défense et qui fut supplicié, Bertrand de Montang (Montaon) et Jean de Villers-Agron, dont le sort est inconnu ; peut-être que, comme un grand nombre de leurs Frères, ils furent acquittés, simpliciter, purement et simplement, et, par suite de leurs aveux, condamnés seulement à la pénitence, et après remis en liberté.

Enfin, le Pape Clément V, tout dévoué au roi de France, supprima l'ordre en 1312, dans un concile tenu à Vienne. Néanmoins les crimes des Templiers sont encore un problème qui n'est pas résolu ; ils avouèrent dans les tortures, dit Bossuet, mais ils nièrent, dans les supplices.

Une grande partie de leurs biens fut achetée par les chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem ou leur fut donnée ; ces biens avaient une valeur considérable. D'après Monteil, ce n'était pas moins de 30,000 manoirs, tous défendus par une haute et grosse tour ; mais ce chiffre paraît bien exagéré.
L'Ordre du Temple était divisé en maîtrises, les maîtrises en baillives, et celles-ci se subdivisaient en Commanderies (domus).

Ces Commanderies, tout en offrant à certains points quelques moyens de défense, n'étaient généralement que des établissements agricoles que, sous la conduite des chevaliers (milites), ils faisaient valoir par des Frères servants ; toutefois, les bâtiments étaient assez vastes pour y abriter un certain nombre de chevaliers qui y exerçaient la vie religieuse ; toutes avaient une chapelle ou même une église assez vaste et la Commanderie de Moisy remplissait toutes ces conditions.

L'église consiste en un simple vaisseau de trois travées, terminé par un sanctuaire à huit pans, éclairé de même que la nef par de longues croisées. Les voûtes sont supportées par un faisceau de trois colonnettes accolées à des chapiteaux-feuillages. L'ouvrage est de la fin du XIIe siècle, c'est-à-dire de la belle époque de l'architecture ogivale.

Moisy-le-Temple, Grosse tour et la chapelle
Vue de la Grosse tour et de la chapelle - Image Bnf

Ce bâtiment sert à usage de grange et se trouve encore en bon état de conservation. Nous y avons remarqué l'inscription suivante, en forme d'acrostiche, conservée sur une plaque de marbre:
Paulum siste gradus festinos, lector amice,
Et morula gressum compesce. Hos perlege tantum
Tersenos versus, nec enim legisse pigebit ;
Rhetoricæ flos nullus his, phalerataque longa
Verborum series, ast cum cognomine nomen
Sincere, versus majuscula littera quæque
Depicta (ut cernis) auro minioque legenda
Exhibet herois, vitæ qui plurima postquam
Lustra et felices annos felicibus egit
Auspiciis primas multo venerabilis ævo
Francia in illustri tenuit tandem ; hæcque superba
Omnia quæ lustras tecta instauravit et auxit
Nulli par pietate, magistrorum magnorum
Tot quot Joannis Soliman ex ordine sacro
Abstulit atra dies ; huic templo insignia pinxit
Incolumemque hostis de faucibus eruit. Ergo
Nunc illum (ô bone fons) pietatis flumem riga
Et, petra, defunctum muris cælestibus apta.
Acrostiche : PETRUS DELAFONTAINE.

L'extérieur, fort simple, n'est orné que par des modillons variés soutenant la corniche et des dents de scie contournant les fenêtres ; entre chacune de ces dernières règne un contrefort, qui contribue à donner de l'assiette à l'édifice.

Seule de tout le manoir, l'église conserve son style primitif ; tout le reste a été remanié et presque reconstruit à la fin du XVIe siècle, en 1574, date formulée par quatre ancres placées sur le pignon de l'Ouest.

Vue des bâtiments à l'intérieur de la cour
Vue des bâtiments à l'intérieur de la cour - Bnf

Le principal corps de logis est établi parallèlement à l'église ; il consiste en un bâtiment carré portant un seul étage, sous un comble élevé, orné autrefois de deux lucarnes, dont une seule subsiste aujourd'hui, et dont la riche ornementation fait regretter sa sœur jumelle. On y parvient par un palier de plusieurs marches, donnant sur une tourelle d'angle renfermant un escalier qui conduit aux étages supérieurs. La porte de cet escalier, qui donne également accès dans les pièces du rez-de-chaussée, est en anse de panier entre deux pilastres décorés de riches chapiteaux ornés de têtes de chérubins, l'entablement est surmonté par une décoration qui consiste en une niche, dont une coquille forme le fond et des contre-courbes les côtés ; cette niche est encadrée par des feuillages et de riches ornements d'un goût très-pur, au-dessus desquels plusieurs d'entre nous ont cru distinguer les traces d'un Christ qui aurait été détruit, mais qui n'est que la tige d'un fleuron dont les feuilles ont été détruites.

A l'intérieur, toutes les pièces ont été conservées avec leurs solives apparentes, autrefois ornées de riches dessins en couleur, avec leurs vastes cheminées sculptées, et il y aurait certes peu de chose à faire pour rendre à cet élégant logis sa splendeur ancienne.

Par derrière, au midi, accolée à l'angle du pignon vers l'Orient, se trouve la grosse tour du Temple, qui formait ce qu'on pourrait appeler le donjon du manoir, sous lequel on nous fit visiter la prison voûtée en calotte et encore fermée par une lourde porte bardée de formidables ferrures.

De fort belles caves sont pratiquées sous tout le bâtiment, qui devait être la demeure du prieur.
A la suite règnent encore les ruines de bâtiments assez vastes et des restes de fortifications.
Entre l'église et le manoir existe un grand bâtiment, orné de pilastres de la date de la restauration générale, dans lequel on peut supposer qu'étaient établis les dortoirs et le réfectoire des chevaliers religieux. Sur tout le pourtour de la cour étaient établis les bâtiments de l'exploitation agricole.

L'ensemble de ce manoir, que borde la petite rivière du Clignon vers le midi, sans avoir les caractères d'un château militaire, pouvait être susceptible de défense.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur l'intéressante propriété de Moisy, nous mettons sous vos yeux les charmants dessins que nos collègues, MM. Varin et Delaunay en ont exécutés, ils vous en diront plus que les descriptions ; on ne peut rendre avec plus de charme et de vérité le caractère du monument reproduit par eux, et, du reste, l'éloge des éminents artistes que nous avons la bonne fortune de compter parmi nous, n'est plus à faire.
Sources: M. Barbey. Annales de la société historique et archéologique de Château-Thierry, pages 120 à 125. Année 1878. Château-Thierry MDCCCLXXX. - Bnf

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