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Quelques études réalisées sur les Templiers

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Les hôpitaux Saint-Antoine d'Aix au XIIIe siècle
Cinq hôpitaux St-Antoine, tôt disparus, mais dont la nécessité a été très importante et longtemps ignorée par les historiens, faute de documents majeurs. Ce sont ceux d'Aix même, ceux de la Duranne de Puyricard et d'Eguilles.

Saint-Antoine-le-Grand, évangélisateur de l'Orient au IIIe siècle, né en Egypte, finit sa vie très âgé, ermite au désert. Sa dépouille aurait finalement été déposée à Constantinople au VIe siècle. Au XIe siècle, Jocelin, un chevalier croisé originaire du Dauphiné, de passage dans cette ville, obtint de l'Empereur Romain IV Diogène des reliques du saint. Il les rapporta dans son fief à La Motte-au-Bois, aujourd'hui Saint-Antoine-l'Abbaye en Dauphiné. En 1088, les moines bénédictins de Montmajour furent dépêchés pour construire là un lieu décent afin de les abriter.

En ce temps-là se développe une grave maladie en Europe, et notamment dans le Sud et en Espagne. Les conditions météorologiques provoquèrent une famine importante, une humidité inaccoutumée faisant germer les grains que l'on gardait pour le pain en fin d'hiver, avant la soudure avec la nouvelle récolte. Le germe du seigle, nommé ergot, contient un poison violent qui provoque des hallucinations, des contractions nerveuses, une gangrène sèche attaque les extrémités nerveuses, les membres se dessèchent et tombent. C'est le Mal des Ardents. Les malades implorent les saints à défaut de remèdes efficaces et de reconnaissance de l'origine du mal.

Beaucoup se rendent auprès des reliques de saint Antoine dans l'espoir d'une guérison miraculeuse et pour recevoir des secours. Les moines construisent une Maison de l'Aumosne pour les soigner. Vers 1095, vite débordés par l'affluence des malades, ils acceptent l'aide de laïcs de familles nobles qui forment bientôt une confraternité, dite Frères de l'Aumosne. On les appellera plus tard Antonins.

 

Aix-en-Provence
A Aix-en-Provence, en 1130, Douce, comtesse de Provence, fait construire à ses frais une Maison de l'Aumosne, reconnue comme hôpital, à l'entrée de la ville comtale. Les Frères de l'Aumône n'y sont pas les premiers : là, à un des portes fortifiées de la ville dite «  comtale  » ils sont proches d'un autre hôpital dit Notre-Dame de Beauvezet (c'est-à-dire de beau regard, déformation de bellegarde), les Templiers qui semblent y avoir des biens leur donnent une place devant l'église attenante à cette Maison de l'Aumosne en 1225. L'hôpital de Beauvezet était également attenant à une église Notre-Dame. Avant d'être restaurés par deux généreux donateurs Bérard et Rixende, au début du XIIIe siècle, il est possible que cette église et son hôpital aient été aux Templiers, assurant là une fonction de garde et de refuge pour la ville comtale. Une église Notre-Dame templière existe à Aix dans ces années-là, sans avoir pu être localisée, il est possible que ce soit cette église Notre-Dame de Beauvezet. A une date non déterminée les Templiers s'installent plus près du château, à l'intérieur de la ville comtale.

Beaucoup de seigneurs et d'évêques font appel aux Frères Hospitaliers de La Motte-au-Bois pour soulager toute cette souffrance au XIIe siècle. La comtesse Douce a donc été sans doute une des premières en Provence à faire appel aux Frères de l'Aumosne pour recevoir les malades dont on craignait alors la contagiosité et qu'on refusait de laisser entrer dans les villes. Ce sont eux qui firent construire à côté de leur hôpital une église Saint-Antoine. C'est actuellement le quartier de l'Aumosne Vieille. Dès cette époque la notion de «  maison de l'Aumône  » est confondue avec celle d'hôpital.

Ils furent très vite appelés par l'archevêque qui venait de se réinstaller dans un espace fortifié, dit «  ville des Tours  », et d'y transférer sa cathédrale Notre-Dame de la Sed. Tout naturellement, c'est lui sans doute qui fait bâtir un hôpital Saint-Antoine à la porte de cette enceinte où l'on entrait en venant d'Arles. Jean Pourrière dans son histoire des hôpitaux d'Aix, dans les années 1930, en fait une étude très précise quant à sa localisation. Mais on ne sait quand il a disparu. Gens de noblesse et d'Eglise sont les principaux fondateurs de ces hôpitaux à travers la France comme en Provence pour la même raison que la Comtesse Douce : la crainte de la contagion, car on ne connaissait pas encore bien la cause du Mal des Ardents.

C'est donc deux hôpitaux que l'on trouve aux portes des deux villes en ce début du Moyen Age. Ils disparaitront dès la fin du XVIe siècle. La maladie ayant été à peu près jugulée et la ville se développant, leur utilité est remise en cause. Les Frères de l'Aumosne sont devenus des chanoines réguliers dès 1245. La plupart sont regroupés dans les Maisons les plus importantes à Marseille, Avignon, Gap, etc…où ils vivent en communauté. Ils seront désormais appelés Frères Hospitaliers ou Frères de Saint-Antoine, ils deviennent et restent très reconnus pour leur fonction de soignants. Ils eurent une part de responsabilité à l'hôpital Saint-Jacques de la ville d'Aix, fondé par Jacques de La Roque au XVIe siècle.

Seule subsiste l'église Saint-Antoine dépendant de la Maison de l'Aumône au cœur de la ville agrandie par l'union de la ville comtale avec le bourg Saint-Sauveur et la ville des Tours. Les consuls de la ville prennent en charge la maison de l'Aumône et ils confient aux moines de Saint-Victor les deux églises Saint-Antoine jusque vers 1536, date à laquelle des Servites venus de Marseille demandent à s'installer à Aix pour y exercer une œuvre caritative. Les consuls les installent à l'Aumosne Vieille. L'église change alors de vocable et devient Notre-Dame de l'Annonciade.

Les Frères Hospitaliers ne sont pas encore constitués en ordre religieux comme les Templiers ou les Hospitaliers Saint-Jean-de-Jérusalem. A la Motte-au-Bois, en Dauphiné, ils sont de plus en plus nombreux et efficaces. Les pèlerins se pressent en foule, malades ou non, pour venir vénérer les reliques de saint Antoine. Leur notoriété grandit. Une dispute s'instaure entre moines de Montmajour et Frères de Saint-Antoine pour savoir à qui reviendront les nombreuses offrandes apportées par leurs visiteurs. Finalement le Pape intervient en 1295 pour mettre fin à cette querelle : les moines retourneront à Montmajour et les Frères seront constitués en Ordre Hospitalier de Saint-Antoine, leur église et leurs deux hôpitaux de la Motte-au-Bois deviendront une abbaye de chanoines réguliers, maison-mère de leur ordre.

Cette association moines de Montmajour- Frères Hospitaliers est à l'origine de nombreuses Maisons de l'Aumosne-hôpitaux construits à proximité des prieurés dépendant de Montmajour en Provence et en Dauphiné. Ce travail a permis d'en localiser une soixantaine, sans que ce nombre soit exhaustif. On ne trouve jamais d'acte de fondation parce qu'il n'existait aucune raison d'institutionnaliser ce phénomène. Ils ont dû naître spontanément du rôle naturel pour les moines bénédictins d'assurer hospitalité et secours aux malheureux.

 

La Duranne et Saint-Jean-de-La-Salle
C'est ainsi que naquirent les hôpitaux de la Duranne proches de leurs prieurés Saint-Pierre-du-Pin à Cabriès, et sa propre église Saint-Barthelémy et de Saint-Jean-de-la-Salle , fief de Montmajour, que j'ai évoqué dans mon précédent travail sur le Grand-Saint-Jean.

Ces deux prieurés apparaissent dans un acte de confirmation des biens de Montmajour en 1118, sans qu'on puisse dire exactement à quelle date ils furent fondés, mais c'est à partir de cette date que les deux maisons de l'Aumosne furent également construites auprès de l'église.

Pour celui de la Duranne, proche d'une voie de passage, il apparaît en 1300 dans une liste d'hôpitaux, mais toujours associé à la maison de l'Aumosne d'Aix. Lors de la fondation d'un monastère de Sœurs Dominicaines à Aix, en 1279, Charles II d'Anjou, comte de Provence les installe d'abord à la Duranne et leur donne tous les biens de Saint-Antoine d'Aix sauf la maison de l'Aumosne et l'église Notre-Dame de l'Annonciade occupées par les Servites, la Duranne et les biens de la Maison de l'Aumosne de Pertuis. Il est précisé qu'il leur confie ces biens donnés par ses ancêtres pour les Frères de Saint-Antoine.

Quant à celui de Saint-Jean-de-la-Salle, il est nommé comme hôpital de ce prieuré en 1300. En 1477, la Préceptorie de Saint-Antoine de Puyricard a quitté les lieux de Saint-Jean pour s'installer dans l'église Notre-Dame de Cura à Puyricard même, lieu qui a été pendant des siècles le siège d'un hôpital de route, c'est celle là même qui devint église paroissiale au XVe siècle alors qu'elle est encore occupée par les Antonins.

En effet après avoir été au XIIe siècle aux portes des prieurés et des villes, les maisons de l'Aumosne de Saint-Antoine s'installent au XIIIe siècle au bord des voies de passage pour exercer leur vocation hospitalière. Eguilles Il en est ainsi de la maison de l'Aumône d'Eguilles qui est installée au sud du village hors la première enceinte, mais qui garde encore en 1830, sur le cadastre napoléonien, un quartier Saint-Antoine. Alors que plus tard, les Antonins installeront leur hôpital, au nord du village, le long de la route qui relie la ville à l'antique Voie Aurélienne, quartier qui porte encore ce nom de Saint-Antoine aujourd'hui. Nous ne savons cependant rien sur l'origine de leur fondation à cet endroit, mais il y a fort à penser que c'est un membre de la famille des Baux, seigneurs du lieu qui fut responsable de sa fondation.

Les Hospitaliers de Saint-Antoine se trouvent alors partout en Europe sous le titre de Préceptorie ou de Commanderie. Un historien de l'Ordre, Aldebert Mischlewski, en a dénombré 360 en Europe et au Moyen-Orient dans un état de 1478, dont seulement une quinzaine en Provence. C'est dire l'importance de leur expansion. A cette époque beaucoup ont déjà disparu. Il semble que sous le vocable de Saint-Antoine, chaque ville fortifiée et beaucoup de prieurés bénédictins aient eu leur maison de l'Aumosne.
Sources: Christiane Boekholt

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