Non nobis Domine, non nobis, sed Nomini Tuo da Gloriam Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à Ton Nom seul, donne la gloire
Sceau du Temple Histoire de L'Ordre du Temple Croix des Templiers Les Templiers et les Croisades Croix des Templiers Les croisades et les Templiers Sceau des Chevaliers du Temple
Fondation Ordre-Temple Grands-Maîtres Saint Bernard Règle Accusateurs Procès Commanderies Symbolique Orient-Latin Liens Home

Home -> croisades-michaud

Septième Croisade
8 - [20 novembre 1249] Marche sur Mansoura
Louis IX assembla le conseil des princes et des barons pour les consulter sur la marche qu'on devait suivre et sur les mesures à prendre pour la conquête de l'Egypte. Plusieurs des chefs proposèrent d'aller mettre le siège devant Alexandrie ; ils représentaient que cette ville avait un port commode, que la flotte chrétienne y serait à l'abri, et qu'on s'y procurerait facilement des munitions et des vivres : c'était l'avis de tous ceux qui avaient l'expérience de la guerre. Une jeunesse bouillante, persuadée qu'on avait fait assez pour la prudence : en restant plusieurs mois dans l'inaction, soutenait qu'il fallait marcher sur le Caire : elle ne songeait point aux dangers que pouvait courir l'armée chrétienne au milieu d'un pays inconnu où l'on ne devait trouver que des ennemis irrités par le fanatisme et le désespoir. Le comte d'Artois se faisait remarquer parmi ceux qui voulaient qu'on attaquât la capitale de l'Egypte : « Lorsqu'on veut tuer le serpent, s'écriait-il, on doit d'abord lui écraser la tête. » Cette opinion, exprimée avec chaleur, l'emporta dans le conseil ; saint Louis partagea lui-même l'ardeur et les espérances d'une jeunesse imprévoyante, et l'ordre fut donné de marcher sur le Caire (Joinville).

L'armée des croisés était composée de soixante mille combattants, parmi lesquels on comptait plus de vingt mille cavaliers. Une nombreuse flotte remonta le Nil ; portant les provisions, les bagages et les machines de guerre. « Quand ce vint entour la feste saincte Cécile, dit la Relation manuscrite :
« li roy fit appareiller les nés. Tant y avoit de barges, de galies, de grant nés et de petites chargiées de viandes, d'armes, d'engins, de harnas et de toutes manières de choses que mestier avoient à hommes et à chevaulx, que ce estoit une grant merveille à voir. Tant y avoit de vaissiaux et petits et grans, que tout li fleuve en estoit couvert. »
La reine Marguerite, les comtesses d'Artois, d'Anjou et de Poitiers, restèrent à Damiette, où le roi avait laissé une garnison sous les ordres d'Olivier de Thermes.
Top

 

[7 décembre 1249] Premier arrêt de l'armée des Francs
Les croisés allèrent camper le 7 décembre 1249 à Pharescour, situé à cinq ou six lieues de Damiette : le bourg de Pharescour, bâti sur un terrain exhaussé, se voit encore. La terreur précédait la marche triomphante des chevaliers ; tout semblait favoriser leur entreprise. Une circonstance ; qu'on ignorait alors, aurait pu accroître la sécurité et la joie des guerriers chrétiens. Negmeddin, après avoir lutté longtemps contre une cruelle maladie, venait enfin de succomber: cette mort pouvait jeter le trouble parmi le peuple et dans l'armée égyptienne, si on n'eût pris soin de la cacher pendant quelques jours. Lorsque le sultan eut rendu le dernier soupir, les mameluks gardaient la porte de son palais comme s'il eût été vivant ; on faisait la prière, on donnait les ordres en son nom ; rien n'interrompit parmi les musulmans les préparatifs de défense et les soins de la guerre contre les chrétiens. Toutes ces précautions étaient l'ouvrage d'une femme, achetée d'abord comme esclave et devenue ensuite l'épouse favorite de Negmefldin. Les historiens arabes célèbrent le courage, l'habileté de Chegger-eddure, et s'accordent à dire qu'aucune femme ne la surpassait en beauté, aucun homme en génie (8).
Après la mort de Negmeddin, la sultane avait assemblé les principaux émirs : dans cette assemblée on donna le commandement de l'Egypte à l'émir Fak-reddin, et l'on reconnut comme sultan Almoadam Touranschah, que son père avait relégué en Mésopotamie ; quelques auteurs assurent que dans ce conseil on résolut d'envoyer des ambassadeurs au roi des Francs pour lui proposer la paix au nom du prince dont la mort était encore ignorée. Les ambassadeurs, pour obtenir une trêve, devaient offrir aux chrétiens Damiette avec son territoire, Jérusalem et plusieurs autres villes de la Palestine. Cette négociation ne pouvait réussir : les croisés étaient trop avancés, ils avaient trop de confiance dans leurs amdes pour écouter aucune proposition (9).
L'armée chrétienne, poursuivant sa marche sur les bords du Nil, entra dans le bourg de Sarensah, appelé aujourd'hui Serinka, sans avoir rencontré d'autres ennemie que cinq cents cavaliers musulmans. Ces cavaliers musulmans n'annoncèrent d'abord que des intentions pacifiques, leur petit nombre ne pouvait inspirer aucune crainte (10). Louis IX, dont ils semblaient implorer la protection, défendit aux croisés de les attaquer ; mais les mameluks, abusuant de la confiance qu'on leur portrait en profitant d'une occasion favorable tombèrent tout à coup sur les templiers, et tuèrent un cavalier de l'ordre. Aussitôt on crie aux armes dans l'armée française ; l'escadron des musulmans est assailli de toutes parte ; ceux qui ne tombèrent pas sous le fer des croisés se noyèrent dans le Nil. A mesure que les chrétiens approchaient de Mansoura, les musulmans redoublaient d'inquiétude et d'effroi. L'émir Fakreddin retraça les dangers de l'islamisme dans une lettre qui fut lue à l'heure de la prière dans la grande mosquée de la capitale. Après la formule, « au nom de Dieu et de Mahomet son prophète, » la lettre de Fakreddin commençait par ces mots du Coran :
« Accourez, grands et petits, la cause de Dieu a besoin de vos armes et de vos richesses. Les Francs, ajoutait l'émir, les Francs que le ciel maudisse sont arrivés dans notre pays avec leurs étendards et leurs épées ; ils veulent s'emparer de nos cités et ravager nos provinces ; quel musulman peut refuser de marcher contre eux et de venger la gloire de l'islamisme ? »
A la lecture de cette lettre, tout le peuple fondit en larmes. La plus grande agitation régnait dans la ville du Caire ; la mort du sultan, dont la nouvelle commençait à se répandre, ajoutait à la consternation générale. On envoya des ordres pour lever des troupes dans toutes les provinces égyptiennes ; on prêchait la guerre dans toutes les mosquées, et les imans cherchaient à réveiller le fanatisme pour l'opposer à l'abattement du désespoir.
Top

 

[19 décembre 1249] L'armée devant le canal d'Aschmoun
L'armée chrétienne arriva devant le canal d'Aschmoun, le 19 décembre 1249 ; elle avait devant elle, de l'autre côté du canal, l'armée musulmane et la ville de Mansourah. Tout semblait annoncer qu'en ce lieu devait se décider le sort de la guerre. Les croisés dressèrent leurs tentes dans l'endroit même où l'armée de Jean de Brienne avait campé trente ans auparavant ; le souvenir d'un grand désastre aurait dû leur servir de leçon. Le canal d'Aschmoun avait à peu près la largeur de la Marne ; son lit était profond et sa rive élevée. On était alors dans la saison où les eaux sont basses ; mais le passage n'en présentait pas moins de grandes difficultés. Nous avons visité le canal dans la saison même où les croisés furent arrêtés sur ses rives, et personne ne pouvait le franchir Il fallut donc construire une digue : on se mit au travail, mais les ingénieurs s'y prirent mal ; chaque jour on était obligé de recommencer ce qu'on avait fait ; le courant emportait tout ce qu'on voulait lui opposer. Les croisés étaient d'ailleurs nuit et jour troublés dans leurs travaux et sans cesse exposés aux traits lancés par les musulmans et à leur terrible feu grégeois.
Quoique le chef de l'armée musulmane eût fui sans combat devant les croisés débarqués sur la Côte de Damiette, les chroniques arabes vantent sa bravoure et ses talents militaires ; elles ajoutent qu'il avait été reçu chevalier par Frédéric II, et que sur ses écussons il portait les armes des empereurs d'Allemagne avec celles du sultan du Caire et de Damas. Fakreddin avait ranimé par ses discours et son exemple le courage et la confiance d'une armée vaincue.
A peine les croisés avaient-ils assis leur camp et commencé les travaux nécessaires pour le passage de l'Aschmoun, que Fakreddin envoya une partie de ses troupes au delà du canal pour attaquer les derrières de l'aimée chrétienne. Les musulmans, par cette attaque imprévue, répandirent le désordre et l'effroi dans le camp de leurs ennemis. Ce dernier avantage redoubla leur audace, et bientôt un nouvel assaut fut livré au camp des chrétiens sur toute la ligne qui s'étendait depuis le canal jusqu'au Nil (11). Les musulmans pénétrèrent plusieurs fois dans les retranchements des croisés ; le duc d'Anjou, Guy, comte du Forez, le sire de Joinville, plusieurs autres chefs, eurent besoin de déployer toute leur bravoure pour repousser hors du camp les ennemi à qui chaque nouveau combat apprenait que les Francs n'étaient point invincibles et qu'on pouvait du moins les arrêter dans leur marche.

Tous les jours on se battait dans la plaine et sur le fleuve. Plusieurs navires des chrétiens étaient tombés entre les mains des musulmans ; les Arabes, rôdant sans cesse autour du camp, enlevaient tous ceux qui s'écartaient des drapeaux. Comme l'émir Fakreddin ne pouvait connaître que par le rapport des prisonniers l'état et des dispositions de l'armée chrétienne, il promit une récompense pour chaque captif qu'on amènerait dans sa tente. Tous les moyens que peuvent suggérer l'audace et la ruse étaient employés pour surprendre les croisés. On raconte qu'un soldat musulman, ayant enfoncé sa tête dans un melon creusé, se jeta ainsi à la nage dans le Nil : le melon, qui paraissait flotter sur l'eau, frappa les regards d'un guerrier chrétien; celui-ci s'élance dans le fleuve, et comme il tendait la main pour saisir le melon flottant, il est saisi lui-même et traîné dans le camp des musulmans. Cette particularité, plus bizarre qu'instructive, est rapportée par plusieurs historiens arabes (Gemal-Eddin) qui parlent à peine des combats précédents. Tel est l'esprit et le caractère de la plupart des histoires orientales, où les détails les plus frivoles tiennent souvent la place des vérités les plus utiles et des événements les plus importants.
Top

 

[1250] Les Francs construisent un pont pour enjamber le canal
Pendant que les armées étaient ainsi en présence, les croisés poursuivaient le travail qu'ils avaient commencé sur l'Aschmoun. On avait construit des jours de bois et dressé des machines (12), pour protéger les ouvriers employés à construire la digue sur laquelle l'année chrétienne devait traverser le canal. De leur côté, les musulmans redoublaient d'efforts pour empêcher les chrétiens d'achever leur ouvrage. La digue s'avançait lentement, et les tours de bois qu'où avait construites en avant de la chaussée ne pouvaient défendre ni les ouvriers ni les soldats contre les flèches, les pierres et les traits enflammés qu'on lançait du camp des ennemis (13). Rien n'égale la surprise et la terreur que la seule vue du feu grégeois causait à l'armée chrétienne. D'après les relations des témoins oculaires, ce feu redoutable, lancé tantôt par un tube d'airain, tantôt par un instrument qu'on appelait la perrière, avait, selon l'expression de Joinville, la grosseur d'un tonneau de verjus ; la queue flamboyante qu'il traînait après lui était longue de plusieurs pieds ; les croisés croyaient voir dans l'air un dragon volant ; le bruit de son explosion ressemblait à celui de la foudre qui tombe en éclats. Lorsqu'il était lancé pendant la nuit, il répandait une lueur sinistre qui éclairait tout le camp. A la vue de ce feu terrible, les chevaliers préposés à la garde des tours couraient çà et là tout éperdus : les uns appelaient à leur secours leurs compagnons ; les autres se précipitaient à terre, et tombaient à genoux, invoquant les puissances célestes. Le sénéchal de Champagne ne pouvait dissimuler son effroi, et remerciait Dieu de tout son coeur lorsque le feu grégeois tombait loin de lui (14). Louis IX n'était pas moins désolé que les barons et les chevaliers, et, lorsqu'il entendait la détonation du feu, il s'écriait, « pleurant à grant larmes : Beau sire, Dieu Jésus-Christ, garde-moi et toute ma gent. »
« Les bonnes prières et oraisons du roi » dit son historien, « nous eurent bon mestier. » Cependant elles ne purent sauver les tours et les ouvrages de bois construits par les croisés : tout fut consumé par les flammes à la vue de l'armée chrétienne, qui ne put l'empêcher. Les chrétiens auraient dû apprendre enfin qu'ils avaient tenté une entreprise impossible et qu'il leur fallait chercher un autre moyen plus facile et plus sûr de passer le canal. Malheureusement les chefs s'obstinèrent à faire d'autres constructions qui eurent le même sort que les premières. Ils perdirent ainsi beaucoup de temps, et l'inutilité de leurs tentatives acheva de relever l'orgueil des musulmans.

Les mameluks apprirent alors que leur nouveau sultan venait d'arriver à Damas et qu'il était attendu dans sa capitale. Cette arrivée leur donnait de nouvelles espérances ; ils se montraient à leurs tours pleins de confiance dans la victoire. Pour redoubler l'ardeur de ses soldats, Fakreddin répétait souvent avec un ton d'assurance qu'il irait bientôt coucher dans la tente du roi des Francs.
Les chrétiens étaient depuis un mois devant l'Aschmoun, s'épuisant en efforts inutiles. Leurs chefs ne s'inquiétaient point de savoir s'il était possible de traverser le canal à pied, ou à la nage comme l'avait fait la cavalerie égyptienne. Ils commençaient à désespérer, lorsque le hasard leur découvrit un moyen de sortir d'embarras, moyen qu'ils auraient connu plus tôt s'ils avaient eu moins d'obstination et plus de prévoyance. Un Arabe bédouin vint proposer à Imbert de Beaujeu, connétable de France, de lui montrer à quatre milles du camp un gué par lequel les croisés pourraient passer sans danger et sans obstacles sur l'autre rive de l'Aschmoun. Après s'être assuré que l'Arabe avait dit la vérité, on lui compta une somme de cinq cents besants d'or qu'il avait demandée, et l'armée chrétienne fit des dispositions pour profiter de cette heureuse et tardive découverte.
Le roi et les princes ses frères, avec toute la cavalerie, se mirent en marche au milieu de la nuit ; le duc de Bourgogne resta dans le camp avec l'infanterie pour observer l'ennemi et garder les machines et les bagages. Au lever du jour, tous les escadrons qui devaient passer l'Aschmoun attendaient le signal sur la rive.

Dans notre voyage en Egypte, à la suite des croisés, nous avons reconnu l'endroit (15) où les « cavaliers entrèrent dans le fleuve, et trouvèrent bon gué et terre ferme » : cet endroit du canal est appelé par Makrizi, « Sedam » (16). Les gens du pays y passent encore quand les eaux du Nil sont basses. Il y a plusieurs autres gués dans le voisinage ; le fond du canal est vaseux, et sa rive est très escarpée, ce qui dut rendre le passage de l'armée long et difficile (17).
Top

 

[8 février 1250] Les Francs traversent le canal à gué
Le comte d'Artois se présenta le premier pour franchir l'Aschmoun. Le roi, qui connaissait l'impétueuse ardeur de son frère, voulut d'abord le retenir ; Robert insista vivement, et jura sur les évangiles que, parvenu sur l'autre rive, il attendrait que l'armée chrétienne eût passé. Louis crut imprudemment à la promesse que faisait un prince bouillant et fier, un jeune chevalier français, de maîtriser ses transports belliqueux et de résister sur le champ de bataille à toutes les tentations de la gloire. Le comte d'Artois se mit à la tête de l'avant-garde, dans laquelle se trouvaient les hospitaliers, les templiers et les croisés anglais. Cette avant-garde traverse l'Aschmoun et met en fuite trois cents cavaliers ennemis. A la vue des musulmans qui fuient, le jeune Robert brûle de les poursuivre. En vain les deux grands maîtres lui disent que la fuite de l'ennemi n'est peut-être qu'une ruse de guerre, qu'il faut attendre l'armée et suivre les ordres du roi : Robert craint de perdre l'occasion de triompher des infidèles, et n'écoute que son ardeur de vaincre ; il s'élance dans la plaine, l'épée à la main, entraîne tout avec lui, et poursuit les musulmans jusque dans leur camp, où il pénètre avec eux.
Fakreddin, le chef de l'armée musulmane, était alors au bain, et, selon la coutume des Orientaux, se faisait teindre la barbe : il monte à cheval presque nu, rallie ses troupes et résiste quelque temps ; bientôt, resté seul sur le champ de bataille, il est enveloppé, il tombe et meurt percé de mille coups.

Suite

Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
Top

 

Notes
8. Comparez Joinville, p. 40, à l'extrait de Makrizi, dans la Bibliothèque des Croisades.

9. Mathieu Paris, qui ignorait ce qui se passait alors, dit que ce fut le sultan lui-même qui envoya faire au roi ces propositions, qui furent vivement combattues par le légat et entièrement rejetées (Voyez Mathieu Paris, p. 788). Cette erreur a été adoptée par l'abbé Vély, sur la fol de cet historien.

10. Il y a eu une contradiction apparente entre la version de Ducange et celle de MM. Melot, Sallier et Capperonnier : dans celle-ci on voit que les cinq cents cavaliers musulmans avaient été envoyés pour harceler l'armée française, mais il n'y est point question d'une tromperie ou ruse de guerre ; dans celle de Ducange, au contraire, on trouve cette phrase : « li (le soudan) envoya devers le roy, cuidant le faire par cautelle, cinq cents de ses cavaliers, des mieux montés qu'il sceut choisir, disant au roy qu'ils estaient venus pour le secourir, lui et tout son ost. » On, ne trouve rien de semblable dans l'édition de MM. Melot, Sallier et Capperonnier. Il est probable que cette phrase a été interpolée dans le manuscrit, car on ne peut croire que cinq cents cavaliers musulmans aient été reçus comme amis dans l'armée chrétienne, qui n'avait point alors besoin d'auxiliaires et qui n'espérait pas en trouver dans les musulmans. La Relation manuscrite fixe les incertitudes à cet égard : il y estait que cinq cents Turcs des plus preux et des plus hardis furent envoyés pour dresser une embuscade à l'avant-garde de l'armée chrétienne, mais qu'ils furent si vigoureusement reçus, qu'ils s'enfuirent bientôt vers les fleurs. » Nous saisissons cette occasion pour avertir de nouveau le lecteur que les diverses éditions de Joinville diffèrent souvent entre elles dans des choses importantes, et qu'elles ont quelquefois besoin d'être soumises aux règles d'une sévère critique.

11. La Relation manuscrite parle de deux combats qui eurent lieu sur le fleuve Thanis deux jours de suite, et dans lesquels les musulmans furent défaits. Après ces deux combats, « ils se tinrent tout coi, poursuit le manuscrit, et tout serré contre le fleuve de Thanis sur la rive, là où lie estaient logiez, et duement s'appareillèrent pour défendre aux nos que ils ne passassent le fleuve. Assez y ot de Turcs qui disoient que, se notre gent pooient passer le fleuve avant qu'ils ne fissent moult domagie et amenuisie de lor gens, ils avoient pooir de conquerre Babiloine et le Chaaire, et toute la terre d'Egypte, maugré les Turcs. »

12. Joinville prétend que ces engins ou retranchements ne servirent pas beaucoup à la défense des chrétiens, « oneques n'ouy dire que les nostres fissent beaucoup. »

13. Joinville n'a pas manqué d'expliquer comment les arbalètes des musulmans venaient frapper les guerriers chrétiens, tandis que les arbalètes de ceux-ci n'atteignaient pas les musulmans. D'après son récit, il paraîtrait que Louis IX avait fait construire des chats ou châts-chatels, tels que ceux qu'on employait au siège des places, et qu'il les avait disposés au bord de la rivière pour protéger ses travailleurs ; mais la partie essentielle du chat, ou le bélier armé de crochet, ne pouvait-être d'aucun usage, et les arbalètes de carreau dont la plate-forme du chantait garnie, ne portaient pas beaucoup plus loin que les arbalètes ordinaires ; les musulmans, au contraire, avaient des engins qui « jetoient parmi les deux fleuves, » c'est-à-dire que tant ceux qui étaient sur la rive gauche du Nil que ceux qui étaient sur la rive gauche du canal d'Aschmoun ou Thanis, portaient sur le pamp des chrétiens.

14. « Deux fois les machines de guerre ou châts-chastels, que gardoit Charles, comte d'Anjou, furent incendiées en plein jour, dont il estoit si hors de sens, qu'il vouloit aller combattre avec ce feu pour l'esteindre. » Le bon chevalier ne dissimule pas qu'il aime mieux que cela soit arrivé le jour que la nuit ; car, autrement, comme il était de garde, il eût été infailliblement brûlé. « Cette grande courtoisie fit Dieu à moi et à mes chevaliers. »

15. Correspondance d'Orient, lettre CLVII - Lettre CLVII

16. Mathieu Pâris dit que les chrétiens passèrent le canal sur des bateaux plats, ce qui est contraire à tons les récits des historiens témoins oculaires; le même auteur ajoute que plusieurs traversèrent le canal par un gué que leur indiqua un musulman converti.

17. « Il y en eut de noyés au passage, et entre aultres fui noyé monseigneur Jehan d'Orléans, qui portoit bannière à la voivre. » « En chevauchant, aucuns se tiraient prés de la rive du fleuve, et la terre y étoit coulante et mouillée, et ils escheoient eux et leurs chevaux dedans le fleuve, et se garde noyoient. Le roi qui l'aperçut le montra aux aultres, afin qu'ils se donnassent de n'y tomber. » (Joinville).
Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841

La Home page des Croisades de Michaud a été visitée 320267 fois depuis le 07 juin 2005