Septième Croisade
1 - Invasion Mogol
2 - Le concile de Lyon
3 - Engagement de Saint-Louis
4 - Préparatifs de la Croisade
5 - Saint-Louis en Chypre
6 - Prise de Damiette
7 - Saint-Louis campe à Damiette
8 - Marche sur Mansourah
9 - Désobéissance du comte d'Artois
10 - Mort du comte d'Artois
11 - L'Ost décimés par une épidémie
12 - Retraite vers Damiette
13 - Trahison de Marcel, capitulation
14 - Une rançon contre le roi
15 - Assassina du sulatan du Caire
16 - Les Mameloukes régicides
17 - Evacuation de Damiette
2 - Le concile de Lyon
3 - Engagement de Saint-Louis
4 - Préparatifs de la Croisade
5 - Saint-Louis en Chypre
6 - Prise de Damiette
7 - Saint-Louis campe à Damiette
8 - Marche sur Mansourah
9 - Désobéissance du comte d'Artois
10 - Mort du comte d'Artois
11 - L'Ost décimés par une épidémie
12 - Retraite vers Damiette
13 - Trahison de Marcel, capitulation
14 - Une rançon contre le roi
15 - Assassina du sulatan du Caire
16 - Les Mameloukes régicides
17 - Evacuation de Damiette
9 - Désobéissance du comte d'Artois. Désastre de la croisade
Toute l'armée musulmane fuyait en désordre vers Mansourah. Comment résister à l'envie de voler à sa poursuite ?
Qu'avait-on à craindre d'un ennemi qui abandonnait son camp ?
Ne pouvait-on pas croire que les musulmans fuyaient comme à Damiette, et que la terreur les empêcherait de se rallier ?
Toutes ces pensées se présentaient à l'esprit du comte d'Artois, et ne lui permettaient plus d'attendre le reste de l'armée pour achever sa victoire. Vainement le grand maître du Temple renouvelle ses représentations : le jeune prince répond avec emportement aux conseils de l'expérience. Dans sa colère, il accuse les templiers et les hospitaliers d'être d'intelligence avec les infidèles et de vouloir perpétuer une guerre dont ils profitaient pour leur ambition.
« Ainsi donc, répliquèrent les deux grands maîtres, nous et nos chevaliers nous aurions abandonné nos familles et notre patrie, nous passerions nos jours sur une terre étrangère, au milieu des fatigues et des périls de la guerre, pour trahir la cause de l'église chrétienne ! »
En achevant ces paroles, le grand maître du Temple, Guillaume de Sonnac, commanda à ses chevaliers de préparer leurs armes et de déployer la bannière du combat. Le comte de Salisbury, qui conduisait les Anglais, voulut parler du danger auquel pouvait être exposée l'année chrétienne, séparée de son avant-garde. Le comte d'Artois l'interrompit brusquement : Les timides conseils, lui dit-il, ne sont point faits pour nous. Alors se renouvelèrent les querelles qui avaient plusieurs fois éclaté, et la chaleur du débat ne permit plus d'écouter la prudence. Tandis qu'on s'échauffait ainsi, l'ancien gouverneur du comte d'Artois, Foucault de Nesle, qui était sourd et qui croyait qu'on s'apprêtait au combat, ne cessait de crier : « ores à eux ! Ores à eux ! » (18). Ces mots deviennent un funeste signal pour des guerriers poussés à la fois par la colère et par l'impatience de la victoire. Les templiers, les Anglais, les Français, tous partent ensemble, tous volent vers Mansourah, et pénètrent dans la ville, abandonnée par l'ennemi; les uns s'arrêtent au pillage, les, autres poursuivent les fuyards sur la route du Caire.
Si toutes les troupes chrétiennes se fussent trouvées au delà du canal dans le moment où le comte d'Artois entrait dans Mansourah, la défaite des ennemis était complète. Mais le passage se faisait avec beaucoup de difficulté et de confusion ; lorsque l'armée française traversait l'Aschmoun, un espace de deux lieues la séparait de son avant-garde.
TopQu'avait-on à craindre d'un ennemi qui abandonnait son camp ?
Ne pouvait-on pas croire que les musulmans fuyaient comme à Damiette, et que la terreur les empêcherait de se rallier ?
Toutes ces pensées se présentaient à l'esprit du comte d'Artois, et ne lui permettaient plus d'attendre le reste de l'armée pour achever sa victoire. Vainement le grand maître du Temple renouvelle ses représentations : le jeune prince répond avec emportement aux conseils de l'expérience. Dans sa colère, il accuse les templiers et les hospitaliers d'être d'intelligence avec les infidèles et de vouloir perpétuer une guerre dont ils profitaient pour leur ambition.
« Ainsi donc, répliquèrent les deux grands maîtres, nous et nos chevaliers nous aurions abandonné nos familles et notre patrie, nous passerions nos jours sur une terre étrangère, au milieu des fatigues et des périls de la guerre, pour trahir la cause de l'église chrétienne ! »
En achevant ces paroles, le grand maître du Temple, Guillaume de Sonnac, commanda à ses chevaliers de préparer leurs armes et de déployer la bannière du combat. Le comte de Salisbury, qui conduisait les Anglais, voulut parler du danger auquel pouvait être exposée l'année chrétienne, séparée de son avant-garde. Le comte d'Artois l'interrompit brusquement : Les timides conseils, lui dit-il, ne sont point faits pour nous. Alors se renouvelèrent les querelles qui avaient plusieurs fois éclaté, et la chaleur du débat ne permit plus d'écouter la prudence. Tandis qu'on s'échauffait ainsi, l'ancien gouverneur du comte d'Artois, Foucault de Nesle, qui était sourd et qui croyait qu'on s'apprêtait au combat, ne cessait de crier : « ores à eux ! Ores à eux ! » (18). Ces mots deviennent un funeste signal pour des guerriers poussés à la fois par la colère et par l'impatience de la victoire. Les templiers, les Anglais, les Français, tous partent ensemble, tous volent vers Mansourah, et pénètrent dans la ville, abandonnée par l'ennemi; les uns s'arrêtent au pillage, les, autres poursuivent les fuyards sur la route du Caire.
Si toutes les troupes chrétiennes se fussent trouvées au delà du canal dans le moment où le comte d'Artois entrait dans Mansourah, la défaite des ennemis était complète. Mais le passage se faisait avec beaucoup de difficulté et de confusion ; lorsque l'armée française traversait l'Aschmoun, un espace de deux lieues la séparait de son avant-garde.
Les mameluks bloquent le comte d'Artois dans Mansourah
Les musulmans, chassés de leur camp, crurent d'abord avoir à combattre toutes les forces des croisés commandées par le roi de France; mais bientôt ils reconnaissent le petit nombre de leurs ennemis, et s'étonnent d'avoir pris la fuite. Du sein même du péril et du désordre il s'était élevé parmi eux un chef habile dont la présence d'esprit ranima tout à coup leur courage. Bibars-Bendocdar (19), que les mameluks venaient de mettre à leur tête, s'étant aperçu de l'imprudence des chrétiens, rallie les musulmans, dirige une partie de son armée entre le canal d'Aschmoun et Mansourah, s'empare des portes de la ville, et fond avec l'élite de ses soldats sur les croisés qui pillaient le palais du sultan. « Les mameluks, lions des combats (c'est ainsi que s'exprime un historien arabe), se précipitèrent sur les Francs comme une furieuse tempête ; leurs terribles massues répandaient partout le meurtre et les blessures. » Les chrétiens, dispersés dans la ville, eurent à peine le temps de se rallier ; resserrés dans des rues étroites, ils ne pouvaient ni combattre à cheval, ni se servir de leurs épées ; du haut des toits et des fenêtres, on leur lançait des pierres, on faisait pleuvoir sur eux des torrents de feu grégeois ; les portes de la ville étaient fermées ; la multitude des musulmans occupait tous les chemins ; il ne restait plus aucun espoir de salut à cette troupe valeureuse qui peu auparavant avait mis en faite toute une armée.
Top
Le comte d'Artois met en péril le gros de l'armée franque
Bientôt l'armée chrétienne, qui venait de passer le canal, se trouva dans le plus grand péril ; à mesure que les croisés arrivaient au delà de l'Aschmoun, ils apprenaient, les uns que le comte d'Artois poursuivait l'ennemi, les autres qu'il était enfermé dans Mansourah ; la plupart des chevaliers brûlent de partager sa gloire ou ses périls, et, sans attendre ceux qui les suivent, volent vers le camp des musulmans, puis vers la ville. Le comte de Bretagne fut un des premiers qui se mirent en mouvement; il est bientôt suivi de Guy de Malvoisin, du sire de Joinville et des plus braves chevaliers de l'armée. Ils s'avançaient à la hâte et sans précautions au milieu d'une campagne couverte d'ennemis; ils ne tardèrent pas à être séparés les uns des autres ; quelques-uns revinrent sur leurs pas, la plupart se trouvent enveloppés par les musulmans ; mille combats se livraient à la fois dans la plaine ; ici les chrétiens étaient vainqueurs, plus loin vaincus ; partout on les voyait tour à tour attaquant, se défendant, mettant l'ennemi en fuite, fuyant eux-mêmes (20). Tout à coup on aperçoit du côté de l'Aschmoun un nuage de poussière ; on entend le son des trompettes et des clairons : c'était l'armée chrétienne qui s'avançait ; saint Louis, marchant à la tête de la cavalerie, s'arrêta sur un terrain élevé où tous les regards se portèrent sur lui ; les chevaliers dispersés près de là dans la plaine et qui ne pouvaient plus résister aux musulmans, crurent voir l'ange des combats qui venait à leur secours; Joinville surtout, que pressaient vivement les ennemis, ne pouvait s'empêcher d'admirer le port majestueux du monarque. Louis portait sur la tête un casque doré ; il tenait dans sa main une épée d'Allemagne ; ses armes étaient resplendissantes ; sa fière contenance animait tous ses guerriers; enfin, dit le naïf sénéchal, en qui le sentiment du péril redoublait celui de l'admiration, « je vous prommets que oncques plus bel home armé ne vy. » Plusieurs des chevaliers qui accompagnaient Louis, voyant de toutes parts les guerriers français aux prises avec les musulmans, sortent des rangs et volent dans la mêlée ; alors la confusion ne fait que s'accroître ; chacun court sans savoir où est l'ennemi ; bientôt on ne voit plus flotter les drapeaux de l'armée chrétienne ; on ne sait plus de quel côté est le roi ; personne ne donne l'ordre ; la masse et la hache d'armes font voler en éclats les casques et les boucliers. Les uns tombent couverts de blessures, les autres sont foulés sous les pieds des chevaux; le cri des Français, Montjoie Saint-Denis, celui des musulmans. Islam, Islam, retentissent ensemble ; on n'entend de toutes parts que les cris des mourants, le choc des épées, le bruit des tambours ou « nacaires. » Depuis le canal jusqu'à Mansourah et depuis le Nil jusqu'à la rive où les croisés venaient d'aborder, la campagne n'offre qu'un vaste champ de carnage où chacun combat pour sa vie ; des torrents de sang coulent de toutes parts, sans que la victoire se décide ni pour les musulmans ni pour les chrétiens (21).
Les croisés avaient eu quelques avantages dans tous ces combats ; mais leur armée se trouvait en grande partie dispersée. En ce moment, Bibars avait laissé dans Mansourah assez de troupes pour triompher de la résistance du comte d'Artois et de ses chevaliers ; il se mettait en marche avec toutes ses forces, et se dirigeait du côté du canal, soit pour soutenir les musulmans qui commençaient à fuir, soit pour livrer une bataille décisive. Louis et les chefs qui l'accompagnaient s'aperçoivent du mouvement et des projets de l'ennemi. On décide aussitôt que l'armée chrétienne se rapprochera du canal pour n'être pas enveloppée et pour conserver quelques communications avec le duc de Bourgogne, resté sur l'autre rive (22). Déjà l'oriflamme, portée à la tête des bataillons, leur marquait la route qu'ils devaient suivre, lorsque les comtes de Poitiers et de Flandre, qui s'étaient avancés dans la plaine, envoyèrent dire au roi qu'ils allaient succomber si on ne se hâtait de les secourir ; d'un autre côté Imbert de Beaujeu venait annoncer que Robert allait périr dans Mansourah. Louis s'arrêta un moment; une foule de chevaliers, sans attendre ses ordres, courent, les uns au secours des Poitevins et des Flamands, les autres au secours du comte d'Artois; les musulmans couvraient la campagne; les guerriers français qui se trouvaient séparés du roi, ne peuvent résister à la multitude des ennemis, et se replient sur l'armée, où ils portent le désordre. Dans la confusion générale, le bruit se répand que les musulmans sont partout victorieux et que le roi vient d'ordonner la retraite ; plusieurs escadrons se débandent et se précipitent vers le canal ; dans le même instant les eaux parurent couvertes de chevaux et de cavaliers qui se noyaient. En vain, dans ce péril extrême, Louis chercha à rallier ses troupes : sa voix est à peine entendue, il donne des ordres qu'on n'exécute point ; alors il se précipite au milieu du danger, et son ardeur l'entraîne si loin que ses écuyers ont peine à le suivre; à la fin, resté seul dans la mêlée, il est environné par six cavaliers musulmans qui se disposent à l'emmener prisonnier; Louis leur résiste, parvient à se dégager de leurs mains, et les met en fuite. Cette bravoure éclatante ranime les croisés qui fuyaient; les guerriers français accourent de toutes parts auprès du roi, recommencent le combat et dispersent à leur tour les bataillons musulmans. Tandis que toute l'armée chrétienne combattait ainsi pour réparer la faute et sauver la vie du comte d'Artois, ce malheureux prince se défendait avec une bravoure héroïque dans Mansourah (23), et ne songeait plus qu'à mourir avec les chevaliers qui l'avaient suivi. Le combat dura depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures du soir ; les plus braves, couverts de blessures, épuisés de fatigue, entourés de leurs compagnons morts, menaçaient encore leurs ennemis ; à la fin ils tombèrent tous, couverts de sang et percés de coups : Salisbury fut tué à la tête des guerriers qu'il commandait ; Robert de Vair, avant de tomber, s'enveloppa de la bannière anglaise qu'il portait ; Raoul de Coucy expira au milieu des siens étendus à terre ; le comte d'Artois, retranché dans une maison, se défendit longtemps, et tomba enfin au milieu du carnage et des ruines. Les guerriers chrétiens étaient entrés dans Mansourah au nombre de quinze cents ; presque tous y trouvèrent la mort. Le grand maître des hospitaliers, resté seul sur le champ de bataille, fut fait prisonnier ; celui du Temple (Guillaume de Sonnac) échappa comme par miracle, et revint le soir à l'armée chrétienne, blessé au visage, ses vêtements déchirés et sa cuirasse percée de coups. Il avait vu tomber à ses côtés deux cent quatre-vingts de ses chevaliers (24).
TopLes croisés avaient eu quelques avantages dans tous ces combats ; mais leur armée se trouvait en grande partie dispersée. En ce moment, Bibars avait laissé dans Mansourah assez de troupes pour triompher de la résistance du comte d'Artois et de ses chevaliers ; il se mettait en marche avec toutes ses forces, et se dirigeait du côté du canal, soit pour soutenir les musulmans qui commençaient à fuir, soit pour livrer une bataille décisive. Louis et les chefs qui l'accompagnaient s'aperçoivent du mouvement et des projets de l'ennemi. On décide aussitôt que l'armée chrétienne se rapprochera du canal pour n'être pas enveloppée et pour conserver quelques communications avec le duc de Bourgogne, resté sur l'autre rive (22). Déjà l'oriflamme, portée à la tête des bataillons, leur marquait la route qu'ils devaient suivre, lorsque les comtes de Poitiers et de Flandre, qui s'étaient avancés dans la plaine, envoyèrent dire au roi qu'ils allaient succomber si on ne se hâtait de les secourir ; d'un autre côté Imbert de Beaujeu venait annoncer que Robert allait périr dans Mansourah. Louis s'arrêta un moment; une foule de chevaliers, sans attendre ses ordres, courent, les uns au secours des Poitevins et des Flamands, les autres au secours du comte d'Artois; les musulmans couvraient la campagne; les guerriers français qui se trouvaient séparés du roi, ne peuvent résister à la multitude des ennemis, et se replient sur l'armée, où ils portent le désordre. Dans la confusion générale, le bruit se répand que les musulmans sont partout victorieux et que le roi vient d'ordonner la retraite ; plusieurs escadrons se débandent et se précipitent vers le canal ; dans le même instant les eaux parurent couvertes de chevaux et de cavaliers qui se noyaient. En vain, dans ce péril extrême, Louis chercha à rallier ses troupes : sa voix est à peine entendue, il donne des ordres qu'on n'exécute point ; alors il se précipite au milieu du danger, et son ardeur l'entraîne si loin que ses écuyers ont peine à le suivre; à la fin, resté seul dans la mêlée, il est environné par six cavaliers musulmans qui se disposent à l'emmener prisonnier; Louis leur résiste, parvient à se dégager de leurs mains, et les met en fuite. Cette bravoure éclatante ranime les croisés qui fuyaient; les guerriers français accourent de toutes parts auprès du roi, recommencent le combat et dispersent à leur tour les bataillons musulmans. Tandis que toute l'armée chrétienne combattait ainsi pour réparer la faute et sauver la vie du comte d'Artois, ce malheureux prince se défendait avec une bravoure héroïque dans Mansourah (23), et ne songeait plus qu'à mourir avec les chevaliers qui l'avaient suivi. Le combat dura depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures du soir ; les plus braves, couverts de blessures, épuisés de fatigue, entourés de leurs compagnons morts, menaçaient encore leurs ennemis ; à la fin ils tombèrent tous, couverts de sang et percés de coups : Salisbury fut tué à la tête des guerriers qu'il commandait ; Robert de Vair, avant de tomber, s'enveloppa de la bannière anglaise qu'il portait ; Raoul de Coucy expira au milieu des siens étendus à terre ; le comte d'Artois, retranché dans une maison, se défendit longtemps, et tomba enfin au milieu du carnage et des ruines. Les guerriers chrétiens étaient entrés dans Mansourah au nombre de quinze cents ; presque tous y trouvèrent la mort. Le grand maître des hospitaliers, resté seul sur le champ de bataille, fut fait prisonnier ; celui du Temple (Guillaume de Sonnac) échappa comme par miracle, et revint le soir à l'armée chrétienne, blessé au visage, ses vêtements déchirés et sa cuirasse percée de coups. Il avait vu tomber à ses côtés deux cent quatre-vingts de ses chevaliers (24).
Plus de 1500 chevaliers sont mort pour sauver le comte d'Artois
La plupart de ceux qui s'étaient avancés vers Mansourah pour secourir le comte d'Artois, périrent victimes de leur zèle intrépide. Le brave Guy de Malvoisin parvint jusqu'aux murailles, et ne put pénétrer dans la place. Le duc de Bretagne fit d'incroyables efforts pour arriver jusqu'au lieu du combat ; il entendit les menaces, les cris, le tumulte dont retentissait la ville, sans pouvoir forcer les portes ni escalader les remparts. On ne le vit revenir que vers l'approche de la nuit ; il vomissait le sang à gros bouillons ; son cheval, hérissé de flèches, avait perdu sa bride et ses harnois ; tous les guerriers qui le suivaient étaient blessés. Dans cet état, il se montrait encore terrible aux ennemis, tuant ou écartant à grands coups de lance ceux qui osaient le poursuivre, « et leur disant paroles en signe de moquerie » (Joinville).
Suite
Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
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Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
Notes
18. Joinville. Ce mot ores, qu'on employait pour animer le courage des combattants et qui est encore en usage parmi le peuple dans plusieurs provinces de France, ne viendrait-il pas du mot houra qu'emploient les Russes ? N'aurait-il pas été apporté par les Francs et les autres barbares qui ont conquis les Gaules?
19. C'est le même qui plus tard se rendit si redoutable aux chrétiens, lorsqu'il eut réuni l'Egypte et la Syrie sous sa puissance; il avait conservé le nom de « Bendocdar, » qui était celui de son ancien maître, ainsi appelé parce qu'il était le « Bendocdar » ou chef des arbalétriers, sous le règne de Malek-Saleh.
20. Jamais bataille dans les croisades ne présenta plus de confusion, et ne fut plus difficile à décrire avec précision et clarté ; ce n'est qu'après avoir longtemps lu les historiens arabes et les latins, après les avoir étudiés sur les lieux, que nous avons pu débrouiller ce chaos et mettre de la clarté et de l'exactitude dans notre récit.
21. A cette fois, dit ici Joinville, « furent faits les plus beaux faits d'armes qui oncques furent faits au veage d'outre-mer, tant d'une part que d'autre. Car nul ne tirait d'arc, d'arbalette, ni d'autre artillerie, mais estaient les coups qu'on donnoit l'un sur l'aultre à belles massues, espées et fer de lances, tout meslés l'un parmi l'aultre. »
22. Sur la rive gauche du canal étaient restés une foule de pèlerins, dit la relation manuscrite d'un témoin oculaire. Comme ils ne pouvaient secourir leurs compagnons à cause du fleuve qui estoit entre deux, tous, petits et grands, crioient à haulte voix et pleuroient, se frappoient la poitrine et la teste, tordoient leurs poings, arrachoient leurs cheveux, egratignoieni leur visage et disoient : hélas ! Hélas ! Le roi et ses frères et toute sa compagnie sont perdus : (Voyez la Bibliothèque des Croisades, pour cette chronique manuscrite.)
23. Nous avons traversé les rues où les braves combattirent, nous ayons vu les lieux qui furent témoins de leurs exploits et qui furent teints de leur sang et couverts de leurs lances brisées. La maison de Mansourah où nous sommes logés, parait être d'une construction fort ancienne ; on y entre par une porte étroite et basse, par une cour et un escalier que le soleil n'éclaire point Ce vieil édifice ne ressemble pas mal à une forteresse bâtie au temps des croisades ; il s'est livré là, sans doute, de sanglants combats ; ces voûtes maintenant silencieuses ont répété les cris des blessés et des mourants. Quand je parcours cette sombre demeure, il me semble voir la maison dont parle Joinville, et dans laquelle le frère du roi de France se défendit longtemps contre les Sarrasins, et tomba sous leurs coups sans pouvoir être secouru (Correspondance d'Orient, lettre écrite de Mansourah, 1831, t. VI). - Mansourah
24. Le grand maître du Temple avait perdu un oeil. Trois cents chevaliers du comte de Poitiers, et environ trois cents Anglais, perdirent la vie dans Mansourah. Joinville, (Guillaume de Nangis, Mathieu paris.)
Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841
19. C'est le même qui plus tard se rendit si redoutable aux chrétiens, lorsqu'il eut réuni l'Egypte et la Syrie sous sa puissance; il avait conservé le nom de « Bendocdar, » qui était celui de son ancien maître, ainsi appelé parce qu'il était le « Bendocdar » ou chef des arbalétriers, sous le règne de Malek-Saleh.
20. Jamais bataille dans les croisades ne présenta plus de confusion, et ne fut plus difficile à décrire avec précision et clarté ; ce n'est qu'après avoir longtemps lu les historiens arabes et les latins, après les avoir étudiés sur les lieux, que nous avons pu débrouiller ce chaos et mettre de la clarté et de l'exactitude dans notre récit.
21. A cette fois, dit ici Joinville, « furent faits les plus beaux faits d'armes qui oncques furent faits au veage d'outre-mer, tant d'une part que d'autre. Car nul ne tirait d'arc, d'arbalette, ni d'autre artillerie, mais estaient les coups qu'on donnoit l'un sur l'aultre à belles massues, espées et fer de lances, tout meslés l'un parmi l'aultre. »
22. Sur la rive gauche du canal étaient restés une foule de pèlerins, dit la relation manuscrite d'un témoin oculaire. Comme ils ne pouvaient secourir leurs compagnons à cause du fleuve qui estoit entre deux, tous, petits et grands, crioient à haulte voix et pleuroient, se frappoient la poitrine et la teste, tordoient leurs poings, arrachoient leurs cheveux, egratignoieni leur visage et disoient : hélas ! Hélas ! Le roi et ses frères et toute sa compagnie sont perdus : (Voyez la Bibliothèque des Croisades, pour cette chronique manuscrite.)
23. Nous avons traversé les rues où les braves combattirent, nous ayons vu les lieux qui furent témoins de leurs exploits et qui furent teints de leur sang et couverts de leurs lances brisées. La maison de Mansourah où nous sommes logés, parait être d'une construction fort ancienne ; on y entre par une porte étroite et basse, par une cour et un escalier que le soleil n'éclaire point Ce vieil édifice ne ressemble pas mal à une forteresse bâtie au temps des croisades ; il s'est livré là, sans doute, de sanglants combats ; ces voûtes maintenant silencieuses ont répété les cris des blessés et des mourants. Quand je parcours cette sombre demeure, il me semble voir la maison dont parle Joinville, et dans laquelle le frère du roi de France se défendit longtemps contre les Sarrasins, et tomba sous leurs coups sans pouvoir être secouru (Correspondance d'Orient, lettre écrite de Mansourah, 1831, t. VI). - Mansourah
24. Le grand maître du Temple avait perdu un oeil. Trois cents chevaliers du comte de Poitiers, et environ trois cents Anglais, perdirent la vie dans Mansourah. Joinville, (Guillaume de Nangis, Mathieu paris.)
Sources : Joseph-François Michaud - Histoire des Croisades. Dezorby, E. Magdeleine et Cie Editeurs. 1841

