différents Cartulaires   Les différents Cartulaires   différents Cartulaires

Les cartulaires de certaines commanderies de france

Cartulaire de la Commanderie de Provins
1. — La Commanderie  2. — Temporel Formation  3. — Temporel Description  4. — Temporel Exploitation  5. — Revenus et Emploi  6. — Le Procès des Templiers de Provins  7. — Les commandeurs de Brie  8. — Introduction au Cartulaire  9. — Dates et Nº des Actes  10. — Actes hors Cartulaires  11. — Notice Cartulaire

Les revenus et leur l'emploi
Les revenus de la Commanderie. — II. Achats de biens. III. Opérations financières.

Des propriétés et des droits de la Commanderie, s'il est comme interdit de connaître quel était le revenu, on peut conjecturer que celui-ci était supérieur à l'entretien du commandeur et des quelques frères occupés avec lui à faire valoir le domaine. C'est même apparemment la raison pour laquelle il y eut un temps à Provins deux maisons de Templiers, le Val et la Madeleine.

I.
A l'époque du procès, les biens du Temple, mis sous séquestre, furent régis par Jean Guérin, administrateur délégué pour les bailliages de Troyes et de Meaux (1). L'attribution de ces biens à l'Hôpital, prononcée par le concile de Vienne, dans sa troisième session, le 3 mai 1312 (2), n'eut pas pour conséquence leur restitution immédiate. Quelques années encore le roi s'en appropriera les revenus. En 1320 cependant, les Hospitaliers étaient entrés en possession de la commanderie de Provins (3), à laquelle ils unirent les terres de l'ancien temple de Champfleury (4) et la ferme de Mauny (5), acquise par les Hospitaliers de Thibaud de Sautour en 1296 (6). Par contre, il semble qu'ils aient alors distrait de Provins, pour l'affecter à la commanderie de la Ferte-Gaucher (7), la rente de vingt-sept setiers de blé que le Temple prélevait sur la dîme de Sancy (8). Plus tard, un document auquel déjà nous avons souvent eu recours, le censier de 1386, permet de se rendre un compte exact des recettes que la Commanderie percevait à cette époque : celles-ci étaient de soixante-quinze livres en argent (9) et de quatorze muids de grains. Or, un tel rendement en nature ne correspond pas à moins de quinze à dix-huit mille gerbes. Mais le document ne tient pas compte des charges de l'établissement — celles-ci d'ailleurs en petit nombre (10), — et parmi les redevances en blé Champfleury et Mauny figurent le premier pour quatre muids, le second pour trois muids et demi (11). Ainsi, très probablement, l'exploitation de la Commanderie produisait un revenu disponible assez notable. Cet excédent, comment 1'employait-on ?

II.
Chaque maison tenait un compte détaillé des recettes et des dépenses. Les bénéfices restaient à la disposition de l'Ordre, mais on employait une partie des ressources à l'acquisition de nouveaux biens, soit en accordant aux donateurs une prime d'argent, soit en payant les achats leur prix réel. Nous avons eu mainte occasion de le constater : les chevaliers du Temple s'efforcèrent toujours d'acquérir des biens productifs par eux-mêmes d'abondants revenus, comme les tonlieux, les dîmes, la propriété bâtie et les rentes foncières. Mais on peut se demander s'ils n'utilisaient point leurs capitaux à d'autres placements.

III.
Parmi les opérations financières des Templiers, il est une sorte de contrat qui dut contribuer à l'extension de leur patrimoine, j'entends nommer le prêt.
Le prêt d'argent se présente à nous sous deux formes : le mort-gage et le vif-gage. On appelle mort-gage un contrat par lequel l'emprunteur cède au prêteur la propriété ou seulement la jouissance d'un immeuble dont ce dernier recueillera les fruits jusqu'au jour du remboursement, sans que ceux-ci viennent en déduction de la somme due. Dans le vif-gage au contraire les fruits et revenus sont affectés à l'amortissement de la dette. D'où le brocard : "le vif-gage est qui s'acquitte de ses issues, le mort-gage qui de rien ne s'acquitte" (12). Partant, de ces deux contrats le premier seul, le mort-gage, est une opération de lucre, l'autre, le vif-gage, étant par nature gratuit, est plutôt "un acte de bienfaisance" (13).
Que les Templiers de Provins aient employé le vif-gage comme moyen de venir en aide aux particuliers "in eorum necessitatibus", c'est possible. Nos chartes célèbrent "moult de biens, de services, "curialités", bontés et courtoisies" dont plusieurs furent privilégiés. Cette assistance s'exerçait-elle en tout désintéressement ? Un bienfait était rarement perdu pour l'Ordre : car ses obligés ne voulant "mie le vice d'ingratitude encourrir", lui cédaient certaines fois "en recompensation", par donations entre vifs, une partie de leurs biens. C'est ainsi que nos Templiers obtinrent de la famille Couppe, en 1237, une maison assise rue de Changy (14), et plus tard, en 1301, de dame Aveline, quatre "chambres" situées rue de la Bretonnerie (15).

Très apprécié des particuliers, le vif-gage l'était moins des moines, soucieux d'assurer à leurs capitaux un placement plus rémunérateur et certain. La bonne affaire, ceux-ci l'avaient à leur disposition dans le mort-gage immobilier, qui fut d'un usage général au XIIe siècle. Mais ce mode de crédit, secourable à qui pouvait racheter son bien sans trop attendre, aboutissait le plus souvent pour l'emprunteur à la perte de l'immeuble engagé et devenait ainsi "surtout un prêt de pure consommation. Or l'Eglise a toujours poursuivi cette espèce de prêt de ses malédictions" (16). Condamné par elle au synode de Tours en 1163 et, d'une manière solennelle, au troisième concile de Latran, en 1179, le mort-gage n'offre plus que des exemples fort rares au siècle suivant. L'un d'eux figure dans notre cartulaire sous l'année 1233 (17). Voici l'analyse de la pièce (18).

Guillaume de Gimbrois avait engagé aux religieux du Temple quatre arpents et demi de terre pour une somme de quarante sols reçus d'eux en prêt (mutuo recepif). L'acte fait une allusion rapide à ce "mutuum" qui dut consacrer une convention antérieure, probablement verbale. En tout cas, il était expédient pour le Temple d'avoir entre les mains un titre qui, à défaut de paiement, lui reconnut la propriété de l'immeuble engagé. C'est à cette fin que Guillaume se présente devant le doyen de la chrétienté de Provins. Il reconnaît aux Templiers, sans indiquer comment ils l'ont acquise, la propriété d'une terre de quatre arpents et demi (que habent), que cultive un de leurs hommes, Pierre de Gimbrois (19). Cette terre, que les religieux tiennent de lui, moyennant les cens et coutumes d'usage, ils en jouiront (tenerent pacifice) tout le temps qu'il leur sera redevable des quarante sols à lui prêtés, et jusque dans l'an et jour qui suivra le remboursement. Cette dernière clause était une précaution nécessaire pour empêcher que le créancier gagiste ne fût frustré des fruits de la dernière année. La récolte faite, le Temple devra se dessaisir de la terre (predictam terram extra manum suam ponere). On n'indique pas la date du paiement, mais il est probable que le créancier avait tout intérêt à ne pas être remboursé, auquel cas la terre devenait à jamais la propriété de l'Ordre. C'est d'ailleurs, je crois, ce qui arriva (20).

Les autres opérations financières des Templiers de Provins méritent seulement une courte mention. Les seuls exemples qui me reviennent à l'esprit sont pour le moins autant d'ordre civil.
Une fois, en 1277, il s'agit d'un mouvement de fonds opéré par le commandeur du Temple : celui-ci remet pour un mineur, entre les mains du maire et des prud'hommes de la ville de Provins, une somme de dix-huit livres que ceux-ci devront lui rendre à sa majorité (21). Soupçonnerait-on dans l'espèce un cas de tutelle ? Ailleurs, je note que la tutelle du Temple ne comporte ni la garde ni la gestion des biens de mineur (22).
Enfin le rôle du commandeur consiste parfois à se porter caution pour un tiers, ce qui advint, en 1222, lorsque frère Haymard garantit l'observation d'un engagement pris par le comte de Champagne envers deux de ses sujets (23).
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
Top

Notes
1 — A. Pétel, Comptes de régie de la Commanderie de Payns (1307-1300) (Troyes, 1908), p. 24.

2 — La décision adjugeait les biens du Temple à l'ordre de l'Hôpital, sauf dans les royaumes d'Aragon, de Castille, de Majorque et de Portugal, où ils furent attribués plus tard à des ordres nationaux en lutte contre les Sarrasins.

3 — Arch. nat., S 5162 n, liasse 29, nº 2, acte du 16 mai 1320.

4 — Le domaine de Champfleury (Seine-et-Marne, arr. de Provins, cant. de Villiers-Saint-Georges, commune de Monceaux-en-Brie) n'était pas un membre de la Commanderie du Val-de-Provins, du temps des Templiers, comme l'a cru M. Mannier (Les commanderies du Grand-Prieuré de France, p. 234). Les membres de Commanderie sont une création des Hospitaliers et le temple de Champfleury conserva son autonomie jusque dans les dernières années de l'Ordre. (Michelet, Procès des Templiers, II, 388).

5 — Arch. nat., S 5164 B, liasse 35, nº 1 et 2; S 5558, Visite de 1495, fol. H.

6 — V. Carrière, Les Etablissements religieux de Melz-sur-Seine, dans le Bull, d'hist. et d'arch. du diocèse de Meaux, t. IV, p. 1.32.

7 — E. Mannier, Les commanderies du Grand-Prieuré de France, p. 219.

8 — Cartulaire, chartes CXXX et CXLI.

9 — De cette somme, la plus grande part provenait du loyer des maisons ; les cens y figurent pour 28 sols 6 deniers.

10 — Entre autres, la Commanderie devait servir annuellement à l'abbesse du Paraclet deux muids de blé. (Cartulaire, charte XXXIX).

11 — Arch. Nat, S 5164 b, liasse 35, nº 2.

12 — Loisel, "Institutes coutumières", liv. III, titre VII, art. 2.

13 — R. Génestal, "Rôle des monastères comme établissements de crédit, étudié en Normandie du XIe siècle à la fin du XIIIe siècle" (Paris, 1901), p. 9.

14 — Cartulaire, charte CLXI.

15 — Cartulaire, charte CLX.

16 — R. Génestal, Du rôle des monastères comme établissements de crédit, p. 78.

17 — M. Génestal a trouvé une explication ingénieuse de la rareté des contrats de mort-gage dans les cartulaires : "Supposons, dit-il, un mort-gage que l'emprunteur ne peut dégager et qui devient la propriété de l'abbaye, il est utile de le mentionner; il sera même utile de mentionner l'existence du gage tant qu'il y a incertitude sur son rachat, car éventuellement il appartiendra à l'abbaye. On copiera donc dans le cartulaire la charte qui mentionne l'acquisition en propriété de la terre engagée, et tout gage aussi pourra être mentionné dont la solution est encore incertaine. Mais quel intérêt l'abbaye a-t-elle à conserver le souvenir d'un gage qui a été racheté, d'une opération qui n'a rien laissé dans le patrimoine immobilier de l'abbaye ? Telle est à notre avis la raison qui, avec la rareté générale des documents anciens, contribue à expliquer la pénurie des textes de constitution de rente". Du rôle des monastères, p. 18.

18 — Cartulaire, charte LXXIX.

19 — Chartes III et XLIX.

20 — Les Templiers n'avaient aucune raison d'introduire dans leur cartulaire, dont la confection n'est certainement pas antérieure à 1243, un contrat de mort-gage passé sous l'année 1233, si la terre engagée avait fait l'objet du rachat.

21 — "Frères Jehans commandierres dou Temple de Prouvins... XVIII Ib. de tournois por androit de Jehannin fil de Martin de Joy et fil feu Johanne fille feu maistre Jehan d'Auceurre, des quiex XVIII Ib. li X Ib. estoient por la reson des chambres de la Lormerie es quiex li anfes avoit... Et doit randre li meires et li eschevin les XVIII It. quant il anfes sera à aaige. Et ce fu fait l'an de grâce M. CC. LXXVII ou mois de juignet, le vanredi devant la Saint Martin le Boillant (Bibl. de Provins, ms. 89 (Michelin 34) Cartulaire de la ville de Provins, fol. 26 rº).

22 — Cartulaire, charte XXI.

23 — Cartulaire, charte CXXXI.
Sources : Carrière Victor, Histoire et cartulaire des templiers de Provins, Libriaire Champion, Paris — 1919
Les Cartulaires visités 345460 fois

Licence Creative Commons
Les Templiers et Les Croisades de Jack Bocar est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas de Modification 4.0 International.
Fondé(e) sur une oeuvre à http://www.templiers.net/.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://www.templiers.net/.