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Les cartulaires de certaines commanderies de france

Introduction au Cartulaire de La Neuville au Temple
1. — Introduction  2. — Actes  3. — Commandeurs  4. — Revenus 


Cartulaire inédit de La Neuville-au-Temple
Etablissements des ordres du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem (Malte), dans le diocèse de Châlons.

Commanderies de La Neuville-au-Temple.
Commanderies de Mauconrt.
Commanderies de Noirlieu.
Commanderies de Ruetz.
Commanderies de Braux.
Commanderies de Saint-Amand.
Commanderies de Possesse.


Les deux ordres militaires qui jouèrent un si grand rôle aux croisades et dans le moyen-âge, les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean, étaient tous les deux, dès l'origine, établis dans le diocèse de Châlons ; mais les Templiers surtout y étaient puissamment dotés. Quelques mots suffisent pour rappeler l'institution de ces deux pieuses et fortes associations. Des marchands de la ville de Melfi, dans le royaume de Naples, obtinrent la permission de construire à Jérusalem une église catholique dédiée à la sainte Vierge, et de fonder à côté, un monastère et un hôpital auquel était attachée une chapelle sous le vocable de Saint-Jean-Baptiste. Gérard Tunc, gentilhomme provençal, en fut élu le premier recteur en 1099. Les barons chrétiens enrichirent cet établissement naissant et principalement l'hôpital. Gérard, alors, avec l'avis de ses frères hospitaliers, se sépara du monastère pour constituer l'ordre des frères de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, qui fut approuvé par le pape Pascal II en 1113, et divisé en trois classes: les gentilshommes destinés à porter les armes pour la défense de la foi et des pèlerins, les chapelains et les frères servants non nobles.

Un gentilhomme champenois, Hugues de Payens, s'étant rendu en Palestine avec huit autres chevaliers, résolut de former une association pour protéger aussi les pèlerins et garder le Saint-Sépulcre ; établis dans une maison, près de remplacement du temple de Salomon, ils en prirent le nom, et l'intitulèrent: Templiers, Frères de la Milice du Temple (1118). Peu d'années après, Hugues fit écrire par saint Bernard une règle sévère, et, revenant en Europe, alla la présenter au concile de Troyes (janvier 1128), où elle fut solennellement approuvée. Pour être admis dans cette milice, il fallait également faire ses preuves de noblesse.

L'ordre du Temple pénétra le premier en France par le voyage de ses fondateurs, et la tenue du concile de Troyes fut cause que la Champagne possédât les établissements les plus anciens de la milice. On peut dire, sans crainte d'être contredit, que ce fut Hugues de Payens, lui-même, qui fonda, après celle de Troyes, la préceptorerie de la Neuville-au-Temple-lez-Châlons, puisque quatre ans seulement après l'année 1128, c'est-à-dire en 1132, nous voyons l'évêque de Châlons donner à la Maison du Temple qui est à la Neuville, les terres qui l'entourent, et approuver les nombreux cens qui lui étaient assignés, à:
la Veuve, aux Grandes-Loges, à Recy, à Cernon, à Saint-Etienne-sur-Vesle, Coupelz, Saint-Quentin, Courtisols, etc (1).
Les termes mêmes de cette charte, qui existe en original au dépôt des archives de la Marne, font comprendre clairement comment les Templiers se sont établis; ils ont trouvé dans ces vastes plaines cathalauniennes un territoire voisin du cours de la Vesle et inoccupé, ils s'y sont fixés, ont construit leurs bâtiments, puis se sont mis courageusement à l'oeuvre pour commencer les créations de ce domaine qui devait devenir un des plus beaux de la province; ce nom de Neuve Ville corrobore pleinement le système que je propose, et remarquons que, contrairement à l'usage, l'évêque ne rappelle pas, comme il l'aurait indubitablement fait, si elle avait existé, une donation antérieure, il se contente de reconnaître aux frères la possession entière des terres qu'ils pourraient cultiver dans les limites de cette paroisse. Dès les premiers jours, les donations affluèrent à la préceptorerie ; elle reçut des terres, des maisons, des serfs ; vers 1136, les Templiers purent construire le moulin de Ponreux. Avant la fin du douzième siècle, La Neuville avait reçu des donations des seigneurs de Bussy, de Pleurs, d'Epernay, de Mareuil, de Vadenay et de tous ceux des environs ; en 1189, Vermond de Mareuil lui abandonnait toute la seigneurie de Dampierre-sur-Vesle, appelée depuis Dampierre-au-Temple. Depuis plusieurs années les Templiers étaient devenus possesseurs du village de Saint-Hilaire qui prenait le même nom. Les comtes de Champagne ne demeurèrent pas en arrière dans ce généreux mouvement, et on peut croire qu'ils appréciaient la valeur et l'importance de cet ordre, puisque l'un d'eux, après trois voyages en Palestine, en prit la robe.

Je ne veux pas entrer ici dans un détail fatigant des acquisitions successives de la commanderie, la publication du cartulaire devant combler amplement cette lacune. Je dois cependant parler des moulins foulants, que possédèrent de tout temps à Châlons les Templiers, qui leur furent confirmés par charte royale de l'année 1158, et qui donnèrent lieu à un grand nombre de contestations avec la corporation des drapiers ; les religieux triomphèrent cependant d'abord de tous les obstacles, et conservèrent le monopole jusqu'en 1268 qu'ils furent contraints de laisser les drapiers faire fouler leurs draps où ils voudraient.

Les Templiers ne tardèrent pas à s'établir sur d'autres points du diocèse ;
en 1142, ils avaient la direction d'un hôpital à Possesse, et les seigneurs du lieu, les comblèrent chaque année de riches donations.
En 1165, Jean de Possesse leur donna Maucourt, village sur l'emplacement duquel devait être bâti Vitry-le-François, et ils y élevèrent aussitôt une maison ; entre 1177 et 1191, ils fondèrent la maison de Noirlieu, appelée la Neuville-lez-Epense, et qu'ils devaient à la générosité des comtes de Dampierre.
Bien avant 1229, ils étaient encore établis à Berlau.
Tous ces établissements secondaires, ces membres, pour les appeler du nom qu'on avait l'usage de leur donner, relevaient directement de la Neuville-lez-Châlons , dont le précepteur réunissait ces titres divers aux yeux du visiteur-général ; nous voyons, en effet, un accord intervenir entre le Temple et le seigneur de Possesse, en 1242, et au nom de l'ordre, paraît seulement le frère Lorenz, précepteur de La Neuville ; c'était, pour la commanderie centrale, ce que les granges étaient pour les abbayes. Ces maisons subsistèrent néanmoins jusqu'à la fin, et on lit dans le procès des Templiers (2), que le nommé Pierre de Domo vivaria, fut reçu chevalier de l'ordre dans la maison de Possesse, en présence des frères Gobert de Laudefey, Jean de Villars et Pierre Roger ; le même ouvrage nous fait connaître qu'à La Neuville il y avait un chapelain et un meunier, membres de la milice du Temple (1290-1300.)
La maison de Maucourt seule forme une préceptorerie particulière, mais qui ne prit pas une extension aussi considérable que celle de La Neuville. De l'autre côté du diocèse, les Templiers n'avaient pas été moins bien traités ; tous les seigneurs qui avaient pu voir en terre sainte ces religieux-militaires aussi braves aux combats que dévoués dans les hôpitaux, désiraient les attirer dans leurs domaines, et souvent récompensaient ainsi quelques grands services rendus sur les terres des infidèles.
Presqu'en même temps que les frères du Temple s'installaient à La Neuville-lez-Châlons, on les trouve établis sur le territoire du village de Gourzon, à Ruetz, et leurs premiers bienfaiteurs sont: Josselin de Châlons, Renaud de Curel et Barthélemi de Chevillon, tous trois chevaliers (3) (1137) ; des chartes de Guy et de Geoffroy, évêques de Châlons ; confirment leurs propriétés. Hue d'Attancourt et Manassès de Curel, chevaliers, donnèrent à la préceptorerie le moulin dit à Bayard, en 1142 ; cette usine prit un grand développement et est la plus ancienne du département de la Haute-Marne ; en 1562, Louis de Mandeloty fit ajouter une forge et un fourneau ; en 1195, Gérard, chevalier, donna ses biens de Saint-Vran.

Les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient fait leur apparition beaucoup plus modestement dans le diocèse. Ils avaient probablement établi leur commanderie de Saint-Amand, comme les Templiers avaient agi pour La Neuville et cet événement doit avoir eu lieu vers l'année 1140, à en juger par l'écriture d'une charte d'accord entre les Hospitaliers et les Lépreux de Châlons, charte qui n'est malheureusement pas datée (4). Toujours est-il qu'en 1177, les Hospitaliers possédaient une maison à Châlons et une rente sur les moulins de Vitry, et qu'à dater de la fin du XIIe siècle les aumônes commencèrent à affluer. Le père d'Anselme de Dampierre ayant été fait prisonnier par les infidèles et conduit en captivité à Alep, les chevaliers de Saint-Jean le rachetèrent ; son fils voulut reconnaître, d'une manière digne de lui, ce bienfait et il donna à la maison de Saint-Amand le hameau et la seigneurie de Aultrecourt avec une grande partie des dîmes d'Epense (1234), une charte postérieure, intervenue pour un accord avec l'abbé de Monstiers au sujet des grosses dîmes, nous apprend que l'ordre avait une maison à Aultrecourt, puisque dans l'acte figurent l'abbé de ce monastère et les frères d'Aultrecourt: en 1611, le commandeur Bresson de Saint-Amand visita encore cette dépendance (5). Les comtes Renaud et Thibaut de Bar-le-Duc avaient également appelé les frères de Saint-Jean, pour leur donner le petit hôpital de Braux près de Roches-sur-Marne, en 1268, avec leurs biens d'Ancerville et d'Aulnay en dot. Des titres de 1224-1225 nous apprennent que les religieux de Saint-Jean desservaient l'hôpital de Wassy, sous la dépendance de la commanderie du Corgebin, au diocèse de Troyes (6).

La destruction de l'ordre du Temple, en 1314, ne produisit aucune commotion dans le diocèse, et l'ordre de Saint-Jean hérita paisiblement des biens de son rival ; le 28 mars 1336 (7), le gardien de l'Hôpital en Champagne se fit délivrer des lettres patentes confirmatives de toutes les possessions des religieux, tant anciennes que modernes, et c'est à ce moment évidemment qu'il faut reporter les modifications apportées à l'organisation des maisons. Il n'y eut plus que quatre ou cinq titres séparés La Neuville-au-Temple ou Châlons, Maucourt, Saint-Amand, Ruetz et Braux qui fut alors érigé en commanderie. La même personne se trouva fréquemment investie de plusieurs de ces titres ; La Neuville, Maucourt et Ruetz étaient donnés aux chevaliers, Saint-Amand et Braux aux religieux de l'ordre.

Un bail du 24 juin 1398 nous fait voir qu'à ce moment les membres secondaires existaient encore et même nous en indique un nouveau ; par ce bail, frère Renaud de Longchamps, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem prenait à ferme, moyennant 200 florins d'or, le florin valant 16 sols 8 deniers, plus 42 sols au conseil de la province, les maisons de Bellau (Berlau ?), de Maucourt, de Possesse, de Vroil et de Noirlieu (9). Il y a lieu de croire que cet état se maintint pendant d'assez longues années.

Vers le commencement du XVIe siècle, la commanderie de Saint-Nicolas de Langres, fondée au XIIe siècle, et dépendant de celle de la Romagne, fut définitivement réunie à Ruetz ; en même temps Maucourt disparaissait devant le nouveau Vitry, et son titre avec ses biens allaient se joindre à la commanderie de La Neuville (10). Voici, du reste, l'état des bâtiments des maisons dépendantes de La Neuville, dressé en 1594 (11):
"En bon état maison commandale, dépendances, granges, étables, colombier et chapelle de La Neuville ;
Chapelle du Perthois ;
Granges des dîmes de Saint-Etienne-au-Temple ;
Maison et bâtiments de la censé de Possesse ;
Maison des Haut-Degrés à Châlons.

Comme on le voit, à cette époque il n'y avait probablement plus que des fermes à Noirlieu et à Berlau.

Je ne crois pas sans intérêt d'indiquer ici les noms de toutes les localités où ces commanderies possédaient des biens (12).

A la Neuville-au-Temple et Maucourt:
Ancerville, anciennement à Noirlieu.
Avenay, anciennement à Maucourt.
Avize, vin (1281).
Ay, cense (1501).
Aulnay.
Bassuel.
Baïerne.
Berlau, cense, maison.
Bettancourt.
Betau.
Blacy.
Bouy.
Braux.
Brecy.
Brisey.
Bignicourt.
Bussy-le-Repos.
Champoigney.
Chantraine, fief noble mouvant de la commanderie (1491) (13).
Chalons.
Chantreau.
Les deux Charmont.
Cheminon.
Cherville.
Chevignon.
Chouilly.
contault.
coupéville.
Courcelles.
courtisols.
compertrix.
Cuperly.
Cuys.
Dampierre-au-Temple, seigneurie.
Dampierre-sur-Moivre.
Etrepy.
Epernay, un titre du cartulaire mentionne une donation au temple de cette ville, en 1281 (14).
Fagnières.
Felgourt.
Fiefs nobles de l'Aubre et des Coires à Saint-Etienne au Temple, devant au commandeur une paire d'éperons blancs.
Fontaine-sur-Avenay.
Francheville.
Frignicourt.
Froidcul.
Gimecourt.
Haussignémont.
Heillemont.
Huiron.
Jaalons.
Juvigny.
Jussecourt.
La Cheppe.
Le Fraisne.
Lépine, droit de rivière (1745).
La Neuville-au-Temple, seigneurie.
La Veuve.
Livry.
Les Loges.
Loisy.
Louvercy.
Maison Vigny.
Mareuil et Mardeuil.
Marolles.
Marson.
Mathougues.
Madcourt, seigneurie.
Mairy.
Melette.
Minécourt.
Moru.
Fief de Montbussey à Saint-Hilaire.
Mutry.
Monthelon.
Nettancourt.
Noirlieu, ancienne maison.
Nuisement.
Oiry.
Fief Parjouet à la Cheppe.
Pierry.
Plichancourt.
Poix.
Ponreux.
Possesse, ancienne maison.
Renneville-les-Vertus.
Recy.
Saint-Etienne-au-Temple, seigneurie.
Saint-Germain-la-Ville.
Saint-Hilaire-au-Temple, seigneurie.
Saint-Jean-sur-Moivre.
Saint-Jean-sur-Tourbe.
Saint-Julien de Courtisols.
Saint-Mard-sur-le-Mont.
Saint-Martin-sur-le-Pré.
Saint-Remy-sur-Bussy.
Saint-Vran.
Saint-Memmie.
Saint-Remy-sur-Suippe.
Saint-Thibaut.
Sacy.
Somme-Yèvre.
Somme-Vesle.
Suelles, bois.
Vernancourt.
Vadenay.
Vaux.
Vinetz.
Vitry-le-Brulé.
Vroil.
Vertus, dans les titres du XVe siècle, figure en cette ville une rue dite du Temple.
Sources: Edouard de Barthélémy — Diocèse ancien de Challons-sur-Marne — Histoire et Monuments. Paris A. Aubry, Libraire — M D CCC LXI
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Notes
1. Voyez le cartulaire de La Neuville que je publierai comme complément de cet ouvrage. J'ai composé ce travail de toutes les chartes de ce fonds, et je crois que les érudits seront bien aises de voir réuni tout le chartrier d'une importante maison du Temple, publication qui n'avait pas été faite jusqu'ici. 2. Procès des Templiers, dans la collection de documents inédits de l'histoire de France, publiés par le gouvernement.

3. Archives de la Haute-Marne. Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Vallet, archiviste de ce dépôt en 1847.

4. Ce document est en ma possession.

5. Arch. de la Marne.

6. Archives de la Haute-Marne.

7. Archives de Wassy. — Voyez mon étude sur les ordres du Temple et de Saint-Jean dans le département de l'Aube, 1850. In-8·, Didron.

8. Archives de la Marne.

9. Archives départementales de la Marne.

10. Maucourt demeura séparé quant à l'administration; un bail passé le 29 avril 1676, nous donne l'état de ses biens ; moulins foulants de Vitry, péage à la grande porte, rente de 24 septiers de grains sur la seigneurie de Loisy-sur-Marne, autre de huit sur le domaine de Vitry, petites dîmes de Saint-Vrain et de Chanteloup, pêche de la Marne, droits de justice de la commanderie, sauf ceux des Aubains, épaves et confiscations retenues par le commandeur. Le tout loué 6,300 livres, avec charge pour le fermier de faire célébrer la messe à la chapelle commandale les dimanches et fêtes, payer le chapelain, le bailly et le procureur fiscal, et enfin une rente de 4 septiers de blé et 4 d'avoine due à l'abbaye de Cheminon. En 1507, le gagnage de Maucourt était loué pour 160 septiers de blé, avoine (mesure de Vitry) ; le commandeur se réservait 30 journels de terres, les prés, les bois, la rivière et les droits seigneuriaux; en 1539, le bail donnait 300 livres. (Arch. départementales de la Marne.)

11. Archives départementales de la Marne.

12. Archives départementales de la Marne.

13. Foi et hommage rendu au commandeur, en 1491, par Jean de Chastenay, écuyer, seigneur de Villan-Azin, pour sa maison noble de Chantraine. (Arch. départementales de la Marne.) Le commandeur l'acheta en 1515.

14. Dans un grand nombre de territoires où les Templiers ont exercé leurs droits, la dénomination du Temple est demeurée à des pièces de terre, comme à Noirlieu, Possesse, Recy, Vroil, au bois du Temple de Charmontois, et dans bien d'autres villages.
Sources: Edouard de Barthélemy — Diocèse ancien de Challons-sur-Marne — Histoire et Monuments. Paris A. Aubry, Libraire — M D CCC LXI
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