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Les cartulaires de certaines commanderies de france

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1. — Introduction  2. — Commanderies  3. — Commanderies suite  4. — Dernier chapitre  5. — Bibliographie


Chapitre VI
Maison du Temple de Campagne
Maison du Temple de Waben
Maison du Temple de Forest-l'Abbaye
Maison du Temple de Beauvoir-lès-Abbeville
Biens du Temple dans Abbeville
Maison du Temple de Belinval
Maison du Temple de Aimont
Maison du Temple de Roquemont
Maison du Temple de Doullens
Maison du Temple de Sériel
Maison du Temple de Belle-Eglise
Maison du Temple de Amiens
Maison du Temple de Bazincamps
Maison du Temple de Grand-Selve
Maison du Temple de Oisemont
Maison du Temple de Oisemont sous les Hospitaliers
Maison du Temple de Acheux
Maison du Temple de Mouflières
Maison du Temple de Correaux
Maison du Temple de Rosière
Maison du Temple de Sommereux


Liste des Précepteurs du Temple dans le diocèse d'Amiens, puis dans la baillie de Ponthleu.

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Les maisons du Temple dans les Baillies de Ponthieu et de Vermandois
1. Baillie de Ponthieu. Loison (maison du Temple de) (1)
Diocèse de Thérouanne, baillie de Ponthieu.
L'emplacement de la chapelle de cette maison est indiqué dans Cassini, sous le nom de chapelle de la commanderie, à côté de Loison.

Le peu que nous sachions sur Loison se trouve dans le Procès des Templiers.
C'est d'abord un frère sergent du temple, Robert de Rimboval (2), qui déclare avoir été reçu dans la chapelle du Temple de « Loison » vers l'an 1293 par un chevalier du Temple, sur l'ordre de frère Jean de Villeneuve, alors précepteur de la baillie de Ponthieu.

Dans une autre réception faite à Loison (3), en 1299, par Guérin de Grandvilliers, successeur de Villeneuve, il est question d'un certain Thomas l'Anglois, prêtre, (de la maison sans doute) et du frère Pierre le Prévôt, « Prepositi » précepteur de Campagne (4).

En l'an 1300, environ, le précepteur de Loison était Jean de « Gevisci », frère sergent (5). Nous avons également le nom d'un sénéchal de cette maison, le frère Paris « Parisius » (6).

Que devint la commanderie de Loison, après l'extinction de l'Ordre du Temple ? Elle eut le sort commun à la majeure partie des biens de cet Ordre, elle passa aux Hospitaliers. Mais nous n'en savons rien de plus, pour le XIVe et le XVe siècle. Le registre, dit « Livre vert », (7) aurait été pour nous d'une grande utilité, s'il nous était parvenu en entier, mais nous avons dit déjà qu'il manquait une partie de ce registre, qui est daté de l'an 1373 ; nous lisons seulement à la table, fº 3 vº, « Loysons, jadis du Temple. »

Cette commanderie (8), comme la plupart de celles qui avoisinaient la mer, eut beaucoup à souffrir des Anglais au XIVe et au XVe siècle. Plus tard, quand le calme fut revenu en notre malheureux pays, les Hospitaliers exploitèrent le domaine de Loison, et en 1781, il rapportait plus de 8700 livres (9).

Précepteur de Loison
Vers 1300. — Jean, de « Gevisci » frère sergent.

Sénéchal
Vers 1297. — frère Paris « Parisius. »

Prêtre du Temple
Vers 1300. — Thomas l'Anglois.
(1) Loison; Pas-de-Calais arr. Montreuil-sur-Mer, Com. de Campagne-lès-Hesdin ; la commanderie était séparée du village par un petit affluent de la Canche, la Créquoise est indiqué dans Cassini, sous le nom de chapelle de la commanderie, à côté de Loison.
(2) Michelet. Procès des Templiers. T. I. p. 481 — peut-être Rimboval (Pas-de-Calais, arr. Montreuil, com. de Fruges.)
(3) Ibid., T. I. p. 490.
(4) Campagne-lès-Hesdin — Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, chef-lieu de canton.
(5) Procès, T. I, p. 374.
(6) Ibid., T. I., p. 481 — le frère Paris est qualifié sénéchal de la maison de « Leyscin », mais c'est Loyson, qu'il faut lire.
(7) Livre vert. — A. N. S. 5543.
(8) On trouvera dans un registre daté de l'an 1495 (aux archives nationales S. 5558, fº 49 vº) ces renseignements précieux : « Commanderie de Loysons — au dit lieu, a une chapelle fondée de Saint-Jean de l'Ospital (erreur) ladite chapelle d'ancienneté est bien et honnestement édiffié et bien réparée. La maison de la dite, Commanderie est auprès de la dite chapelle, laquelle maison a une tour et au pié une maison plate qui a été réparée. »
(9) A. N. S. 5058. Cahier qui a pour litre « Améliorissements de Loison — année 1781. Au fº 4. — Loison était affermé pour 1900 livres. — les prés, les bois, et censives, pour 4000 livres. — le Plouy, au nord de Loison, pour 2850 livres. — au fº 7 il est parlé du moulin à eau et de la maison. Pour l'époque postérieure aux Templiers, se reporter au livre de M. Ed. Mannier, pages 659 à 661.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Campagne (maison du Temple de)
Diocèse d'Amiens — Baillie de Ponthieu.

La commanderie n'était pas à Campagne même, mais dans la commune , entre cette localité et Beaurain-Château.

Cette maison du Temple, devint après la chute de l'Ordre, la propriété des Hospitaliers ; au XVIIIe siècle elle était connue sous le nom de « ferme de l'Hôpital de Campagne » (1).

Dans le procès de Poitiers (2), il est dit que Guillaume « Haynues », frère sergent du Temple était garde des clefs, « claviger », de la maison de Campagne au diocèse d'Amiens. Ce Templier avait été reçu en la maison du Temple de Grand-Selve (3) (1301), par le précepteur du Ponthieu, Guérin de Grandvilliers.

Nous avons eu occasion déjà de mentionner le seul précepteur de Campagne-lèz-Hesdin qui nous soit connu ; c'est Pierre le Prévôt « Petrus Propositus » qui avait la garde de cette maison du Temple vers 1299 (4).

Au XVe siècle la maison et la chapelle du Temple existaient encore, mais il est probable qu'elles avaient été réparées. La chapelle était alors sous le vocable de l'Assomption (5).

A la lin du XIVe siècle le revenu de cette commanderie était, paraît-il, de 200 livres. Mais on ne peut se fier à ces chiffres établis au XVe siècle, car les guerres anglaises avaient ruiné ce pays.

Précepteur de Campagne
Vers 1299. — Pierre Le Prévôt « Prepositus. »

Claviger de la maison
Avant 1307. — Guillaume « Haynues. »
(1) A N. S. 5058, améliorissements de Loison, 1781 ; au fº 4 verso.
(2) Schottmuller. — Tome II, p. 63.
(3) Grand-Selve. — Somme, com. de Buigny-lès-Gamaches, arr. Abbeville, cant. de Gamaches.
(4) Procès des Templiers. — T. I, p. 490 et 194.
(5) E. Mannier. — p. 662.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Waben (1) (maison du Temple de)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

La maison que l'on appelait le Temple-lès-Waben, se trouvait au lieu nommé la Commanderie. C'est un écart de la commune de Conchil-le-Temple (2). Elle était située entre deux chemins dont l'un conduisait à Waben et l'autre à Montreuil (3).

La maison de Waben devait exister au début du XIIIe siècle ; car dans une convention passée entre l'abbé de Saint-Josse-sur-mer (4) et le comte de Ponthieu (mars 1225-1226), l'abbé s'exprime ainsi : « Ad molendina nostra que sunt apud Tigni (5), faciet comes venire homines qui sunt de communia de Waben, exceptis bannitis Templi.... » Il n'est donc pas téméraire de penser que la maison de Waben existait à cette époque ; mais nous n'en savons rien de plus, si ce n'est le nom du dernier précepteur de cette maison, Jean de Juvigny (6). Interrogé une première fois au mois de juin 1308, il comparut de nouveau en avril 1310 à Paris. Il avait encore, en dépit de cette longue captivité, son habit de frère sergent du Temple.

D'après le Livre vert, cette maison se composait en 1373 de 60 journaux de terres cultivées, de 700 journaux sans grand rapport, de deux bois d'une contenance de 124 journaux, le « bois de la Servelle » et le « bois du Temple », d'un four banal et d'environ 50 livres de rente.

En 1495 les Hospitaliers n'occupaient même plus cette maison, qui avait été brûlée et ravagée par les Anglais ; la chapelle avait subi le sort commun, mais elle avait été refaite entièrement. Quant au moulin, il était en ruine (7).

Dernier précepteur du Temple de Waben.
1307 et ante. — Jean de Juvigny, frère sergent.
(1) Waben. — Pas-de-Calais, arr. et cant de Monlreuil.
(2) Conchil-le-Temple. — Pas-de-Calais, arr. et cant de Montreuil.
(3) Dictionnaire, historique et archéologique du département du Pas-de-Calais, arr. de Montreuil. — Arras, 1875, in-8º p. 328 et 330.

(4) Saint-Josse. — Pas-de-Calais, arr. et cant de Montreuil. — Bibliothèque Nationale Cartulaire du Ponthieu, ms. lat. 10112, nº 222.
(5) Tigny. — Pas-de-Calais, arr. et cant de Montreuil.
(6) Procès. T. I. p. 229.
(7) A. N. S. 5558, f 49 vº.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Forest-l'Abbaye (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens — Baillie de Ponthieu.

Cette maison du Temple remonte au XIIe siècle ; son nom dans les actes est Forest.

L'origine de la maison de Forest est due sans doute aux libéralités des seigneurs de Nouvion (2). Il est certain qu'elle existait dès le commencement du XIIIe siècle. En effet, à la suite d'un différend survenu entre les Templiers et Eustache de Nouvion, au sujet d'une terre que les religieux du Temple tenaient à muison (3) de ce même Eustache et de son père, ce seigneur consentit en 1209, à ne prélever dorénavant que le tiers de la récolte.

En outre, et à titre de donation pieuse, il fit don au Temple de Forest de 20 arpents de bois dont 10 contigus à son bois et les dix autres contre le bois de Forest qui n'était autre qu'une partie de la forêt de Crécy (4).

De 1209 à 1249 nous n'avons aucun renseignement sur cette maison. Cependant dans le cartulaire du Ponthieu (5), nous trouvons, sous le nº 278, une mention qui pourrait s'y rapporter. C'est un acte émané de l'abbé de Balances (6), à propos d'un legs fait par le comte de Ponthieu en faveur des lépreux de Saint-Riquier (7), (février 1222-1223) ; il y est dit, entre autres : « il est assavoir que chil du Temple n'ont en leur bos, ne pumier, ne mellier (néflier); ne warde, ne seignerie. » Or cette clause se trouvant entre deux mentions, l'une concernant Crécy et l'autre Nouvion, il se peut qu'il soit question de la maison de Forest.

Les Templiers, tenant la plus grande partie de leurs biens de la charité de donateurs généreux, ne pouvaient manquer d'être exposés à bien des contestations.

Ainsi, au mois d'octobre 1240, Raoul de Nouvion reconnaissait avoir souvent molesté ces religieux, au sujet de droits de terrage sur les terres de la maison de Forest, malgré l'abandon qu'en avait fait son père Landry. (8).

Approuvant enfin cette donation, il fit en outre don au Temple de 4 arpents de terre, « jouxte le bois Rogon », à la condition que la maison de Forest n'en jouirait qu'après sa mort, et qu'il aurait part aux bénéfices des prières du Temple et à la confraternité. Les Templiers s'empressèrent d'accéder à ce désir. (9).

La maison de Forest devant 6 deniers de cens et un fromage, pour une terre qu'elle tenait de Bernard dit Le Grand, ce dernier renonça en 1254 à tous ses droits sur la terre, moyennant 60 sous (10). D'autres maintenaient leurs droits ; c'est ainsi que Guillaume dit Bel Vis (beau visage) afferma les siens (droits de terrage, de donation, de past) au précepteur pour 8 setiers, moitié seigle et moitié avoine, livrables à Guillaume et à ses hoirs, en la grange de la commanderie (11) (avril) 1257).

D'après une simple analyse (12), un certain A. de Fontaines aurait donné, à cette maison, le champ de la Ferrière, de la contenance de 4 journaux et demi, sur le chemin de Forest à Abbeville (1258).

Quelque neuf ans après, en mai 1267, Nicolas du Titre (13), vassal d'Henri de Nouvion, vendait le droit de terrage qu'il avait sur les terres du Temple, pour cent sous de parisis (14).

La maison de Forest, comme toutes les maisons du Temple avait une chapelle ; c'est ce que nous apprenons par la déposition de Jean de Saint-Just, frère sergent, (15) qui comparut devant la commission d'enquête, le vendredi 29 janvier 1311, portant encore la barbe et le manteau de l'Ordre, bien qu'il fut détenu depuis plus de trois ans, et qui déposa avoir été reçu au mois de septembre 1306, par Baudouin de Saint-Just, son oncle, précepteur du Ponthieu, dans la chapelle de la maison de Forest, et en présence de Michel de Villeroy, prêtre du Temple.

C'est là tout ce que nous savons de la maison du Temple de Forest, au temps des Templiers. Cette commanderie étant devenue la propriété de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, le Livre vert nous apprend qu'en 1373, la maison avait 788 journaux de terre et 100 journaux de bois. Elle était affermée pour un peu plus de 23 livres. Il y avait en outre des dîmes en nature, de menus cens en argent avec ce qui était dû sur la vicomté d'Abbeville. Bref, le tout réuni pouvait bien lui rapporter 75 livres, mais la maison avait quelques charges.

A la fin du XIVe siècle la chapelle du Temple existait encore.

D'après E. Mannier (p. 633) la commanderie aurait été détruite pendant les guerres du XVe siècle ; ce fut là, du reste, le sort de toutes les commanderies picardes (16).

Le chanoine Hénocque (17) dit que le temps a respecté un reste vénérable de leur oratoire.

Chapelain de Forest
1307. — Michel de Villeroy.

Claviger
Thomas de Janville, prêtre (18).
(1) Forest-l'Abbaye; Somme, arr. Abbeville, com. de Nouvion-en-Ponthieu.
(2) Nouvion; Somme, arr. Abbeville, chef-lieu de canton.
(3) Muison, « modiatio », variété du fermage. Du Cange dans son Glossaire, au mot modiagium, définit ainsi ce mode : « Datio ad firmam, sub certa proestalione tot modiorum frugum de quibus convenit. »
(4) Pièce justificative nº 1. — E Marinier dans son livre des Commanderies du grand prieuré de France, ne mentionne cet acte que d'après une analyse du XVIIIe siècle (A. N. S. 5970, cahier). D'après cette pièce, le « maître de la milice du Temple en France » c'est-à-dire dans la province de France, était alors Guillaume de « Eulebuef. »
(5) Cartulaire du Ponthieu. B. N. ms lat. 10112.
(6) Balances, aujourd'hui Valloires — Somme, arr. Abbeville, cant. de Rue, com. d'Argoules.
(7) Saint-Ricquier; Somme, arr. Abbeville, cant d'Ailly-le-haut-clocher.
(8) Pièce justificative nº 2.
(9) E. Marinier ne cite cette pièce que d'après une analyse du XVIIIe siècle contenue dans un registre (A. N. S. 5970) et lui assigne à tort la date de 1224.
(10) Pièce justificative nº 3.
(11) Pièce justificative nº 4.
(12) Analyse contenue dans un registre du XVIIIe siècle — A.N. S. 5970.
(13) Le Titre. — Somme, arr. Abbeville, cant. de Nouvion. (14) A. N. S. 5225 nº 29. Acte en français, publié par M. G. Raynaud. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, T. 36, p. 196. — En analyse dans le registre des A. N. S. 5970.
(15) Procès des Templiers. — T. I, p. 243, 468 et 469. A. N. S. 5543, fº 10 vº.
(16) Archives Nationales registre de l'an 1495 (S. 5558) fº 48, vº; « Forest-l'Abbaye où il y a chapelle fondée de Saint Jehan en bon état... où soulloit avoir par le temps passé une grant maison comme à présent apparaît par les ruynes, qui a esté démolie par le temps des guerres. »
(17) Le chanoine Hénocque, histoire de Saint-Riquier, Tome I. (dans les mémoires (in-4º) de la Société des antiquaires de Picardie).
(18) Procès, T. I, p. 444.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Beauvoir-lès-Abbeville (maison du Temple de) (l)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

L'origine de cette commanderie remonte selon toute vraisemblance au XIIe siècle, mais nous ne pouvons en constater l'existence qu'au XIIIe siècle. Par une convention passée en juillet 1224 entre Pierre d'Embry (2), chevalier, et les frères de la milice du Temple de Beauvoir, ce seigneur renonça au droit de terrage qu'il avait sur plusieurs champs connus sous les noms de Long-essart, du bois Watté (3), de Fontenelle, que cultivaient les Templiers. Cependant ces religieux étaient tenus de lui fournir chaque année, à lui et à ses hoirs, un muid, moitié de blé et moitié d'avoine (4).

De l'an 1224, il nous faut descendre jusqu'à l'année 1241. C'était au mois de décembre 1241 ; Pierre de Brimeux (5) venait de mourir, non sans avoir fait quelque legs au Temple. Jean, fils du chevalier défunt, reconnaissant le legs fait par son père, exonéra la maison de Beauvoir d'une redevance annuelle de 8 setiers de blé, qu'elle devait jadis à Pierre de Brimeux. Il reconnut aussi la vente faite par le défunt à la maison du Temple, d'une autre redevance d'un muid de blé, qui se trouvait dû pour 50 journaux de terre (que le tenancier tiendra à l'avenir du Temple), ainsi que la vente du droit de terrage que les Brimeux avaient sur les terres arables de la maison (6).

Un des vassaux de la maison de Beauvoir était Eustache de Frettemeule (7), chevalier, qui vendit (mars 1249-50) aux Templiers, pour 51 livres de parisis tout le fief de « Menauval », sis près la couture du Temple et qu'il tenait de cette commanderie (8).

Nous savons par une analyse contenue dans un registre du XVIIIe siècle (9) que le sire de Drucat, (10) voulant donner un plus facile accès aux terres du Temple, permit, en 1255, à la maison de Beauvoir de faire une voie large de 6 pieds à travers le bois Watté, qui lui appartenait, moyennant un cens de 16 deniers parisis.

La maison de Beauvoir avait certainement une chapelle ; il en est fait mention dans plusieurs passages du Procès des Templiers. C'est ainsi qu'un certain Pierre de Loison (11), frère sergent du Temple, déclara avoir été reçu dans la chapelle de cette commanderie en 1289 ou 1290, par le précepteur de la baillie de Ponthieu, Jean Moet (alias Moset), en présence du frère Pierre le Minshot, prêtre.

Une autre déposition (12), nous donne le nom d'un précepteur de Beauvoir ; c'est celle d'un prêtre du Temple, Thomas de Janville (13), qui fut reçu, vers l'an 1290, par le successeur immédiat de Jean Moet, Jean de Villeneuve, en présence de Gautier de Morival (14), précepteur de la maison de Beauvoir. Thomas de Janville fut fait claviger de la maison de Forest, dans la huitaine qui suivit sa réception.

Il est encore parlé de Gauthier de Morival, comme précepteur de Beauvoir en l'année 1261 ou environ (15); mais il n'était plus précepteur lors de l'arrestation (1307). Le dernier précepteur de Beauvoir fut Jean de Grez (16).

La maison de Beauvoir devint la propriété des Hospitaliers ; d'après le Livre vert (17), elle n'avait pas moins de 750 journaux de terre et 60 journaux de bois qui, en 1373, étaient affermés pour 60 1ivres.

Il y avait en outre des dîmes de grains, du prix de 30 livres, 34 livres de cens et de menues redevances, en poules, chapons etc. Bref, le revenu total était de 127 livres ; mais la maison avait certaines charges.

Dès le XVe siècle il n'existait plus rien de l'ancienne maison du Temple ; il est dit, en effet, dans le rapport d'une visite prieurale faite en 1495 (18), que : « la chapelle fondée de Saint-Jehan du Temple, a été réédifiée tout de neuf, par le dernier commandeur.... »
« Au dit lieu (de Beauvais), soullait avoir une grant maison, qui se dénoste par la ruine d'icelle, laquelle par les guerres des Angloys a esté démolie. »

Précepteurs de Beauvoir
Vers 1289, 1290 et 1291. — Gautier de Morival, frère sergent.
Dernier précepteur. — Jean de Grez.

Chapelain de la maison
Vers 1290. — Pierre Mignet (19).
(1) Beauvoir, aujourd'hui Blanche-Abbaye, d'après la carte de l'Etat-Major. — Cette maison se trouvait dans le triangle formé par la rencontre des roules d'Abbeville à Calais et d'Abbeville à Saint-Omer, par Hesdin.
(2) Embry. — Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer. cant de Fruges.
(3) Nemus vastatus, aujourd'hui le bois Watté, au sud de Beauvoir d'après la carte de l'Etat-major.
(4) Pièce justificative nº 5.
(5) Brimeux. — Pas-de-Calais, arr. Montreuil, cant de Campagne-lès-Hesdin.
(6) Pièce justificative nº 6.
(7) Frettemeule; Somme, arr. Abbeville, cant de Gamaches.
(8) Pièce justificative nº 7.
(9) A. N. S. 5970.
(10) Drucat; Somme, arr. et cont d'Abbeville.
(11) Procès. T. I. p. 328.
(12) Ibid. T. I. p. 443 et 444.
(13) Janville; Oise, arr. et cant Compiègne.
(14) Morival; Somme, arr. Abbeville, cant de Gamaches, com, de Vismes.
(15) Procès, T. I. p. 465.
(16) Ibid. T. I. p. 489. — Grez, Oise, arr. Beauvais, cant de Grandvilliers.
(17) Livre vert. — A. N. S. 5543, fº 10 vº.
(18) E. Mannier, p. 626, d'après un registre de l'an 1495. (Archives nationales S. 5558, fº 48).
(19) Pierre Lo Minhot, alias Minhet ; sans doute pour Mignet ou Mignot.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Abbeville (biens du Temple à)
Les Templiers eurent certainement des biens à Abbeville, et cela dès le XIIe siècle. Peut-être, le précepteur des maisons du Temple en la baillie de Ponthieu résidait-il dans cette ville. Toujours est-il qu'en 1205, Gui, frère du comte de Montreuil et de Ponthieu, faisait don au Temple de 100 sous de monnaie de Ponthieu à prendre, chaque année à la vicomté d'Abbeville, sur le revenu de 40 livres qu'il y percevait. Ce qui fut fait en présence du frère Richard, précepteur de la maison d'Oisemont (1). Selon toute vraisemblance, Gui prit l'habit du Temple en cette même année 1205, car il figure comme frère du Temple dans une charte relative à la maison de Roquemont (2).

Il nous faut descendre assez tard dans le XIIIe siècle, pour trouver une mention positive concernant les Templiers d'Abbeville.

En janvier 1272-73, ces religieux vendirent à un certain Jean Milet, une maison sise à Abbeville, près la porte Comtesse, pour 208 livres de parisis. C'était le prix que les Templiers avaient payé, il y avait longtemps, à Jean Sellier, qui la tenait du Temple et qui l'avait vendue; ils se réservaient cependant les droits qu'ils avaient sur la maison, avant l'achat et la vente (3).

Cette maison faisait partie des biens du Temple, mais il ne faut pas la confondre avec la Commanderie, située également, près de la porte Comtesse, (4) et appelée plus tard « maison de la Rose. »

D'après le père Ignace (5), le Temple avait encore une autre maison à Abbeville, connue dans la suite sous le nom de « l'auberge de la Fleur-de-Lys », près l'église Sainte-Catherine, et qui leur aurait servi pour blanchir leurs habits et leur linge, tandis que la commanderie était destinée à la perception des revenus et à leur centralisation.

Nous lisons en outre, dans Louandre (6), que les Templiers, au nombre de douze, habitaient la maison dite la commanderie, lorsqu'ils furent arrêtés, en 1307 par ordre du Roi. Trois d'entre eux auraient été brûlés au milieu du marché au blé et les autres incarcérés à Paris (7). Il est difficile de mettre en doute l'existence de cette maison, étant donné que nous relevons (8), comme étant près de la porte Comtesse, des noms tels que : « l'impasse de la commanderie », « l'égout de la commanderie. »

Mais les Templiers avaient, paraît-il, encore une autre maison, hors Abbeville, à « Thuison. » C'est aujourd'hui un faubourg d'Abbeville. D'après Prarond (9), c'était la véritable demeure, le couvent. Louandre et Prarond disent, après le père Ignace, que les Templiers vendirent en 1301 à Guillaume, évêque d'Amiens, cette maison pour y fonder une chartreuse. Le père Ignace ajoute que cette maison avait une chapelle remarquable, qui fut conservée par les chartreux.

Nous ne savons jusqu'à quel point la chose est exacte ; nous nous permettons même d'en douter, tout en croyant que le Temple avait des terres aux portes d'Abbeville et particulièrement à Thuison. Nous lisons en effet dans le Gallia (10), que Guillaume, évêque d'Amiens, fonda en 1301 un couvent de chartreux à Abbeville et qu'il le dota d'un champ acheté aux chevaliers du Temple, d'un cens et du chef vénéré de Saint-Honoré. On voit par ce passage qu'il n'est pas question de maison du Temple vendue à l'évêque.

Les biens du Temple, à Abbeville, devinrent la propriété des Hospitaliers, après l'extinction de l'Ordre ; c'est du reste, ce que nous apprend un acte daté du 22 février 1370-1371, où il est question de manoir de l'Hôpital, « jadis Temple, assis de lez la porte Comtesse » (11). Ce manoir du Temple avait une chapelle, bien qu'il fût situé dans la ville (12).
(1) Pièce justificative nº 8.
(2) Pièce justificative nº 16. Roquemont, maison du Temple qui se trouvait dans la paroisse de Longuevillette (Somme, arr. et cont de Doullens).
(3) Pièce justificative nº 9.
(4) La porte Comtesse s'appela ensuite Fausse porte, puis porte de l'Ecu de Brabant.
(5) Histoire ecclésiastique d'Abbeville et de l'archidiaconé de Ponthieu. — 1646, in-4º.
(6) Louandre. — Histoire d'Abbeville et de son arrondissement. — Abbeville, 1834, in-8º p. 545.
(7) Louandre, d'après le ms. de l'avocat Formentin, composé vers 1740.
(8) Ibid. p. 106.
(9) Prarond. — Topographie historique et archéologique d'Abbeville. — 1871, 3 in-8º. T. I. p. 8.
(10) Gallia christiana, tome X, col. 1189.
(11) A. N. — MM. 29 fº 22 vº.
(12) Visite prieurale de 1495, d'ares Marinier, p. 627.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Belinval (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

Cette maison du Temple existait certainement dans la première moitié du XIIIe siècle, mais les actes font défaut. Nous savons cependant, que dans le courant du mois de décembre 1253, l'abbé de Saint-Riquier (2) échangea un bois, sis entre la maison du Temple et Brailly, contre une pièce de terre arable au terroir de Noyelle (3), laquelle appartenait aux Templiers (4).

Le chapelain de la maison de Belinval était chargé en même temps de la cure de Brailly, c'est-à-dire que les habitants de ce village avaient pour curé un prêtre du Temple (5). Un acte assez curieux qui nous est parvenu, va nous renseigner pur les devoirs d'une commanderie, vis à vis des paroissiens, dont elle avait le soin spirituel.

Un accord, survenu en juillet 1283, entre Philippe des Hayes, précepteur du Temple en Ponthieu, et les paroissiens de Brailly, nous apprend, en effet, que la maison de Belinval devait pourvoir et entretenir à toujours le choeur de l'église de Brailly, le luminaire excepté, et payer la moitié de tous les objets nécessaires au culte, dans le choeur, tels que livres, ornements, etc. En revanche, les Templiers avaient la moitié de tous les legs pieux faits à l'église et à son saint patron. Bien entendu, les religieux du Temple n'avaient à s'occuper, ni de l'entretien de la nef, ni de celui des cloches (6).

Ayant parlé du chapelain de la commanderie, il est, croyons-nous, inutile d'ajouter que cette maison avait sa chapelle. Au moment de l'arrestation des Templiers (oct. 1307), Jean de Brailly, frère sergent, était précepteur de Belinval. Il avait été reçu dans cette même maison, en l'an 1299 environ, par le frère Pierre le Minhot, chapelain et curé de Brailly, sur l'ordre de Guérin de Grandvilliers, alors précepteur du Temple en Ponthieu, et en présence de Pierre de Lagny, précepteur d'Aimont (7). C'est aussi à Belinval, et vers 1299, que fut reçu dans la chapelle du Temple, Lucas de Grandvilliers, frère sergent (8).

Nous ajouterons que Robert de Gorenflos fut le dernier chapelain de la maison (9).

D'après le Livre vert (fº 10 vº) la maison de Belinval, avait en 1373, 700 journaux de terres arables et 80 journaux de bois ; elle était affermée et son revenu total était de 105 livres, dont 25 livres de cens en argent. La chapelle existait encore à cette date (10).

Précepteur de Belinval
1307. — Jean de Brailly, frère sergent.

Chapelains
Vers 1299. — Pierre Le Minhot (11).
1307. — Robert de Gorenflos.
(1) Belinval. — Somme, arr. Abbeville, cant de Crécy, com. de Brailly.
(2) Saint-Riquier. — Somme, arr. d'Abbeville, cont d'Ailly-le-haut-clocher.
(3) Noyelle. — Somme, arr. d'Abbeville, cont de Crécy.
(4) Pièce justificative nº 10 et aussi au fº 141 du cartulaire de Saint-Riquier, d'après Darsy : Bénéfices de l'Eglise d'Amiens, in-4º
(5) Procès des Templiers, T. I, p. 62.
(6) Pièce justificative nº 11. — Ed. Mannier (p. 629) ne cite cette pièce que d'après une analyse du XVIIIe siècle (aux. Archives Nationales S. 5970.)
(7) Procès des Templiers, T. II, p. 44.
(8) Ibid. T. II, p. 64 et 65.
(9) Ibid., T. I, p. 62. — Gorenflos — Somme, arr. Abbeville, cant d'Ailly-le-haut-clocher.
(10) Cette chapelle aurait été dédiée à saint Jean, du moins au XVe siècle car il est dit dans un registre de l'an 1495 (A.N, S. 5558, fº 48 vº) : « Bellinval, où a une chappelle fondée de Saint-Jean, bien édiffiée et en bon estat, souffisaument garnie de verrières, ornements... maison, grange, étables pour le fermier. Le domaine et une petite pièce de bois étaient affermés 120 livres par an. »
(11) Minhot alias Minhet — déjà cité comme chapelain de Beauvoir.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Aimont (maison du Temple d') (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

La maison du Temple d'Aimont (Aiemunt, Aimont. Oymond) remonte au XIIe siècle ; il est même possible d'en préciser l'origine exacte. C'est en 1146 que Thibaud, abbé de Saint-Josse (2), concéda aux frères du Temple la dîme de 4 journées de terre en la paroisse de Conteville, pour les aider dans la construction de la maison qu'ils devaient édifier à cet endroit même. L'abbé mettait toutefois cette condition, que s'il arrivait qu'une ville prit naissance, ou que les hôtes du Temple vinssent à s'établir en ce lieu, l'abbaye de Saint-Josse aurait la moitié de la dîme, sur les habitants (3).

Cette commanderie avait des terres sur les domaines d'un certain Hue Seigneuré, « Senioratus. » Un acte émané de son fils, Gautier, délivré dans les dix ou quinze dernières années du XIIe siècle (4), nous apprend que : les Templiers avaient acheté à Bernard de Fontaines, un champ de terre pour 60 sous ; que G. de Rambures leur avait fait don de 15 arpents de terre et de la moitié du bois de « Fayel », et qu'il avait eu du Temple un cheval ; que Hue Bordel leur avait donné l'autre moitié du bois et avait reçu 15 sous, (ce bois faisant partie du fief de Gautier Seigneuré, ce dernier avait eu pour sa concession, 6 fromages) ;
Que Raoul Bordel, père de Hue, avait donné à la maison du Temple 60 arpents et qu'il en avait reçu 60 sous ;
Que Hue de Béthencourt avait vendu au Temple 4 arpents, 20 sous ;
Que Roger, hôte des Templiers, leur avait donné 8 arpents, avec l'assentiment de Gautier ;
Que Gui de Durchetel, leur avait donné 5 arpents ;
W. de Fontaines, 5 arpents tant en terre qu'en bois ;
Lambert de Fontaines sept arpents ;
Que Maingocle de Béthencourt avait donné à cette maison du Temple, au terroir du Ménil, un champ à la réserve du droit de terrage et 6 arpents de bois.

Cette longue énumération était scellée, jadis, du sceau de Guillaume de Bosc-Normand (5), alors précepteur du Temple, en Ponthieu, et peut-être même le premier précepteur du Ponthieu ; les baillies n'existant que depuis l'an 1190 (6) ou environ.

C'est à peu près à la même époque, en juin 1194, que G. le Blond, donna à la maison d'Aimont une terre dite le champ de Gui. Cette donation fut faite dans la commanderie même, en présence d'0lard (7), précepteur du Temple en Ponthieu ; de Guillaume de « Leicestre », chapelain d'Aimont ; de Gobert, précepteur ; d'Evrard, sénéchal de cette maison ; du frère Eustache, que nous retrouverons comme précepteur de la maison en 1214 ; d'autres frères et de sergents du Temple qui ne devaient être, à cette époque, que des mercenaires (8). En avril 1214, les Templiers échangent avec Régnier de « Baiarde » bourgeois de Hiermont (9), 3 journaux et 3 quarterées d'une terre sise au terroir de « Baiarde », contre 3 journaux et 3 quarterées de terre au terroir de Conteville, « jouxte la maison d'Aimont. » Parmi les témoins de cet échange, étaient, le précepteur du Temple en Ponthieu, Silvestre ; un chevalier du Temple, Gosselin de Bérengeville, et Eustache précepteur d'Aimont (10).

De cette époque à l'année 1307, nous n'avons plus aucun renseignement, bien que la maison n'ait pas cessé d'exister. Car un frère sergent du Temple, Jean de Juvigny (11), mentionné dans le Procès des Templiers (12), déposa avoir été reçu vers l'an 1299, dans la chapelle du Temple d'Aimont, par le précepteur du Ponthieu, G. de Grandvilliers, et en présence de Pierre de Lagny, précepteur d'Aimont.

Pierre de Lagny fut, selon toute apparence, le dernier précepteur de cette commanderie, car il dirigeait encore cette maison en 1305. En effet le neveu de ce précepteur, qui s'appelait également Pierre de Lagny, déposa le jeudi 4 mars 1311, qu'il avait été reçu le 14 septembre 1305 par Baudouin de Saint-Just alors précepteur du Ponthieu, dans la chapelle d'Aimont et en présence de son oncle (13).

Nous citerons encore parmi les Templiers de cette maison, qui furent arrêtés, un certain Jean, berger « bergerius » de la commanderie, vers 1305 (14), et Pierre de Bouillancourt qui eut la garde des clefs de la maison « claviger ou clavigerius » (15).

D'après le Livre vert (fº 11) cette maison était assez riche puisqu'elle possédait 900 journaux de terres arables, pouvant rapporter 135 livres, 60 journaux de bois pour l'usage de la maison, des dîmes en nature, des cens. Le revenu total se trouvait ainsi dépasser 190 livres, mais il n'est pas tenu compte des charges.

D'après E. Mannier (p. 631) les Hospitaliers auraient loué en 1339 à Mathieu de Trye, maréchal de France, l'ancienne maison du Temple d'Aimont (16).

Nous savons d'autre part que, plus de quarante ans auparavant, un certain Mathieu de Trye avait fait parvenir au caissier du Temple à Paris la somme de 170 livres qui fut inscrite sur le registre « ad debetur (17). »

Un autre bail de l'an 1375, mentionne le manoir du Temple, le colombier et la chapelle où il faut dire 3 messes par semaine (18).

Précepteurs d'Aimont
En 1194. — Gobert.
En 1214. — Eustache.
En 1299 et postea. Pierre de Lagny, frère sergent.

Chapelain d'Aimont
En 1194. — Guillaume de « Leicestre » (19).

Sénéchal
En 1194. — Evrard.

Claviger
En 1307 et ante. — Pierre de Bouillancourt.
(1) Aimont, com. de Conleville (Somme, arr. Abbeville, cant de Crécy); cette ancienne commanderie est devenue la ferme d'Edmond sur la carte de l'Etat-major.
(2) Saint-Josse-sur-mer. — Pas-de-Calais, arr. et cant de Montreuil.
(3) B.N. ms. lat. 11926, copie du dernier siècle, d'après le vieux carlulaire de l'abbaye — fº 156 vº.
(4) Pièce justificative nº 12. — Cet acte non daté ne peut être de beaucoup antérieur à l'an 1190, car il y est fait mention du précepteur du Temple en Ponthieu. Il serait au plus tard de l'année 1194, car nous avons le nom du précepteur à cette date, ainsi que les noms de ses successeurs jusqu'en l'an 1215 environ. Or la teneur même de l'acte nous autorise à lui donner une date plus ancienne.
(5) Guillaume del Bos Norman, sans doute, Bosc-Normand dans l'Eure, arr. Pont-Audemer, cant de Bourgtheroulde.
(6) E. Mannier a cité cette pièce, en parlant d'Aimont, mais il n'en a connu que l'analyse du XVIIIe siècle qui se trouve dans le registre S. 5970 (A. N.).
(7) Il y a dans l'acte, Oelardus, peut-être, Eulard.
(8) Pièce juslificative. nº 13. — E. Mannier ne cite cette pièce que d'après une analyse, S. 5970 (A.N.).
(9) Hiermont — Somme, arr. d'Abbeville, cont de Crécy. — Baiarde ne figure ni dans Cassini, ni sur la carte de l'Etat-major.
(10) Pièce jnstificative nº 14.
(11) Juvigny ou Juvignies « de Juviniaco vel de Juveniliis » Procès des T., T. I, p. 445.
(12) Ibid., I., 445.
(13) Procès des Templiers. T. II., p. 1. — Le texte porte Robert de Saint-Just, mais il y a erreur, c'est Baudouin.
(14) Ibid., T. II., p. 76.
(15) Ibid., T. I. p. 373. — Bouillancourt, Somme, arr. et cant de Montdidier. — Le texte porte « Poignencurt. alias, Bolhencurt. »
(16) Ed. Marinier, p. 631. — Pour la biographie de Mathieu de Trye, voir dans le P. Anselme, histoire généalogique de la maison de France... 3e édition. T. VI, p. 687 c.
(17) Léopold Delisle. — Mémoire sur les opérations financières des Templiers ; p. 163 : « Du mercredi 23 mars 1295 (n.s.), versement de 170 livres fait au Temple à Paris, au compte de Mathieu de Trye. »
(18) A. N. MM. 30. — En 1495 la maison et la chapelle subsistaient encore : « Hemont, au quel a chappelle bien édiffiée.... » (D'après la visite prieurale de 1495).
(19) Peut-être Leicester en Angleterre, dans le comté du même nom.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Roquemont (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu. Dans son histoire de Doullens, Warmé dit (2) que d'après la tradition, il y aurait eu des Templiers à Longuevillette (3) et qu'ils auraient été possesseurs de la ferme dite de Roquemont. Quelques vestiges de ce bâtiment, limité jadis par un fossé d'enceinte, subsisteraient même encore aujourd'hui.

Ayant trouvé, de notre côté, aux Archives nationales, plusieurs actes relatifs à une maison du Temple, qui devait se trouver dans cette partie du canton de Doullens, nous n'hésitons pas à affirmer l'existence de cette maison.

Un, entre autres, daté de l'an 1205 porte même pour souscription : Actum apud . . . mont domum templi... » (4). Il est vrai qu'on pourrait aussi bien supposer que cet acte fut passé à Aimont, mais l'analyse, qui va suivre, de plusieurs autres documents ne permet guère d'en douter.

Il y eut donc une maison du Temple à Roquemont, maison fondée au XIIe siècle.

Par un acte daté du mois de février 1195-96, nous apprenons, qu'à la suite d'un long différend survenu entre les Templiers et Herbert des Autheux (5), dont la veuve Ydore avait embrassé la cause, la dame des Autheux avait été excommuniée pour avoir contesté à ces religieux la quatrième partie du terroir de Longuevillette. Une composition eut lieu enfin entre elle et les Templiers, en présence du procureur ou précepteur du Temple pour la province de France, Pierre de « Moron. » Ydore, renonçant à ses prétentions, reconnut tenir dorénavant du Temple la terre contestée et lui devoir par an quatre muids de blé et deux d'avoine (6). Parmi les témoins à la rédaction de cet acte, figuraient, le précepteur du Temple en Ponthieu le frère Pierre, et deux Templiers de la maison d'Amiens, Reinaud de Gournay et Amaury de Saulty (7). Cet accord fut confirmé de nouveau, quelques années plus tard, en juin 1205, sans doute à la majorité de Robert des Autheux, fils d'Herbert.

Nous voyons par cet acte que la maison de Roquemont avait une partie de la dîme du territoire de Longuevillette (8), et que cette dime était payée en nature.

Cet aveu de Robert des Autheux fut entouré d'une certaine solennité, car il fut fait en la maison de Roquemont, en présence du comte de Ponthieu, d'André de Coulours (9), maître des maisons du Temple dans la province de France, et du frère Gui, oncle du comte de Ponthieu (10).

En 1230, deux frères, Roger Doisnel, chevalier, et Rainoul, avaient donné au Temple le champ des Autheux, le champ « Wace », deux boisseaux de froment, un quartier d'avoine et deux chapons (11) ; de plus, Rainoul avait ajouté à cette donation, la moitié du champ de « Huverlant » (12).

Qu'advint-il de cette maison dans la seconde moitié du XIIIe siècle ? Nous l'ignorons. Existait-elle encore en 1307 ? Si, oui, elle a dû devenir la propriété des Hospitaliers de Fieffes (13).

On lit dans le Livre vert (14), que les Hospitaliers devaient au seigneur des Autheux, un chapon et une paire d'éperons de fer doré ; les éperons valant 15 sous.
(1) Cette maison du Temple, dont il n'existe plus que quelques ruines, ne se trouve ni dans Cassini, ni dans la carte de l'Etat-major.
(2) Warmé, p. 440 et sq.
(3) Longuevillette. — Somme, arr. et cant de Doullens — la maison de Roquemont était entre Longuevillette et le bois de ce nom — au XIIIe siècle ce n'est pas Longuevillette, mais Longueville.
(4) Pièce justificative nº 16.
(5) Les Autheux. — Somme, arr. Doullens, cant de Bernaville.
(6) Pièce justificative nº 15.
(7) Saulty. — Pas-de-Calais arr. Saint-Pol, cant d'Avesnes-le-Comte — Les frères du Temple qui résidaient dans les grandes villes, comme Amiens, (l'acte en question émane de l'évêque de cette ville) avaient sans doute pour mission de veiller à la rédaction des actes qui concernaient l'Ordre, et de prendre les intérêts des Commanderies.
(8) Pièce justificative nº 16.
(9) Coloors, sans doute Coulours. Yonne, arr. Joigny, cant de Cerisiers.
(10) Gui, frère du comte de Montreuil et de Ponthieu.
(11) Pièce justificative nº 17.
(12) Id. nº 18.
(13) Fieffes. — Somme, arr. Doullens, cant de Domart.
(14) Fº 6 vº.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Doullens (maison du Temple de)
Il est certain que les Templiers ont eu une maison à Doullens et cela dès le XIIe siècle.

D'après Warmé (1), les Templiers ont séjourné à Doullens au XIIe et au XIIIe siècle et cela jusqu'au jour de leur arrestation, 5 ou 13 octobre 1307.

Leur maison se trouvait non seulement sur l'emplacement de l'auberge actuelle dite des Bons-Enfants, mais encore sur des maisons voisines, tenant à la rue des Maizeaux, actuellement rue des Boucheries, et à celle du marché aux grains.

Delgove (2) dit que la maison du Temple, située rue des Maizeaux, s'étendait de la rue Saint-Martin à la rivière d'Authie, le long de laquelle elle s'allongeait, en arrière. Quant à la chapelle du Temple (3), elle aurait été située de l'autre côté de la rue, et formerait même la partie centrale de l'église Saint-Martin actuelle.

La ville n'ayant, au début du XIIIe siècle, qu'une église, on aurait pensé à utiliser la chapelle des Templiers, pour en faire en même temps une paroisse ; et ce serait le comte de Ponthieu qui, en 1211, aurait fait greffer une église sur la chapelle du Temple. Telle est du moins l'opinion du père Daire (4) ; opinion, que nous ne sommes pas à même de contrôler, car l'église fut incendiée en 1522, reconstruite peu après, presque en entier, réparée encore à la fin du XVIe siècle, ruinée de nouveau, par les Espagnols, puis restaurée.

D'après Warmé, la maison des Templiers fut, après l'abolition de l'Ordre, affectée au gouverneur de la ville et château-fort de Doullens.
(1) Warmé. Histoire de Doullens. p. 75 et sq.
(2) Delgove. Histoire de la ville de Doullens, p. 56 et sq.
(3) Warmé, op. cit.
(4) Warmé, op. cit, p. 254.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Sériel (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

C'est une des plus anciennes maisons du Temple en Picardie ; elle dut exister dès le milieu du XIIe siècle.

En effet, par un acte daté du 15 octobre 1154, Jean, comte de Ponthieu, confirmait les dispositions prises par son père en faveur du Temple, et par lesquelles le défunt avait permis à ses hommes, chevaliers ou autres, de faire des donations aux Templiers. En outre, il concédait aux chevaliers du Temple, avec le consentement de sa mère Ida, et de son frère Gui (2), trois charruées de terre au terroir de la Vicogne (3), or nous savons que la maison de Sériel avait des terres à la Vicogne. A cette époque Gilbert de « Druisencourt » était maître du Temple (au diocèse d'Amiens ?) (4).

De nouveau, le comte de Ponthieu fit don, en 1161, aux frères du Temple (de Sériel ?) (5) de 40 sous de rente, à percevoir à Doullens, à la Saint-Rémy, sur son revenu de la prévôté, donation qui fut faite en présence du frère Régnier de Rancourt (6), sans doute maître du Temple, au diocèse d'Amiens. Dans le courant de l'année 1169, Henri de Raincheval (7) donna aux Templiers le bois appelé « siriax » pour être essarté et cultivé, mais non le droit de terrage. Cette donation fut faite à Sériel même, en présence des frères Baudouin de « Gant » et Renoud. Peut-être Baudouin était-il précepteur de la maison. Henri de Raincheval fit même ajouter cette clause, que si lui et sa femme demandaient à porter l'habit du Temple ils l'obtiendraient sans frais. Cet acte fut confirmé par Thibaud, évêque nommé d'Amiens, en présence de deux Templiers résidant à Amiens et du frère Renoud, de Sériel (8).

Les actes qui suivent, sont des donations au Temple, sans grand intérêt. C'est d'abord Adam de Puchevillers, qui donna, en 1205, à la maison de Sériel, une partie de son droit de terrage (9). C'est Aleaume de Puchevillers qui, en 1209, abandonna au Temple les deux parties de la dîme, qu'il percevait sur 80 arpents d'une terre appartenant à la maison de Sériel, ainsi que le droit de terrage qu'il avait sur cette terre. Eve, sa femme, reconnut la donation sur l'autel de Saint-Georges en la chapelle de Sériel, et nous supposons que cette chapelle du Temple était dédiée à ce guerrier martyr. Parmi les personnes alors présentes à Sériel, étaient le frère Froon « Frodo » chapelain de la maison de Belle-Eglise (10), le frère Robert, chapelain de Sériel, le frère Sauvage, précepteur de Belle-Eglise, le frère Richard, précepteur d'Oisemont et le précepteur de Sériel, Raoul (11).

Vingt ans plus tard, en 1230, Raudouin Camp-d'Avène, seigneur de Beauval (12), faisait don aux Templiers de Sériel du droit de terrage qu'il avait sur leurs terres (13).

L'un de ses vassaux, Adam de Puchevillers, cité quelques lignes plus haut, renonça, en 1235, aux droits de cens et de terrage qu'il avait sur 8 journaux et 40 verges de terre à la Vicogne, et que Guibert « Palesot » avait vendus au Temple de Sériel (14). Adam de Puchevillers ne fut pas moins généreux lorsqu'un autre Palesot vendit, en 1238, au Temple, 8 journaux et 30 verges d'une terre sise en la paroisse de Puchevillers, au terroir de la Vicogne, pour 33 livres de parisis (15). Le même seigneur confirma encore, au mois de janvier 1239, la vente faite au Temple, par Hue, de la Vicogne, de quatre journaux de terre (16). Quelques mois auparavant, en octobre 1238, Anselme de Raincheval, homme lige de Baudouin, châtelain d'Arras, avait vendu à la commanderie 22 journaux de terre, en la paroisse de Raincheval, entre la terre du Valvion et le terroir de Sériel, proche le bois de Sériel, avec trois parties de la moitié du terrage sur ces journaux, pour un peu moins de 140 livres (17). Mais les ventes se succèdent. En mai 1240, Adam de Puchevillers vendait au Temple de Sériel 19 journaux de terre avec tous ses droits pour 95 livres de parisis (18) ; et au mois de septembre de la même année il approuvait la vente faite par Marie Doudeline aux mêmes Templiers, de 7 journaux de terre à la Vicogne, en une pièce jouxte le chemin de Rubempré (19) à Beauquesne (20), pour 35 livres. Cependant la maison de Sériel s'engageait à payer aux sires de Puchevillers, 6 deniers parisis de cens, 2 chapons et le terrage (21). Le cens, les chapons et le terrage furent abandonnés à la commanderie en 1253 par Baudouin de Puchevillers (22).

Trois ans plus tard, en 1256, Pierre, dit Rifflars, et ses frères, firent don à la maison de Sériel, de tous leurs droits sur une pièce de terre de 4 journaux et demi, au terroir de Talmas (23), près du chemin qui va de Talmas à Beauquesne (24).

Les maisons du Temple s'efforçaient d'exonérer leurs terres, dans la mesure du possible, de tous les droits seigneuriaux qui pouvaient peser sur elles ; c'est ce qui explique sans doute ces nombreuses ventes de droits de terrage ou de cens faites par les seigneurs. Les Templiers durent parvenir d'autant plus facilement à ce but, qu'au XIIIe siècle ils passaient déjà pour fort riches, et que les seigneurs trouvaient en eux des banquiers très sûrs.

Pour ces raisons ou pour d'autres motifs, Robert de Saint-Léger vendit en mars 1263 le droit de terrage qu'il avait sur le champ Pierron (25).

Quelque six ans après (juin 1269), Jean Belle-gueule, demeurant à Raincheval, vendait également à la maison de Sériel le droit de terrage qu'il avait, en leur terroir, sur une pièce de terre de 60 journaux, ainsi que la moitié de la dîme qu'il avait sur 5 autres journaux (26).

Enfin, le dernier acte relatif à cette commanderie, qui nous soit connu, est du 25 août 1302.

Nous avons eu occasion d'en parler à propos des convers du Temple et nous avons dit qu'une veuve, nommée Perronne, avait donné à la maison de Sériel une partie de ses biens, à la condition d'être logée à l'avenir, en la maison du Temple et d'y être nourrie et vêtue. Mais comme « souvent femme varie et que bien fol est qui s'y fie », ce sont du moins les hommes qui l'affirment, Perronne ne tarda pas à quitter la maison du Temple, après s'être déclarée pleinement satisfaite (27).

Le procès des Templiers nous apprend peu de chose sur cette importante maison ; nous savons seulement que Foulques de Neuilly, frère servant, était précepteur de Sériel en 1307, au moment de son arrestation. Il avait été reçu dans l'Ordre en 1304 (28).

D'après le Livre Vert (fº 6) la maison de Sériel avait en 1373 sa chapelle garnie de « adournements, de livres et calice. » Il y avait 600 journaux de terre et deux journaux de bois, qui étaient affermés avec la maison pour 72 livres. Il faut ajouter à ce fermage des cens en argent, des masures et des terres, à Doullens, Authies (29), Pas (30), Beauquesne (31), Talmas, qui rapportaient un peu plus de 16 livres, et 4 livres sur la vicomte de Doullens.

Il y avait en outre un moulin à vent qui rapportait 4 livres 18 sous.

Le total des revenus était de 99 livres ; selon nous, ces revenus devaient être alors bien inférieurs à ce qu'ils étaient au début du XIVe siècle sous les Templiers (32).

Précepteurs de Sériel
Vers 1169. — Beaudoin de « Gant »
En 1209. — Raoul.
En 1307 et ante. — Foulques de Neuilly.

Chapelain de la maison
En 1209. — Robert.
(1) Sériel, commune de Puchevillers. — Somme, arr. Doullens, cant d'Acheux.
(2) Nous avons déjà rencontré le nom de Gui, fils puîné du comte de Ponthieu.
(3) La Vicogne. — Somme, arr. Doullens, cant de Domart.
(4) Pièce justificative nº 19.
(5) Nous ne savons trop si cette donation fut faite au Temple de Sériel, l'original ne le dit pas, mais un copiste du XVe siècle (A. N. S. 5059, cartulaire nº 8, au fº 20) a ajouté le mot Sériel.
(6) L'acte, dont nous venons de parler, a été publié en entier, par J. Tardif, Monuments historiques, cartons des rois, nº 573, d'après l'original. (A. N. K. 24 nº 5) On le trouvera également dans le carton S. 5059, cartulaire nº 8 du XVe siècle, au fº 20, et dans le cartulaire du XVIe siècle S. 5533 au fº 325 (A. N.). Le texte publié par M. Tardif, porte « diarcourt » mais nous croyons que c'est une mauvaise lecture pour Rancourt (S. 5059 cartulaire nº 8).
(7) Raincheval. — Somme, arr. Doullens, cant d'Acheux.
(8) Pièce justificative nº 20. Elle n'est pas datée, mais nous savons que le prédécesseur de l'évêque Thibaud administra son diocèse de l'an 1165 au mois d'avril 1169. L'acte est donc postérieur au mois d'avril 1169, mais de cette même année sans doute, puisque l'évêque n'était pas encore consacré.
(9) Pièce justificative nº 21.
(10) Belle Eglise (maison du Temple de) Somme, arr. Doullens cant d'Adieux, com. d'Arquèves.
(11) Pièce justificative nº 22. — E. Mannier n'a cité cette pièce que d'après une analyse du XVIIIe siècle.
(12) Beauval, Somme, arr. et cant de Doullens.
(13) A. N. S. 5059, cartulaire nº 8, au fº 22. 8 mars 1229-1230. — Cartulaire S. 5533, fº 333 vº d'après lequel l'acte était scellé en cire blanche sur double queue. Le premier de ces cartulaires est du XVe siècle, le second du XVIe siècle.
(14) Pièce justificative nº 23.
(15) A. N. S. 5061, nº 4 (original, sept. 1238). — S. 5059 cartulaire nº 8 au fº 19. — S. 5533, cartulaire aux fol. 325 et 321.
(16) Pièce justificative nº 24.
(17) A. N. S. 5061, nº 50, original et nº 52 et 68, originaux S. 5059, cartulaire nº 8 au fº 18, au fº 20 et au fº 22 vº, cartulaire S. 5533 fº 327 vº et 331.
(18) Pièce justificative nº 25.
(19) Rubempré. — Somme, arr. d'Amiens, cant de Villers-Bocage
(20) Beauquesne. — Somme, arr. et cant de Doullens.
(21) A. N. S. 5061, nº 70 original — S. 5059 cartulaire nº 8, au fº 21. (XVe siècle).
(22) Pièce justificative nº 26, en français.
(23) Talmas ; Somme, arr. Doullens, cant de Domart.
(24) A. N. S. 5061, nº 54 original — S. 5059 cartulaire nº 8 au fº 22 et cartulaire S. 5533 au fº 334.
(25) A. N. — M. 1 nº 20 original en français daté du mercredi, 28 mars 1262-126. — M. 13 nº 21 original S. 5059 cartulaire nº 8 fº 19, et 21 vº. Cartulaire S. 55 aux fº 3 et 24 vº.
(26) A. N. S. 5059, cartulaire nº 8 du XVe siècle au fº18 et cartulaire S. 5533 au fº 321 vº (XVIe siècle).
(27) Pièce justificative, nº 27.
(28) Michelet. Procès des Templiers. T. I. p. 477.
(29) Authies, Somme, arr. de Doullens, canton d'Acheux.
(30) Pas ; Pas-de-Calais, arr. Arras, chef-lieu de canton.
(31) Beauquesne, Somme, arr. et canton de Doullens.
(32) S 5558. Registre de l'an 1495 (A. N.) fº 46. — A cette époque la maison de Sériel était louée à un marchand de Doullens, lequel était tenu : « d'entretenir la chapelles, la maison et les édifices du dit lieu, lesquels sont en bon état. »

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Belle-Eglise (1) (maison du Temple de)
Les Fermes du Temple à Festonval (2), Senlis (3), la Viéville (4). Maison à Beauquesne (5).

C'est la maison du Temple, sur laquelle nous sommes le mieux renseigné. Son origine remonte au XIIe siècle.

Dans cette partie du Ponthieu, c'est-à-dire de Doullens à Corbie, seigneurs et bourgeois rivalisèrent de générosité à l'égard des frères du Temple, des chevaliers du Christ ; aussi, au XIIe siècle, la maison de Belle-Eglise étendait-elle son influence jusqu'à la Somme.

A la fin du XIIIe siècle, cette maison se trouvera entourée de maisons secondaires, celles de Senlis, de Festonval, et de la Viéville, la dernière en date.

D'après le Livre Vert, les maisons de Senlis, Festonval et La Viéville, n'eurent jamais de chapelles ; nous croyons, en effet, que ce furent de simples manoirs du Temple (6), habités par quelques frères, détachés de Belle-Eglise. Nous ferons une exception pour La Viéville, plus éloignée de Belle-Eglise que les deux autres, et qui à la fin du XIIIe siècle eut des précepteurs (7).

Il est certain que la maison de Belle-Eglise existait au XIIe siècle, car en 1196, un seigneur, Baudoin de Daours (8), donna à la maison du Temple de Belle-Eglise 35 arpents de sa terre, à « Villette. » En outre, un certain Gui Le Prévôt avait vendu à cette même maison, une terre dite le « Val Reul » et Jean de Gouves (9), douze arpents audit « Villette. » Ces deux ventes n'avaient pu se faire sans l'approbation de Beaudouin qui se réserva son droit de terrage tant sur les 35 arpents que sur les terres vendues (10).

C'est en 1202 qu'Eustache de Baizieux (11), chevalier, donna aux Templiers le manoir de Festonval avec trois journaux et demi de terre comme courtil, plus 50 arpents de terre avec le terrage, au terroir de « Sauchoel. »

Il ne faudrait pas pourtant se méprendre à ce mot de donation, car le Temple lui paya en bonne monnaie 80 livres parisis. Parmi les témoins présents à la rédaction de cet acte de donation rémunérée, figuraient deux chevaliers du Temple, d'Amiens (12).

A la date de 1209 nous avons eu occasion de citer déjà un précepteur de Belle-Eglise, Geoffroi, ainsi que le chapelain de cette maison, Froon. Ces deux frères du Temple, s'étant trouvés être de passage à Sériel, figurèrent comme témoins dans la rédaction d'un acte qui intéressait cette commanderie.

Au mois de mars 1229, un chevalier, Gilles de Mailly (13), vend au Temple, pour une somme assez considérable, 815 livres parisis, la dîme de Senlis, et les dîmes qui revenaient à cette ville sur 1744 journaux de terre, ainsi que sur une autre terre, dans laquelle se trouvait la grange du doyen d'Ancre (14). Cependant Gilles avait oublié que sur cette dîme vendue, le curé de Senlis avait droit à une redevance d'un muid de blé ; il indemnisa donc les Templiers, en leur donnant au mois de septembre de cette même année 1229, une rente de 8 setiers et 1 quartier de blé (15).

Mais les ventes se succèdent. En novembre 1233, Jean de Daours, chevalier, vendit à la maison de Belle-Eglise tous les droits de terrage, qu'il avait sur le terroir de cette commanderie, pour mille livres de parisis (16). Ces achats importants faits par les maisons du Temple au XIIIe siècle, nous confirment dans l'idée que leurs revenus étaient de beaucoup supérieurs à ceux qui sont indiqués par le Livre Vert pour l'année 1373, et la cause en est dans les guerres anglaises.

Un vassal du précédent, Jean de Thiepval (17), se dessaisit aussi en faveur des Templiers de 20 journaux de terre sis à Louvencourt, contre les terres de Belle-Eglise, moyennant cent livres (février 1236) (18).

Nous avons dit que la ferme ou manoir de Festonval avait été donné en 1202 aux Templiers ; il est probable que cette habitation rurale n'eut jamais droit au titre de commanderie, et que ce ne fut qu'une ferme. Ce qui le prouverait, c'est cette vente d'Enguerran de Démuin (19), chevalier, à la maison de Belle-Eglise, et non à celle de Festonval, de 34 journaux et 19 verges de terre au terroir de Festonval, jouxte l'habitation (mansus et non dumus) du Temple, moyennant 60 sous de parisis, par journal (20). L'année suivante la commanderie acquit encore à Festonval trois journaux et demi de terre, pour onze livres (21). Il faut maintenant se reporter à près de vingt années plus loin pour trouver un acte. Il s'agit d'une contestation ; car pas plus au moyen âge que de nos jours, les procès ne furent bannis de cette terre. Il y avait donc trois ans que la discorde régnait entre le prieur d'Authies (22) et les Templiers de Belle-Eglise, lorsqu'en septembre 1257, les deux parties parvinrent à s'entendre, au sujet d'une délimitation de terres et de la perception des dîmes, dans les terroirs d'Arquèves (23), de « Villette », de Vauchelles (24), et de Festonval. Le prieur et Imbert de « Perand » précepteur du Temple en Ponthieu, s'en remirent donc à un arbitrage, sous peine de cent livres d'amende, que la partie contrevenante serait tenue de verser en la maison du Temple de Beauquesne (25), entre les mains de Bernard Mouret, clerc du Temple (26), pour être remises à l'autre partie. Il fut donc décidé que le prieur percevrait la dîme sur les terres du Temple délimitées à nouveau et ci-dessus désignées, comme avant le procès intenté en 1254. Quant à la dîme que le prieur d'Authies prétendait prélever sur les autres terres des Templiers, il ne serait fait droit à sa requête que pour ce qui était de la dîme des 14 journaux du Temple attenant à Lealvillers (27), et non pour ce qui venait de Jean de Thiepval (28).

La maison de Belle-Eglise percevait aussi les dîmes de Senlis (29), dîmes sans doute en nature, aussi y avait-elle une grange. Il est probable qu'elle ne possédait pas encore de maison dans ce village, lorsque Jean de « Latre » lui en vendit une, qui était voisine de cette grange. Pierre de Sailly, ayant des droits sur cette maison, s'en démit moyennant finances (avril 1268) (30).

Un des plus grands bienfaiteurs du Temple, en Picardie, fut Robert Waubert ou Gaubert, riche bourgeois de Corbie, qui avait épousé une femme non moins riche. Sur le point de mourir, et la conscience sans doute quelque peu troublée au souvenir de biens mal acquis, « extorta dicti Roberti (31) », il légua au mois d'avril 1279, aux Templiers de Belle-Eglise, tout ce qu'il lui était possible de léguer. C'était au temps où Hervé de Villepreux (32) était précepteur du Temple en Ponthieu et le frère Pierre, précepteur de Belle-Eglise. La pieuse donation de Robert, comprenait : Une maison à Corbie (33), rue de l'Abbaye, et contre l'abbaye, des prés et tous ses autres immeubles dans cette ville ; une habitation, ainsi que toutes ses terres à la Viéville ; une habitation à Bray (34), les maisons d'hôtes, et toutes les terres qu'il possédait dans le territoire de Bray, ainsi que les terres qu'il tenait du comte de Saint-Pol (35) ou de quelque autre seigneur (36).

A en juger par l'importance des donations, Robert Waubert avait dû être au printemps de sa vie et même dans l'âge mûr, bien peu délicat sur les moyens d'acquérir. Il mourut en cette même année 1279 ; et les actes émanés de ses enfants, pour la confirmation du testament, nous permettent de préciser davantage tous ces legs.

Ainsi, par l'acte de confirmation de Jean d'Ecourt (37), dit Cardinal, clerc et gendre de Robert, alors décédé (octobre 1279), nous voyons que les terres de la Viéville s'élevaient à 255 journaux, celles de Bray à 191 journaux. Il est en outre fait mention d'une habitation à Buire (38), et d'une autre à Sarton (39). Jean Cardinal reçut des Templiers, pour l'abandon de ses droits, cent livres (40).

Mais il ne paraît pas que le Temple ait conservé les immeubles de Bray, car si Jacques Waubert reconnut le testament de son père (octobre 1279) (41), le précepteur du Ponthieu, Henri de Villepreux, de son côté, abandonna à Jacques toutes les maisons de Bray et les 191 journaux (42).

La maison de Belle-Eglise se trouvant devenir propriétaire de biens dispersés entre Doullens et la Somme, les rapports entre les diverses possessions et la commanderie devenaient dès lors difficiles. On créa donc une nouvelle maison du Temple, la maison de la Viéville — qui n'est ni antérieure à 1279, ni postérieure à l'an 1287, comme nous le verrons plus loin, — et qui devait être la dernière des acquisitions de Belle-Eglise, après Festonval et Senlis. Cette habitation de la Viéville était située contre le cimetière du village. Robert Waubert la tenait d'Oste de Bocacourt, écuyer, avec 6 journaux de terre ; Oste n'octroya au Temple de charte d'amortissement, que moyennant 60 livres parisis, (janvier 1280-81) (43). Mais Oste lui-même, n'étant que le vassal de Robert de Toutencourt (44), il fallut l'approbation de ce dernier. Ce chevalier fit en outre don aux Templiers des 5 sous de cens que Robert Waubert et après lui ses héritiers, les religieux du Temple, devaient pour 85 journaux de terre à la Viéville (1281) (45). Puis, c'est Gui de Chatillon, comte de Saint-Pol, qui renonce, en faveur des Templiers, à un chapon de cens, que lui devait Robert Waubert, pour quatre journaux de terre à Hénencourt (46), légués à la maison de Belle-Eglise (1281) (47).

Robert Waubert était mort dans le courant de l'année 1276, en laissant, comme nous l'avons dit, à la maison de Belle-Eglise, des biens un peu partout, qu'il tenait d'un grand nombre de seigneurs, auxquels il devait, à l'un un cens plus ou moins considérable, à l'autre, de se rendre trois fois par an au plaid. Il faut croire que tous ces seigneurs ne furent pas également unanimes à reconnaître les divers legs du défunt, car il en est qui firent attendre leur approbation jusqu'en 1293. Les Templiers eurent au reste plus d'un procès, à l'occasion de ce testament ; ainsi c'est, croyons-nous, sans fondement qu'ils refusaient de reconnaître les droits de l'abbaye de Corbie sur la moitié d'une maison sise à Corbie et sur 22 livres parisis de rente à percevoir sur la partie des biens d'Aveline (48), la femme de Robert Waubert. Un arrêt du Parlement rendu au mois de février 1283, confirma les prétentions de l'antique abbaye (49). Robert Waubert avait légué au Temple, entre autres choses, sept journaux de terre qu'il tenait de Guillaume de Bresle (50), écuyer ; ce dernier ne reconnut la donation (novembre 1281) que moyennant dix livres tournois, tout en se réservant la rente et les cens, dus pour cette terre (51). Nous savons aussi que Robert Waubert avait donné à la maison de Belle-Eglise, une terre à Dernancourt (52), et que les Templiers durent payer, pour l'amortissement, 17 livres parisis à Jean d'Achicourt (53), écuyer, et 60 à Jean de Montonvillers (54), écuyer, seigneur immédiat (janvier 1284) (55). Nous ajouterons que le Temple dut composer avec un troisième seigneur, le suzerain, qui avait nom Beaudoin de Beauvoir, chevalier, sire d'Aveluy (56). Par un acte plus récent (décembre 1287) nous apprenons que la terre léguée au Temple, au terroir de Dernancourt, se composait de 46 journaux, en plusieurs pièces (57).

Trois ans auparavant, en novembre 1284, les Templiers avaient agrandi leur domaine de la Viéville de 32 journaux de terre et d'une « eschoite » consistant en terres, cens, maisons, prés, etc., moyennant 78 livres parisis (58).

Les Templiers de Belle-Eglise avaient dû aussi composer avec les enfants du généreux bourgeois de Corbie, et d'abord avec son fils Jacques et avec son gendre. Mais Robert Waubert avait une autre fille, Agnès, qui ne survécut que quelques années à son père, si bien que Jean d'Ecourt, le gendre de Robert, dont nous avons déjà parlé, héritant d'une partie des droits de sa belle-soeur, sur les legs faits jadis aux Templiers, reçut encore du Temple 137 livres parisis, pour l'abandon de ces droits (novembre 1284) (59).

Vers cette époque (1285) le précepteur ou commandeur des maisons du Temple en Ponthieu, était Philippe de la Haye ou des Hayes (60).

La maison du Temple de Belle-Eglise possédait également une cinquantaine de journaux de terre, à Bresle, dans le territoire de la nouvelle maison de la Viéville. Elle tenait cette terre de Gilles de Bussus (61), et de Guillaume de Bresle, mais sans le consentement du propriétaire du fief, Jean de Heilly (62), chevalier, qui pour cette raison voulait contraindre les frères du Temple à s'en dessaisir. Cependant la victoire resta aux Templiers ; Jean de Heilly ayant consenti à une indemnité de 60 livres parisis. Toutefois ce seigneur maintint cette condition que la terre serait acensée par le Temple ; c'était en octobre 1287 (63).

D'après un acte quelque peu postérieur (mai 1292), les cinquante journaux, dont nous venons de parler, provenaient du legs de Robert Waubert à la maison de Belle-Eglise ; ils étaient en quatre pièces, dont trois au terroir de la Viéville et une au terroir de Buire (64). Gilles de Bussus reçut 30 livres parisis du Temple, pour avoir confirmé cette donation ; mais, il faisait cette réserve, que si les Templiers venaient à changer de censier, ils devraient lui fournir un setier de vin, de 8 deniers parisis, lors du départ du fermier et autant à l'arrivée du nouveau (65).

Nous en avons terminé avec le testament de Bobert Waubert et avec les divers actes d'amortissement auxquels ces nombreux legs donnèrent lieu.

Malgré cet héritage, la maison de Belle-Eglise ne renonça pas à acheter ; ainsi, en 1289 (24 mars 1288-89) un clerc, Thibaut, avait vendu aux Templiers en Ponthieu (ceux de Belle-Eglise ou de la Viéville), pour 300 livres de parisis, 57 journaux et demi de terre et 20 verges, en plusieurs pièces, à la Viéville, à Bresle (66), etc.

Puis, c'est une veuve, Marie Cleriet, qui, en 1291, donne à cette commanderie tous ses biens meubles et immeubles, de la ville et de la campagne, tout en s'en réservant l'usufruit, sa vie durant. L'acte émané de l'official d'Amiens, ne dit pas où étaient situés ces biens (67).

Au mois de mars de l'année 1303, le procureur ou précepteur du Temple, Guérin de Grandvilliers, intentait une action en justice contre Pierre, fils de Gérard de Naours (68), charpentier, par laquelle il exposait au juge que le précepteur et les frères de la maison du Temple de la Viéville, avaient le droit de percevoir 40 sous parisis de cens, sur la maison du dit Pierre, sise rue Neuve à Corbie. Pierre n'ayant rien payé depuis dix ans, le procureur demandait qu'il fut condamné à rembourser ce qu'il devait, mais nous ignorons ce qui advint de ce procès (69).

Si nous ne craignions d'amoindrir le prestige des frères du Temple, nous dirions qu'en février 1304, le précepteur de Belle-Eglise, Raoul de Grandvilliers, obtint du bailli d'Amiens une sentence, qui défendait aux gens d'Arquèves de couper ou emporter le chaume, des champs de la commanderie, durant tout le mois d'août (70).

Enfin le dernier acte, à notre connaissance, qui concerne Belle-Eglise est un bail, à cens. En effet, au mois de juillet 1304, Gilles de Mailly, affermait à « son bon ami » frère Raoul de Grandvilliers, précepteur de Belle-Eglise, pour 7 livres parisis, le champ dit « Courval » au terroir de Senlis, avec cette clause que les Templiers seraient tenus de le fumer. De plus, Gilles devait être dispensé d'une redevance envers le Temple, soit 8 setiers et un muid de blé (71), aussi longtemps que Dieu prêterait vie au commandeur, Raoul (72). Ce chevalier était loin de penser alors, que l'Ordre du Temple avait vécu, ou qu'il s'en fallait de bien peu, et que l'auteur de cette chute inouïe serait le roi de France, de sinistre mémoire.

En 1373 la maison de Belle-Eglise avait encore sa chapelle garnie d'ornements, de vases sacrés, de livres, et suffisamment desservie (73). Cette maison avec les terres, prés et 2 journaux de Lois, était affermée pour 80 livres.

D'après Mannier (74), la maison et la chapelle étaient situées au milieu de 450 journaux de terre, que le chemin de Doullens à Albert traversait dans toute leur longueur (75).

Le Livre Vert nous apprend ensuite que le domaine de Senlis où il n'y eut jamais chapelle, était affermé pour 27 livres, et celui de Festonval pour 10 livres seulement. Les terres de ces deux fermes étaient, paraît-il, très mauvaises. Au milieu du XVe siècle, les terres et seigneuries de Festonval consistaient en un manoir et 64 journaux de terre, qui depuis très longtemps ne rapportaient rien. Si nous ajoutons aux revenus de Belle-Eglise, de Senlis et de Festonval, 18 livres de cens, en la ville de Corbie, on aura un total de 139 livres.

Belle-Eglise était donc bien déchue (76).

Si nous en croyons le Livre Vert (77), la maison récente de la Viéville n'aurait pas eu de chapelle ; cette commanderie et les terres étaient affermées pour 40 livres. Le revenu total de l'ancienne maison du Temple de Belle-Eglise, était donc en 1376, de 180 livres environ, mais il n'est pas tenu compte des charges.

Précepteurs de Belle-Eglise (78)
1209. — Geoffroi. 1272-1279. — Pierre.
1304. — Raoul de Grandvilliers (sans doute le dernier précepteur).

Chapelain de la maison
1209. — Froon.


Précepteur de La Viéville.
Vers 1301. — Raoul de Frise (79).
(1) Belle-Eglise ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux, com. d'Arquèves.
(2) Festonval ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux, com. d'Harponville.
(3) Senlis ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(4) La Viéville ; Somme, arr. Péronne, canton d'Albert.
(5) Beauquesne ; Somme, arr. et canton de Doullens.
(6) « Managium fratribus militie templi de Festonval », pièce justificative, nº 29.
(7) En raison de la difficulté qu'il y avait à attribuer aux maisons que nous venons de citer, ce qui leur revenait en propre, nous avons tout rapporté à la maison de Belle-Eglise.
(8) Daours ; Somme, arr. Amiens, canton de Corbie.
(9) J. de « Gova » ; peut-être Gouves, Pas-de-Calais, arr. d'Arras, canton de Beaumetz-les-Loges.
(10) Pièce justificative, nº 28.
(11) Baizieux ; Somme, arr. Amiens, canton de Corbie.
(12) Pièce justificative, nº 29.
(13) Mailly ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(14) Ancre, aujourd'hui Albert, Somme, arr. Péronne, chef-lieu de canton. — A. N. M. 13, nº 18, original — S 5059, cartulaire nº 8, fº 27 et fº 32, vº — S 5533, cartulaire fº 283 et 284.
(15) A. N. — MM. 894, nº 65 bis, original — S 5059, cartulaire nº 8, fº 33 ; S 5533, fº 284 vº.
(16) A. N. S 5061, nº 43. — MM. 894, nº 78, original — S 5059 cartulaire nº 8, fº 29 vº et cartulaire S 5533 fº 296 vº.
(17) Thiepval ; Somme, arr. Péronne, canton d'Albert. Louvencourt, Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(18) A. N. S 5061, nº 46, original — S 5059, cartulaire nº 8 au fº 27, vº. — S 5533, fº 297, vº.
(19) Démuin ; Somme, arr. Montdidier, canton de Moreuil.
(20) Pièce justificative, nº 30 (1238).
(21) Pièce justificative, nº 31.
(22) Authies ; Somme, arr. Doullens canton d'Acheux.
(23) Arquèves ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(24) Vauchelles ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(25) Le Temple avait une maison en la petite ville de Beauquesne — maison de rente, sans doute.
(26) Ces clercs du Temple n'étaient pas des frères du Temple et ils devaient être gagés. Leur présence s'explique tout naturellement, et leur mission était de rédiger les actes intéressant l'Ordre.
(27) Lealvillers ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(28) Pièce justificative, nº 32.
(29) Senlis ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux. — Dans les chartes « Senlis », même dans les chartes latines.
(30) Pièce justificative, nº 83.
(31) Pièce justificative, nº 34.
(32) « Villa petrosa », Villepreux ou peut-être Prouville dans la Somme, arr. Doullens, canton de Bernaville.
(33) Corbie ; Somme, arr. Amiens, Chef-lieu de Canton.
(34) Bray ; Somme, arr. Péronne, Chef-lieu de Canton.
(35) Saint-Pol ; Pas-de-Calais, chef-lieu d'arrondissement.
(36) Pièce justificative, nº 34.
(37) Ecourt ; Pas-de-Calais, arr. Arras, canton de Marquion ?
(38) Buire-sous-Corbie ; Somme, arr. Péronne, canton d'Albert.
(39) Sarton ; Pas-de-Calais, arr. Arras, canton de Pas-en-Artois.
(40) Pièce justificative, nº 35.
(41) Pièce justificative, nº 36.
(42) Il se peut cependant que les Templiers aient eu une maison à Bray, car nous lisons dans l'abbé Decagny, tome I, p. 559, qu'auprès de Morlancourt, vers le bois de Bray, se trouve un endroit où l'on découvre encore les restes d'une ancienne habitation du Temple.
(43) A. N. S 5061, nº 63 original. ; S 5059, cartulaire, nº 8, au fº 37 vº; S 5533, fº 263.
(44) Toutencourt ; Somme, arr. Doullens, canton d'Acheux.
(45) Pièce justificative, nº 37. — Henri de Toutencourt, fils de Robert, confirma ce qu'avait fait son père, par un acte du mois de janvier 1287-88 (A. N. S 5061, nº 35). Copies des XVe et XVIe siècles dans : S 5059, cartulaire nº 8 fº 25 ; S 5533, fº 275.
(46) Hénencourt ; Somme, arr. Amiens, canton de Corbie.
(47) Pièce justificative, nº 38. — Gui de Chatillon, comte de Saint-Pol et grand bouteiller de France, sauva la vie en 1304, à Philippe le Bel, à la bataille de Mons-en-Pevèle.
(48) Ces biens se trouvaient dans la ville et le territoire de Corbie.
(49) Cartulaire noir de Corbie. — B. N. m. s. latin 17758,

1º 46 ; la pièce est transcrite en entier dans Boutaric. Inventaires et documents. Actes du Parlement de Paris, tome I, p. 379, nº 512, et aussi dans : Delisle et Grun. ; Registres du Parlement, restitution d'un volume des olim. (in-4) p. 379, nº 512.

(50) Bresle ; Somme, arr. Amiens, canton de Corbie.
(51) A. N. S 5061, nº 28 original — Copie du XVIe siècle dans le cartulaire, S 5533 au fº 303.
(52) Dernancourt ; Somme, arr. Péronne, canton d'Albert.
(53) Achicourt ; Pas-de-Calais, arr. et canton d'Arras.
(54) Montonvillers ; Somme, arr. Amiens, canton de Villers-Bocage.
(55) A. N. S 5061, nº 65 original ; S 5061, nº 29, original ; cartulaire S 5533, fº 304.
(56) Aveluy ; Somme, arr. Péronne, canton d'Alhert. M. M. 895, nº 58 bis. (A. N.)
(57) A. N. S 5061, nº 17 original; S 5059, nº 8, cartulaire, au fº 26, vº ; S 5533, fº 308, vº.
(58) Pièce justificative, nº 39.
(59) A. N. S 5061, nº 18, original, en français, et nº 32. origal lat. S 5533, fol. 260, vº et fº 270. — L'acte nº 18 est scellé, des sceaux de Jean d'Ecourt et de Tassine Waubert sa femme.
(60) Pièce justificative, nº 40.
(61) Bussus ; Somme, arr. et canton de Péronne.
(62) Heilly ; arr. Amiens, canton de Corbie.
(63) A. N. S 5061, nº 33, original ; S 5059, cartulaire, nº 8, au fº 35 vº; S 5533, au fº 272.
(64) Buire ; Somme, arr. Péronne, canton d'Albert.
(65) A. S 5061, nº 66, original; S 5059, nº 8, fol. 28, vº, et S 5533, fº 277, vº.
(66) S 5061, nº 36, original ; S 5059, nº 8, fº 33 et S 5533, fº 273 et 276.
(67) A. N. S 5061, nº 40 original ; S 5533. fº 266 et 309 vº.
(68) Naours ; Somme, arr. Doullens, canton de Domart.
(70) Pièce justificative, nº 41.
(71) A. N. MM. 895, (cahiers paléographiques) nº 85 original ; cartulaire du XVIe siècle, S 5533, fº 310, vº.
(72) Pour l'origine de cette redevance, voir la Maison du Temple de Gallet.
(73) Pièce justificative, nº 43.
(74) Livre vert, fº 6.
(75) E. Mannier, p. 649.
(76) E. Mannier, p. 652.
(77) D'après un registre du XVe siècle, (A. N. S 5558, fº 46, vº). En 1495, cette maison du Temple n'était plus affermée que pour 40 livres. Le fermier était tenu d'entretenir la chapelle et les bâtiments.
(78) Livre vert, fº 6, vº.
(79) Le Procès des Templiers ne nous fournit aucun renseignement à ce sujet.
(80) Procès des Templiers. Tome II, p. 113. Frise, Somme, arr. Péronne, canton de Bray-sur-Somme.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893
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Amiens (biens du Temple à)
Nous ne doutons pas que les Templiers aient eu une maison, en la ville d'Amiens, bien que les documents nous fassent défaut. Dans une histoire de la ville d'Amiens (3), nous avons relevé d'ailleurs parmi les noms des rues, celui de la rue du Temple. De plus, dans plusieurs actes concernant le Temple et émanés soit de l'évêque d'Amiens, soit de l'officialité, nous avons pu constater la présence de frères du Temple à Amiens. Il est même probable que leur mission était de veiller à l'expédition des actes, intéressant les maisons du diocèse (1).
(3) Daire (Le P.). — Histoire d'Amiens. T. I., p. 498.
(1) D'après M. le Baron A, de Calonne, il n'y aurait pas eu de Templiers à Amiens. — Il nous semble bien difficile d'admettre que le Temple n'ait pas eu au moins un hôtel, en cette ville, alors que plusieurs souscriptions d'actes nous prouvent la présence de frères du Temple, à diverses époques, à Amiens. Voir pièces justif. Nº 20 et 29.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Bazincamps (maison du Temple) (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

Tout ce que nous savons sur cette maison du Temple, c'est qu'au mois d'octobre 1246, un chevalier Hue de Courchon (2), donna aux Templiers tout l'espace, « rounnum » (3), sis entre son manoir de Courchon et la maison du Temple, avec tous droits sur les terres données (4).

Le Livre vert (fº 11) nous apprend que cette maison comprenait en 1373, 88 journaux de terres arables, et 5 journaux de prés et pâtis. Les redevances étaient de 40 sous de cens, 20 setiers de grain, 5 chapons, etc. ; bref, la maison et les terres étaient affermées pour 40 livres et le revenu total était de 42 livres.

Le Livre vert ne parle pas de la chapelle de cette maison. Ajoutons que les Templiers avaient droit de pêche dans l'étendue de leur domaine.

Un historien picard, Dusevel (5), dit que l'église d'Airaines qui est du XIIIe siècle, passe pour avoir servi de chapelle aux Templiers établis dans les environs (c'est-à-dire à Bazincamps). On y verrait de beaux vitraux réparés, avec inscriptions gothiques existant au bas des vitraux et presque toutes illisibles.

Le procès des Templiers ne nous fournit malheureusement aucun renseignement sur cette maison. Au XVe siècle, cet ancien domaine du Temple était encore affermé, comme l'on voit par ce passage : « Le Temple de Bazincamps, auprès d'Airaines, lequel est baillé a ung séculier... les maisons, grange, estables, et édifices sont en petit « estat » (6).
(1) La maison de Bazincamps était située entre Airaines et Bettencourt-Rivière, sur un petit affluent de la Somme. Airaines, Somme, arr. Amiens, canton de Molliens-Vidame. Bettencourt, Somme, arr. Amiens, canton de Molliens-Vidame.
(2) D'après Cassini, Courchon est au sud et tout près de Bettencourt.
(3) Le mot « rounnum » n'est pas dans Du Cange. — Dans un Dictionnaire franco-normand, nous avons trouvé le mot « rum, run ou roun », en anglais room, pour désigner un emplacement, une étendue de terrain quelconque et nous avons adopté ce sens.
(4) Pièce justificative, nº 44. — Une analyse de cet acte se trouve dans le registre S 5970, qui traduit le mot « rounnum » par droit de rivière. Dans ce sens, Hue aurait accordé le droit de pêche aux Templiers.
(5) Description historique et pittoresque de la Somme, par Dusevel et P. A. Scribe. — T. II, p. 107.
(6) A. N. S 5558 registre de l'an 1495, au fº 48 vº.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Grand-Selve (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. — Baillie de Ponthieu.

Nous ne connaissons l'existence de cette maison du Temple, que par le procès des Templiers, et par le procès de Poitiers, publié par Schottmuller.

Un certain Gilles de Rotangy (2), prêtre du Temple, dit dans sa déposition (3) avoir assisté à la réception d'un écossais, Jean de « Sotton » ; réception qui fut faite vers 1296 par Jean de Villeneuve (4), frère sergent, précepteur du Temple en Ponthieu, dans la chapelle de la maison de Grand-Selve, en présence de Pierre de « Limécourt », précepteur de la maison, à ce qu'il croit, de Raoul L'Anglois, qui avait été mercier avant d'être Templier et qui était alors précepteur de la maison d'Oisemont (5), et du frère Pierre « Poyle-Castel », laboureur de la maison de Grand-Selve.

Le dernier précepteur de cette maison fut Jean de Sarnois (6). Il déposa le 1er juillet 1308, qu'il était depuis environ 18 ans dans l'Ordre du Temple, mais il fut bien neuf ans outre mer, sans doute à Chypre (7).

Un Templier, dont nous avons déjà parlé, Guillaume « Haynues », frère serviente, qui était claviger du Temple de Campagne, en 1307, avait été reçu, en 1301, par le précepteur du Ponthieu, Guérin de Grandvilliers, dans la maison de « Grandsueuvre », c'est-à-dire de Grand-Selve, en présence du précepteur et du chapelain du Temple d'Oisemont (8).

Le Livre vert (au fº 21) oublie de dire que Grand-Selve avait appartenu au Temple, avant de devenir la propriété des Hospitaliers ; il est fait mention de la chapelle de la maison et d'une autre au « Saucoy de lez Gamaches » (9). Le domaine se composait, en 1373, de 500 journaux de terre, sur lesquels 300 de labourables, et rapportant 18 deniers par journal, ce qui ne faisait pas 23 livres. Il y avait en outre des dîmes en nature, de la valeur de 34 livres, plus de cent sous de cens, 16 journaux de bois pour l'usage de la maison, et d'autres menus revenus. Le revenu total était de 63 livres, mais les charges surmontaient les recettes, du moins à cette époque du XIVe siècle.

E. Mannier (10) nous apprend que cette maison eut beaucoup à souffrir des guerres du XIVe siècle, et qu'en 1375 elle avait besoin de grandes réparations. Pour se procurer le moyen de les faire, le commandeur avait dû vendre les deux cloches qui se trouvaient dans la chapelle. Cette chapelle, du moins au XVe siècle, était dédiée à Notre-Dame (11).

Ruines de cette maison du Temple.

Il y avait encore en 1858, à Grandselve, des ruines ; entre autres la chapelle et des soubassements de murailles, en grés.

La chapelle se trouve au premier étage, et a la forme rectangulaire, le chevet étant polygonal et formé de trois pans coupés. Elle est dans un tel état de délabrement, qu'il est difficile de lui assigner une époque. Il ne faut pas oublier, du reste, que déjà en 1495 elle passait pour avoir été refaite et réédifiée. D'après les quelques fragments de colonnes qui subsistent, on pourrait peut-être assigner comme date à cette chapelle du Temple, le milieu du XIIIe siècle. Peut-on induire de là que les chapelles du Temple, dans les campagnes, n'avaient pas de forme caractéristique, et que la forme ronde ou polygonale était réservée pour celles des villes, comme Laon et Metz ? C'est peut-être bien osé.
(1) Grand-Selve ou Grosse oeuvre, par corruption pour Grosseuve, en latin « grandis silva, grosso, silva » d'où Grosselve et par la vocalisation de l, Grosseuve, devenu Grosse-oeuvre, sur lequel on a fait « Grossum opus. » Cette maison était près de Buigny, Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(2) Rotangy. — Oise, arr.de Clermont, canton de Crévecoeur.
(3) Procès des Templiers, t. II, p. 134.
(4) « Nova-villa. » — Est-ce Villeneuve, Neuville ou Neuveville ?
(5) La maison du Temple d'Oisemont, dont nous allons nous occuper, était assez voisine de celle de Grande-Selve, et beaucoup plus importante.
(6) Sarnois. — Oise, arr. de Beauvais, canton de Grandvilliers.
(7) Schottmuller. — Untergang des Templer-Ordens... T. II, p. 22 (Procès de Poitiers). Cfr. aussi Procès des Templiers (Michelet). T. I, p. 472.
(8) Schottmuller. — T. II, p. 63.
(9) Nous n'avons trouvé cette localité, ni dans Cassini, ni sur la carte de l'Etat-major. Au XVe siècle, cette chapelle s'appelait « la chapelle de l'Aunoy du Temple », et il est dit dans un registre S 5558, visite prieurale de 1495, fº 42 vº) que la chapelle : « a esté reffaicte et rédiflié, où n'a ne maison ni habitation. »
(10) E. Mannier. — Les Commanderies du grand prieuré de France, p. 609.
(11) A. N. S 5558, registre de l'an 1495, f 42 vº.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Oisemont (maison du Temple d') (1)
Diocèse d'Amiens. Baillie de Ponthieu.

Cette commanderie fut l'une des plus importantes du Ponthieu, sans doute même, dans les derniers temps, était-elle le centre, le chef-lieu d'une petite baillie du Temple. Malheureusement les archives de la maison ne nous sont pas parvenues.

Sa fondation remonte certainement au XIIe siècle, car il est fait mention dans une donation du comte de Ponthieu, datée de l'an 1205, du précepteur, le frère Richard (2). Nous savons que le même était encore précepteur en 1209, et qu'il se trouvait alors momentanément à Sériel (3).

Un accord survenu, en 1284, entre l'abbaye de Saint-Valéry (4) et la maison d'Oisemont nous apprend que les Templiers avaient acquis, puis acensé, dans ces trente dernières années, des terres dans le territoire de la Neuville-au-Bois (5). L'abbé de Saint-Valery prétendait que ces terres étaient de sa mouvance à titre de fiefs ou d'arrière-fiefs ; la commanderie, au contraire, disait les avoir acquises légitimement, et en avoir payé l'amortissement au feu sire de Long (6). Néanmoins l'abbé les avait fait saisir et le différend, qui en était résulté, avait été porté devant le Parlement. Enfin les Templiers furent remis en possession de ces terres, de la contenance de 22 journaux, avec tous droits de justice ou autres, mais à la charge de payer chaque année aux moines de Saint-Valery, en leur maison de Citerne (7), une livre de poivre et autant à l'élection de chaque nouvel abbé (8).

Ajoutons à ces quelques détails que la maison d'Oisemont avait, en 1301, le patronage de la paroisse Saint-Martin d'Oisemont et de celle de Vaux (9) ; le chapelain du Temple était en même temps curé de ces deux paroisses.

Dans le procès des Templiers, il est fait mention plusieurs fois de la maison d'Oisemont, ce qui prouve que cette antique demeure du Temple était alors en pleine activité.

C'est d'abord, un frère sergent du Temple, Mathieu de Tilloy, qui était entré jeune dans la milice et qui avait blanchi sous le harnois. D'après sa déposition, il avait été reçu par Hervé de Villepreux, précepteur du Temple en Ponthieu, dans la chapelle du Temple d'Oisemont, en l'an 1277 environ, et en présence d'Arnoul de Guise (10), frère sergent, précepteur d'Oisemont, et d'Henri de Gamaches (11), prêtre du Temple. Mathieu était encore à Oisemont aux environs de l'an 1285 ; il avait même assisté à la réception d'un certain Raoul de Fresnoy, par Philippe des Hayes, précepteur du Temple en Ponthieu. C'était au mois de janvier 1311 que Mathieu avait fait cette déposition et Raoul de Fresnoy comptait déjà parmi les victimes du Temple, car il avait été brûlé à Paris (12).

En 1302 un frère sergent, du nom de Philippe, aurait été reçu par Jean de Sarnois, précepteur de la maison, en présence du frère Gilles de Rotangy (13), chapelain curé, et de Nicolas de la Celle, précepteur d'Oisemont. Or il y a ici une erreur, Jean de Sarnois n'était pas précepteur d'Oisemont, mais de Grand-Selve (14).

Dans sa déposition, Beaudoin de Saint-Just déclara, qu'étant précepteur de la baillie de Ponthieu, il avait reçu en la maison d'Oisemont, le 25 décembre 1305, un certain Michel Musset en présence des frères Gilles de Rotangy et Raoul de Fresnoy déjà cités. Le 6 janvier 1307, c'est-à-dire l'année même de la chute du Temple, Baudoin avait encore présidé à la réception d'un frère Jean de « Rizaval », (15) en présence d'un prêtre, Thomas de Janville (16), qui avait été claviger de la maison de Forest (17).

Nous croyons cependant que le précepteur du Ponthieu, Baudoin de Saint-Just, assista à la réception de Michel Musset, plutôt qu'il ne le reçut, car le chapelain d'Oisemont, Gilles de Rotangy, déposa également, lors de son interrogatoire, avoir reçu comme frère sergent du Temple, ce même Michel Musset (18), qui fut trésorier de la maison ; et cela en présence du précepteur du Ponthieu, et d'un humble frère du Temple, chargé du soin des champs et de la commanderie (19).

Enfin nous savons par la déposition de Guillaume de la Place, frère sergent, qu'il était précepteur d'Oisemont au moment de la catastrophe de l'Ordre (20). Nous avons dit que Nicolas de la Celle était précepteur de la maison vers 1302 ; il avait eu sans doute pour prédécesseur Jean de Crèvecoeur, qui est qualifié tel pour les années 1301 (21), et 1302 (22).

Nous savons aussi que des chapitres, d'une importance relative il est vrai, furent tenus à Oisemont ; car Jean « Peynet » prêtre du Temple, parle, dans sa déposition, d'un chapitre tenu en la maison par Robert de Beauvais, alors précepteur du Ponthieu, vers 1304 ou 1305 (23).
(1) Oisemont. — Somme, arr. d'Amiens, chef-lieu de canton. La maison du Temple n'était pas à Oisemont même, mais dans la commune d'Oisemont. — E. Mannier n'en dit rien pour ce qui est de l'époque des Templiers.
(2) Pièce justificative, nº 8.
(3) Pièce justificative, nº 22.
(4) Saint-Valery. — Somme, arr. d'Abbeville, chef-lieu de canton.
(5) Neuville-au-Bois. — Somme, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont.
(6) Long. — Somme, arr. d'Abbeville, canton d'Ailly-le-Haut-Clocher.
(7) Citerne. — Somme, arr. d'Abbeville, canton d'Hallencourt.
(8) Pièce justificative, nº 45.
(9) Vaux. — Somme, arr. d'Abbeville, canton d'Hallencourt.
— Bénéfices de l'Eglise d'Amiens, par Darsy. — T. II., p 211, note 2.
(10) Guise. — Aisne, arr. de Vervins, chef-lieu de canton.
(11) Gamaches. — Somme, arr. d'Abbeville, chef-lieu de canton. — Procès des Templiers, T. I., p. 358.
(12) Procès des Templiers, Tome I., p. 363. — Autre réception à Oisemont, tome I, p. 480.
(13) Rotangy. — Oise, arr. de Clermont, canton de Crèvecoeur.
(14) Procès des Templiers, tome II, p. 66, 67.
(15) « de Resida Valle. »
(16) Procès des Templiers. T. I., p. 443 et 444.
(17) Procès des Templiers. T. I., p. 243.
(18) Musset. « alias Moset, Mostet. »
(19) Procès des Templiers, tome I, p. 452, 465.
(20) Procès des Templiers, tome I, p. 450.
(21) Schottmuller. T. II, p. 63 (procès de Poitiers).
(22) Procès des Templiers, tome I, p. 621.
(23) Procès des Templiers, t. II, p. 73.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Oisemont (commanderie d'Hospitaliers d')
Après la chute du Temple, la maison d'Oisemont devint la propriété de l'Ordre de l'Hôpital. Elle devint même, d'après le Livre vert (1), chef de baillie, et le chapelain était en même temps curé d'Oisemont, comme jadis sous les Templiers.

En 1373, les revenus de cette commanderie se composaient de 67 livres que rapportaient 450 journaux de terre ; de redevances en nature, du prix de 23 livres ; de 28 livres, pour la halle et la vicomté d'Oisemont, le revenu du four étant compris dans cette somme. Il y avait de plus deux moulins, l'un à vent, l'autre à eau, qui rapportaient 16 livres; sans compter des dîmes en nature, du prix de 34 livres. La maison n'avait de bois que pour son usage seulement. Il y avait encore d'autres revenus, sans que nous puissions dire précisément si ces rentes avaient appartenu jadis à la maison d'Oisemont, ou aux maisons du Temple de Mouflières (2), de Rosière (3), etc. Ainsi le travers de Senarpont (4) rapportait 4 livres. Le Temple avait à Rambures (5), deux masures acensées pour 6 sous, à Vismes (6), 45 sous de cens, à Biencourt (7), à Frettemeule (8), à Cérisy (9), 4 livres, à Fontaine-le-Sec (10), 6 muids de grain. La chapelle de cette localité était alors desservie par les Hospitaliers. Peut-être l'avait-elle été jadis par le Temple ?
A Vaux, la maison d'Oisemont percevait une quinzaine de livres, soit en dîmes, soit en cens. Les Hospitaliers percevaient encore, à Cannessières (11), 25 livres en rentes ou en dîmes, et 18 livres de rente, à la Neuville-au-Bois (12).

Le revenu total de la maison d'Oisemont, en 1373, était supérieur à 330 livres ; mais il y avait des charges très considérables puisqu'elles dépassaient les recettes. C'est qu'en effet, Oisemont avait beaucoup souffert des guerres du XIVe siècle et le Livre vert (13) nous apprend que la maison et la ville d'Oisemont furent brûlées deux fois par les ennemis, une première fois par le roi d'Angleterre, avant sa victoire de Crécy (1346) et une seconde fois par le duc de Lancastre « Lenclatre » en 1370.

Précepteurs de la maison du Temple d'Oisemont.
1205-1209. — Richard.
Vers 1277. — Arnould de Guise (14).
1296. — Raoul l'Anglois.
Vers 1301 et 1302. — Jean de Crèvecoeur.
1302 ou 1303. — Nicolas de la Celle.
1305-1307. — Guillaume de la Place, dernier précepteur de la maison du Temple.

Chapelains et curés d'Oisemont.
Vers 1277-1280. — Henri de Gamaches.
Vers 1300. — Pierre Mignet (15).
Vers 1302 et postea. — Gilles de Rotangy, dernier chapelain de la maison.

Trésorier de la maison.
Vers 1306-1307. — Michel Musset.

(1) Livre vert, fº 16 vº.
(2) Mouflières. — Somme, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont.
(3) Rosière. — Somme, com. de Neuville-Coppegueule, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont.
(4) Senarpont. — Somme, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont.
(5) Rambures. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches. — Livre vert, fº 17.
(6) Vismes. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(7) Biencourt. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(8) Frettemeule. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(8) Cérisy-Buleux. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(10) Fontaine-le-Sec. — Somme, arr. d'Amiens, cant. d'Oisemont.
(11) Cannessières. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Gamaches.
(12) La Neuville-au-Bois. — Somme, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont.
(13) Livre vert, fº 17 vº.
(14) En 1280, Arnoul est précepteur de Mouflières. — Procès. T. I, p. 488 et 489.
(15) Auparavant, chapelain de la maison de Beauvoir. Son nom est orthographié différemment « Minhot, Minhet. » Procès des Templiers, t. I, p. 622.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Acheux (domaine du Temple d') (1)
Nous ne connaissons l'existence de cette maison du Temple que par le Livre vert. En 1373, Acheux était une dépendance de la baillie d'Oisemont : « la maison d'Aisseu, membre [d'Oisemont], jadis du Temple (2). » D'après ce même registre, la maison d'Acheux avait chapelle ; il y a donc lieu de croire, qu'Acheux a été ce qu'il est convenu d'appeler une maison du Temple, une commanderie qui sans doute dépendait d'Oisemont.

Au XIVe siècle, cette maison était affermée pour 80 setiers, moitié blé, moitié avoine, ce qui faisait 20 livres, auxquelles il faut ajouter 34 livres de cens, une redevance en grain, de la valeur de 6 livres, des dîmes en nature, valant plus de 9 livres, à Forceville (3), et de menus cens. Le revenu total était de 75 livres.

Dans le procès des Templiers (4), il est question d'une grange du Temple appelée « Assens », à la date de 1277, et paraissant se trouver non loin d'Oisemont, nous nous demandons si ce mot n'aurait pas été mal lu, et si ce ne serait pas « Aseus » pour Acheux, qu'on écrivait au XIVe siècle : « Aisseu, Aesseu. »

M. E. Mannier (5) pense que la chapelle du Temple d'Acheux fut détruite pendant les guerres du XVe siècle, car le rapport d'une visite prieurale, faite en 1495, dit qu'elle avait cessé d'exister et que la maison n'était plus qu'une simple ferme, dont dépendaient 130 journaux de terre.
(1) Acheux. — Somme, arr. d'Abbeville, canton de Moyenne-ville. La maison du Temple n'était pas à Acheux même, mais a environ 700 mètres au sud d'Acheux. Elle est indiquée sous le nom de « l'Hôpital » dans la carte de Cassini.
(2) Livre vert, fº 16 et 16 vº.
(3) Forceville. — Somme, arr. d'Amiens, canton d'Oisemont. Ce village est à peine à une lieue d'Oisemont.
(4) Procès. T. I, p. 361.
(5) Les commanderies du grand prieuré de France, par E. Mannier, page 608. — A. N. S 5558, registre de l'an 1495 au fº 42 vº : « cens d'Acheu en laquelle n'a point de chappelle si non maison pour les censiers, granges et estables. »

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Mouflières (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. Baillie de Ponthieu.

L'origine de cette maison du Temple remonte au XIIe siècle. Il paraît que les Templiers, avant de se fixer en cet endroit, se seraient établis à « Busménard (2). » Nous lisons, en effet, dans M. Darsy (3), que « Busménard » autrefois appelé « Rohastre », avait été donné au Temple par Anselme de Cayeux (4), avant 1164. Les frères du Temple auraient fait abandon de la dîme des moissons à l'abbaye de Sery (5), ce que Jean, comte de Ponthieu, aurait confirmé en 1176.

Toujours d'après M. Darsy (6), la ferme et le domaine de « Rohastre » auraient été cédés à l'abbaye par les Templiers, au temps de Baudouin de « Gant », maître des maisons du Temple au diocèse d'Amiens, en échange de la ferme de Mouflières, et d'une terre à Villeroy (7). Thibaud, évêque d'Amiens, aurait confirmé cet échange (28 mars 1185-86).

Ce qui semble confirmer l'assertion de M. Darsy, c'est qu'en 1185 Guillaume de Cayeux reconnut à la maison de « Rohastre » le droit de prendre le bois mort dans le bois de Sery, comme les frères du Temple en avaient l'habitude (8).

Pour résumer, la maison du Temple de Mouflières daterait de l'an 1184 ou 1185, et les frères du Temple de la maison de « Rohastre (Busménard) » y auraient trouvé asile.

Quant à Mouflières, nous ne connaissons son existence que par le procès des Templiers. En effet, le mercredi 3 février 1311, un frère sergent du Temple, Jean de Grez, qui comparaissait enfin devant ses juges, après trois ans passés de captivité, déclarait avoir été reçu, en l'an 1280, dans la chapelle du Temple de Mouflières, par le chevalier du Temple, Hervé de Villepreux, précepteur du Ponthieu, en présence d'Henri de Gamaches, chapelain, curé d'Oisemont, et du précepteur de Mouflières, Arnoul de Guise, frère sergent (9).

Ce même Arnoul était encore précepteur de la maison vers 1290, car Jean de Grez avait assisté, il y avait plus de vingt ans, à la réception d'Etienne, écuyer d'Arnoul, dans la chapelle de Mouflières ; réception qui avait été faite par Arnoul. On sait que les précepteurs des maisons pouvaient avoir un écuyer. A cette époque Jean de Grez était sénéchal de la maison (10).

Le chapelain d'Oisemont, Gilles de Rotangy, présida, lui aussi, à la réception dans le Temple, et à Mouflières, d'un certain Nicolas de Bornel ; c'était en 1305 ou environ, et sur l'ordre de Robert de Beauvais, qui était alors précepteur du Temple en Ponthieu (11).

En 1273, la maison de Mouflières était devenue une maison d'Hospitaliers pour les Pèlerins, et le centre d'une petite baillie (12) ; la chapelle existait encore.

Ses revenus étaient, à cette époque, de 115 livres parisis, qui pouvaient se décomposer ainsi : 4 livres de cens et rentes ; 75 livres, produit de 500 journaux de terre, chaque journal ne rapportant que 3 sous ; les dîmes en nature de Mouflières et de Lignières (13), avaient été affermées pour 28 livres ; il y avait encore d'autres dîmes, de la valeur de 23 livres (14). La cure de Mouflières était desservie par l'Hôpital, et il y a tout lieu de supposer que le chapelain du Temple en avait eu jadis le soin (15), comme nous l'avons vu à Oisemont.

Pour ce qui est des charges de la maison elles étaient assez minimes.

Précepteur de Mouflières
En 1280 — et encore vers 1290 — Arnoul de Guise, frère sergent, auparavant précepteur d'Oisemont.

Sénéchal.
Vers 1290. — Jean de Grez, frère sergent.
(1) Mouflières. — Somme, arr. Amiens, cant. d'Oisemont.
(2) Busménard, dans la commune de Bouillancourt-en-Séry — Somme, arr. Abbeville, cant. de Gamaches.
(3) Darsy. — Bénéfices de l'église d'Amiens, tome II, p. 94, note 5 — d'après le cartulaire de Sery.
(4) Cayeux. — Somme, arr. Abbeville, cant. de Saint-Valery.
(5) Sery-sur-la-Bresle. — Somme, arr. Abbeville, cant. de Gamaches.
(6) Darsy, p. 95 note 1. — D'après le cartulaire de Sery.
(7) Villeroy. — Somme, arr. Amiens, cant. d'Oisemont.
(8) « Gallia Christiana. » T. X. « Instrumenta », colonne 322. — D'après une charte de confirmation, concernant le monastère de Sery.
(9) Procès des Templiers. T. I. p. 488 et 489 — Arnoul avait été précepteur d'Oisemont un peu auparavant.
(10) Procès des Templiers. T. I. p. 489.
(11) Procès des Templiers. T. I. p. 465.
(12) Livre Vert, fº 15, vº.
(13) Lignières. — Somme, arr. Amiens, cant d'Oisemont.
(14) Livre Vert, fº 17.
(15) La visite prieurale faite sous les Hospitaliers, en 1495, (S. 5558 fº 42 vº) ne parle pas de la chapelle du Temple, qui n'existait déjà plus, sans doute « membre de Moufflières où quel a église parrochialle et une ferme où a maison, granges et estables. »

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Correaux (maison du Temple des) (1)
Diocèse d'Amiens. Baillie de Ponthieu.

Nous ne connaissons, d'une façon certaine, l'existence de cette maison, que par les quelques mentions qui en sont faites dans le procès des Templiers.

Ainsi, au mois de novembre 1307, quelques jours à peine après l'arrestation des Templiers, l'un d'eux, Nicolas d'Amiens dit de « Lulli », interrogé, déclarait avoir été reçu dans la maison des Correaux au diocèse d'Amiens, en l'an 1300 environ, parle frère Gérard de Villiers, précepteur de [la province de] France, et en présence de Jean de Sarnois, que le témoin donne comme précepteur du Ponthieu, ce qui n'est pas ; Jean étant alors précepteur de Grand-Selve (2).

Plus tard, au mois de janvier de l'année 1311, comparaissait un autre templier, Pierre de Saint-Just (3), frère sergent, qui, malgré une captivité de plus de trois ans, portait encore le manteau de l'Ordre et la barbe, et qui avait été le dernier préteur de la maison des Correaux(4).

Il est une chose que nous avons oublié de dire, en parlant des maisons du Temple, en général, c'est qu'elles avaient le droit de haute et basse justice, en leurs terres. C'est pourquoi, dans le procès des templiers, il est fait mention d'une potence en la maison des Correaux (5).

Les Correaux à la fin du XIVe siècle.

Le Livre Vert nous apprend, que la maison de « Carriaux ou Carrières », était affermée en 1373, pour 60 livres parisis, auxquelles il faut ajouter 12 livres de cens et de menues dîmes. La maison n'avait de bois que pour son usage. Le total des revenus était de 75 livres, mais il y avait des charges, ainsi il était dû au seigneur de Belle-Perche, 8 sous. On prélevait sur les dîmes, pour l'abbé du Tréport, 6 muids et 8 setiers de grain ; pour la noble dame de Dreux, trois setiers d'avoine.

La chapelle de la maison qui existait encore au XVe siècle était dédiée, du moins à cette époque, à Sainte-Marguerite (6). En 1783 cette même chapelle était en ruines ; une mauvaise cloche en bronze subsistait encore.

Quant au domaine, il comprenait au XVIIIe siècle 220 journaux de terre et 40 journaux de bois.

Dernier précepteur des Correaux.
Pierre de Saint-Just, frère sergent.
(1) Les Correaux, aujourd'hui Ecoreaux, sur la carte de l'Etat-Major, dans la commune de Fresnoy-Andainville — Somme, arr. Amiens, cant. d'Oisemont.
(2) Procès des Templiers. T. II. p. 416.
(3) Saint-Just, Oise, arr. Clermont, chef-lieu de canton.
(4) Procès des Templiers. T. I. p. 474.
(5) Procès des Templiers. T. II. p. 416.
(6) E. Marinier. Les Commanderies du grand prieuré de France, p. 611. — A. N. S. — registre de l'an 1495, fº 42 vº : « Le membre de Carreaulx où quel semblablement a chapelle fondée de Sainte-Marguerite, desservie. La maison du dit lieu est pour le censier. »

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Rosière (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens. Baillie de Ponthieu.

Nous pourrions répéter pour cette maison du Temple, ce que nous avons dit pour celle des Correaux ; nous ne la connaissons que par le procès des Templiers.

En effet, un frère sergent du Temple, Nicolas de Miannay (2), nous apprend qu'il fut reçu en 1300, par le précepteur du Ponthieu, en personne, Guérin de Granvilliers, dans une chambre de la maison de Rosière, et en présence de Jean de Mouflières, prêtre (3). Le précepteur du Ponthieu, présida encore à une réception, dans cette maison, en 1301 (4).

Le précepteur de Rosière, au moment de la chute du Temple, était Adam de Saint-Jean-en-Brocourt (5), qui avait été reçu dans la chapelle de la maison par Robert de Beauvais, en 1302, à la Noël, en présence de Jean le Camus, frère sergent, alors précepteur de cette maison (6).

Enfin, Jean de Granvilliers, frère sergent, avait été reçu dans la chapelle du Temple de Rosière (7), en 1302 ou environ, par Jean de Crèvecoeur, précepteur d'Oisemont, sur l'ordre de Guérin de Grandvilliers, précepteur du Ponthieu, en présence du chapelain d'Oisemont, Gilles. Dans sa déposition, Jean parle du malheureux Lucas de Sarnois et de Clément de Grandvilliers, son parent, qui avaient été tous deux brûlés à Senlis.

Maison de Rosière, après 1301.

Après la chute des Templiers, cette maison releva de la Commanderie des Hospitaliers de Saint-Mauvis (8) : « le maison et les appendices de le Rosière, qui jadis fu du temple... et l'Aunoy de le Rosière, qui fu jadis du temple (9). »

Cette maison est appelée dans le Livre Vert (1373) : « les Rosiers, les Rosières. » Il y avait même la haute et la basse Rosière, l'une adossée à la forêt d'Arguel (10), l'autre située au bord de la Bresle.

Le Livre Vert ne fait pas cette distinction et mentionne seulement les deux maisons, qui jadis furent du Temple, nommées les Rosières, lesquelles ne rapportaient que 25 livres. Il faut ajouter à cette somme le produit des bois et prés, soit 15 livres, et quelques menues redevances. Le revenu total était de 41 livres.

Précepteurs de Rosières.
Vers 1302. — Jean Le Camus.
En 1307 et ante. — Adam de Saint-Jean-en-Brocourt.

Chapelain (11).
Vers 1300. — Jean de Mouflières ?
(1) Rosière, dans la commune de Neuville-Coppegueule — Somme, arr. Amiens, cant. d'Oisemont. Sur la carte de l'état-major, on trouve : la Haute-Rosière et la Basse-Rosière.
(2) Miannay, Somme, arr. Abbeville, com. Moyenneville.
(3) Procès des Templiers. T. I. p. 482.
(4) Procès des Templiers. T. I. p. 368.
(5) Saint-Jean-en-Brocourt, Somme, arr. Amiens, canton d'Hornoy.
(6) Procès des Templiers. T. II. p. 47.
(7) Procès des Templiers. T. II. p. 77 et sq. — Il y a dans le texte « domus de Bosseria » c'est sans doute une mauvaise lecture.
(8) Saint-Maulvis, Somme, arr. d'Amiens, cant. d'Oisemont.
(9) A. N. — S. 5,228 A. nº 1. En français (décembre 1339).
(10) Arguel, Somme, arr. Amiens, cant d'Hornoy.
(11) Livre Vert, au fº 9 vº.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Sommereux (maison du Temple de) (1)
Diocèse d'Amiens et de la baillie de Ponthieu.

C'est une des rares maisons du Temple, desquelles il reste un cartulaire, remontant à l'époque du Temple, au XIIIe siècle ; pour la Picardie, c'est même le seul à notre connaissance. Ce manuscrit étant à Cheltenham (Angleterre), nous n'avons pu le consulter, à notre grand regret (2).

E. Mannier (p. 580), se trompe, en disant qu'il n'y a rien aux Archives nationales sur Sommereux, car en dehors des nombreuses allusions qui y sont faites dans le Procès des Templiers, nous avons trouvé deux actes originaux qui se rapportent sans nul doute à cette maison.

La maison de Sommereux existait certainement avant l'année 1180 ; en effet, à une époque que nous ne pouvons préciser mais qui se rapporte au temps de Louis VII (3), un certain Soustan de Fenis (4), avait donné aux Templiers une terre en la paroisse de Saint-Romain (5) ; Simon « Gallus de Valle » étant alors maître de la maison [de Sommereux] (6).

Plus d'un siècle après cette donation, au mois d'août 1288, Renaud de Dargies (7), confirmait la vente faite, par les hoirs de Robert de Catheux (8), à la maison de Sommereux, de la Motte d'«  Araines », avec les aires, le jardin, les maisons et dépendances, le tout situé en la paroisse de Rogy (9), au diocèse de Beauvais, à la condition que le Temple paierait à titre de droit de relief, comme jadis Robert de Catheux, des éperons dorés de la valeur de 5 sous parisis, toutes les fois qu'il y aurait un nouveau Seigneur, en la terre tenue par lui, Renaud (10).

Des mentions relatives à cette maison, dans le Procès des Templiers : C'est d'abord un vieillard, Jacques de Rougemont, qui avait le soin des granges de cette maison et qui était dans l'Ordre du Temple, depuis l'an 1167 ou environ (11). Humble vétéran du Temple, que pouvait-il dire contre son Ordre, occupé qu'il avait été à compter et mesurer les muids de pur froment, mais inhabile sans doute à lire ou à écrire.

Un autre frère sergent du Temple, Philippe de Laversines (12), avait été reçu un jour de Noël, en 1280 ou à peu près, dans la chapelle du Temple de Sommereux, par un chevalier du Temple, Gautier « d'Este », alors précepteur de la maison (13).

Le chapelain d'Oisemont, Gilles de Rotangy, avait été reçu à Sommereux, par le précepteur de la maison Gautier « d'Este », le 2 février de l'an 1285 environ, en présence des frères Simon, prêtre de la maison du Temple de Fontaine-sous-Montdidier, et Jean de Membressy, précepteur du Vermandois (14).

Gautier d'Este, alias de Ote, était encore précepteur de Sommereux vers 1290 (15).

En 1291 le chapelain de la maison, était Albert de Grumesnil (16).

Nous avons dit, au chapitre V, que les baillies de Ponthieu et de Vermandois avaient dû être subdivisées au XIIIe siècle en baillies de moindre importance ; en voici peut-être une preuve. Le précepteur du Ponthieu, Beaudouin de Saint-Just, ayant, au mois d'octobre 1307, subi le sort commun à tous les Templiers, déposait, le 7 mai 1310, qu'il avait été reçu en 1294, dans la chapelle de Sommereux, par Robert de Saint-Just, son parent, prêtre et précepteur de la baillie de Sommereux, Pierre de Bresle (17), étant précepteur de la maison, Albert, chapelain et curé de Sommereux, Ansoud, frère sergent « dispensator », sorte d'économe de la maison (18).

Le dernier précepteur de la baillie de Sommereux, fut Raoul de Gisy (19), frère sergent du Temple, détenu à Paris, qui avait été jadis receveur de Champagne et qui en 1307 était précepteur des baillies du Temple de Lagny-le-Sec (20) et de Sommereux (21). Pierre était, croyons-nous, receveur de Champagne, pour le roi de France, en même temps que précepteur du Temple (22).

Un certain Jacques de Bergicourt (23), frère sergent, avait été reçu par Hue de « Parando », visiteur de l'Ordre du Temple, vers l'an 1300. Que se passa-t-il au juste ?
Nous l'ignorons. Toujours est-il que Jacques ne pouvant, à ce qu'il déclara, admettre les erreurs de l'Ordre, s'enfuit de nuit. Comme il était gentilhomme il partit pour la guerre de Flandre; c'était en 1301 (24).

Nous savons par la déposition d'un autre Templier, que le précepteur du Ponthieu, à la fin de l'année 1304, était Robert de Beauvais, prêtre du Temple (25), dont il a été déjà parlé.

Ajoutons qu'au moment de l'arrestation des Templiers, Thomas Morel était chapelain curé de Sommereux (26), et que le précepteur de la maison, à cette même époque, était Robert « le Brioys », du diocèse de Sens, frère sergent du Temple (27).

Après la chute du Temple, Sommereux passa aux Hospitaliers. En 1373 le chapelain de la commanderie était, comme jadis, curé de Sommereux.

Il y avait 390 journaux de terre labourable, avec les champarts et les dîmes sur ces journaux, un moulin à vent qui était affermé pour 12 muids de grain, sans compter 36 livres de cens, plus de 300 chapons et des dîmes. Bref, le tout rapportait 240 livres.

A la fin du XVe siècle, cette ancienne maison du Temple était en ruines (28), mais il y avait encore 300 journaux de terre.

Précepteurs de Sommereux.
(A une époque comprise entre 1137 et 1180). — Simon « Gallus de Valle. »
Vers 1280 et 1290. — Gautier d'Este, chevalier.
1294. — Pierre de Bresle.
1307 et ante. — Robert le Brioys (29).

Chapelains de la maison et curés de Sommereux.
Vers 1291 et encore en 1300. — Albert de Grumesnil.
1307 et ante. — Thomas Morel (30).

Précepteurs de la baillie du Temple de Sommereux.
Vers 1292 et 1294. — Robert de Saint-Just (31), alias, de Beauvais, prêtre.
1307 et ante. — Robert de Gisy.
(1) Sommereux. Oise, arr. Beauvais, cant de Grandvilliers. — Cette maison faisait partie, au XIIIe siècle, du diocèse d'Amiens et de la baillie de Ponthieu.
(2) A propos de ce cartulaire du Temple, voir dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes (nº de janvier avril et de mai-juin 1889) deux articles consacrés aux : Manuscrits conservés à Cheltenham (comté de Glocester) de la collection de Sir Thomas Philipps.
(3) L'acte n'est pas daté, mais il est à coup sûr du XIIe siècle et fait sous le roi Louis, soit Louis VI (1108-1137) ou Louis VII (1137-1180). Or, les maisons du Temple ne peuvent remonter plus haut que l'année 1128 ou 1129. Se peut-il que la maison de Sommereux ait été régulièrement constituée avant la mort de Louis VI ? C'est bien peu probable. L'acte en question se rapporte plus vraisemblablement au temps de Louis VII.
(4) « Sustanus de Fenis » — peut-être Fins. Somme, arr. Péronne, cant de Roisel.
(5) Saint-Romain. Somme, arr. Amiens, cant de Poix.
(6) Pièce justificative nº 46.
(7) Dargies. Oise, arr. Beauvais, cant de Grandvilliers.
(8) Catheux. Oise, arr. Clermont, cant de Crèvecoeur.
(9) « Rochi », sans doute Rogy. Somme, arr. Montdidier, cant d'Ailly-sur-Noye.
(10) Pièce justificative, nº 47.
(11) Procès des Templiers. T. I. p. 242 et t. II. p. 324. Le texte porte « Somorens pour Somoreus. » C'est une mauvaise lecture.
(12) Laversines. Oise, arr. Beauvais. cant de Nivillers.
(13) Procès des Templiers. — T. II. p. 53, 64. C'est à tort que Philippe nous présente Gauthier comme précepteur du Ponthieu. Nous savons que ce chevalier était, vers 1270, au Temple de Paris (Procès des Templiers. T. II p. 192) et qu'il remplaça le maître du Temple en France, dans le carême de l'année 1285-1286. (Procès des Templiers. T. II. p. 367.)
(14) Procès des Templiers. — T. I. p. 463, 464.
(15) Procès des Templiers. — T. I. p. 450.
(16) Grumesnil. Seine Inférieure, arr. de Neufchâtel, canton de Forges. Procès des Templiers. Tome II, p. 340, 341.
(17) « Broella » ou « Bragella. »
(18) Procès des Templiers. Tome I, p. 241, 242.
(19) Gisy. Yonne, arr. de Sens, canton de Pont-sur-Yonne.
(20) Lagny-le-Sec. Oise, arr. de Senlis, canton de Nanteuil-le-Haudouin.
(21) Procès des Templiers. Tome I, page 377.
(22) Procès des Templiers. Tome I, p. 394.
(23) « Bregecuria alias Bregnicuria », peut-être Bergicourt. Somme, arr. Amiens, canton de Poix.
(24) Schottmuller. Untergang des Templer-Ordens. Tome II, p. 45. (Procès de Poitiers). Remarquer que Jacques qui se dit noble, n'est cependant qualifié que frater serviens.
(25) Procès des Templiers. Tome I, p. 471. — Robert de Beauvais, alias de Saint-Just ou de Saint-Pantaléon.
(26) Procès des Templiers. Tome I, p. 67.
(27) Procès des Templiers, tome I p. 447, (6) Livre vert, fº 18 vº.
(29) Visite prieurale de 1495. — A. N. S 5558, au fº 43 vº. "Commanderie de Sommereux, où a église parrochialle fondée de Saint-Aubin, bien édiffié d'ancienneté et bien antretenue et réparée, par le commandeur, de verrines. La maison de la dite commanderie près de la dite esglise est un grant édifice ancien et en ruyne et n'y a habitacion nulle à présent... »
(30) Pierre de Lagny est aussi indiqué comme précepteur de Sommereux (Procès des Templiers, tome I, p. 154), mais c'est une erreur.
(31) Thomas Morel, de Bresle, chapelain, curé de l'église de Sommereux. (Procès des Templiers, T. I, p. 67).
(32) Ce Robert de Saint-Just qui était un personnage, dans le

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893  
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Précepteurs du Temple
Liste des Précepteurs du Temple dans le diocèse d'Amiens, puis dans la baillie de Ponthleu.

En 1130. — Nivard, surnommé Payen de Montdidier, chevalier, avait la gérance des biens du Temple dans le diocèse de Noyon — et aussi sans doute, dans tout ou partie du diocèse d'Amiens (1).

1185-1186 (mars). — Beaudouin de « Gant », maître du Temple, pour le diocèse d'Amiens.

(Entre 1186 et 1194). — Guillaume du Bosc-Normand. Ce serait le premier précepteur de la baillie de Ponthieu.
En 1194. — Oelard (2) ou Eulard.

En 1196. — Pierre, qualifié procureur du Temple. D'après M. H. de Curzon, procureur est synonyme de maître ou précepteur.
En 1199. — Eude.
En 1205. — Guérin (3).
En 1209. — Sauvage.

Temple, est donné plusieurs fois, à tort, comme précepteur du Ponthieu. (Procès des Templiers, T. II, p. 340).
En 1214. — Silvestre.
En 1257. — Imbert de « Perant. »
En 1277 (4) et encore en 1281 (5). — Hervé de Villepreux, chevalier.
En 1283-1285. — Philippe des Hayes, chevalier.
Vers 1289-1290. — Jean Moet, alias Moset, Muset (6).
En 1290 et encore en 1296. — Jean de Villeneuve (ou Neuville), frère sergent.
En 1298 et encore en 1304. — Guérin de Grandvilliers, frère sergent.
Vers 1304-1305. — Robert de Beauvais, alias de Saint-Just ou de Saint-Pantaléon), prêtre.
En septembre 1305 et jusqu'au mois d'octobre 1307 (7), Beaudouin de Saint-Just, dernier précepteur du Temple, dans cette baillie.
D'après le procès des Templiers, les frères du Temple Gautier « d'Este » (8), chevalier, et Jean de Sarnois (9) auraient été précepteurs du Ponthieu ; il y a erreur.

Il a été dit déjà, que les précepteurs de baillies du Temple, telles que celle du Ponthieu, avaient

pour mission de veiller à la bonne administration des maisons du Temple comprises dans leur baillie ; une de leurs principales occupations devait être de centraliser les recettes, les revenus de ces commanderies, et d'en faire parvenir le montant à Paris.

Aussi, à la date du 2 juillet 1295, nous voyons (10) que le caissier du Temple, à Paris, avait reçu du précepteur du Ponthieu 1826 livres, lesquelles furent inscrites dans le registre « In magnis fratrum. » En 1296, le 2 février, 1000 livres étaient inscrites au compte du précepteur de la même baillie, sur le même registre (11) ; puis 2000 livres, le 2 juillet de la même année (12), Ce même jour, le caissier du Temple, à Paris, aurait payé, pour le précepteur du Ponthieu, 300 livres tournois, somme qui aurait été remboursée dès le 4 juillet 1296 par le précepteur, et inscrite dans le registre « In parvis fratrum » (13).

Il semble ressortir de ce qui précède, que le précepteur du Ponthieu était tenu de faire parvenir les revenus de sa baillie, deux fois par an, au Temple à Paris ; au mois de février et au mois de juillet, le terme de février paraissant être plus faible. Quant au revenu de la baillie, il devait varier, d'année à année, suivant les récoltes. D'après le registre « In magnis fratrum » il aurait été de 3000 livres pour l'année 1296.

Ajoutons que de leur côté, les précepteurs des maisons faisaient parvenir au Temple, à Paris, des sommes d'argent qui étaient portées à l'actif de telle ou telle maison, et qui venaient grossir les revenus des baillies. De sorte qu'il est peut-être inexact de dire que le revenu de la baillie de Ponthieu, fut de 3000 livres en l'an 1296.
(1) Nous proposons comme maître du Temple au diocèse d'Amiens, en 1154, Gilbert de « Druisencourt » (Pièce justificative nº 19) et pour l'année 1161, Régnier de Rancourt. (Monuments historiques, cartons des rois, publiés par J. Tardif, nº 573).
(2) C'est à tort que, E. Mannier, fait de ce Templier un précepteur de Beauvoir-lès-Abbeville (Ed. Mannier. — Les Commanderie du grand prieuré de France, p. 635).
(3) Mannier qui l'appelle frère Garin, se trompe en en faisant un précepteur de Beauvoir (Op. cit. p. 625 et 635).
(4) Procès des Templiers, T. I, p. 358.
(5) Procès des Templiers. T. II, p. 311.
(6) Procès des Templiers. T. I. p. 328. — Vers 1300, Jean était précepteur de la baillie de Beauvais.
(7) Procès des Templiers. T. I, p. 232.
(8) Procès des Templiers. T. I, p. 450 et 463. — Gautier fut précepteur de Sommereux.
(9) Procès des Templiers. T. II, p. 45.
(10) Opérations financières des Templiers, par M. Léopold Delisle, p. 175 (dans les Mémoires de l'Institut, 1ere partie du tome XXXIII. Année 1889).
(11) Opérations financières des Templiers, par M, Léopold Delisle, p. 198.
(12) Opérations financières des Templiers, par M, Léopold Delisle, p. 209.
(13) Opérations financières des Templiers, par M, Léopold Delisle, p. 210.

Sources : Trudon des Ormes : Possessions de l'Ordre du Temple en Picardie. Editions Yvert et Tellier. Amiens 1893
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