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Les cartulaires de certaines commanderies de france

III. — L'Exploitation des biens
I — La formation du domaine   II — Le personnel des Maisons   III — l'Exploiration des Biens   IV — Les Litiges   V — Les actes

Nature des biens
L'exploitation directe
L'accensement
Le rendement


 
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Nature des biens
Nous distinguerons tout d'abord, parmi les possessions du Temple, un certain nombre de tenures complexes qu'on appelait « affars » et « casements » (1).

Par « affar », il faut entendre un ensemble de biens et de droits assez importants dans la main d'un propriétaire. L'« affar » que Raimond de Claviers et sa femme Raimonde possédaient à Biot, avant 1236, sous la haute juridiction du Temple, comprenait:
1 maison,
1 jardin,
1 condamine,
2 ferrages,
5 terres,
1 pré,

Et même, entre beaucoup d'autres, certains droits non spécifiés de caractère seigneurial (2).

Un propriétaire d'« affar » pouvait concéder ses biens en tout ou en partie à des tenanciers de diverses conditions moyennant une redevance presque toujours annuelle: vers 1250, les frères R. et B. Chabert possédaient à Guillaumes, sous la suzeraineté du comte de Provence, un « affar » dans lequel nous trouvons:
1 maison, de nombreux casaux;
3 jardins;
2 vignobles, diverses terres;
1 pré (en gage), Plusieurs censives roturières et, enfin, une vingtaine de services faits par des tenanciers inférieurs (3).


Le « casement » pouvait se composer, lui aussi, de plusieurs biens, mais il était tenu directement par des personnes qui, d'après leurs propres déclarations, y avaient leur domicile sous la juridiction de l'Ordre (4). Ce n'était pas là, toutefois, une règle absolue: le « casement » des « Ginenti », à Guillaumes, placé comme l'« affar » des Chabert sous la seigneurie du comte, était en partie sous-inféodé (5).

Il ressort au surplus de documents étrangers à notre étude que le « casement », tenure d'origine servile, était très près, en certains cas, de l'« affar », tenure roturière. Il arrivait même que les deux termes fussent confondus.

Tous les biens importants de l'Ordre n'étaient pas compris, du reste, sous les termes d'« affar » et de « casement ». Nous avons déjà vu qu'on les divisait plus généralement en deux grandes catégories selon qu'ils étaient « faits » par des hommes libres ou par des hommes assujettis au Temple. Dans le premier cas, la nature des biens-fonds (ou des bien-fonds) était toujours spécifiée: maison, vigne, champ...; dans le second cas, au contraire, il n'était que très rarement question de la tenure elle-même: la mention de la redevance seule importait. C'est sur ce fait justement que nous nous sommes appuyés pour établir notre classification en tenanciers libres et inférieurs. La qualification d'« homines Templi », fréquemment employée, ne pouvait constituer par elle-même, en effet, un critérium infaillible: à Biot, par exemple, tous les tenanciers, bien qu'ils fussent assujettis au Temple, n'étaient pas de basse condition; d'aucuns appartenaient aux plus puissantes familles de la région. Ne rentraient donc dans la catégorie des tenanciers inférieurs que les « homines Templi » astreints à des services nettement personnels. Ce qu'était la situation exacte de l'« homo Templi » sur les biens non spécifiés pour lesquels il devait ces services, nous l'ignorons; toutefois, le fait que l'Ordre exerçait (à tort ou à raison) un droit de déshérence sur ses tenures de Touët et de Rigaud indique qu'il considérait ces tenures comme mainmortables, c'est-à-dire servîtes.

En dehors des « affars » et des « casements » (domaines formés de biens souvent épars) (6), le Temple possédait un très grand nombre de tenures isolées, de conditions diverses, qui figurent dans les documents sous les termes génériques de maisons, casaux, jardins, condamines, vergers, champs, vignobles, ferrages, cannebières, etc. Et lorsque, par suite de l'extrême morcellement de la propriété, ces parcelles isolées avaient été elles-mêmes divisées en fractions de part, les droits de l'Ordre ne s'appliquaient plus parfois qu'à une de ces fractions: une moitié, un cinquième, voire un quarantième !

La plupart des maisons ou parties de maisons du Temple se trouvaient dans les grandes villes: à Grasse, à Vence, à Nice; dans certaines localités de moindre importance: Entrevaux, Coursegoules, Touët-sur-Var, Braux, Puget-Théniers, Tourettes. ; et, bien entendu, à Biot, où les droits du commandeur, dans la première partie du XIIIe siècle, portaient sur l'ensemble du castrum et de son territoire (7), Les propriétaires et les autres tenanciers de ces maisons donnaient à l'Ordre un cens annuel et promettaient quelquefois, notamment à Grasse, s'ils venaient à élever un ou plusieurs porcs, de faire au commandeur le service d'un jambonneau.

Dans les champs, qui formaient la plus grande partie du domaine de l'Ordre, on semait, selon le climat et la nature du sol, du froment, de l'avoine, du seigle, de l'orge ou du mil. La culture du blé prédominait à Biot, celle de l'avoine dans les pays de haute montagne.

Il nous paraît impossible de confondre les « vinee » du Temple avec de simples campagnes (8). Il s'agissait bien de vignobles; les services en nature de ces « vinee » étaient souvent stipulés en vin et non en céréales comme pour les autres terres. Le vin constituait, du reste, l'une des principales ressources du Temple.

On ne trouve aucune mention de services spéciaux faits à l'Ordre pour des forêts. Celles-ci restaient sans doute dans l'indivision, comme à Clausonne (maison de Biot), parce que l'ensemble des habitants du pays où elles se trouvaient, et peut-être aussi les voisins, y jouissaient en commun de certains droits d'usage. Mais il est vraisemblable que le commandeur affermait les sous-bois aux pâtres. Cela doit s'entendre en particulier des bois de pins, car les forêts comprenaient alors de larges espaces couverts de chênes variés (chênes-verts, chênes blancs et chênes lièges) où les troupeaux de porcs vaguaient en liberté; il en était ainsi du moins à Biot, dans les bois de La Baume, au commencement du XIVe siècle (9).

Les meilleures prairies du Temple se trouvaient dans la plaine de la Brague. Nous verrons qu'elles y faisaient l'objet d'une exploitation très intense. A noter encore que l'Ordre en avait acquis à Grasse, à Rigaud et à Saint-Pierre, au coeur du Val de Chanan.

En ce qui concerne la composition des vergers, nous mentionnerons surtout le figuier, le noisetier, le châtaignier, le noyer et l'amandier, qui donnaient des fruits faciles à conserver et à transporter. La figue devait être déjà la providence du peuple. On la faisait sécher sur des claies, en des lieux qu'on appelait « grasiserios », tout comme aujourd'hui. Nous avons relevé des « figayretos » dans plusieurs localités, notamment à Biot, Entrevaux, Nice et Touët-sur-Var.

Sur les cultures pratiquées dans les jardins, nous ne savons pas grand-chose, mais il est probable que le pois-chiche, la courge et l'oignon venaient au premier rang.
Signalons, enfin, que l'Ordre avait des parts de moulins à farine et à foulon.

1. Le mot de « manse » n'est employé qu'une fois dans nos documents (à Vence, en 1308). Cette « manse » ne faisait d'ailleurs qu'un service dérisoire: 1 obole !

2. Acte du 4 mars 1235-1236: « ...predicte possessions... consistunt in pascuis vel nemoribus, heremis cultis et incultis, aquis et ripis vel dominiis vel signoriis... »
3. Bibliothèque Nationale, manuscrits latins 10125, fº LXXI rº.

4. « Die penultima januarii, Raimondus Blanchi dixit se esse hominem Templi et tenere totum suum casamentum quod habet in castro de Cadanesa, et fovere larem suum seu facere suum domicilium sub jurisdictione dicti Templi... »
5. Bibliothèque Nationale, manuscrits latins 10125, fº LXXI rº.
6. Durbec, opuscule cité, p. 164.
7. Il ne s'agit ici que des locaux d'habitation considérés comme dépendances des véritables maisons de l'Ordre, c'est-à-dire des sièges mêmes du Temple à Grasse, Biot, Rigaud et Nice. L'ensemble des biens bâtis et non bâtis rattachés à l'un de ces sièges formait l'unité administrative que nous appelons également maison. Les Templiers possédaient encore des bâtisses dites casaux et granges qui étaient sises aux abords immédiats des agglomérations, quelquefois même dans l'enceinte.

8. Ainsi que l'ont fait Moris (H.) et Blanc dans le Cartulaire de Lérins (t. i, Introduction p. XLI) pour les « vinee » dépendant de l'abbaye de Lérins.

9. Durbec, opuscule cité, p. 218.


 
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L'exploitation directe
Les Templiers s'y livraient à Biot et, partiellement aussi, dans quelques localités où ils occupaient eux-mêmes une maison. Elle était limitée, dans ces localités, à une faible proportion des tenures: 10 % environ à Grasse, 3 à 4 % à peine à Rigaud.

Nous pouvons admettre, sur la foi de documents postérieurs de quelques années seulement à l'arrestation des frères, que le commandeur de Biot employait des domestiques attachés en permanence à sa maison et, temporairement, aux périodes des grands travaux, un certain nombre d'étrangers ou de personnes de basse condition dont l'obligation essentielle consistait sans doute à répondre à des appels de corvées ou de journée (1).

La maison de ce pays n'était pas encombrée d'instruments aratoires (2). Il faut donc supposer que les ouvriers temporaires gardaient par devers eux, dans leurs casaux, pour l'essartage et le défrichement des lopins de terre qu'on avait dû leur donner, tout ce qui était indispensable à la mise en valeur des biens du Temple. Ce n'était pas, en effet, avec une douzaine d'outils plus ou moins rudimentaires qu'un domaine de quelques centaines d'hectares pouvait être mis efficacement en valeur.

Les frères de Biot exploitaient surtout à fond les ressources naturelles que cette localité offrait à l'élevage. Si les gens de Villeneuve parvinrent à leur enlever une trentaine de juments et poulains, en 1300, dans une seule razzia (3), c'est évidemment qu'ils eurent la possibilité de puiser dans un véritable haras; mentionnons, à ce sujet, qu'un quartier de la plaine de Biot attenant aux biens de l'évêque et au chemin de ce village s'appelait « la Cavalerie » (4). Le dénombrement du bétail fait en 1308 est loin d'infirmer ce qui précède. On utilisait ce bétail aussi bien pour les besoins des champs (22 boeufs de labour et 24 chevaux de trait) que pour ceux du commerce (48 boeufs ou vaches et 16 veaux).

Quant au menu bétail, nous notons à la même date: 56 porcs et 10 pourceaux, simple reliquat d'un troupeau à peine décimé (à la Noël, sans doute) et 250 bêtes à cornes (chèvres et moutons). Mais ce n'était là qu'un troupeau domestique appartenant en propre à l'Ordre. Biot nourrissait, en outre, un troupeau transhumant qui venait de Tende, sous la conduite du pâtre Aubert Bonnard, et qui devait être très important si l'on songe que ce dernier avait acheté les herbages du Temple pour 57 livres de réforciats.

La maison possédait enfin 35 ruches et certainement aussi, malgré le silence des documents, une très belle basse-cour.

On sera peut-être surpris de ne trouver ici aucune allusion à la culture de l'olivier. C'est qu'il n'y avait qu'une olivette, au XIIIe siècle, dans le territoire de Biot, d'après les archives de l'Ordre. Il est certain, d'ailleurs, qu'un « torcular » (moulin à bras) suffisait aux frères de ce lieu pour moudre leurs olives. Et nous avons pu établir que la culture de l'olivier, dans le bassin de la Brague, ne s'étendit vraiment qu'au XVIe siècle (5). L'huile était conservée dans des jarres (à Biot) ou des gourdes (à Rigaud). Les inventaires n'en signalent que d'infimes quantités. Sur ce point, le document et la tradition s'accordent. L'on dit encore, aujourd'hui, à quelqu'un qui risque de perdre gros: « T'en coustera uno cougourdo d'oli ».

Tous les produits agricoles mentionnés dans l'inventaire de 1308 figurent dans des actes antérieurs au XIIIe siècle, et le Temple, au moment de son abolition, ne tirait pas autre chose du vaste domaine de Biot, qualitativement bien entendu, que Bertrand Robert, un siècle plus tôt, de l'« affar » compris dans ce domaine (6). Les frères de l'Ordre se contentèrent donc de reprendre sans changement les cultures des ex-vassaux du comte de Provence (7), On peut supposer toutefois qu'ils firent là, après réduction du morcellement, des essais concluants de culture scientifique: assolement triennal avec combinaison des différentes espèces de céréales. Les Hospitaliers pratiquèrent ce système, en effet, sur le même territoire, au lendemain de l'abolition du Temple, et ils n'obtinrent pas de résultats bien supérieurs à ceux de leurs devanciers (8).

1. Nous n'avons pas de renseignements précis sur la condition de ces hommes. Mais on peut avancer qu'ils n'étaient tenus à aucun service régulier puisque l'inventaire des biens et droits de la maison de Biot n'en parle pas. Pour les travaux qu'ils pouvaient être appelés à faire dans le domaine du Temple, nous nous en rapportons à ce qui se faisait ailleurs, en cas de corvée, et à Biot même, dans la première moitié du XIVe siècle, en ce qui concerne les travaux à la journée. (Voyez Durbec, opuscule cité, p. 224).
2. Durbec, opuscule cité, p. 200 (Inventaire).
3. Voyez infra: Les litiges.
4. Gioffredo, Storia delle Alpi Maritime, t. II, col. 689.
5. Durbec, opuscule cité, 3e partie (L'agriculture).
6. Durbec, opuscule cité, p. 204 (Inventaire).
7. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des cultures donnant lieu à une exploitation commerciale. Il se peut, en effet, que les Templiers en aient essayé d'autres. La phrase suivante, qui provient d'une charte de 1235-1236, nous a frappé: « Dono tibi... dornum sitam in Castro de Busoto subtus morerium ». A notre connaissance, le mûrier n'a été signalé, pour la première fois, qu'en 1303 (à Cournonterral, Hérault). On le trouve ensuite à Toulon, en 1354 (de Ribbe, La Provence à la fin du Moyen Age, p. 267). Nous serions donc, à Biot, en avance de près de 80 ans sur la première de ces dates. Comme la date d'introduction du mûrier blanc en Provence est inconnue, le fait a son importance. Rien, il est vrai, ne nous dit qu'il s'agisse à Biot, pas plus d'ailleurs qu'à Cournonterral et à Toulon, de mûriers de cette espèce. Mais nous ne pensons pas que le mûrier noir, très répandu dans le Midi depuis l'époque romaine, ait pu, à cause même de son extension, servir à désigner des emplacements peu communs: une place du castrum, à Biot; une cour où l'on rendait la justice, à Toulon.

8. Il faut également signaler, à propos des cultures, que certaines terres de Grasse étaient irriguées au moyen de canalisations (acte du 19 mars 1258-1259).


 
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L'accensement
D'une manière générale, la plupart des biens du Temple situés en dehors du territoire de Biot étaient « faits » par des tenanciers. On peut ramener à trois ou quatre types les contrats qui liaient ces tenanciers à l'Ordre: le bail à tasque (connu ailleurs sous le nom de champart) qui fixait le taux du prélèvement à effectuer sur les récoltes du bien concédé; le bail emphytéotique, qui déterminait le montant invariable du cens et des services en nature; le bail à temps dont l'échéance se fixait en même temps que la redevance ; enfin, la concession gratuite qui comportait une seule réserve: le lods ou droit de mutation.

Voici, tout d'abord, l'analyse de deux actes qui furent passés à Nice, le 30 novembre 1264, et qui font partie de la catégorie des baux à tasque. Dans le premier, Pierre Geoffroi, commandeur, inféode une terre de Caucade à un habitant de Nice qui doit prendre l'engagement de planter cette terre en vignes et figuiers dans les 4 ans, et de porter chaque année, à la maison du Temple, 1/5 de tous les fruits qu'il en tirera, plus une quantité peu importante mais déterminée de figues, blé ou légumes. Dans le second, il exige que cinq citoyens niçois, auxquels il a concédé, dans les mêmes conditions, une autre terre de Caucade, lui remettent annuellement un quartier du blé, des légumes et de toutes les semences qu'ils feront sur cette terre antérieurement aux plantations prévues par le contrat.

Ces concessions ne comprenaient que des redevances irrégulières, proportionnées au rendement des terres. Elles étaient loin, sans doute, de satisfaire le goût de l'Ordre pour la comptabilité exacte. C'est peut-être pourquoi le nombre des services qu'on lui faisait à ce titre, dans notre région, est tout à fait insignifiant.

Le bail à cens et services « perpétuels » était plus fréquent. Le tenancier, quelle que fût sa condition, devait s'acquitter tantôt en argent, tantôt en nature, tantôt sous une forme mixte: en argent et en nature (1). Pour la détermination des taux, aucune règle fixe n'intervenait. La diversité s'imposait, là comme ailleurs, et en toutes choses. A Grasse, les écarts allaient de 1 à 18 deniers pour les maisons, de 1 obole à 4 deniers plus 8 coupes de vin pour les vignobles, de 1 à 20 deniers plus 30 paires d'oignons pour les jardins, de 1 à 18 deniers pour les terres, etc. (2). Il pouvait certes y avoir de tels écarts dans les estimations des biens accensés, d'autant plus que toutes les inféodations n'avaient pas été faites à une même époque ; mais nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d'établir un rapport constant entre la valeur des immeubles et le taux des cens: le service d'une obole pour une maison n'était pas rare (Vence, Touët, Rigaud) et le cens d'un casau était parfois supérieur à celui d'une maison.

Quant au bail à temps, il n'était consenti, semble-t-il, que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles: le 2 octobre 1268, par exemple, l'Ordre loue pour deux termes, à Raibaud de Nice, la part d'un moulin (le 1/3) qu'il possède à Grasse, moyennant 18 sous provençaux, et sous condition que ledit Raibaud emploiera cet argent à la réparation de l'édifice ; le commandeur se réserve le droit de reprendre le moulin à la Pentecôte — 1er terme de la location — sauf à rembourser les 18 sous du 2e terme.

On voit que le prix de la location était versé d'avance et que le commandeur couvrait ses risques en n'engageant pas l'avenir au delà de quelques mois.

Sur les concessions de biens en franchise (on en trouvait encore à Annot en 1308), nous n'avons aucun renseignement. Il eût été intéressant de savoir si les Templiers avaient donné eux-mêmes ces biens ou s'il s'agissait d'anciens « bénéfices » confirmés.

Notons encore que l'accensement des biens de l'Ordre ne pouvait se faire, en cas d'aliénation définitive, qu'avec l'assentiment de plusieurs membres. La concession en emphytéose d'une terre de Nice (acte du 21 octobre 1274) avait été décidée par le commandeur de cette ville « cum consilio fratris Petri de Cassalis, commendatoris de Bras, et fratris Hugonis de Monte Salvo et fratris Bonifacii Berengarii... »

1. Aux Mujouls, par exemple, on faisait des services en argent; à La Gaude, des prestations en nature; à Rigaud, des services mixtes. A Entrevaux, et dans quelques autres localités, le Temple recevait surtout des repas.

2. Nous aboutirions ailleurs à des résultats analogues ; les écarts, à Vence, allaient de 1 obole à 6 deniers pour les maisons, 3 oboles à 18 deniers pour les vignobles, 1 à 12 deniers, pour les terres, etc.


 
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Le rendement (1)
L'exploitation directe du domaine de Biot donnait à l'Ordre, au moment de son abolition: 704 setiers de blé, 264 d'orge, 176 de méteil, 288 d'avoine et 28 de fèves. Nous ignorons quelle était l'importance des cultures du mil et du pois-chiche, mais l'inventaire de 1308 mentionne certaines quantités de ces produits: 90 setiers de mil et 2 setiers l'émine de pois-chiches. Nous savons, par ailleurs, que les 80 « fosserées » de vignes de ce pays rendaient au moins 50 « saumées » de vin. Dans les bonnes années, la récolte devait être meilleure: on trouvait une douzaine de récipients dans les caves du château, dont 10 contenant chacun de 8 à 20 « saumées ». Il est vrai que la maison de Biot pouvait centraliser le vin des localités voisines. Ce qui est certain, c'est que les frères, au moment de leur arrestation, n'avaient plus que 40 « saumées » de vin pur dans 3 cuves. Rien ne nous permet de calculer le revenu annuel que Biot tirait de l'élevage, mais nous estimons au moins à 700 livres la valeur du seul gros bétail équin, bovin et porcin (adulte) inventorié dans cette localité le 25 janvier 1308 (24 chevaux, 70 boeufs ou vaches et 56 porcs) (2), C'était là une somme très importante. Nous croyons pouvoir avancer qu'elle aurait suffi à nourrir, loger et habiller de 70 à 100 bons ouvriers pendant un an (3).

A Grasse même, les cens et services en argent de l'Ordre s'élevaient à 4 livres (exactement 79 sous 5 deniers), dont 30 sous fournis pour 1/3 de moulin. Il faut ajouter à cette somme la valeur de 67 coupes de vin, de 30 « cobles » d'oignons, de quelques jambonneaux, et, enfin, le revenu indéterminé de certains biens. Les ressources de l'église Saint-Jacques ne sont pas connues.

Les 473 cens et services du bailliage de Puget-Thémers formaient un total de 21 livres. Rigaud entrait dans cette somme pour 8 livres.
Touët pour 2 livres 1/2.
Les Mujouls pour 2 livres 1/2.
Annot pour 1 livre 1/2.
La Penne pour 1 livre.
Méailles, Cuébris et Collongues pour 10 sous chacun environ, etc.
Presque toutes les redevances en nature consistaient ici en blé et en avoine: blé, 23 setiers, 12 émines 1/2, 3 quartiers ; avoine, 8 setiers 1/3, 5 civadiers 2/3, 34 émines, 78 quartiers 1/3. Parmi les autres droits, nous mentionnerons:

les corvées (non spécifiées), 6 1/2 par an dont 4 complètes, les autres en fractions de 1/2, 1/3 et 1/4, à faire tous les 2, 3 et 4 ans ; les repas: 38 dont 26 complets (pour 1, 2, 3 ou 4 hommes et quelquefois 2 bêtes), le restant en portions du 1/4, du 1/3 ou de la moitié; enfin, l'albergues: 2 complètes, l'une pour 1 frère, 1 serviteur et 1 bête, l'autre compensée par une somme de 2 sous (4).

Dans le bailliage de Vence, le rendement total, en espèces, des tenures ne s'élevaient qu'à 3 livres. A savoir:
Vence, 1 livre 4 sous;
Le Broc, 1 livre 10 deniers;
Tourrettes, 4 sous 10 deniers, etc.

La Gaude était le seul pays qui fournît exclusivement des prestations en nature. Celles-ci n'étaient pas très importantes d'ailleurs, en tout 3 setiers et 3 émines d'avoine. Pour le reste, nous notons une tasque indéterminée (sur 4 pièces de terre) et 5 albergues dont 2 complètes, les autres en fractions de 1/2, 1/3, 1/4, 1/8 (à 1 ou 2 frères avec ou sans bêtes). Nous n'avons pas le moindre renseignement sur le revenu des droits de coseigneurie que l'Ordre possédait au Broc.

Il ressort de ce bref aperçu: que l'exploitation directe du seul domaine de Biot rendait environ 1168 setiers de céréales (blé, méteil et avoine), c'est-à-dire 13 à 14 fois plus que l'ensemble des services de même nature (2) de toute la Commanderie, — que la valeur de ces céréales (environ 245 livres) était bien supérieure au montant des cens et services en argent (5) des biens inféodés dans les autres localités (environ 28 livres), — et que Biot était, en outre, le seul pays où l'Ordre possédât une très importante quantité de bétail (6).

1. Nous ne chercherons pas à convertir les différentes mesures citées dans ce chapitre. Les éléments nécessaires à l'appréciation exacte de chacune d'elles font en partie défaut. Sans doute l'émine valait-elle la moitié du setier et le quartier la moitié de l'émine, mais il y avait plusieurs setiers et plusieurs émines (mesures de Nice, de Grasse, d Antibes, de Puget, de Thorame), des mesures variables selon le produit (setier du blé et setier de l'avoine: le civadier probablement), selon les circonstances (mesures anciennes et mesures nouvelles), et selon l'usage même qu'on en faisait (mesure rase et mesure comble). Toutes les mesures ici nous sont données sans précision.

2. Nous comptons les chevaux à 15 livres, les boeufs ou vaches à 5 livres, en moyenne, et les porcs à 5 sous. Ces prix arbitraires ont été fixés d'après de multiples renseignements épars; ils sont certainement au-dessous de la vérité.

3. Un bon ouvrier touchait annuellement, pour son salaire, sa nourriture et ses frais d'habillement une somme dont la contrevaleur en blé (à Biot, en 1338) était d'environ 16 hectol. (Durbec, opuscule cité, p. 226). Le setier de blé de 40 litres valait alors environ 5 sous.

4. Un censitaire d'Annot servait à l'Ordre: 1 émine de blé (mesure de Thorame), plus, dans la 3e année qui suivait ce service, la moitié d'un quartier de mouton, 1 « cartaletum » de vin et 1 pain, mais, ajoute la déposition, « ille qui predicta portal fratri dicte Domus prandet cum dicto fratre ».
5. De ceux que nous connaissons, bien entendu.
6. Nous parlons des troupeaux appartenant en propre à l'Ordre, et non à ses tenanciers.

Sources: Joseph-Antoine Durbec — Les Templiers dans les Alpes-Maritimes — Notice Historique sur les Maisons et Possessions du Temple dans les diocèses de Antibes, Grasse, Nice, Vence et Glandeves — Extraits de la Revue Nice-Historique — 1938 — Imprimerie L'Eclaireur de Nice
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