Les Accusateurs du Temple

Convocation des états généraux de Tours en 1308
Convocation des députés (le 25 mars 1308)  1

Philippe, par la grâce de Dieu, roi de, France, à tous nos chers et féaux maires, consuls, échevins, jurats et communautés des lieux insignes de notre royaume à qui ces lettres parviendront, salut et dilection.

Nos prédécesseurs furent toujours soucieux, plus que tous les autres princes, de chasser les hérésies et les autres erreurs de l'église de Dieu et particulièrement du royaume de F'rance, en défendant, comme un trésor incomparable, la très précieuse perle de la foi catholique contre les voleurs et les brigands. Aussi, considérant la pierre dans laquelle nous sommes taillés, nous attachant aux traces de nos ancêtres, nous admettons que Dieu nous a accordé la fin des guerres temporelles par lesquelles il nous a, de même que vous, éprouvés, afin que nous consacrions toutes nos forces aux guerres suscitées contre la foi catholique par des ennemis non pas découverts, mais bien plutût secrets, qui sont d'autant plus dangereux qu'ils sont plus proches de nous et qu'ils nous nuisent d'une manière plus cachée.

Vous savez que c'est par la foi catholique que nous demeurons ce que nous sommes dans le Christ ; c'est par elle que nous vivons, par elle que, d'exilés et de mortels que nous étions, nous sommes anoblis dans le seigneur Jésus-Christ, afin que nous soyons avec le Christ les vrais fils du Dieu vivant, Père éternel, ainsi que les héritiers du royaume du ciel. Ce magnifique espoir nous réconforte, il est par suite toute notre substance. Si donc quelqu'un tente de briser cette chaîne, il s'efforce de nous tuer, nous catholiques ; le Christ est pour nous la voie, la vie et la vérité. Qui donc peut le nier, Lui, en qui et par qui nous subsistons, qui ne s'efforce aussi de nous détruire ? Que chacun considère que lui-même nous a tant aimés qu'il n'a pas craint de se revêtir de chair pour nous et d'endurer, dans cette chair, une mort très cruelle. Aimons donc un tel Seigneur et Sauveur qui nous a d'abord tant aimés, nous qui sommes un seul corps et qui devons régner pareillement avec lui ; efforçons-nous de venger ses injures.

0 douleur ! L'abominable erreur des Templiers, si amère, si déplorable, ne vous est pas cachée: non seulement ils reniaient Jésus-Christ dans leur profession de foi, mais ils forçaient à renier ceux qui entraient dans leur ordre sacrilège et ils reniaient ses œuvres qui sont les sacrements nécessaires de notre vie, de même que tout ce qui a été créé par Dieu. Ils crachaient sur sa croix par laquelle nous avons été rachetés, ils la piétinaient et, au mépris de la créature de Dieu, ils se baisaient dans les endroits honteux, ils adoraient des idoles à sa place. Ils disaient qu'il leur était permis, par leur coutume condamnable, de faire, contre la nature, ce que les animaux stupides refusent de faire.

Le ciel et la terre sont agités par le souffle d'un si grand crime et les éléments sont troublés. Il est prouvé que des énormités de cette sorte ont été commises dans les diverses régions de notre royaume et elles sont patentes par la déposition des dignitaires de l'ordre (si on peut l'appeler ordre) ; et il n'est pas vraisemblable qu'elles aient été commises en commun par tant et de si grands personnages seulement dans notre royaume ; au contraire, il est prouvé qu'elles ont été commises outre-mer ; bien mieux, partout où il y a des terres, et de la même manière. « Contre une peste si criminelle tout doit se lever: les lois et les armes, les bêtes et les quatre éléments »  2.

Donc, en vue de procurer l'extirpation de tant de crimes, de tant de graves erreurs, l'affermissement de la foi, ainsi que l'honneur de sainte mère Eglise, nous nous proposons de nous rendre très prochainement auprès du siège apostolique. A cette œuvre sainte nous voulons que vous participiez, vous qui participez à la foi chrétienne et qui en êtes les zélateurs très fidèles ; et nous vous prescrivons de ne pas tarder à envoyer à Tours, trois semaines après la prochaine fête de Pâques, de chacune des villes insignes sus-dites, deux hommes animés par la ferveur de la foi qui, au nom de vos communautés, assistent avec nous, aux lieu et date indiqués, à tout ce qui pourra être utile aux-dites affaires.

Fait à Melun, le 25 mars de l'an du Seigneur 1307  3.

 

Exemple de procuration
Exemple de procuration remise aux députés aux Etats de Tours (29 avril 1308).

A tous ceux qui verront ces présentes lettres, Jean Poullez, prévût de Gien, et Philippe Poullez, garde du sceau de ladite prévûté, salut.

Sachent tous que devant nous vinrent en personne Thomas du Verger, Guillaume de Creil,... [suit une liste de quarante noms], tous bourgeois de Gien, les plus qualifiés et formant la plus saine partie de la ville de Gien, à ce qu'ils disaient, et qu'ils firent, ordonnèrent et établirent Etienne Cartier et Jean Galebrun, bourgeois de Gien, porteurs de ces lettres, leurs procureurs généraux et envoyés spéciaux, de telle manière que la condition de l'un ne l'emporte pas sur celle de l'autre et que ce qui sera commencé par l'un puisse être terminé par l'autre, pour aller à Tours, ou bien où il plaira à notre seigneur le roi, pour entendre et recueillir les volonté, ordonnance et établissement du roi notre seigneur et de son noble conseil touchant l'ordonnance, absolution ou condamnation des Templiers et sur toutes autres choses qu'il plaira au roi notre seigneur et à son dit conseil d'ordonner et d'établir et pour faire toutes autres choses que de loyaux procureurs peuvent et doivent faire et qu'ils feraient s'ils étaient présents ; et, de ce faire, ils leur donnent plein pouvoir et mandement spécial, et ils ont promis par-devant nous par leur loyal engagement, en donnant comme caution leurs biens et en s'obligeant sur eux, de tenir pour agréable, définitif et établi tout ce qui sera par lesdits procureurs ou par l'un d'eux fait, procuré ou ordonné. En témoignage de quoi, nous avons scellé ces présentes lettres du sceau de la prévûté de Gien.

Donné en l'an de grâce mil trois cent huit, le lundi avant la fête des saints Philippe et Jacques.

Discours de Plaisian

 

Notes
Documents relatifs aux états généraux et assemblées réunis sous Philippe le Bel (1901), page 658-659.
1Haut. Cette convocation est l'œuvre de Guillaume de Nogaret, comme l'a montré R. Hoitzmann, Wilhelm. von Nogaret.
2Haut. Cette phrase se retrouve dans le discours prononcé contre Boniface VIII par Guillaume de Nogaret le 12 mars 1303, avant son départ pour Anagni, en présence de l'assemblée convoquée au Louvre.
3Haut. 1308, nouveau style.

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