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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Roche de Roissol, Roche Guillaume
  Le problème des châteaux de La Roche de Roissol et de La Roche Guillaume.
Nous croyons avoir résolu la question de ces deux châteaux qui a fait l'objet d'interprétations différentes ; c'est M. Claude Cahen, qui nous a mis sur la voie : il s'agit de deux châteaux des Templiers éloignés l'un de l'autre de plus de soixante kilomètres.

Situation du Château La Roche Guillaume
La Roche Guillaume - Sources : René Grousset

Résumons les opinions émises jusqu'à présent : Rey (Colonies franques, 1883, page 350) pense que la Roche Guillaume et la Roche de Russole (ou Roissol) sont un même château qu'il situe près de Port Bonnel des Francs, c'est-à-dire au Sud d'Arsouz et du Ras el Khanzir. Dussaud (1927, page 443) écrit qu'après la prise d'Antioche en 1268, les Templiers abandonnèrent le château « Roche de Roissol et la terre de Porbonel » : il ajoute : « nous supposons que Porbonel est le port d'Arsous, la Roche de Roissol étant le château fort défendant cette ville. » Le Colonel Paul Jacquot (Antioche, centre de tourisme, I, 1931, page 142) dit la même chose, et page 144, il signale les vestiges d'une forteresse Qala où nous situons la Roche de Roissol. Dussaud ne parle pas de la Roche Guillaume. Le Guide Bleu (1932, page 188) après avoir parlé du Ras el Khanzir, l'ancien Promontorium Rhosicum, signale à une petite distance au Sud, Minet el Frandj, le port des Francs, qu'on peut identifier avec le port Bonnel, dominé par les ruines d'une forteresse Qalaa et il ajoute suivant l'opinion de Rey : « il est possible que le château soit « la Roche de Roissel » ou « Roche Guillaume » des Croisés. « La forteresse était bâtie au confluent de deux vallées profondes sur un éperon orienté est-ouest On y distingue une partie haute ou réduit à l'Est, une partie basse à l'Ouest. Des constructions il ne reste que des vestiges informes, les habitants ayant exploité ces ruines comme carrières. Le site est splendide ; on découvre au Nord toute la baie d'Alexandrette, au Sud la vue s'étend jusqu'au Ras el Basit (1). »
1. Au Sud du cap est un petit mouillage appelé Minât el Frandji, c'est-à-dire le Port des Francs, qui est dominé au Sud-Est par les ruines d'une forteresse désignée sur la carte par Qala. Elle était bâtie sur un éperon au confluent de deux vallées profondes. De ces ruines la vue s'étend au loin, au Nord sur le golfe d'Alexandrette, et au Sud jusqu'au Ras el Basit, au sud de l'embouchure de l'Oronte. Nous pensons qu'il faut y reconnaître le château de LA ROCHE DE ROISSOL (2). 2. Rey, page 350 dit : « Château de la Roche Guillaume ou Roche de Russole » en quoi il se trompe, car il s'agit de deux châteaux.

Après la prise d'Antioche en 1268 les chroniqueurs signalent que les Templiers abandonnèrent deux « chastiaux quy sont là de près, Gaston et Roche de Roissel et la terre de Porbonel à l'entrée d'Ermenie » (3).
3. Gestes des Chyprois, édit. G. Raynaud, page 190. Même texte dans Continuation de Guillaume de Tyr, qui dit Roche de Rusol Histoire occidentale, tome II, page 457. — FI. Bustron, page 113. — Chronique d'Amadi, édition R. de Mas-Latrie, première partie (1891), page 210 : « Li Templieri abandonorono li soi duo castelli Gaston et la Rocha de Russole et la terra de Porto Bonel ch'è al intrar de Armenia. »

Grousset (tome II, 1935, page 828, n. 3) suit aussi Rey et le Guide Bleu : « La Roche de Roissel ou Roche Guillaume, Château (al-Qal'a) qui domine l'ancien Port Bonnel, au Sud du Raz el Khanzir. »

Claude Cahen (1940, pages 142-144) n'a pas fait cette confusion. Il dit que ce sont deux châteaux différents, mais il nie que l'un d'eux soit près d'Arsouz ; il propose d'identifier la Roche de Roissol avec Hadjar Choghlan et suggère de chercher la Roche Guillaume dans son voisinage.

Voici maintenant nos arguments pour distinguer deux châteaux, l'un et l'autre à la garde des Templiers et identifier la Roche de Roissol à Qala au Sud du promontoire du Ras el Khanzir (4), et la Roche Guillaume appelé par les chroniques arabes Hadjar Choghlan. Tchivlan Kalé) dans la montagne près de la Portelle : « La Roche de Roissol : Dussaud (page 441) dit que le Ras al-Khanzir est l'ancien Rhosikos Skopelos et l'on trouve aussi le terme Rhosicum promontorium ; Roissol ou Russole en est une déformation. Un acte de 1181, cite le « Casal Erhac in territorio Ruissol (5), c'est aujourd'hui Kesrek un peu au Nord du Ras el Khanzir ; et en 1198, le maître du Temple traite pour un casal « in valle Russol » (6). La Roche de Roissol dut appartenir d'abord à un vassal du Prince d'Antioche. Un Léonard de Roissol est attesté de 1154 à 1183 (7). »

Il est possible que la Roche de Roissol appartenait déjà aux Templiers en 1188, car on lit dans Eracles (8) que Saladin prit Gibel (Djebelé), la Roche, Saône, la Garde, Gaston, Trapesac. Dans ce cas le chroniqueur n'aurait pas respecté l'ordre géographique. Il aurait omis en cet endroit de parler de la prise de Lattaquié d'où le Sultan aurait pu envoyer un corps de troupe s'emparer de la Roche de Roissol. A la fin de sa campagne, Saladin marcha sur la Roche Guillaume puis renonça à en faire le siège. En 1198, La Roche de Roissol devait être occupée par les Templiers, puisqu'on voit le maître du Temple, traiter dans la vallée de Russol. Et l'on sait qu'en 1203 (9), le roi de Petite Arménie par représailles contre le Temple fit saisir leurs deux forteresses de la Roche de Roissol et de la Roche Guillaume. C'est la première fois que ces deux forteresses sont associées comme appartenant au Temple. Et en 1205, le Pape Innocent III adresse de Rome à ce sujet de violents reproches au roi Léon (10).
4. Alors que Dussaud le proposait à côté d'Arsouz.
5. Rohricht, Reg. add., pages 38-39, n° 605a.
6. Rohricht, Reg. Add., page 48, n° 740a.
7. Cartulaire, II, page 911, n° 23. — Rohricht, Reg., page 166, n° 629. Voir Cahen, page 539, note 33.
8. Histoire occidentale, II, page 72. Voir ci-dessus, ch. VII, pages 131-132.
9. Cahen, page 606.
10. Bréquigny, Ep. Innoc. III, page 612, n° 189. — Rohricht, Reg., page 214, n° 801.


Tout nous amène à reconnaître dans les ruines de Tchivlan Kalé, le château de la Roche Guillaume (chroniques arabes Hadjar Choghlan) : ainsi en 1237, les Templiers se concentrent dans leur château de la Roche Guillaume pour tenter de reprendre leur château de Trapesac (perdu en 1188). Or Trapesac et Tchivlan Kalé ne sont distants l'un de l'autre que de 13 km à vol d'oiseau.

De la Portelle, un chemin à l'Est conduisait à la grande route montant d'Antioche vers le Nord ; on franchissait l'Amanus par un défilé que dominent les ruines d'une forteresse appelée dans les chroniques arabes du temps des Croisades Hadjar Choghlan. Cette position stratégique qui surveillait toutes les passes de la montagne dut être occupée d'abord par les Byzantins puis par les Francs.

Nous avons dit plus haut les raisons qui nous ont fait l'identifier avec le château de la Roche Guillaume. Hadjar signifie roche. Guillaume est sans doute le nom de son premier seigneur. Peut-être s'agit-il de Guillaume de Haronya attesté en 1135 (11), (château situé sur le versant occidental du Giaour Dagh), aussi seigneur de Till Hamdoun (aujourd'hui Toprak Kalé), mais ce n'est qu'une hypothèse.

Nous avons signalé qu'en 1188, La Roche Guillaume appartenait aux Templiers et que Saladin après s'être emparé de Trapesac et de Baghras, à la fin de sa campagne de 1188 (septembre) avait encore marché sur la Roche Guillaume pour l'assiéger ; mais appelé en Palestine, il s'était retiré.

Rappelons qu'en 1203, Léon roi de Petite Arménie fit saisir les châteaux des Templiers de la Roche de Roissol au Ras el Khanzir et de la Roche Guillaume (8).
11. Rohricht, Reg. add., 161a (lu par erreur Barouia) cité dans R.O.L., VII, 130. Voir Cl. Cahen, page 539, n° 35.
12. Voir Cahen, pages 605-606.


Le géographe Yaqout, mort en 1229, disait que la citadelle de Hadjar Choghlan appartenait aux Templiers ; il la situait dans la montagne de Loukham près d'Antioche dominant le lac de Yaghra (13).
13. Note de Blochet dans sa traduction de Kamal ad din, R.O.L.V., page 95.

Plus tard, La Roche Guillaume fut occupée par les Arméniens. Enfin en 1298-1299, le Sultan d'Egypte envoya ses troupes envahir la Syrie du Nord et la Cilicie ; il les divisa en deux corps, l'un qui passa par la Portelle, l'autre par la forêt de Marri. Ils se réunirent au bord du Djihoun. Dans cette campagne ils s'emparèrent des châteaux de la Roche Guillaume et Servantikar.

La forteresse de la Roche Guillaume, véritable nid d'aigle (14), à 1250 mètres d'altitude, est bordée de pentes abruptes. De là on aperçoit la Plaine de Cilicie et la mer. « Le rocher, dit Claude Cahen, est un cube taillé à pic posé sur la montagne comme pour recevoir un château. » On n'y accédait que par une passerelle au-dessus d'un précipice ; elle était défendue par deux saillants. Il reste les éléments d'une enceinte, une tour carrée, une tour ronde sur un glacis, une salle voûtée, une chapelle munie d'une citerne.
14. Aboul Feda, H. or., I, 169. Gestes des Chiprois, édition Gaston Raynaud, publié par la Société de l'Orient latin, tome V, 1887, page 292 ; autre édition, Hist. armén. des Cr., II, page 839 (à la date de 1299). « Et en cest meismes an vos diray que le royaume d'Arménie estoit en trop mal estât ; y avoient pris les Sarazins aucuns ehastiaux, c'est à saver la Roche Guillerme et Salvendegar (Serventikar). »

Jean Gale, chevalier croisé.
— Il tue son seigneur lige avec sa femme, et se rend auprès du sultan Saladin, qui le reçoit très-bien et lui donne de grandes terre.
— Ayant gagné l'amitié d'un neveu de Saladin, il l'engage à faire avec lui une excurtion, le conduit sur le territoire chrétien et le met en prison dans le château de Safet, appartenant aux Templiers, dont il achète la protection pour la moitié de la rançon de ce prisonnier.
— Saladin va assiègé dans La Roche-Guillaume, un chevalier de la déloyauté duquel il a à se plaindre.
Sources : Paul Deschamps, Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III. La défense du comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Paris 1973.

 

Conquête de Sahyûn et de Burzey par Saladin.
La princesse d'Antioche espionne de Saladin.
De Lattaquié, Saladin alla avec son fils al-Zâhir, prince d'Alep, attaquer la forteresse de Saône, Qal'at Sahyûn (1), qui fit une défense héroïque, enceinte par enceinte (2). Al Zâhir dut mettre en batterie de puissants mangonneaux pour pratiquer une brèche dans la première enceinte. Les Musulmans escaladèrent enfin l'angle nord-est de la forteresse, entre celle-ci et le faubourg (« la basse-cour »). Ce ne fut qu'alors, le 29 juillet 1188, que les défenseurs, réfugiés au donjon, acceptèrent de se rendre, lis purent se retirer, emportant même leurs richesses, mais à condition de payer dix pièces d'or par homme. Saladin s'empara les jours suivants des châteaux et fortins dépendant de Sahyûn, Balâtunus et Fiha (Qal'at Fillehin) (3).
1. L'orthographe correcte de ce nom, écrit quelquefois Sahiyûn, est bien Sahyûn.
2. Livre des Deux Jardins, pages 364-367. - Paul Deschamps, Le Château de Saône, Gazette des Beaux-Arts, décembre 1930, page 329.
3. Cf. Dussaud, Topographie, page 149.


C'était maintenant la principauté d'Antioche qui tombait ainsi, comme tout à l'heure le royaume de Jérusalem. Le prince d'Antioche, Bohémond III, un des plus piètres chefs qu'ait eus la Syrie franque, ne faisait rien pour secourir ses places, ne profitait même pas de la présence, sur la côte, d'une escadre normande récemment arrivée de Sicile. Saladin put aller tranquillement attaquer au nord-ouest du pont Jisr al-Shughr, sur l'Oronte, la double forteresse de Shughr-Bakâs. Il s'empara de Bakâs le 9 août, et le 12 obtint la capitulation spontanée de l'imprenable château de Shughr. Ce fut ensuite le tour de Sermaniya (Serméni), entre Jisr al-Shughr et Burzey, puis de Burzey (Bursia) lui-même, pris le même jour (23 août 1188) (4).
4. Livre des Deux Jardins, pages 368-370. Dussaud, Topayraphie historique, pages 137-162. Voir à la fin du présent tome la carte relative aux diverses hypothèses pour la localisation des châteaux francs dans cette région (Chastel Ruge à 2 kilomètres à l'ouest de Tell al-Karsh, ou à la tête de pont occidentale du Jisr al-Sugbr?) Je renvoie aussi à l'excellent guide d'Antioche, centre du tourisme (1931) par le colonel Paul Jacquot (Geuthner dépositaire).

Comme le fait remarquer M. Dussaud, « la marche en avant de Saladin est extrêmement prudente ; Antioche est son objectif, mais avant d'essayer ses forces contre cette ville, il s'empare de toutes les forteresses qui en gardaient les abords. Bientôt Imâd al-Dîn pourra noter qu'il ne reste plus à la principauté que trois places fortes : Qoseir (Cursat), Baghrâs (Gaston) et Darb-sâk (Trapessac) (5). »
5. Ajoutons-y la Roche de Roissel ou Roche-Guillaume, château (al-Qal'a) qui domine le Port des Francs, l'ancien Port-Bonnel, au sud du Ras al-Klianzir, au nord-ouest d'Antioche.

Le seigneur de Roche-Roissel, Jean Gale, « en rupture de ban avec la Chrétienté [il avait assassiné son maître qu'il avait surpris avec sa femme, et il avait dû fuir chez les Musulmans], avait accepté de faire l'éducation d'un neveu de Saladin. Mais, désireux d'obtenir son pardon, il vendit son élève aux Templiers, ce qui poussa le sultan à la vengeance. » Saladin assiégea en vain la Roche-Roissel (1188). Cf. Ernoul, page 255. Eracles, pages 125-126.
René Grousset. Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, tomes I et II. Paris Plon 1935

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