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Les châteaux des Croisés et des Ordres Militaires

Bourzey (Qalaat Mirzeh)
Bourzey (Qalaat Mirzeh) est un de ces châteaux orientaux qui demeurèrent, jusqu'en 1188, propriété des Francs.
Au nord du Jebel Ansarieh, il contrôle le débouché d'un col important, encore utilisé de nos jours, menant vers le littoral, en passant près de Saône (Sahyoun) pour arriver à Lattaqieh.


Châteaux d'Orient Jean Mesqui   Châteaux d'Orient Jean Mesqui
Vestiges du château de Bourzey


De la montagne se détache un promontoire trapu, aux flancs escarpés: c'est le site de la Lysias de l'Antiquité, forteresse occupée par les émirs d'Alep en 948, reprise par les Byzantins en 975, et sans doute passée dans la main des Croisés vers 1103.
L'accès, encore de nos jours, n'en est guère aisé depuis la vallée; au XIIe siècle, on disait proverbialement "fort comme Bourzey" !
Il est vrai que Salah ad-dîn, lors du siège de 1188, eut beau bombarder le château de toute la puissance de ses pièces d'artillerie, celles-ci ne pouvaient se rapprocher assez pour occasionner le moindre mal aux murailles. C'est donc par le nombre qu'il vainquit, en lançant à l'assaut trois vagues successives de soldats nombreux furent ceux qui moururent, les défenseurs faisant rouler des grosses pierres sur les escarpements. Mais ces derniers furent submergés par la masse des soldats musulmans.

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Vestiges du château de Bourzey

Sources : Bourzey
Extrait du livre "Les Châteaux d'Orient" de Jean Mesqui. Edition Hazan
Les photographies en couleurs sont de Mohamad Al Roumi et Jean Mesqui.

 

Citadelle de Burzey
La plupart de ces châteaux étaient des positions naturelles faciles à défendre.
La citadelle de Burzey, par exemple, située au sud de Sermaniya, au nord et en face d'Apamée, de l'autre côté du marais du Ghâb, passait pour imprenable. Construite sur un piton rocheux naturel, inaccessible du côté du nord, elle avait été fortifiée sur le front sud par une suite de deux enceintes superposées. «  Saladin, écrit Ibn al-Athîr, étant arrivé devant la forteresse le 20 août 1188, monta le lendemain à cheval et en fit le tour, afin d'en découvrir le point faible. Par le nord ou le sud personne n'aurait pu escalader la montagne. Du côté de l'est on pouvait grimper, mais sans armes, à cause de la pente et des aspérités. Vers l'ouest seulement la vallée était assez élevée pour atteindre presque la hauteur de la citadelle, et ce fut là que les Musulmans dressèrent leurs mangonneaux. Mais la garnison du château leur opposa un autre mangonneau qui déjoua leurs efforts. J'ai vu de la cime d'une montagne, ajoute Ibn al-Athîr, une femme qui lançait des projectiles de la citadelle au moyen d'un mangonneau. C'était elle qui rendait inutile le mangonneau des Musulmans. Quand Saladin se rendit compte qu'on n'aboutirait à rien par les machines, il ordonna l'assaut... Mais quand les Musulmans eurent commencé à gravir la montagne, il leur fut impossible d'approcher à cause de l'aspérité du terrain. Les Francs leur lançaient de grosses pierres qui roulaient au bas de la montagne et auxquelles rien ne résistait (1).  » La place ne finit par succomber que sous les vagues d'assaut sans cesse renouvelées de l'armée aiyûbide.
1. Kâmil al-tewârikh, pages 726-729. Cf. Behâ Al-dîn, page 115.

Comme on le voit, la moindre diversion de Bohémond III et de la petite croisade sicilienne qui venait d'aborder en Syrie aurait sans doute sauvé la place. Mais l'inertie du Bègue confinait maintenant à la paralysie. En outre sa femme, cette Sibylle pour laquelle il avait naguère rompu avec son clergé et avec ses barons, le trahissait, trahissait les chrétiens en faveur de Saladin. «  La femme du prince d'Antioche, reconnaît al-lmâd, avait embrassé le parti du sultan. Elle espionnait pour lui ses ennemis, le conseillait, le dirigeait et lui révélait leurs secrets. Le sultan lui envoyait de riches cadeaux (2).  » Ibn al-Althîr avoue de même «  qu'elle dépêchait des messagers au sultan et lui donnait beaucoup de renseignements dont il avait besoin (3).  » L'ancienne favorite pour laquelle Bohémond III avait bouleversé la société franque n'était qu'une espionne ! On en eut la preuve après la prise du château de Burzey. On sait que la châtelaine de Burzey était la soeur de la princesse d'Antioche. Pour plaire à Sibylle, Saladin s'empressa de remettre en liberté et de renvoyer à Antioche non seulement sa soeur, mais le châtelain et toute la famille de Burzey (4).
2. Al-Imâd, Le livre des Deux Jardins, page 374.
3. Kâmil al-tewârlkh, page 730.
4. Ibid., page 729 -Behâ Al-Dîn, page 115. - Livre des Deux Jardins, pages 372 et 374.

René Grousset. Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, tomes I et II. Paris Plon 1935

 

Bourzey (Qal'at Berzé, Qal'at Marza)
Le château de Bourzey couronne un piton rocheux du versant oriental du Djebel Ansarieh sur la rive occidentale de l'Oronte, dominant de 500 mètres la plaine marécageuse du Ghab. La place couvre environ 3 hectares.

M. Gabriel Saadé, Le château de Bourzey, forteresse oubliée; Annales archéologiques de Syrie, tome VI, 1956 l'a visitée en 1956 et lui a consacré la même année un article avec Plan et photographies comportant l'étude historique et descriptive la plus complète qu'on ait consacrée à cette forteresse.

Nous résumons ici cet excellent travail.
Bourzey est le Lysias de l'Antiquité car Strabon dit que Lysias domine le lac d'Apamée et en effet Bourzey est presque vis à vis d'Apamée. Les Hamdanides d'Alep occupèrent cette place en 948-949 et la gardèrent un quart de siècle. L'empereur Zimiscès s'en empara en 975, au cours de sa campagne victorieuse dans la Syrie du Nord ; il écrivit à cette date au roi d'Arménie Ashod III : «  Nous nous rendîmes maîtres de Balanée, de Sehoun ainsi que de la célèbre Bourzo (2). Léon le diacre à cette même époque, écrit qu'il «  s'empara par surprise de Borzo, ville puissamment fortifiée... de là il descendit en Phénicie...  » D'après Yahya d'Antioche la place lui fut livrée par Kouleib le chrétien qui était secrétaire du gouverneur de Saône et lui remit aussi cette forteresse. A l'époque des croisades, Anne Comnène signale l'importance de Bourzey.

René Dussaud pense que les Francs occupèrent Bourzey, dès avant la chute de Laodicée dont ils s'emparèrent au début de 1103. Ils avaient besoin de cette position sur la rive gauche de l'Oronte pour assurer leurs communications d'Apamée sur l'autre rive de l'Oronte dont Tancrède se rendit maître en 1106. Les Chroniques arabes ont vanté la puissance de la forteresse de Bourzey hors de portée des machines de siège. En particulier Beha ad-din Ibn Chaddad qui écrit «  Borzeih, château extrêmement fort et presque inabordable. On l'avait construit sur le pic d'une montagne et dans toutes les contrées occupées par les Francs on disait proverbialement aussi fort que Borzeih.  »

Imad ad-din, reproduit par Abou Chama, dit que Bourzey est une place très forte et très bien défendue devenue «  matière à dicton  » dans tous les pays francs et musulmans. Les chroniques franques ne citent pas ce nom, mais Claude Cahen estime qu'on peut le retrouver dans le château de Rochefort qui figure dans la lettre d'Ermenger, énumérant les places prises en 1188 aussitôt après Sahyoun : «  Gardam, Caveam, Rochefort Castra munitissima.  »

Dans les récits de conquêtes de Saladin en 1188, chaque phase du siège de Bourzey est exposée et le récit est si vivant que l'on croit assister aux péripéties du combat.
Saladin qui avait envoyé son fils le 17 août s'emparer de Sarmaniya à 7 km au Nord de Bourzey, arrive devant cette place le 20 août. Le 21, il en fait le tour pour chercher le point d'attaque, il constate que l'escalade est impossible au Nord et au Sud et difficile à l'Est. A l'Ouest, on peut lancer des flèches et mettre en action des machines de siège ; c'est ce que l'on fait mais on reconnaît que les projectiles atteignent péniblement leur but et sont sans efficacité. «  J'ai vu de la cime de la montagne, écrit Ibn al-Athir, une femme qui lançait des projectiles de la citadelle à l'aide d'un mangonneau. C'est elle qui rendait inutiles nos efforts.  » Le bombardement dura tout le dimanche et la nuit suivante ; le lundi il continua sans résultat. Quand Saladin vit que ses machines étaient inutiles, il ordonna l'assaut. Il divisa son armée en trois corps qui devaient marcher par vagues successives. Il prit le commandement de l'un d'eux avec son fils Taqi ed-din. Mais les Musulmans progressaient à grande peine dans cette montée pleine d'aspérités et les Francs les accablaient de blocs de pierres qu'ils faisaient rouler sur les pentes. La garnison était peu nombreuse et malgré une résistance acharnée, elle dut se rendre. Le seigneur de la place était là avec sa femme qui était soeur de Sibylle, troisième femme du Prince d'Antioche Bohémond III. Sibylle trahissait les Francs, au profit de Saladin auquel elle révélait leurs secrets. Le sultan renvoya à Antioche la soeur de celle-ci, son mari et toute leur famille qui se composait de dix-sept personnes.

René Dussaud, page 151, 152, 162
Dans le traité conclu en 1282 entre le roi Léon d'Arménie et le sultan d'Egypte, les possessions de ce dernier, au nord de Tripoli, sont citées en trois séries allant généralement du Sud au Nord : le château d'Akkar, Hisn el-Akrad, Marqab, Balanias, Baldé, Djebelé, Lataquié ; puis, plus à l'Est, la ville de Set, Balotonos, Sahyoun ; enfin, dans la plaine, Sheizar, Hama, Alep. Il suit de là que la ville de Set, qui n'a pas encore été identifiée, est située entre la côte et l'Oronte, non loin de Balatonos.

Sur le même versant qui incline vers l'Oronte, se dresse Qal'at Berze, retrouvé par Martin Hartmann qui transcrivait, suivant une prononciation locale défectueuse, Qal'at Mirzé. Van Berchem a identifié ce site avec Barzouya ou Bourzey, célèbre forteresse au temps des croisades. Cette dernière localisation que nous adopterons est confirmée par la mention dans Anne Comnène, attestant l'importance de la forteresse à l'époque byzantine. La montagne environnante était appelée el-Kheit.

Aboulféda et Dimashqi rapportent que Bourzey était séparée d'Apamée par un lac, constitué au moyen d'une digue. Les gens de l'endroit se livraient à la pêche qui rapportait à l'État, au temps de Dimashqi (vers 1300 J.-C.), 30.000 dirhem (1). La description que ces auteurs arabes donnent du site de Bourzey s'accorde en tous points avec celle de Strabon concernant la forteresse de Lysias. Aussi doit-on identifier les deux localités. Lors de la venue de Pompée en Syrie, Lysias était aux mains d'un partisan juif du nom de Silas qu'on délogea de son poste d'observation.
1. Aboulféda, page 261 ; Dimashqi, page 205 ; Le Stange, page 421. Cette redevance était payée par les gens de Bourzey au seigneur d'Apamée, même lorsque la frontière séparait ces deux villes ; cf. Imad Ed-Din, historiens orientaux tome IV, pages 372-373, se félicite que la prise de Bourzey livre le lac aux musulmans d'Apamée.

Les Hamdanides d'Alep durent abandonner toutes les forteresses qui commandaient la route de Laodicée, notamment Bourzey et Sahyoun, lors de l'expédition de l'empereur Zimiscès en 975.

Les Francs s'emparèrent de Bourzey dès avant la chute de Laodicée pour maintenir leurs communications avec Apamée, mais la perdirent lors de l'expédition de Saladin, en août 1188 (1).
1. Bourzey fut prise 23 août 1188 et le même jour Sarminiyé. La frontière entre possessions franques et états musulmans, passait alors entre Bourzey et Apamée. Ces deux positions étaient séparées par le lac très poissonneux d'Apamée. S'étant ainsi emparé de tous les réduits de la contrée, Saladin se dirigea vers le Nord, le long de la rive gauche de l'Oronte, pour aller passer ce fleuve à Darkoush. Il suffit de comparer le texte arabe imprimé dans l'Histoire orientale des croisades, tome IV, page 375, pour renoncer à une ville du nom de Sharqiya et comprendre que le sultan passe, à Darkoush, sur la rive orientale de l'Oronte. D'autre part, la mention de l'Euphrate est inadmissible ; au lieu d'el-fourat, nous proposons de lire el-gharb et de comprendre que Darkoush, en 1188, protégeait la frontière occidentale des territoires musulmans.

Cette forteresse qui a joui d'une grande célébrité à l'époque des croisades, mériterait d'être étudiée. Plusieurs tours sont encore en assez bon état. La forteresse proprement dite est doublée d'une enceinte avancée vers le Sud où se trouve le chemin d'accès qui, pendant une demi-heure, monte très raide.

Sauf une qui est polygonale, toutes les tours sont carrées. Nous n'avons pu découvrir de marques de tâcherons. Souvent la pierre porte des bossages, mais le parement est assez grossier. Bien que rien ne signale la taille des croisés, on doit leur attribuer les portes ogivales, les voûtes d'arêtes et la forme des meurtrières. La tour polygonale se retrouve notamment à Masyaf qui est de construction musulmane ; mais suivant la méthode byzantine.
Sources : René Dussaud, Topographie Historique de la Syrie Antique et Médiévale, tome IV. Librairie Orientaliste Paul Geuthner Pais 1927.

 

Description du château de Bourzey
Le château de Bourzey dressé très haut sur un éperon rocheux semble la proue d'un navire fantastique lancé à l'assaut des nuages. M. Gabriel Saadé a parlé en termes éloquents de la vue que l'on a de ce promontoire sur l'Oronte qui s'étale largement au milieu du Ghab.

Le plan qu'il a dressé avec ses compagnons d'expédition dans l'été 1956 et l'analyse qu'il en donne indiquent clairement l'assiette de la position et le parti qu'en ont tiré les occupants successifs. Cette assiette ne constitue pas un plateau de même niveau mais elle présente des pentes accusées.

Plan du château de Bourzey
Château de Bourzey - Sources : Château de Bourzey, d'après les relevés sommaires de Fr. Anus 1929 et G. Saadé 1956.

La partie la plus haute au Nord-Ouest, «  A  », atteint 480 m, puis le sol descend vers le Sud en deux plans : «  B  », 465 m et «  C  », 440 m. Il s'incline davantage vers l'Est «  D  » et l'extrémité orientale n'est plus qu'à 420 m.

Le terrain étant inaccessible au Nord et au Nord-Est, c'est l'Ouest et le Sud-Est qu'on a fortifiés. C'est à l'Ouest comme l'a supposé M. Gabriel Saadé qu'on a construit le donjon sur une plateforme rocheuse qui domine toute la place. A la pointe Nord-Ouest, on a bâti «  une tour (tour 8) qui, comme un nid d'aigle, surplombe une pente presque verticale.  »

En 1929, alors que la ruine était moins avancée qu'en 1956, où M. Saadé n'a plus trouvé que des décombres, l'architecte François Anus a reconnu les vestiges de ce donjon rectangulaire flanqué de quatre tours d'angle (1). Sa tour Sud-Ouest est précédée d'un grand saillant muni d'un talus faisant partie d'une ligne de défense avancée qui va de la tour de la pointe Nord-Ouest (8) jusqu'à un ouvrage défendant l'entrée de la Place commandée par la tour 1.
1. Nous avons cru bien faire en combinant les relevés de Fr. Anus et de M. Gabriel Saadé. Tous deux ont été effectués hâtivement en quelques heures, et peuvent présenter des inexactitudes.

Les dispositions de la porte de la tour 1, rappellent celles des entrées de Saône (1).
La partie Sud-Ouest de Bourzey est enfermée dans une double enceinte «  C, dont l'entrée est commandée par la tour 2 en face de l'entrée principale de la place. Au centre de la forteresse se trouve la tour polygonale 12, notée par Dussaud. M. Saadé pense qu'il s'agit d'une chapelle, que cet ouvrage est disposé au Sud comme une nef qui se terminerait en pans coupés ; il ajoute que ceci rappelle le chevet de la chapelle du Crac des chevaliers ; une hésitation vient cependant à l'esprit, c'est que ce chevet est au Sud. Il est vrai que les trois chapelles byzantines de Saône ne sont pas très régulièrement orientées.
Ce bâtiment, le plus grand qui reste debout et assez bien conservé a environ 22 m de long et 17 m de large.
1. Saône, tours 6, 8 et 11. Nous avons dit que la tour 8 de Saône était byzantine et qu'elle avait dû inspirer l'exécution des deux tours franques 6 et 11.

L'ensemble des constructions paraît avoir été assez pauvre.
Comme a Saône les Francs ont trouvé là une forteresse bâtie. Ils ont dû s'y installer à peu près en même temps qu'à Saône. Plusieurs tours portent un appareil à bossages grossiers qui est l'oeuvre des Francs. D'autres ouvrages ont été remontés par les Musulmans qui ont remployé les bossages francs mêlés à d'autres pierres. On rencontre plusieurs citernes.
Sources : Paul Deschamps - Les Châteaux des Croisés en Terre Sainte, tome III, La Défense du Comté de Tripoli et de la Principauté d'Antioche. Editeur Paul Geuthner, Paris 1973

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